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Les avis de - sebastien01

Visualiser les 305 avis postés dans la bedetheque
    sebastien01 Le 09/05/2021 à 18:47:46

    Je poursuis la lecture de quelques comics ayant inspiré des films de super-héros et, cette semaine, c’est après avoir revu "X-Men : Le Commencement", réalisé par Matthew Vaughn et sorti en 2011, que je me suis replongé dans ce comics (X-Men: Magneto Testament 2008, #1-5).

    Seule la scène d’ouverture, où l’on découvre le jeune Magnéto emmené dans le camp de concentration d’Auschwitz, est ici considérée et il s’agit de l’unique référence que le film fera à ce comics. Sur un scénario de Greg Pak et un joli dessin de Carmine Di Giandomenico (dont le trait m’a fait penser à celui d’Yslaire), le comics opte en effet pour quelque chose de très différent : il suit la fuite à travers l’Europe d’un jeune juif, Max Eisenhardt, et de sa famille, jusqu’à sa déportation dans l’enfer d’Auschwitz et ce qu’il doit y endurer pour survivre à tout prix.

    Autant le dire d’entrée de jeu : il ne s’agit pas d’un comics de super-héros. Si l’on excepte le nom de famille du personnage principal – que seuls les germanophones comprendront – et le collier de pâtes en morceaux de ferraille que celui-ci offre à sa copine, il n’y a même rien qui puisse faire penser au personnage de Magnéto. Et cette histoire n’éclaire pas non plus davantage son avenir de super-vilain.

    Il est toujours délicat d’avoir une opinion négative sur un sujet aussi dramatique mais je trouve que le titre de l’album est trompeur ; je ne l’aurais probablement jamais ouvert sans ce titre et ce logo Marvel en couverture. Il y a tant de bandes dessinées européennes traitant plus subtilement de ce sujet (par exemple, Auschwitz de Pascal Croci). Toutefois, pour le lecteur américain habitué aux aventures tonitruantes des X-Men, ce comics aura au moins eu le mérite de l’exercice du devoir de mémoire et de proposer une lecture différente de l’ordinaire.

    sebastien01 Le 02/05/2021 à 12:04:04

    C’est après avoir revu le film "Wolverine : Le Combat de l'immortel", réalisé par James Mangold et sorti en 2013, que je me suis replongé dans les deux comics qui l’ont inspiré. Le film est surtout inspiré de la première aventure en solo de Wolverine au Japon par Chris Claremont et Frank Miller en 1982 (rééditée récemment avec une très jolie couverture de Mathieu Lauffray à l’occasion des 20 ans de Panini Comics). Mais les quelques scènes se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale paraissent inspirées de cet album (Logan 2008, #1-3).

    Ainsi, Wolverine est prisonnier de guerre, s’échappe bien évidemment, s’entiche brièvement d’une japonaise peu farouche, se dispute avec son compagnon d’infortune aux étranges pouvoirs et les deux en viennent rapidement à s’affronter sous le soleil ardent d’Hiroshima…

    Le scénario de Brian K. Vaughan est basique même si l’on sent une petite volonté de faire plus intelligent que les aventures ordinaires du mutant (il faut bien mériter un minimum la collection Marvel Graphic Novels). De toutes façons, sur trois épisodes pour un total d’une grosse soixantaine de pages – dont près d’un tiers passé à se battre –, il n’y avait guère la place pour développer l’intrigue ou la personnalité de Wolverine. Ça se lit en dix minutes, quinze si l’on s’attarde un peu sur le dessin si particulier d’Eduardo Risso, et c’est très moyen.

    sebastien01 Le 28/04/2021 à 14:04:42

    N’étant pas un très grand fan des récits super-héroïques tapageurs, je regarde les events et crossovers Marvel d’un œil méfiant. Le crossover Secret Wars, scénarisé par Jonathan Hickman et illustré par Esad Ribic, ne me disait donc rien qui vaille avec son titre racoleur, son sujet qui n’est rien de moins que de la collision du Multivers et sa publication via une flopée de titres en kiosque puis en librairie. Pourtant, je me suis enfin décidé à lire au moins la mini-série principale – près de 300 pages tout de même dans la collection Marvel Now! – et je dois bien reconnaitre que ce fut un bon gros moment de lecture (FCBD: Secret Wars 2015, #1 et Secret Wars 2015, #1-9).

    Tout d’abord, il faut savoir qu’il est presque impératif d’avoir lu Avengers : Time Runs Out – réunissant la fin du run d’Hickman sur les séries Avengers et New Avengers – avant d’entamer la lecture de ce crossover. L’album contient certes une petite introduction mais celle-ci est clairement insuffisante pour en comprendre le contexte (sauf à accepter d’en débuter la lecture alors que la collision du Multivers est quasiment achevée).

    Si l’on excepte cette entrée en matière quelque peu abrupte, les deux-tiers de l’album sont étonnamment très calmes et plaisants à lire. La jolie couverture d’Alex Ross est donc assez peu représentative de son contenu ; les personnages passent en effet l’essentiel de leur temps à discuter et à parcourir leur nouvelle planète, subtilement intitulée Battleworld, où Fatalis a réuni des morceaux des différents univers Marvel et règne désormais en maitre. L’affrontement bourrin et le tour de passe-passe qui servent de conclusion sont en revanche plus discutables.

    Le dessin tout en finesse de Ribic, et constant sur les neuf épisodes, est un des points forts de l’album. Et il faut souligner le travail d’Ive Svorcina : ses couleurs ne sont pas trop vives et ses noirs pas trop profonds. C’en est presque reposant pour les yeux. En somme, agréablement surpris par ce crossover (du moins sa mini-série principale, je n’ai pas lu et ne suis pas intéressé par toutes ses séries annexes).

    sebastien01 Le 25/04/2021 à 12:04:01

    Pour célébrer comme il se doit les 70 ans de Marvel Comics, Ed Brubaker et Steve Epting revenaient en 2009 sur les origines des super-héros. Bien que le titre de leur mini-série fasse référence à celle de Kurt Busiek publiée quinze ans auparavant (Marvels et sa suite Marvels: Eye of the Camera), elle a toutefois peu de rapport avec cette dernière et se présente comme un récit d’action et d’espionnage sur fond d’entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale (The Marvels Project 2009, #1-8).

    Le récit se déroule ainsi au début des années 1940 alors que les Etats-Unis s’apprêtent à entrer en guerre. Comme son sous-titre l’indique, il raconte la naissance des super-héros dans un monde qui en était alors dépourvu. L’Histoire se mêle à l’histoire de l’éditeur et le résultat est un peu moins tumultueux et super-héroïque que l’ordinaire des comics (et c’est heureux !).

    Tout du long de l’album, le lecteur est accompagné de l’inlassable narration d’Angel. Il assistera et participera même un peu à l’émergence des premiers héros costumés – des citoyens ordinaires sans super-pouvoirs – avant d’être témoin des premières apparitions des véritables super-héros tel que nous les connaissons aujourd’hui (Namor, la Torche humaine et Captain America entre autres). L’histoire se veut réaliste, elle dégage une ambiance de polar noir et sa trame principale orientée vers l’espionnage rappellent immanquablement les débuts du run de Brubaker sur Captain America. Le personnage est d’ailleurs omniprésent dans la seconde moitié de l’album et le dessin d’Epting ne fait que renforcer ce constat.

    Au rang des aspects qui m’ont en revanche moins plu, il y a ces éternels méchants nazis, quelques nécessaires redites sur les origines des uns et des autres et le lecteur est quand même un peu trop pris par la main par la voix off. Mais il s’agit malgré tout d’un bel hommage et d’une bonne relecture.

    sebastien01 Le 18/04/2021 à 20:58:18
    Captain America (Marvel Deluxe - 2019) - Tome 2 - Un nouveau monde

    Dans ce second tome, la suite et, déjà, la fin de cette nouvelle série poursuivant le run d’Ed Brubaker sur Captain America. Et cet album n’est pas meilleur que le premier, ils sont d’ailleurs tous deux construits de la même manière : une première intrigue correcte et plutôt sérieuse aussitôt suivie d’une seconde totalement en roue libre (Captain America 2011, #11-19).

    La première histoire se veut donc sérieuse de bien des manières. Elle introduit Scourge, un "patriote" empruntant son design et ses armes au Punisher – et manifestement pas là pour jouer les sparring-partners –, manipulé et convaincu que le système est corrompu et qu’il faut abattre son meilleur représentant en la personne de Captain America. Comme souvent dans les comics de super-héros, on sait balancer quelques idées mais on passe surtout l’essentiel de son temps à se battre ; cette histoire ne fait pas exception et, entre deux réflexions douteuses sur le système et le gouvernement, Scourge, Captain America et quelques autres s’en mettent plein la gueule. Une histoire bourrine à la tonalité plutôt sombre bien aidée par le joli dessin de Patrick Zircher.

    Mais passons maintenant à la seconde histoire. Comme dans le premier Deluxe (soit dit en passant, encore un petit Deluxe d’environ 200 pages…), son dessin, par Scot Eaton, est mauvais et son scénario nullissime. Ainsi, des extraterrestres à la peau bleue attaquent la Terre tandis que l’Hydra manigance et ricane avant de se joindre au combat. L’histoire se résume donc à une immense et interminable bagarre à l’issue de laquelle Captain America triomphe bien entendu. A croire que le scénariste alterne volontairement les bonnes histoires plutôt réalistes et les mauvaises plutôt fantaisistes. Désolant.

    L’album se conclut heureusement de la plus belle des manières : un ultime épisode mettant en scène William Burnside et Steve Rogers, deux personnages ayant porté à tour de rôle – voire en même temps – le costume de Captain America. Superbement illustré par Steve Epting, cet épisode est à la fois un souvenir et un hommage au personnage et ramène le lecteur aux plus belles heures du run de Brubaker.

    sebastien01 Le 18/04/2021 à 20:58:03
    Captain America (Marvel Deluxe - 2019) - Tome 1 - Rêveurs américains

    J’avais beaucoup apprécié la première partie du run d’Ed Brubaker sur Captain America. Entamée en 2004 et s’étalant sur près de 70 épisodes (compilés au format Marvel Deluxe dans les tomes 2 à 8 de la précédente série), le scénariste avait su installer sur le long terme le personnage de Bucky Barnes et des adversaires à la hauteur tels Aleksander Lukin et Crâne rouge. Surtout, la tonalité de son run était beaucoup plus sérieuse, sombre et emprunte de polar que la drouille ordinaire des super-héros ; aussi, le dessin de Steve Epting, Mike Perkins et consorts était dans la même veine. Il s’agissait indiscutablement de la meilleure période de ce personnage et c’est donc avec un certain regret que j’ai achevé la lecture de ce relaunch d’un niveau très en-deçà des épisodes précédents (Captain America 2011, #1-10).

    Ce relaunch était, d’une part, motivé par la sortie du film "Captain America: The First Avenger" en 2011 et, d’autre part, offrait une bonne occasion de réintroduire pleinement et entièrement Steve Rogers dans le costume de Captain America. Toujours scénarisée par Brubaker, cette nouvelle série présente cependant un style très différent de la première partie de son run : le scénario est désormais relégué au second plan, il n’y a plus d’enjeux majeurs, l’action prédomine clairement et l’aspect polar a disparu.

    La première intrigue reste toutefois correcte : un nouvel adversaire, tout droit sorti de la Seconde Guerre mondiale, attaque Captain America sans même prendre le temps de se présenter, un petit artifice scénaristique est créé pour expliquer les sauts temporels et le dessin de Steve McNiven est assez agréable à regarder. Mais, dès la seconde histoire, la série devient imbitable. Déjà, le dessin d’Alan Davis est impersonnel, indigne d’un comics de ce rang et n’invite absolument pas à poursuivre la lecture. Quant au scénario, c’est du grand n’importe quoi : une bombe qui rend fou et des pages et des pages d’affrontements interminables entre, d’un côté, Captain America, le Faucon et Hawkeye et, de l’autre, Cobra – cet adversaire au costume ridicule – et de nouveaux membres de l’Hydra tout aussi lamentables. Décevant.

    sebastien01 Le 11/04/2021 à 19:04:27

    Dix après leur travail sur Joker, Brian Azzarello et Lee Bermejo se retrouvaient en 2018 pour une nouvelle collaboration autour de l’univers de ce personnage (sans qu’il ne s’agisse pour autant de sa suite). L’album inaugura une nouvelle collection, "DC Black Label", au sein de laquelle les auteurs disposent d’une plus grande liberté artistique pour y proposer des récits plus matures qu’à l’ordinaire (du moins avant d’être parasitée par une multitude de rééditions) et celui-ci y trouve toute sa place par la noirceur de certaines séquences ou de son dessin (Batman: Damned 2018, #1-3).

    Certes, le Joker n’est plus au cœur au l’intrigue mais sa mort en est le point de départ. Batman mène l’enquête – de façon assez sommaire – mais l’histoire touche au fond à son enfance, au souvenir de ses parents et au traumatisme de leur mort. C’est un thème qui m’a toujours beaucoup plu et qui offre mille manières de raconter sa motivation future à devenir le personnage que l’on connait. Ainsi, Azzarello choisit ici le créneau de l’occulte et de la magie. Je préfère habituellement les scénarios plus pragmatiques mais il fonctionne plutôt bien. Par contre, sur le forme, l’histoire aurait pu s’intituler "Batman rencontre la Justice League Dark" tant ses membres y défilent avec plus ou moins d’opportunisme (John Constantine, Zatanna, Etrigan, Enchanteresse, etc.). Ce n’est pas non plus trop mon truc mais ça colle bien avec le thème.

    J’aurais volontiers attribué une étoile supplémentaire à cette lecture si les auteurs s’étaient abstenus de deux scènes vulgaires : il n’y avait nul besoin d’une polémique sur le Bat-Zizi et Harley Quinn n’avait nul besoin de monter de la sorte sur Batman. Ces scènes n’apportent rien à l’histoire et il n’était pas utile d’en arriver là pour mériter sa place dans cette collection. L’album contient d’ailleurs d’autres scènes bien plus fortes et symboliques qui, elles, participent pleinement au déroulé et à l’ambiance du récit.

    sebastien01 Le 04/04/2021 à 19:51:59

    J’ai emprunté cet album à la bibliothèque après avoir vu 47 Ronin avec Keanu Reeves. Le film est bien sûr sans rapport avec le comics si ce n’est de se situer au Japon féodal du XVIIe siècle où Wolverine, Hulk, le Punisher, Psylocke et Deadpool sont ici transposés. Cependant, il ne faut absolument pas s’attendre à lire une histoire de super-héros classique ; les cinq histoires courtes mettent en effet en scène ces personnages dans leur vie civile, sans jamais les nommer et surtout sans les artifices habituellement associés aux super-héros (5 Ronin 2011, #1-5).

    C’en est d’ailleurs un peu déroutant au début car c’est à peine si on les reconnait. Une coupe de cheveux pour Wolverine, un gros fusil pour le Punisher ou un tatouage pour Psylocke, un détail graphique, une attitude ou une personnalité que les amateurs de comics reconnaitront mais qui n’est pas d’une grande évidence. Si je n’avais pas lu l’introduction, je n’aurais probablement pas reconnu Hulk ou Deadpool par exemple. Je comprends la volonté de Peter Milligan de raconter une histoire de super-héros réaliste mais cela ne devrait pas être au détriment de l’identification des personnages. En ce sens, l’univers alternatif de Marvel Noir était bien plus réussi.

    A ce détail près, c’est une histoire de vengeance assez classique, dans laquelle on y retrouve tous les clichés sur le Japon médiéval et ses samouraïs, mais bien racontée. Cinq dessinateurs se relaient sur les cinq numéros ; Tomm Coker (Daredevil Noir, Black Monday Murders) et Laurence Campbell (Deadpool Pulp, B.P.R.D.), dans leur superbe style noir, sortent clairement du lot tandis que les trois autres sont plus oubliables. Bref, un album correct mais qui ne méritait sans doute pas d’être édité sous pas moins de six couvertures différentes.

    sebastien01 Le 28/03/2021 à 12:15:21

    En 2018, DC Comics s’alliait avec Walmart, une enseigne américaine de la grande distribution, pour sortir des comics exclusifs à celle-ci dans l’idée d’y dénicher de nouveaux lecteurs. L’idée a fait long feu et les comics ont rapidement regagné les rayons des boutiques spécialisées. Parmi ces comics, une aventure de Batman par Brian M. Bendis et une autre de Superman par Tom King, deux auteurs habituellement en charge de la destinée du personnage de l’autre. Lecture du Superman pour poursuivre (Superman: Up in the Sky 2019, #1-6 + Action Comics 1938, #1000 "Of Tomorrow").

    Une fillette est enlevée par des extraterrestres et Superman part à sa recherche ; voilà pour le pitch. Mais il ne s’agit en réalité que d’un prétexte pour faire découvrir à de nouveaux lecteurs toutes les facettes de la vie de Superman. Ainsi, le scénario saute d’un sujet à l’autre (Superman défonce des monstres, pratique la boxe, se remémore la Seconde Guerre Mondiale, travaille au Daily Planet, fait la course avec The Flash, sauve un chaton, etc.) et essaye, avec plus ou moins de réussite, de raccrocher ces différentes séquences à l’enquête en cours.

    Le découpage en douze chapitres rend le procédé un peu répétitif à la longue et, pour peu que l’on ait déjà lu quelques aventures du personnage, ce n’est pas très original. Cependant, il s’agit d’une bonne introduction (je le rappelle, destinée initialement aux clients des supermarchés et non aux fans de comics), d’une bonne écriture (mais il faut apprécier les effets de répétition et de rappel, un tic de Tom King dont il s’agissait de la première incursion sur le personnage) et qui bénéficie en plus du très bon dessin d’Andy Kubert (et ça, c’est l’occasion d’en mettre souvent plein la vue !).

    L’album se conclut avec une histoire tirée d’Action Comics #1000. Tom King et Clay Mann racontent les adieux de Superman à la Terre ; c’est aussi bref que beau et sensible, une belle conclusion pour cet album en somme.

    sebastien01 Le 28/03/2021 à 12:14:58

    En 2018, DC Comics s’alliait avec Walmart, une enseigne américaine de la grande distribution, pour sortir des comics exclusifs à celle-ci dans l’idée d’y dénicher de nouveaux lecteurs. L’idée a fait long feu et les comics ont rapidement regagné les rayons des boutiques spécialisées. Parmi ces comics, une aventure de Batman par Brian M. Bendis et une autre de Superman par Tom King, deux auteurs habituellement en charge de la destinée du personnage de l’autre. Lecture du Batman pour commencer (Batman: Universe 2019, #1-6 + The Batman Chronicles 1995, #21 "Citizen Wayne" + Detective Comics 1937, #1000 "I Know").

    J’attendais avec une certaine excitation de voir Bendis sur Batman depuis son arrivée chez DC Comics en 2018. Je voulais retrouver l’ambiance de son run sur Daredevil et la voir quasiment dupliquée à Batman. Malheureusement, ce n’est pas du tout ce que propose cet album. D’une part, l’ambiance est plutôt comique et colorée, loin du ton sale et sombre que j’affectionne pour ce personnage. D’autre part, si le scénario partait sur de bonnes bases (une enquête classique sur un cambriolage du Sphinx), il vire rapidement au voyage spatio-temporel fantastique et multiplie les rencontres exotiques (Vandal Savage, Gorilla Grodd, Jonah Hex, les Green Lanterns, etc.). J’ai même voulu abandonner la lecture lorsque Batman s’est retrouvé avec cette ridicule armure de White Lantern sur le dos. Et le trait de Nick Derington ne m’a pas non plus emballé. Bref, ce n’était clairement pas "mon" Batman.

    L’album se conclut avec deux brèves histoires toujours scénarisées par Bendis. La première est un hommage à Citizen Kane et est illustrée par Michael Gaydos (Alias, Jessica Jones) ; la seconde est tirée de Detective Comics #1000, raconte comment le Pingouin a découvert l’identité secrète de Batman et est illustrée par Alex Maleev (Daredevil, Leviathan). Je ne serai pas objectif s’agissant de deux dessinateurs que j’apprécie beaucoup mais cela offre au moins une belle conclusion à l’album.

    sebastien01 Le 21/03/2021 à 11:18:56

    Après "Empereur Pingouin" et "Jours de colère", Urban Comics continue de publier en librairie la série Detective Comics qui couvrait la période New 52. Il est toujours un peu étonnant de revoir sortir aussi tardivement en librairie des épisodes de cette époque, qui plus est au rythme d’un volume par an et vendus sous la forme de récits complets alors qu’ils n’en sont pas réellement. Mais pourquoi pas, c’était du bon Batman après tout (Detective Comics 2011, #30-34, Annual #3 et #37-40).

    Dans cet album, John Layman laisse sa place au duo formé par Francis Manapul et Brian Buccellato (tous deux en provenance de la série The Flash). Et le premier changement d’importance que l’on observe concerne la partie graphique : on s’éloigne du style super-héroïque habituel (fort encrage, colorisation numérique et effets spéciaux) pour un aspect plus traditionnel faisant penser à de la peinture. C’est vachement beau (les scènes sous la neige tout particulièrement), ça se démarque clairement du reste de la production et cela offre surtout une lecture moins tonitruante et plus paisible que sur les deux premiers volumes.

    Même l’histoire et les personnages mis en scène sont plus calmes que précédemment. Exit le défilé des super-vilains du T1, exit ce bourrin de Wrath du T2, place à deux enquêtes plus terre-à-terre ; la première à propos d’un trafic de drogue, la seconde à propos d’un anarchiste qui a trop regardé V pour Vendetta, le tout le fond de relation toujours assez tendue entre le lieutenant Bullock et le Chevalier noir.

    En conclusion, on sent que les scénaristes / dessinateurs sont en phase, c’est un très bon album de Batman et je lui aurai donné une meilleure note si le scénario avait réussi à échapper à cette systématique dose d’action réglementaire à chaque nouvel épisode. Pourquoi faut-il toujours en passer par là pour parvenir au dénouement…

    sebastien01 Le 14/03/2021 à 10:25:44

    Ce second Deluxe consacré à l’event Avengers vs. X-Men réunit trois mini-séries de complément à l’intérêt variable. D’une part, en raison de leur contenu précisé plus bas et pour moitié servant de ties-in ; d’autre part, en raison de leur exécution par un très très grand nombre d’artistes (AvX: VS 2012, #1-6, AvX: Infinite 2012, #1, 6 et 10 et AvX: Consequences 2012, #1-5).

    Le nom de la première mini-série, "AvX: VS", n’annonce rien de très finaud ; à juste titre, puisque celle-ci est exclusivement dédiée aux combats singuliers entre quelques membres des Avengers et des X-Men. A l’exception du petit plaisir de voir son héros favori se mettre sur la gueule, sa lecture est clairement dispensable si l’on a déjà achevé les douze numéros de la trame principale. Pour rendre la chose digeste, il eut fallu lire ces ties-in par petites doses et en parallèle du premier Deluxe. S’y replonger est fastidieux et n’apporte aucun éclaircissement à un affrontement déjà bien trop long à mon goût. D’autant plus que tous ces combats se terminent plus ou moins en matchs nuls sans la moindre conséquence durable pour aucun des protagonistes.

    "AvX: Infinite" n’est pas à proprement parler une mini-série mais trois brèves séquences qui s’intercalent dans la trame principale. Pour bien faire, il eut fallu proposer leur lecture dans le premier Deluxe. Il n’était d’aucune utilité, si ce n’est à faire des allers-retours, de les inclure dans le second.

    Nous en sommes déjà à la moitié de l’album lorsque débute la mini-série "AvX: Consequences". Si l’on excepte quelques scènes d’échanges fraternels, l’intrigue scénarisée par Kieron Gillen nous montre surtout l’entrée – et la sortie – de prison de Cyclope (devenu le Phénix Noir, l’antagoniste principal de l’event en question). Il s’agit donc seulement d’un épilogue, l’event en lui-même n’ayant aucune conséquence durable. C’est aussi une manière de ramener en douceur une forme de statu quo et de préparer les nouvelles équipes des X-Men pour la période Marvel Now!. Bref, la seule lecture intéressante de l’album.

    sebastien01 Le 07/03/2021 à 15:48:04

    Lorsque l’on n’a guère apprécié DCeased, on ne devrait pas s’infliger la lecture de son premier spin-off. Si le concept reste inchangé – les héros DC Comics s’entredévorent joyeusement –, l’envergure donnée à cette histoire est en revanche drastiquement revue à la baisse, à tel point que celle-ci s’en trouve presque dénuée de tout intérêt (DCeased: Unkillables 2020, #1-3).

    Alors que DCeased cherchait à donner un temps d’exposition équitable aux principaux super-héros et super-vilains de l’univers DC Comics, ce spin-off se concentre sur une poignée de second couteaux (Deathstroke, Red Hood, Ravager, le Maitre des Miroirs, etc.). Il faut donc vraiment être mordu de zombies pour y trouver un quelconque intérêt. D’autant plus, qu’au fond, le scénario de Tom Taylor n’apporte aucun élément nouveau à la trame principale. Il s’agit juste d’observer ce petit groupe de héros / vilains, de second rang je le répète, sauver un orphelinat et s’entredévorer sur trois petits épisodes.

    Bref, ça se lit en un quart d’heure et ça s’oublie aussi vite. Les lecteurs qui auraient apprécié DCeased pourraient sans regret faire l’impasse sur cet album, ainsi que sur le second spin-off à venir en avril, et attendre patiemment sa véritable suite : DCeased: Dead Planet (dont la sortie en VF est probablement prévue pour la fin 2021).

    Seul point positif, le trait de Karl Mostert, qui m’était inconnu avant cette lecture et qui, par sa finesse, ressemble fortement à celui de Frank Quitely. Il n’a peut-être pas encore la même aisance sur les visages et les décors sont un peu légers mais la ressemblance est frappante.

    sebastien01 Le 03/03/2021 à 11:30:00

    D’ordinaire, j’apprécie beaucoup le travail de Tom King ; un auteur à la production prolifique ces dernières années chez DC Comics et dont je retiendrai Sheriff of Babylon, les débuts de son run sur Batman et Miracle Miracle. Encore aujourd’hui, il mène trois séries de front (Strange Adventures, Rorschach et Batman/Catwoman). Mais je n’ai jamais vraiment été attiré par son space opera (DC Sneak Peek: The Omega Men 2015 et The Omega Men 2015, #1-12).

    On y suit les aventures d’une improbable équipe de rebelles de l’espace – les Omega –, aux habilités et aux origines diverses, réunis pour l’occasion dans l’objectif de faire tomber un régime autoritaire – les Alpha. J’admets ne pas du tout connaitre l’équipe originelle, imaginée par Marv Wolfman et Joe Staton au début des années 80, mais celle-ci ressemble franchement aux Gardiens de la Galaxie en moins drôle.

    On sent bien qu’il y a eu un petit travail pour créer le design, la personnalité et un minimum de background pour chacun des membres de l’équipe mais, à l’exception du Green Lantern, ils m’apparaissent trop caricaturaux et antipathiques pour vraiment s’y attacher. Et bien le scénario progresse de manière homogène sur douze numéros et est bien foutu, il a recours un peu trop fréquemment aux séquences d’action et les menaces interplanétaires m’apparaissent un peu trop lointaines pour m’y intéresser.

    Pourtant, le dessin de Barnaby Bagenda est très bon et, surtout, la mise en couleurs est très réussie. Excepté le format de l’album et l’usage un peu trop systématique du gaufrier à neuf cases (la mise en page de prédilection de Tom King), on aurait même parfois plus l’impression de lire une BD franco-belge qu’un comics et c’est heureux d’en voir un se démarquer du reste de la production. Dommage que je ne sois pas le public visé ; cet album devrait par contre plaire aux fans de Star Wars.

    sebastien01 Le 24/02/2021 à 21:26:34

    Les lecteurs de comics connaissent probablement le couple formé par Kathryn et Stuart Immonen – pour ma part, surtout ce dernier, récemment retraité – pour leurs travaux chez DC ou Marvel. C’est donc une petite surprise de les voir collaborer sur un titre aussi éloigné de leur registre super-héroïque habituel, d’autant plus que le nom de ces deux auteurs est à peine visible sur la couverture (Russian Olive to Red King, 2015).

    C’est l’histoire d’une séparation qui ne dit pas vraiment son nom et dont on met un certain temps à comprendre le véritable objet. On ne saura trop rien de la relation qui unissait Olive et Red et l’on nous montre seulement quelle forme peut prendre l’attente et l’espoir de retrouver l’être aimé, mais aussi le courage de s’en libérer et d’autres sentiments traversés en pareille période et sur lesquels on ne met pas nécessairement de mots. Elle, se bat et cite Tchekhov et Shakespeare au milieu du Grand Nord tandis que lui, s’enferme, s’abandonne graduellement et laisse son répondeur parler à sa place.

    Leur histoire est racontée avec une économie de mots et illustrée avec un trait épuré, c’est une belle lecture pour peu que l’on se montre ouvert à cette mélancolie et que l’on ait un minimum de culture littéraire classique. Le dernier chapitre est cependant plus déconcertant car il ne s’agit plus de bande dessinée mais d’un texte, peut-être extrait d’un journal intime, que je suppose écrit par Red à l’attention d’Olive. Son auteur a manifestement du mal à exprimer son ressenti et se perd dans des considérations décousues qui me font dire que je suis peut-être passé à côté du sens caché de ce dernier chapitre.

    sebastien01 Le 21/02/2021 à 16:39:50

    Si j’ai emprunté cet album à la bibliothèque, ce n’est pas pour son sujet mais pour son auteur, Gabriel Hardman, dont j’avais beaucoup apprécié le style brut et sombre sur Invisible Republic ou, plus récemment, sur Green Lantern : Terre-Un. Car, qu’il s’agisse ici d’Aliens ou ailleurs de Star Wars, l’exploitation à outrance dans les comics de vieilles licences cinématographiques – ce qui semble être le fonds de commerce de cet l’éditeur – ne m’a jamais intéressé ; mais l’on peut faire une exception (Aliens: Dust to Dust 2018, #1-4).

    Et c’est finalement une déception. D’une part, il ne s’agit pas du travail le plus abouti d’Hardman. Le style graphique me plait toujours mais l’on a parfois l’impression d’un travail un peu brouillon et pas aussi élaboré que sur les deux titres cités plus haut. D’autre part, le scénario est particulièrement mince ; si l’on peut parler de scénario tant cela ressemble surtout à une scène d’action étirée en longueur. L’histoire se résume à une interminable course-poursuite avec des Aliens. Il n’y a pas de temps mort, pas de réflexion, juste quatre-vingt pages durant lesquelles un petit garçon réchappe miraculeusement des xénomorphes tandis que tout son entourage se fait attraper les uns après les autres.

    Pour un avis complet, il faut, je pense, aussi évoquer la forme de cet album : un format broché, plus petit (16 × 23 cm) que le standard actuel des comics, une couverture souple, seulement 80 planches, le tout vendu 15 €. Un album qui ressemble donc à un magazine de Panini Comics, sauf qu’il est vendu en librairie, qu’il contient moins de pages et qu’il est beaucoup plus cher. J’ajouterais qu’il n’y a ni chapitrage, ni pagination et mais que l’éditeur a tout de même cru bon d’ajouter des pages de publicité bardées de gros titres en fin d’ouvrage… Bref, une édition d’une qualité médiocre à l’image de son contenu.

    sebastien01 Le 14/02/2021 à 19:03:57

    La première série ayant probablement beaucoup marché auprès des enfants – sincèrement, je ne vois pas d’autre cible pour ce genre d’âneries –, celle-ci a aussitôt été gratifiée d’une suite plus longue et plus décevante encore (Monsters Unleashed 2017 - Vol. 3, #1-12).

    Car, même en faisant un petit effort pour la lire rapidement mais en entier, le compte n’y est pas. Si le concept reste inchangé, Kei Kawade et une chasseuse de monstres dessine, pour l’un, et dézingue, pour l’autre, de grosses bébêtes à longueur d’épisodes, l’envergure donnée aux différentes histoires a clairement été revue à la baisse.
    D’une part, il n’y a plus aucun super-héros Marvel au programme. Je n’exagère même pas ; s’ils figuraient tous au casting de la première mini-série, ils sont tous absents de la seconde et l’on navigue entre des personnes méconnus ou créés pour l’occasion. D’autre part, le scénario fait s’affronter les monstres en marge du monde et joue beaucoup plus la carte de l’humour. Le peu d’enjeu qui existait auparavant a donc disparu et toute l’histoire tourne autour de ce jeune garçon dont on se contrefout, de la bimbo qui l’accompagne et d’adversaires clichés et idiots.

    A mi-parcours, même le scénariste d’origine, Cullen Bunn, s’en va. La suite est décousue et la série se termine par des épisodes individuels sans queue ni tête une fois encore illustrés par des dessinateurs différents à chaque numéro (ce qui n’est jamais bon signe pour un comics).

    En refermant cet album, on a véritablement l’impression d’avoir lu une suite ratée. Du comics de série B. Comme, lorsqu’au cinéma, un film au faible scénario, au faible casting et au faible budget prêtant prendre la suite d’un film à succès. En résumé, les monstres n’attaquent désormais plus grand-chose.

    sebastien01 Le 14/02/2021 à 19:03:43

    Les monstres attaquent !, le titre à lui seul, le point d’exclamation en prime, annonçait déjà la couleur. Et il n’y a pas d’erreur, c’est lourdingue du début à la fin et l’histoire se résume à une overdose d’affrontements titanesques. Cela s’étale tout de même sur près de 400 pages et ce n’est même pas joli à voir. Bref, une lecture affligeante (Monsters Unleashed 2017 - Vol. 2, #1-5 et ses huit ties-in : Avengers 2017, #1.MU, Spider-Man/Deadpool 2016, #1.MU, All-New X-Men 2016, #1.MU, Uncanny Inhumans 2015, #1.MU, Doctor Strange 2015, #1.MU, Champions 2016, #1.MU, Totally Awesome Hulk 2016, #1.MU et Guardians of the Galaxy 2016, #1.MU).

    Tout le concept de la mini-série repose sur les kaijus, ces monstres sortis de nulle part qui détruisent tout sur leur passage remis au goût du jour grâce au film Pacific Rim en 2013. Ici, point de mechas géants pour leur barrer la route mais toute la galerie des super-héros Marvel, des plus connus aux plus anecdotiques. Chacun y va de sa réplique bien sentie, nous gratifie brièvement de ses formidables capacités au combat face à ces grosses bébêtes et se trouve aussitôt éclipsé par le suivant. Il n’y a évidemment ni suspense ni tension dans le déroulé des évènements et on sent bien que cela a été écrit et dessiné pour un très jeune public (à titre de comparaison, le dessin animé "Avengers Rassemblement" sur France 4 était meilleur).

    Sans trop rien dévoiler de la seule idée intéressante de l’album, le pouvoir du jeune garçon – Kei Kawade, si subtilement surnommé Kid Kaiju – m’a rappelé une histoire lue étant plus jeune qui, après quelques recherches, s’intitule Emilie et le crayon magique d’Henriette Bichonnier (1979). De là à dire qu’il n’y a vraiment rien d’original dans le scénario de Cullen Bunn…

    Tous les épisodes, y compris ceux de la mini-série principale, sont illustrés par des dessinateurs différents, ce qui en soi a déjà le don de m’agacer. Mais en plus, malgré quelques auteurs de renom, ils oscillent entre le passable et le franchement mauvais et chacun se sent pour l’occasion obligé d’en faire des tonnes, de multiplier les pleines pages et de faire du comics bourrin à grand spectacle. Blasé, j’ai zappé les derniers ties-in pour en finir au plus vite et je pense n’avoir rien manqué.

    sebastien01 Le 07/02/2021 à 19:31:33
    Leviathan (Bendis/Epting/Paquette) - Tome 2 - Guerre secrète

    Suite, ou réel début c’est selon, de ce petit event, toujours inutilement entrecoupé de plusieurs épisodes d’Action Comics (DC’s Year of the Villain Special 2019, #1 "Leviathan", Action Comics 1938, #1012-1016 et Event Leviathan 2019, #1-6).

    Le premier tome ne constituait qu’une vaste mise en place et pouvait se résumer à la disparition de la plupart des organisations secrètes par l’action d’un mystérieux personnage : Leviathan. J’attendais donc des réponses de ce second tome. Malheureusement, le scénariste ne sème aucun indice, ses personnages progressent dans l’enquête aussi difficilement que le lecteur et il faut attendre les toutes dernières pages du dernier épisode pour découvrir son identité et ses motivations. Rien ne pouvait permettre de les deviner et il n’y a aucune surprise, et au contraire une grande déception, lorsque ceux-ci sont enfin révélés.

    Pourtant, depuis leur run sur Daredevil, Brian M. Bendis et Alex Maleev constituent l’un de mes duos préférés et c’est une lecture que j’entamais avec un certain enthousiasme. Mais le scénario fait clairement un flop et je n’en retiendrais que l’art du dialogue de Bendis et le trait brut, sombre et réaliste de Maleev. Et le petit plaisir de les voir mettre en scène Batman.

    Je suis surtout persuadé que le découpage de cet event en deux tomes est une erreur. Les dix épisodes traitant de l’enquête de Superman et de Lois Lane avaient clairement leur place dans la série Clark Kent : Superman – en particulier ceux du second tome traitant de Brume pourpre, de l’Epine ou de Naomi –, il n’y avait nul besoin d’imposer leur lecture et une brève introduction en début d’ouvrage aurait suffi à les résumer (quitte à renvoyer les fans de Superman vers leur série favorite pour plus de détails). D’ailleurs, tous les épisodes du cœur de l’event débutent par un énième rappel des faits…

    Une suite, Event Leviathan: Checkmate, par les mêmes auteurs, était attendue mais celle-ci parait à ce jour reportée indéfiniment et seul un one-shot, Leviathan Dawn, servant de pont entre les deux séries est sorti début 2020.

    sebastien01 Le 07/02/2021 à 19:31:18
    Leviathan (Bendis/Epting/Paquette) - Tome 1 - Ascension

    Leviathan est un petit event scénarisé par Brian M. Bendis peu après son arrivée chez DC Comics en 2018. A la différence de la plupart des events chez DC ou Marvel, celui-ci se veut davantage anticipé et construit sur la durée. Il tire ainsi ses origines d’une menace initiée plusieurs mois auparavant dans les pages de la série régulière Action Comics également scénarisée par Bendis. Et c’est probablement pour cette raison, à regret à mon sens, qu’Urban Comics nous impose la lecture d’une dizaine d’épisodes de cette série en complément du cœur de l’intrigue (Action Comics 1938, #1007-1011 et Superman: Leviathan Rising Special 2019, #1).

    Le premier tome n’est autre qu’une longue introduction sur laquelle il serait donc tout à fait possible de faire l’impasse pour aller directement à l’essentiel. Dans celle-ci, plusieurs organisations d'espionnage et de contre-espionnage, tant amies qu’ennemies – Kobra, A.R.G.U.S., D.E.U.S., Task Force X, Spyral –, sont tour à tour prises pour cibles par une mystérieuse organisation secrète dénommée Leviathan. L’enquête de Superman et de Lois Lane est plutôt efficace et le complot, à la tonalité assez sombre, est bien mis en place. Mais on ne saura trop rien à ce stade de ce nouvel adversaire et ces premiers épisodes semblent surtout avoir pour rôle de faire s’interroger le lecteur sur son identité tout en faisant lentement monter la tension. Les lecteurs les plus impatients, ou nostalgiques, peuvent toutefois déjà en apprendre plus sur le retour de cet ancien adversaire dans le tome 7 "Batman Incorporated" de la série Grant Morrison présente Batman.

    A l’exception du numéro spécial illustré par Yanick Paquette et le très bon Mike Perkins, les épisodes de la série Action Comics sont illustrés par Steve Epting. Sans être forcément mon style préféré, il faut reconnaitre que c’est très pro et propre.

    Enfin, sans aller jusqu’à retirer une étoile à ma note, je dois dire que je suis fort déçu de la couverture sélectionnée par Urban Comics pour ce tome 1. D’une part, celle-ci est tirée d’un épisode qui ne sera présent que dans le tome 2. D’autre part, celle-ci met en avant Batman alors qu’il n’est ici, au contraire de Superman, qu’un personnage mineur voire absent. Enfin, son auteur, Alex Maleev, dont les couvertures sont certes bien meilleures que celles d’Epting, ne dessine pas la moindre planche de ce premier tome. Une pratique commerciale trompeuse que j’abhorre et malheureusement trop courante dans l’industrie du comics.

    sebastien01 Le 24/01/2021 à 20:54:01

    Cet album est une anthologie rendant hommage aux quarante-neuf victimes de l’attentat d’Orlando en 2016. Plus d’une centaine d’auteurs de comics – mais aussi plusieurs auteurs extérieurs à ce milieu – écrivent et illustrent en une ou deux planche(s) leur perception de ce tragique événement. De par la nature de l’exercice, l’album est immanquablement traversé par une vaste palette de sentiments, des plus intimes et personnels aux plus objectifs et distanciés. Mais, que ce soit sous la forme d’une courte bande dessinée ou d’une illustration, chacun veille surtout à se ranger à sa manière derrière le slogan Love is love / L’Amour c’est l’amour.

    Il faut d’abord saluer Bliss Comics pour l’édition française de cet album enrichie de la contribution d’une vingtaine d’auteurs français par rapport à la VO et pour en avoir maintenu son caractère caritatif. Initié par Marc Andreyko et soutenu par IDW et DC Comics, on ne s’étonnera donc pas d’y retrouver de-ci de-là quelques figures super-héroïques bien connues (au premier rang desquels Batwoman et Poison Ivy). Sur 160 pages, on y découvre nécessairement des auteurs plus ou moins reconnus – et, il faut aussi le dire, plus ou moins inspirés – mais chacun y garde son style, voire essaye d’y refléter son actualité (Liam Sharp sur Wonder Woman, Tom King et Mitch Gerads sur Batman, Guillem March sur Karmen, etc.). On pourra cependant regretter l’absence de Marvel Comics sur un sujet qui aurait dû transcender les clivages éditoriaux.

    Bien que je comprenne naturellement l’objectif d’honorer la mémoire des victimes et de permettre à ces auteurs de mettre leur art au service d’une œuvre caritative en faveur du mouvement LGBT+, j’ai refermé cet album avec un sentiment d’inachevé. En effet, s’il est permis d’émettre une critique malgré la noblesse de cette initiative, le propos général de Love is love m’a paru finalement tiède et mièvre au regard de l’enjeu. Si chacun reconnaitra qu’il faudrait plus d’amour dans ce monde, il est malheureusement des sujets, tels l’homophobie, pour lesquels cela est très insuffisant. Rares sont les auteurs de cet ouvrage à oser prendre position, à oser entrer sur le terrain de la politique, des armes ou de la religion pourtant indissociable de cet attentat. Pour ne pas dévier de l’exercice, pour ne pas s’engager sur des sujets de société et, peut-être aussi, pour ne pas froisser leur lectorat.

    sebastien01 Le 17/01/2021 à 19:57:58

    Une quinzaine d’années après les séries Marvel Zombies ou The Walking Dead, toutes deux scénarisées par Robert Kirkman, DC Comics adapte à son tour le concept à son univers. Les morts-vivants ne sont malheureusement pas devenus plus intéressants ou intelligents entre temps et, bien que je m’y attendais quand même un peu en empruntant l’album, il doit s’agir d’une de mes lectures les plus faibles de 2020 (DCeased 2019, #1-6 et DCeased: A Good Day To Die 2019, #1).

    Tout d’abord, l’idée d’un virus qui se transmet au travers d’internet et des réseaux sociaux ressemble de très près au pitch du roman "Cellulaire" de Stephen King. Mais, au fond, ça n’a guère d’importance tant le scénario de Tom Taylor accorde peu d’intérêt à la justification de l’épidémie (un truc incompréhensible et évacué en quelques pages à propos de l’équation d’anti-vie de Darkseid). Ainsi, le scénario se contente de dérouler des scènes violentes et gores et de jongler avec le temps de présence d’une multitude de super-héros tout en ponctuant l’ensemble de quelques jolies scènes d’émotion notamment avec Robin ou Superboy.

    Ce n’est bien évidemment pas très étonnant au vu la thématique mais il ne me semblait pas nécessaire d’en faire une guerre totale et un minimum de finesse aurait été apprécié (mais à quoi s’attendre d’autre de la part de l’auteur d’Injustice…). Finalement, il n’y a que le titre – DCeased / DCédés – qui m’apparait bien pensé. Et comme autre point positif, je retiens le dessin de Trevor Hairsine. S’il n’est pas exceptionnel, il est tout à fait correct et constant sur les six épisodes ; dommage qu’il soit parfois secondé d’autres dessinateurs qui n’ont pas son niveau.

    En conclusion, c’est nul, ça ne renouvelle pas le genre mais c’est divertissant (n’est-ce pas là l’essentiel après tout ?). Et ça se vend apparemment très bien puisqu’Urban Comics a jugé bon d’éditer cet album sous pas moins de sept couvertures différentes et que deux spin-off (DCeased: Unkillables et DCeased: Hope at World's End) et une suite (DCeased: Dead Planet) ont depuis vu le jour.

    sebastien01 Le 03/01/2021 à 18:06:05

    A l’occasion de la sortie du film Joker de Todd Phillips, Urban Comics réédita plusieurs albums mettant en scène l’illustre adversaire de Batman : on retrouva ainsi en librairie les variations sur ce personnage par Alan Moore, par Brian Azzarello, par Greg Rucka et Ed Brubaker et plus récemment par Scott Snyder. Concernant ce dernier, cet album propose une intégrale des deux arcs tirés de son run sur Batman, soit les tomes 3 et 7 de la série du même nom (Batman 2011, #13-17, #35-40 et Annual #3).

    Dans la lignée des premiers numéros du Batman de Snyder, le premier arc de cet album est très bon ("Le deuil de la famille"). L’entrée en matière du Joker est lugubre à souhait, la menace qu’il fait peser sur la Bat-family est bien amenée, les back-up par James Tynion IV et Jock sont bons et la conclusion a juste ce qu’il faut de grotesque. On pardonnera à Snyder d’avoir trompé son monde avec son titre en forme de clin d’œil, c’était bien joué.
    L’histoire est si bonne qu’il m’aurait paru plus intéressant, quitte à rééditer une histoire du Joker relativement récente, de rééditer le tome 3 accompagné de l’ensemble des numéros complémentaires à l’event en question ("The Joker: Death of the Family" en VO). Malheureusement, il ne s’agit ici que d’une réédition sans plus-value pour les lecteurs de la première heure dont je fais partie.

    Le second arc est en revanche nettement en deçà ("Fini de jouer"). D’une part, je n’ai pas apprécié ce Batman en armure combattant la Ligue de Justice durant un numéro entier (prémisse au Bat-lapin de l’arc suivant ?). D’autre part, ce virus transformant les habitants de Gotham en zombies grimaçants me parait vraiment grossier. Heureusement, la caractérisation du Joker et la mythologie sous-jacente à l’histoire sont plutôt bien écrites et il reste le superbe dessin de Greg Capullo pour sauver n’importe quelle lecture.

    Bref, un album en demi-teinte et une simple réédition pour surfer sur l’actualité.

    sebastien01 Le 30/12/2020 à 18:58:05

    Je ne suis qu’occasionnellement client de comics en kiosque, essentiellement pour de courts récits complets dont l’éventuelle parution ultérieure en librairie – et à un coût plus élevé évidemment – ne me paraitrait pas mériter l’achat. Et l’un de ces récits complets fut donc "DC Univers Rebirth", un hors-série du défunt magazine Justice League : Récit complet. Ce numéro spécial, destiné à lancer la nouvelle ligne éditoriale de DC Comics, a également été publié en librairie, au même moment, accompagné de vingt-et-un autres numéros spéciaux "Rebirth" dédiés aux séries régulières relancées en 2016 (DC Universe Rebirth 2016, #1 et autres).

    Avant d’évoquer l’histoire principale en elle-même, je voudrais dire le peu d'intérêt que je vois à regrouper tous ces épisodes introductifs en un même album. D'une part, aucun amateur de comics n'a une lecture exhaustive d'un univers (DC ou Marvel, peu importe). Et nombreux sont ceux qui, même assidus, n'auront d’intérêt pour Blue Beetle, Supergirl ou Cyborg. La publication intégrale revendiquée par l'éditeur est d'ailleurs toute relative puisqu'il manque les numéros spéciaux de la seconde vague "Rebirth" (Batwoman et Justice League of America). D’autre part, la nature même de ces histoires, bien qu’autosuffisantes pour certaines d’entre elles, oblige à poursuivre la lecture de la série régulière ; l’éditeur ponctuant à juste titre celles-ci par la formule "Fin… et nouveau départ". C'est ainsi que la plupart de ces numéros spéciaux se retrouvent également au sommaire du premier tome des séries de la collection DC Rebirth. En doublon donc pour ceux qui auraient fait l’acquisition de cet album.

    Bref, avec près de 600 pages (pour 35 €), la découverte est un peu trop volumineuse (et chère payée) à mon goût. Mieux valait privilégier le hors-série à 4.50 €, piocher en librairie les séries dont on pense être vraiment lecteur et se contenter de la bibliothèque pour les lectures annexes.

    Quant à l'histoire principale scénarisée par Geoff Johns (et essentiellement illustrée par Gary Frank), elle pourrait se résumer à un second Flashpoint. Le Flash, Wally West, en est encore le personnage central et il s'efforce sur une soixantaine de pages de prévenir tous les autres super-héros de sa mystérieuse découverte. L’épisode a donc immanquablement des allures de catalogue et, bien que je reconnaisse l’effort de justifier le relaunch du point de vue éditorial, il s’avère trop complexe, imbriqué dans de multiples séries que je n'ai pas lu – et que je ne lirai jamais – et présente peu d'intérêt lorsque l’on s’intéresse surtout, comme moi, au Batverse. Même le bref teasing créant ce lien saugrenu avec l’univers de Watchmen n'aura été que tardivement concrétisé dans Doomsday Clock, des mêmes auteurs, et dans nulle autre série régulière.

    sebastien01 Le 27/12/2020 à 10:27:20
    American Vampire Legacy - Tome 1 - Sélection naturelle

    Au début de sa carrière, Sean G. Murphy travailla sur deux mini-séries de complément aux séries Hellblazer et American Vampire. Étonnement, alors que l’auteur n’était pas encore la star qu’il est aujourd’hui, ces mini-séries furent parmi les premières publiées par Urban Comics en 2012 et sorties avant même une réédition de leurs grandes sœurs. L’album qui nous intéresse ici est donc American Vampire : Sélection naturelle, une histoire au cours de laquelle Felicia Book et Cash McCogan partent à la chasse aux vampires nazis (American Vampire: Survival of the Fittest 2011, #1-5).

    Le scénario de Scott Snyder est léger, assez peu original, presqu’exclusivement tourné vers l’action et l’aventure et repose entièrement sur des vampires nazis bêtes et méchants. Il s’agit donc d’une énième histoire dont le fonds de commerce est le nazisme et les sciences occultes ; bon nombre de scénaristes de bande dessinée devraient remercier l’Histoire de nous avoir offert cette pétillante période… Cette réflexion mise de côté, cet album n’en reste pas moins un bon et rapide divertissement ; un spin-off intégré récemment par Urban Comics au deuxième tome de l’intégrale chronologique d’American Vampire.

    L’intérêt premier de cet album réside surtout, selon moi, dans le dessin de Murphy. Comme sur le spin-off d’Hellblazer, son trait était encore un peu anguleux à ses débuts mais était déjà très élégant et est parvenu à créer une ambiance sombre et froide parfaitement adaptée au ton de l’histoire (des nazis dans les montagnes enneigées des Carpates). Pour les amateurs de l’auteur, le mois d’octobre 2020 aura été un sommet : outre l’intégrale évoquée plus haut, sont également sortis une quadruple édition de Batman : Curse of the White Knight, une double édition de l’intégrale de Tokyo Ghost et une réédition de Punk Rock Jesus. Chez Urban Comics, on a manifestement choisi de capitaliser dessus !

    sebastien01 Le 22/11/2020 à 13:17:54

    Comme son titre l’indique, cette histoire est vaguement inspirée de L’Art de la guerre de Sun Tzu. Mais il ne faudrait pas s’y tromper, il s’agit avant tout d’un comics de Deadpool et non d’une analyse du traité. Pour qui l’aurait lu – et il n’est pas certain que le scénariste en fasse partie –, il ne faut donc s’attendre à rien de très sérieux et seuls quelques extraits des treize chapitres sont repris de-ci de-là pour justifier certaines des scènes ou des gags de cet album (Deadpool's Art of War 2014, #1-4).

    En résumé (mais le scénario n’est guère plus développé), Deadpool incite Loki à attaquer la Terre sous un prétexte fallacieux, tous les super-héros se joignent à la bagarre et, à l’issue de l’habituelle bataille finale, tout est bien qui finit bien. En 4 petits numéros, soit 80 pages, le scénario de Peter David n’offre à lire que de rares lignes de texte tandis qu’au contraire les scènes d’action bourrine s’enchainent agrémentées d’une toute petite dose d’humour à la Deadpool. Bref, ça se lit en un quart d’heure et ça s’oublie aussi vite, c’est du comics jetable comme il en existe tant avec ce personnage.

    Le dessin de Scott Koblish, un habitué du personnage, est correct mais ses planches sont surchargées et les couleurs un peu ternes. De toutes façons, on ne lit pas ces one-shot de Deadpool pour leurs qualités graphiques. En revanche, ses quatre couvertures inspirées par la peinture traditionnelle chinoise sont très réussies.

    Enfin, l’éditeur a cru bon de rajouter en fin d’ouvrage une petite histoire de Deadpool insignifiante et sans rapport avec la précédente. Il lui fallait bien au moins atteindre les 96 pages (ou 88 planches) pour justifier de vendre ça aujourd’hui à 16 €…

    sebastien01 Le 18/11/2020 à 19:06:46

    Si, au fond, cette histoire ne constitue qu’une itération de plus aux origines possibles de Deadpool (et de Cable sans rien spoiler…), elle présente un style si radicalement différent des aventures ordinaires du personnage que ses lecteurs réguliers ne l’y reconnaitraient pas. Finalement, le meilleur Deadpool que j’ai lu jusqu’à présent est peut-être celui qui s’en éloigne le plus (Deadpool: Pulp 2010, #1-4).

    Cet album se rangerait aux côtés de Spider-Man Noir ou de Daredevil Noir et, si l’histoire ne se déroulait pas durant les années 50 au lieu des années 30, il aurait assurément pris pour titre "Deadpool Noir" (et pour collection Marvel Noir, au lieu de Max Comics). Dans la même collection, presque contemporaine, les scénaristes Adam Glass et Mike Benson auront d’ailleurs travaillé sur Luke Cage Noir. Car, ni le titre, ni cette vilaine couverture jaune de Jae Lee, ne rendent vraiment compte du contenu de l’album. Dans celui-ci, Wade Wilson n’est pas encore Deadpool mais un militaire traumatisé par sa détention et sa torture par les japonais durant la guerre et qui se voit confier une impossible mission : une fois de plus, sauver le monde.

    Entre de multiples flash-backs, une dose de romance et évidemment quelques coups de sabre, le ton est sombre et plutôt sérieux même s’il y a encore de rares touches d’humour. Le dessin de Laurence Campbell est à l’avenant ; assez détaillé, brut, très encré, bref un choix judicieux au vu du ton de l’histoire. Mon seul regret ira à la résolution de l’intrigue, trop simple et trop rapide. Le méchant de l’histoire aurait mérité d’être moins caricatural, d’être amené plus en finesse et la fin plus développée. Mais c’est le format de la collection après tout, il fallait bien mériter l’appellation "pulp".

    sebastien01 Le 15/11/2020 à 19:27:00

    Il est des histoires de Deadpool où les auteurs s’investissent sur un temps long (Daniel Way ou Gerry Duggan pour ne citer que les plus récents). Que l’on aime ou non le personnage, on est alors forcé de reconnaitre que l’intrigue est réfléchie, construite sur plusieurs années et que la caractérisation du héros progresse. Mais, de l’autre côté du spectre, il y a ces innombrables one-shot ou séries limitées, en quatre ou cinq épisodes, sans envergure, se résumant parfois à Deadpool vs. Machin et qui surfent sur le concept du héros cool avec qui l’on peut faire n’importe quoi pourvu qu’il y ait des lecteurs débiles pour les collectionner.

    Malheureusement, Il faut soigner le soldat Wilson est clairement de celles-là (Deadpool: Wade Wilson’s War 2010, #1-4). Le scénario de Duane Swierczynski narre une énième variation sur les origines du personnage, cette fois-ci en compagnie de Bullseye, de Silver Sable et de Domino. On navigue en permanence entre l’autodérision, l’humour potache, l’action bourrine et le dialogue avec le lecteur. C’est du Deadpool pur jus, sans queue ni tête et ce n’est pas le twist de la dernière page qui changera mon impression d’ensemble (les histoires à chute ont plutôt tendance à m’agacer). Même le dessin de Jason Pearson est tout juste moyen. Je ne demande pas nécessairement à tous les comics de développer une réflexion à la hauteur de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, ou d’autres récits d’Alan Moore, mais on vole ici vraiment trop bas.

    Toutefois, il s’agit très probablement d’une bonne porte d’entrée pour de jeunes lecteurs qui souhaiteraient découvrir le personnage. Les multiples rééditions que l’album aura connu en près de dix ans semblent d’ailleurs aller en ce sens. Elles sont aussi l’occasion de rappeler que, durant cette période, l’album sera passé de 10 € à 18 €, soit une augmentation de 80%. Si le prix n’est pas systématiquement un critère d’achat, avait-on vraiment besoin d’un Deluxe quand un hors-série en kiosque à 5.50 €, comme il se faisait encore il y a quelques années, aurait suffi ?

    sebastien01 Le 08/11/2020 à 18:21:14

    Dans une variation dystopique du XXIe siècle où dominent l’intelligence artificielle et la technologie bionique, un samouraï, ou plus spécifiquement un rônin, se retrouve réincarné dans le corps d’un estropié et se lance à la poursuite du démon qui a tué son maitre des siècles auparavant (Ronin 1983, #1-6).

    Premier récit de Frank Miller dont il est le créateur (à la différence de ses reprises de super-héros chez Marvel ou DC) et en tant qu’auteur complet, Ronin reprend des idées amorcées avec la création du personnage d’Elektra (un personnage taiseux, une femme forte, du combat au sabre) et préfigure un style graphique que l’on retrouvera, plus abouti, quelques années plus tard dans The Dark Knight Returns.

    Difficile pour moi d’apprécier, plus de trente ans après sa publication et lorsque l’on n’a pas été lecteur de comics durant les années 80, l’apport véritable de cet album à son Art. La préface de son éditrice d’alors cite pêle-mêle le manga (assurément), la BD franco-belge, la qualité d’impression et de fabrication des comics ou encore la propriété des œuvres ou le droit d’auteur. Pour ma part, je retiendrais surtout une mise en page et un cadrage qui paraissent très étudiés, en tout cas plus inventifs et moins académiques que d’autres titres qui lui sont contemporains. Malgré quelques concepts abscons tel le "biocircuit", l’univers est bien développé, l’histoire progresse à bon rythme – il ne faut pas se fier aux 6 numéros, l’album compte plus de 300 pages – et la lecture est fluide et aisément compréhensible.

    J’ai en revanche eu un peu de mal avec la partie graphique. Bien sûr, Miller est, en 1983, encore au début de sa carrière et le dessin n’a pas encore la radicalité de Sin City ou de 300. Mais autant je trouve innovants et réussis le découpage, le cadrage, les aplats de noir, l’esthétique de la violence ou la représentation de la technologie, autant le trait en lui-même, lorsqu’il s’agit parfois de dessiner des visages ou des scènes toutes simples, parait peu assuré voire tremblant. Aussi, la colorisation de Lynn Varley est franchement datée. Certes, les techniques de colorisation et d’impression de l’époque ont pu conduire à des résultats moins nuancés qu’ils ne le seraient aujourd’hui ; mais il s’agit ici manifestement d’un choix et ces couleurs sont par endroits si grossières et criardes qu’elles ne rendent pas service au dessin.

    sebastien01 Le 04/11/2020 à 19:08:27

    Thumbprint est un petit thriller, basé sur une nouvelle de l’écrivain Joe Hill mais scénarisé par Jason Ciaramella, ayant pour toile de fond le scandale d'Abou Ghraib (Joe Hill’s Thumbprint 2012, #1-3).

    L’histoire est très brève et raconte le harcèlement et l’intimidation dont est victime une militaire américaine de retour au pays ainsi que sa difficile réintégration à la vie civile après avoir participé à des abus commis à la prison d'Abou Ghraib lors de son séjour en Irak. Les auteurs ne prennent pas position et entretiennent au contraire une certaine ambiguïté sur la légitimité de ces violences ou la sincérité du repentir de son personnage. Il ne faudrait toutefois pas surinterpréter leurs propos, il s’agit après tout seulement d’un bon petit thriller tendu, malsain et très efficace et qui aurait mérité d’être davantage développé.

    Quant au dessinateur, Vic Malhotra, je ne le connaissais pas du tout avant d’ouvrir cet album. Son trait assez gras, très encré et malgré tout plutôt précis m’a immédiatement plu et me fait penser au travail de John Paul Leon ou de Paul Azaceta. Sa fiche-auteur est désespérément vide, il gagnerait pourtant à être plus connu.

    Les trois numéros, totalisant une soixantaine de pages, sont très justement complétés du texte original "Empreintes de pouces" de Hill sur une vingtaine de pages (et qui présente d’ailleurs quelques différences notables avec son adaptation en comics), des habituelles quelques pages de croquis mais aussi d’un autre petit comics, "Kodiak", racontant l’histoire d’un ours au Moyen-Age. Également scénarisé par Hill et Ciaramella, on se serait volontiers passé de cette histoire qui n’a aucun rapport avec la première et qui n’est clairement pas au niveau tant en ce qui concerne le scénario que le dessin. Mais sans doute fallait-il gonfler la faible pagination de l’album pour en justifier son prix.

    sebastien01 Le 01/11/2020 à 13:20:12

    Lorsque la collection "DC Black Label" ne sert pas de fourre-tout à Urban Comics pour y rééditer les classiques de leur catalogue, elle accueille, comme elle aurait dû s’y cantonner depuis le début, des récits inédits, hors continuité et souvent plus matures pour lesquels leurs auteurs ont une plus grande liberté créative (White Knight, Damned, Harleen, etc.). Cet album de Batman est de ceux-là mais il montre aussi qu’une trop grande liberté laissée aux auteurs peut conduire à un grand n’importe quoi (Batman: Last Knight on Earth 2019, #1-3).

    A première vue, il était alléchant de retrouver Scott Snyder et Greg Capullo (et leurs encreur et coloriste attitrés), le duo qui a œuvré sans discontinuer et avec une certaine réussite sur le titre phare Batman durant cinq ans. Puis on se souvient que leur dernière collaboration avait mené à l’imbuvable Dark Nights: Metal et sa palanquée de ties-in. Si Capullo restait au top, Snyder y laissait lui libre cours à ses délires dont je n’étais alors plus du tout client.

    Mais Last Knight on Earth débute au contraire plutôt très bien. Sur les vingt premières pages, le scénariste tient une bien belle idée : Batman serait fou et vivrait toutes ses aventures dans sa tête. L’idée est d’autant plus séduisante que le rêve et l’imaginaire sont des échappatoires à l’enfermement ou à l’internement. Mais passée cette longue introduction, le scénario prend soudainement un virage post-apocalyptique, punk et cosmique à la fois et commence à égrener ses idées imbitables sur la fin du monde dans la droite lignée du précédent opus. Le lecteur s’y perd et même Batman n’y comprend plus rien. Puis vient l’ultime combat contre Oméga, le boss de fin, bourrin à souhait, et parsemé comme il se doit dans les comics d’explications / révélations – inintelligibles pour ne pas changer –, dont Batman ressort vainqueur (évidemment me direz-vous…), et l’on se dit alors, à mesure que les pages défilent, qu’un dernier retournement de situation va venir éclairer toute cette histoire. Que l’on va enfin revenir à un propos plus terre-à-terre et à l’asile d’Arkham où tout ce bazar avait débuté. Et bien non, rien de tout ça, un bébé Superman tombe du ciel de façon inexplicable et c’est déjà fini.

    Je peine à croire que l’on puisse reconnaitre le véritable Batman dans ce genre d’histoire, ce n’est du moins pas ma conception du personnage. Tout comme je doute qu’il y ait beaucoup d’acheteurs, autres que des spéculateurs, pour la version luxueuse "Urban Limited", à paraitre prochainement, de ce si pauvre album. Mais je peux me tromper ; après tout, les auteurs ont récemment remis le couvert avec Dark Nights: Death Metal à grand renfort de numéros spéciaux. Il doit donc y avoir des inconditionnels, mais quelle tristesse.

    sebastien01 Le 28/10/2020 à 11:49:13

    Et pour finir cette première saison des aventures de Kick-Ass et Hit-Girl, un troisième Deluxe, invariablement scénarisé par Mark Millar et illustré par John Romita Jr., dont le ton est assez éloigné, voire en rupture, avec les deux précédents et ce ne pouvait être qu’une bonne chose pour renouveler la série (Kick-Ass 3 2013, #1-8).

    Tout d’abord, le scénario est un poil plus développé et moins loufoque que sur les deux précédentes mini-séries. Bien sûr, Kick-Ass reste un comics pour se reposer le cerveau mais j’ai apprécié suivre cette petite guerre des gangs, l’arrivée d’un nouvel adversaire un brin caricatural, le retour d’un ancien adversaire bien mal en point et cette tonalité générale plus sombre. Ensuite, Dave Lizewski a enfin grandi et a fini par comprendre que les filles valaient mieux que les super-héros. Après avoir fait passer tous les lecteurs de comics pour des puceaux, il était temps ! Il remise ainsi, provisoirement, son costume de Kick-Ass durant une grande partie de l’histoire et, bien que l’on se serait volontiers passé de ces scènes de sexe à répétition, il est plutôt plaisant de voir le personnage évoluer. Enfin, Mindy McCready est en prison durant les trois-quarts de l’album ; exit donc les pirouettes et massacres à la Hit-Girl et place à une séquence plus psychologique au cours de laquelle il est question de sa mère, de son enfance et de son initiation.

    Mine de rien, ces quelques éléments mis bout à bout réduisent grandement le nombre de planches où il est question de trucider tout ce qui bouge. L’ensemble est ainsi plus digeste et aurait presque mérité d’être noté d’une deuxième étoile (et presque mérité un troisième film). Il n’y a véritablement que le dernier épisode – le massacre final justifiant l’argent investit sur ce dernier volume par les fidèles lecteurs de Kick-Ass – où l’on retrouve nos deux héros ordinaires dans les costumes et fonctions que nous leurs connaissions jusqu’alors.

    Tout est bien qui finit bien, Millar et Romita Jr. apparaissent très contents d’eux-mêmes dans les remerciements en fin d’ouvrage (eux qui avaient déjà collaboré quelques années plus tôt sur le fort bourrin et oubliable "Wolverine : Ennemi d'Etat"). Promis, ce devait être la fin mais, dix ans plus tard, voilà que Kick-Ass et Hit-Girl font leur retour dans de nouvelles aventures. Les mêmes auteurs sont aux manettes, du moins sur les premiers numéros, pour quel résultat ? A suivre.

    sebastien01 Le 28/10/2020 à 11:48:55

    Un second volume de Kick-Ass au format Deluxe qu’il faudrait précéder, pour redécouvrir cette première saison de manière exhaustive, de la lecture de la mini-série Hit-Girl, également scénarisée par Mark Millar et illustrée par John Romita Jr. Il est toutefois possible de faire l’impasse sur ce spin-off sans rien perdre de l’intrigue et c’est le choix que j’ai fait (Kick-Ass 2 2010, #1-7).

    A l’instar du volume précédent, l’histoire débutait plutôt pas mal avec l’émulation créée par Kick-Ass, les nouveaux héros ordinaires costumés, leurs motivations et leurs alliances parodiant gentiment les véritables super-héros des comics. Ce début me plaisait d’autant plus que les personnages de Dave et de Mindy, leurs parents et leurs copains, paraissaient plus apaisés et le ton de la série moins violent.

    Du moins jusqu’à ce que l’on nous offre le spectacle, en double-page s’il vous plait sinon ce n’est pas drôle, d’un chien refermant sa gueule sur l’entrejambe d’un des nombreux antagonistes… Mes minces espoirs s’envolent alors et les épisodes suivants ne sont plus qu’une litanie de tabassages, de viols et de meurtres en tous genres. Les auteurs se complaisent dans cette violence gratuite et gâchent les quelques propos intéressants, mais trop peu développés – la douleur de Dave, les doutes de Mindy –, sous une tonne de scènes gores. Avait-on vraiment besoin d’une pleine page montrant une fillette de 11 ans pratiquer une décapitation ? Même sans prendre l’histoire au premier degré, cette ultra-violence continuelle est proprement ridicule.

    Je n’avais pas du tout ce souvenir de l’adaptation du comics au cinéma alors j’ai revu dernièrement Kick-Ass de Matthew Vaughn sorti en 2010. Et c’est triste à écrire mais le film est nettement supérieur à son matériel de base. L’intrigue est bien plus développée, les personnages mieux caractérisés, l’histoire équilibrée entre sérieux et humour, les dialogues et la musique sont bons et surtout la violence est chorégraphiée et esthétisée. On sent bien d’ailleurs que la première moitié du film suit fidèlement la trame du comics avant de s’en éloigner progressivement sur la seconde moitié. Comme si Millar avait eu une idée, avait su la développer sur quelques numéros avant de se perdre dans un grand n’importe quoi. Dommage quand on sait que le projet fut dès le départ développé en parallèle sur les deux médias. Mais pas si étonnant lorsque l’on voit, en fin d’ouvrage des tomes 1 et 2, que les scènes de tabassage constitueraient les "meilleurs moments" du comics. En revanche, la suite au cinéma par Jeff Wadlow, Kick-Ass 2, sortie en 2013, en voulant reconstituer scrupuleusement chacune des scènes du comics, me parait ratée ou n’a du moins pas la même saveur que le premier opus.

    sebastien01 Le 28/10/2020 à 11:48:38

    Kick-Ass est un des tous premiers titres de Mark Millar à être publié en indépendant ; ou presque en indépendant puisque celui-ci fut initialement publié chez Icon Comics, propriété de Marvel Comics, avant d’être rapatrié chez Image Comics (Kick-Ass 2008, #1-8).

    On pourrait voir dans ce premier Deluxe les prémisses de ce qui deviendra le Millarworld mais sans la qualité globale de ses titres les plus récents (Reborn, Chrononauts, Huck ou The Magic Order). L‘idée de départ me paraissait pourtant plutôt bonne : un adolescent enfile un costume et s’essaie tant bien que mal à jouer les super-héros à la manière des personnages de comics qu’il affectionne. Le pitch n’est même pas complètement absurde puisque le phénomène des "real life superheroes" existe vraiment. En revanche, je n’ai pas du tout aimé son développement : l’histoire mise tout sur la grossièreté et la violence de l’ensemble de ses personnages, enfants et adolescents compris, sans que cela ne serve la moindre réflexion.

    Et il y avait pourtant matière à s’interroger sur le vigilantisme ou sur la sempiternelle violence graphique des comics et leur influence auprès des plus jeunes. Mais, une fois passées les quelques bonnes premières pages au sujet des super-héros, la suite n’offre plus qu’une succession de combats plus sanglants les uns que les autres. Bref, un comics décérébré à l’image des lecteurs qui y sont dépeints. Et dire que cet album a eu un succès tel qu’il a fallu en faire trois suites (regroupées aujourd’hui en VO sous le titre "Kick-Ass : The Dave Lizewski Years") et même deux films… Sur une thématique proche – les super-héros de papier et la découverte par un adolescent de leur pendant dans la vraie vie –, mais sans grossièreté ni violence et au contraire avec subtilité et parfois poésie, je recommanderais de lire "Superman : Identité secrète" et "Batman : Créature de la nuit", tous deux scénarisés par Kurt Busiek.

    Quant au dessin de John Romita Jr., je le trouve moche et cela ne m’a bien sûr pas aidé à apprécier l’histoire. Je reconnais que le qualificatif est un peu abrupt mais je n’ai jamais compris comment ce dessinateur pouvait perdurer dans ce métier depuis les années 80 avec un tel manque de talent. Il y a même des albums que je me refuse d’acheter dès lors que cet auteur y est crédité (et pourtant certains sont excellents, au premier rang desquels "Daredevil : The Man Without Fear"). Son trait est grossier, il manque de finesse et de détail, tous ses personnages se ressemblent et leurs visages carrés sont tout simplement ratés. S’il débutait, on pourrait l’excuser mais cela fait près de quarante ans qu’il dessine ainsi sans s’améliorer. Sans doute y a-t-il quelques inconditionnels et il rend probablement ses planches dans les temps – en tout cas pas pour Kick-Ass où il lui a fallu deux ans pour rendre les huit épisodes –, c’est à peu près tout ce qui doit importer aux yeux de ses éditeurs. Je lui reconnais d’avoir trouvé son propre style et d’avoir illustré avec constance les quatre mini-séries Kick-Ass et Hit-Girl mais c’est tout.

    sebastien01 Le 18/10/2020 à 17:40:44
    Gotham Central (Urban comics) - Tome 4 - Tome 4

    Et pour conclure cette très bonne série, quatre nouvelles enquêtes mettant notamment en avant Poison Ivy, Robin (plusieurs fois, mais est-ce le vrai ?) et Captain Marvel (Gotham Central 2003, #32-40 et les back-up de Detective Comics 1937 #770-772 et #784).

    A nouveau, le meilleur réside dans ce final sans le moindre super-vilains, sans même la présence furtive de Batman, juste dans l’aboutissement des tensions créées au sein de cette unité des crimes majeurs depuis une quarantaine d’épisodes. Un excellent final qui clôt idéalement la série avant qu’elle ne ronronne. Une série sombre, mature, à recommander autant à ceux qui lisent habituellement du polar qu’à ceux qui aiment les super-héros (mais sans l’action bourrine qui va trop souvent avec).

    Je finirais sur un léger bémol au sujet des couvertures. Il m’aurait semblé plus judicieux, à défaut des couvertures originales, d’agrandir une case montrant une scène de crime ou un des inspecteurs du G.C.P.D. Car, les personnages choisis par Urban Comics – Double-Face, le Joker, le Hibou et Batman –, bien qu’au cœur des enquêtes de Gotham Central, ne sont que des personnages mineurs dans leur développement et donc assez peu représentatifs du contenu des albums. Ainsi, plutôt que de mettre en avant l’aspect super-héroïque somme toute mineur de cette série, il eut été préférable de valoriser son côté polar. D’autant plus lorsque ces vignettes ne sont pas issues des épisodes contenus dans les albums respectifs ou que Michael Lark n’assure pas le dessin jusqu’au terme de la série…

    Pour ceux qui souhaiteraient retrouver une ambiance similaire à cette série, lire le troisième tome de la série "Paul Dini présente Batman" qui regroupe les épisodes scénarisés par l’auteur tirés de la série Batman: Streets of Gotham (2009). Ceux-ci sont en plus illustrés, mais pas aquarellés malheureusement, par Dustin Nguyen. Et dans un style proche, lire également "Batman : New Gotham" ou "Batman : Meurtrier et fugitif" (tous deux en trois tomes chez Urban Comics).

    sebastien01 Le 18/10/2020 à 17:40:29
    Gotham Central (Urban comics) - Tome 3 - Tome 3

    Au programme de ce troisième volume de Gotham Central, quatre nouvelles enquêtes, par Greg Rucka et Ed Brubaker, qui vont mettre aux prises les inspecteurs du G.C.P.D. à l’Araignée noire, Batman, Catwoman et le Docteur Alchimie (Gotham Central 2003, #23-31 et les back-up de Detective Comics 1937 #763-769).

    Comme cela était déjà le cas pour les deux précédents volumes, mon intérêt est allé davantage aux relations construites entre les différents personnages qu’à la résolution des enquêtes. Non pas que celles-ci soient mauvaises, bien au contraire, mais la série adopte le rythme d’une série télévisée et son fil rouge – la vie du commissariat et des hôtes – est plus intéressant que les crimes rapidement résolus qui se déroulent en ville. L’album débute à ce titre très bien avec un policier ripoux qui va pourrir l’ambiance de l’unité des crimes majeurs sur le long terme et un épisode centré sur le Bat-signal et la défiance de la police vis-à-vis du Chevalier noir.

    Si l’on continue sur ces premiers épisodes à retrouver Michael Lark au dessin, il passe ensuite définitivement la main, non sans regret bien que leurs styles se rapprochent du sien, à Stefano Gaudiano et Jason Alexander.

    La nouveauté de ce troisième volume tient surtout en la présence des back-up de Detective Comics en fin d’ouvrage. Quelques pages qui, mises bout à bout sur une dizaine d’épisodes, vont nous raconter les débuts de Josie Mac au G.C.P.D. Ceux-ci ont été écrits avant Gotham Central et ne sont donc pas indispensables à sa compréhension, ils n’ont d’ailleurs que peu de lien avec la série. Il s’agit cependant d’un bon complément, dont la présence ici est plutôt pertinente et où l’on retrouve une des enquêtrices, son pouvoir / intuition et l’ambiance du commissariat central de Gotham. Son histoire se conclura dans le quatrième et dernier volume.

    sebastien01 Le 11/10/2020 à 18:02:34

    J’ai découvert ce WE en librairie une réédition de P.T.S.D. pour les 15 ans d’Ankama et, après l’avoir rapidement feuilleté, le dessin m’a tout de suite plu alors je me suis décidé à le lire aussitôt rentré.

    Rangé parmi les comics, le dessin me parait plutôt être inspiré du dessin animé ou du manga, type shônen, avec ce trait rond, ses personnages aux drôles de proportions, ses expressions sur les visages un peu exagérées, ses grands yeux et ses mains à quatre doigts. Mais contrairement au manga en général, le dessin m’a ici beaucoup plus. En particulier, j’ai aimé ce trait qui a un je-ne-sais-quoi de tremblotant et ces couleurs à l’aquarelle lumineuses et en même temps assez douces. Guillaume Singelin dit avoir vécu à Tokyo et cela se ressent, il a effectivement bien retranscrit l’ambiance des quartiers pauvres des villes asiatiques, leurs immeubles bardés de climatiseurs, leurs ruelles étroites et la vie qui y grouille. Bref, la partie graphique est excellente et l’auteur maitrise vraiment son style.

    En revanche, je suis bien moins enthousiasmé par le scénario (son héroïne, Jun, une ex-tireur d’élite, effectue un difficile retour à la vie civile et se lance dans une vendetta contre un gang trafiquant des médicaments). Sensé traiter des troubles de stress post-traumatique, le scénario ne fait qu’effleurer le sujet et le résume à l’isolement de son personnage principal et à sa constante quête d’antalgiques. On ne saura rien, ou si peu, de son traumatisme et sa guérison en fin d’album apparait aussi miraculeuse qu’improbable. Clairement, l’auteur a fait le choix d’axer son scénario sur l’action au détriment de la caractérisation des personnages ; ce qui est un peu dommage sur près de 200 pages. Quelque part, l’histoire me fait penser au premier Rambo de 1982 et ce n’est pas un compliment.

    Mais, le dessin m’ayant vraiment plu, j’en serai pour Mutafukaz' Loba Loca, le second spin-off de Mutafukaz et son dernier travail en date.

    sebastien01 Le 04/10/2020 à 19:21:09
    Gotham Central (Urban comics) - Tome 2 - Tome 2

    Dans ce deuxième volume de Gotham Central, Ed Brubaker et Greg Rucka continuent, au gré de trois nouvelles enquêtes, à développer les relations de camaraderie et d’inimitié entre les différents inspecteurs du G.C.P.D. mais aussi leurs rapports, étonnamment plutôt froids, avec Batman (Gotham Central 2002, #11-22).

    Cette fois-ci, le casting réunit le Joker, Huntress, le Chapelier fou et le Pingouin mais, à l’instar du tome précédent, leur présence dans les pages de Gotham Central est secondaire. Ces personnages constituent en effet surtout un leitmotiv récurrent dans la construction de chacune des enquêtes. Par exemple, si Batman n’apparait que furtivement de-ci de-là, sa présence – ou son absence en l’occurrence – ne fait que renforcer l’excitation du lecteur telle une ombre qui plane littéralement sur la police de Gotham. Et il en va donc de même avec ces super-vilains que l’on rencontre au détour d’une planche.

    Depuis le premier épisode, il est par ailleurs très intéressant de découvrir cette relation d’attirance autant que de défiance entre la police de Gotham et Batman ; une relation à mon sens assez proche de celle qu’elle serait si le Chevalier noir existait vraiment. Les super-vilains sont eux aussi montrés sous un jour plus réaliste, presque à la vie civile et sans super-pouvoirs. Même l’image de police est ici plus nuancée qu’à l’accoutumée et, en cela, la série offre pour l’instant un point de vue assez éloigné de l’incompétence et de la corruptibilité du G.C.P.D. auxquelles Detective Comics nous a par exemple habitué.

    Un mot sur le dessin. Bien qu’il finisse malheureusement par être secondé – puis finalement remplacé aux deux-tiers de la série –, les deux premiers volumes sont encore majoritairement le fruit du travail de Michael Lark. Son style très sombre, très encré, très gras, convient parfaitement à l’ambiance typée polar de la série. Je dirais même que c’est avant tout pour son trait, que j’avais déjà bien apprécié sur Daredevil ou Lazarus, que j’ai relu Gotham Central. Si deux autres dessinateurs, Stefano Gaudiano et Greg Scott, le secondent, leur style se fond toutefois très bien avec le sien pour produire un ensemble homogène.

    sebastien01 Le 04/10/2020 à 19:20:47
    Gotham Central (Urban comics) - Tome 1 - Tome 1

    Gotham Central est une série policière. Elle est certes légèrement teintée de super-vilains et d’apparitions – fugaces – de Batman (il faut bien justifier le logo DC en couverture…), mais elle est avant tout centrée sur le travail d’enquête, les relations personnelles et les bisbilles entre services de la police de Gotham. Elle dénote clairement dans le paysage des comics de super-héros et mériterait d’ailleurs de s’appeler Detective Comics si ce titre n’était pas déjà accolé à une autre série bien connue du grand public surtout orientée vers l’action et le Batverse (Gotham Central 2002, #1-10).

    La série aura d’abord connu une première publication en VF assez chaotique : débutée chez Semic en 2004, elle est ensuite reprise par Panini en 2006 – là où elle s’était arrêtée, il faut quand même le souligner – mais dans des volumes aux formats inégaux publiés dans des collections distinctes. Comme souvent, l’arrivée d’Urban Comics en 2012 aura été l’occasion de remettre un peu d’ordre dans certaines publications et de rendre disponibles et abordables des albums absents de longue date des librairies. La série ressort donc en 2014 et, coïncidence ou non, la série télévisée "Gotham" de Bruno Heller et Danny Cannon débute à la même période. Bien que n’ayant pas de rapport direct, le comics et la série partagent cependant une même ambiance au sein du commissariat central de Gotham.

    Sur deux à cinq épisodes scénarisés par Ed Brubaker et Greg Rucka et illustrés par Michael Lark, Gotham Central nous fait suivre les enquêtes du G.C.P.D. et plus particulièrement celles de l’unité des crimes majeurs. Il faut comprendre par-là celles consacrées aux meurtres commis par toute la bande de super-vilains qui sévit de façon routinière à Gotham et l’on découvrira ainsi dans ce premier volume des enquêtes impliquant Mister Freeze, Firebug et Double-Face. Il ne s’agit cependant que d’un subtil prétexte pour attirer le lecteur habitué à lire du Batman car le principal intérêt de la série réside plutôt dans la découverte du quotidien de ce service de police après le départ de Gordon et de Bullock suite à l’event No Man's Land. En un sens, avec son ambiance sombre, son découpage par enquêtes et son fil rouge de relations interpersonnelles, ce comics fait me penser aux séries télévisées procédurières "New York : Police Judiciaire / Unité Spéciale / Section Criminelle".

    sebastien01 Le 27/09/2020 à 15:42:41

    C’est après avoir entamé la lecture du run de Chip Zdarsky sur la série Daredevil que j’ai voulu découvrir ce qu’il avait scénarisé auparavant. Rien de notable en vérité si ce n’est peut-être Sex Criminals et plus récemment une série secondaire de Spider-Man. Et c’est sûrement à la suite de cette dernière qu’est née l’idée de l’homme-araignée prenant de l’âge tout du long de ses aventures (Spider-Man: Life Story 2019, #1-6).

    L’idée est plutôt originale même si Peter Parker a déjà vieilli avec ses lecteurs (du collège au lycée, de son mariage à sa paternité avortés, etc.) et que d’autres super-héros avant lui ont connu un alter ego plus âgé. De plus, cette idée cadrait bien en 2019 avec les quatre-vingt ans de Marvel. Seulement, l’exploitation qui est faite de celle-ci m’a un peu déçu. Le scénario concentre soixante ans d’aventures en six épisodes, il va à tout allure, se focalise sur quelques périodes marquantes – le Bouffon vert, Kraven, le Docteur Octopus, la Saga du Clone, Civil War, Venom, Miles Morales – et enchaine donc les scènes d’action toutes les deux pages. Rares sont les réflexions sur le temps qui passe, sur ces combats sans fin ou sur la postérité, ce n’est finalement qu’un comics comme un autre. Ainsi, s’il a assurément vieilli, Peter Parker n’a pas vraiment mûrit. Mais, n’étant pas un gros lecteur de Spider-Man, je suis sans doute passé à côté de quelques références ou clins d’œil qui apportent ce petit plus à la lecture.

    La mini-série est illustrée par Mark Bagley, un dessinateur ayant officié de longue date sur plusieurs séries relatives au tisseur et notamment Ultimate Spider-Man avec Brian M. Bendis. Il s’en trouve à ce titre plus légitime que son scénariste pour parler de la vie de Spider-Man ; peut-être aurait-il fallu embaucher Dan Slott pour cet hommage ? Si sa légitimité n’est pas en cause, j’ai tout de même eu du mal à apprécier son travail. Je reconnais que c’est détaillé, propre, dynamique et efficace, soit probablement ce que le lecteur moyen attend d’un comics. Mais le style me parait impersonnel et je n’y trouve pas la patte de l’artiste.

    L’album s’étant sûrement très bien vendu, Panini Comics l’a réédité sous pas moins de six couvertures différentes (une par décennie). Qu’il y ait parfois une couverture variante pour un événement ou une librairie en particulier, ok. Mais six ? Pour de la VF ? Et pour une réédition ? L’éditeur avait déjà eu cette pratique mercantile lors de la sortie de 5 Ronin. Les acheteurs de la première heure, qui demandent avant tout des albums abordables et disponibles en librairie, apprécieront ce sens des priorités…

    sebastien01 Le 20/09/2020 à 20:45:03
    Outcast - Tome 2 - Souffrance

    Dans ce deuxième tome d’Outcast, nous continuons à suivre Barnes et Anderson, leurs amours, leurs emmerdes et leur connaissance, un peu plus grande à chaque nouvel épisode, de la menace démoniaque latente qui se dessine dans leur petite communauté (Outcast by Kirkman & Azaceta 2014, #7-12).

    D’autres lecteurs l’auront signalé avant moi, le rythme de la série est constant et donc une nouvelle fois assez lent. On ne s’ennuie pas pour autant et le mode de publication en VO assure son lot de scènes à suspense. Mais on sent bien que la découverte des facultés du personnage principal – le "banni" – et des motivations des possédés – la "fusion" – va prendre du temps. La relation de deux personnages centraux est elle-même encore balbutiante au terme de ce deuxième tome. Une impression de longueur qui se fait cependant moins sentir en relisant tous les albums d’une seule traite.

    Je ne vais pas commenter l’ensemble des albums car j’en viendrai à me répéter ; la série est d’une qualité égale tout du long et montre que Kirkman ne limite pas à aux séries à rallonge comme The Walking Dead ou Invincible. Je finirai par conseiller aux lecteurs potentiellement désenchantés par le rythme des premiers albums de persévérer car les réponses arrivent (et nul besoin d’attendre une trentaine de tomes pour cela…).

    Outre son scénario maitrisé, concis et qui se tient sur la durée, le dessin de Paul Azaceta m’a également beaucoup plu et il faut souligner sa régularité sur cinq ans, soit sur l’ensemble de la série. Il m’a fait penser à celui de John Paul Leon, de Gabriel Hardman ou encore de Tommy Lee Edwards. Son trait est plutôt gras, ses planches très encrées et les couleurs sombres d’Elizabeth Breitweiser correspondent parfaitement à l’ambiance de l’histoire. Ceux qui ont aimé cet artiste ne devraient pas manquer de lire un de ses premiers travaux, "Le jardin des souvenirs", sur un scénario Mark Waid, publié ces dernières années en VF chez le même éditeur.

    sebastien01 Le 20/09/2020 à 20:44:43
    Outcast - Tome 1 - Possession

    Alors que la série publiée par Image Comics doit prochainement connaitre son dénouement en VO (retardé de quelques mois pour cause de Covid-19), je relis en un WE les sept volumes d’Outcast parus à ce jour chez Delcourt avant la sortie du dernier tome début 2021. Une histoire de possession, de démonologie et d’exorcisme traitée de façon simple, familiale et intime, en tout cas à taille humaine, où les relations entre les différents personnages sont plus importantes que les quelques séquences ésotériques indissociables de cette thématique. Un style d’écriture que ne renierait sans doute pas Stephen King (Outcast by Kirkman & Azaceta 2014, #1-6).

    Je ne suis habituellement pourtant pas un grand fan des histoires plaçant l’occulte au cœur de leur sujet mais le scénario de Robert Kirkman se concentre surtout sur quelques tranches de vie et sur l’existence morne de ses personnages. Sur deux d’entre eux en particulier. Le premier, Kyle Barnes, a vécu une enfance traumatisante et sa vie d’adulte prend le même chemin. Le second, le révérend Anderson, lutte avec ferveur au sein de la paroisse locale contre les forces du Mal qui semblent hanter sa petite communauté. C’est lorsque les deux vont faire équipe qu’ils vont, très progressivement, prendre conscience d’une menace plus prégnante et insidieuse qu’ils ne l’avaient imaginée.

    Il faut admettre que la principale critique de cette série, son rythme, est justifiée. Celui-ci est en effet assez lent, voire très lent, sur les premiers épisodes ; c’est finalement celui d’une série télévisée qui prendrait vraiment le temps de s’installer (le comics a d’ailleurs été porté à l’écran, sans grand succès, par Cinemax). Ainsi, l’on referme ce premier tome avec plus de questions que de réponses. Et parmi elles, on ne sait, à ce stade, toujours pas pourquoi le personnage principal est banni ni même ce que cela recouvre. Il faudra persévérer encore un tome ou deux pour commencer à le comprendre…

    sebastien01 Le 13/09/2020 à 20:01:16

    Initialement conçue par Frank Miller en 1981 comme un personnage secondaire de la série Daredevil, Elektra a fini par s’en émanciper – un peu, le personnage restant malgré tout en marge des super-héros traditionnels – et avoir droit à ses propres aventures. Cet album recueille probablement son histoire la plus connue mais, paradoxalement, aussi la plus difficile d’accès (Elektra Assassin 1986, #1-8).

    Le pitch était pourtant relativement simple à la base : Elektra est manipulée à distance par une mystérieuse organisation criminelle sur fond d’élection présidentielle américaine et se retrouve tour-à-tour en position d’être chassée ou chasseuse jusqu’à remonter à l’origine de cette machination. Là où il faut sérieusement s’accrocher, c’est dans la construction du récit. Dès les premières pages, on se perd dans le montage des scènes, les ellipses, les visions troubles des personnages, la voix off omniprésente ou le positionnement hasardeux des phylactères.

    Inutilement compliquée ou exigeante, la lecture est en tout cas loin d’être aisée et ce n’est pas le dessin de Bill Sienkiewicz qui la facilitera. Davantage connu aujourd’hui pour ses couvertures variantes ou sa participation sporadique à quelques séries, Sienkiewicz a illustré à la même époque – et toujours sur un scénario de Miller – le roman graphique Daredevil: Love and War. Ses planches ne ressemblent ici à rien auquel le comics nous a habitué, il s’agit plus de peintures et de collages (pour un résultat proche de celui de David Mack), avec une très grande liberté artistique, à mille lieux du travail besogneux de l’ordinaire des dessinateurs de comics.

    Alors nécessairement, sur un peu moins de 250 pages et pour peu que l’on ne soit pas rebuté par le dessin, on finit par s’y perdre un peu et parfois devoir revenir en arrière d’une page ou deux. D’autant plus que l’histoire intègre volontiers quelques scènes surnaturelles, absurdes ou caricaturales. J’ai relu mon édition intégrale publiée par Delcourt il y a près de vingt ans de cela mais les deux récits évoqués ont récemment été réédités par Panini Comics dans sa collection Marvel Icons accompagnés d’autres épisodes de ces deux personnages.

    sebastien01 Le 30/08/2020 à 15:46:56

    Dernier album de la "trilogie" des polars noirs de Brian M. Bendis (secondé pour l’occasion par Marc Andreyko qui reprendra plus tard la suite de Sam & Twitch scénarisée par Bendis), Torso se distingue des deux précédents en étant, d’une part, inspiré de faits réels et, d’autre part et à l’inverse de Goldfish ou de Jinx, en partageant essentiellement le point de vue de la police (Torso 1998, #1-6).

    Tout juste auréolé de sa victoire à Chicago contre Al Capone, Eliot Ness prend ses nouvelles fonctions à Cleveland (ville natale des deux scénaristes où s’étaient déjà déroulés les précédents récits). Outre son statut d’"incorruptible", son dévouement au travail et le délitement de sa vie de couple, il s’agit surtout dans cet album de suivre la traque dans les années 30 du "meurtrier aux torses", un des premiers tueurs en série américains identifié comme tel. Le scénario prend la forme d’une enquête relativement classique où la police patine, coincée entre la presse, la politique et la criminalistique balbutiante, avant de finalement tenir une piste sérieuse.

    A l’instar des deux précédents albums, on retrouve ici le goût de Bendis pour les dialogues très parlés, les inserts d’images d’archive (issues du journal local où Bendis travaillait durant sa jeunesse) et une mise en page assez travaillée. Sans ellipse, Torse se lit très facilement et constitue sans doute le plus facile d’accès des trois titres. Bref, un bon album, mais classiquement encore une fois, dont la nomination au prix du meilleur scénario à Angoulême en 2003 peut surprendre.

    En résumé, trois récits qui devraient plaire aux amateurs de polars et en particulier aux fidèles lecteurs d’Ed Brubaker et de Sean Phillips. Aux amateurs de Frank Miller également tant le noir et blanc de Bendis rappelle son style. Publiés en VF chez Semic puis chez Delcourt en 2002, 2003 et 2006 (dans le désordre mais dans des éditions homogènes), il est étonnant qu’aucun éditeur ne les aient récemment réédités. Bendis est-il aujourd’hui trop catalogué super-héros ? Ou le polar constitue-il une niche du comics ? La collection "Dark Night" du même éditeur a par exemple été abandonnée il y a quelques années. Il aurait pourtant une réédition à tenter en lien l’édition de titres plus récents du label Jinxworld encore inédit en VF tel que Pearl (avec Michael Gaydos), Scarlet (avec Alex Maleev) ou Cover (avec David Mack).

    sebastien01 Le 30/08/2020 à 15:46:50

    Deuxième album de la "trilogie" des polars noirs de Brian M. Bendis, Jinx se présente comme un préquel de Goldfish. L’histoire fut tout d’abord publiée en VO en deux mini-séries : la première chez Caliber Comics en 1996, immédiatement suivie d’une seconde chez Image Comics en 1997. Séries aujourd’hui réunies en VF chez Delcourt en un seul épais volume à couverture souple et papier mat, au format roman graphique sans donc que ni la distinction, ni le chapitrage, n’apparaissent (Jinx 1996, #1-7 et Jinx 1997, #1-5).

    Bendis transpose à Cleveland peu ou prou l’intrigue du film "Le Bon, la Brute et le Truand" de Sergio Leone dans l’univers du polar. C’est ainsi que l’on retrouve dans cette équipée incertaine, outre le personnage de Goldfish rencontré précédemment, Columbia (sous les traits de Bendis, un autre petit escroc mais un tantinet plus violent que son comparse) et Juliet Alameda dit Jinx (une chasseuse de primes un peu paumée et personnage principal de ce second acte). La bande est à la recherche d’un magot caché et, à l’instar du film, chacun devra bon gré mal gré collaborer pour mettre la main dessus.
    L’histoire est plus facile d’accès que la précédente et parait également plus aboutie en se concentrant, sans trop en dévier, sur cette quête tout en prenant le temps de bien caractériser les relations complexes entre ces trois personnages. On n’évite cependant pas quelques longueurs (comme lorsque l’on est inutilement attablé avec plusieurs clients du supermarché…) et, avec un bavard comme Bendis aux manettes sur près de 400 pages, il faut au moins autant de temps pour lire cet album que pour revoir le film dont il s’inspire.

    Bendis est donc également aux dessins et cela est aussi plaisant que sur Goldfish même si l’on sent qu’il a tout de même bien fait de privilégier une carrière de scénariste. Et il y a cette fois-ci moins de protagonistes et donc par conséquent moins de risque pour le lecteur de s’y tromper. En revanche, l’utilisation du roman photo pour illustrer les longs flash-back ne sont pas du meilleur effet et rompt avec le reste des planches. A noter, qu’il y a 8 planches du journal intime de Jinx illustrées par Michael Gaydos, non crédité dans l’album, avec qui Bendis collaborera plus tard sur la série Alias (dont le personnage de Jessica Jones rappellera d’ailleurs celui de Jinx).

    sebastien01 Le 30/08/2020 à 15:46:43

    Aujourd’hui essentiellement connu – et reconnu – comme l’un des plus grands scénaristes de comics de super-héros, travaillant longtemps pour Marvel Comics puis, dernièrement, pour DC Comics, Brian M. Bendis a débuté sa carrière dans le rayonnage opposé de cette industrie. Celui-ci débute en effet comme auteur complet, durant les années 90, sur une série de polars noirs publiés chez des éditeurs indépendants. On peut notamment citer Fire (1993), Goldfish (1994), Jinx (1996-97) et Torso (1998), réunis en VO au sein de l’épais "Crime Noir Omnibus". Le premier de ces titres est toujours inédit en VF, il faut donc se tourner vers la VO, ou vers internet, pour le lire ; toutefois, s’agissant de la plus faible et courte histoire des quatre, on peut également très bien faire l’impasse dessus. La véritable "trilogie" commence ainsi pour moi avec Goldfish, l’histoire d’un petit escroc sur le retour (A.K.A. Goldfish 1994, #1-5).

    Dès la première planche et il y a déjà plus de vingt-cinq ans de cela, on retrouve le goût de Bendis pour les dialogues. Ses personnages n’arrêtent pas de bavarder tout au long de l’album, dans un style très familier et souvent pour ne rien dire de très utile à l’intrigue. Mais ces échanges contribuent à créer une ambiance et une tension au récit et c’est surtout de cela dont il va être question sur un peu plus de 250 pages. On entre dans l’histoire sans en saisir immédiatement tous les enjeux, le rythme est lent (une partie de cartes durera, par exemple, une douzaine de pages…), il y a peu d’action et il faut être patient pour comprendre la motivation entourant le retour à Cleveland du personnage principal, David Gold dit Goldfish, son passé et les liens qui l’unissent aux autres protagonistes. Il ne s’agit assurément pas d’un des romans graphiques noirs les plus accessibles, ni des plus transcendants d’ailleurs, mais cela reste cependant une histoire correcte très bien racontée.

    Bendis en est donc également l’illustrateur et son trait, qui combine le dessin et la photographie retouchée, le tout en noir et blanc, est plutôt plaisant et le cadrage et la mise en scène sont variés. Il y a en revanche quelques visages qui auraient mérités d’être plus travaillés pour être plus reconnaissables, les trames dignes d’un vieux logiciel Paint auraient pu être évitées et, pour un auteur qui affectionne autant les dialogues, les phylactères sont particulièrement basiques. Quant à l’édition de Semic, elle est très bonne – couverture souple et papier mat – et tient la route encore quinze ans après sa sortie (en tout cas pour l’exemplaire que j’ai trouvé en occasion).

    sebastien01 Le 23/08/2020 à 18:24:31

    Scène de Crime est un petit polar sympathique par Ed Brubaker et Michael Lark, qui, bien que présentant une bonne – mais omniprésente – narration n’offre cependant pas de grande surprise. Je ne vois donc vraiment pas ce que Brian M. Bendis, dans son introduction, lui trouve de si génial (Scene of the Crime 1999, #1-4 et Vertigo: Winter's Edge 1998, #2 "God and Sinners").

    Il s’agit là d’un de premiers scénarios de Brubaker, alors publié sous le label Vertigo, et sa première collaboration avec Lark. Sean Phillips, devenu entre-temps son indissociable partenaire dans des polars de plus grande envergure (notamment Criminal, Fatale, Fondu au noir ou Kill or be killed) et dont il s’agit également de la première collaboration, n’est crédité qu’à l’encrage. En un sens, et bien qu’il ne soit publié qu’en 2013 par Delcourt, cet album a son importance en ce qu’il se place chronologiquement en tête de la bibliographie respective de chacun de ces auteurs.

    Mais si l’on s’en tient à l’histoire, l’enquête menée par ce détective privé un peu paumé n’est pas transcendante. Il est mis sur le cas d’une personne disparue puis, lorsque cette dernière est assassinée, découvre qu’il s’est fait berner et décide de mener l’enquête pour son propre compte et sa tranquillité d’esprit. La lecture reste plaisante mais ne présente pas de réelle surprise pour qui aurait déjà lu quelques romans policiers. Quant au dessin de Lark, il est correct mais est encore très loin du niveau qu’il atteindra quelques années plus tard sur Gotham Central, Daredevil ou Lazarus (avec Brubaker et/ou Rucka d’ailleurs). A vrai dire, sur un peu moins d’une centaine de pages et au vu des très nombreux récitatifs, il aurait été probablement plus intéressant pour Brubaker de faire de cette intrigue une nouvelle plutôt qu’un comics.

    sebastien01 Le 19/08/2020 à 12:09:13

    Je ne connaissais aucun de ces deux jeunes auteurs et c’est en feuilletant par hasard l’album à la bibliothèque – un des tous premiers édités par HiComics début 2018 – que j’en suis venu à le lire. Il faut dire que son dessin, qui détonne de la production habituelle des comics, mêmes indépendants, m’a immédiatement attiré (The Few 2017, #1-6).

    Le dessin de Hayden Sherman constitue en effet le principal, si ce n’est le seul, intérêt de cette mini-série en six épisodes (d’une quarantaine de pages chacun tout de même). Souvent plus proche du crayonné que du dessin véritablement abouti, il offre un résultat original, volontairement grossier, brut voire sale. Il donne à première vue le sentiment d’avoir été peu travaillé alors qu’il y a au contraire un bel effort de mise en scène et de cadrage. L’histoire étant par ailleurs essentiellement orientée vers l’action, le dessin va à l’essentiel et se trouve donc parfaitement en accord. Et la couleur, plutôt froide, appliquée par aplats et par trames dans les tons kaki avec seulement une pointe de rouge de-ci de-là, participe également à l’ambiance apocalyptique du récit. A la réflexion, ce type de dessin me faisait un peu penser au trait de Yoji Shinkawa ou d’Ashley Wood sur Metal Gear Solid.

    Mais, au-delà de cette partie graphique remarquable, le scénario de Sean Lewis est malheureusement assez faible. Dans un futur proche dystopique, plusieurs factions armées se font la guerre : le Palace (ce qu’il reste des Etats-Unis devenus un Etat totalitaire), les Etats reliquats d’Amérique (les rebelles) et les fous de dieu d’Herrod (les terroristes). Au milieu de cette barbarie à laquelle tout le monde participe joyeusement, une jeune militaire se découvre soudainement une conscience lorsqu’on lui confie un bébé et décide alors de rejoindre la rébellion. Bien que la caractérisation de l’héroïne et les relations entre les protagonistes soient bien travaillées, l’histoire en reste là et ne fait qu’effleurer son sujet. A ce rythme, il eut fallu au moins le double d’épisodes pour raconter quelque chose. Même la morale de l’histoire m’a paru abscons : finalement, même les bonnes âmes finissent par épouser le terrorisme ?

    sebastien01 Le 16/08/2020 à 12:31:48

    La bibliothèque municipale a ça de bien en ce qu’elle permet d’emprunter des comics que l’on n’aurait même pas pensé feuilleter en librairie. Et, en ce qui me concerne, ce titre était de ceux-là. Je suis plutôt un lecteur de Batman – à Gotham, en solo et dans ses habits de « plus grand détective du monde » (ou du moins lorsqu’il s’y essaie durant quelques pages…) – et le voir évoluer en binôme dans un univers fantastique ne me disait a priori rien qui vaille (The Brave and the Bold: Batman and Wonder Woman 2018, #1-6).

    Clairement, l’histoire semble avant tout destinée aux lecteurs de Wonder Woman déjà familiarisés avec la mythologie et la magie (ainsi, contrairement à la VO, Urban Comics ne s’y est pas trompé en faisant figurer son nom en premier). C’est le dessin de Liam Sharp – également scénariste pour l’occasion, une première ? – qui m’a toutefois fait emprunter cet album. Celui-ci avait déjà récemment illustré des épisodes de la série régulière consacrée à l’Amazone et c’était déjà très beau à l’époque. Ça l’est à nouveau tout autant, c’est très détaillé, varié dans le cadrage, un effort a été fait dans les enluminures pour immerger le lecteur dans l’univers celtique dont il est ici question et les couleurs sont également très réussies.

    Mais en dehors de ses qualités graphiques évidentes, je n’ai pas vraiment été convaincu par l’histoire. L’auteur a manifestement travaillé son sujet mais, à la première lecture, je me suis perdu dans toute cette terminologie celte. Et même en relisant l’album une seconde fois, les motivations des protagonistes n’apparaissent pas des plus claires. Cela reste cependant sympathique de voir Batman enquêter dans un univers qui lui est étranger. Enfin, bien qu’il s’agisse d’un one-shot, il est à parier que la fin ouverte augure d’un second volume lorsque l’auteur en aura terminé avec la seconde saison de son Green Lantern écrite par Grant Morrison.

    sebastien01 Le 12/08/2020 à 20:46:47

    Après vingt-huit très bons numéros, la série Alias arrivait à son terme. Le personnage de Jessica Jones reprenait toutefois aussitôt du service dans une nouvelle série – toujours scénarisée par Brian M. Bendis et intitulée The Pulse – dans laquelle l’héroïne troqua ses habits de détective privée et sa vie décousue pour intégrer la feuille de chou locale et mener à bien sa grossesse avec son compagnon. La caractérisation du personnage, tant psychologique que graphique, évolue fortement à cette occasion au point d’en devenir par moments méconnaissable et d’ôter presque tout intérêt à cette seconde saison (The Pulse 2004, #1-14 et New Avengers 2005, Annual #1).

    Tout d’abord, comment peut-on passer des superbes collages et aquarelles de David Mack à ces couvertures informatiques et aseptisées ?!? Ensuite, la première moitié de l’ouvrage est illustrée par Mark Bagley et Brent Anderson et leur dessin n’est pas du tout à la hauteur de celui de Michael Gaydos sur la première série. Le scénario du premier arc n’est pas non plus en reste puisque Jessica Jones est reléguée au rang de personnage secondaire et il est davantage question de Spider-Man et du Bouffon Vert que de la principale concernée. L’arc suivant ne vaut guère mieux, malgré la présence au dessin de Michael Lark, puisqu’il ne s’agit que d’épisodes complémentaires à l’event "Secret War", du même scénariste, dont la lecture au préalable, ou en parallèle, est obligatoire au risque de ne rien y comprendre. La chose se répète ensuite avec un épisode tie-in à l’event "House of M", toujours du même scénariste. Et si l’on y ajoute l’épisode relatif au mariage de Jessica Jones et de Luke Cage, qui n’est en réalité qu’un concentré d’action, alors on peut déjà faire une croix sur les deux tiers de l’album.

    Heureusement, il y a un troisième et dernier acte. Michael Gaydos est enfin de retour au dessin et on suit l’accouchement de Jones et les interrogations du couple qu’elle forme avec Cage – le fil rouge de cet album – tandis que Ben Urich enquête brièvement sur un super-héros de seconde zone. Nous retrouvons donc enfin le ton de la première saison mais cela suffit à peine à sauver une étoile de plus à la note finale. Grosse déception en résumé.

    sebastien01 Le 09/08/2020 à 16:05:50

    Suite et fin dans ce second tome des aventures de Jessica Jones par Brian M. Bendis et Michael Gaydos (Alias 2001, #16-28 et What If? 2005, #1).

    La première histoire en six épisodes laisse beaucoup de place à l’investigation et les aspects super-héroïques sont minimes (la détective privée part à la recherche d’une itération de Spider-Woman et se fait aider par une autre, mais guère plus). C’est là le cœur de la série, la caractérisation du personnage progresse et nous offre un très bon moment de lecture. Le second arc en cinq épisodes fait davantage appel aux ressorts super-héroïques classiques (c’est un titre Marvel après tout, on ne peut pas toujours y échapper) mais cela reste plaisant à lire malgré une résolution expéditive et la contribution malvenue d’autres dessinateurs que Gaydos.

    En revanche, je n’ai pas été très emballé par les deux épisodes intermédiaires relatifs aux origines de Jessica Jones : trop colorés et éloignés de l’univers du personnage à mon goût – c’est d’ailleurs à peine si l’on y reconnait le style de Gaydos –, de surcroit pour y raconter des débuts relativement conventionnels. Idem en ce qui concerne l’épisode final "What If?" ; ce n’est qu’un exercice de style vu et revu mais le personnage n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il se tient le plus éloigné possible des super-héros, alors lui faire intégrer les Vengeurs me laisse perplexe…

    En conclusion, une très bonne maxi-série, dans un ton très différent de ce que propose habituellement l’univers Marvel, plus mature, réaliste et psychologique qu’à l’accoutumée, avec de très belles couvertures par David Mack en prime et qui offre une place de choix aux personnages féminins ; elle plaira sans nul doute aux lecteurs de Daredevil (du moins, ceux de la période Bendis / Maleev).

    La suite de ses aventures est à retrouver dans la série "Jessica Jones : The Pulse" également rééditée par Panini Comics à l’occasion de la diffusion de la série télévisée du même nom sur Netflix. Et les amateurs du duo Bendis / Gaydos pourront également découvrir la mini-série "Pearl" publiée récemment au sein du label Jinxworld (tout comme "Scarlet" avec Alex Maleev ou "Cover" avec David Mack, il est d’ailleurs surprenant que ces trois séries n’aient pas encore fait l’objet d’une publication en VF).

    sebastien01 Le 09/08/2020 à 16:05:31

    Brian M. Bendis crée le personnage de Jessica Jones à la fin 2001, période au cours de laquelle il reprendra également les rênes de la série Daredevil. Il amènera à ces deux personnages une tonalité mature permise par les labels sous lesquels ces deux séries sont alors publiées : Max Comics (pour la série Alias) et Marvel Knights (pour la série Daredevil). Étonnamment cependant, Jessica Jones et Matt Murdock n’interagiront qu’en de très rares occasions alors que l’aspect urbain de leurs histoires et leurs activités à la vie civile – détective privée pour l’une et avocat pour l’autre – avaient pourtant un potentiel scénaristique intéressant (Alias 2001, #1-15).

    Jessica Jones est une ancienne super-héroïne, qui ne s’épanchera jamais véritablement sur son passé, aujourd’hui reconvertie en détective privée dont le cabinet répond au nom d’Alias Investigations. Les trois histoires réunies dans ce premier volume l’amèneront toutes à la recherche de personnes disparues (une femme prise dans un complot, un mythomane qui a lu trop de comics et une adolescente en fuite). Leur construction obéit, jusque dans le découpage de Michael Gaydos, à une trame similaire : l’entretien initial et très dialogué avec le client, la recherche du disparu sur internet puis sur le terrain et la petite dose d’action réglementaire agrémentée d’une légère touche super-héroïque.

    La série est ainsi plus proche du polar noir que du comics de super-héros habituel – il pourrait presque ne pas s’agir d’un titre publié par Marvel – et le dessin très encré et brut de Gaydos participe pleinement à l’immersion dans cet univers. En quelque sorte, le scénariste retrouve là ses premiers amours (Fire, Goldfish, Jinx, Torso). Mais l’intérêt premier de la série réside selon moi dans la psychologie de son personnage principal : le traumatisme de son passé de super-héroïne, l’alcool, le sexe, le cynisme et son moral dans les chaussettes en font un personnage complexe et intéressant à suivre. Enfin, il est à noter que le titre met en lumière des femmes comme protagonistes principaux, elles qui sont rarement mises en avant dans les comics.

    sebastien01 Le 05/08/2020 à 10:56:12
    Wytches - Tome 1 - Tome 1

    Cette série, plutôt orientée fantastique / horreur, ne m’avait jamais vraiment attiré jusque-là et j’ai profité de mes vacances pour l’emprunter à la bibliothèque. Il semblerait que je n’ai pas loupé grand-chose puisque, cinq ans après sa sortie, il n’y a toujours qu’un seul tome de paru. Voilà ce qui arrive lorsque l’on mène plusieurs projets de front (plus lucratifs sans doute, à l’instar du spin-off Le Batman Qui Rit du même duo d’auteurs) ; Urban Comics pourrait presque inscrire au dos de l’album "série à suivre avec une infinie patience". Bref, sa lecture a confirmé mon impression première (Wytches 2014, #1-6).

    Les "sorcyaires" dont il est ici question n’ont en réalité que bien peu à voir avec celles auxquelles nous sommes habitués : exception faite de leur marmite, il s’agirait en effet plutôt de créatures filiformes, nues, voûtées, à deux paires d’yeux, assoiffées de sang, terrées au plus profond de leur forêt et qui n’ont assurément rien d’humain (elles me font un peu penser aux créatures imaginées par Bec et Raffaele dans la bande dessinée Sarah). Quant au scénario, la relation père-fille est bien fichue mais cela m’a tout l’air d’être le mythe de Faust revisité dans lequel un personnage vend – ou, en l’occurrence, promet – son âme au diable (voir Bazaar de Stephen King pour ceux qui aiment le concept).

    Plus que son scénario et son final de série B aspergé de "jus de promesse", ce sont surtout les couleurs de Matt Hollingsworth qui me rebutaient. Jock a assurément un style bien à lui et contribue à l’ambiance horrifique, voire un tantinet gore par moments, du récit. En revanche, son coloriste abuse des taches de couleurs jusqu’à en mettre dans toutes les scènes, même les plus quelconques, alors qu’il eut fallu les réserver aux plus intenses. Dommage de surcharger ainsi ces planches. Enfin, bon point que l’ajout des textes de Scott Snyder en fin d’ouvrage ; cela permet d’en savoir un peu plus sur le processus créatif et l’implication de l’auteur dans son histoire.

    sebastien01 Le 19/07/2020 à 17:59:18

    Lu en VO à l’époque et relu en VF ce dimanche (et, ce, deux fois pour être sûr de n’avoir rien loupé de l’intrigue construite de façon assez décousue), et j’ai au final un avis mitigé. Il y a une très bonne idée de départ – les troubles de stress post-traumatique chez les super-héros – mais il y aurait eu matière à raconter une histoire plus simple et intéressante que celle-ci (Heroes in Crisis 2018, #1-9).

    De longue date, Tom King accorde un intérêt prononcé à la psychologie troublée de ses personnages (Sheriff of Babylon, son run du Batman) et met en scène ses super-héros dans un registre plus intime qu’à l’accoutumée (La Vision, Mister Miracle et la relation entre Batman et Catwoman). Et Heroes in Crisis est dans cette lignée. En dépit de son titre, il ne s’agit nullement d’une crise au sens historique du terme chez DC Comics, mais plutôt d’une enquête à la manière d’Identity Crisis doublée d’une réflexion sur l’anxiété des super-héros. Et avec tout ce qu’ils traversent à longueur d’épisodes, ressortant indemnes de chacune de leurs confrontations et ne paraissant rien ressentir sous le masque ou la cape, cela aurait pu constituer une excellente mini-série. D’autant plus que le dessin, à mettre majoritairement au crédit de Clay Mann, est très bon et homogène entre les différents artistes.

    Mais au lieu de ça, le thème est expédié en un discours de Superman et illustré par une litanie de confessions face caméra plus ou moins intéressantes. Faire de ces gaufriers la marque de fabrique de l’histoire était une bonne idée, rappelant au passage la patte du scénariste, mais il n’était pas utile d’en abuser. On finit par se lasser de cette ribambelle de personnages secondaires, voire inconnus pour les non-initiés, et l’histoire aurait sûrement gagné à avoir un casting principal plus relevé que Booster Gold, Harley Quinn, Blue Beetle et Batgirl. Enfin, la conclusion m’a déçu, je ne suis même pas certain d’avoir saisi le voyage dans le temps sensé solutionner le problème de Wally West…

    sebastien01 Le 05/07/2020 à 18:25:53

    J’ai profité d’un WE nuageux pour découvrir la biographie illustrée d’Alan Moore par Gary Spencer Millidge, avant de relire dans la foulée The Killing Joke. Tout lecteur de comics qui se respecte aura lu cette histoire au moins une fois et, contrairement à l’avis général, je n’ai été que moyennement emballé par cette brève relecture (Batman: The Killing Joke, 1988).

    Il était sans doute bon de permettre à Alan Moore d’écrire une histoire de Batman tant les deux, Moore comme Batman, ont marqué leur industrie. Mais plus de trente ans après sa première publication, celle-ci parait avoir pris un sacré coup de vieux.

    Graphiquement d’une part, bien que les couleurs de Brian Bolland soient plus sobres et moins psychédéliques que celles de John Higgins vingt ans auparavant, le design de Batman, son allure, sa voiture ou les scènes de combat paraissent datés. Le scénario, d’autre part, n’est pas non plus folichon. Sur moins d’une cinquantaine de pages, nous découvrons la transformation – un peu trop rapide pour être vraisemblable – d’un homme, une variante parmi tant d’autres des origines du Joker et son pas de deux habituel avec Batman. L’aspect grand-guignolesque du cirque n’est également pas particulièrement finaud. Peut-être la violence infligée à Barbara Gordon était-elle marquante à l’époque ; ou peut-être que le Joker n’était encore pas utilisé à toutes les sauces comme il l’est aujourd’hui… Quoi qu’il en soit, si l’on s’en tient à l’histoire, ce n’est pas The Killing Joke que l’on retiendra de l’impressionnante carrière de Moore.

    En revanche, il me parait y avoir un réel intérêt à découvrir la dernière édition d’Urban Comics. Les deux colorisations y sont proposées successivement, permettant à chacun de mesurer l’évolution des goûts et de la technique. Mais le point fort réside surtout dans le script illustré et le cahier graphique proposés à la suite. Avec sa couverture vierge de tout titre et un prix raisonnable, c’est une édition qui remplacera avantageusement la précédente, pauvre en bonus, de Panini Comics.

    sebastien01 Le 30/04/2020 à 19:58:15

    Débuté en 1993, le travail du duo formé de Jeph Loeb et de Tim Sale sur l’univers de Batman aura duré près d’une décennie et leurs aventures sont aujourd’hui réunies par Urban Comics dans la trilogie constituée des albums "Des ombres dans la nuit", "Un long Halloween" et "Amère victoire". Celui qui m’intéresse dans le cas présent est le premier travail d’ampleur de ce duo (Batman: The Long Halloween 1996, #1-13).

    L’histoire se classerait davantage du côté du polar que du comics de super-héros puisque son sujet principal est la traque d’un mystérieux tueur en série – surnommé Holiday – qui sévit entre les familles mafieuses des Falcone et des Maroni. Nous avons évidemment droit au défilé de quelques-uns des principaux super-vilains de Gotham mais l’intrigue se concentre surtout sur le travail d’enquête de Batman, du commissaire James Gordon et du procureur Harvey Dent.

    L’histoire se lit très facilement, ne nécessite aucune connaissance préalable et progresse agréablement au rythme des événements qui ponctuent le calendrier, des meurtres et des fausses pistes. Bien que Tim Sale ne soit pas mon dessinateur favori, il faut reconnaître qu’il a su développer un style qui lui est propre et que les aplats sont bien maîtrisés par le coloriste. Les amoureux du duo Loeb / Sale pourront poursuivre, chez l’éditeur concurrent, avec leurs mini-séries thématiques consacrées à Daredevil, Spider-Man, Hulk et Captain America.

    Après Dark Knight et Silence, cet album est le troisième et dernier Deluxe consacré au personnage de Batman qu’éditera, en 2011, Panini Comics peu avant qu’un nouvel éditeur ne vienne les déloger. Et, bien que l’on puisse leur reprocher maintes choses à commencer par le travail d’édition ou la politique tarifaire, il faut aussi reconnaître que ces Deluxe ont plus fière allure dans une bibliothèque que les dos noirs et ternes d’Urban Comics.

    sebastien01 Le 26/04/2020 à 12:41:24

    A la fin des années 1980, Frank Miller navigue entre Marvel et DC sur divers projets mettant en scène tantôt Daredevil, tantôt Batman, des personnages qui ont en commun d’avoir une part d’ombre que l’auteur va se charger de remettre en avant dans des récits plus matures tel Born Again ou The Dark Knight Returns. J’ai revu "Batman v Superman : L’Aube de la Justice" de Zack Snyder et, dans la foulée, relu cet album dont le film est grandement inspiré (Batman: The Dark Knight Returns 1986, #1-4).

    Dans son introduction, Miller fustige la Comics Code Authority et les restrictions que l’organisation ferait peser sur les artistes. Pourtant, si la tonalité de son histoire est résolument adulte, seul le vocabulaire pas bien finaud du gang des mutants m’apparaitrait encore aujourd’hui à déconseiller aux enfants. Et c’est oublier un peu vite que d’autres récits tout aussi bons que celui-ci ont vu le jour à la même période (Legends of the Dark Knight / The Killing Joke / Gotham by Gaslight / Arkham Asylum). Trente ans après, les mentalités ont évolué et il n’y a bien que sa critique de la télévision qui apparait, à l’heure des chaines d’information en continu et de leur défilé d’experts, toujours d’actualité.

    Les deux premiers épisodes sont excellents, aussi bien en ce qui concerne la progression de l’intrigue que son dessin à gaufrier de seize cases. Ils reviennent sur les origines et la mythologie de Batman (mention spéciale à la scène du meurtre de ses parents), expliquent son retour dans le costume de justicier, dressent le portrait d’une ville de Gotham en proie à une explosion de violence et égrènent, au travers des journaux télévisés, les forces et faiblesses du vigilantisme. La seconde moitié est par contre décevante : Bruno est une néo-nazi vulgaire et ridicule (comme le sont d’ailleurs ces mutants punks), la scène de la fête foraine est bien trop longue et les motivations de cet affrontement final entre Batman et Superman sont floues. D’ailleurs, ni ses suites – The Dark Knight Strikes Again et The Dark Knight III –, ni ses numéros spéciaux – The Last Crusade et The Golden Child –, n’arriveront à retrouver le talent des deux premiers épisodes.

    J’ai relu l’édition de Panini Comics de 2009 et, une fois n’est pas coutume, il faut reconnaitre qu’elle est de bonne facture et offre une soixantaine de pages de bonus divers en fin d’album (à la différence des deux autres Deluxe de l’éditeur consacrés au personnage de Batman : Silence et Un long Halloween).

    sebastien01 Le 23/04/2020 à 18:57:35

    Cette histoire est régulièrement listée parmi celles offrant, pour les débutants, une des meilleures entrées en matière possibles dans l’univers du Chevalier noir. Et en effet, elle en reprend toutes les bases : les Wayne, l’enfance de Batman, la tragédie qu’il a connu, sa personnalité, son costume, ses gadgets, etc. Mais surtout, c’est la construction même de l’intrigue qui la rend aussi aisée à suivre par le plus grand nombre : Batman traque un mystérieux individu de la première à la dernière page et rencontre opportunément en chemin ses alliés et ses adversaires les plus emblématiques (Batman 1940, #608-619).

    En revanche, pour un lecteur de longue date, le scénario de Jeph Loeb paraitra affreusement linéaire ; il réduit le travail d’enquête du "plus grand détective du monde" à sa plus simple expression et est essentiellement orienté vers l’action. Sur douze chapitres, le défilé de tous ces personnages ne surprend même plus et donne l’impression d’une construction redondante et artificielle. Quant au suspense, il s’amoindrit à mesure que l’on insiste sur cet ami d’enfance...

    Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un très bon point de départ dont l’autre atout est assurément son dessin. En 2002, Jim Lee est arrivé depuis peu chez DC Comics et ce run constitue son premier travail d’ampleur (bientôt suivi par Superman : Pour demain). Encore aujourd’hui, il reste un des meilleurs dessinateurs de comics et c’est un plaisir de parcourir ses planches, notamment celles à l’aquarelle pour les scènes de flash-back. Si bien que c’est surtout pour lui que j’ai relu cet album. Certes, il a une légère propension à dessiner les hommes avec un peu trop de muscles – et dans des postures viriles – et les femmes avec un peu trop de courbes – et dans des postures aguicheuses – mais cela reste du comics de super-héros pour le grand public et il faut savoir composer avec ces stéréotypes.

    sebastien01 Le 19/04/2020 à 18:28:54

    En 2008, après Batman/Deathblow puis Luthor, la troisième collaboration entre Brian Azzarello et Lee Bermejo prend la forme d’un roman graphique (ou "graphic novel" en VO, comprendre par là une grosse centaine de pages de comics livrées en une seule fois sans l’artifice du découpage mensuel). Et comme son titre l’indique, celui-ci traitera d’un personnage que tous les auteurs de comics rêvent d’écrire, le plus ancien et le plus emblématique adversaire de Batman : le Joker.

    L’histoire nous est racontée du point de vue de Jonny Frost, un petit voyou sans envergure qui se propose un jour de raccompagner le Joker à sa sortie de l’asile d’Arkham. A compter de cet instant, sa proximité avec le Clown Prince du Crime va lui permettre de mener enfin la vie d’un vrai gangster tel qu’il la rêvait et lui ouvrir les portes du gotha de la pègre (Killer Croc, Harley Quinn, le Pingouin, Double-Face ou encore le Sphinx). Pour un temps seulement car il va rapidement déchanter et découvrir que le Joker est sans limite dans sa folie criminelle.

    A défaut d’une véritable intrigue, il s’agit surtout de suivre l’évolution de la relation entre ces deux personnages, de leur première rencontre jusqu’à leur séparation sur le pont de Gotham. J’ai trouvé l’écriture du Joker juste mais finalement assez conforme à ce que l’on est en droit d’attendre du personnage. Et s’il s’agit d’une bonne contribution à son mythe par deux auteurs de renom, elle reste malgré tout sans surprise. Aussi, quelques scènes m’ont paru inutilement crues (si ce n’est de justifier la mention "Pour lecteurs avertis" inscrite au dos de l’album).

    Pour peu que l’on aime cette ambiance poisseuse et ces visages torturés, on trouvera le dessin de Bermejo, reconnaissable entre mille, très bon mais surtout parfaitement adapté au ton de l’histoire. Il est dommage cependant que deux encrages différents cohabitent (l’encrage classique de Mick Gray et, par séquences, celui au lavis de Bermejo). Enfin, concernant l’édition, il eut été judicieux qu’Urban Comics utilise la couverture façon mug shot pour faire la paire avec celle utilisée pour Luthor.

    sebastien01 Le 16/04/2020 à 18:54:36

    Avant que l’argent liquide ne disparaisse et que le gouvernement américain ne contrôle les pensées de ses citoyens, une bande de truands aussi violents que décadents monte un dernier casse scénarisé par Rick Remender et illustré par Greg Tocchini (The Last Days of American Crime 2009, #1-3).

    Aujourd’hui omniprésent sur le marché du comics indépendant avec des titres tel que Black Science, Deadly Class, Low (de nouveau avec Tocchini), Tokyo Ghost ou plus récemment Seven to Eternity, Remender s’y trouve généralement bien meilleur que lorsqu’il scénarise ses comics de super-héros vite oubliés. Ici cependant, il ne s’appesantit malheureusement pas sur la bonne idée à l’origine de son intrigue, ni sur le chaos qui parait régner aux Etats-Unis et se contente de nous présenter les préparatifs très, voire trop, mouvementés du casse. Les relations entre les personnages sont intéressantes à suivre – quoiqu’un peu caricaturales (le mec ténébreux, la fille facile, le salaud) –, mais on perd parfois le fil de l’histoire à cause de ce trop-plein d’action et de violence gratuite.

    Le dessin est Tocchini est très bon, brut, très dynamique, un peu surchargé par moments, mais étonnement coloré, chaleureux et sexy pour ce registre, le polar, qui est d’ordinaire sombre et froid.

    Si j’ai relu cet album, c’est en apprenant par hasard son adaptation prochaine au cinéma, pour Netflix, par Olivier Megaton. J’ai relu l’édition de Jungle! qui, en plus de son prix excessif à l’époque, aurait mérité d’avoir pour couverture une des magnifiques illustrations d’Alex Maleev plutôt que celle – bien ratée – d’un illustre inconnu. Mais surtout je découvre à cette occasion qu’il existait une édition précédente par EP Editions. Comment cet ex-éditeur a-t-il pu avoir l’idée, d’une part, de publier à l’unité un floppy à peine plus épais que la normale et, d’autre part, de le vendre 15 € ? Un prix qui grimpe à 50 € accompagné d’un coffret en carton ! C’est vraiment prendre les lecteurs de comics pour des pigeons...

    sebastien01 Le 12/04/2020 à 14:11:19
    Justice League : New Justice - Tome 2 - Terre noyée

    A l’instar du T1, ce deuxième tome se révèle assez volumineux avec ses huit épisodes cumulant plus de deux-cents pages de comics ; il regroupe en effet tout le crossover "Drowned Earth" entre les séries Justice League et Aquaman accompagné de ses quelques ties-in (Justice League (2018) #10-12, Justice League/Aquaman: Drowned Earth (2018) #1, Aquaman/Justice League: Drowned Earth (2019) #1, Aquaman (2016) #41-42 et Titans (2016) #28).

    Il y a fort à parier que, si le personnage d’Aquaman est ainsi mis en avant, c’est essentiellement pour profiter de l’exposition que lui confère le film de James Wan sorti à la fin 2018. L’histoire n’a cependant rien à voir avec celui-ci et l’intrigue proposée par Scott Snyder, James Tynion IV et Dan Abnett tourne autour d’une lutte relativement basique entre la Ligue de Justice et le "Triumvirat des dieux de la mer" (de puissants adversaires ayant pour projet de noyer la planète et de transformer ses habitants en hommes-poissons, rien que ça...). Si le titre garde son côté éminemment blockbuster, l’histoire est cependant bien plus facile d’accès que la précédente et se résume en un affrontement très classique, soupoudré d’un peu de mythologie atlante et voit l’apparition – surprise ou pas – d’un troisième homme (Black Manta). Les amateurs de ce type de crossover pourront à l’occasion relire le T3 "Le trône d'Atlantide" de la série Justice League (période DC Renaissance).

    Crossover oblige, les dessinateurs se relaient dans des styles malheureusement pas toujours en adéquation les uns avec les autres (ainsi les planches au dessin très inhabituel de Frazer Irving croisent le trait presque cartoonesque d’Howard Porter). Mais c’est le jeu de ce genre de production et cela n’en gâche pas ce long moment de lecture.

    J’émettrais enfin un dernier et léger bémol quant au choix de la couverture par Urban Comics : si celle-ci, par Jorge Jimenez, est évidemment très belle, elle ne reflète par le contenu de l’album. Hormis Black Manta, la Légion fatale est en effet relativement absente de cet arc.

    sebastien01 Le 12/04/2020 à 14:10:42
    Justice League : New Justice - Tome 1 - La Totalité

    Après les lectures difficilement intelligibles, voire parfois carrément pénibles, de Batman Metal puis de Justice League : No Justice, j’appréhendais un peu celle de ce relaunch de la Ligue de Justice par Scott Snyder. Et en quelque sorte, je n’ai pas été déçu (Justice League 2018, #1-9).

    Sous-titrée "New Justice", la série ne propose rien de réellement nouveau et ne constitue que de la dernière itération en date de la Justice League après les relances de 2011 et de 2016. Alors que nous avions laissé Christopher Priest développer des considérations plus humaines et juridiques qu’à l’accoutumée, Snyder renvoie à toute allure la Ligue dans les étoiles. Et les concepts qu’il développe dans ce T1 se rapportent continuellement à des événements qu’il a lui-même récemment scénarisé, si bien qu’il parait indispensable d’avoir lu – mais aussi compris, faut-il le rappeler ? – les deux titres mentionnés plus haut.

    Car, dès le premier épisode, les concepts cosmiques foireux s'enchaînent et il faut s’accrocher pour ne pas être complètement largué entre le Mur source, la Totalité, la Fatalité, le Spectre émotionnel invisible, la Force statique et j’en passe. Même en lisant attentivement cet album, n’importe quel lecteur finira par se perdre face à cette overdose de notions abstraites et grandiloquentes qui se double d’une indigestion de scènes d’action aussi spectaculaires qu’improbables (tel Batman pilotant un vaisseau spatial dans le corps de Superman). Bref, un blockbuster imbitable...

    Je laisse malgré tout une étoile à la note. D’une part, pour la bonne caractérisation du Limier martien mais aussi pour le retour de la Légion fatale par James Tynion IV ; la collaboration entre ces super-vilains apparait quelque peu artificielle mais elle reste plus tangible que les délires cosmiques de Snyder et sera amenée à prendre de l’importance avec les events à venir "Year of the Villain" et "Doom War". D’autre part, pour le dessin de Jorge Jimenez ; publication bimensuelle oblige, il n’illustre malheureusement pas les neufs épisodes réunis ici mais ses planches sont très belles, très colorées et hyper dynamiques.

    sebastien01 Le 09/04/2020 à 18:21:49
    Batman (DC Renaissance) - Tome 2 - La Nuit des Hiboux

    Suite et fin dans ce T2 du premier arc des nouvelles aventures de Batman avec la découverte de l’identité de l’adversaire à la tête de la Cour des hiboux et de son explication finale musclée avec le Chevalier noir (Batman 2011, #8-12 et Annual #1).

    Les épisodes réunis ici donnent l’impression d’une résolution de l’intrigue un poil trop portée vers l’action mais la narration n’en oublie pour autant pas de faire des pauses et d’apporter quelques explications au lecteur. C’est à mon avis l’arc le plus réussi de Snyder et tout le crossover Batman: Night of the Owls mériterait d’être édité en VF. La suite sera malheureusement plus décevante, à commencer par la conclusion de The Joker: Death of the Family ; puis on partira sur du franchement trop long (l’An Zéro) voire sur du franchement n’importe quoi (le Bat-Lapin).

    L’album est complété par plusieurs histoires secondaires. Il y a tout d’abord les backs-up de Rafael Albuquerque (qui, quelques années après, retrouvera Snyder sur la mini-série All-Star Batman). Ces quelques pages proposées habituellement en fin d’épisode et dont le rôle est de soulager le dessinateur attitré tout en gonflant la pagination de l’épisode, racontent ici une histoire de complément intéressante – mais tout à fait accessoire – sur l’histoire de la famille Wayne, de leurs majordomes successifs et leur lien avec la Cour des hiboux.
    Suit un excellent annual consacré à Mr. Freeze superbement illustré par Jason Fabok. Puis un épisode tout à fait oubliable destiné à introduire un nouveau sidekick à Batman en la personne d’Harper Row, alias Bluebird. Un nouveau personnage raté autant dans sa caractérisation que dans son design alors que la Bat-family ne manquait pourtant pas de Robin en tous genres. Un procédé que Snyder répétera quelques temps plus tard, avec la même infortune, en créant le personnage de Duke Thomas, alias The Signal.

    Pour finir, la série bénéficie de l’excellent travail d’Urban Comics pour lequel le mot "révolution" ne me semble pas trop fort. Il faut en effet se rappeler qu’à la même époque Panini Comics publiait encore des albums souples de piètre qualité éditoriale et que Batman n’avait droit qu’à de très rares sorties dans les collections DC Big Books ou DC Icons au prix un tantinet excessif... A l’inverse, on retrouve ici une couverture cartonnée, une véritable introduction, une présentation des personnages, des crédits détaillés, un chapitrage, des pages numérotées et divers bonus en fin d’album (couvertures alternatives, crayonnés ou autres). Des pratiques qui auront essaimées puisqu’on les retrouve désormais peu ou prou chez l’ensemble des nombreux éditeurs de comics en VF.

    sebastien01 Le 09/04/2020 à 18:21:13
    Batman (DC Renaissance) - Tome 1 - La Cour des Hiboux

    La renaissance de Batman, au sens propre comme au sens éditorial et, ce, des deux côtés de l’Atlantique, passait en 2012 impérativement par cet album. Un premier arc très réussi signé Scott Snyder et Greg Capullo qui paraissent avoir, dès le premier épisode, déjà tout compris du personnage (Batman 2011, #1-7).

    S’il ne s’agit pas du tout premier album de Batman publié par Urban Comics – il s’agirait plutôt de "Batman : Sombre reflet" (Batman: The Black Mirror en VO) de Snyder, Jock et Francavilla –, c’est assurément un des plus emblématiques. En témoignent ses multiples rééditions anniversaires, en couleurs ou en noir et blanc, auxquelles il ne manque étonnamment plus que l’édition intégrale (il faut croire que ce T1 se vend encore correctement des années après). En 2012, Batman a en effet bénéficié à la fois d’un reboot inédit de la série en VO (permettant à tout lecteur de recommencer à suivre les aventures de son personnage préféré) et d’un nouvel éditeur en VF (permettant à tout lecteur découragé par le précédent éditeur de donner une chance au nouveau).

    Le scénario est signé Snyder, son deuxième donc après celui mentionné ci-dessus, et celui-ci est très facile d’accès. Fort heureusement puisqu’il s’agissait de l’objectif premier de ce reboot : permettre à tout un chacun de débuter la lecture de Batman sans nécessairement avoir en mémoire les 700 épisodes qui ont précédé. Loin de ses divagations actuelles, Snyder envoie Batman sur les traces d’un nouvel adversaire, la Cour des hiboux, crédible et très bien caractérisé, alternant intelligemment les scènes d’enquête et les scènes d’action, avec juste ce qu’il faut de références au passé et de rappels de la mythologie de Batman et de Gotham.

    Outre son scénario, l’autre grande force de ce Batman est assurément à mettre au crédit de son illustrateur, Greg Capullo, qui, après des travaux indépendants de très bonne facture – mais plus confidentiels – sur Spawn ou Haunt, passe un cap en signant chez DC Comics. Son dessin est très précis et détaillé, sa mise en page dynamique et l’encrage de Glapion comme les couleurs de Plascencia sont très réussis. C’est très très beau à voir et, chose rare dans les comics, cela dure. La série bénéficiera en effet, sur la cinquantaine d’épisodes qui la composent, de la constance du duo Snyder / Capullo. Ceux-ci se retrouveront par la suite sur les mini-séries Dark Nights: Metal (2017), Batman: Last Knight on Earth (2019) et bientôt Dark Nights: Death Metal (2020).

    sebastien01 Le 05/04/2020 à 15:55:06

    Faisant suite à Dark Nights: Metal mais aussi à la Justice League de Christopher Priest, cette mini-série en quatre épisodes se révèle fort éprouvante, quoique de lecture rapide, pour le lecteur que je suis, hermétique aux délires cosmiques de Scott Snyder (DC Nation 2018, #0 et Justice League: No Justice 2018, #1-4).

    Si Dark Nights: Metal avait introduit de belles idées – notamment les Batmen maléfiques, au premier rang desquels le Batman-Qui-Rit –, il faut bien avouer que sa conclusion demeurait inintelligible pour qui n’avait pas d’intérêt particulier pour l’univers cosmique. Aussi, c’est sans grande surprise que cet album se révèle tout aussi incompréhensible et l’étonnante absence d’introduction n’aide pas à en entamer la lecture.

    En résumé, une vingtaine de super-héros et de super-vilains s’allient pour former quatre équipes et contrer quatre gigantesques dieux cosmiques échappés du Mur source. Le seul élément intéressant de toute l’intrigue est la répartition plutôt cohérente de ces personnages en fonction de leurs caractéristiques. Cependant, la menace est trop grande pour être crédible, les échanges entre les différents "escadrons" sont réduits à leur strict minimum et les affrontements sont aussi confus que bourrins. Bref, rares sont les lecteurs qui supporteront ce genre de blockbuster basique sur une centaine de pages.

    D’autant plus que le dessin est à l’avenant. Si plusieurs dessinateurs se succèdent, c’est surtout Francis Manapul qui est à l’œuvre dans le plus pur style des comics de super-héros cosmiques : super dynamique, super coloré, super surchargé et super impersonnel. Même Riley Rossmo bâcle son travail.

    En conclusion, quand bien même vous seriez toujours intéressés par le run de Snyder sur la Ligue de Justice – la troisième itération de l’équipe en sept ans ; mais bon, pourquoi pas, par curiosité... –, faites l’économie de cet album. Son intrigue est imbitable et ne sert qu’à introduire le retour d’un membre historique, le Limier martien (accompagné de Hawkgirl au passage).

    sebastien01 Le 02/04/2020 à 11:17:31
    Scarlet - Tome 1 - L'indignée

    Publié en 2010 par Marvel Comics via son label indépendant Icon, Scarlet est un des rares titres du fameux duo composé de Brian M. Bendis et d’Alex Maleev (Daredevil, Iron Man et Event Leviathan, pour ne citer que les collaborations qui m’ont marquées) à ne pas traiter des super-héros. Et cette jeune anarchiste "indignée" est, dans son discours comme dans ses actes, bien loin de partager leurs nobles valeurs morales (Scarlet 2010, #1-5).

    Ce qui frappe d’emblée à la lecture de Scarlet, c’est la manière dont l’héroïne brise le quatrième mur en s’adressant directement à nous. Pas dans un ressort humoristique à la Deadpool ou Harley Quinn, mais afin de prendre le lecteur à témoin et de l’embarquer dans son discours d’extrême-gauche au mieux discutable, au pire irrecevable. L’histoire traite en effet d’une bavure policière puis de la vengeance et du début de rébellion qui s’en suivent. S’il s’agit bien sûr d’une fiction assez divertissante, elle m’apparait malgré tout légitimer le recours à la violence (en l’occurrence le meurtre des policiers corrompus) notamment en l’absence de contre-discours.

    Quant au dessin de Maleev, il me plait toujours autant depuis son passage sur Daredevil et convient parfaitement à l’ambiance du récit. Il déplaira cependant comme toujours à ceux qui n’y voient qu’un roman-photo à peine amélioré (un style comparable à celui de Jean-Michel Ponzio pour la BD franco-belge). Cette impression est d’autant plus renforcée sur ce titre qu’il n’y a, à la différence de ses autres travaux, aucun aspect super-héroïque permettant d’atténuer ce photoréalisme. On peut alors comprendre que cela soit par moments perturbant, notamment sur les visages.

    Du côté de l’édition, on ne pourra bien évidemment que déplorer l’abandon de Panini Comics et inviter les lecteurs à se tourner vers la VO car l’histoire ne se suffit pas des seuls cinq premiers numéros. Espérons toutefois que le rachat du label Jinxworld par DC Comics en 2018 suivi de la récente publication d’une seconde saison de Scarlet donne l’idée à Urban Comics d’offrir enfin une édition complète de ce titre au public francophone. Et tant que nous y sommes, on peut en espérer de même pour Pearl (avec Michael Gaydos) et Cover (avec David Mack).

    sebastien01 Le 29/03/2020 à 15:54:20
    Invisible Republic - Tome 3 - Tome 3

    Si les événements violents se multiplient dans ce troisième tome, l’intrigue continue cependant à patiner et on n’en voit toujours pas venir le bout (Invisible Republic 2015, #11-15).

    Arthur est désormais en prison et nous poursuivons la découverte de son histoire au travers de son autobiographie (impliquant donc de nouveaux et longs récitatifs). Mais il n’est plus qu’un personnage de second rang derrière Maia, la véritable héroïne de cette série, dont nous suivons autant la vie passée (en fuite sur Asan) que présente (en rebelle sur Avalon). Son histoire est très intéressante à suivre, sa force de caractère également et elle passe progressivement dans ce T3 d’une figure de non-violente à celle de combattante.

    En revanche, les choses se gâtent en ce qui concerne la trame relative au journaliste Babb. On perd notre temps avec des personnages, des scènes et des dialogues annexes et son absence de rôle actif rend l’histoire inutilement confuse. Il est, comme le lecteur, baladé dans des événements qui le dépassent et il serait appréciable de simplifier cet aspect de l’intrigue pour lui redonner de l’allant.

    Au-delà de ce problème de rythme – peut-être pas si anodin –, j’émettrais un dernier bémol concernant l’avenir de cette série. Celle-ci est en effet à l’arrêt en VO depuis mars 2017, soit depuis trois ans, et les auteurs travaillent désormais sur Green Lantern : Terre-Un. Espérons que l’éditeur ait des nouvelles récentes et rassurantes à son sujet et qu’il ne se soit pas contenté de publier une série mort-née.

    sebastien01 Le 29/03/2020 à 15:53:54
    Invisible Republic - Tome 2 - Tome 2

    S’il fallait résumer ce second tome en une phrase simple, je dirais que nous continuons d’y suivre très tranquillement les personnages dont nous avons fait la connaissance dans le tome précédent. Il n’y a malheureusement guère plus à raconter et, si je continue à autant aimer l’ambiance et le déroulement de l’histoire, il faut bien reconnaître que plus d’un lecteur de comics s’arrêtera là (Invisible Republic 2015, #6-10).

    D’une part, parce que l’histoire n’avance pas. Je force un peu le trait car, certes, nous progressons dans les premiers pas en politique – et en terrorisme, il faut le noter – d’Arthur et de Maia. Et certes, en parallèle, notre journaliste Babb et sa collègue continuent de mener leur enquête sur la naissance de cette rébellion. Mais, au rythme où leur histoire à tous progresse, il faudra aux scénaristes au moins cinquante numéros pour la conclure... C’est un rythme de série télévisée, il ne me semble pas du tout adapté à la bande dessinée.

    D’autre part, Gabriel Hardman et Corinna Bechko continuent d’attacher une très grande importance à la caractérisation de leurs personnages. On passe ainsi plus de temps à les voir échanger sur leur mouvement politique, leurs actions, leur passé et leurs sentiments (ce que d’aucuns qualifieront de verbiage) qu’à assister au développement de l’histoire. La lecture du journal de Maia renforce également ce sentiment, il ne s’agit pas que d’une voix off, elle a écrit un véritable roman (dont on comprend enfin qu’il est à l’origine du titre de la série).

    Bref, c’est une série qui prend son temps, à taille humaine et exigeante avec ses lecteurs. J’en serai évidemment pour le troisième – et dernier ? – tome.

    sebastien01 Le 29/03/2020 à 15:53:26
    Invisible Republic - Tome 1 - Tome 1

    N’étant pas particulièrement fan des licences pour les gosses tel les Tortues Ninja ou Rick & Morty, je ne prêtais pas plus attention que ça aux éditions HiComics. Puis, j’ai feuilleté Invisible Republic à la bibliothèque et j’ai immédiatement emprunté et ingurgité les trois tomes dans la foulée. Il faut dire qu’au premier abord le dessin est superbe et, à la lecture, l’histoire devient très vite prenante (Invisible Republic 2015, #1-5).

    Celle-ci se déroule sur Avalon, une lune d’Asan, en 2843 et la dictature en place pendant quarante ans vient de tomber ; mais le récit pourrait tout aussi bien se dérouler sur Terre de nos jours tant l’univers dépeint par Gabriel Hardman et Corinna Bechko est proche du nôtre. On y suit un homme et une femme qui, à la suite d’un fâcheux incident, vont voir leur destinée prendre un virage dangereux. Dans le même temps, mais une quarantaine d’année plus tard, on suit un journaliste enquêtant sur ces deux personnages au cœur de la dictature récemment défunte.

    Si la narration en parallèle et le coup du journal opportunément sauvé des flammes sont des classiques, il n’en demeure pas moins que l’histoire est très intéressante à suivre. Les scénaristes prennent le temps de bien caractériser leurs personnages mais aussi leur quotidien, ce qui participe au réalisme de cet univers de SF. Forcément, cela a un impact sur le rythme, plutôt lent, de la série et l’on referme ce T1 avec plus de questions que de réponses.

    Quant au dessin de Hardman, il correspond au style que je préfère dans les comics : brut, relâché, très encré, sale (dans le sens "noirceur" du terme). Si l’on y ajoute les couleurs de Jordan Boyd, qui oscillent selon les scènes entre le sépia et le gris, cela nous donne une partie graphique superbe qui colle parfaitement à l’univers ici créé. Pour faire le rapprochement avec d’autres artistes, je citerais Alex Maleev, Michael Lark, Tomm Coker ou Sean Phillips. Et pour les amateurs qui rechercheraient des dystopies à pareille ambiance, lisez Lazarus ou DMZ.

    sebastien01 Le 26/03/2020 à 16:37:05

    Après l’excellent The Magic Order, cette mini-série constitue le second titre de Mark Millar à être publié après le rachat de sa société d’édition, Millarworld, par Netflix. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est très loin d’y retrouver la qualité du premier (Prodigy 2018, #1-6).

    L’histoire est celle d’Edison Crane, un prodige doué depuis l’enfance dans des domaines aussi divers que variés (les arts martiaux, les échecs, l’économie, la médecine, l’aérospatiale et bien d’autres encore), lancé dans une aventure hors-normes pour déjouer un complot sataniste mondial doublé d’une invasion extraterrestre. A la seule écriture de cette phrase, on se rend immédiatement compte de l’invraisemblance du scénario. Et même si Millar est habitué aux personnages atypiques, il en fait ici beaucoup trop.

    L’intrigue ne prend pas le temps de la réflexion et se déroule à toute vitesse, l’aventure se résume à passer des requins de l’océan indien aux terroristes de l’Etat islamique, les méchants sont stéréotypés et on alterne les scènes de cascades périlleuses ridicules et celles de déductions sorties de nulle part. Même le personnage de Crane – ce génie milliardaire philanthrope humaniste et sûr de lui – est bien trop lisse pour être intéressant (à l’inverse des super-héros DC ou Marvel qui composent avec leurs failles et leurs émotions). Enfin, le retournement de situation final est cliché au possible et on croirait avoir lu une série B et non une production d’un scénariste majeur de l’industrie du comics.

    Si le scénario est extrêmement décevant, il reste néanmoins le dessin de Rafael Albuquerque pour rattraper, un peu, l’ensemble et passer malgré tout un bon, mais rapide, moment de lecture. S’il s’agit là de la seconde collaboration entre Millar et Albuquerque après Huck en 2015, on n’y retrouve cependant ni la jolie colorisation pastel ni le personnage prodigieux mais surtout humain et sensible de leur précédente collaboration.

    sebastien01 Le 22/03/2020 à 22:23:44
    Moon Knight (Marvel Knights) - Tome 2 - Bas les masques

    La suite et, déjà, la fin dans ce T2 du run, très moyen, de Brian M. Bendis et d’Alex Maleev sur Moon Knight. Sentant déjà sûrement venir l’annulation prochaine de la série, l’histoire ne connait plus aucun nouveau développement, se contente de ronronner et d’amener tranquillement le lecteur au combat final entre le Chevalier de la Lune et le comte Nefaria (Moon Knight 2011, #8-12).

    Si les douze numéros ont été publiés en deux tomes, ils ne constituent en réalité qu’une seule et unique intrigue dont nous lisons ici la fin. On peut par ailleurs toujours l’attendre mais cette série régulière, devenue maxi-série, aurait bien méritée un épais Deluxe (à l’instar de celui dédié au run de Charlie Huston sur le personnage). S’il n’y avait qu’une chose à retenir de cet album, ce serait la relation amorcée précédemment entre Moon Knight et Echo qui s’accélère et connait son dénouement. Tandis que du côté de l’intrigue principale, le combat final contre le comte Nefaria est vite expédié dans le cadre on-ne-peut-plus ordinaire d’un commissariat. Décevant.

    En conclusion, l’histoire n’aura jamais franchement décollée et c’est donc sans surprise que la série est annulée au bout de douze numéros (une habitude pour notre héros qui ne bénéficie pas d’un très grand lectorat). Si j’apprécie habituellement les super-héros plus urbains et matures, cet ersatz de Batman, encapé de blanc et un peu dépressif, ne m’aura pas particulièrement enthousiasmé. Alors si l’on y ajoute le scénario sans surprise de Bendis et, exception faite de ses superbes couvertures, le dessin perfectible de Maleev... On peut cependant reconnaître au titre le mérite d’avoir su conserver son duo Bendis / Maleev durant une année – ininterrompue – de publication et aux auteurs d’avoir essayé, en vain, de reproduire le succès qu’ils ont connu avec Daredevil.

    sebastien01 Le 22/03/2020 à 22:22:56
    Moon Knight (Marvel Knights) - Tome 1 - Vengeur

    Après Charlie Huston et Mike Benson sur la précédente itération du Moon Knight, puis Gregg Hurwitz sur le très mauvais Vengeance of the Moon Knight, c’est au tour de l’inlassable duo composé de Brian M. Bendis et d’Alex Maleev de reprendre les rênes du Chevalier de la Lune sans toutefois réussir davantage à replacer ce personnage de seconde zone sur le devant de la scène (Moon Knight 2011, #1-7).

    Au même titre que Daredevil ou le Punisher, le titre a été relancé grâce à l’initiative "Marvel’s Big Shots" visant à remettre en avant ces super-héros plus urbains aux ventes plutôt modérées. Mais, si la paire de renom Bendis / Maleev constitue un de mes duos d’auteurs préférés en matière de comics, il faut bien reconnaître que tous leurs travaux ne se valent pas, à l’instar de leur précédente collaboration sur Spider-Woman (en 2009) ou sur Moon Knight donc (en 2011).

    En effet, avec Bendis, les références au dieu égyptien Khonshu disparaissent et le trouble dissociatif de l'identité de Marc Spector est remplacé par des visions de Captain America, de Spider-Man et de Wolverine... En somme, le personnage devient un banal super-héros "street-level", un peu paumé, taciturne et, à la vie civile, producteur d’une série télévisée inspirée de son ancienne vie de mercenaire. Une tête d’Ultron est au cœur de l’intrigue qui traîne en longueurs et ne m’a jamais paru d’un grand intérêt, notre super-héros semble presque sortir de sa retraite contre son gré et ses adversaires ne sont guère enthousiasmant (des petites frappes, Snapdragon, le comte Nefaria). Je ne retiens de ce T1 que ce début de romance avec Echo (voir le roman graphique Daredevil : Echo pour les amateurs) et des dialogues toujours bien écrits.

    Même le dessin de Maleev, dont je suis pourtant habituellement fan, ne m’a pas paru aussi travaillé cette fois-ci. Il n’y a bien que ses couvertures peintes et leur symbolique qui m’ont poussées à relire ce run.

    sebastien01 Le 19/03/2020 à 16:37:06

    Un colosse noir, presque un super-héros, débarque de nulle part en 1927 dans une petite ville du Mississippi aux Etats-Unis. Entre le racisme, la ségrégation, l’exploitation par le travail et le Ku Klux Klan, l’époque est évidemment loin d’être favorable aux gens de couleur et l’inondation qui guette ne contribue qu’à rendre le climat local plus tendu encore. Et pourtant, cet homme va rester (Strange Fruit 2015, #1-4).

    Le titre de l’album, Strange Fruit, est une référence évidente à la chanson de blues de Billie Holiday interprétée en 1939 et reprises par de nombreux autres artistes par la suite. Mais, si ce "fruit étrange" désigne initialement le lynchage des noirs dans le sud des Etats-Unis dans les années qui suivirent la fin de l’esclavage, il prend ici un autre sens avec l’étrange apparition de ce colosse noir à Chatterlee.

    On ne saura cependant rien, ou si peu, de ses origines ou de ses motivations, il ne dira d’ailleurs pas le moindre mot de tout l’album, se contentant de sauver la population sans se préoccuper outre mesure du reste (la disparition d’un enfant, les querelles entre blancs ou les conséquences économiques de l’inondation). Ce qui se révèle très frustrant lorsque l’on referme l’album ; d’autant plus que la fin de l’histoire et les derniers instants de notre héros me paraissent précipités. J’aurais presque préféré que cet homme se contente de retrouver son vaisseau et s’en aille en laissant la population se noyer, il ne s’agissait pas de son combat après tout.

    Ce qui m’a surtout poussé à lire cette mini-série, ce sont les superbes planches de J. G. Jones, qui assure aussi le scénario en compagnie de Mark Waid. Le style est certes très éloigné de ce que les comics nous offrent habituellement mais cette peinture et ces couleurs sépia n’en sont pas moins belles et rappelleront le travail d’Alex Ross ou de Gabriele Dell'Otto.

    sebastien01 Le 15/03/2020 à 10:55:09
    Hellblazer (Les Dossiers de) - Tome 1 - Mauvais sang

    Au début de sa carrière, Sean G. Murphy travailla sur deux mini-séries de complément aux séries Hellblazer et American Vampire. Étonnement, alors que l’auteur n’était pas encore la star qu’il est aujourd’hui, ces mini-séries furent parmi les premières publiées par Urban Comics en 2012 et sorties avant même une réédition de leurs grandes sœurs. L’album qui nous intéresse ici est donc Hellblazer : Mauvais sang, une histoire au cours de laquelle John Constantine enquête sur une affaire de sang contaminé, le sien (Hellblazer: City of Demons 2010, #1-5).

    Si le scénariste, Si Spencer, est un illustre inconnu (du moins en ce qui me concerne), il n’en a pas moins très bien compris l’essence de la série-mère. On retrouve ainsi l’ambiance poisseuse d’un Hellblazer et l’humour noir et désabusé de Constantine. Cet album se montre toutefois plus grand public, plus moderne, fait moins appel aux ressorts fantastiques et est très plaisant à suivre du début à la fin. Et il n’y a nul besoin de connaissances préalables de l’univers d’Hellblazer pour entamer sa lecture, une introduction / historique est d’ailleurs là pour guider le néophyte.

    Si cette histoire de sang contaminé dans un environnement à mi-chemin du médical et de l’occulte est correcte, dépeint quelques beaux portraits et avance vite, il faut avouer que c’est surtout pour le trait de Murphy que j’ai relu cet album. Son trait est encore un peu anguleux et moins relâché qu’il ne l’est aujourd’hui mais son dessin est déjà dynamique, fin, précis et modernise l’aspect du personnage, notamment sa garde-robe. Quelques scènes paraîtront certes un peu gore par moments mais elles participent à l’atmosphère et à l’esthétique de l’album. Bref, c’est très très beau, loin du dessin souvent quelconque auquel la série principale a souvent été abonnée.

    sebastien01 Le 12/03/2020 à 08:12:25

    De retour au scénario comme au dessin sur le personnage de Daredevil près de trois ans après l’avoir confié à Bob Gale puis à Brian M. Bendis, Joe Quesada imagine ici une histoire sur la traque d’un tueur en série. Cependant, comme le titre le laisse à penser, l’essentiel est ailleurs : le thème principal de cet album sera l’héritage des relations père-fils des différents protagonistes, au premier rang desquels Daredevil (Daredevil: Father 2004, #1-6).

    En introduction, si l’on ne peut que remercier Quesada pour la renaissance de Daredevil sous le label "Marvel Knights" en 1998, il faut également souligner que son rôle de rédacteur en chef l’a progressivement éloigné de cette mini-série au point d’en arriver à des délais de publication invraisemblables (deux ans et demi pour publier à peine six épisodes).

    Pour peu que l’on s’intéresse au passé du personnage, suivre le déroulement de l’intrigue, de la fausse piste et du dénouement inattendu est passionnant du début à la fin. C’est assurément un très bon scénario et un très bon "Marvel Graphic Novels". Il est toutefois difficile de faire abstraction des incessantes prises de parole journalistiques – destinées à marteler au lecteur qu’un serial killer sévit en ville (et qu’il fait chaud...) –, difficile aussi de voir dans les Santerians autre chose qu’un groupe de super-héros ridicules et difficile enfin de prendre au sérieux ce Daredevil déguisé en samouraï.

    Sur le plan graphique, je ne partage pas du tout ce choix de donner à Daredevil l’allure d’un colosse. "Mon" Daredevil, c’est celui de Bendis & Maleev ou de Brubaker & Lark (publié de façon régulière au cours de la même période, soit dit en passant), au physique certes athlétique mais presque normal et plutôt mince pour un super-héros ; soit, en somme, un physique en rapport avec sa personnalité. Et non ce surhomme aux muscles hypertrophiés et corps manifestement disproportionné imaginé par Quesada. Quant au reste de la partie graphique, même en tenant compte des années écoulées et malgré quelques belles planches, cela reste un travail banal qui ne s’éloigne pas du style et des postures super-héroïques de base.

    sebastien01 Le 08/03/2020 à 09:38:48
    Batman Rebirth - Tome 3 - Mon nom est Bane

    Dans ce dernier volet de la trilogie "Mon nom est...", c’est au tour de Bane de prendre d’assaut la ville de Gotham dans une histoire qui va recoller les morceaux entre les différentes sous-intrigues et protagonistes rencontrés depuis le premier épisode (Batman 2016, #16-20 et #23-24).

    Si, à première vue, il est étonnant de voir Bane faire son retour – celui-ci ayant été défait dans le tome précédent, on aurait bien aimé voir quelqu’un d’autre dans le rôle du boss final –, on comprend que sa présence est surtout destinée à faire de cet ultime combat une opposition simple, basique, épique mais surtout bourrine (avec le retour au dessin de David Finch qui imagine un Bane colossal mais disproportionné). Le schéma du tome précédent tend à se répéter : à nouveau, on retrace l’enfance comparée des deux personnages pour mieux marquer leur différence. Pendant que Bane vocifère et martèle son nom, Batman garde son calme et se remémore les conseils de ses parents, le tout sur fond de discours grandiloquent sur la peur, le courage et la mort. Des thèmes récurrents chez Batman mais qui collent plutôt bien avec la caractérisation faite du personnage depuis les débuts du run de Tom King.

    Ce discours de fond, c’est aussi un excellent moyen de raccrocher dans ce T3 avec Gotham Girl, enfin heureuse et que l’on avait un peu laissé de côté depuis quelques épisodes. Et avec Catwoman, en ce qui concerne l’aventure sentimentale : on avait débuté cette histoire en trois actes avec un Batman prêt à se sacrifier, on la termine avec un Batman prêt à s’engager. On peut évidemment ne pas aimer la direction prise mais il faut reconnaître une certaine cohérence dans la progression / construction de l’ensemble ; d’autant plus qu’il ne s’agit là que du premier tiers d’un run qui s’achèvera au numéro 85 avec donc encore une multitude de références et d’imbrications à venir.

    A noter, après avoir sauté le crossover "The Button" (DC Univers Rebirth : Le Badge, en VF), un épisode spécial mettant en scène Batman et Swamp Thing à l’occasion de la disparition de Bernie Wrightson. Les fans de la créature du marais, et de Tom King, pourront également lire Swamp Thing Winter Special #1 (2018), dernier comics scénarisé par Len Wein également disparu la même année.

    Seul – très léger – bémol : ce choix d’utiliser la couverture de l’épisode 11 pour illustrer un album qui ne contient pas l’épisode en question. Cela dit, elle est très réussie et loin d’être inappropriée.

    sebastien01 Le 05/03/2020 à 08:09:32
    Batman Rebirth - Tome 2 - Mon nom est Suicide

    Dans ce second volet de la trilogie "Mon nom est...", Batman compose son propre escadron suicide et se lance à l’assaut de l’île de Santa Prisca où Bane s’est retranché en compagnie du Psycho Pirate. S’il s’agit, au fond, d’un tome entièrement tourné vers l’action, c’est aussi, à l’inverse, un tome qui voit naître le récit de la relation au long cours entre Batman et Catwoman destinée à culminer au cinquantième numéro (Batman 2016, #9-15).

    Après avoir sauté le crossover "Night of the Monster Men" (Batman : La Nuit des Monstres, en VF), débute la composition de cet escadron suicide relativement anecdotique (il n’existe d’ailleurs que pour faire écho à la tentative de suicide évoquée plus tard dans l’album). Seule Catwoman a un réel intérêt dans cette histoire tandis que Poli et Chinelle sont agaçants au possible. Le plus intéressant dans ce T2 – pour peu que l’on lise des comics avec un regard d’adulte –, c’est en premier lieu l’enfance comparée de Batman et de Bane, le véritable antagoniste de cette première partie de run : tous deux se sont retrouvés brisés et enfermés, tous deux devront s’en sortir pour redécouvrir ce qu’ils sont aujourd’hui.

    Et puis, il y a cette relation naissante entre Batman et Catwoman remarquablement bien écrite dans les épisodes 10 et 12 (sous forme épistolaire) et dans les deux épisodes sur les toits de Gotham (illustrés par Mitch Gerads). Ils décrivent une introspection mélancolique et juste et une relation tout en finesse entre deux personnages qui se connaissent par cœur et qui n’ont pas besoin de beaucoup de mots pour se comprendre. Certains trouveront sans doute naïfs, voire exaspérants à la longue, ces échanges répétitifs entre "Bat" et "Cat". Je trouve au contraire que Tom King écrit là une relation amoureuse sensible, moderne et de long terme et qui, surtout, sert son schéma d’ensemble ; beaucoup plus réaliste en tout cas qu’un baiser anecdotique comme on le rencontre trop souvent dans les comics.

    Publication bimensuelle oblige, la partie graphique est désormais assurée par Mikel Janin qui prend le relais de David Finch. Le dessin est moins typé "comics super-héros" et plus nuancé dans ses couleurs et c’est tant mieux. Et l’astuce graphique consistant à dessiner plusieurs scènes successives en une même grande case est bien utilisée.

    sebastien01 Le 01/03/2020 à 11:07:05
    Batman Rebirth - Tome 1 - Mon nom est Gotham

    En 2016, cinq ans à peine après le dernier relaunch, DC Comics relançait de nouveau toutes ses séries au numéro 1. Et c’est Tom King, un ancien agent de la CIA récemment reconverti scénariste de comics, qui reprenait la plus lue d’entre toutes, Batman, à la suite de l’indéboulonnable duo formé par Scott Snyder et Greg Capullo. Le scénariste avait déjà œuvré sur The Omega Men et The Sheriff of Babylon mais c’est surtout la série régulière Grayson consacrée au personnage de Nightwing qui le propulsa vers le titre-phare (Batman Rebirth 2016, #1 et Batman 2016, #1-6).

    Comme toutes les séries relancées à cette occasion, Batman débute par un numéro "Rebirth" qui s’avère particulièrement réussi. Co-écrit par Snyder et King, il fait office de transition / passation entre les deux scénaristes et offre plusieurs niveaux de lecture notamment quant à l’éternel recommencement des comics (qui plus est, il est illustré par Mikel Janin, le dessinateur de la série Grayson mentionné plus haut).

    Passé ce numéro spécial, débute une première intrigue en trois volets dont le titre scande "Mon nom est..." et qui est probablement ce que King aura entrepris de plus cohérent sur l’ensemble de son run. Sa première partie voit débarquer en ville deux nouveaux super-héros, Gotham et Gotham Girl, dont le traumatisme originel fait écho à celui de Batman. Ils devront, au travers d’une collaboration malaisée, lutter contre un adversaire inédit dans les comics : le terrorisme. On devine cependant que l’intrigue dépassera le cadre de ces apprentis super-héros et que le Psycho Pirate et Hugo Strange, dont il est question dans ce T1, ne sont que les premiers pions mis en travers de la route de Batman. Si ce dernier demeure un véritable héros, King lui écrit une caractérisation mélancolique, presque sinistre. Batman est avare de ses mots, on découvre un héros malheureux, beaucoup plus sombre et à l’opposé de la figure à laquelle Snyder nous avait habitué.

    Ce premier volet est illustré par David Finch et c’est évidemment très très beau à voir. Il y a certes toujours un peu trop de muscles et des mâchoires un peu trop carrées mais le trait est fin, précis, dynamique, l’encrage superbe, on sent qu’il a tout compris du personnage et que c’est un plaisir pour lui de l’illustrer (voir Batman: The Dark Knight 2010 et 2011 pour les amateurs).

    Quant au travail d’édition d’Urban Comics, pour ne pas devoir le répéter à chaque nouvel album, il offre tout ce qu’un lecteur de comics peut espérer : une véritable introduction, un chapitrage, des crédits détaillés, des pages numérotées, des couvertures alternatives et divers autres bonus en fin d’album. Bref, un travail dont l’éditeur concurrent ferait bien de s’inspirer.

    sebastien01 Le 27/02/2020 à 08:05:45

    Un premier titre édité par Netflix depuis le rachat de Millarworld – la société d’édition de Mark Millar – et son adaptation au petit écran annoncée dans la foulée de sa publication, on aura probablement plus lu dans la presse, spécialisée ou non, sur les à-côtés de ce comics que sur le comics en lui-même (The Magic Order 2018, #1-6).

    Si Millar a œuvré sur des genres divers et variés, il n’y avait pas encore la magie dans sa bibliographie. Voilà qui est chose faite avec The Magic Order, une histoire de familles de sorciers / magiciens qui s’entre-déchirent de la plus violente des manières. Cette dernière précision est utile car leurs pratiques qui sont ici dépeintes sont très éloignées de celles auxquelles Harry Potter a pu nous habituer : meurtres sordides, enterrements, sexe, violence graphique, déprime passagère et petits tracas de la vie de tous les jours, il s’agit résolument d’un comics adulte. Le plus intéressant dans cette histoire ne se situe d’ailleurs pas tellement dans cette querelle de magiciens vite expédiée mais dans les relations entre les membres de la famille Moonstone (qui rappellera les relations familiales d’un autre titre du scénariste : Jupiter’s Legacy). On passe ainsi beaucoup de temps sur ces six épisodes à apprendre à connaitre chacun d’entre eux, au point qu’il ne reste que bien peu d’espace pour le développement de l’intrigue. Mais, si le scénario n’est pas le fort du livre – ils se battent pour un obscur bouquin magique en gros –, cela n’en reste pas moins une lecture très très plaisante.

    La fin ouverte laisse en tout cas à Millar le loisir d’imaginer d’autres péripéties à ses sorciers et d’étendre cet univers. Seul regret : la suite – déjà annoncée – ne sera pas dessinée par Olivier Coipel. On risque donc fort s’assister au même schéma que pour Chrononauts : sans l’artiste star original – en l’occurrence Sean G. Murphy –, la suite n’aura, et de loin, pas la même saveur. Car la grande force de cette mini-série c’est avant tout le travail de son illustrateur. Le dessin de Coipel est comme toujours de toute beauté et, habitué jusqu’alors aux super-héros (House of M, Siege, Thor / Mighty Thor / Unworthy Thor), c’est un plaisir de le retrouver sur un genre plus conventionnel. Il m’apparait enfin comme une hérésie d’éditer une version en noir et blanc de cet album : le dessin est en effet bien plus lisible, détaillé et agréable à l’œil avec les couleurs de Dave Stewart.

    sebastien01 Le 23/02/2020 à 11:23:48

    Rares sont les artbooks traitant du manga ou de leurs auteurs traduits en français. Celui-ci, BLAME! and so on, est sorti en 2003 au Japon pour accompagner la fin de la publication de BLAME! et est resté longtemps inédit dans une quelconque autre langue (c’est pourquoi il est encore aujourd’hui vendu à des prix exorbitants sur internet). Nous ne devons d’ailleurs sa traduction en français qu’à la récente réédition en grand format de BLAME! et à l’exposition "Arpenteur des futurs" consacrée à son auteur – Tsutomu Nihei – au FIBD d'Angoulême 2019.

    L’ouvrage se veut une traduction fidèle de son équivalent japonais (exception faite de sa couverture souple). Ainsi, il traite majoritairement de BLAME! et de quelques travaux annexes de l’auteur (notamment NOiSE et Wolverine: Snikt!) mais en aucun cas des autres mangas réalisés par la suite (Abara, Biomega, Knights of Sidonia, etc.). S’il s’agit d’un joli recueil de couvertures et d’autres illustrations en couleurs, celles-ci ne sont accompagnées que d’un commentaire lapidaire et, en ceci, cet artbook est particulièrement décevant. On y retrouve également des interviews avec Enki Bilal et Guillermo del Toro dont on apprend surtout qu’ils sont fans l’un de l’autre.

    La partie la plus intéressante du livre est constituée des définitions / explications / réflexions de Nihei et de son responsable éditorial sur l’univers, les personnages et les mécanismes de BLAME!. Le texte est dense et technique et il est recommandé d’avoir une très bonne connaissance du manga – voire de l’avoir sous les yeux – pour en comprendre tout le propos (d’autant plus que le manga est lui-même assez cryptique).

    sebastien01 Le 23/02/2020 à 11:22:33

    En 2003, Marvel lança "Tsunami", une collection au nom peu inspiré destinée à faire découvrir les comics aux lecteurs de manga (comprendre au très jeune lectorat). De la dizaine de titres publiés, on peut notamment retenir Runaways de Brian K. Vaughan, Sentinel de Sean McKeever ou New Mutants de Nunzio DeFilippis. Mais un seul de ces titres aura pour auteur un mangaka (Wolverine: Snikt! 2003, #1-5).

    Lorsque cette mini-série est publiée, Tsutomu Nihei sort à peine de BLAME!, le manga qui, depuis 5 ans, l’a révélé au grand public. Il serait donc fort logique que SNIKT! et BLAME! partagent quelques similitudes. On a toutefois comme l’impression qu’il ne s’agit là que d’un ersatz de BLAME! auquel on aurait maladroitement greffé Wolverine tant les points communs sont nombreux entre les deux titres. Il y a tout d’abord ce héros mutique et maigrichon (ce qui sied d’ailleurs assez mal à Wolverine). Puis les personnages de Fusa, du Colonel et des Mandates, homologues respectifs de Cibo, de Sanakan et des Exterminateurs. Enfin, il y a cet impénétrable scénario où notre héros avance et explose tout en chemin sans bien comprendre ce qu’il lui arrive. De leur univers post-apocalyptique, de la cybernétique, du design froid et longiligne des personnages, des systèmes urbains souterrains et jusqu’à l’onomatopée servant de titre, ces deux séries ne font presque qu’une.

    C’est d’ailleurs surement la faiblesse de cette mini-série. Autant, celle-ci plaira aux fans de Nihei et de son univers (BLAME!, NOiSE, Abara et Biomega) – quoique la couleur ne soit pas du plus bel effet – autant, il est peu probable qu’un lecteur de comics américain biberonné aux super-héros se prenne au jeu de cette narration et de ce style de dessin. Un titre auquel la collection "Marvel Graphic Novels" se prête donc bien mieux.

    sebastien01 Le 20/02/2020 à 18:19:19

    Après une première mini-série par Bruce Jones et Sean Phillips, publiée en 2003 et consacrée à l’ascension du Caïd, voici la seconde beaucoup plus intimiste. Point de super-héros ici, le scénario de Matthew Rosenberg (le scénariste de Civil War II: Kingpin, une autre mini-série dédiée au Caïd) traite de la rédemption – réelle ou feinte – de Wilson Fisk et de l’écriture de sa biographie (Kingpin 2017, #1-5).

    Sa biographie, c’est justement l’élément déclencheur de l’intrigue et le moyen trouvé par Fisk pour tenter de se refaire une virginité auprès de ses concitoyens qui le connaissent surtout comme le parrain de la pègre. Ce dernier aspire en effet à être mieux considéré et à jouer, sous peu, un rôle plus important à New York. Il faut dire que cette mini-série – à l’instar des deux autres, inédites en VF, consacrées à Elektra ou Bullseye – est estampillée "Running With The Devil" et a surtout pour objectif de préparer tranquillement le lecteur au prochain gros évènement éditorial (à savoir le relaunch Marvel Legacy touchant Daredevil).

    Mais, pour l’instant, il ne s’agit pour le Caïd que de manipuler et d’amener dans ses filets une journaliste dont la carrière, les finances et la vie familiale s’étiolent petit à petit. Une histoire sympathique et sans prétention, presque un face-à-face, sur fond de combat de boxe, entre deux personnages aux principes moraux radicalement opposés. On aurait cependant aimé que le changement d’idéaux ne s’opère pas que dans un seul sens. Et c’est là ma seule déception : gangster un jour, gangster toujours, le Caïd ne changera jamais...

    L’histoire est illustrée par Ben Torres, un tout jeune artiste que l’on a déjà pu voir sur un récent Annual de Daredevil. Si le trait est fin et l’ambiance sombre bien retranscrite, l’aspect colossal du Caïd me parait surjoué. Enfin, pour une mini-série d’à peine cinq épisodes, il est regrettable qu’un second artiste ait dû prendre le relai.

    sebastien01 Le 16/02/2020 à 11:57:31
    Deadpool (Marvel Dark) - Tome 5 - Le retour du Deadpool-vivant

    La première mini-série ayant probablement été un succès, voici que Cullen Bunn en scénarise la suite directe... mais avec moins d’idées il faut bien le reconnaitre (Return of the Living Deadpool 2015, #1-4).

    Exit les zombies, quoiqu’il en reste encore quelques-uns, le monde est désormais menacé par Deadpool ou plus exactement par d’innombrables Deadpool zombifiés. Autant dire que l’on a abandonné le ton mi-sérieux mi-humoristique de la mini-série précédente, abandonné les références au genre cinématographiques et simplement étiré en longueur le twist final pour faire de cette histoire un bon gros délire à la gloire de Deadpool. Ça reste bien sûr une lecture plaisante et l’humour est toujours au rendez-vous mais on sent qu’il n’y a plus trop de scénario autre que celui consistant à défoncer du Deadpool tout du long des quatre épisodes. Dommage.

    Enfin, le dessin de Nik Verella conserve l’esthétique en nuances de gris de la mini-série précédente. Mais, si son trait est précis en ce concerne les personnages – Deadpool et Liz, sa partenaire ramassée en chemin, en tête –, on ne peut pas en dire autant des décors qui sont souvent bâclés.

    En résumé, deux mini-séries sympathiques, sans prise de tête, mais qui jamais n’en vaudront l’achat. Surtout à 16 € l’album. Pourquoi donc ne pas les avoir publiées au préalable en kiosque à l’instar de la trilogie "Deadpool massacre..." (Deadpool Killogy en VO) ? Au prix de 5.50 € dans le magazine Marvel Saga, cela avait déjà plus d’intérêt.

    sebastien01 Le 16/02/2020 à 11:57:10
    Deadpool (Marvel Dark) - Tome 1 - La nuit des morts-vivants

    La collection Marvel Dark regroupe des mini-séries plus matures et, généralement, cela signifie simplement qu’elles sont plus violentes et non plus intelligentes. Dans celle-ci par exemple, Deadpool affronte des zombies ; autant dire que l’on va pouvoir reposer son cerveau à la lecture du scénario de Cullen Bunn (Night of the Living Deadpool 2014, #1-4).

    Si le scénariste est un habitué du personnage, notamment connu pour sa trilogie "Deadpool massacre..." (Deadpool Killogy en VO), ce titre vaut quand même le détour. Car, à la différence des mini-séries estampillées Marvel Zombies et de leur humour noir, celle-ci se veut en effet plutôt sérieuse et ressemble à un survival adapté en comics. Si le scénario reprend quelques poncifs éculés de ce genre cinématographique, cela reste un bon moment de lecture sans prise de tête (il en faut parfois avant de reprendre un titre plus réfléchi). Et s’agissant d’une histoire mettant en scène le mercenaire disert, le personnage multiplie comme à son habitude les réparties bien senties quitte à ce que le lecteur butte, parfois, sur des références insaisissables.

    Quant au dessin de Ramon Rosanas, il est propre et précis et sa colorisation en nuances de gris censée rappeler les vieux films de zombies de George A. Romero est d’un bel effet. Toutefois, on a le sentiment qu’il est un peu trop appliqué, qu’il lui manque un je-ne-sais-quoi de personnalité pour franchir un cap.

    Enfin, l’album se termine inexplicablement par une courte histoire en dix pages publiée des années auparavant et sans le moindre rapport avec l’histoire de zombies qui précédait. Un nouvel exemple, en sus de l’habituelle absence de chapitrage, de la piètre qualité éditoriale de Panini Comics.

    sebastien01 Le 09/02/2020 à 13:56:26
    Jessica Jones - Tome 3 - Le Retour de l'Homme pourpre

    Dans ce troisième tome, la suite et la fin de cette série où Brian M. Bendis et Michael Gaydos vont intelligemment confronter Jessica Jones aux démons de son passé (Jessica Jones 2016, #13-18).

    Avant d’entamer cet album, il est préférable de relire la fin d’Alias. En effet, le personnage au cœur de cette dernière partie – Zebediah Killgrave alias l’Homme Pourpre – partage une histoire complexe avec Jessica Jones que les quelques lignes d’introduction ne sauront retranscrire. C’est encore une fois une intrigue bien plus psychologique que super-héroïque, presque un long dialogue entre deux personnages qui se retrouvent froidement après une dizaine d’années, qui amène Jessica Jones à mener une profonde introspection sur ses choix passés et sur la vie à laquelle elle aspire. Une dernière intrigue assez sombre, en accord avec le tempérament du personnage, mais dont le dernier épisode laisse aussi transparaitre une lueur d’espoir. En conclusion, une excellente série, écrite sur le ton du polar, du premier au dix-huitième épisode.

    Finalement, mon seul regret tient au choix de Panini Comics d’utiliser des couvertures variantes d’Alex Maleev, Martin Simmonds et Tim Sale pour illustrer ces trois tomes. Depuis Alias, le travail de David Mack était pourtant indissociable du personnage et aurait mérité cette exposition.

    On pourrait enfin s’étonner de voir deux autres tomes publiés alors que la série s’achève dans le troisième. Il s’agit en réalité de deux mini-séries – Jessica Jones: Blind Spot (2018) et Jessica Jones: Purple Daughter (2019) – écrites par Kelly Thompson, dessinées par Mattia De Iulis et publiées initialement au format numérique dans la collection "Marvel Digital Originals" dans le but d’accompagner la série télévisée Netflix. L’héroïne étant cependant irrémédiablement liée au duo Bendis & Gaydos, il est parfaitement possible de faire l’impasse sur cette suite.

    sebastien01 Le 06/02/2020 à 20:44:22
    Jessica Jones - Tome 2 - Les Secrets de Maria Hill

    Dans ce deuxième tome, Jessica Jones partage la vedette avec Maria Hill, la directrice du S.H.I.E.L.D. (Jessica Jones 2016, #7-12).

    Reconciliée avec Luke Cage et profitant d’une vie familiale nouvellement retrouvée, Jessica Jones n’est pas tirée d’affaire pour autant et doit déjà venir en aide à Maria Hill pourchassée... par elle-même. La relation de défiance puis de fraternité entre les deux femmes est très bien écrite et sert de fil conducteur tout au long de l’album. Et Brian M. Bendis replace enfin Jessica Jones dans son rôle premier de détective, les aspects super-héroïques n’étant désormais plus que l’histoire ancienne. Aussi, contrairement à la série télévisée de Netflix qui insistait lourdement sur son alcoolisme et son addiction au sexe, ici ces aspects ne sont qu’effleurés et le personnage, bien que toujours un peu paumé, est surtout en quête de quiétude et de normalité.

    Une nouvelle fois, et c’est heureux, de multiples personnages féminins sont de la partie. Outre, Jessica Jones, sa fille et donc Maria Hill, on retrouve aussi Sharon Carter, Mary Thiphoïde et plusieurs autres de passage. Sans faire pour autant de ce comics une série féministe, cela démontre bien qu’il y a dans cette industrie de la place pour autre chose que des bodybuilders en collants.

    Seuls points négatifs : la couverture colorée qui ne reflète pas l’ambiance qui se dégage de l’album et le dessin de Javier Pulido sur les quelques pages de flash-back. Son style simpliste et coloré, presque enfantin, est à l’opposé du superbe dessin brut, réaliste et très encré de Michael Gaydos. C’en est à se demander ce qui a pu motiver cet étrange choix.

    sebastien01 Le 02/02/2020 à 16:23:42
    Jessica Jones - Tome 1 - Sans Cage

    Plus de dix ans après la fin d’Alias – une des premières séries matures publiées en 2001 par Marvel sur son label Max Comics – et probablement bien aidée par le récent portage par Netflix du personnage sur petit écran, Jessica Jones et ses auteurs reprennent du service (Jessica Jones 2016, #1-6).

    Le lien avec Alias n’est pas seulement évident du fait de son personnage principal mais aussi parce que l’on retrouve avec Jessica Jones le même scénariste (Brian M. Bendis), le même dessinateur (Michael Gaydos), le même coloriste (Matt Hollingsworth) et jusqu’aux aquarelles en couverture de David Mack. Si le dessin est aujourd’hui plus précis et les couleurs plus nuancées, il est particulièrement plaisant de retrouver tous ces auteurs pour un design et une caractérisation inchangés du personnage, le même art de mener une conversation, la même ambiance noire et urbaine et les mêmes intrigues toujours plus proches du polar que du véritable comics de super-héros.

    Dans ce premier tome, Jessica Jones sort de prison et n’aspire qu’à retrouver une vie normale avec sa fille loin de sa vie de couple chaotique et de ses démêlés tant avec les super-vilains qu’avec les super-héros. L’introspection du personnage, son réalisme, son humanité et la richesse des dialogues rendent la série très prenante. A conseiller en particulier à ceux qui ont aimé le run de Bendis & Maleev sur Daredevil.

    Il faut noter enfin la grande place accordée aux femmes dans cette série : outre l’héroïne, sa cliente et son adversaire du jour, on retrouve aussi Misty Knight, Spider-Woman, Captain Marvel et quelques autres personnages de second plan. Un casting très majoritairement féminin qui compense malgré tout assez peu le fait que les femmes continuent d’être les grandes absentes des comics de super-héros.

    sebastien01 Le 26/01/2020 à 20:24:01

    Dans un univers alternatif (elseworld en VO), et en trois épisodes scénarisés par Mike Mignola et Richard Pace, Batman rencontre tout ce que Gotham compte comme créatures fantastiques et démoniaques (Batman: The Doom That Came to Gotham 2000, #1-3 et Batman: Legends of the Dark Knight 1989, #54).

    Il faut le dire d’emblée, ce n’est pas du tout l’album de Batman auquel on a habituellement affaire. Point d’enquête, de vilains mafieux ou d’affrontements super-héroïques, nous sommes loin des fondamentaux et seule la frange fantastique de l’immense univers de Batman est ici exploitée. On navigue donc entre le fantastique, l’occultisme ou le religieux, à réécrire l’histoire de Gotham, de la famille Wayne et d’une obscure une menace ancestrale ; des sujets qui, à mon sens, n’ont pas de raison d’être dans Batman – autant lire Hellblazer si l’on est fan – et qui ne poussent pas à m’intéresser plus que ça à cette lecture. On peut certes y voir un hommage à l’univers de Lovecraft, mais encore faudrait-il bien connaitre l’auteur (qui ne se résume pas à de grosses bébêtes).

    Du côté du dessin, c’est la "tromperie" habituelle : Mignola se charge de réaliser de jolies couvertures tandis que les intérieurs n’ont que peu de rapport avec celle-ci. Le dessin de Troy Nixey – un illustrateur inconnu dont la seule publication en VF est Jenny Finn – est quelconque, ses visages sont souvent moches et on peine à reconnaitre Batman et les personnages habituels du Batverse...

    Ces trois épisodes sont suivis de Sanctuaire (Sanctum en VO), un numéro publié en 1993 dans la série "Legends of the Dark Knight". Illustré par Mignola, il s’agit donc là d’une nouvelle incursion de l’auteur sur Batman après le one-shot "Batman: Gotham by Gaslight" sorti en 1990. Toutefois, l’histoire est encore portée sur l’ésotérisme et, bien qu’elle suive de peu les débuts de Hellboy et que l’on y reconnaisse déjà le trait de Mignola, il n’est pas encore aussi épuré et anguleux qu’aujourd’hui et les couleurs sont franchement criardes. Recherchez plutôt en occasion sa version noir et blanc éditée en 2004 par Rackham.

    En conclusion, il s’agit d’un ouvrage à réserver aux inconditionnels de Mignola ou à ceux qui aiment vraiment voir Batman sortir des sentiers battus. Pour les autres, les lecteurs traditionnels de Batman, ils n’y retrouveront pas grand-chose de l’univers auquel ils sont habitués.

    sebastien01 Le 19/01/2020 à 14:56:17
    Batman Eternal - Tome 4 - Tome 4

    Suite et fin plutôt mitigée de la série hebdomadaire Batman Eternal. Une lecture dont on ressort avec le sentiment que le scénario de Snyder et Tynion IV s’est perdu dans tellement d’intrigues et de personnages secondaires que le pitch de départ en est complétement oublié (Batman Eternal 2014, #40-52 et Batman 2011, #28).

    Entamer les 52 épisodes de Batman Eternal c’est en avoir au moins pour toute une dense après-midi de lecture... et on est bien content quand on referme enfin ce T4. Il faut dire que les derniers épisodes n’ont plus guère de lien avec l’intrigue policière de départ. On s’ennuie au contraire avec des intrigues secondaires vite résolues et les pirouettes des jeunes de la Bat-Family. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser que ces trop nombreux sidekicks ont des rôles quelque peu forcés, en particulier Harper Row. Et il est vraiment pénible de voir un nouvel adversaire sortir opportunément du chapeau presque à chaque nouvel épisode ; il n’y a plus aucune hiérarchie ni cohérence, tout le monde veut dominer tout le monde. Ce n’est pas parce que le Batverse est innombrable qu’il faut procéder de la sorte pour garder l’attention du lecteur. Bref, ce ne sont pas des albums qui marqueront l’histoire de Batman, ni même que l’on relira un jour.

    Mais l’exercice, bien qu’un peu longuet, reste intéressant pourvu que l’on accepte de se farder tout le casting – des héros comme des vilains – et que l’on soit bon public (c-à-d. sans pester à chaque fois que le scénario se perd dans ses méandres et à chaque nouvelle apparition téléphonée). L’histoire aurait sans doute gagné à être moitié moins longue. Elle serait plus simple, moins dispersée et le dessin gagnerait en régularité (on finit avec quasiment un dessinateur différent par épisode). Mais l’on aurait alors perdu la symbolique des 52 numéros et c’était finalement sans doute là le seul intérêt éditorial de la série : réussir à sortir un épisode par semaine et, ce, quel que soit la qualité – très moyenne en l’occurrence – de la série.

    sebastien01 Le 19/01/2020 à 14:55:54
    Batman Eternal - Tome 3 - Tome 3

    Alors que l’on était reparti du bon pied avec une histoire de Batman terre-à-terre, ce troisième volume s’ouvre avec la suite et fin de l’intrigue entre Batwing, Corrigan et Blackfire. Probablement le pire volet de Batman Eternal à ce stade ; que vient donc faire le surnaturel dans cette histoire ? Il est sans intérêt, si ce n’est de permettre opportunément l’évasion de quelques personnages d’Arkham… Heureusement cela ne dure qu’un temps et l’on retrouve rapidement la machination orchestrée par Silence et Jason Bard (Batman Eternal 2014, #27-39).

    Deux points d’ordre général à noter :
    1/ La très bonne écriture de Catwoman : un profil solitaire mais qui n’oublie pas sa relation particulière avec Batman et qui cède à ses tentations criminelles tout en conservant ses bons sentiments ; un bon préambule avant de poursuivre la lecture du personnage dans "Catwoman Eternal".
    2/ La désagréable impression d’assister à un passage en revue des derniers méchants encore inutilisés du Batverse (Killer Croc, Bane, l’Épouvantail, la fille du Joker, Poison Ivy, Mr. Freeze, le Sphinx). Si à petite dose il est toujours agréable de retrouver ces vieux briscards, ils débarquent ici en trop grand nombre et sans la moindre subtilité. Et puis, on avait débuté l’intrigue de Batman Eternal avec des mafieux (Pr. Pyg, Falcone, le Pingouin, Silence, voire Jason Bard) et on la termine avec des bêtes de foire... A croire qu’il fallait obligatoirement les placer quelque part dans cette série anniversaire.

    En ce qui concerne le dessin, une floppée de dessinateurs de succèdent pour un ensemble encore très cohérent, dynamique et agréable à parcourir ; on a toujours l’excellent Jason Fabok, seul Andrea Mutti est un cran en dessous. Il faut en profiter car la suite et fin s’annonce bien plus hétérogène.

    sebastien01 Le 12/01/2020 à 14:43:32

    Cet album peut se lire de deux manières. Soit comme une variation hors continuité sur la mort de Batman avec son lot d’hommages, de nostalgie et de discours grandiloquents sur la nature du Chevalier Noir. Ou, au contraire, comme l’épilogue des deux arcs qui précédent cette histoire, "Batman R.I.P." et "Final Crisis", publiés en 2008 et scénarisés par Grant Morrison (Batman 1940, #686 et Detective Comics 1937, #853).

    Dans ces deux épisodes, Neil Gaiman a convié l’habituelle galerie des alliés et adversaires que Batman a connu durant son existence et, au cours d’une bien étrange veillée mortuaire, chacun y va de son macabre souvenir pour célébrer le défunt Chevalier Noir. Le scénario et le dessin multiplient les clins d’œil et les références bien senties que seuls les passionnés de longue date parviendront toutes à déceler. La multiplication des hommages et les caméos de certains personnages tendent d’ailleurs à prendre le pas sur l’histoire qui peut se résumer de la sorte : Batman est une légende et les légendes ne meurent jamais.

    Le dessin d’Andy Kubert et l’encrage de Scott Williams sont de toute beauté, d’une grande précision et technicité dans le style comics et fourmillent de détails. On sent une parfaite adéquation entre le scénariste et le dessinateur, chacun se montre très respectueux du personnage – et de son histoire – et la longue postface de Gaiman est très intéressante à découvrir.

    Si l’on passe assurément un bon moment de lecture, il n’est pas sûr en revanche que ces deux petits épisodes, totalisant 60 planches, valent les 15.50 € demandés par Urban Comics. Car si l’album affiche 152 pages au compteur, c’est surtout parce qu’il contient en supplément la version crayonnée – ou unwrapped comme on dirait en VO – de ces deux épisodes. Déjà, l’édition publiée en 2011 par Panini avait été gonflée avec trois courts récits scénarisés par Gaiman et vendue au prix fort (18 €). Bref, recherchez plutôt en occasion le kiosque "Batman Universe 1" sorti en 2010 ou, mieux, empruntez l’album à la bibliothèque.

    sebastien01 Le 12/01/2020 à 14:42:47

    En 2011, DC Comics a clôturé sa période "Classique" et débuté sa période "Renaissance". Pour justifier ce reboot – autrement que pour d’évidentes raisons commerciales –, l’éditeur a publié Flashpoint, cette mini-série en cinq épisodes dont le Flash en serait autant le personnage principal que l’architecte du renouveau du multivers (The Flash 2010, #8 et Flashpoint 2011, #1-5).

    Et la justification apportée à ce reboot est plutôt bien pensée. Le Flash a, en toute bonne foi bien sûr, commis l’erreur de retourner dans le passé, provoqué la transformation du monde en un lieu méconnaissable et va littéralement rebooter le système pour le faire redémarrer à zéro. Le tout avec l’aide de la Force véloce à laquelle on prête des propriétés bien pratiques... L’intérêt de cette mini-série réside cependant moins dans le scénario de Geoff Johns, qui n’est finalement qu’un prétexte éditorial, que dans son immense galerie de personnages. Qu’ils jouent un rôle actif dans le déroulé de l’histoire ou n’y fassent que de la figuration, les héros sont si nombreux que l’album est à réserver aux lecteurs de longue date pour être pleinement apprécié et remis dans son contexte.

    A l’exception du vilain travail de Scott Kolins sur l’épisode introductif, cet album est d’autant plus agréable à parcourir qu’il bénéficie du dessin d’Andy Kubert qui est comme toujours excellent, d’une grande précision et d’un grand niveau de détail. A vrai dire, en dehors du dessin de Jim Lee, de Greg Capullo, de David Finch, de Jason Fabok ou de Tony S. Daniel, on trouve aujourd’hui difficilement mieux dans ce plus pur style super-héroïque.

    S’il n’y avait qu’un bémol à formuler, il serait pour l’édition d’Urban Comics. Il est dommage en effet que le recueil publié en librairie se contente de la mini-série principale et omette du contenu pourtant publié dans les trois magazines Flashpoint en 2012 (les premiers sortis en kiosque par l’éditeur). Nous passons donc à côté de la fin la série The Flash ainsi que des ties-in "Flashpoint: Project Superman" et "Flashpoint: Knight of Vengeance".

    sebastien01 Le 05/01/2020 à 14:16:03

    Aussi étonnant que cela puisse paraitre, malgré un immense lectorat et un sujet qui s’y prêterait parfaitement, il n’y a encore à ce jour aucune adaptation en comics ou en bande dessinée du Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien. Seule une faible adaptation du Hobbit, réalisée par Charles Dixon, Sean Deming et David Wenzel, a vu le jour en 1989.

    De prime abord, sa lecture se révèle assez ardue. D’une part, le trait de Wenzel est clairement daté, même pour son époque. A l’aquarelle, tout en rondeurs et en couleurs pastel, il dépeint un univers de fantasy très classique, presque cliché. Un autre lecteur faisait référence à "Blanche-Neige et les Sept Nains" et il se dégage effectivement du dessin une ambiance enfantine à l’opposé de la trilogie beaucoup plus mature portée en 2012 au cinéma par Peter Jackson. Et il est bien difficile aujourd’hui de s’immerger pleinement dans cette lecture en faisant abstraction de cette référence.
    D’autre part, Dixon et Deming paraissent avoir eu bien du mal à s’éloigner du roman pour l’adapter en une bande dessinée. Et cela s’en ressent au travers de ces récitatifs longuets et de ces multiples bulles de texte. Quitte à être à ce point fidèle et retranscrire ainsi une bonne partie du matériel d’origine – parfois mot à mot –, autant lire le roman... Il n’y a donc aucune fluidité dans le déroulement de l’action, rien de naturel dans l’expression des personnages et la lecture est trèèès longue.

    Enfin, ayant lu l’édition de Vents d’Ouest sortie en 2001, on ne peut que regretter le choix de l’éditeur d’avoir façonné artificiellement une BD franco-belge. Pourquoi ce grand format inadapté qui laisse de grandes marges blanches ? Pour ce découpage en deux tomes alors que rien, dans le séquençage de l’aventure, ne le justifiait ? Pourquoi ces nouvelles – et plutôt jolies – couvertures d’Eric Hérenguel qui ne reflètent en rien le contenu intérieur ? Bref, un choix déroutant.

    sebastien01 Le 30/12/2019 à 18:01:48

    Après "Batman : Empereur Pingouin", Urban Comics continue de publier en librairie, avec un retard certain, le run de John Layman sur Detective Comics initialement publié en VO entre 2012 et 2014 (Detective Comics 2011, #22-29 et Annual #2).

    La première partie de ce volume est excellente tant pour son scénario que pour son dessin. Un nouvel individu riche et mystérieux arrive en ville, le commissaire Gordon et sa police corrompue sont omniprésents, Gotham est très bien représentée et Batman enquête et retrouve un adversaire à sa mesure. C’est bien évidemment très classique, l’enquête est vite expédiée et l’on devine le dénouement à des kilomètres mais, en trois épisodes, Layman démontre qu’il a parfaitement compris l’esprit d’un titre tel que Detective Comics. Qui plus est, le numéro 24 qui suit, entièrement consacré à Gordon, est un régal d’enquête, de noirceur et de sensibilité. Ajoutons à cela le dessin précis, dynamique, très encré, musculeux et surarmé de Jason Fabok – un des meilleurs artistes actuels pour ce qui est du comics de super-héros – et l’on obtient forcément un très bon moment de lecture.

    Malheureusement, le reste de l’ouvrage n’est pas au même niveau. Il y a tout d’abord cet épisode annuel composé de diverses courtes histoires toutes consacrées au lieutenant Bullock mais au final assez peu intéressantes car on ne ressent pas pour ce personnage le même attachement que l’on a pour Gordon. Il y a aussi ces backs-up consacrés au personnage de Man-Bat qui l’on nous avait déjà teasé dans le tome précédent ; il faut vraiment être fan de ce personnage secondaire pour apprécier cette chauve-souris immonde et ce n’est pas mon cas. Enfin, il y a la seconde partie de ce volume où Batman se retrouve une fois de plus à affronter l’éternelle galerie des meilleurs vilains du Bat-verse dans une énième variation du gaz phobique de l’Epouvantail ; bref, une seconde moitié fort peu enthousiasmante et le dessin de Fabok sur une partie de celle-ci n’y change rien.

    sebastien01 Le 23/12/2019 à 17:53:33

    Le Phénix ne disparait jamais bien longtemps des séries estampillées X-Men et le voici déjà reprendre respectivement possession des corps de Jean Grey et des Stepford Cuckoos dans ces deux mini-séries en cinq épisodes chacune scénarisées par Greg Pak (X-Men: Phoenix – Endsong 2005, #1-5 et X-Men: Phoenix – Warsong 2006, #1-5).

    Tuée en 2004 par Grant Morrison au cours de son run sur les New X-Men, Jean Grey revient bon gré mal gré à la vie un an plus tard dans une première mini-série intitulée "Le chant du Phénix". Il n’y a guère de surprise dans le déroulé de l’histoire, il ne s’agit en effet que d’une énième variation sur le fait d’accepter ou de rejeter une Force Phénix malfaisante et incontrôlable et, ce, quel que soit son hôte. L’histoire en elle-même a peu d’intérêt, n’a aucune répercussion sur le long terme et il faut vraiment être fan du trio amoureux que forment Jean Grey, Cyclope et Emma Frost pour l’apprécier un tant soit peu. Quant au dessin de Greg Land, il est très propre (voire trop propre) et bénéficie parfois de jolies compositions mais il est aussi dans l’ensemble beaucoup trop informatisé.

    Un an plus tard, une nouvelle mini-série intitulée "Chant de guerre" voit la Force Phénix faire son re-retour et prendre cette fois-ci pour hôte les Stepford Cuckoos, ces quintuplées devenues triplées de l’Institut Xavier déjà entraperçues précédemment. A l’inverse de la précédente, cette mini-série mise tout sur l’action et sur un programme Weapon Plus délirant. Difficile également de prêter un quelconque intérêt à ces adolescentes froides et inconnues plus habituées aux seconds rôles qu’à jouer les personnages de premier rang. Quant au dessin, il est lui aussi l’œuvre d’un quasi inconnu – Tyler Kirkham – dont le trait mainstream et sans personnalité n’est pas à la hauteur des couvertures de Marc Silvestri.

    sebastien01 Le 15/12/2019 à 22:34:44
    Lady Mechanika - Tome 2 - Le Mystère du corps mécanique (2e partie)

    Dans ce deuxième tome, le lecteur ne découvrira pas une nouvelle aventure de son héroïne déguisée façon steampunk mais uniquement la fin de l’aventure précédemment (Lady Mechanika 2010, #4-5).

    Je ne reviendrai pas sur l’histoire en elle-même, je n’évoquerai que le travail d’édition honteux de Glénat. Lorsque l’éditeur a entamé en 2016 la publication du premier volet – intitulé Le mystère du corps mécanique –, celui-ci savait qu’il s’étalait sur cinq épisodes puisque sa publication était alors terminée en VO. Pourtant, Glénat a choisi de diviser artificiellement ces cinq épisodes en deux tomes et de les sortir à quatre mois d’intervalle. L’éditeur n’apporte aucune explication à ce choix, difficile en effet de justifier le fait de vendre une même histoire deux fois. Il est donc nécessaire de débourser 28 € pour les 132 planches constituant cette première aventure.

    L’éditeur pourrait rétorquer que ce deuxième tome fourmille de bonus (48 pages tout de même). Or, le lecteur de comics paye avant tout pour des planches de bande dessinée et non pour toute autre forme de matériel. Les bonus que l’on retrouve habituellement en fin d’ouvrage ne doivent leur présence qu’au dernier cahier entamé qu’il faut intelligemment remplir et ne sont pas une manière artificielle de gonfler un livre. Or, dans ce deuxième tome, les bonus occupent une place comparable à celle de la bande dessinée. Pire, la nature de ces bonus interroge... Que viennent faire ici des extraits du troisième tome (10 pages) ou d’une autre série (8 pages) ? A court de pin-up, l’éditeur semble s’être reporté sur du matériel sans rapport avec l’aventure en question.

    Si la démonstration de l’incompétence de Glénat n’était pas encore faite, il suffirait de prêter attention aux multiples éditions de ce deuxième tome pour s’en convaincre. Car, à défaut de savoir éditer correctement un comics, Glénat sait très exploiter un filon et Lady Mechanika en est le meilleur exemple. Il existe ainsi l’édition variante (voire des variantes A et des variantes B pour les derniers tomes), l’édition collector de 2016 (au doux prix de 29 € pour le même matériel, planches et bonus compris), une édition finalement pas si collector que ça puisque celle-ci ressort à l’identique en 2019.

    La surexploitation de cette série aboutit aujourd’hui à un total de dix-huit éditions différentes (toutes ne sont pas encore répertoriées dans la bédéthèque). Tandis que d’autres séries du même éditeur n’iront même pas jusqu’à leur terme (voir l’interview donnée par celui-ci en mai 2019). Les lecteurs savent désormais quelle politique ils encouragent lorsqu’ils achètent un comics chez Glénat.

    sebastien01 Le 15/12/2019 à 22:34:16
    Lady Mechanika - Tome 1 - Le Mystère du corps mécanique (1re partie)

    Déjà six tomes au compteur, encore du matériel en cours de publication en VO et une présence constante en librairie, Lady Mechanika est une des rares séries à succès de Glénat Comics (Lady Mechanika 2010, #0-3).

    La série développe un univers steampunk riche et coloré, plein d’inventions "mécaniques" et se déroule durant époque victorienne revisitée. L’histoire repose essentiellement sur la personnalité de son héroïne et malheureusement celle-ci est plutôt antipathique. La quête de ses origines apparait confuse et il reste encore de très nombreuses interrogations une fois la lecture terminée. On sent que cette mémoire perdue va être exploitée pendant encore un bon nombre d’épisodes.
    Aussi, le côté steampunk, voire Art nouveau, est constamment exagéré ; à tel point que l’on a plus l’impression d’avoir affaire à une jeune femme dans un de ses multiples déguisements de cosplay qu’à une véritable aventurière (ce qui serait paradoxalement en cohérence avec l’inspiration de l’auteur évoqué dans la préface). Son attitude hautaine et sa manière de poser en pleine page ne participent pas non à ce que l’on s’attache à elle. Enfin, l’auteur a sans doute voulu donner aux dialogues un ton prétendument proche de celui du XIXe siècle mais cela ne fait que leur donner un style pompeux et pénible renforcé par cette multiplication de phylactères.

    Le dessin très précis sauve un peu l’ensemble et on peut reconnaitre à l’auteur d’avoir persévéré durant plusieurs années pour développer son projet. Mais les pages sont surchargées, le découpage part dans tous les sens et l’héroïne – comme les autres personnages féminins – est en permanence représentée à la manière d’une pin-up (les nombreuses couvertures alternatives en fin d’ouvrage en sont remplies et donnent l’impression que la série ne repose que là-dessus).

    sebastien01 Le 08/12/2019 à 18:11:12

    Après "Off Road" et "Punk Rock Jesus", voici le dernier travail en date de Sean G. Murphy en tant qu’auteur complet, un récit qui inaugure en VF la collection DC Black Label. Et en un mot, le scénario est intelligent et le dessin sublime (Batman: White Knight 2017, #1-8).

    La première chose qui frappe en débutant la lecture de cette histoire, c’est le réalisme de son contexte. On a déjà lu tellement d’histoires dans lesquelles les personnages se contentent de jouer leurs rôles de super-héros contre super-vilains que l’on se doit de souligner celle-ci qui sort du lot par son intelligence et sa subtilité. Son environnement est en effet très actuel, il ferait presque l’actualité s’il ne se déroulait pas à Gotham. Si la trame de fond de ce White Knight est l’irresponsabilité de Batman dans sa lutte contre le crime, d’autres sujets s’y raccrochent telles les limites du vigilantisme, les violences policières, les inégalités sociales, la représentativité des laissés-pour-compte ou encore la corruption. En somme, des sujets conférant une tonalité politique que l’on a peu l’habitude de rencontrer dans un comics, qui plus un comics de super-héros.

    Au-delà du contexte, le scénario est lui aussi très bon. L’idée de base tient en l’inversion des rôles de Batman et du Joker, le premier sombrant dans la violence tandis que le second est guéri de sa folie. La relation d’amour et de haine entre les deux personnages est très bien comprise et retranscrite par Murphy, leurs échanges sont honnêtes et posés et l’on en aurait bien repris pour un ou deux épisode(s) supplémentaire(s) afin d’approfondir les accusations et retrouvailles de part et d’autre. Le divertissement n’est bien sûr pas oublié et l’on retrouve la passion de l’auteur pour les voitures et les courses-poursuites. Enfin, entre la Bat-family, Harley Queen, Clayface et consorts, l’Histoire de Gotham et les références cinématographiques à gogo – à la série animée des années 90 notamment –, les fans de l’univers de Batman seront ravis.

    Je n’ai finalement que deux reproches à faire à cette histoire. D’une part, sa fin qui nous ramène au statu quo initial. D’autre part, profitant de cette rare opportunité de réaliser en solo une mini-série sur Batman, l’auteur parait y a mis toutes ses idées et tous ses personnages favoris. A tel point que l’ensemble apparait par moments surchargé (une impression toutefois minorée par les couleurs de Matt Hollingsworth). Une suite est prévue – Batman: Curse of the White Knight, toujours en cours de publication en VO –, puisse-t-elle être moins exubérante.

    Un mot sur l’édition française : les huit épisodes sont réunis en un unique volume au format Deluxe avec quelques bonus en fin d’ouvrage ; même la très belle édition en noir et blanc, au format un peu plus grand et au papier un peu épais, est proposée à un prix raisonnable (29€). Un travail de qualité dont l’éditeur concurrent ferait bien de s’inspirer.

    sebastien01 Le 05/12/2019 à 07:54:34
    Hellboy & B.P.R.D. - Tome 4 - 1955

    A l’instar du lecteur, Hellboy prend invariablement un an de plus à chaque publication. Et c’est à peu près tout ce qu’il y a à signaler concernant ce quatrième tome (Hellboy and the B.P.R.D.: 1955 – 2017, #1-5).

    Au menu de cet album, il y a d’abord ces deux petites histoires en un épisode chacune. Des histoires de démons et de sorcellerie comme on en lit depuis si longtemps en suivant ce personnage. Rien d’exceptionnel tant au niveau scénario que du dessin, on notera cependant l’effort apporté à la leçon d’Histoire : la ségrégation raciale aux Etats-Unis pour l’une et la découverte de l’Amérique pour l’autre.

    Plus intéressant, il y a surtout cette autre histoire un peu plus longue en trois épisodes. On sent qu’il y avait davantage de place pour le développement d’une intrigue et une petite machination se trame dans le dos du B.P.R.D. dont tous les membres occupent ici une bonne place. Dommage cependant qu’il faille attendre le volume suivant pour en découvrir la suite... A noter que l’on y retrouve le joli trait légèrement cartoony de Brian Churilla qui avait déjà officié sur le volume précédent.

    De courtes histoires, Mignola en couverture, une vilaine bébête, un peu de paranormal, quelques nazis, une rapide enquête et une bonne droite de l’Enfer pour finir, en somme la recette habituelle d’un Hellboy. Bien sûr, lorsque l’on aime le personnage et son univers, la sortie annuelle est toujours un agréable moment de lecture. Agréable mais désormais sans enthousiasme. Au bout de vingt ans, et malgré le renouvellement des auteurs, cela finit nécessairement par ronronner et l’on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine lassitude. Pendant combien de temps encore additionner ces volumes qui n’offrent plus guère de surprise ? Assurément, la question de bien des fans.

    sebastien01 Le 01/12/2019 à 10:15:30

    Huitième et dernier volume de la série des préquels Before Watchmen, cette fois-ci consacré au personnage le plus emblématique de la série originale : le Dr. Manhattan. Et pour résumer mon avis, le récit ici proposé par J.M. Straczynski a beau être le dernier de la frise, il est de très loin le meilleur des huit tomes (Before Watchmen: Dr. Manhattan, #1-4).

    Il y a plusieurs raisons à cela et la première d’entre-elles tient au personnage de base. Si l’on se contrefout par exemple de Spectre Soyeux – de la mère comme de la fille –, on aime au contraire Rorschach ou Ozymandias et on adore généralement le Dr. Manhattan. Il est dès lors plus facile d’écrire une bonne histoire quand son personnage principal est le plus intéressant et emblématique de Watchmen. Les passables préquels de personnages aussi ennuyeux que Moloch ou le Hibou, tous deux également scénarisés par J.M. Straczynski, le démontrent parfaitement.

    Il y a ensuite la tonalité du récit. Le personnage se rapprochant plus du dieu que du super-héros, son histoire est racontée en parfait accord avec son statut : c’est-à-dire de manière intelligente, contemplative, presque philosophique. L’idée d’utiliser l’expérience du chat de Schrödinger comme base de construction du scénario fonctionne très bien et les facultés de voyage dans l’espace et le temps du Dr. Manhattan sont bien exploitées. A l’inverse, on aurait sans doute pu se passer de ces inévitables nazis, la question de la destinée et du choix est réduite à une bête option binaire gauche/droite et l’on a par moments l’impression que l’auteur se perd lui-même dans ses explications "quantiques".

    Enfin, si la lecture fut aussi agréable, c’est aussi en grande partie dû au dessin d’Adam Hughes. Un artiste bien trop rare et que l’on connait surtout pour ses super-héroïnes sexy en couvertures variantes. Rien de cela ici, juste quatre numéros au joli dessin et aux bonnes idées de composition.