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Les avis de - Shaddam4

Visualiser les 236 avis postés dans la bedetheque
    Shaddam4 Le 16/01/2019 à 10:16:18
    Ava Granger - Tome 1 - Commando Commanda

    Pour son nouvel album, l’éditeur alsacien lance l’italien Riccardo Colosimo dans sa première publication BD et l’on peut dire que son style radical ne laissera pas indifférent… La maquette de l’album et l’illustration de couverture sont très pro même si cette dernière aurait pu être plus accrocheuse. L’album se termine sur une ouverture laissant la place à une éventuelle suite en cas de succès des ventes. Je note un unique problème, malheureusement sur la dernière planche, avec un zoom malvenu qui laisse apparaître les traits en escalier d’une mauvaise définition des deux dernières cases. On mettra ça sur l’inexpérience du dessinateur.

    Ava granger est détective privée. Pas du type barbouze, plutôt dans le genre militant de la cause environnementale. Lorsqu’elle assiste à des meurtres mafieux elle est sauvée in extremis par un mystérieux colosse qui semble particulièrement efficace pour éliminer les gangsters qui essayent de leur faire la peau. S’engage une fuite où les plus en danger ne sont pas ceux que l’on croit…

    La couverture de cet album m’a interpellé et grâce à mon nouveau partenariat avec les Editions du Long Bec j’ai pu découvrir ma première BD cubiste! L’illustrateur italien Ricardo Colosimo nous livre avec cet album quelque chose de jamais vu. Si des dessinateurs se sont déjà expérimentés à de l’impressionnisme en BD (souvent sur des albums traitant de la peinture) comme Smudja ou plus récemment Oriol avec son très réussi Natures mortes, je n’avais jamais vu une telle originalité graphique au service d’une BD de genre, le polar seventies mafieux. Ce qui j’ai vu de plus proche est Low, dessiné par le brésilien Tocchini qui allait aussi loin dans l’exploration graphique extrême… mais devenait de moins en moins lisible. L’utilisation de plats peut également rappeler le travail de Montllo sur Warship Jolly Rogers (un brésilien, un espagnol… je dis ça je dis rien!). Comme ce dernier, Colosimo parvient à garder une totale lisibilité des cases grâce à une très grande maîtrise technique et une finesse du dessin que l’on devine sur certains arrière-plans et sur la physionomie des visages, tous très caractérisés. Comme on le dit souvent, seul un très bon dessinateur peut se permettre d’explorer l’explosion graphique, c’est le cas ici. Sur des tonalités improbables de jaune, orange et bleu-violet, avec des traits semblant venir de couteaux à peinture il conserve une profondeur de champ, un détail des décors et une gestion du mouvement proprement fascinants (comme ce lancer de balle jamais vu en BD…). Le tout donne une ambiance incroyable que certains pourront trouver artificielle, mais le fait est qu’artistiquement on est dans le très haut niveau et le pari (risqué) est réussi.

    Et l’intrigue dans tout ça? C’est souvent le risque avec ce type de parti-pris expérimental. Heureusement le dessinateur n’est pas seul et a une scénariste relativement expérimentée pour cadrer le tout dans une intrigue à la fois simple, gratifiante en flattant l’imaginaire cinématographique du lecteur et étonnamment grand public. Ainsi l’histoire n’est pas à tiroirs mais se résume en une fuite des deux héros (réussis à la fois dans leur écriture et leur dessin) devant les vagues de mafieux envoyés les dessouder. A côté de cela l’enquête policière avance lentement avec deux poulets pas pressés d’aller farfouiller dans ce qui ressemble à une guerre des gangues. Si Ava Granger est un peu en retrait, le personnage le plus chouette est cet indien Navajo, sorte de Rambo moderne et aussi malin que beau gosse, autour de qui tout tourne. A se demander pourquoi il ne donne pas son nom à la série… Les archétypes 70’s sont là, à base de rouflaquettes, communautés hippies et voitures à la longueur infinie. On retrouve un peu l’esprit du chef d’oeuvre 2018 Il faut flinguer Ramirez avec un vrai gros plaisir de lecture, pour peu que l’on accroche au dessin. Et preuve de la volonté évidente d’aider le lecteur dans le suivi de l’histoire, Isabelle Mercier a ajouté des cases de narration qui nous rapprochent également du format polar. Ce n’était pas indispensable mais ajoute de la couleur de genre à une BD qui le respire.

    Avec une intrigue qui n’ambitionne pas de révolutionner le genre mais assure le spectacle, notamment niveau action, et un dessin particulier mais terriblement lumineux et fascinant, Ava Granger est une belle réussite qui ressemble plus à l’expérimentation de vieux routier de la BD qu’à un premier album. Une des très très bonnes surprises de ce début d’année et peut-être l’une des BD (déjà?) majeure de l’année qui commence.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/01/16/ava-granger-1/

    Shaddam4 Le 15/01/2019 à 14:32:34
    Freaks' Squeele - Funérailles - Tome 3 - Cowboys On Horses Without Wings

    Rien à redire sur la thématique graphique des couleurs, la maquette, tout est formidable, soigné, maîtrisé par l'auteur qui se fait toujours autant plaisir à proposer de beaux objets. En fin d'album un cahier revenant sur les inspirations de la série est proposé, qui éclairera les lecteurs en manque de références. Je noterais simplement à l'usage que finalement le format comics est un peu étroit pour la force des encrages de Maudoux (surtout avec les fonds de page noirs) et qu'Ankama pourrait envisager une fois la série terminée des versions grand format. Ce tome marque la fin du premier arc (sur trois à priori) "Shonen" et est suivi d'un arc "Shojo".

    La guerre civile se met en place, entre Psamatée de la Mantis qui a pris le contrôle du clan de l'Araignée et du Conseil et une résistance qui voit en Pretorius l'héritier de son père, seul à même de redonner la vertu à la république de Rem. L'armée se trouve au cœur de ce conflit à venir et les allégeances se révèlent alors que les deux frères se retrouvent enfin...

    Funerailles est une série particulière, à la fois grand public et très personnelle, reflet d'un auteur qui mets ses tripes, ses passions, ses réflexions dans des albums parfois risqués. C'est sans doute la seule raison pour laquelle un auteur d'un tel niveau graphique n'apparaît pas dans les top des ventes de BD. Pourtant, si Freak's Squeele était destiné à un public Young Adult et gavé de références télé qui pouvait restreindre l'audience, sa série dérivée a tout du blockbuster: un socle mythologique romain, une guerre, des conspiration, des nichons et un zeste de fantastique,...

    Cet album marque une accélération dans l'intrigue avec la résolution de quelques drames installés au premier volume. La famille du héros Spartacus est réunie et rentre en clandestinité pour contrer la menace qui menace les fondations de la République. Le concept de cyclopes est révélé aux lecteurs de même que le fonctionnement des armures directement issues du manga Saint-Seya (référence totalement assumée et détaillée dans le cahier annexe). C'est d'ailleurs l'utilisation non filtrée de ses références par Florent Maudoux qui peut le plus perturber: si la majorité des auteurs digèrent leur culture personnelle pour la réutiliser plus ou moins à bon escient, ici le dessinateur assume sa Bible sans fard, il transpose les chevaliers et leurs armures dans son univers, il insère très explicitement la République romaine dans un univers techno-fantasy et agence sans complexe des armées de dark fantasy, de la technologie rétro-futuriste et l'esprit de caserne des films sur le Vietnam. Cela ajouté à des personnages toujours du côté des Freaks (bien plus que dans la série mère où ce terme s'appliquait plus à des super-héros) et un refus des canons esthétiques classiques (même si la mère et le fils sont des incarnations de l'idéal physique), ce qui sort du shaker est une création qui ne ressemble à nulle autre.

    L'aspect sombre (très sombre) des thématiques mais aussi du graphisme est également un parti pris. Les planches sont bien plus poussées que dans Freak's Squeele avec une gestion de la colorisation et de différentes techniques impressionnante. Maudoux est seul maître à bord et se laisse aller à des expérimentations comme ces séquences de combats de gladiateurs où les cases basculent en noir et blanc tramé (rappel des inspirations manga de son style), rupture visuelle totale et réussie. Le design de l'univers est plein de goût et les maisons seigneuriales issues de l'univers des insectes. C'est glauque à souhait mais diablement esthétique.

    Ce troisième volume n'est ni plus ni moins réussi que les autres, simplement il semble adopter une trame scénaristique plus linéaire, ce qui fluidifie la lecture et permet de se concentrer sur les détails des dessins. Mon grand regret est (je l'ai dit en préambule) que le dessin est trop détaillé pour un tel format et que l'on doit se rapprocher des pages en pleine lumière (ne faites pas l'erreur de lire dans la pénombre, vous rateriez beaucoup) pour apprécier le talent de l'auteur. Mais si vous aimez les dessins encrés, les filles sexy, l'action virile et les combats en armures magiques, les conspirations entre familles nobles... qu'attendez-vous, vous n'en êtes encore qu'au tome 3?

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/01/09/cowboys-on-horses-without-wings

    Shaddam4 Le 07/01/2019 à 15:47:28
    Le caravage - Tome 2 - Seconde partie - La grâce

    A l'occasion de la parution du tome 2 de conclusion de cette histoire dessinée par le maître Manara j'ai entrepris la lecture du double album dans son intégralité. Si j'admire le talent de l'artiste italien, comme beaucoup sa bibliographie m'a déçu et je ne parle que des albums non érotiques. La saga ultra violente de Jodorowsky sur les Borgia dépeignait les mêmes lieux (Rome et l'Italie) un siècle avant où Manara reprenait déjà ses thématiques graphiques à la fois fascinantes et redondantes: la plèbe, les ruines de la Cité, les paysages de l'Italie, la violence et la crudité de la vie. Peu attiré par le sujet je profite de l'occasion pour découvrir un double album apaisé où l'on découvre les mœurs de l'époque mais aussi beaucoup le quotidien artistique, le travail des peintres de la Renaissance que l'on n'a jamais aussi bien vu en action.

    Michelangelo Merisi arrive à Rome en provenance de Milan après une formation dans l'atelier d'un disciple du Titien. Jeune homme fougueux, ambitieux, son talent est rapidement repéré par un cardinal humaniste qui tente de le protéger de son envie de vérité qui le mets en danger face à deux ennemis: l'intégrisme de la foi et les souteneurs des prostituées qu'il utilise comme modèles...

    Les BD sur le Moyen-Age ont ceci de fascinant qu'elles ont souvent un côté naturaliste qui dénote totalement avec les images d’Épinal ou de la Fantasy anglo-saxone. Elles permettent en outre de mettre en lien une vie quotidienne crue et simple avec des œuvres ou événements mis sur des piédestal dans les musées ou narrés par la Geste historique officielle. A ce titre l'album de Milo Manara sur le Caravage ressemble à la magnifique trilogie de Luigi Critone sur François Villon, où l'on retrouvait en outre un style graphique italien de paysages vaporeux (visuels qui inspirent aussi Marini sur sa série Scorpion). Il y a beaucoup de similitudes dans le traitement de ces deux personnages, grands artistes inspirés et hommes simples, soumis à des pulsions violentes qui les entraînent dans des déboires judiciaires. Seule l'admiration de puissants seigneurs humanistes les sauve de leurs démons. La violence des époques, la sexualité et la corruption de sociétés basées sur la force  et la religion sont dépeintes dans ces deux séries.

    Dans Caravage les deux albums sont relativement distincts, et c'est ce qui rend la série intéressante. Si les décors romains occupés par des foules besogneuses ont déjà été illustrés par Manara dans d'autres BD, le second album intitulé "Grâce" (dans l'attente de la grâce judiciaire du Caravage suite à son combat du premier album), se déroule dans le sud, entre les territoires lumineux du château de Malte et les villages de Sicile. Quand le premier volume se situait au cœur du pouvoir et des arts, la suite nous dépeint une société d'ordre militaire, celle des chevaliers de Malte, et montre combien ce monde de la Renaissance tout juste échappé du Moyen-Age est morcelé, éloigné et illustre l'absence de Nation italienne à l'époque. Le découpage est un peu abrupte avec une continuité assez décousue et des deus ex machina qui indiquent que Manara reste un grand dessinateur avant d'être un grand scénariste. Mais l'histoire est intéressante et prends par moment la forme de récits d'aventure et de cape et d'épée de par la propension violente du grand peintre. L'auteur a la bonne idée de ne pas faire de sa série  un précis d'histoire de l'art qui aurait étouffé la vision épique. Avec un premier tome plus porté sur l'acte de création et un second plus aventureux, la lecture s'enchaîne très légèrement.

    Les dessins ne sont pas les plus précis qu'ait réalisés Manara mais son style est toujours aussi clair, esthétique et ses colorisations rendent parfaitement des ambiances toutes particulières, celle des paysages méditerranéens ou des intérieurs du XVII° siècle, avec nombre de citations graphiques de Piranese et d'autres peintres de la Renaissance. La plèbe permet au dessinateur de montrer les belles formes habituelles de ses demoiselles, mais sans excès, restant sur son sujet. Les expressions faciales en revanche sont réellement très percutantes.

    Manara s'est toujours intéressé à la création et l'histoire de l'art (le Giuseppe Bergman critiqué sur ce blog portait déjà sur le sujet). Sa description de l'homme Caravage plus que du peintre permet un récit populaire d'une époque fascinante. Très équilibrée, sa série est probablement l'une des plus intéressantes et accessible de la bibliographie du maître de l'érotisme, associant intérêt graphique, historique et artistique. Il est bien dommage que Glénat n'ait pas anticipé la publication d'une intégrale augmentée pour les fêtes de Noël tant Caravage ferait un très beau cadeau.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/12/26/le-caravage

    Shaddam4 Le 07/01/2019 à 15:25:33

    Le second et dernier volume de la série Jupiter's Legacy, intitulée "le soulèvement" reprend la couverture originale de l'édition US dans une maquette simple mais élégante de Panini. L'album comprend la traditionnelle galerie de couvertures additionnelles en plus d'un carnet de croquis et d'une bio à jour des auteurs. A noter que le coloriste du volume 1 a changé, avec une petite perte de qualité à ce niveau. L'album se termine avec une possibilité de suite et les Millar a produit avec un autre dessinateur un préquel, Jupiter's Circle racontant les aventures de Skyfox, le meilleur ami d'Utopian, sorti entre les deux tomes de la série mère. Le potentiel de l'univers est évidemment gigantesque même si Millar continue rarement ses séries sur de longs arcs.

    La rébellion a sonné pour les descendants d'Utopian décidés à libérer les super-vilains, seuls à même de former une armée pur mettre à bas la dictature de Brandon et son oncle. Parmi eux, Skyfox, le chef des méchants, ancien meilleur ami du fondateur Utopian et accessoirement grand-père de Jason...

    La lecture du premier tome m'avais subjugué, comme c'est souvent le cas avec les scénarii de Mark Millar. Le sentiment d'avoir sous les yeux un album majeur au même titre que son Red son, uchronie plaçant Superman dans un univers soviétique. Si la cesure entre les deux tomes peut surprendre (la coupure chronologique de plusieurs années avec l'arrivée du jeune Jason était intéressante mais aurait pu être placée entre les deux tomes), l'intrigue reste linéaire et passionnante, avec le cadre classique des derniers espoirs contestant un pouvoir dictatorial. La petite faiblesse tient à la moindre surprise, le basculement entre le monde d'avant, celui d'Utopian et celui de son frère se faisant dans le tome précédent. Du coup on attend des surprises du même ordre qui tardent à venir. le principal intérêt repose dans ce volume sur la vérité variable selon le camp que l'on occupe, avec un Skyfox présenté comme le super-méchant qui se trouve être en réalité un simple contestataire de l'ordre établi. Ici la dimension politique qui rend la série passionnante revient en illustrant que ce sont les détenteurs du pouvoir qui déterminent qui est bon et qui est méchant. Avec en petit bonus l'attitude très bad-ass du grand-père de Jason, sa clope au bec et son nihilisme égoïste. En revanche la virulence du propos économique retombe presque totalement et l'on se retrouve avec un comic plus classique, moins sulfureux. Quand Jupiter #1 trouvait l'alchimie parfaite entre l'entertainment graphique virtuose (les inventions délirantes de Quitely sur les pouvoirs) et le pamphlet à la Renato Jones, le deux se contente d'achever ce qui a été lancé. Il est probable que les deux volumes doivent se lire à la suite et devrait être désormais édités en un unique volume comprenant Jupiter's Circle tant la coupure n'est scénaristiquement pas pertinente.

    Hormis ce bémol, cette clôture reste de très haut niveau, avec toujours ce découpage très horizontal du dessinateur écossais qui permet une formidable lisibilité et un dynamisme digne d'un manga. La puissance des explosions, envols, la gestion de la temporalité des cases est affolante et rappelle par moments les jeux graphiques de Trevor Hairsine sur Divinity (les deux illustrateurs britanniques partagent d'ailleurs un style très crayonné et organique). La grands originalité de Jupiter's Legacy, dans un cadre de Super-héros très formaté, repose sur les trouvailles quand aux pouvoirs et effets physiques: la téléportation d'un train en action sur une rangée de soldats, la manipulation mentale ou l'héroïne qui voyage sur les électrons sont des exemples d'idées très motivantes. Le changement de coloriste pose des textures moins subtiles que sur le premier tome, ce qui est dommage, même si la cohérence entre les deux n'est pas remise en question. Le design des héros reste génial et original. On ressent l'envie de changement et la liberté créatrice des auteurs. Cette série est une telle fraîcheur!

    La déception principale après avoir lu cette incroyable réinvention du genre super-héroïque est donc bien la brièveté de ce concept que l'on aimerait voir prolongé sur d'autres arcs. L'alchimie entre le scénario et le graphisme est telle que l'on est déçu de voir tant d'idées qui n'ont pas le temps d'être développées. Je lirais à coup sur Jupiter's Circle par curiosité et vous invite très vivement à vous procurer les deux volumes de Legacy, que vous soyez férus de comics ou novices. Il s'agit d'un grand moment de lecture que l'on a plaisir à reprendre en attendant comme toujours chez Millar, une adaptation ciné qui promet d'être grandiose pour peu que l'équipe parvienne à reproduire ce miracle dessiné.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/12/31/jupiters-legacy-vol-2

    Shaddam4 Le 07/01/2019 à 15:19:40

    Très belle édition intégrale des Arènes, avec une couverture toilée et titre gaufré au vernis sélectif sous une jaquette avec illustration originale. La quatrième est illustré par des vers de Voltaire dans la Henriade. Les trois tomes s'enchaînent comme trois chapitres (sans les couvertures originales des albums). L'ouvrage se termine par un cahier graphique de croquis de  six pages. Très joli travail même si du fait du sujet et du sérieux de la BD j'aurais apprécié une préface ou un texte de contexte historique en accompagnement. L'éditeur pourra toujours prendre cette initiative dans une future réedition.

    Alors que les protestants ont marqué une étape importante dans la guerre civile qui les oppose aux seigneurs catholiques, sous le regard calculateur de la Couronne, le mariage de leur chef Henri roi de Navarre (futur Henri IV) avec la sœur du roi Charles IX va donner lieu à un assassinat planifié des principaux chefs de guerre huguenots à Paris, le 24 août 1572. Ce récit nous rend témoins de ces évènements au travers des yeux d'Elie Sauveterre, un jeune noble dont la famille est impliquée des deux côtés de la religion...

    Je ne suis pas très attiré par les BD historiques classiques de chez Glénat, leur préférant des œuvres plus sombres ou penchant vers la fantasy comme le Roy des Ribauds ou Servitude. Mes très bonnes relations avec l'éditeur Les Arènes (qui publie peu mais globalement de très bons albums sur des projets d'auteurs) me permettent de découvrir cette BD que je n'aurais probablement pas ouvert en librairie. Comme quoi on gagne à sortir de ses habitudes...

    Si Saint-Barthélémy est sorti en trois albums, le découpage et la chronologie des évènements en fait plus un gros one-shot qui mérite grandement d'être lu d'une traite. Une lecture concentrée et rapide tant ce survival est dense et tortueux, comme les ruelles de Paris que le personnage principal parcourt dans tous les sens afin d'accomplir sa mission et échapper aux fanatiques guisards. Pour qui ne connaît pas bien cette partie de notre histoire, le complexe jeu politique entre les membres de la couronne (le roi fou Charles IX d'un côté, son frère guisard et futur Henri III ou la Reine-mère Catherine de Medicis de l'autre), les protestants (Henri de Navarre futur Henri IV) ou les rajouts narratifs du scénariste Pierre Boisserie) pourra paraître très complexe. Pourtant la construction scénaristique et l'intelligence de mettre la focale sur Elie de Sauveterre et le drame familial qu'il découvre permettent au lecteur une lecture agréable qui aide à suivre en parallèle un récit d'action dramatique entrecoupé des débats ciselés dans les chambres du Louvre.

    La grande force de cette BD est de nous mettre en plein cœur d'un des évènements majeurs de l'histoire de France et de l'histoire du christianisme (les Arènes avaient déjà publié une histoire politique de l’Église que j'ai chroniqué ici). La puissance visuelle du film de Chéraud La reine Margot est dans toutes les têtes et il est toujours difficile d'aborder cet évènement sans citer le film. Les auteurs y parviennent en se concentrant sur le témoignage de Sauveterre. L'histoire peut être répartie en trois thèmes: les errements de ce dernier dans Paris et son témoignage des massacres, l'évolution presque heure par heure de cette nuit et des jours qui l'entourent ainsi que les motivations politiques des différents responsables politiques, enfin, pour cadrer le tout, le récit de la fratrie de Sauveterre, répartie entre les trois parties de la BD et dont les révélations expliqueront en partie les décisions d'assassinats. Encore une fois la subtilité des discussions politiques est vraiment remarquable! Si le fanatisme est bien sur au cœur du récit (avec quelques exagérations graphiques de Stalner dans les séquences de foules), tout est politique et l'on comprend vite que la finalité de l'affaire reste bien la prise du trône de France: dans un contexte de guerre civile qui affaiblit la couronne Valois avec un souverain fou sur le trône, dynasties protestantes comme catholiques cherchent à récupérer la dignité royale à l'aune d'une crise majeure.

    Avant de commencer la lecture je ne voyais pas bien l'intérêt d'une BD sur un évènement en particulier. J'ai été détrompé en découvrant une remarquable construction aux multiples points d'intérêt, notamment graphiques. Eric Stalner propose des planches très détaillées avec notamment des visages impressionnants. La colorisation est un atout majeur des planches en apportant élégance et détails à des encrages déjà très maîtrisés du dessinateur. On pourra tiquer sur quelques tics comme ces textures sanglantes omniprésentes même sur les habits des nobles qui n'ont pas quitté le Louvre mais cela participe à une ambiance morbide de folie collective qu'avait déjà fort bien représenté Corbeyran sur son Charly 9. N'ayant rien lu de Stalner précédemment, je découvre un dessinateur confirmé et de caractère. Les quelques faiblesses des arrières-plans ou de décors seront mis à sa décharge sur la quantité de travail de l'ensemble du projet.

    D'une lecture complexe, cette BD donne le sentiment d'un temps suspendu, de minutes de conciliabules politiques en même temps que du déroulement des massacres. Une sorte de théâtre dramatique en trois actes. Un ouvrage maîtrisé de bout en bout, jusque dans le travail d'édition. La portée du projet peut sembler restreinte du fait d'un cadre serré, presque documentaire, mais l'ampleur historique de l'évènement suffit à balayer ces impressions en aboutissant à une BD importante.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/01/02/saint-barthelemy

    Shaddam4 Le 07/01/2019 à 15:12:47

    Dans ce sympathique épisode de Red Sonja (l'alter ego de Conan, créée par Robert E. Howard et vue dans le film Kalidor avec Scwarzie), la guerrière vêtue d'un bikini en écailles de dragon se retrouve transportée à New-York à notre époque du fait d'un portail ouvert par le maléfique sorcier Kulan Gath.  Ce dernier a en effet pris l'identité d'un magnat capitaliste et envisage très naturellement de détruire le monde... Si le scénario, simple mais très bien tenu dans un second degré léger est assez anecdotique, la qualité première de cet album réside dans les dessins de Carlos Gomez, dessinateur argentin talentueux et rare. On est dans un style graphique de l'Ecole hispanique et perso j'adore! Red Sonja est montrée sous toutes les coutures avec sa tenue très aérée, sans que les dessins ne virent dans le vulgaire (la différence entre le fan-service made in USA et le japonais comme chez Boichi). Ça combat, la donzelle est aussi fine que Conan et les interactions anachroniques entre la bourrine amatrice de bibine et les personnages du XXI° siècle souvent drôles. La série est à suivre et le scénario de fantasy, bien qu'improbable, est suffisamment travaillé pour que l'on ait envie de poursuivre... pour peu que les dessins restent à la hauteur. Cet album m'a un peu fait pensé aux albums de Frank Cho genre Shanna. Du coup je vais essayer de dénicher d'autres albums de Gomez, notamment sa série Dago, vraisemblablement introuvable. Si quelqu'un a un filon...

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/01/07/sushi-et-baggles-7

    Shaddam4 Le 07/01/2019 à 14:57:33
    Ninjak - Tome 3 - Opération : au-delà

    Je continue ma lecture de Ninjak un peu dans le désordre (j'avais lu Shadowman intégrale et Rapture à sa sortie et commence juste à comprendre certaines choses). Une chose est certains, Valiant est monté d'un niveau graphique entre ses premières séries et les reboot récents. Ça reste très correcte mais disons que ce ne sont pas les dessins qui vous feront acheter l'album. Dans le troisième volume en forme de crossover Ninjak est envoyé avec Punk Mambo dans le monde des morts pour récupérer La Pie, la nouvelle forme de Shadowman (je ne spoil pas et vous envoie lire l'intégrale avant la nouvelle série à paraître en France en 2019). On a donc quelque chose proche de ce qui est proposé dans Rapture et qui se passe essentiellement de l'autre côté. Ninjak est toujours aussi invincible et un peu trop lisse par rapport à son inspiration (Batman) à mon goût. L'interaction avec la magicienne vaudou et les Loa est très sympa et les épisodes sont entrecoupés par la légende de la Pie. On oubliera la facilité à entrer chez les morts et à s'y promener  pour profiter de la grande réussite graphique du personnage du porteur de Loa. On est donc plus dans l'esprit de Shadowman et j'avais bien aimé cette série, du coup j'ai préféré ce troisième volume aux précédents même si je ne comprend pas pourquoi l'éditeur associe aussi fréquemment le seul héros sans pouvoirs à son personnage le plus magique, les deux univers ne collant pas selon moi. Si vous attendez des combats Ninja et de l'espionnage il faudra repasser.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/01/07/sushi-et-baggles-7

    Shaddam4 Le 07/01/2019 à 14:54:41
    Batman Metal - Tome 3 - Matière hurlante

    Attention, accident industriel! De mémoire de lecteur je n'ai jamais lu un tel effondrement sur une série en trois tomes. Parfois on a une disparition graphique en cours de route (Aquablue, Volunteer, ...). Ici cela ne pose pas réellement de problème puisque l'on est dans un agencement d'épisodes d'un Event majeur de DC. Si Urban a généralement réussi plutôt bien à proposer aux lecteurs français une sélection d'épisodes centraux permettant de lire des Event sans se taper toutes les publications, ici cela a tenu deux volumes avant l'explosion en vol. Mes chroniques des tomes 1 et 2 étaient plutôt enthousiastes malgré et laissaient la possibilité aux lecteurs non habitués à DC de lire les albums. Ici tout devient totalement incompréhensible mais pire, les quelques WTF vus dans les deux volumes précédents semblent devenir la norme. On se pince dix fois pour être sur qu'il ne s'agisse pas d'une liberté de traduction mais la correspondance de l'image ne laisse pas de doute: c'est du grand n'importe quoi! Je ne sais pas si les personnages débiles de cet album existent de longue date dans le catalogue DC mais les auteurs (et pourtant pas des moindres) semblent avoir mis un point d'honneur à ressortir tout ce qu'il y a de plus aberrant chez cet éditeur (entre Starro l'étoile de mer, le singe-Batman ou l’œuf de plastic-man...). Bref, j'arrête ici la mise à mort mais je dois avouer que la déception alliée à l'épuisement de cette lecture m'a vaguement dégoûté de tenter d'autres Event de chez DC... Heroes in crisis me tentait bien. J'attendrais sagement les retours avant de me lancer.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2019/01/07/sushi-et-baggles-7

    Shaddam4 Le 13/12/2018 à 13:07:48

    L’album s’ouvre sur un résumé du contexte historique (très pédagogique) et quelques croquis de Juillard. Je ne trouve pas la couverture particulièrement attirante mais ça reste du Juillard, donc très beau.

    La guerre d’Espagne fait rage, expérimentation de la prochaine guerre mondiale où toutes les idéologies et innovations militaires se confrontent avec le peuple espagnol comme cobayes. Dans ce grand rassemblement de soviétiques, d’anarchistes, de fascistes, de mercenaires internationaux… une histoire d’amour naît entre deux jeunes héros idéalistes et naïfs. Elle est espagnole, lui est russe. Entre le devoir et la passion ils devront faire un choix…

    La Guerre d’Espagne est un sujet récurrent dans la BD et revient fréquemment avec des albums à la qualité variable. Le contexte est en effet passionnant pour peu que les auteurs sachent par quel biais le prendre: simple toile de fonds ou sujet central de l’album? Yann choisit intelligemment de s’axer sur trois compères combattant pour des raisons différentes: un français, un mercenaire américain et un jeune soldat soviétique. En faisant tourner autour d’eux une brochette de personnages historiques (Hemingway), ou servant à développer l’histoire dans l’Histoire il nous emmène dans ce tourbillon complexe où compagnonnage guerrier se confronte à la froideur des calculs politiciens des grandes Nations qui jouent avec cette guerre civile. Ainsi l’intrigue centrale est bien celle de la trahison de Staline, Grand leader du monde communiste jouant à envoyer des renforts matériels aux alliés républicains espagnols pendant qu’il pille l’or de la Nation et lance une purge politique contre tout ce qui ne dépend pas de lui, au risque de renforcer les rangs de la dictature fasciste de Franco (on est trois ana avant le pacte germano-soviétique). Ce point est la principale difficulté de l’album qui est assez complexe du fait du nombre de personnages et des subtilités politiques de l’époque qui pourront noyer les lecteurs peu à l’aise avec leurs bases historiques. Le fait d’utiliser beaucoup de dialogues en espagnol ou en russe (surtout des jurons) participe à cette difficulté à suivre une histoire pourtant simple, intéressante et bien menée. On retrouve là le risque pris par les auteurs puristes comme Bourgeon et son Sang des cerises (mais dont la version album contient bien les traductions des passages en breton).

    Que ce soit sur ses participations à Blake et Mortimer ou dans sa collaboration avec Christin, André Juillard a déjà montré son intérêt pour l’Histoire. Il est toujours surprenant de le voir illustrer des séquences d’action assez efficaces avec sa technique « ligne claire » qui est plus favorable aux environnements contemplatifs comme ce qu’il avait réalisé sur le diptyque Léna. Sachant parfaitement représenter des véhicules, outils et les mouvements anatomiques, le dessinateur arrive donc tout naturellement à rendre les séquences d’action, qu’il s’agisse de bombardements et de la panique qu’ils entraînent parmi les civiles, les poursuites nocturnes en voitures, les combats au fusil sur les toits ou les joutes aériennes. Pour l’aviation on reste bien entendu en deçà de l’autre série de Yann, Angel Wings avec le maître es avions Romain Hugault aux manettes, à l’inverse il reste plus efficace qu’un album proche, le Mattéo tome 4 de Gibrat. Enfin, quel plaisir de voir des personnages aussi clairement repérables, aussi caractérisés et sans jamais aucune « faute de visage ». Les personnages de Juillard vivent, jusque dans le lit avec une scène de nu que l’on ne trouve pas souvent chez cet auteur.

    Double 7 reste un très bon album qui plaira donc beaucoup aux férus d’histoire qui trouveront dans la multitude de références un travail documentaire pointu. Les lecteurs de BD plus classiques pourront se perdre et se raccrocheront à la double histoire d’amitié des trois héros et celle d’amour des deux jeunes gens de la couverture. La chute est du reste un peu obscure quand au message que veut passer Yann et apporte une vision assez sombre de cette guerre. Et pour ceux qui hésitent, le fait de lire un nouvel album de maître Juillard suffira à rompre ces éventuelles réticences. Plaisir des yeux comme on dit!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/12/12/double-7/

    Shaddam4 Le 07/12/2018 à 13:43:07

    Texas Jack est un album prequel au Sykes du même duo sorti en 2015. Beaucoup plus gros que son prédécesseur, il jouit d'une illustration de couverture tout aussi réussie. Pas de bonus pour l'édition classique, seulement une courte bio des auteurs en fin d'ouvrage, comme dans tout album Signé. L'édition n&b comporte un cahier graphique.

    L'Ouest s'est construit sur l'aventure, mais aussi sur l'alliance de bandits et de capitalistes désireux de s'accaparer pouvoir et territoires à moindres frais. Ainsi a été lâchée la bande de Gunsmoke, terrifiants assassins, horde sauvage incontrôlable ravageant les terres des pionniers. Pour arrêter son chien, le gouvernement a besoin d'un héros, Texas Jack, plus connu pour ses aventures de feuilletons que pour le combat de sang. L'acteur de cirque va pourtant se retrouver au cœur de l'action, où il rencontrera un Marshall lui aussi lancé aux trousses de Gunsmoke...

    Je n'aime pas Blueberry... je suis plus Sergio Leone et Peckinpah qu'Hawks, plus western crépusculaire ou spaghetti que classique. Du coup j'ai toujours eu un peu de mal avec le western en BD. Sans doute un effet générationnel et la technique des couleurs de l'époque qui ne permettaient pas de profiter des encrage comme il aurait fallu. Je me souviens du très beau one-shot de Guerineau, Après la nuit paru discrètement il y a quelques années, ou plus loin le diptyque mythique 500 fusils/Adios Palomita mais globalement les séries western ne m'ont jamais vraiment inspiré. En 2015 pourtant deux albums fort remarqués paraissent. Sykes à pâti de la concurrence avec l'Undertaker de Meyer et Dorison. Pourtant Dimitri Armand est de la même école que Meyer, avec peut être moins de proximités avec le maître Giraud mais des encrages tout aussi puissants.

    Je me dois de rectifier tout de suite une erreur probable: non, Texas Jack n'est pas l'album des débuts du Marshal Sykes. Il s'agit bien d'un projet distinct et c'est ce qui fait toute sa force (et vaguement inspiré d'un personnage historique). Ce n'est ni le succès de leur précédente collaboration ni l'appât du gain qui les ont poussé vers ce qui aurait pu être une démarche commerciale. En fait cet album vient d'une envie de refaire un western, grand format, en prenant le temps de montrer les grands espaces, les chevauchées interminables, la nature et les relations humaines de cet alliage improbable d'artistes et de gunmen. L'existence de Sykes leur permet d'introduire quelques personnages connus mais ils ne sont aucunement au cœur de l'intrigue et restent même plutôt périphériques. Une sorte de coloration permettant de bâtir un univers étendu.

    Cela permet en outre d'alléger une intrigue longue de 120 pages, un travail de forçat pour Dimitri Armand dont le trait s'affine depuis la première aventure du Marshal et dont les détails d'arrière-plans et la mise en couleur me font préférer sans hésitation la version classique au collector N&B. Du statut de jeune auteur prometteur il intègre aujourd'hui le groupe de tête des héritiers de Vatine et Lauffray, de ces dessinateurs visuels et encrés. Je le dis avec d'autant plus de plaisir que son incursion chez Bob Morane m'avait déçu, y compris graphiquement. Sa partition est absolument parfaite, et l'on passe un moment magnifique que l'on ne voudrait pas voir terminer dans ces décores du grand Ouest, dans ces nuits d'orage où la maîtrise d'Armand donne toute sa force, dans ses visages bien sur qu'il semble pouvoir manipuler à sa guise. Son trait a une élégance folle, ses teintes sont extrêmement agréables et le dessinateur se laisse parfois (sagement) aller à quelques outrances visuelles que l'on adore mais qui doivent rester discrètes et au service de l'action.

    De l'action il y en a finalement peu dans Texas Jack qui reste plus une buddy story très intelligemment scénarisée et moins sombre et violent que Sykes. Démarrant dans le bruit et la fureur d'un méchant terriblement charismatique et abominable, l'on se surprend à attendre tout l'album la ou les confrontation(s)... De la même manière que Sykes est discret, Gunsmoke est absent pour que l'attention se concentre sur ce bellâtre de Texas Jack et ses amis pas si branquignoles qu'il n'y paraît. Le groupe apporte tantôt sensualité, tantôt humour et complicité en vivant sur les planches de l'album. Le lecteur est tenu en haleine de promesses qui tardent à venir, surpris tout le long d'avoir ce qu'il n'attend pas. Du coup la conclusion est un poil rapide et décevante mais se prolonge heureusement sur une sorte d'épilogue qui, encore une fois confirme où se situe le cœur de ce récit, celui du héros éponyme au cœur brisé.

    Texas Jack c'est finalement plus du Howard Hawks que du Spaghetti. Et j'ai adoré cette itinérance en cinémascope, aux personnages aussi réussis graphiquement que dans leur écriture, où tout semble limpide et cohérent. La barre graphique était très haute et Pierre Dubois parvient à hisser son texte aussi loin. Vraiment merci pour ce moment de western et revenez quand vous voulez!

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    Shaddam4 Le 07/12/2018 à 13:41:45

    Ceux qui restent part du principe du "et si...", ce que les américains appellent l'elseworld ou encore l'envers du décors (que l'on trouvait dans le plutôt réussi Fairy Quest d'Umberto Ramos): que se passe-t'il pendant que les enfants aventuriers partent en volant, la nuit, vers les pays imaginaires, emportés par des créatures magiques? Pendant qu'ils vivent des aventures qui leur font oublier leurs parents, leur quotidien? Je dois dire que l'idée est assez géniale en ce qu'elle retourne totalement le concept de Peter Pan (et son interprétation psychanalytique) et s'intéressant aux parents et en faisant des enfants à la fois des monstres d'égoïsme et des victimes de leur crédulité. Car pendant leur absence les parents se morfondent, la police enquête sur la disparition et le temps s'écoule. La vie est infernale, l'attente d'autant plus dure que le regard des autres empli est de suspicion pour expliquer l'inexplicable. Et le retour, ponctuel mais régulier, de l'enfant en joie de raconter ses passionnantes aventures contraste avec la déprime qui gagne ceux qui restent...

    Cet album est techniquement très réussi, son propos essentiellement en narration fait ressentir durement l'absence et l'épreuve de l'inconnu pour les parents. Le dessin à la fois simpliste et très maîtrisé, notamment dans les cadrages en plans larges et le découpage très aéré et horizontal, fait ressentir le temps qui passe, la pesanteur. C'est pourtant toute cette pesanteur qui m'a fait décrocher. Cet album est une dépression de 120 pages, pourtant joliment coloré mais vraiment pesant et sans espoir. Il semble que les auteurs ont voulu prendre le revers des contes, atteindre une noirceur à l'échelle du merveilleux des pays des rêves. Et franchement on ne comprend pas pourquoi proposer une histoire si nihiliste. C'est la même raison qui m'a dépité sur le pourtant acclamé Ces jours qui disparaissent. J'aime les ambiances sombres, les histoires barbares, éventuellement les bad-ending. Mais une intrigue totalement tournée vers le noir, je passe mon chemin.

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    Shaddam4 Le 07/12/2018 à 13:36:19
    XIII - Tome 13 - L'enquête - Deuxième partie

    Cela fait 20 ans que la première partie de l'album spécial sous forme d'enquête journalistique autour des aventures de XIII est sorti. Vingt ans que les auteurs ont échoué à clôturer magistralement en 13 tomes une des saga les plus mythiques de la BD franco-belge. Je ne reviens pas sur les raisons commerciales qui ont poussé trop loin Jean Van Hamme. Pour beaucoup les aventures de XIII se sont arrêtées avec Rouge total, voir une poignée d'albums plus loin. Après un double album en forme de chant du cygne pour le prolifique scénariste belge (avec Jean Giraud en guest) l'Enquête restait en suspens. Entre temps un nouveau cycle avec nouveau scénariste et nouveau dessinateur a été adopté par une nouvelle génération de lecteurs. La question de la parution de cette seconde partie se pose donc. D'autant plus lorsque l'on lit ce qui ressemble plus à un recueil de notes perso du scénariste originel sur ses personnages pour ne pas s'y perdre. Les quelques planches de BD semblent hors sol, sans but. Les rappels biographiques des personnages de la série sont relativement mal écrits et inintéressants. Soit on a lu la saga et c'est inutile, soit on ne l'a pas lue et on  peut éventuellement avoir envie de la lire après cet album. On a ainsi la furieuse impression d'avoir droit à un dossier de presse payant, avec bien peu de matériau original, très peu d'illustrations nouvelles (surtout des vignettes prises dans les albums de la série) et aucun travail de mise en cohérence. Ce qui aurait pu être pensé comme un ultime cadeau un peu luxueux et nostalgique de maître Van Hamme à ses lecteurs échoue un peu piteusement, en ne parvenant même pas à lancer une éventuelle intrigue autour du journaliste. Au final je déconseille cet album à la plupart des lecteurs, hormis peut-être les fans hard-core qui voudront absolument rassembler les deux parties de l'Enquête...

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    Shaddam4 Le 07/12/2018 à 13:34:25

    Joli objet aux couleurs douces et au regard tendre des auteurs sur un personnage, français moyen qui réagit le plus simplement du monde à l'arrivée des extra-terrestres. Il y a un peu du Tim Burton de Mars Attacks dans cette vision d'E.T. faits de scaphandres métalliques directement issus des visions kitsch de la SF des années 50. Sauf qu'ici les psychopathes criard laissent la place à de gentils observateurs ethnologues qui renvoient à ceux de Duval dans son Renaissance. Disquaire dépressif, le personnage principal est d'abord soupçonneux de ces gens étrangers puis entreprends de montrer la vie moyenne d'un humain moyen: les crises de couple, le sexe, la musique, l'art... On sent un esprit de court métrage animé dans ce petit album très vite lu et qui manque sans doute un peu de substance. Mais la lecture reste agréable, on sourit et profite de la jolie palette d'Obion qui maîtrise ses planches malgré un style désuet qui fait par moment penser à Colas Gutman, l'auteur de Chien pourri.

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    Shaddam4 Le 07/12/2018 à 13:32:56
    Méta-Baron - Tome 4 - Simak le Transhumain

    Du premier cycle de cette nouvelle saga ressortait l'incroyable dessin de Valentin Sécher et une intrigue sympa qui laissait le grand héros galactique un peu de côté. Je craignais beaucoup le changement de dessinateur, l'écart entre Henrichon et Sécher étant assez rude.

    L'univers est en fin de course, les galaxies entrent en collision, montrant à l'humanité son destin. Le nouvel empire Techno-Techno refuse de voir arriver la fin, aveuglé par sa quête de l'Epiphyte, substance primordiale qui daterait d'avant la Création... Alors que le Méta-Baron accepte avec son nihilisme habituel le sort de l'univers, un étrange néo-cardinal est envoyé en mission secrète pour éliminer l’adversaire du Techno-Pape. Mais la rencontre entre les deux personnages ne va pas se dérouler comme prévu...

    Je dois dire qu'encore une fois je suis agréablement surpris par le traitement du scénariste Jerry Frissen qui parvient à développer l'intrigue générale en se raccrochant à la genèse de la Caste des Méta-Barons (jusqu'à reprendre des scènes entières redessinées par Henrichon) pour développer l'intrigue dans un univers connu mais vers un horizon à la fois logique et intéressant. Il est toujours risqué de faire évoluer un personnage aussi iconique et monolithique que le Méta-Baron et je dois dire que Frissen a le grand mérite de ne pas ressentir l'ombre du créateur et d'agir avec une grande liberté en même temps qu'une bonne connaissance de ce monde. Si le scénario se trouve débarrassé des tics de Jodorowsky (cela apporte un soupçon de subtilité), il reste très cohérent avec les personnages de cet univers immonde. Ainsi lorsque le Méta-Baron décide de renoncer à sa semi-immortalité et succombe aux plaisirs de la chaire le fait est accepté simplement par le lecteur comme une thématique crédible. La violence du premier cycle s'estompe pour plus de sensualité, bien que les dessins d'Henrichon ne s'y prêtent guère.

    Le dessinateur canadien (qui avait produit l'excellent Pride of Bagdad) rends une partition très correcte, plutôt réussie pour ce qui concerne les décors, vaisseaux et environnements spatiaux (qui sont une part importante de cet univers visuel), moins pour les personnages. Là où Sécher excellait justement dans ces visages très expressifs où chaque personnage était très caractérisé, son successeur est moins à l'aise et doit "habiller" ces derniers pour les distinguer. Il n'y a pas grand chose à reprocher au dessinateur qui rends deux albums très sérieux... simplement son style est relativement banal et ne permet pas de hisser ce Space-Opera là où il pourrait être.

    Ce que j'ai apprécié dans ce cycle c'est une réelle ouverture par rapport à un premier diptyque qui se contentait de proposer simplement un nouvel adversaire au Méta-guerrier. Le thème de l'amour parcourt tout le cycle de la Caste et nécessitait de revenir habiter l'univers du Méta-Baron. Le thème de l'Epiphyte également est développé, renforçant le lien déjà très fort entre le monde du Méta-Baron et Dune (et son Epice). Si le premier tome est un peu poussif, le second est très réussi en révélant de nouveaux personnages et en rendant intelligemment le héros de nouveau vulnérable, permettant de développer un "drama". Un changement dans la linéarité, un adversaire efficace, un héros vulnérable, une perspective énorme à l'échelle galactique, tout est réuni pour relancer la machine du Méta-Baron. Le format en trois cycles de deux tomes est parfait pour conclure cet univers, en espérant que l'éditeur sache refermer définitivement la saga du personnage en résistant aux sirènes des lecteurs et de l'argent.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/12/07/meta-baron-cycle-2

    Shaddam4 Le 07/12/2018 à 13:32:38
    Méta-Baron - Tome 3 - Orne-8 le Techno-Cardinal

    Du premier cycle de cette nouvelle saga ressortait l'incroyable dessin de Valentin Sécher et une intrigue sympa qui laissait le grand héros galactique un peu de côté. Je craignais beaucoup le changement de dessinateur, l'écart entre Henrichon et Sécher étant assez rude.

    L'univers est en fin de course, les galaxies entrent en collision, montrant à l'humanité son destin. Le nouvel empire Techno-Techno refuse de voir arriver la fin, aveuglé par sa quête de l'Epiphyte, substance primordiale qui daterait d'avant la Création... Alors que le Méta-Baron accepte avec son nihilisme habituel le sort de l'univers, un étrange néo-cardinal est envoyé en mission secrète pour éliminer l’adversaire du Techno-Pape. Mais la rencontre entre les deux personnages ne va pas se dérouler comme prévu...

    Je dois dire qu'encore une fois je suis agréablement surpris par le traitement du scénariste Jerry Frissen qui parvient à développer l'intrigue générale en se raccrochant à la genèse de la Caste des Méta-Barons (jusqu'à reprendre des scènes entières redessinées par Henrichon) pour développer l'intrigue dans un univers connu mais vers un horizon à la fois logique et intéressant. Il est toujours risqué de faire évoluer un personnage aussi iconique et monolithique que le Méta-Baron et je dois dire que Frissen a le grand mérite de ne pas ressentir l'ombre du créateur et d'agir avec une grande liberté en même temps qu'une bonne connaissance de ce monde. Si le scénario se trouve débarrassé des tics de Jodorowsky (cela apporte un soupçon de subtilité), il reste très cohérent avec les personnages de cet univers immonde. Ainsi lorsque le Méta-Baron décide de renoncer à sa semi-immortalité et succombe aux plaisirs de la chaire le fait est accepté simplement par le lecteur comme une thématique crédible. La violence du premier cycle s'estompe pour plus de sensualité, bien que les dessins d'Henrichon ne s'y prêtent guère.

    Le dessinateur canadien (qui avait produit l'excellent Pride of Bagdad) rends une partition très correcte, plutôt réussie pour ce qui concerne les décors, vaisseaux et environnements spatiaux (qui sont une part importante de cet univers visuel), moins pour les personnages. Là où Sécher excellait justement dans ces visages très expressifs où chaque personnage était très caractérisé, son successeur est moins à l'aise et doit "habiller" ces derniers pour les distinguer. Il n'y a pas grand chose à reprocher au dessinateur qui rends deux albums très sérieux... simplement son style est relativement banal et ne permet pas de hisser ce Space-Opera là où il pourrait être.

    Ce que j'ai apprécié dans ce cycle c'est une réelle ouverture par rapport à un premier diptyque qui se contentait de proposer simplement un nouvel adversaire au Méta-guerrier. Le thème de l'amour parcourt tout le cycle de la Caste et nécessitait de revenir habiter l'univers du Méta-Baron. Le thème de l'Epiphyte également est développé, renforçant le lien déjà très fort entre le monde du Méta-Baron et Dune (et son Epice). Si le premier tome est un peu poussif, le second est très réussi en révélant de nouveaux personnages et en rendant intelligemment le héros de nouveau vulnérable, permettant de développer un "drama". Un changement dans la linéarité, un adversaire efficace, un héros vulnérable, une perspective énorme à l'échelle galactique, tout est réuni pour relancer la machine du Méta-Baron. Le format en trois cycles de deux tomes est parfait pour conclure cet univers, en espérant que l'éditeur sache refermer définitivement la saga du personnage en résistant aux sirènes des lecteurs et de l'argent.

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/12/07/meta-baron-cycle-2

    Shaddam4 Le 26/11/2018 à 18:28:56
    Les chefs-d'œuvre de Lovecraft - Tome 1 - Les montagnes hallucinées - Tome 1

    Ce manga montre combien un bon travail d'édition met le lecteur dans d'excellentes conditions avant même d'entamer la lecture. Un peu comme une belle illustration de couverture... Ki-oon a sorti la grosse artillerie avec une superbe couverture simili-cuir en effet gravure. Une court bio de l'auteur et de Lovecraft, une introduction au roman original At the mountains of madness, un sommaire et quelques citations en anglais de nouvelles d'Edgar Poe (dont Arthur Pym) pour mettre dans l’ambiance. L'édition respire le respect et mérite un Calvin. Qu'en est-il du manga lui-même?

    En 1930 une très importante expédition de l'Université Miskatonic part pour l'Antarctique, équipée d'avions et du matériel dernier cri. Ils vont étudier la géologie et la biologie d'un continent découvert mais pas encore exploré. Très vite les découvertes apportent des révélations improbables au niveau des datations et l'ambition de l'une des têtes de l'expédition pousse à séparer les équipes. Lorsque l'équipe Lake ne donne plus signe de vie après le passage d'une redoutable tempête le reste des hommes part à leur secours et vont découvrir l’indicible...

    Gou Tanabe n'a pas une grosse bibliographie mais a commencé à se spécialiser depuis quelques temps dans les adaptations de classiques, dont Lovecraft.  Il n'est pas le plus technique ni le plus impressionnant des dessinateurs japonais. Pourtant son style réaliste colle avec l'atmosphère résolument classique qui sied aux histoires d'aventures fantastiques de l'époque. La première approche est décevante tant le dessin semble avoir été vu mille fois et le récit d'expédition antarctique nécessite un plus graphique ou scénaristique pour se démarquer. Le rythme des histoires fantastiques est progressif. Celui des Montagnes hallucinées également: après une longue mise en place à la lecture difficile du fait de l'utilisation de trames grossières et du manque de précision du dessin, les premières accélérations de l'intrigue ouvertes par la découverte de strates géologiques à la datation impossible font monter la tension et le rythme cardiaque du lecteur... qui ne décroche plus jusqu'à la fin. Le prologue avait annoncé l'horreur. L'intérêt du manga repose sur l'accumulation de découvertes toutes plus improbables les unes que les autres. Le principe du hors champ et du jeu sur l'anticipation du lecteur fonctionne très bien: l'auteur déroule cliniquement les découvertes des scientifiques et le lecteur s'attend à chaque page à voir surgir un monstre...

    Le mythe de Cthulhu est toujours aussi fascinant dans son jeu des impossibilités scientifiques entraînant à la folie. Dans ce premier tome il n'est pourtant pas question de déviances mentales puisque jusqu'à la découverte macabre du campement (totalement gore et horrible) nous ne faisons face qu'à des constatations rationnelles. L'équipe reste au pied des Montagnes de la folie, que l'on abordera dans un second volume.

    Étrangement les limites du dessin de Tanabe, qui posent problème sur les premiers chapitres, apportent un plus dès l'arrivée des Anciens. L'impossibilité physique à représenter ces êtres indicibles (j'adore le vocabulaire hypertrophié de Lovecraft!) est très bien reprise par des dessins sombres, présentant des enchevêtrements impossibles à comprendre visuellement. C'est perturbant mais sert totalement le propos; on imagine dès les pages montrant par mirage la cité cyclopéenne ce que sera le tome deux.

    Très respectueux de l'oeuvre originale (sans doute trop), Gou Tanabe sait faire tenir la tension de son scénario en montant progressivement vers l'horreur brutale. Avec un dessin plus précis et moins sombre l'on aurait gagné en qualité mais l'ouvrage réussit à être une très bonne illustration du texte de Lovecraft et fascine lorsqu'il s'agit de représenter ces Anciens.

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/26/les-montagnes-hallucinees-1

    Shaddam4 Le 26/11/2018 à 18:26:26

    La trilogie Divinity était un objet scénaristique fascinant, plaçant dans un cadre classique de superhéros et de création d'une mythologie des thématiques passionnantes que sont la création (du scénariste, du Divinity), le livre, le temps. Eternity, qui est la suite directe, propose une prolongation et une ouverture: aux confins de l'univers, l'Observateur gardien de l'équilibre du temps a été assassiné. L'univers court à sa perte. Dans le même temps l'enfant de Divinity et Myshka a été enlevé, obligeant le couple divin à se lancer à sa poursuite, découvrant des mondes colorés aux lois nouvelles, aux gardiens les questionnant sur leur rôle et leurs pouvoirs infinis. Si Divinity abordait la question du temps et des réalités, dans Eternity les auteurs se font plaisir à développer des mondes fantasmagoriques permettant une liberté créative totale (avec quelques idées un peu old school tout de même...), tout en restant au service d'une idée maîtresse exigeante. Il achève la réflexion lancée précédemment, sur la création (l'enfant, déjà), sur la liberté de l'individu dans un univers codifié et réglementé (l'observateur) et sur le rôle de la lecture dans l'imaginaire d'Abram, le héros divin, sage, que seul sa conscience et son imagination (son enfance passée dans les livres de science fiction comme écho au scénariste Matt Kindt) permettent d'orienter sur un chemin vertueux ou mortel.

    Eternity est un magnifique album one-shot, introduit par un superbe prologue de Renato Guedes (vu sur X-O  Manowar #2) permettant de se dispenser de la lecture de Divinity, puis dessiné par l'excellent et très organique Trevor Hairsine. Un ouvrage à part, intelligent qui fait s'interroger sur l'idée de création artistique.

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/24/sushi-et-baggles-5

    Shaddam4 Le 26/11/2018 à 18:25:20
    Ajin : Semi-Humain - Tome 12 - Tome 12

    Ajin est définitivement l'héritier de la série mythique Akira (et publié chez le même éditeur au japon comme en France). Les influences sont nombreuses tant dans le dessin de Gamon Sakuraï, d'une précision et d'une nervosité directement issues du dessin d'Otomo que dans les thématiques et la vision très moderne d'un conflit géopolitique faisant du Japon le centre d'une crise majeure. Ce qui fait la puissance d'Ajin c'est sa radicalité, son ambition: Sakuraï dépeint rien de moins que la plus grosse attaque terroriste de l'histoire, une véritable guerre intérieure menée par l'un des méchants les plus réussis de l'histoire de la BD en la personne de Sato qui vise à bouleverser les relations entre humains et Ajin (thème des X-men...). Ce machiavélique bonhomme semble inarrêtable et l'auteur rivalise d'ingéniosité en exploitant la rupture scientifique apportée par l'apparition des Ajin pour livrer des séquences d'action et de suspens rarement vues en BD! Chaque tome s'enchaîne à une vitesse frustrante en étant autant un plaisir visuel que cérébral. Ce douzième volume (la publication française suit de très près la publication japonaise) poursuit la sidérante attaque de la base militaire par Sato et l'on jubile à chaque action de ce génie du crime. L'intrigue avance peu mais quel plaisir! Ajin est une série obligatoire pour tout amateur de Manga, tout simplement.

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    Shaddam4 Le 26/11/2018 à 18:22:19
    Lazarus - Tome 5 - Génocide programmé

    L'intervention de Forever dans la guerre a été décisive mais a entraîné son incapacité à être déployée sur d'autres opérations et surtout a provoqué une rupture psychologique suite à l'arrêt des prises des drogues qui la conditionnaient. Alors que Johanna dirige les opérations d'une main de fer, l'équilibre entre les familles est bouleversé par la destruction de certaines et l'utilisation des lazares des alliés de Carlyle dans la guerre.

    On sent qu'un cycle s'achève et que la nouvelles situation mise en place au cours de ces cinq volumes permettra de développer la suite avec des personnages plus stables. Ce que je reprochais en début de série est donc partiellement résolu et ce monde en guerre est plus passionnant que jamais avec des interactions inter et intra familiales, le chaos psychologique du personnage principal et cette SF d'anticipation tout à fait géniale. Le parallèle avec Game of Thrones est plus pertinent que jamais, ces séries incarnant notre époque au pessimiste très ancré. La suite mettra-t'elle un peu de légèreté dans l'intrigue? Rien n'est moins sur vue la conclusion barbare de ce tome...

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    Shaddam4 Le 22/11/2018 à 14:35:47

    Traitement habituel chez Bliss: descriptif du contenu et crédits et début d'album, galerie de couvertures et analyse de la répartition du travail entre scénariste, dessinateur, encreur et coloriste en fin d'album. Très jolie couverture "sauvage" qui montre le talent de Lewis Larosa...

    Il y a quinze ans un avion privé s'écrase sur une île déserte. A son bord la famille d'une célébrité du football. Et sur l'île, une faune sauvage... des dinosaures, mais pas que!

    Savage n'aurait pu s'intituler autrement tant l'ensemble du projet est porté par le titre. Avec les deux talentueux dessinateurs habitués de Valiant Lewis Larosa (Bloodshot Salvation) et Clayton Henry (Harbringer wars), Bliss nous propose avec  ce faux one-shot - une suite est annoncée en fin d'album - un exercice de style pour l'enfant qui subsiste dans ces dessinateurs et leurs lectures pulp d'alors... Cet album est la variation de Valiant du thème "dinofighting" ou celui de la terre intérieure qui a fait les beaux jours des BD pulp de la première moitié du XX° siècle et du Shanna de Frank Cho. 

    L'histoire est simple et (comme souvent chez Valiant) alternée entre maintenant et avant qui permet de changer de dessinateur. Le trait classique et élégant de Clayton Henry appuie la relative normalité du début et le sentiment de contrôle, et tranche avec les sections de son comparse, utilisant allègrement un découpage atypique pour illustrer la violence, la sauvagerie, la folie du jeune survivant devant déployer d'autant plus de rage pour compenser sa nature humaine face aux féroces reptiles. L'album Rocher Rouge critiqué récemment utilisait également cette technique classique du thème du naufragé sur une île (pas) déserte sur une d'un basculement progressif de la normalité à l'horreur. Le gros point fort de cet album est donc sa partie graphique, vraiment impressionnante, tant par le style des auteurs que par leur capacité à s'adapter pour exploiter totalement le média BD pour transcrire une ambiance qui se passe souvent de dialogues. Les scènes de combat du héros contre les dino sont réellement impressionnantes de dynamisme et de rage, notamment via des cases au détour indispensable au dessin. Je découvre Lewis Larosa après Bloodshot et je crois qu'aucun dessinateur ne m'a autant impressionné dans son découpage depuis Olivier Ledroit.. Le principal regret est que le tome soit si court et ne permette pas de développer la vie sur l'île, l'utilisation des dinosaures (certains passages rappellent le mythique Gon). La partie post-apo avec les hommes est un peu plus faible mais permet une ouverture sur la suite qui permettra de donner une vraie stature à ce projet en le sortant du seul plaisir coupable de dessinateurs qui jouent avec leurs jouets.

    Cet album (un peu court) est donc une vraie réussite, sans grande ambition mais qui parvient grâce à une intrigue simple et un découpage général très talentueux à donner de l'enjeu à cette chasse continue et se paie le luxe de poursuivre le jeu, avec on l'espère, la même équipe aux manettes!

    *Un colloque a eu lieu en 2015 et donné lieu à un magnifique article sur le thème du dinosaure dans l'imagerie populaire, avec des centaines d'images et références: https://dejavu.hypotheses.org/2423

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/09/savage-1

    Shaddam4 Le 22/11/2018 à 14:25:16

    L'illustration de couverture est jolie, colorée et explicite sur le contenu de l'album. Elle est composée comme une affiche de cinéma et c'est efficace. L'album comprend un gros dossier documentaire très essentiel (comme dans toute BD documentaire) en fin de volume, permettant de tisser un lien entre la BD et l'Histoire tragique de cette île martyr.

    A la moitié du XIX° siècle les premières déportations de pascuans (habitants de l'île de Pâques) ont lieu pour en faire une main d’œuvre corvéable dans l'extraction du guano sud-américain. Après cela les prêtres entament l'évangélisation d'une communauté réduite à la portion congrue. Alliance de colonisation, de conquête religieuse et d'aventures capitalistes, c'est l'histoire de la disparition d'un peuple qui nous est relatée...

    Didier Quella-Guyot aime les îles et les connaît. Du Facteur pour femmes (île bretonne) à Papeete (Tahiti) ou sur le très bon Ile aux remords avec son compère Sébastien Morice, il aime à nous faire revenir dans ces terres aux cultures fortes et soumises aux soubresauts de l'Histoire, souvent coloniale. Ici c'est à une histoire largement méconnue qu'il nous convie en compagnie de Manu Cassier et son trait simple qui rappelle la BD jeunesse mais permet une grande lisibilité des planches et de superbes couleurs. De l'île de Pâques l'on connaît les Moaï, ces géants de pierre qui ne seront que très peu abordés dans l'album. Ce n'est pas le mystère de cette civilisation perdue qui intéresse les auteurs mais bien le processus brutal et semblant tellement facile d'acculturation et d’exploitation des indigènes par un système capitaliste allié de circonstance à l’Église.

    L'histoire est découpée en trois parties agrémentées d'un prologue relatant les razzias sud-américaines qui ont dépeuplé l'île et d'une épilogue. Les annexes proposent un résumé de l'histoire des pascuans au XIX° siècle par Didier Quella-Guyot, une biographie rapide des protagonistes historiques et un texte sur Pierre Loti (qui apparaît dans l'album), ses carnets de voyage et des reproductions de gravures de l'époque illustrant les récits de voyage. Cette structure très didactique permet une lecture facile et de s'intéresser à un drame connu car malheureusement commun à bon nombre de peuples dits primitifs au XIX° siècle, que ce soit en Afrique ou dans les Îles. L'on comprend combien la faiblesse de ces population a permis à quelques pauvres prédicateurs de leur imposer une religion dont ils n'avaient pas besoin et comme cette petite terre n'a été pour beaucoup de blancs  - dont cet aventurier qui se fit proclamer Roi de l'île - qu'une ressource gratuite pour leurs projets personnels. Le plus intéressant dans ce récit est l'histoire de cet homme, enfiévré de navigation et terrorisé à l'idée d'être enfermé dans une affaire en France avec femme et enfants et qui s'imposa par la force, se maria à une fille d'ascendance royale avant de s'autoproclamer seigneur de ce caillou perdu au cœur du Pacifique et que bien peu souhaitaient lui contester.

    Le dessin accompagne cette narration de façon élégante. L'illustrateur n'est pas un virtuose mais sa maîtrise des plans et découpage est remarquable et la mise en couleur donne une lumière très agréable en évitant de sombrer dans le misérabilisme. Car cet album se veut plus un récit d'histoire qu'un pamphlet, adoptant un ton relativement neutre, factuel, ne cachant rien des exactions mais restant classique dans son propos. Le sentiment d'impuissance qui reste après cette lecture nous rappelle combien le rouleau compresseur de la colonisation a causé de ravages de par le monde et le fait de poser des images sur ces drames est salutaire en nous forçant à regarder à hauteur d'hommes ce que l'on apprend dans une Histoire souvent par trop extérieure.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/11/esclaves-de-lile-de-paques

    Shaddam4 Le 22/11/2018 à 14:22:17
    Renaissance (Duval/Emem) - Tome 1 - Les Déracinés

    Fred Duval est le grand Manitou de la SF d'anticipation. Depuis des années il propose régulièrement des ouvrages et des séries qui sont toujours rattachées à l'histoire ou au principe même de l'anticipation et de son "et si...". Uchronies, dystopies, anticipation sont des variantes d'un principe: utiliser des variations pour parler d'aujourd'hui.

    C'est ce qu'il fait dans sa nouvelle série (courte) avec le dessinateur de la saga Carmen Mac Callum, le talentueux Emem (qui a remplacé Gess, dessinateur d'origine). La couverture vraiment réussie et intrigante a beaucoup fait parler d'elle et la communication efficace (avec une couverture au texte "extra-terrestre" par exemple) donne très envie de savoir ce que sont ces extra-terrestres.

    Le travail de préparation graphique est conséquent. Ce n'est jamais évident en SF tant le mauvais goût et le déjà-vu peuvent très vite pointer le bout de leur nez... Ici pas de faute de goût même si le choix assez classique d'un univers E.T. très coloré peut paraître facile. Le projet étant une BD SF grand public les auteurs n'ont vraisemblablement pas cherché à déranger mais plutôt à assurer un design classieux, aidé par la jolie patte du dessinateur. Le plus intéressant visuellement repose sur la science des visiteurs et notamment les vaisseaux asymétriques.

    Le grand intérêt de cet album est de nous proposer à la fois une inversion (les humains sont colonisés en tant qu'êtres inférieurs) et une projection de l’interventionnisme onusien et occidental sur notre monde actuel. Dans une Terre dévastée par les catastrophes climatiques issues (on ne suppose) de l'action débridée du capitalisme industriel et mercantile, une civilisation supérieure vote l'intervention (dans le cadre d'un protocole très stricte), afin de sauver la civilisation humaine car elle dispose d'un élément particulier qui pourrait enrichir toutes les espèces: la capacité artistique des humains. Ce premier tome est très linéaire bien qu'il superpose l'intrigue en cours avec un long flashback expliquant comment le protagoniste extra-terrestre en est venu à participer à ce corps expéditionnaire.

    Le contexte planétaire est très proche de l'univers pessimiste et cynique de Travis/Carmen Mac Callum. Deux familles humaines seront les témoins de l'intervention et aux premières loges des écueils d'une préparation naïve. Duval touche là les déboires des interventions américaines mal préparées en mode "zéro morts" et où la violence basique à l'arme blanche peut remettre en cause l'armée la plus moderne en attaquant au moral. Malgré leur supériorité scientifique et technique absolue, les envahisseurs doutent de la pertinence de leur arrivée, de l'accueil sombre qui leur est réservé malgré leur pacifisme affiché... On ne peut forcer une population malheureuse à être secourue. C'est en substance cette constante que Fred Duval nous rappelle avec cet album hautement politique qui donne envie de connaître la suite.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/14/renaissance-les-deracines

    Shaddam4 Le 22/11/2018 à 14:15:25

    A album exceptionnel travail éditorial aux petits oignons avec un nouveau bandeau pour la collection Black Label de DC (à l'origine destiné à publier des ouvrages matures selon les critères américains mais que l'affaire du Bat-zizi a montré comme aussi puritain que les autres comics...) et trois superbes couvertures pour l'édition couleur, la N&B et la spéciale FNAC. Un gros cahier graphique montrant les recherches de design affolantes de maîtrise (notamment pour la batmobile!!!!) en fin d'album et bien sur les couvertures originales des huit épisodes. On aurait voulu en avoir plus mais cela n'aurait pas été raisonnable...

    Suite à une énième poursuite avec Batman, le Joker voit sa personnalité originale de Jack Napier prendre résolument le dessus sur son identité pathologique. Décidé à démontrer la violence et la folie de Batman, il se présente comme le héraut du peuple contre les élites corrompues de Gotham et la radicalité hors des lois du chevalier noir commence à ne plus être acceptée...

    Il est toujours difficile de commencer une BD aussi attendue tant l'on craint d'être déçu. J'ai découvert Sean Murphy tardivement, sur l'exceptionnel Tokyo Ghost et autant apprécié la minutie de son trait que son côté bordélique. Les premier visuels du projet White Knight publiés l'an dernier m'ont scotché autant que le concept (j'ai toujours préféré les histoires de super-héros one-shot ou uchroniques (type Red Son) et depuis je suis Impatience... Une fois refermé cet album au format idéal (histoire conclue en huit parties avec une possibilité de prolongation... déjà confirmée avec Curse of the White Knight) l'on sent que l'on vient de lire un classique immédiat! C'est bien simple, tout est réussi dans ce projet, des dessins aux personnages en passant par la cerise sur le gâteau: l'insertion de Gotham dans l'actualité immédiate avec le dégagisme et la lutte contre les 1%. Ce dernier élément pose la référence avec le Dark Knight  de Miller et Watchmen, deux monuments qui assumaient un message politique et proposaient une véritable vision d'auteur de personnages iconiques dans les années 80. On est ici dans la même veine et très sincèrement il est rare, des deux côtés de l'atlantique, de voir un projet aussi ambitieux et abouti.

    Sur la partie graphique on retrouve quelques tics de Murphy comme ces sortes de bottes-porte-jarretelles de Batman (que l'on trouvait dans Tokyo Ghost), la fille qui sauve un héros brutal et torturé ou les références à d'autres œuvres à droite à gauche. Murphy est un fan de toute éternité du Dark Knight et l'on sent dans le Joker, présenté dans la BD comme le premier fan de Batman et dont la chambre est peuplée de jouets à effigie du héros, son alter-ego de papier. Au travers des différentes Batmobiles l'auteur rappelle la généalogie majeure de Batman, de la série des années 60 au film de Tim Burton et à ceux de Nolan. Ce sont surtout des références cinéma qui pointent et aucune allusion à la série de Snyder Capullo  n'est faite, la seule attache aux BD de Batman est sur le meurtre de Robin dans le Deuil dans la famille. Le nombre d'éléments que nous propose Sean Murphy est assez impressionnant, outre ces multiples références subtiles il utilise les passages obligés du Batverse à savoir les méchants, l'arme fatale, Gotham comme personnage à part entière et ses secrets, l'ombre de Thomas Wayne et la relation avec Gordon... Tous les dialogues sont intéressants, permettent de développer une nouvelle thématique et rarement des personnages de comics auront été aussi travaillés. Jusqu'à la conclusion dans une grosse scène d'action tous azimuts comme Murphy en a le secret le scénario est maîtrisé et nous laisse stoïques avec l'envie de reprendre immédiatement la lecture.

    Avec le dessin (la batmobile est la plus réussie de l'histoire de Batman!) l'inversion des rôles est un apport majeur à la bibliographie du super-héros. Outre de renouveler l'intérêt avec, me semble-t'il, une grande première que de présenter le Joker comme le gentil, cela permet de creuser très profond dans la psychologie et les motivations des deux personnages que sont  Batman et le Joker et brisant le vernis manichéen qui recouvre l’œuvre depuis des décennies.  Le Dark Knight de Frank Miller était un Vigilante bien dans l'ère du temps n'intéressait finalement moins l'auteur que son environnement socio-politique. Dans White Knight, les deux faces intéressent l'auteur et il est passionnant de voir défiler des réflexions qui sonnent toutes justes, qu'elles viennent de Nightwing, de Gordon, Napier ou Harley. Batman est finalement le moins présent dans l'intrigue et pour une fois n'est pas celui "qui a lu le scénar", schéma souvent agaçant.

    D'une subtilité rare, White Knight sonne comme une œuvre de très grande maturité scénaristique autant qu'un magnifique bijou graphique à la gloire de toute cette mythologie. Sortie la même année qu'un autre album d'auteur (le Dark Prince Charming de Marini) cette œuvre adulte gratte les acquis en osant remettre en question beaucoup de constantes de Batman. Un album à la lecture obligatoire pour tout amateur du chevalier noir, mais aussi chaudement recommandé pour tout lecteur de BD.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/19/batman-white-knight

    Shaddam4 Le 22/11/2018 à 14:08:15
    Shi (Zidrou/Homs) - Tome 3 - Revenge !

    Pour la fabrication, qualité Dargaud habituelle, belle maquette extérieure et intérieur de couverture soigné. Identique aux autres tomes.

    Le (déjà) troisième tome de cette étonnante série rompt quelque peu le rythme de narration adopté sur les deux précédents. D'une part le scénario nous propose une linéarité à laquelle les auteurs ne nous avaient pas accoutumés. L'objet et le titre de l'album sont ceux de la vengeance de Jay qui va entreprendre d'éliminer un à un tous ces hommes dominants qui ont scellé son sort. Alors que les manigances politiques du roquet de l'impératrice Victoria (très bien rendue en dirigeants d'une froideur aristocratique brutale) progressent en parallèle, c'est sur ce volume un développement des secrets de la famille Winterfield que nous propose Zidrou. Le découpage au hachoir de la haute société victorienne est redoutable, emplie de perversions sexuelles, de domination masculine, de mensonges destinés à masquer les dérives des membres de la famille qui en internant sa femme à l'asile, qui en donnant un enfant illégitime à l'orphelinat,... L'autre changement est pour la première fois l'absence de séquences de nos jours, ce qui est surprenant tant le lien entre les deux époques est ténu et seuls les rappels réguliers nous permettent de progresser tome par tome vers une résolution finale après plusieurs cycles comme on le suppose. Du coup cette rupture est assez dérangeante et il risque d'être compliqué de raccrocher l'intrigue au quatrième tome. C'est un détail mais que j'espère calculé.

    La continuité est sur la relation des deux jeunes femmes que l'histoire rude de chacune relie et qui va entraîner une alliance que l'on peut voir dès la couverture. Le surnaturel reste très discret et (totalement absent de ce tome) l'on se demanderait presque si l'irruption du second volume n'est pas une fantasmagorie tant le déroulement ressemble plus à un récit de vengeance tout ce qu'il y a de plus classique. Le dessin de Homs comporte moins de séquences d'action aux plans audacieux que le second tome et semble plus sage, sauf quand l'illustrateur espagnol nous envoie le visage sublime de Jay...

    Revenge est un album de transition, qui reste de très haut niveau mais pâtit de son positionnement dans une histoire qui reste encore bien obscure. Il reste passionnant par sa dénonciation d'une réalité très noire de la société londonienne de l'époque et est rehaussé de quelques touches d'humour assez efficaces au travers de la petite clocharde qui accompagne les vengeresses dans leur croisade. Shi est une série qui se lit d'une traite et gagnera sans doute encore un niveau de qualité lorsque le premier cycle sera clôturé.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/21/shi-3-revenge

    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:57:48
    Méta-Baron - Tome 1 - Wilhelm-100, le Techno-Amiral

    La série Méta-Baron (titre tout de même très feignant... et qui a du en perdre plus d'un, dont moi) est la suite directe de la Caste des Meta-Barons, série mythique aux superbes dessins de Juan Gimenez et qui a permis à Jodorowskyni plus ni moins de donner vie aux concepts développés pour son projet mort-né d'adaptation de Dune au cinéma (et dont l’excellent documentaire Jodorowsky's Dune donne une vision à faire baver tous les amateurs de SF...). Ce film et son univers hantent l'auteur chilien depuis plusieurs décennies et ce qui a été développé pour la saga du Méta-Baron (personnage apparu dans l'Incal avec Moebius) a ceci de fascinant qu'il est à la fois totalement issu de l'imaginaire de Frank Herbert mais en constitue une réinterprétation qui en projette l'essence dans des dimensions à la fois cosmiques et ésotériques. Une digestion positive en somme.

    A ce titre la saga de la Caste, constituant le socle visuel de cet univers, portait les folies visuelles et parfois WTF typiques de Jodo, au risque de lasser le lecteur. Les planches de Jimenez permettaient de donner une saveur organique à ces planètes, créatures et personnages, qui convenait totalement à l'imaginaire malsain du scénariste, mais l'on finissait par se perdre dans les méandres œdipiens, psychanalytiques, primaux et sadiques de l'auteur de l'Incal. Jodorowsky possède là du matériau pour des dizaines de séries, ce dont il ne se prive pas puisque l'univers a donné naissance à Castaka (avant la Caste), les diverses séries issues de l'Incal, et les Technopères.

    La série Méta-Baron propose au travers de six diptyques (qui devaient originellement être dessinés par un dessinateur différent) les aventures du Méta-Baron, le guerrier ultime, sans adversité possible, chargé par son Totem de sauver l'univers de la destruction. Bon, dit comme ça, ceux qui ont lu la Caste se diront que l'univers est un multivers et qu'il a déjà failli être détruit plein de fois...

    Le Méta-Baron a vaincu l'empire et détruit Planète d'or. Dégoûté par sa destinée et la violence de l'univers, il a décidé qu'il ne tuerait plus. Or bien vite l'empire renaît de ses cendres et les péripéties de ses puissants amènes les attentions à se porter sur Sans-nom, le dernier Méta-Baron dont la disparition devient un objectif...

    Le premier arc se concentre sur ce qui ressemble le plus au mal personnifié: Wilhelm-100 est un généralissime de l'armée impériale Techno-Techno, qui n'a jamais connu la défaite et n'aime rien de plus que faire souffrir et tuer. Pour le malsain à la jodo on part donc sur de bonnes bases. Heureusement les auteurs savent garder le plus violent hors champ et contrairement à nombre de scénarii de Jodorowsky, ne se complaisent pas dans le sadisme (même si la série reste très violente). Le dessin absolument sublime (que ce soit en crayonné, en encrages ou en colorisation) de Valentin Sécher donne une matière à cet univers spatial et réussi le tour de force de dépasser ses pères en faisant de son intervention sur le Méta-Baron (probablement avec celle de Travis Charest)  les plus belles planches réalisées pour la saga. J'avais très fortement hésité à prendre son Khaal, première BD publiée du dessinateur tant les dessins m'avaient impressionné. Ici il confirme qu'il sait tout dessiner, le mouvement, les [removed]le visage de Wilhelm respire une telle folie qu'il n'est pas besoin des textes pour comprendre qui il est), les vaisseaux bien sur. Sécher est en train de travailler sur un tome de la série Conan chez Glénat et j'ai très hâte de voir ce que cela donne dans un univers fantasy!

    Dans ces deux tomes on voit donc très peu le Meta-Baron et le personnage principal est clairement le méchant et sa créature, le nain génial Tétanus. Les auteurs sont su recréer l'univers de Jodorowsky et l'absence du maître est finalement une bonne chance car cela permet de "normaliser" un peu ces histoires qui, sans être devenues grand public, deviennent plus classiques je trouve. Du reste les ambiances space-opera nous placent dans ce qui se fait de mieux avec Star-Wars et l'on prendrait goût à toute une série de one-shot sur des personnages dérivés de cette création. Le format en double album est enfin une très bonne chose (je l'ai déjà dit souvent sur ce blog, c'est a mon sens le format idéal, permettant la construction d'arcs successifs dans une série plus large).

    Je ne m'attendais clairement pas à un album de cette qualité et craignais le réchauffé. Bien sur le dessin de Sécher y est pour beaucoup, mais comme on dit, le dessin fait lire l'album, le scénario donne envie de continuer. Et c'est le cas ici!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/09/meta-baron

    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:48:35

    Concept très original, Blue note nous propose de suivre les destins croisés de deux personnages, un boxeur et un guitariste de Blues, dans les dernières heures de la Prohibition. Le premier album suit le boxeur, le second le musicien. Ils se croiseront à peine mais interagirons dans la même temporalité. On retrouve un peu l'idée de Vortex que j'avais chroniqué dans cette rubrique il y a quelques temps. A noter que pour une fois l'illustration de l'intégrale est moins belle que celles des deux albums originaux. En outre une édition de luxe n&b tirée à 260 ex chez Bruno Graff existe. Un peu chère mais les le boulot d'encrage de Mickaël Bourgoin peut justifier une petite folie sur cet album si vous le trouvez.

    Blue note est une bd d'auteurs. Deux artistes inspirés par l'envie de nous faire vivre une ambiance, celle des nuits pluvieuses de la Prohibition, de ses clubs de jazz tenus par des Parrains et de ses match de boxe truqués. Ce qui saute aux yeux à l'ouverture de l'album ce sont les encrages de Mickaël Bourgoin, élément essentiel dans le visuel de ce projet (dès la page des crédits le dessinateur l'annonce). Pour sa deuxième série publiée le dessinateur a souhaité se lancer dans le grand bain, inspiré par Toppi et Breccia et on peut dire que la prise de risque s'est avérée pertinente tant l'ensemble respire la fumée, les atmosphères et livre quelques pleines pages absolument sublimes lorsqu'il s'agit d'illustrer la magie de la musique du personnage de guitariste virtuose R.J. A ce titre, il est dommage qu'une version grand format n&b n'ait pas été prévue par l'éditeur (hormis le tirage de tête en nombre limite et au coût élevé) tant ces planches auraient mérité plus de place.

    On écarquille donc les yeux sur la beauté de ces petites cases très minutieuses et prends le temps d'admirer les quelques pages où les auteurs prennent leur place. Le trait peut ressembler par moment à celui de Gary Gianni, avec cet effet plume d'oie doublant les traits et surtout ces volutes incroyable qui désintègrent par moment les dessins dans une inspiration vraiment atypique et magnifique. C'est tellement réussi que l'album paraît parfois trop sage et l'on imagine un Bourgoin jouant des cadres de cases avec des débordements volontaires... J'ai vraiment découvert un illustrateur de très grand talent qui propose quelque chose de neuf que je ne saurais rattacher à une école graphique. Il n'a pour le moment rien réalisé d'autre en BD mais je guette un prochain projet!

    L'intrigue (réalisée à quatre mains) aurait pu être basique, classique. Le simple fait de poser le contexte du dernier mois d'une époque bien connue permet de borner l'intrigue en densifiant la tension. L'histoire est celle de l'ambition, celle de RJ, guitariste d'exception à qui tout sourit ; celle de Jack, ancienne légende des rings contraint de reprendre les gants en fuyant la gloire. Deux destins croisés qui se croiseront effectivement tout au long de ce double album construit en miroir. La subtilité de l'imbrication des deux histoires est une vraie réussite car ce n'était pas évident d'en dire si peu tout en maintenant des révélations en deux temps tout au long du récit. Chaque album a son unité, son héros, qui rencontre brièvement l'autre, avant que tout se rejoigne en toute fin du second volume. C'est une histoire triste que l'on nous narre, celle de personnages mangés par la ville, par leur ambition et celle des autres. Des talents qui ne seront jamais réellement libres, soit car ils sont en avance sur leur époque soit car ils appartiennent au passé. C'est un peu trois périodes qui se rencontrent dans Blue note: celle d'un âge d'or d'avant la Prohibition, celle finissante de la Prohibition, la nouvelle ère ouverte par RJ.

    Les meilleures BD sont souvent celle que l'on n'attend pas, celles qui nous surprennent. Blue note en fait partie en réussissant incroyablement l'alliance du texte et de l'image, de personnages forts portés par des thèmes passionnants, iconiques (le musicien de blues noir, le boxeur irlandais) et une époque hautement visuelle et familière dans l’imaginaire collectif. C'est une très belle histoire, dure et inspirée que nous proposent Bourgoin et Mariolle, un blues à l'encre de nuit, une BD qui fait honneur à une bibliothèque et que l'on relit régulièrement.

    Une interview des auteurs a été réalisée par le site Bdgest.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/11/02/blue-note

    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:44:42
    Ira Dei - Tome 2 - La Part du diable

    L'illustration de couverture est très réussie, plus pertinente que celle du premier volume), reprenant à la fois le thème et la colorimétrie de la série (j'aime toujours quand il y a une homogénéité dans une série) mais surtout proposant un sujet énigmatique et très révélateur de l'album. Un vitrail dessiné très élégant en début d'album rappelle les protagonistes. Ce tome clôt officiellement un premier cycle d'une série prévue en quatre cycles minimum.

    Après avoir conquis Taormine en Sicile, Tancrède est intégré à l'armée du Strategos Maniakès. Poursuivant sa propre vengeance en enfermant le moine dans une cage, il voit les alliances se faire et se défaire, chacun jouant sa propre partition au sein de ce théâtre de reconquête militaire.

    Le duo Brugeas/Toulhoat est décidément impressionnant. Non content d'une productivité hors norme (on est à une moyenne de 2 albums par an), ils parviennent à produire des BD grand public sur des sujets et traitement pour le moins risqués... Paradoxalement si leur BD la plus mainstream (Chaos Team: des barbouzes dans un contexte post-apo après l'arrivée des extra-terrestres) est leur seul semi-échec commercial, ils choisissent ensuite un polar médiéval très sombre et une épopée diplomatico-stratégique dans la méditerranée Byzantine de l'an Mille!

    Le premier tome d'Ira Dei était une vraie réussite, inattendue pour ma part et qui reprenait pas mal de tics graphiques et scénaristiques du couple d'auteurs. La part du diable parvient à rehausser encore le niveau en complexifiant une intrigue déjà touffue, notamment via le ressort des aller-retour: l'album débute sur la grande bataille de Syracuse et nous montre par morceaux quelles inimitiés, quels retournements d'alliances, quels machiavélismes ont mené à ce morceau de bravoure épique qui renverrait presque le Conan des deux compères sorti au printemps au rang de bleuette Nouvelle vague... La lecture de l'album demande de la concentration même si le dessin, toujours aussi clair et précis facilite le parcours oculaire. La grande force de ce volume et le véritable changement par rapport à leurs productions précédentes est l'absence de héros et une impossibilité pour le lecteur de définir le centre de l'intrigue. La multitude de personnages secondaires, bien plus charismatiques et éclairés que les deux centres antagonistes que sont Tancrède et Etienne, crée une toile renforcée par une chute inattendue qui ressemble plus à un to be continued qu'à une fin de cycle. La série sera en effet construite sur des cycles "géographiques" changeant de théâtre des opérations à chaque diptyques, dans une trame néanmoins suivie.

    Le personnage de Tancrède est un peu en retrait dans ce volume, en laissant la part belle (comme souvent chez Brugeas&Toulhoat;) aux femmes, manipulatrices, belles, intelligentes, face à une brochette de mâles violents et tous plus retors les uns que les autres qui font chercher en vain quelque chose qui se rapprocherait le plus d'un héros. Dans cet univers machiavélique où chaque acteur semble être le précepteur de Sun Tzu, très peu de manichéisme, ce qui est rare dans ce genre de BD et très agréable.

    Graphiquement Ronan Toulhoat n'en finit plus à chaque album de nous régaler. Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez que je suis adepte des encrages forts et ce que j'aime chez ce dessinateur c'est son trait très instinctif allié à une utilisation discrète du numérique, dans la colorisation notamment et dans la réalisation d'arrière-plans jamais délaissés: il y a une telle vie dans chacune des cases que l'on prolonge la lecture pour scruter chaque détail. L'autre grande force du dessinateur est son sens du mouvement, à la fois par des effets graphiques très maîtrisés (eyfish, lignes de vitesse) et par un découpage en travelings qui crée une vraie immersion.

    La part du diable est peut-être l'album le plus abouti du duo (je sais, je dis ça à chacun de leurs albums...), à la fois exigeant, complexe, visuellement renversant de détails et de précision, proposant à la fois de sombres débats stratégico-conspirationistes et des scènes de bataille grandioses... On ne sais plus s'il faut souhaiter des changements d'horizons pour ces auteurs tant ils nous régalent en proposant à chaque album des créations qui respirent la passion. Personnellement je suis leurs aventures les yeux fermés et pour l'instant je n'ai jamais été déçu.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/31/ira-dei-2-la-part-du-diable

    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:41:05
    Beauty (The) - Tome 1 - Tome 1

    Excellent pitch très original que celui de Beauty! Dans un futur proche un virus sexuellement transmissible contamine une bonne partie de la population, provoquant un effet étonnant: les corps rajeunissent, les traits s'affinent... les malades deviennent beaux! Dans ce contexte, un duo de flics de la section spéciale de la police chargée des affaires autour du Beauty enquête sur des décès par combustion spontanée de malades. Très vite ils constatent une conspiration au plus haut niveau, alors que leu vie privée se retrouve perturbée...

    Ce premier tome est vraiment bon, alliant enquête de police, conspiration politico-pharmaceutique et action débridée. Graphiquement c'est très correcte même si la colorisation informatique classique de beaucoup de comics aplatit un peu la qualité du trait. Au-delà de l'intrigue efficace j'aime beaucoup ce qu'apportent les différents effets indésirables du Beauty sur la psychologie des personnages et sur les ambitions personnelles. Série à suivre.

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    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:36:57
    Lazarus - Tome 2 - Ascension

    Ce second tome intercale l'enfance d'Eve faite d'entrainement très intense et d'amour filial avec son maître de combat et le projet d'attentat d'un groupe de déchets. On sort un peu de l'univers des Familles pour découvrir comment vivent (ou pas) les humains dans ce monde sauvage. La structure du récit et de la rupture attendue se mets en place, nous faisant comprendre progressivement que toute rébellion est vouée à l'échec. Hormis si un Lazare décide de rompre le ban... Vraiment dommage qu'un artiste plus esthétique ne soit pas aux dessins, la lecture donne vraiment très envie d'une adaptation ciné à laquelle cette histoire se prête absolument.

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    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:34:28
    Lazarus - Tome 1 - Pour la famille

    Beaucoup entendu parler de cette série du scénariste tendance Greg Rucka, du coup je me lance: dystopie absolue où le monde est régi par des grandes familles à la tête de multinationales, qui font la loi, la police, la guerre, bref, dirigent le monde en un système proche de la féodalité. Les humains sont répartis en trois classes: les familiers (la famille élargie), les serfs, travaillant pour la Famille, et les déchets qui sont considérés comme inutiles. Ce monde est absolument terrible et le scénariste nous fait suivre les pas du Lazare de la famille Carlyle, Eve, machine de guerre invincible formée dès son plus jeune age pour assurer la sécurité de la famille. Impitoyable, elle est néanmoins humaine et s'interroge sur sa place dans la famille et sur l'amour supposé de ce père génétique, le patriarche de la Famille qui entretien une relations ambiguë avec elle.

    Si les dessins sont assez difficiles pour moi (style américain fait de numérique très noir et pas toujours précis (style que pouvait avoir Bec à une époque et qui allie photoréalisme et aspect très froid), je reconnais que ce monde sorti des cauchemars de Renato Jones est passionnant en même temps que terriblement dur. On part sur un format long dans le style des séries US et l'histoire (très axée sur la psychologie des personnages) et l'univers justifient de poursuivre la lecture.

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    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:32:35
    Dr. Stone - Tome 2 - Les Deux Nations du monde de pierre

    L'aventure continue avec l'affrontement entre deux projets de civilisation, entre celle de la science et celle utopique d'un grand timonier dirigeant par la force. On découvre l'existence d'autres humains réveillés pendant que Senku projette de contrer la puissance brute de Tsukasa grâce à l'invention de la poudre à canon... Le projet de ce manga se structure autour de cette dualité intéressante de recréation de l'humanité sur de nouvelles bases. Le tout reste fortement axé autour des sciences pendant que Boichi nous régale de son trait toujours aussi élégant et de l'humour omniprésent. Manga qui ne m'intéressant pas spécialement au départ je trouve pour le moment que c'est plus construit et solide que Sun-Ken Rock, en restant un manga assez familial qui peut être lu assez tôt mais intéressera surtout les pré-ado je pense.

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    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:30:15
    Dr. Stone - Tome 1 - Stone World

    J'ai découvert le très grand dessinateur Boichi sur Sun-ken Rock puis sur Wallman. Sa nouvelle série l'associe à un scénariste dans une sorte d'utopie philosophique: plusieurs milliers d'années dans le futur, après que la Terre ait été rendue à la nature suite à la pétrification soudaine des humains et d'une partie des animaux, un groupe de jeunes gens revient à la conscience et mets en oeuvre le retour à la civilisation...

    Très bon démarrage pour une série écologique où assez rapidement après l'apocalypse  (version très originale que cette pétrification générale) se mettre en place différentes visions de ce que devra être la nouvelle humanité, associant le personnage principal (une sorte d'Einstein du futur), une force de la nature et un combattant hors paire. L'originalité du manga, outre le fait d'aborder des scènes culinaires (comme dans tous les Boichi) est son côté pédagogique et scientifique avec plein d'explications de réactions chimiques, de fonctionnement des inventions, bref de toute la science mise en oeuvre pour recréer outils et matériaux. Un premier tome qui donne bien envie d'enchaîner!

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    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:26:24

    Ce court album contient une page explicative du projet qui inclut le Batman annual (épisode one-shot publié en fin d'année) sur la relation Batman/Catwoman et un épisode spécial crossover improbable entre Batman et les Looney Toons (!). La couverture, magnifique, est signée Olivier Coipel. Rien de particulier, ça reste un peu cher pour une petite pagination (on pourra me rétorquer que ce sont plutôt les gros volumes Urban qui sont peu chers...).
    Pour être tout a fait clair, comme beaucoup j'ai été attiré par la sublime illustration d'Olivier Coipel et sur la thématique de Catwoman. J'avais juré que l'on ne reprendrait plus à acheter un comic sur la base de sa couverture... Si bien entendu la démarche est fort malhonnête commerciale, on ne peut pourtant pas dire qu'il y ait arnaque: les deux illustrateurs à l'oeuvre font un boulot super pro, très esthétique, proposant quelques très belles visions, sur des scénarii aux petits oignons. Si c'est l'histoire d'amour qui m'a tenté, c'est l'improbable version des Looney Toons en mode polar noir qui a recueilli le plus mon attention. En effet la première histoire, malgré une réalisation irréprochable, laisse un air de déjà-vu et l'on se réveille surtout sur les dernières planches nous montrant les vieux jours de Bat & Cat. C'est touchant et ressemble à un elseworld (concept que je préfère chez les super-héros). Sur un si court projet on aurait du coup apprécié d'avoir un cador de l'industrie, même si encore une fois les dessins de cet album sont plus qu'honnêtes. Pour les amateurs de la féline je vous conseille plutôt de vous tourner vers le Catwoman à Rome de Loeb et Sale, toujours indisponible en neuf (merci Pannini) mais trouvable à prix correcte en occasion.
    Est-ce la surprise ou le traitement, toujours est-il que l'idée de voir les Looney Toons dans une histoire de Batman, après l'incrédulité, laisse place à une très grosse envie quand on voit le travail de transposition de ces personnages de dessin-animés passés dans l'imaginaire collectif occidental à un univers réaliste de Batman en mode policier sombre et pluvieux... Rassurez-vous, Bugs-Bunny n'est plus un lapin non plus que Titi ou le Coyotte ne sont des animaux. On a une intrigue à la Sin city - femme fatale et amant vengeur - où Elmer est un tueur venu assassiner Bugs le truand aux dents de lapin dans le bouge Chez Porky... Les deux auteurs ont du se régaler à imaginer les versions humaines de ces personnages et le plus fort c'est que c'est tellement crédible que cela nous donne envie de voir un jour une adaptation au cinéma de cet univers (dans un film pour adulte bien sur).
    L'impression générale reste donc mitigée entre une réalisation objectivement sans faille pour deux projets manquant d'ambition et un montage éditorial un peu forcé. On pourra porter à la défense de l'éditeur que la culture de la BD reliée qui domine en France impose certaines aberrations... ce à quoi on rétorquera que des histoires de ce genre peuvent soit être offertes dans des packs spéciaux avec un autre album (en fin d'année?) soit vendues exclusivement en format kiosk, le format relié n'apportant rien et étant plus cher. Cet album est plutôt pour les amateurs de curiosités ou pour les fans hard-core et reste assez mineur dans la biographie du Chevalier noir.

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    Shaddam4 Le 13/11/2018 à 13:15:27
    Black Magick - Tome 2 - Passé recomposé

    Comme souvent  dans les éditions comics françaises après un premier tome bien chargé en bonus, la suite est pauvre, voir inexistante. Heureusement, le sérieux de suivi de maquette chez Glénat comics assure un bel album en couverture non pelliculée (j'aime bien) et une illustration de couverture intrigante et qui révèle la violence de l'album.

    Les forces occultes se sont révélées à Rowan et ses amies sorcières et à mesure que son enquête de police progresse elle constate les pouvoirs inouïs de ces puissances. Que lui veulent-elles? Que recherche également l'Aira, ce groupe de chasseurs de sorcières dont les motivations ne semblent pas correspondre à ce qu'en sait Rowan? A mesure que chacun se révèle il viendra le temps pour notre héroïne d'assumer ses pouvoirs et son statut de sorcière...

    Ce qui m'a plu dans le premier volume de Black Magick c'est le traitement inhabituel, tout en douceur, l'intérêt des auteurs sur les personnages, leurs relations, plus que sur le background fantastique ou l'action. Bien sur il y a de l'action, également dans cette suite qui reprend le même schéma que l'album précédent. Bien sur il y a de la magie, qui monte en puissance cette fois-ci après la révélation à la fin du précédent. Contrairement à la mise en place du "Reveil" les différentes factions sont connues et commencent à se rencontrer. Le tome est axé sur la prise de contact entre l'Aira (que nous a fait découvrir le long récit fictif de fin du premier tome) et les deux sorcières. La structure enquête policière/confrontation magique/irruption de l'Aira reste inchangée. On monte seulement d'un cran dans la connaissance de l'intrigue et des protagonistes. Cet épisode semble marquer une rupture dans l'équilibre en place en début de série alors que les tensions avec son équipier augmentent et que l'héroïne découvre que les forces du mal ont des projets pour elle...

    Sur le plan graphique, on continue de se régaler devant les dessins de Nicola Scott qui use à merveille de ses tons gris-sépia avec quelques irruptions numérique de couleurs pour des effets spéciaux de flammes ou de magie très élégants. La dessinatrice est aussi à l'aise dans les nombreuses scènes intimistes que dans les séquences d'action. L'esthétique générale "côte est" faite de pull-over confortables, de thé au coin du feu et de jolies maisons enneigées participe à l'ambiance ouatée de la série.

    Hormis les deux séquences introductives nous relatant l'initiation de Rowan aux vies passées  et la disparition de sa mère, on est dans la droite continuité du début de la série et il faudrait que le prochain tome passe la seconde vitesse pour entrer dans l'action, au risque de finir par lasser le lecteur. Mais pour l'instant la recette fonctionne dans un confort certain, comme l'épisode hebdomadaire de la série du moment où l'on retrouve avec plaisir des personnages attachants.

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    Shaddam4 Le 07/11/2018 à 15:41:35
    Travis - Tome 13 - Serpent à plumes

    La série Travis a déjà vingt ans et clôture avec Serpent à plumes le quatrième arc narratif de la série, après les Cyberneurs (tomes 1 à 5), Le Hameau des Chênes (tomes 6 à 7) et le cycle de l’eau (8 à 10). A savoir que chaque cycle est disponible dans une intégrale, bonne formule pour apprécier la série et que tout les éditeurs devraient proposer généralement. La couverture est réalisée depuis le tome 11 par un autre que Christophe Quet, ce que je trouve dommage car ce dernier a produit dans la série de très belles couvertures et que cela trompe toujours un peu le lecteur, même si l’illustration de Nicolas Siner (que j’aimerais retrouver comme illustrateur sur une série BD…) est magnifique.

    Enfermés dans un bunker de l’UNESCO où se trouve la preuve de la collusion entre une IA et les cartels de la drogue, Travis et ses compagnons vont devoir échapper à la horde de robots tueurs qui les encerclent en même temps qu)aux redoutables tueurs à gage envoyés à leurs trousses. Pendant ce temps Pacman et son puissant employeur discutent avec le Président des Etats-Unis de la réalité de la menace des cartels sur les intérêts des multinationales au Mexique… Business as usual!

    Fred Duval est l’un de mes scénaristes préférés car il a su, discrètement mais avec constance, construire un univers cohérent de SF d’anticipation aux enjeux à la fois techniques et hautement politiques, de la bonne SF qui parle au futur des problèmes d’aujourd’hui. Non content d’être un très bon metteur en scène (déjà sur le cultissime duo Adios Palomita / 500 fusils avec le comparse Vatine). Si ses séries reprennent souvent les mêmes thèmes (y compris sur le récent et réussi Renaissance), l’univers partagé de Travis/Carmen MacCallum est ce qui illustre le mieux cette volonté de réalisme dans un monde où la technologie est réaliste et où les multicontinentales et l’ultra-libéralisme a gagné…

    Dans l’arc mexicain qui s’achève les auteurs, à la manière d’un Lupano, parviennent à nous rappeler la rébellion du Chiapas du sous-commandant Marcos des années 90 au sein d’une BD SF d’action à grand spectacle! C’est tout l’intérêt de l’anticipation que de permettre à la fois au dessinateur de se faire plaisir par des designs futuristes tout en parlant de l’hyperactualité, la quasi totalité des inventions scientifiques de la série provenant de techniques existantes aujourd’hui et les idées thématiques prenant leurs sources dans les problématiques actuelles. Si les méchants de ce volume peuvent sembler un peu décevants, l’intrigue techno-géopolitique est toujours aussi redoutable et pointue chez Duval, les dialogues entre Pacman et le président étant le genre de choses que l’on relit pour être certain d’avoir saisi les tenants et aboutissants. A ce titre, je vous suggère de reprendre votre lecture au début de l’arc (Les enfants de Marcos), voir carrément le cycle de l’eau pour vous remémorer les influences de l’IA Dolly sur le scénario de ces derniers tomes. C’est ce que j’aime dans cette série, cette complexité d’intrigues solides qui reprennent toujours les mêmes fondamentaux et habillées par la technologie design et l’action la plus débridée.

    La petite déception viens du dessin de Quet… Rassurez-vous, il est exactement au même niveau que sur les précédents albums et maîtrise toujours parfaitement les scènes d’action rapide, très lisibles malgré les angles de caméra parfois gonflés. Mais justement, son dessin n’a que peu évolué depuis le premier Travis et j’aurais aimé une progression technique ou des expérimentations chez cet auteur que je trouvais prometteur. Certaines petites faiblesses passent en début de carrière, moins après vingt ans. Il reste que j’ai toujours un faible pour ses personnages, leurs visages, le design général de cet auteur pour lequel j’ai une petite tendresse graphique.

    Serpent à plume est un bon cru dans une série dont seul l’arc du Hameau des chênes était un peu faiblard par son ampleur. Travis reste une série qui maintient une qualité très élevée au fil des ans et qui ne voit aucun essoufflement tant le scénariste parvient à tisser des liens entre ses albums et à introduire de nouveaux personnages et problématiques à suivre régulièrement. Ici se termine pour notre héros l’enfer mexicain avant de rempiler dans sa chasse aux IA et aux capitalistes affreux pour encore de longues années probablement.

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    Shaddam4 Le 25/10/2018 à 15:49:21
    Castan - Tome 3 - La forteresse du roi Xiang

    Le petit éditeur réunionnais Des bulles dans l'Océan a été découvert par hasard au détour d'une pérégrination sur Facebook. Souvent les petits éditeurs tentent de se faire une place avec des auteurs semi-pro qui ont des capacité mais pas nécessairement de technique et d'expérience. Au détour d'un catalogue on peut dénicher un auteur qui sort du lot, comme ce fut le cas avec Ronan Toulhoat en 2010 chez Akiléos, jeune auteur débutant, avec beaucoup de lacunes à l'époque mais que le travail quotidien a amené à être aujourd'hui l'un des meilleurs dessinateur BD français du circuit. Pour d'autres comme Mathieu Thonon, le potentiel est là mais l'on ne voit pas de suite... Les quelques planches de Castan présentées par l'éditeur m'ont pas mal bluffé et s'en sont suivi d'un très aimable envoi SP du tome 3 sorti en début d'année.

    Castan est une série d'aventure semi-historique réalisée par les frères Morellon. Elle suit le héros éponyme et ses compagnons entrés au service de l'armée du Machawari et de son généralissime Kien Long. N'ayant pas lu les deux premiers tomes je ne vais décrire que le dernier publié: Castan et ses compagnons ont été pris sous l'aile protectrice de la belle et redoutable Kien Long qui impose ses conditions au roi du Machawari, le jeune Rajanh Orcha, soumis à l'influence corruptrice de Jefta. L'heure de la bataille finale contre le roi Xiang et ses redoutables guerriers Uzunu a sonné....

    Dès le premier feuilletage de l'album j'ai été soufflé par le style du dessinateur, par la maîtrise de l'outil numérique et la mise en couleur. Ce qui distingue ce jeune autodidacte c'est la maturité de son trait, bien plus élégant et précis que celui de Toulhoat à ses débuts pour reprendre l'exemple ci-dessus. Le trait des personnages est une des forces du dessin d'Alexandre Morellon ainsi que le design général des décors, des costumes, sorte de syncrétisme total de 5000 ans d'histoire de l'humanité mélangeant Inde, Extrême-orient et Arabie avec des influences de l'imaginaire collectif des mille et une nuits. Ces planches sont vraiment magnifiques et dotées d'une colorisation parfois brute de numérique, mais qui donne un éclairage superbe aux dessins. Comme pour Gung-Ho, les allergiques au dessin numérique pourront passer à côté, mais personnellement, pour peu que l'on ne regarde pas trop les détails et les plans larges j'ai pris un grand plaisir graphique à la lecture de cet album en me disant que pour un troisième ouvrage, le dessinateur a un potentiel encore assez énorme! La principale faille du dessin repose sur les fonds de plans, les personnages en pied étant parfois dessinés maladroitement et certaines cases d'action où l'outil numérique montre ses limites, dans la gestion du mouvement et la lisibilité de la page. Mais sincèrement, si l'on replace l'album dans le grand four de la BD d'héroïc-fantasy grand public, on est loin au-dessus de pas mal de productions Soleil.

    Niveau scénario, c'est compliqué puisque j'ai pris la série en cours de route et que je n'ai pu que supputer les aventures précédentes. Mais le gros point est la description des personnages et leurs dialogues, très efficaces, percutants. Le personnage du général Kien Long, femme de tempérament à l'autorité indéniable est le plus réussi. Alors que ce genre de série nous à habitué au vieux général sage et ferme, qui a mené mille campagne à la tête d'hommes qui donneraient leur vie pour lui, la transposition de cet archétype dans la peau d'une magnifique jeune femme athlétique et redoutable stratège est très gonflé... et cela fonctionne! Elle vole la vedette au héros Castan qui s'appuie sur des amis peut-être un peu effacés (sans doute la constitution du groupe est-elle narrée dans les deux premiers volumes).

    L'intrigue est structurée autour de la stratégie secrète menée pour vaincre le roi Xiang qui donne son titre à l'album et de la conquête de cette forteresse sous le voile des manigances du conseiller du roi, le très perfide et (encore une fois) très bien dessiné Jafta. Cet album parvient à noue faire voyager en une contrée exotique aux tentures d'azure et aux arcades dentelées, parmi les soldats d'armées épiques aux armures étincelantes... la vraie grande aventure en cinémascope!

    Je vous invite donc vivement à découvrir cet éditeur et ces deux jeunes auteurs pour une série créative qui fait vraiment plaisir et dont on attend la suite avec impatience.

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/10/castan

    Shaddam4 Le 25/10/2018 à 15:47:15

    Les éditions Futuropolis proposent toujours de très jolis livres, bien fabriqués et généralement dotés de couvertures percutantes. C'est le cas ici et le seul regret (pour une adaptation de roman) est qu'il n'y ait pas plus d’explication sur le travail d'adaptation et sur l'univers dans lequel se place cette BD, nécessairement plus concentrée qu'un roman.

    Dans un futur indéterminé les multinationales ont pris le relais des structures étatiques et déterminent la vie des individus, de la conception à la mort: le vivant a été breveté, permettant tous les contrôles des puissances économiques. Quand un concours de circonstance aboutit à la mort d'une employée de grande surface, Jean, salarié aliéné dévoré par sa compagne, va se retrouver au cœur d'une chasse qui va remettre toute son existence en question.

    Le temps des sauvages est une BD perturbante. Tout d'abord car Sebastien Goethals (qui sort justement cette semaine un nouvel album) ne nous donne que très peu d'informations (souvent délivrées de façon cryptique) sur cette société dystopique où tout est marchandisé et les seules valeurs sont celles de la concurrente et du succès. L'aboutissement absolu de l'idéal néo-libéral. Et pour cela déjà la BD vaut le coup d'être lue car c'est un gros coup de poing, de gueule ou de tout ce qu'on veut, un peu dans la même optique mais dans un autre genre que le Renato Jones de Kyle Andrews.

    On peine à rentrer dans cette histoire à la construction un peu compliquée, passant sans que l'on sache si c'est une volonté ou non d'une séquence à l'autre, souvent aux tons très différents. La temporalité est parfois dure à suivre, comme ces quelques pages qui nous relatent de façon quasi muette la vie du personnage principal. Les images doivent nous donner les clés mais restent parfois obscures. De même, les personnages sont assez nombreux, présentés de façon très progressive au fil de la lecture (l'album est assez épais) si bien que l'on tarde à comprendre qui est au cœur de l'action. Sans doute l'auteur a souhaité exprimer une société déstructurée, mais cela ne facilite pas forcément la lecture. L'album commence par une remarquable séquence d'action, proche d'une mise en scène manga, avec ces personnages de loups humanoïdes donnant l'assaut à un fourgon bancaire. Puis le rythme se rompt pour entrer dans des séquences d'illustration de ce futur affreux. Si l'évolution sociétale est comprise rapidement, le thème de la manipulation générique permettant des croisements entre humains et animaux n'est abordé que factuellement, à mesure de l'exposition des scènes qui nous font comprendre cette réalité pourtant fondamentale. Cela explique des séquences sinon improbable dans un monde cartésien et seulement humain.

    Je ne veux pas dresser un tableau trop négatif de cet album qui est doté de beaucoup de qualités, notamment graphiques, mais dont la structure est souvent bancale. Les thématiques sont riches, assumées et souvent originales. Ainsi le thème de l’addiction aux jeux vidéo, aux mondes virtuels, qui se transforme à mesure que l'on comprend mieux l'intrigue en un choix de vie contestataire, de reprise en main paradoxale de sa vie dans un univers où vous ne vous appartenez plus. Bien sur également la critique d'une société ultra-libérale extrapolée plus loin encore que ce que Fred Duval, le grand scénariste de l'anticipation à la sauce Delcourt produit formidablement depuis des années. La thématique de la famille est pour moi l'élément le plus faible car à la fois central et trop peu exploré. La meute des hommes loups est au cœur du récit face à un Jean insipide, creux, faible et auquel on se demande bien ce que les femmes peuvent trouver. Le décalage est cruel entre ces deux antagonistes (les loups veulent se venger en tuant Jean) et l'auteur laisse le lecteur seul pour juger de quel côté il veut se placer. Les femmes sont finalement les seules à même de garder le contrôle et de prendre des décisions dans cette histoire, comme la mère des loups assumant sa liaison, la compagne de Jean, otage volontaire de la meute ou Blanche de Castille (sic) à la fois instrument du système et totalement indépendante.

    L'impression finale est celle d'un univers très riche, débordant d'idées, de sujets, lancés de façon un peu chaotique sans clé de lecture, sans fil de fer. Selon le lecteur, cela pourra déranger ou plaire comme une liberté de participer à la construction mentale de cette dystopie. Personnellement j'ai trouvé cela frustrant tout en me donnant bien envie de lire le roman à l'origine de l'ouvrage, qui permet probablement de structurer ce projet aussi rageur et sauvage que les hommes-loups qui en sont le cœur.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/12/le-temps-des-sauvages

    Shaddam4 Le 25/10/2018 à 15:42:40

    En BD plus la couverture est géniale plus le risque est grand d'avoir une tromperie sur la marchandise, surtout chez les éditeurs américains! Pour "SBF" on a un chef d’œuvre pulp de Paolo Rivera, l'illustrateur de l'excellent The Valiant, qui non content d'en mettre plein la vue reflète absolument et l'histoire et l'ambiance de la BD avec cette fausse couverture incluant des sous-titres à la con. Hormis la pépée dénudée tout le concept est là: un golgoth barbu qui mets des bourre-pif, des ourses sauvages portant des couteaux, un vocabulaire original... manque plus que le côté vaguement scato pour compléter ce projet complètement barré et franchement marrant. A noter que parmi les couvertures alternatives en fin d'album on trouve logiquement Kaar Andrews et même un certain Jerome Opena...

    Cet album (qui laisse envisager une suite) a été annoncé depuis pas mal de temps par Hi Comics sur la base du visuel de couverture et est donc une vraie réussite. Pourtant le pari était casse-gueule! Le plus simple est de vous donner un résumé: un colosse barbu et à peu près invincible, qui a grandi parmi les ours de la forêt devient leur principal adversaire après avoir perdu sa dulcinée. Vivant nu et membré comme un cheval, il habite dans une cabane en peaux d'ours et se déplace autour du monde dans son avion-ours. Quand des ours sauvage attaquent Grande Ville, un lieutenant de police héros de guerres vient le chercher pour sauver le monde: le méchant Bucheron, dirigeant de la multinationale du papier toilette Cajole-fesses a décidé de raser les forêts pour étendre sa domination. Mais Cogneur est bien le protecteur des forêts...

    Vous l'aurez compris, c'est un univers complètement débile, du vingtième degré, inspiré des films d'action des années 80 et qui n'oublie pas de se moquer de la société puritaine de l'Amérique profonde. Attention, contrairement à Renato Jones (un peu dans la même gamme d'humour) on aucun message politique ici. Mais la pixelisation volontaire des plans de nu de Cogneur sont d'autant plus tordants que cela n'a strictement aucun intérêt dans l'histoire hormis se moquer de l'autocensure des comics. Cette lecture m'a fait pensé à Hot Shots, le chef d’œuvre des ZAZ au cinéma par son côté décalé. Le soucis bien souvent avec ces albums What the fuck c'est la faiblesse de l'histoire. Or ici on part sur une base classique de film d'action, avec exposition tonitruante, traumatisme du héros révélé, trahison et rassemblement final. Très formaté mais cela permet de structurer la narration sur des bases éprouvées en évitant une pseudo intrigue dont le lecteur n'a que faire pour se concentrer sur les mille détails marrants: le policier black qui a participé à la guerre de sécession autant qu'à celle du Vietnam, la société Cajole-fesse et son patron qui fait sa commission sur un "trône d'or", l'avion en fourrure d'ours et bien entendu des combats bien débiles contre des ours parlant...SBF est un bon gros moment de rire décérébré proche du Skybourne de Frank Cho avec un certain côté sérieux en moins. En outre les dessins sont très correctes dans le genre. Je m'attendais à une lecture one-shot et je m'aperçois une fois l'album fini que je le relirais volontiers, avec pourquoi pas une suite encore plus débile!

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/15/shirtless-bear-fighter

    Shaddam4 Le 25/10/2018 à 15:38:11

    L'ouvrage édité par Mosquito reprends l'édition américaine de 2009 en supprimant la préface de Ray Bradburry et en ajoutant une nouvelle  de H.G. Wells illustrée par Gianni. La très belle couverture originale est reprise avec la maquette habituelle de l'éditeur grenoblois.

    Je passerais sur l'intrigue que tout le monde connaît pour m'attarder sur le travail d'adaptation de Gianni et la proximité avec le matériau d'origine. Je vous confesse que je n'ai pas poussé le zèle jusqu'à relire l'ouvrage de Jules Verne à l'occasion de cette critique, néanmoins il me semble que l'auteur de l'album a recherché plus une reprise graphique des éditions originales de l'éditeur Hetzel qu'une fidélité totale au roman. A ce titre, le style de Gianni et ses aspirations graphiques correspondent parfaitement aux illustrations des ouvrages originaux et il est assez fascinant d'imaginer que si la BD avait existé à l'époque, nulle doute qu'elle aurait ressemblé à l'adaptation aujourd'hui proposée par Mosquito. Le travail de hachures, les positions héroïques et théâtrales ainsi qu'un design résolument rétro, tout concours à faire de cette BD une adaptation plus qu'une oeuvre originale. Les visions proposées pour l'Atlantide, les forêts sous-marines, l'Antarctique ou  les calamars sont saisissantes et nous replongent dans nos jeunes années.

    Gary Gianni était semble-til conscient des lacunes du récit de Verne, terriblement naturaliste et linéaire, au risque de rendre la BD ennuyeuse. L'auteur américain s'est ainsi efforcé de concentrer son ouvrage sur les moments clés et les séquences d'action, plus que sur des personnages plutôt survolés. Il y a ainsi un paradoxe entre une oeuvre passée dans l'imaginaire collectif et dont on attend souvent une nouvelle version redigérée par des auteurs qui y introduiraient leurs propres visions (comme ce projet avorté de film porté par Mathieu Lauffray) et des adaptations fidèles, trop respectueuses, qu'on retrouve le plus souvent. C'est partiellement le cas ici même s'il me semble que certains éléments sont rajoutés, précisée au-delà du texte original. Nos cerveaux ont absorbés tellement d'images de films, d'illustrations, d'adaptations qu'il est difficile aujourd'hui (à moins de faire un comparatif texte en main) de distinguer ce qui vient de Verne et ce qui vient d'autres, jusque dans la personnalité de Némo.

    J'ai trouvé cette version résolument agréable à lire et proposant une très bonne synthèse, au point que je la conseillerais volontiers aux CDI afin de pouvoir faire travailler les collégiens dessus. Entendons nous bien, l'intérêt n'est pas que pédagogique, à commencer par le trait classique d'un des meilleurs dessinateurs américains actuels, mais aussi une vraie fluidité de lecture de cette BD d'aventure autour du monde. Cet album respire la passion de Gianni pour cet univers, moins baroque que ce qu'il produit habituellement mais résolument élégant.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/17/20-000-lieues-sous-les-mers

    Shaddam4 Le 25/10/2018 à 15:34:49

    Un des éléments clés de cet album est la maquette, qui semble avoir été une partie intégrante du projet. L'ouvrage est donc particulièrement soigné (je ne parle pas de la fabrication car je l'ai lu en numérique), avec un cahier final servant de prologue et détaillant l'origine de la passeuse. Un bien beau projet, mais qu'en est-il de la BD?

    Dans une cité entourée de murs et soumise à un pouvoir autoritaire protégeant sa population des dangers d'au-delà de l'enceinte, la rébellion s'organise en dénonçant l'absence de libertés et les crimes cachés commis par le Dux. Une passeuse utilise ses pouvoirs magiques pour faire évacuer les résistants de la Cité... en échange d'années de leur vie...

    La Valise est une dystopie fantastique réalisée par une équipe de novices en BD et venant du cinéma d'animation. Cela s'en ressent dans l'ambiance générale, tant graphique que dans les transitions qui sont très inspirées du cinéma d'animation. Contrairement à la relative déception Poet Anderson dont la conception est proche, l'album édité par Akileos a pour lui sa cohérence et son caractère fini. Si l'entrée en matière, très élégante, pose un contexte totalitaire connu reprenant l'esthétique des grandes dictatures des années 1930, avec son chef charismatique, ses grand messes, ses résistants et ses exécutions publiques, la fin est assez énigmatique, laissant entendre une reproduction sans fin de la même histoire dans différentes réalités. C'est comme souvent dans ce genre d'histoire, à la fois frustrant par l'absence de réponse, et dynamisant par l'ouverture réflexive que cela produit en nous faisant participer à la construction et  l'analyse du dénouement. En imaginaire il est toujours gratifiant de partager quelque chose avec les auteurs au travers de leur ouvrage.

    La Valise aurait pu être une énième illustration des régimes totalitaires, avec la fascination de l'esthétique tout particulière qu'ils arboraient et le rôle majeur que la communication a eu dans ces régimes, mais le côté fantastique et le personnage central qu'est la passeuse donnent une tonalité originale que l'accélération de la seconde partie accentue en surprenant le lecteur là où il ne s'y attend pas. L'exposition est en effet lente et longue dans cet album, les auteurs prenant le temps de poser leur esthétique des cases, la construction élaborée et très géométrique du découpage et cet univers très sombre. Car l'esthétique est une préoccupation de tous les instants pour l'équipe créative, jusque dans cette peau noir permettant des contrastes rouge/noir, ces grandes bannières et ces contre-plongées. Puis à compter de la rupture scénaristique du milieu d'album l'ambition devient toute autre, exposant une thématique sur le renouvellement du pouvoir, sa corruption et sur la transformation des aspirations en autojustifications, pour finir une réflexion sur le mal même. A ce stade le tempe et l'espace sont déconstruits pour nous plonger dans les dernières pages dans un vortex étonnant qui nécessite temps et relecture pour bien l'appréhender.

    Sur le plan graphique, nous avons des dessins plats, très numériques, dans un style simplifié proche du cinéma d'animation. On peut tiquer au premier abord, mais l'ensemble est très maîtrisé et l'habillage général comme la mise en scène permet de compenser cet "effet plat" comme sur Warship Jolly Roger ou Gung-Ho. Je le répète, personnellement ce ne sont pas les dessins (correctes) qui donnent son cachet à l'album mais bien le travail général sur l'ambiance graphique et le jeu sur l'espace avec cette valise, cette sorcière jouant des dimensions comme sur cette case en miroir inversé où elle progresse dans son manoir ou cette séquence finale dans le non-temps, très réussie, où les auteurs peuvent laisser libre cours à leurs visions, séquence qui peut rappeler l'exceptionnelle série Divinity où les auteurs jouent pareillement du temps et de l'espace.

    S'il ne s'agit pas d'un album majeur du fait notamment d'un dessin assez standard, la qualité de réalisation et le plaisir des auteurs que l'on sent à la lecture permettent à ce premier album d'être un beau projet qui vous transportera dans un monde imaginaire en procurant qui plus est une intéressante réflexion sur le pouvoir. Perspectives et limites que j'avais trouvé dans le récent Arale, sur un sujet proche et qui aurait pu gagner en profondeur avec un ou deux albums de prolongations.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/20/la-valise

    Shaddam4 Le 25/10/2018 à 15:31:01

    L'album présente une introduction détaillant vaguement l'univers de Betty & Veronica et se termine par de très nombreuses couvertures alternatives de Hughes et d'autres auteurs. L'album comprend un épisode bonus Jughead, réalisé par une autre équipe et assez moyen.

    Betty la blonde et Veronica la brune sont les meilleures amies du monde, lycéennes dans la petite bourgade de l'Amérique idéale qu'est Riverdale: ses milk-shake au dinner chez Pop, ses blousons Teddy aux couleurs de la High school et ses rangées de maisons Middle-class. Dans cette image d’Épinal en mode Coca-Cola, lorsqu'une multinationale du café s'apprête à racheter chez Pop's, Betty voit rouge, refusant de voir cette incarnation d'un passé doré disparaître. Elle va tout tenter pour sauver Pop, au risque de retrouver sur sa route sa meilleure amie, la redoutable et machiavélique Veronica...

    Glénat nous permet de découvrir un éditeur, Archie comics, qui a récemment donné naissance à une série TV nommée Riverdale. Archie est un vieil éditeur très américain qui publiait des BD pour jeunes ou les aventures de Betty et Veronica, deux filles incarnant l'American way of life. Un peu la série Happy days en BD sous le coup du comic code authority... Rien de très affriolant pour un lecteur européen!

    Comme d'autres projets improbables, l'éditeur publie pourtant l'une des très très rares BD de l'illustrateur star Adam Hughes sur les couvertures duquel vous avez pu fréquemment baver en lisant des comics chez tous les éditeurs. Comme Travis Charest dont j'ai parlé il y a quelques jours, le rythme et les exigences de l'industrie du comic ne lui conviennent pas et l'album Riverdale présente: Betty & Veronica est l'une des rares occasions que vous aurez de le voir à l’œuvre sur une BD entière (avec le Hellboy Krampusnacht) que Delcourt publiera probablement dans un recueil Hellboy à venir).

    Ce petit historique terminé, qu'est-ce qu'on a a se mettre sous la dent? Et bien ni plus ni moins qu'une sitcom à la Friends transposée en BD! Si ça ne vous allèche pas, je peux vous rappeler que c'est dessiné par Adam Hughes... Et si ces dessins ne vous suffisent toujours pas je peux vous dire qu'outre être l'un des meilleurs dessinateurs de comics américain, il dispose d'un vrai talent humoristique et arrive ici à adapter en BD les principes du strip à la Calvin&Hobbes; ou Liberty Meadows (là on penche vers Frank Cho): des personnages qui s'adressent au lecteur, des ruptures temporelles et des jeux des personnages avec la page et l'édition. Les jeunes filles plastiquement parfaites dissertent tantôt sur des dialogues mièvres louant la simplicité du Riverdale d'avant avec force références aux vieux comic-books de papa et maman, tantôt s'envoient des vannes et des mandales capables de rompre les lois de la physique! On navigue donc entre du Looney-toons et du strip, entre les réflexions philosophico imaginaires d'un Calvin et la sitcom pour ado Riverdale. Comme souvent dans les réappropriations, Hughes se moque allègrement du matériau d'origine. L'album s'insère pourtant dans une série dans l'univers de Riverdale.

    Cet album a été pour moi une découverte totale, d'un dessinateur, d'un auteur, de personnages et j'avoue m'être bien marré  de ce côté un peu désuet et second degré très assumé, avec un petit coup de cœur pour Hot dog, le chien narrateur et son pote le chat. Je signalerais juste une étrange idée du coloriste à poser une sorte de filtre estompé, vieilli, une sorte de voile sur les planches qui abîment beaucoup de la qualité du dessin et de l'habillage. C'est vraiment dommage et finalement vu le résultat l'album aurait aussi bien pu être laissé brut en renforçant le côté strip.

    Je ne sais si je suis passé à côté de certaines références mais le côté n'importe quoi m'a beaucoup plu. Une lecture vraiment rafraîchissante, assez courte et linéaire qui vous évitera de vous prendre la tête. Et puis encore une fois, lorsque des auteurs si rares parviennent à un ouvrage abouti, pourquoi se priver?

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/22/betty-veronica

    Shaddam4 Le 25/10/2018 à 15:28:03

    Fabrication de qualité à couverture épaisse et jolie illustration intrigante. Préface de l'auteur expliquant l'inspiration à l'origine de la BD. Rien de particulier à souligner. Cet album fait partie de la sélection du prix des lycéens de la région Auvergne-Rhône-Alpes au même titre qu'Essence de Benjamin Flao, récemment critiqué.

    Après une carrière éclatante d'artiste plasticien à la mode aux Etats-Unis, Cristobal revient s'installer sur son île natale de Lanzarotte, petite pastille volcanique noire et aride perdue en atlantique, où l’appât du gain pousse promoteurs et élus à bétonner au risque de défigurer le paysage primaire. En faisant venir des amis artistes il va transformer l’île en conservatoire du paysage. Des années pendant lesquelles son égo, son passé familial et ses ambitions se confronteront à ce volcan indomptable...

    Passionnante biographie fictive que cet album d'un auteur que je ne connaissais pas et dont le style de dessins ne sont généralement pas ma tasse de thé. Mais souvent en BD le projet investi transmute un trait pour en faire un ensemble cohérent et intéressant. Ici le travail graphique porte surtout sur les couleurs et l'esthétique design qui répond aux paysages impressionnants de l’île. Le projet paysagiste du personnage donne lieu à de très belles planches qui donnent envie d'aller faire un tour sur Lanzarotte, île réelle où l'aridité volcanique a donné lieu à une véritable réserve de plantes désertiques dans des décors lunaires où l'implantation humaine reste improbable.

    L'autre intérêt de l'album repose sur ce personnage éminemment complexe d'artiste dans toute son ambiguïté: à la fois visionnaire, utilisant sa notoriété et son argent pour protéger son île, mégalomane s'appropriant un territoire par son seul choix supérieur, vampire familial, attirant tout autour de son conflit œdipien avec son père et devenant destructeur de tout bonheur. Les dessins de Duhamel parviennent à exprimer à la fois cette puissance physique, ce volcan humain qui répond à celui de l'île et à celui du père défunt auquel il ne pourra plus se confronter et résoudre son conflit. L'ouvrage apporte ainsi un côté symbolique subtile et réaliste à une aventure artistique et familiale. Traversant toute la vie de l'artiste la BD s'écoule de son arrivée, jeune et fier conquérant idéaliste combattant la corruption, au crépuscule où l'artiste à conquis la population mais reste sidéré par ce volcan qui incarne le père. Le lecteur ressent à la fois une immense sympathie pour cet esprit déterminé et génial torturé par son passé d'enfant insoluble, et la conscience de sa mégalomanie cannibale incapable d'accepter l'amour de sa compagne. Le volcan a trop de lave, trop de sève pour entrer dans une vie d'homme et l'amour simple d'un mari et d'un père.

    Le retour est un très beau voyage, une aventure humaine dont l'auteur doit être fier tant il réussit son objectif. L'auteur parvient à se dépasser pour produire un chant universel qui allie l'intelligence et l'esthétique. Une chaude recommandation qui mérite toute votre attention.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/24/le-retour

    Shaddam4 Le 10/10/2018 à 16:41:07
    X-O Manowar (2018) - Tome 2 - D'empereur à wisigoth

    Le volume comprend un résumé des épisodes précédents, un sommaire (que j’apprécie beaucoup car il indique très clairement quels auteurs officient sur quelles sections), les couvertures de chaque fascicule original et en fin de tome des croquis et explications d’intentions passionnantes. Tout cela est habituel chez Bliss mais pas toujours aussi intéressant.

    Après avoir gravis les échelons de l’armée Azur au cour d’une guerre permanente semée de trahisons, le voilà empereur de la planète Gorin. Mais lorsque un adversaire d’outre-espace survient, la difficulté de maintenir une cohésion entre tous ces peuples antagonistes se fait jour. Aric de la Térre est-il capable d’autre chose que de faire la guerre? Se coupant de tous ses proches, trahis, pourchassé par une bande de mercenaires, loin de la Terre, qu’espère t’il encore de la vie?

    Lorsque j’avais ouvert le très joli premier tome du reboot de X-O Manowar, j’avais cru avoir loupé un épisode expliquant ce que le héros faisait sur la planète Gorin. Il n’en est rien et dans les bonus de ce second tome les auteurs expliquent justement que l’objectif était de sortir Aric de son confort et le lecteur avec, de le placer dans un environnement totalement nouveau (mais guerrier…) afin d’explorer la psychologie du personnage. Sur ce plan la série est une vraie réussite et après les relations avec l’armure dont il est dépendant mais qu’il ne souhaite pas utiliser, sorte de voix intérieur de sa conscience, il doit affronter ses choix et le vide de sa vie. Rarement un héros aura été aussi malmené émotionnellement, jusqu’au bout du volume. Si je maintiens mes quelques regrets sur une série qui reste essentiellement axée sur la guerre rageuse (ce qui finit par devenir un peu redondant), le travail sur le personnage et la réflexion politique sur l’impossibilité d’imposer la paix par la guerre (ce qu’ont argumenté nombre de conquérants à travers l’Histoire) sont vraiment intéressants.

    Ce second volume démarre sur le même mode que le précédent, jusqu’à l’irruption des mercenaires, qui provoquent une vraie bouffée d’air. A la fois graphiquement par une bonne grosse claque de Renato Guedes, mais surtout car la section permet l’arrivée de personnages tout neufs, d’un univers très excitant loin de Gorin et de mettre enfin le héros en danger. L’intérêt est pleinement relancé et se poursuit jusqu’à la prise de conscience d’Aric que son destin n’est plus ici. On quitte donc l’action ininterrompue pour du fonds et un chemin qui nous donne soudait très envie de savoir comment va rebondir cette gueule cassée au bord de la répression (on retrouve l’intérêt pour Bloodshot sur ce plan), avec notamment une conclusion très réussie et forme d’ouverture qui boucle cependant le cycle de Gorin. L’éditeur précise dans une fiche de lecture dont il est coutumier que la suite sera à lire dans le crossover Harbringer Wars 2 à paraître bientôt, avant un troisième volume de X-O Manowar. J’étais resté un peu sur ma faim dans le premier volume y compris sur un personnage que je trouvais un peu monolithique. Ce second tome relance vraiment la machine.

    Le petit bémol que je mettrais est dans le graphisme. Paradoxalement, Clayton Crain, qui est capable du superbe sur Harbringer Wars, Dininity et sur pas mal de couvertures Valiant, peine ici clairement dans les scènes de bataille, fouillis et assez sombres, où sa technique numérique peine un peu en précision. A côté, Renato Guedes, dans une technique de peinture à l’eau peu évidente (proche du travail de Dustin Nguyen sur Descender) produit des planches magnifiques. Est-ce un manque d’intérêt ou une vraie limite de la technique de Crain, toujours est-il que ses planches sont les moins intéressantes. Contrairement au premier tome découpé entre deux illustrateurs au style très proche (et créant une vraie harmonie graphique), ici c’est plus divers, mais cela ne m’a pas dérangé. Tous sont très bons et si Guedes m’a énormément plu, Ariel Olivetti qui conclut l’histoire est une nouvelle énorme claque, une vraie révélation que je vais m’empresser de suivre! Dans une technique alliant dessin très précis et textures numériques discrètes proches du boulot de Reno sur Aquablue, l’argentin (tiens, est-ce que le secret de Valiant ne serait pas de faire appel à des dessinateurs non états-uniens?) fait exploser les rétines avec des séquences spatiales qui laissent pantois. J’espère vivement qu’il continuera son travail sur Manowar car sur ces planches on atteint clairement le top de ce qu’a produit Valiant jusqu’ici. Et comme je constate une montée graphique à chaque volume depuis l’an dernier, jusqu’où irons nous? J’ai beaucoup hésité à ajouter un quatrième Calvin à ma note en raison des planches de début d’album et d’un démarrage poussif, mais la clôture et la double révélation graphique justifient un 4 qui confirme que ce second album Manowar est meilleur que le premier.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/05/x-o-manowar-2-dempereur-a-wisigoth/

    Shaddam4 Le 10/10/2018 à 16:11:20

    Très bel ouvrage au format atypique (carré) doté d’une illustration de couverture intrigante mais assez esthétique en peinture.

    Achille cherche de l’essence. De l’essence pour faire fonctionner la voiture. Il doit rouler pour retrouver la mémoire, assisté de son ange gardien. Achille est au Purgatoire et tout en découvrant les possibilités infinies que la pensée permet sur ce monde sans structure, il va devoir entamer une introspection pour quitter ce lieu et trouver la paix…

    Ma première lecture d’un album de Benjamin Flao m’a plutôt conquis. J’aime pourtant les histoires qui ont un sens et les fantasmagories sans structure ont tendance à me perdre, même lorsqu’elles sont appuyées sur de belles visions graphiques. Ce n’était donc pas gagné tant nous entrons ici autant dans l’esprit d’Achille, pilote-mécanicien alcoolique à la vie cabossée, que dans celle des deux auteurs Bernard et Flao. Le projet est hautement graphique, vaguement expérimental, en tout cas très personnel pour Flao. Du format au découpage alternant pleines pages et découpage BD voir doubles pages fusionnant les cases en une seule comme sur cette délirante course aux 1001 modèles, l’illustrateur est ici en roue libre et se fait plaisir! L’univers imaginaire permet toutes les formes, toutes les narrations, toutes les temporalités et le duo parvient à partir dans tous les sens sans nous perdre et en nous intéressant à ce personnage moins sombre qu’il n’y paraît.

    La forme est celle d’un road-movie avec ce duo du personnage principal et son ange gardien, vaguement sexy, très mystérieuse et qui le pousse sans cesse à se concentrer sur ses souvenirs, seule façon de quitter le purgatoire en purgeant le passif de sa mort que l’on devine lourde. A chaque arrêt Achille déambule dans des décors très post-modernes, aux vitraux colorés style années 60-70. L’univers visuels architectural est vraiment réussi et particulièrement original en parvenant à créer une ambiance que l’on imagine issue de la mémoire du mort. Dans un genre proche, le monsieur Mardi-gras de Liberg s’en tirait plus laborieusement, sans doute par une certaine monotonie graphique et un manque d’humour.

    Si la linéarité des aventures d’Achille peut finir par lasser (le volume fait presque 200 pages), la variété visuelle accroche l’œil en nous montrant la palette des talents de Benjamin Flao qui se rapproche par moment d’un certain Jean Giraud dans une volonté d’épure. Et lorsque l’histoire s’accélère en revenant au réel, aux dernières heures d’Achille, nous révélant qui furent vraiment le pote et la fille dont on nous parle depuis le début, on passe directement la quatrième vitesse, en adoptant un style visuel du genre des Innomables, rapide, sombre, très efficace en matière de dynamisme, mais qui tranche violemment avec ce qui nous était offert jusqu’ici. La rupture était peut-être nécessaire à l’histoire, mais j’ai personnellement trouvé que c’était trop sec, trop différent…

    Il reste que les deux auteurs nous proposent avec Essence une magnifique virée dans l’imaginaire artistique de Benjamin Flao, un exercice de style, une sorte de carnet de croquis scénarisé qui, si vous aimez les expérimentations et la patte de Flao, devrait vous combler. Un objet assez unique qui devrait être une pièce de choix dans votre bibliothèque.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/03/essence/

    Shaddam4 Le 10/10/2018 à 16:09:07
    Black Magick - Tome 1 - Réveil

    Cela fait quelques comics indé Glénat que je lis et je dois dire que l’éditeur soigne ses ouvrages. La couverture est non pelliculée, maquette extérieure harmonisée entre les volumes, couvertures originales des épisodes, couvertures alternatives assez dispensables en fin de volume ainsi qu’un très long texte pseudo-historique détaillant la chasse aux sorcières au Moyen-Age et faisant office de prologue (et que je conseille vivement de lire pour poser le contexte historique de cet univers). Je ne trouve pas la couverture ni parlante pour ce volume ni particulièrement réussie, dommage pour une illustratrice du talent de Nicola Scott. Globalement du bon boulot d’édition.

    Rowan Black est une sorcière. Elle est aussi flic à Baltimore (vous savez, la ville de The Wire…). Lorsque ses deux vies se retrouvent emmêlées elle devra comprendre la menace qui plane sur elle, une menace qui vient du fond des âges et transgresse les règles en utilisant le Magick…

    Lorsque ce volume est sorti j’ai été accroché par les aperçus des planches intérieures, plus que par la couverture ou le sujet qui ne semblait pas très original (les histoires de sorcières on en a vu pas mal…). Je ne l’avais pas alors remarqué mais l’illustratrice, Nicola Scott (quoi, une illustratrice dans l’univers des comics de super-héros? Çà existe? Yessss!) est à l’origine des magnifiques couvertures de Wonder Woman Rebirth. Côté scénariste, je n’avais rien lu de Greg Rucka et je viens tout juste de me forcer à lire le premier Lazarus, série encensée mais horriblement dessinée… Avec de très bons échos et une histoire policière assez classique, j’ai décidé de me lancer sur Black Magick.

    Et très bien m’en a pris tant cet album à l’esprit résolument européen est réussi et inspiré! C’est la première réflexion que je me suis faite en fermant ce tome sur un cliffhanger très réussi: une sensibilité, une atmosphère étonnante pour une histoire de guerre occulte sur fonds de magie noire. Ce tome a des similarités avec une autre série, franco-belge (ou italo-belge…): Rapaces. Le dessin d’abord, très proche de la technique de Marini, faite de beaux visages, de couleurs au lavis dans un cadre très dessiné. Scott comme Marini ont une parfaite maîtrise anatomique qui leur permet de dessiner les contours des personnages et quelques traits intérieurs mais c’est le pinceau qui donne de la. Cela donne un habillage vraiment superbe. Malgré la présence d' »assistants » indiqués en crédit, cette méthode est toute européenne et très éloignée des habitudes industrielles séparant dessin/encrage/couleur. Idem pour la planche d’homme nu, aussi naturelle que dans un Marini ou toute autre album européen et qui renvoie la récente affaire de la bite de Batman au rayon de vaste rigolade infantile…

    Le scénario également démarre sur les mêmes bases: une enquêtrice et son super collègue se retrouve confrontée au fantastique. On part sur de l’enquête policière dans ce qu’il y a de plus traditionnel (preuves, légiste, témoignages,…) mais la principale différence ici est que contrairement à Rapaces dès les premières pages nous savons que Rowan est une sorcière. La question qui se pose sera de savoir qui lui en veut et la mise en place d’une conspiration entre factions occultes. A ce titre, l’irruption d’un « agent allemand » donne lieu à deux pages… en allemand non traduit! Le soucis c’est que les dialogues sont très importants pour comprendre à qui nous avons affaire et je n’explique pas que l’éditeur se soit dispensé d’une traduction…

    Généralement c’est sur les scénarii que l’on remarque avec la plus grande évidence la différence entre les auteurs hommes et femmes. Sur Black Magick, sans connaître le scénariste j’aurais parié sur un duo féminin, en raison d’un rythme, d’une attention donnée à des détails d’ambiance et de relations entre les personnages. Sur ce plan le duo formé par Rowan et Morgan, son équipier, dans une relation toute en regards (magnifiquement et très subtilement rendus par Nicola Scott) est vraiment intéressant, nous laissant deviner un amour platonique, à moins que l’héroïne ne se fasse des idées, son confrère attendant tout juste un enfant et semblant par ailleurs très heureux en couple… Les auteurs posent très discrètement des jalons vers une montée en tension, reposant sur la protection par la sorcière de ce cadre familial idéal que l’on imagine devoir être bientôt menacé…

    Ce que j’ai aimé dans cet album, c’est vraiment la délicatesse des dessins et des ambiances (pourtant il y a bien des cadavres, un esprit démoniaque et des tensions). Les visages mélancoliques de Scott y font beaucoup et la perfection des traits et des planches globalement ajoutent à ce bien être du lecteur pour un album vraiment agréable à découvrir. On part donc sur des bases très qualitatives, qui peuvent aboutir à une très grande série si le tout reste aussi maîtrisé dans les prochains tomes. Un des tout meilleurs comics de l’année!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/08/black-magick-1/

    Shaddam4 Le 02/10/2018 à 14:39:23
    La guerre des autres - Tome 1 - La guerre des autres

    L'ouvrage est introduit par une page synthétique sur les événements qui ont amené à la guerre du Liban. Très bien expliquée, elle aide à s’immerger dans les événements de contextes entourant cet album. L'ouvrage lui-même est découpé en deux parties (avant le déclenchement de la guerre et les conséquences du début des hostilités). En fin d'album l'auteur détaille le côté autobiographique, accompagné par des photos personnelles et enfin d'une chronologie de l'histoire du Liban. Je suggère de lire cette post-face avant l'album, je pense que cela aide à appréhender la BD.

    En 1974 la famille Boulad, chrétiens d'Egypte émigrés au Liban, mène une vie paisible à Beyrouth, entre la librairie du père et le théâtre de la mère. Cette douce vie voit pourtant la montée des tensions confessionnelles dans un pays qui n'est pas le leur. Quand un an plus tard la poudrière s’enflamme, leur vie bascule.

    J'avais beaucoup aimé le précédent album de Gaël Henry, Jacques Damour, où j'avais noté sa maîtrise du découpage, du mouvement et de l'expressivité, à la manière d'un Blain. Le style de l'auteur va vers des encrages forts sur des dessins au trait léger, parfois gribouillés, bref, rapides. C'est un genre graphique... et l'on décèle sur les cases un peu techniques (bâtiments, perspectives, véhicules,...) que le dessinateur sait produire des planches précises. Néanmoins, si sur Jacques Damour la colorisation et la dynamique générale m'avaient fait oublié des dessins parfois approximatifs, sur La guerre des autres j'ai été déçu par des couleurs que j'ai trouvé ternes et un scénario posé qui jour sur les ambiances plus que sur le mouvement, ce qui n'est pas forcément le point fort de Gaël Henry. Ce style graphique est vraiment étrange car il peut produire avec le même type de traits parfois vraiment minimalistes, de magnifiques séquences comme sur Une Sœur de Vivès ou d'autres mal finies... Difficile équilibre.

    L'histoire m'avait attiré car elle portait sur une histoire récente, politique, d'une région du monde hautement complexe. Le Moyen-Orient, la Palestine, la cohabitation des communautés. Sujets passionnants. Le traitement choisi est autobiographique, la jeunesse du scénariste, une tranche de vie, des atmosphères, celles des années 70 dans un Moyen-Orient moderne, entre Occident et Orient, avant les guerres généralisées, avant l'islamisme, une époque où les Non-alignés créaient des espaces de liberté qui nous semblent bien loin quand on pense aux pays méditerranéens. On a un petit côté Tran Anh Hung dans ces ambiances lascives, oisives, où la question financière semble vaguement secondaire. La sœur tombe amoureuse de tout ce qui bouge en tentant de bosser son bac, le grand frère redoute le service militaire et la mère tente de reprendre son indépendance... Cette histoire familiale est indéniablement intéressante et les textes nous entraînent avec en toile de fonds le contexte politique, les réfugiés de OLP qui créent des tensions avec les milices chrétiennes dans un pays organisé confessionnellement. En tant qu'autobiographie, la ligne scénaristique est contrainte et comme l'on reste globalement à l'intérieur de cette famille de ses murs, l'aspect historique reste assez secondaire, l'album se raccrochant plutôt à une certaine mode nostalgique dans pas mal de récits, comme sur les Beaux étés de Zidrou par exemple. Ce côté n'est pas ce qui me passionne le plus et j'aurais aimé voir le côté "incidence de la grande Histoire sur la petite histoire" plus présent.

    Pour peu que l'on aime le style graphique et ces ambiances rétro à base de libération sexuelle, de rouflaquettes et de chemises à fleurs, La guerre des autres vous fera passer un beau moment au bord de la Méditerranée.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/26/la-guerre-des-autres

    Shaddam4 Le 02/10/2018 à 14:30:52

    Au niveau éditorial l'album est plutôt dans le haut du panier chez Panini, avec une préface habituelle de contexte sur Marvel Legacy, deux pages (assez moches) de présentation des personnages, les couvertures originales et des bonus en fin de volume sur le design des personnages et la création de l'histoire.

    Tous les mille ans la Convention est formée pour permettre une discussion diplomatique entre Enfer et Paradis afin de régler les différents dans la guerre éternelle que se livrent les deux forces. Cette fois-ci les règles ont changées et menacent de rompre à jamais l'équilibre éternel, obligeant Daïmon Hellstrom (le fils du Diable) à réunir une équipe... pour sauver l'univers! 

    Pour commencer cette chronique je précise que la quasi totalité des personnages et contexte de cet album Marvel m'est inconnue. Hormis les films Blade et Ghost Rider je découvre cet univers qui ressemble (en plus fun) à celui du Hellblazer (Constantine) de chez DC, au film Dogma de Kevin Smith et surtout au jeu de rôle In Nomine Satanis jadis illustré par monsieur Varanda, et dont on retrouve totalement le côté délirant. Je reconnais que j'adore absolument ces histoires de lutte entre enfer et paradis (le Rapture de Valiant avait ce côté très sympa et moins sérieux que Shadowman) avec ces archanges intervenant en personne, un Diable coquin au possible et des manigances pour contourner les règles. Avec ici des anti-héros très rock'n'roll (dont un Ghost Rider que je voyais comme assez kitsch jusqu'ici), on a résolument une histoire one-shot très fun et joliment mise en image par un illustrateur espagnol assez bon.

    Les dessins sont une surprise car hormis les pointures des Big-Two les comics indé ou sur des héros mineurs sont rarement un éblouissement oculaire. Je n'irais pas jusqu'à dire que Baldeon fait partie du gratin des illustrateurs de comics, mais franchement, dans l'école Humberto Ramos/Madureira on est quand-même dans la même catégorie. La colorisation très informatique ne permet sans doute pas de juger à sa juste valeur l'encrage (qu'on pourra apprécier dans les bonus) mais elle apporte, par une profusion d'effets de lumières et de flammes très jolis, une belle tonalité complémentaire à cet album. Sincèrement je me suis fait plaisir graphiquement alors que la couverture assez moyennement dessinée ne me préparait pas à cela. Les tronches un peu cartoon et le design à l'outrance assumée participent de cette idée d'une série B à gros moyens.

    Et l'histoire est remarquablement construite, sans complication inutiles, sur le mode d'une enquête classique, avec un premier mort révélant une conspiration plus vaste, passage de témoins démoniaques à tabac et moultes bons mots échangés entre ces sales gueules de l'univers Marvel. Les auteurs expliquent dans les bonus un traitement différencié selon le personnage suivi, de l'ambiance "actionner 80's" pour Blade au polar pour Hellstrom ou Dragon ball pour Ghost Rider... Il y a de l'idée et cela permet de varier les planches et les séquences. Pas de faux rythme ou de ralentissement dans une histoire qu'on regrette presque une fois la centaine de pages achevées.

    One-shot plus proche d'un indé de chez Image, Esprits de vengeance a le très gros mérite d'être absolument accessible à n'importe quel lecteur de BD, de se suffire à lui-même et d'avoir une cohérence graphique et scénaristique sans prétention mais terriblement efficace. Si le projet avait été un poil plus ambitieux (et si je ne l'avais pas lu en version numérique) on était pas loin des 5 Calvin!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/10/01/les-esprits-de-la-vengeance-2

    Shaddam4 Le 24/09/2018 à 10:51:33
    Batman Metal - Tome 2 - Les Chevaliers noirs

    Suite du volume 1 publié par Urban, ce volume comprend le troisième épisode de la série Batman: Métal (dessinée par Greg Capullo) enchâssé dans les épisodes one-shot relatant l'apparition de chacun des Batmen du multivers noir fusionnés avec l'un des héros de la Justice League. Le gros volume comporte comme le précédent, en prologue un résumé éditorial de contexte, une court synthèse des personnages DC impliqués dans ce volume, en en fin de tome un plan du multivers et une très courte galerie. L'illustration de couverture est particulièrement trash (avec un gros rappel du Deuil de la famille du duo Snyder/Capullo, et franchement magnifique!

    Dans différentes Terres du multivers, Batman se retrouve confronté à ses terreurs et à ses échecs. Sacrifiant ses amis de la Ligue de Justice, Bruce Wayne, dans ses différentes représentations, capitule et ouvre son cœur à la noirceur de Barbatos, devenant l'un des chevaliers noirs du Multivers noir. Ce sont les récits de ces versions de Batman qui nous sont proposés ici...

    Après la lecture de ce second volume du run Metal, deux conclusions: premièrement nous avons là sans doute l'un des arcs les plus ambitieux produits par DC, à la fois graphiquement de très haut niveau et aux incidences thématiques et dramatiques très profondes. Deuxièmement, si vous démarrez du DC là-dessus accrochez vous, la narration est compliquée à souhait entre les trames temporelles, les différentes itérations de Batman et l'art de la complication scénaristique qu'ont les auteurs de comics...

    L'album est plus riche que le précédent car plus cohérent. Hormis le troisième épisode de Batman: Metal, sur lequel je n'ai pas compris grand chose (tellement de liens avec l'histoire éditoriale de Batman et de DC), on découvre au travers des histoires des différents chevaliers noirs suivant le Batman qui rit et apparus à l'ouverture du Multivers noir, ce qui a provoqué cette catastrophe. Chacun des scénaristes derrière ces one-shot parvient à créer à la fois une variation super intéressante fusionnant Batman et un des membres de la JL et faire avancer la compréhension de l'intrigue principale.

    Là où le volume précédent était un peu rempli pas des épisodes anecdotiques, ici tout se tient et c'est finalement plus le retour de Snyder et Capullo qui nous perd avec cette difficulté à n'avoir jamais de continuité directe d'un épisode à l'autre (à chaque fois on se demande: on est quand? on est où?) et avec des idées WTF qui ressortent de façon étonnante pour un duo créatif qui a produit de si bonnes choses par le passé. Les stand-alone parviennent à atteindre une profondeur dramatique vraiment inspirée, notamment sur le dernier épisode "Lost" qui voit Batman perdu dans son esprit et dans le Multivers noir, revivant ses précédentes aventures. L'on se demande alors s'il est vraiment possible que DC ait construit depuis si longtemps des pistes réfléchies menant à Metal... J'en doute mais l'artifice marche superbement! On passe donc tout un album à lire des histoires de Batman sans Batman, des histoires au fonds identiques, sans que l'on ne s'ennuie le moins du monde.

    La noirceur générale du volume est réellement désespérante et si certains trouveront ça un peu too-much, je trouve que l'objectif est totalement réussi de désespérer le lecteur qui finit l'ouvrage sans aucun espoir de victoire finale et en se demandant si Metal n'aboutira pas simplement à des intrigues situées dans le multivers noir... Je suis le premier à crier aux interminables reboot-relaunch-apocalyptiques des Big-two mais ici je dois reconnaître qu'on est accroché (notamment grâce à l'exigence graphique que personnellement je n'ai jamais vu si haute sur une équipe artistique d'une telle taille). J'ai tellement pris l'habitude d'être déçu à lire des comics de super-héros que je dois reconnaître une assez grosse attente de connaître la chute de ce run! Pour peu que l'on accepte de faire l'impasse sur toute la ribambelle d'artefacts, personnages et concepts issus de 50 ans de publications DC, Les chevaliers noirs apporte une vraie fraîcheur qui peut même donner envie d'aller lire d'autres arcs ...

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/24/batman-metal-2-2

    Shaddam4 Le 24/09/2018 à 10:49:05

    La très jolie couverture est bien en phase avec l'histoire et dotée d'un vernis sélectif. La maquette est très propre, la quatrième de couverture intrigante. Très bon travail d'édition... hormis une ou deux coquille que l'on pardonnera à l'un des premiers albums de l'éditeur.

    Alors que l'on célèbre la fête des dragons comme chaque année, Aeka voit sa famille massacrée devant ses yeux par un énigmatique guerrier masqué, aussi impitoyable qu'invincible. Enlevée par lui, elle va être entraînée aux arts guerriers par son propre ennemi, jusqu'à ce qu'elle soit capable de le terrasser. Mais l'homme semble lié au passé qui a vu la défaite des hommes sur les Dragons...

    Aeka est une histoire de vengeance, de sabre et de dragons. Pas mal comme pitch. L'album commence pourtant assez lentement, voir même de façon assez banale pour ce genre d'univers, juste de quoi nous faire toucher du doigt la personnalité forte de l'héroïne et le contexte semi-fantastique du japon des samouraï. J'ai cru un moment que l'on verserait dans une énième histoire de Shogun et d'histoire d'honneur... Mais dès l'irruption du guerrier, en une scène assez réussie, on est accroché. L'album se lit assez vite avec la formation de la jeune fille qui doit apprendre à se surpasser et développer ses sens, quasi surnaturels dans des décors sylvestres. Si elle n'a rien de révolutionnaire, l'intrigue est intéressante, comportant suffisamment de mystère pour donner envie de poursuivre et le scénario avance à un rythme bien équilibré en progression. La mise en scène est du reste efficace.

    Sur le dessin j'ai eu un peu de mal en revanche. Rien de honteux, l'illustrateur sait tenir des crayons, mais on est plus dans la qualité moyenne d'un album de fantasy de chez Soleil que sur le précédent album de Kamiti. Tout le monde ne peux pas avoir le même niveau et quand on voit l'illustration de couverture  et la qualité des encrages on peut gager que Fabrizio Cosentino a de la marge de progression, d'autant que sur la maîtrise de la mise en scène il n'y a rien à redire, c'est lisible et parfois même assez sympathique pour certaines planches. J'avais lu le premier Monde de Maliang sur lequel j'avais trouvé les dessins très réussis et malheureusement tiqué sur la reprise (par Consentino) avec des dessins manquant de technique. Pourtant quand on voit la page web de l'auteur il y a clairement du potentiel, notamment dans la colorisation numérique.

    En résumé, on a ici un album de fantasy assez classique tendance adolescents, qui ne sort pas forcément du lot de la production grand public mais reste d'une lecture agréable et dont la progression scénaristique sait attirer vers les prochains volumes, avec un contexte mystérieux qui peut faire gagner la série en qualité dans le temps. Et pour peu que le japon médiéval vous botte vous pourrez passer un très bon moment en compagnie d'Aeka.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/22/aeka-hiver-rouge

    Shaddam4 Le 19/09/2018 à 09:40:22
    Conquêtes - Tome 1 - Islandia

    Je ne suis pas grand fan des séries commerciales de chez Soleil dans lesquelles officie Jean-Luc Istin, du coup je ne connais pas le travail de ce scénariste. Pourtant le concept de cette série annoncée en 5 tomes me paraît alléchante: une planète à coloniser par album, un contexte différent, des personnages différents. Avec une très percutante couverture et un petit truc dans le dessin, cela m'a suffit pour entrer dans l'histoire.

    La flotte arrive enfin en orbite d'Islandia après des milliards de kilomètres et trente années de cryosommeil. Une flotte de colonisation. Une planète habitée par des indigènes pacifiques. Mais très vite pour l'oberleutnant Konig quelque chose semble clocher dans cette arrivée. Commence une enquête pour découvrir une conspiration qui va remettre en cause ce voyage sans retour...

    Islandia, le premier tome d'une nouvelle série de SF militaire est une très agréable surprise dont je n'attendais pas tant, ayant commencé la lecture surtout pour les dessins de Zivorad Radivojevic. Je découvre cet illustrateur qui a, malgré quelques failles techniques de perspectives, une patte très intéressante qu'il faudrait voir en noir et blanc pour apprécier plus précisément son dessin (la couleur n'est pas honteuse mais très informatique, elle donne cet aspect interchangeable qu'ont beaucoup de comics et de BD de chez Soleil).

    Le premier aspect novateur est dans le choix d'une culture germanique à cette flotte de colons avec un design très réussi vaguement inspiré de l'armée du troisième Reich. Istin évite la fausse bonne idée de calquer des idéaux nazis sur cette armée, qui a simplement le comportement classique de toute armée de conquête envoyée là après ce qu'on comprend avoir été un Armageddon sur terre... Aucune information directe de contexte, du pourquoi de la présence de cette flotte mais le scénariste distille quelques miettes qui laissent penser que le contexte général prendra forme à mesure de la lecture des cinq one-shot de la série. J'aime bien l'idée d'un univers cohérent dans lequel nous assistons à des histoires séparées (un peu ce que fait Fred Duval sur ses séries SF). Istin a construit cela avec ses séries fantasy depuis pas mal d'années et a donc de la bouteille.

    L'histoire de cet album, après le réveil des militaires et le premier contact du lecteur avec l'héroïne, nous plonge rapidement dans une sorte d'enquête policière entre l'Oberleutnant Konig, son compagnon et l'IA de la flotte. Pas mal de concepts intéressants sont proposés (comme cette IA qui est tout sauf la voix de son maître!) et l'ensemble des personnages secondaires sont étonnamment développés quand on aurait pu s'attendre à des archétypes de jeu vidéo. Istin accorde un vrai rôle à chacun (l'héroïne est très réussie en mère acariâtre et Badass) et malgré l'intrigue nécessairement assez simple du fait du format one-shot, on apprécie les dialogues. La relation avec les autochtones ne propose guère plus de choses que depuis Aquablue (à savoir une vision écologiste face à une société technologique d'invasion) mais pas de faute de gout non plus. Le fin mot de l'intrigue m'a semblé un peu tiré par les cheveux et surtout en décalage avec une ambiance techno-réaliste sur la plus grande partie de l'album. Rien de risible mais l'effet Slasher vu dans une majorité de films de SF se retrouve malheureusement ici.

    On reste avec un album très grand public de très bonne facture et dans la moyenne haute pour un produit aussi formaté. De quoi donner envie de lire les autres volumes de la série, pour peu que le niveau graphique soit aussi bon que sur Islandia.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/19/conquetes-islandia

    Shaddam4 Le 17/09/2018 à 10:32:18

    Les couvertures de Guerineau n'ont jamais été particulièrement bien inspirées, comme quoi on peut être un très grand dessinateur et pécher sur la couverture. L'image est du reste parlante même si, selon moi, pas forcément percutante. L'ouvrage est au format quasi-comics de l'excellente collection Mirages de Delcourt (que je vous recommande vivement d'explorer), papier épais. Pas de bonus particulier.

    A 22 ans le jeune roi Charles IX, soumis à sa mère la redoutable Catherine de Medicis, ordonne les massacres de la Saint-Barthélémy, événement sans commune mesure dans l'histoire du royaume. Hanté par son acte, il finira son règne entre les poèmes de Ronsard et une gestion de la vie et de la mort immorale...

    J'avais découvert Guérineau sur le Chant des Stryges, série sur les premiers cycles desquels il a fait montre d'un art du cadrage, du rythme et des encrages redoutables. Je dirais ensuite que sa finesse s'est usée, sans doute à l'usage d'une série très longue qui ne lui a que peu laissé le temps d'expérimenter d'autres univers. J'avais lu le très bon (et contemplatif) western Après la nuit ainsi que son XIII mystery très politique il y a quelques temps et espérait qu'il se produise sur des one-shot. Cela semble chose faite et maintenant que les Stryges le laissent en paix il ne semble aucunement lassé du dessin et enchaîne ce qui ressemble à une série sur les rois de France: Charles IX puis Henri III dans son récent Henriquet, l'homme-reine dont le personnage est issu du précédent. Étonnant aléa je lis cet ouvrage juste après la formidable adaptation de Jean Teulé (encore) Je, François Villon par Luigi Critone, où l'on retrouvait déjà la violence brute, l'indolence du personnage principal et une certaine expérimentation visuelle. Il semble que Jean Teulé ait inspiré le même genre de visions aux deux auteurs...

    Ce qui marque dans cet album, c'est la très grande liberté d'un auteur qui s'assume comme tel et le sentiment que les contraintes de la série commerciale avec scénariste avait impliqué un besoin de grande respiration. On a toujours chez ce dessinateur un pessimisme noir sur l'humanité et une approche politique appuyée. Le point de départ, crime originel est la Saint-Barthélémy, qui entraîne une foule de réflexions en mode humour noir sur le pouvoir, la folie des guerres de religions et de monarchies consanguines, dégénérées et hors sol. La quatrième de couverture incite à la compréhension envers ce roi qui est néanmoins présenté comme un tyran, fou au milieu des fous. Pour illustrer cette désarticulation Guerineau alterne des planches assez classiques (et très belles), des expérimentations contrastées de rouge et de noir, des délires en mode Peyo,... Ce qui est perturbant ce ne sont pas les séquences en rupture graphique brutale mais l'alternance entre des planches encrées et d'autres bien moins travaillées sans que l'on comprenne bien pourquoi. Mais l'ensemble est particulièrement inspiré et sort tout à fait de l'ordinaire des albums BD.

    Sur le plan du scénario, Guérineau se cale dans les pas de Dumas et la Reine Margot, ou de son adaptation magistrale par Patrice Chéreau au cinéma. Ainsi de l'hypothèse d'une Catherine de Medicis castratrice avec un roi terrorisé à l'idée de perdre son amour, ainsi surtout de l'idée d'un empoisonnement du roi par sa mère elle-même, scénario développé par Dumas mais ne reposant que sur de faibles supputations historiques. Nous sommes donc bien dans un objet immaginaire, fantasmé et réapproprié par un auteur. Le point de départ est cette séquence terrible en huis clos, ce tribunal où pour la seule fois le roi nous paraît humain. Après quoi il nous sera présenté comme un adolescent attardé, fuyant sa responsabilité en des jeux tantôt mortels, tantôt cruels, mais toujours violents.

    BD inattendue pour moi, Charly 9 me donne très envie de lire la suite Henriquet et probablement les futurs one shot d'un illustrateur décidément très élégant et qui désormais loin des projecteurs rivalise avec la coqueluche du moment, un certain Ralph Meyer.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/14/charly-9

    Shaddam4 Le 17/09/2018 à 10:29:35

    L'ouvrage Steinkis commence par un résumé des origine de la guerre de la Triple alliance (Brésil/Uruguay/Argentine) au XIX° siècle, contre le jeune Paraguay, qui permet de situer le contexte. J'aurais aimé quelques documents en fin d'album pour coller encore plus la fiction au réel...

    Pour finir ce préambule je m'attarderais sur une couverture symptomatique de la qualité du travail de l'illustrateur argentin Gabriel Ippoliti, extraordinaire dessinateur (comme tous les illustrateurs argentins?) que je découvre et dont je suivrais les prochaines publications sans aucun doute! Cette illustration attire sur le regard magnifique de l'enfant en rouge, puis sur les costumes démesurés des autres petits soldats pour enfin tomber en haut sur le regard du photographe, témoin de cette horreur. Tout l'album est résumé dans cette image et j'avoue que j'ai rarement vu une "affiche" à la fois si belle, si accrocheuse et si fidèle au contenu. Cet artiste a une maîtrise au scalpel de son art et de la composition, comme je vais l'expliquer plus bas.

    Entre 1865 et 1870 a lieu une terrible guerre en Amérique latine, une guerre folle aux motifs oubliés et dont les protagonistes, des héritiers dynastiques perdus comme des nobles européens déchus, utilisèrent leurs peuples comme revenche. Un peuple qui ne voulait pas d'histoire, comme ces pacifiques indiens Guarani dont les fous de guerre finirent par prendre même les enfants. Un photographe français en reportage sera témoin de cette folie, de cette barbarie inouïe...

    Cet album est un choc tant visuel que thématique. Il parvient à frôler la perfection dans la simplicité du récit comme dans la justesse du dessin et du cadrage. Ce duo argentin nous propose avec Guarani une plongée d'une beauté et d'une humanité folle dans des événements dont personne ou presque n'a entendu parler. Les guerres coloniales ou nationalistes furent très nombreuses au XIX° siècle mais européanocentrés comme nous le sommes ce qui s'est passé de l'autre côté de l'Atlantique ne nous est pas connus. Nous découvrons donc un continent en proie à une guerre sans doute instrumentalisée par les puissances anglaise et américaine et dont la pertinence n'égala pas celle de nos guerres européennes. Le scénariste Diego Agrimbeau place finement le lecteur dans les pas d'un témoin naïf en la personne d'un colosse terriblement charismatique et archétype bien connu de la technique du récit: le photographe. Pierre Duprat veut voir les indiens Guarani, situés en plein front et enrôlés de force dans une guerre qui n'est pas la leur. Le français entame un voyage initiatique, spectateur d'une Amérique étrange, naturelle où comme dans Apocalypse Now, la remontée du fleuve fait se rapprocher du Mal. Entendons nous bien, l'album est traité avec beaucoup de douceur et seules quelques cases et le contexte général nous font comprendre les affres de la guerre. Doux géants frappé par la brutalité de ces hommes sur un continent qu'il ne connaît pas, il rencontre avec les Guarani (dépeints par Emmanuel Lepage dans son magnifique Terre sans mal il y a quelques années) des esprits purs, sans violence et à la beauté paradisiaque. Le scénariste donne une grande subtilité aux planches de son acolyte en passant beaucoup de choses par le regard, notamment cette relation platonique où l'on devine de l'amour, un amour courtois impossible mais où les auteurs n'interviendront pas...

    Dès les premières planches nous sommes saisis par la qualité et la maîtrise graphique d'Ippoliti qui, dans un style BD aux effets crayonnés trouve une justesse de ton, des regards, des cadrages proprement sidérante. Le dessin BD n'est pas que technique, c'est surtout une intelligence qui fait réaliser que tel dessin finalement assez simple, acquiert une pureté, un réalisme grâce à d'infimes détails de tracé ou de mise en scène. Toutes les scènes, qu'elles soient urbaines, guerrières ou itinérantes, ont un dynamisme qui fait croire à un dessin animé et nous immerge totalement dans le récit et ses personnages très attachants par-ce que pertinents, justifiés, entre le photographe nationaliste paraguayen, l'indien exilé en ville ou ces Guarani muets mais à la beauté si parfaite.

    On a coutume de dire que le bel art est simplicité. Il y a de cela dans Guarani, une histoire simple mais aux répercutions fondamentales (l'utilisation aberrante d'enfants pour "jouer" à la guerre, la corruption de la pureté, la quête de sens d'un témoin extérieur mais si touché). Dans l'esprit on est pas loin de l'ambiance de la Ligne rouge, le chef d'oeuvre de Terrence Malick au cinéma. Des images et des chants qui restent en mémoire. Un grand coup de cœur et un coup de chapeau!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/16/guarani

    Shaddam4 Le 17/09/2018 à 10:21:44
    Renato Jones - Tome 2 - Saison deux : Freelance

    Renato Jones est de retour ou plutôt son avatar vengeur: Freelancer (incarnant la liberté d'assassiner dans un monde où les 1% considèrent normal de tout contrôler). La première saison avait présenté les origines de Renato et son dilemme insoluble en la personne de son amie Bliss, membre des 1%...

    L'album reprends là où le précédent s'était achevé, sur un affrontement au dénouement inattendu avec Super Méchant (l'auteur explique dans les bonus que ce nom était au départ une blague mais a finalement été retenue... et je confirme que cela ajoute beaucoup au côté déraisonnable et très attachant du projet!). Le risque avec les auteurs de comics est toujours celui de se laisser porter par un design réussi comme une fin en soi (genre Poet Anderson). C'était un peu le cas sur le premier volume, même si le travail graphique de textes mélangé aux cases et la structure générale de l'objet pouvait le justifier.

    Le père de Bliss est porté à la présidence des Etats-Unis et avec lui l'accès des 1% à la toute puissance. Renato a échoué, la charge est trop forte. Pourtant ces adversaires de l'humanité ont identité leur ennemi, le Freelancer, dont ils vont essayer de trouver l'identité...

    Sur Freelancer on monte d'un cran en qualité en évacuant notamment les complexités d'aller-retour temporels qui ne facilitaient pas une lecture déjà) surchargée par l'habillage et le dessin d'Andrews. Là-dessus je suis vraiment content par-ce que dans les comics j'ai plus souvent l'expérience de l'inverse... Débarrassé du problème de l'"origin story", l'auteur se lâche en appliquant la rupture radicale nécessaire à la bonne tenue d'une histoire: très vite les méchants gagnent et Renato tombe dans la dépression! Arrivé à ce stade Andrews évite le Deus Ex machina facile en déroulant une continuité cohérente avec des éléments mis en place dans le premier tome. On est surpris, perdu, ravis, bref, du très bon scénario! Fondamentalement Renato est un Batman sans slip dans le monde réel et l'auteur joue sur les mêmes registres de la famille et du père adoptif ainsi que sur l’identité du justicier. La post-face est très intéressante pour comprendre la construction de cette seconde saison, avec l'arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de ces 1% en la personne de Donald Trump! Le risque de voir le côté subversif de l'ouvrage était alors grand en rejoignant la réalité. L'auteur a ainsi fait le choix de la surenchère cataclysmique, qui aurait pu paraître too much si l'on ne connaissant pas le contexte de notre monde. En cela Renato Jones est sans doute le comic le plus lié à l'actualité qui ait été publié! Même pas de l'anticipation, une simple illustration...

    Graphiquement également les pages s'apurent. On a plus de blanc et noir contrasté assumé, ce qui facilite la lisibilité et permet d'apprécier mieux la qualité du dessin. Je trouve que l'artiste dessine plus qu'il ne design et cela améliore le rendu général. Si "les 1%" piochaient graphiquement dans le Dark Knight de Miller, ce volume penche plus vers du Sin City et c'est tant mieux! Les séquences d'action sont toujours aussi foutraque et les grosses ellipses sont parfois surprenantes. Mais rappelons nous que nous restons malgré tout dans le registre super-héroïque, genre où le combat 1 contre 1000 achevé par une apothéose est entré dans les codes familiers.

    Si j'avais beaucoup apprécié le projet général et l'implication de l'auteur sur le premier tome, j'avais constaté quelques lacunes qui me semblent quasiment disparaître ici, pour proposer un ouvrage politique de première envergure et à la maturité vraiment intéressante. L'enchaînement des deux intrigues rendra compliqué de ne lire que le second tome mais gageons qu'Akileos publiera prochainement une édition intégrale rehaussée de mille et un bonus! En attendant vous pouvez lire l'interview de l'auteur (en anglais) sur le site de l'éditeur Image comics et vous entraîner aux fléchettes sur le président à la houppette blonde en criant:

    Bouffe moi ça!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/17/renato-jones-freelancer

    Shaddam4 Le 11/09/2018 à 09:30:36
    Cannibal - Tome 1 - Tome 1

    L'album a été lu en numérique, donc hormis la maquette reprenant l'habillage d'une bouteille de Whiskey, aucun bonus hormis les couvertures des épisodes, ce qui est rare dans les comics.

    Cannibal vous transporte dans l’Amérique profonde, celle que les scénaristes américains illustrent de plus en plus dans leurs récits de genre, en cette période de Trumpisme où une Nation s'interroge sur son sort et sur la viabilité à faire encore cohabiter des populations si différentes et notamment un Sud réactionnaire, violent, anti-autorité. Car sous un habillage d'histoire d'horreur se cache surtout la chronique d'une fratrie de la Louisiane, un endroit où le centre est le bar, où tout le monde se connaît et où on chasse les étrangers (entendre "étranger au comté"...) à coups de barres de fer. Surtout, un endroit où comme jadis dans l'Amérique pré-Union, les habitants se font justice eux-même en vague forme de milice et où le Shériff bien loin de sa tutelle ferme les yeux. Un univers où la petite amie est gogo-danseuse et où le héros défonce un concurrent juste au cas où...

    L'esprit des scénaristes n'est donc pas à dresser des proximités entre lecteur et personnages. Je ne sais si c'est le dessin ou la construction mais on a du reste un petit peu de mal à suivre qui est qui entre tous ces grands gaillards redneck. La seule once de fantastique reste cette rumeur lancinante qui revient discrètement qui nous fait comprendre que certains deviennent cannibals et l'album s'ouvre et se termine sur une telle scène. C'est tout. Pour une série titrée Cannibal on peut considérer qu'il y a tromperie sur la marchandise. Je ne dirais pas cela mais simplement que l'action tarde un peu à venir comme l'enquête de ce shériff noir très zen qui sait gérer sa population de sang chaud. Le cœur de l'histoire, très bien dessinée (un peu à la manière de Sean Murphy) est intéressant à suivre et l'on a envie de connaître la suite. Ce premier volume de Cannibal est à consommer tranquillement, au calme, sans s'énerver. Il ne vous retournera pas mais vous fera voyager dans un lieu où l'on a pas très envie de vivre et cette immersion convaincante justifie sa lecture.
    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/11/cannibales

    Shaddam4 Le 10/09/2018 à 09:50:16

    Le format comics léger et peu cher est inséré dans une jaquette couleur. La couverture est très attirante avec un dessin type manga. Une interview assez vide conclut le volume, où le principal intérêt (pour qui n’est pas un fanatique de l’auteur Tom De Longe) réside dans les illu de concept très sympa, De Longe ne disant que des platitudes qui ne nous apprennent rien sur la BD et sa réalisation. Étonnant…

    Le monde des rêves existe! Deux frères sont des Poets, dotés de la capacité de circuler entre les deux mondes et de « rêver éveillés ». Ils vont se retrouver au cœur d’une terrible machination du maître des cauchemars qui aspire rien de moins que semer le chaos sur le monde réel…

    Poet Anderson – the dream walker est un coup marketing réussi comme les américains en ont la science. L’interview de Tom De Longe reflète un projet multi-médias qui semble avoir été montée pour développer et vendre une création pensée comme un clip et non comme une BD. Attention, je ne dis pas qu’il s’agit d’une mauvaise BD, loin de là! Simplement la communication faite autour d’un objet très graphique est à l’échelle d’un gros projet ambitieux… ce que n’est résolument pas Poet Anderson, que je vois plus comme un sympathique one-shot. C’est dommage car le travail sur l’univers visuel est vraiment sympa, les design très réussis et l’idée d’un passage entre le monde réel et celui des rêves, si elle n’est pas franchement révolutionnaire, reste toujours sympathique avec beaucoup de possibilités (on se souvient de Matrix pour ne citer qu’un exemple). Le délai entre la première publication du tome 1 et un second volume qui ne pointe toujours pas le bout de son nez me laisse très pessimiste sur une suite à cette histoire. Personnellement je n’aime pas les histoires qui n’ont pas de fin et les auteurs (surtout réputés) qui ne respectent pas leurs lecteurs. Du coup je reconnais que j’ai un sentiment ambigu après la lecture de cet album…

    Mais concrètement qu’avons-nous? Comme dit en résumé, Anderson est le sauveur attendu pour équilibrer les deux mondes face à la menace apocalyptique d’une perversion du monde réel par l’entité maléfique issue des cauchemars. Les concepts et personnages lancés par ce tome sont nombreux et relativement riches, les thèmes archétypaux et mythologiques (le Mal, la fée,…) sont également toujours de bons points pour une histoire fantastique. Le drama est à la hauteur (bien que l’histoire avance très vite) avec dès la fin de ce premier volume, un danger bien palpable qui donne du corps à cet univers. Il y a bien quelques facilités de construction avec ces aller-retour des deux frères entre les deux mondes et la temporisation dans l’apparition des pouvoirs du héros, mais globalement on a un comic-manga très sympathique et visuellement assez réussi (très coloré).

    Je suis assez gêné car peut-être que dans cinq ans après la clôture de l’histoire en 3-4 volumes je serais dithyrambique sur un monde fantastique puissant et onirique, mais le risque d’un album mort-né me laisse sur mes gardes… L’impression que la BD n’est qu’un gadget autour d’un court ou long métrage d’animation fait craindre le simple objet promotionnel pour le groupe de rock de De Longe… Je vous laisse juges…

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/10/poet-anderson/

    Shaddam4 Le 09/09/2018 à 13:06:01
    Red Sun - Tome 1 - Mon frère

    La superbe couverture nous mets sous de bons auspices pour la lecture du premier album d’un nouvel éditeur à qui on pardonnera les quelques coquilles de textes. La maquette est simple, rien d’exceptionnel mais rien à reprocher non plus. L’album est annoncé en deux parties (j’aime ça) et les auteurs expliquent en fin d’album les découvertes des systèmes d’exo-planètes, réalité scientifique qui leur a donné l’idée de ce projet. C’est original et intéressant. Enfin, un making of des étapes conception d’une page par l’illustratrice clôture le volume, ainsi qu’un aperçu d’une page du prochain tome. On sent l’effort éditorial pour développer l’après-lecture et c’est très bien.

    En 2627 l’humanité a été asservie par un bloqueur génétique qui interdit toute violence, et donc toute révolte. Dans le système « Red Sun one » Cass et Bord’ sont frères et sœurs, mineurs travaillent dans des champs d’astéroïdes. Couvé par sa frangine, Bord’ ne rêve que de rejoindre la rébellion qui s’est émancipée du bloqueur génétique et combat pour la liberté des humains contre un mystérieux adversaire…

    Dans la série « une couverture c’est (très) important », Red Sun se pose là! Reprenant les codes de l’affiche de cinéma, avec des personnages forts et ses teintes chaudes solaires, l’album a l’une des plus belles couvertures de l’année. Tant mieux pour l’éditeur tant il est difficile de faire son trou. Là où ça devient intéressant c’est que la couverture est réalisée par l’illustratrice de l’album (assistée d’Antonio Di Luca mais l’on n’est pas dans la démarche commerciale utilisée par beaucoup d’éditeurs sur le modèle des comics US et que je trouve détestable)… et surtout qu’elle n’est pas trompeuse puisque les dessins intérieurs sont largement du niveau de la peinture de cette couverture. Comme on dit, « on ouvre un album pour ses dessins, on l’aime pour son scénario »…

    J’ai pris grand plaisir à la lecture de cette histoire SF qui sait instiller un mystère tenace tout au long du volume en induisant subtilement des informations sur les antagonismes. Les deux frangins sont attachants et crédibles par leurs options de vie opposés et les personnages secondaires (très peu développés, un peu dommage) appuient ce duo. L’intrigue progresse sans longueurs, essentiellement autour de ce frère que Cass va tout faire pour protéger et c’est justement au moment où l’on sent que l’on a besoin d’un événement pour progresser dans l’intrigue que survient la révélation finale. La tension est donc tout le long sur le fil et le côté tardif de l’accélération renforce l’envie de lire la suite. Gros cliffhanger, joli coup scénaristique, c’est très efficace.

    Niveau graphique, pour un premier album c’est déjà très fort. Le making-of explique la technique essentiellement numérique d’Alessandra de Bernardis dont la maîtrise anatomique (les postures des personnages dans toutes les situations sont sans faute) et la caractérisation des visages est vraiment intéressante. Le côté très numérique des couleurs et des textures peut paraître un peu lisse mais cela apporte aussi une ambiance typique de la SF spatiale. Peut-être un peu trop d’effets de lumières mais franchement, beaucoup de dessinateurs chevronnés ne s’en tirent pas mieux. Pour peu qu’elle progresse en publiant, on tient là l’une des illustratrices à suivre de ces prochaines années et qui pourra sans doute dessiner dans tous les styles tant sa technique paraît solide.

    Je suis vraiment content pour les auteurs et l’éditeur de parvenir à publier un premier album si costaud et qui pourra sans difficulté lancer une carrière à suivre.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/05/22/red-sun/

    Shaddam4 Le 05/09/2018 à 13:33:00

    Sur le plan fabrication, on a droit à un très gros album au papier épais et à la très élégante couverture. L'album est découpé en chapitres ouverts par un poème, de Césaire ou de Hugo. L'ouvrage s'ouvre sur un avertissement concernant les éléments de fiction et ceux documentés et se termine par l'article dans la revue XXI qui a donné naissance au projet. Une excellente chose, qui aurait même pu être suivie par un entretien avec les auteurs sur l'adaptation... mais avec une telle pagination on ne peut pas trop en demander. Pour finir, je tiens à préciser que j'ai découvert cet album via un article de Mediapart et ne connaissais pas cet événement.

    En décembre 1944, l'armée française tire sur des tirailleurs sénégalais rassemblés dans une caserne de Thiaroye avant leur démobilisation, provoquant un massacre. L'historienne Armelle Mabon découvre cette affaire et tente de démontrer les falsifications et mensonges autour de ce qui s'avère un crime et une affaire d'Etat tachant l'honneur de l'Armée...

    Ce récit est une fiction. Un scénario basé sur des événements réels et sur l'histoire vraie d'une thésards hantée par ce drame depuis le jour où elle en a entendu parler. Que le format soit celui de la fiction ne recouvre pas l'objet de l'ouvrage qui est bien de dénoncer un mensonge d'Etat fomenté par l'armée coloniale. La grande force de ce récit est de montrer la démarcation très fine entre la recherche scientifique froide et argumentée et le travail journalistique, fait de conviction et de récits. Ici on est plus dans l'enquête journalistique, parue dans la revue XXI, qui pointera du doigt toutes les incohérences administratives du récit officiel vis a vis des réalités des témoignages. La BD montre les difficultés d'Armelle Mabon, ancienne assistante sociale et douée en cela d'un très fort esprit de compassion et de révolte... qui ne colle pas forcément avec ce qui est attendu d'un chercheur, comme le lui rappellent sans cesse sa directrice de thèse et son compagnon. La structure scénaristique vise à montrer la pugnacité d'une femme convaincue et seule contre tous, mais ne tombe pas dans le piège du manichéisme de l'institution forcément à côté de la plaque. La directrice lui pointe des réalités et le rôle de chacun, lui faisant comprendre qu'une fois sa thèse validée elle pourra se lancer sur des travaux de son choix, pour peu qu'ils suivent une démarche scientifique. Car en histoire seuls les faits basés sur des preuves comptent. Dans ce cas là cela ne suffit pas car les documents ont été falsifiés. Il faut alors démontrer l'incohérence des dates, des chiffres.

    Là dessus on est un peu en manque, l'album comme l'article de la revue nous présentant les découvertes de l'historienne sans forcément beaucoup de faits. Étonnamment, les témoignages de familles de victimes ont été cherchés mais peu ceux des militaires. Les reportages nous montrent pourtant souvent (comme chez Davodeau) que c'est du cœur du crime que vient souvent l'information cruciale. Mais dans le cadre d'un massacre impliquant l'armée, la grande muette a sans doute su faire disparaître ou taire toute voix qui puisse dénoter. Ceci transforme alors cet album plus en témoignage qu'en une enquête pointilleuse comme l'excellent album Cher pays de notre enfance chroniqué ici ou le Saison brune de Squarzoni. Il n'en reste pas moins passionnant et remarquablement structuré, autour des doutes, des convictions et des indignations d'Armelle Mabon. L'aboutissement de l'histoire (pour l'instant) est la reconnaissance par l'Etat (en la personne du président Hollande) de ce massacre, minimisé mais reconnu. Ce n'est pas assez pour Armelle Mabon et les descendants des soldats assassinés qui luttent en justice pour le rétablissement de l'honneur militaire de leurs pères ou grand-pères. L'un des protagoniste rappelle à Armelle Mabon que le seul soldat réhabilité de l'histoire s'appelait Dreyfus...

    Graphiquement l'ouvrage est très élégant. Le dessinateur Nicolas Otero n'est pas le plus technique du circuit mais son dessin est très propre, arborant des couleurs douces et qui habillent parfaitement les traits. Il y a beaucoup de visages dans ces pages et il sait produire des expressions vivantes et distinguer ses visages d'hommes noires sans qu'ils soient interchangeables comme dans beaucoup de BD. Je ne connaissais pas cet auteur et ai beaucoup apprécié ses découpages et cases graphiques intercalées entre les scènes de dialogues. La BD documentaire a cela de difficile que les dialogues sont rarement graphiques et tout l'art des dessinateurs est de rendre fluide la lecture. Les auteurs proposent ainsi de nombreuses scènes illustrant le passé, dans les camps de prisonniers allemands ou autour de l'évènement du premier décembre 1944.
    Cet album, outre être une très bonne BD, a le grand mérite de soulever une page noire de notre histoire a peu près méconnue du grand public. Il joue en cela parfaitement son rôle de documentaire en donnant envie de se renseigner plus avant sur cette affaire tragique.

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/02/morts-par-la-france

    Shaddam4 Le 05/09/2018 à 13:29:56
    Je, François Villon - Tome 3 - Je crie à toutes gens merci

    Le triptyque de Luigi Critone sépare la vie de Villon entre ses premiers méfaits d'étudiant (Tome 1), sa vie de bandit (tome 2) et sa repentance (tome 3), de façon remarquablement équilibrée et logique. A la complexité des citations des poèmes en ancien français entre les parties répond une linéarité plaisante et l'élégance du trait.

    Ce dernier volume, après les horreurs passées, s'ouvre sur une séquence de théâtre où le public invisible est clairement le lecteur: Villon s'y confronte à ses démons, sa morale, son sur-moi avec qui il disserte de ce qu'il a fait et de ce qu'il doit faire. Cette introspection débouchera très rapidement sur l'emprisonnement et la torture, aussi abominable que les peines qu'il a causées. Là diverge la fiction des écrits de l'auteur où il se lamente longuement sur son sort et les malheurs que la Justice et quelques puissants lui ont infligé. Dans l'album pas de plaintes passée l'introduction: la dureté de la sanction semble lui mettre du plomb dans la cervelle et lui fait atteindre la maturité tant repoussée. La morale ne porte pas sur une sanction méritée, la BD a montré combien il n'y avait pas de morale en cette sombre époque. Simplement elle pose un principe de réalité à un personnage qui a tenté de s'en émanciper toute sa vie durant.

    L'épisode nous fait rencontrer Louis XI qui le libère après un long et joli dialogue où les crimes du poètes répondent aux crimes du roi, en écho. Si l'intermède du tome 2 avec l'humaniste Charles d'Orléans était un peu frustrante par sa brièveté (l'enjeu pour Critone était de montrer une nouvelle fois la trahison de Villon), les échanges prennent ici une grande force sur des considération philosophico-morales.

    La constance du personnage construit par l'auteur de BD est vraiment remarquable de cohérence tout au long de cette trilogie. Rarement un personnage de BD aura eu une telle épaisseur et le discours une telle solidité. Le travail tant graphique (superbe) que littéraire mérite toute l'attention des lecteurs et je recommande très chaudement l'achat d'une série que Delcourt a eu la sagesse d'éditer en intégrale.

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/04/je-francois-villon-3

    Shaddam4 Le 05/09/2018 à 13:21:53
    Bloodshot Salvation - Tome 1 - Le Livre de la vengeance

    J'ai lu récemment l'intégrale Bloodshot et je précise qu'elle est suivie par deux séries: Bloodshot Reborn (relaunch) et Bloodshot USA, que je n'ai pas encore lues. Salvation fait suite à ces derniers et bien que leur lecture ne soit pas indispensable (on ne sent aucun manque grâce au travail du scénariste Jeff Lemire). La lecture du one-shot The Valiant est également intéressante mais plus par soucis chronologique que par ce qu'il apporte à Salvation. L'éditeur Bliss explique de toute façon cette chronologie comme d'habitude sur ses albums. Pour plus de précisions je vous renvoie vers le camarade de l'antre des psiotiques qui s'est fait une spécialité de l'univers Valiant fort bien décrit.

    Le Projet Rising Spirit qui a donné naissance à Bloodshot n'est plus. Ray Garrison est désormais libre et vit une vie paisible avec sa femme et sa petite fille. Mais le père de sa compagne, un dangereux gourou sudiste ne compte pas abandonner sa progéniture, ce qui va obliger Bloodshot à reprendre les armes...

    Pour aller droit au but, cet album est une sacrée claque qui confirme tout d'abord que la ligne graphique des relaunch des comics Valiant est d'un niveau très élevé qui place l'éditeur clairement au dessus de ses deux concurrents Marvel et DC sur ce plan. Si la salve donnée sur X-O manowar était pour moi inégale, ce n'est clairement pas le cas ici et on se trouve au niveau de qualité de Rapture, c'est à dire sans aucune planche réellement décevante. Deux illustrateurs officient, dans des styles très différents et de façon organisée puisqu'ils décrivent chacun l'une des deux trames temporelles de l'album (maintenant et le passé). On a donc une cohérence graphique totale sur les deux narrations parallèles et c'est très plaisant. Lewis LaRosa notamment, s'est fait la main sur des couvertures (très belles) des précédentes séries Valiant (Bloodshot, Harbringer ou X-O Manowar) et son style colle de près à celui des autres relaunch. Outre la qualité technique indéniable il produit des cadrages vraiment sympa et cinématographiques avec de larges cases qui déroulent la lecture. Du coup ce tome se lit assez vite mais avec grand plaisir.

    La très bonne idée de Lemire (qui pose très vite des liens avec l'univers Shadowman du monde des morts et le one-shot Rapture) est d'annoncer la mort de Bloodshot. Malin puisque ce personnage est depuis le début immortel, on se retrouve donc tout de suite avec deux anomalies: Bloodshot a eu une fille dotée des mêmes pouvoirs que lui et donc, Bloodshot est mort. Comment? C'est ce que va expliquer la série avec de premières révélations en fin de tome. L'autre élément sympa c'est la découverte que Bloodshot n'était pas tout seul à être équipé de nanites! Dans l'intégrale Bloodshot on avait déjà entre-aperçu la bande de bidasses dotés du fameux rond rouge... qui reviennent dans la trame du futur de cet album. Idem avec un chien qui semble avoir subi le même traitement aberrant que le super-chien de superman... un peu WTF mais ce n'a pas d'incidence sur l'histoire alors on oublie (cela est certainement relaté dans Reborn ou USA). Enfin, le méchant se nomme Rampage, un golgoth contaminé par les nanites et dont la trame du présent nous relate la naissance avant l'affrontement prévisible.

    Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir manqué une étape mais j'ai beaucoup apprécié le vent de renouveau qu'apporte ce volume aux constantes de l'univers Bloodshot et sa mise en danger à trois niveaux: d'abord le fait d'avoir une famille, ensuite l'apparition d'un méchant digne de ce nom (le seul à l'avoir mis en difficulté jusqu'ici était rien de moins que Toyo Harada, le psiotique le plus puissant du monde), enfin une menace directe sur ses pouvoirs que je ne révélerais pas ici. Last but not least, une petite pincée de politique est apportée avec ce sud Redneck fanatique décrit via la secte du paternel et qui annonce du gros bourrinage dont le héros à le secret. Ce rafraîchissement doit donc beaucoup au scénariste, dont j'avais noté le travail très équilibré sur The Valiant et sur Descender. Salvation est du coup l'une de mes meilleures lectures Valiant pour l'instant et maintient un niveau très élevé des publications récentes de l'éditeur, avant des sorties très alléchantes comme Savage (du même dessinateur) en fin d'année et le relaunch de Shadowman (dont les premières planches sont superbes) en 2019. Je sens que je deviens accro...

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/03/bloodshot-salvation

    Shaddam4 Le 05/09/2018 à 13:19:31

    Deux éditions de l'album sont sorties en simultané, l'édition normale colorisée (très légèrement) par Vatine avec l'assistance de la grande Isabelle Rabarot et une édition grand format n&b avec un cahier graphique de 16 p. Après lecture je ne saurais dire si le n&b est à préférer, je n'en suis pas certain tant la colorisation écrase sans doute un peu les encrages mais reste très légère et rehausse en revanche certaines cases peu dessinées. Le principal argument de l'édition spéciale restera sans doute le cahier graphique et le grand format (mais n'ayant eu sous la main que la première je ne saurais confirmer). L'album a un vernis sélectif sur le titre et des sections de la quatrième de couverture.

    La Terre après une contamination ayant poussé l'humanité à fuir vers Mars et les astéroïdes du système solaire. Tout ce qui a trait à l’ancienne Terre est prohibé, laissant la place à un juteux marché d'antiquités, au premier chef desquels les livres. Martha voit sa fille mourir accidentellement lors d'une fouille et fait appel à un grand scientifique pour l'aider dans un projet très personnel et terrifiant...

    Si un album a été attendu c'est bien celui ci! Cinq ans après le troisième tome d'Elixirs, la série fantasy qu'il dessine dans le monde d'Arleston, le virtuose Alberto Varanda dont on a pris l'habitude à imaginer le nombre d'heures passées devant chaque case d'une minutie délirante revient avec une nouvelle adaptation d'un roman de Stefan Wul, le dada d'Olivier Vatine depuis quelques années et son assez réussi triptyque Niourk. Pour le coup l'éditeur Comix Buro (en co-édition avec Glénat) a abandonné la ligne graphique de la collection pour offrir un ouvrage qui se veut une pièce de choix dans votre bibliothèque. L'évènement éditorial est donc reconnu (seule chose étonnante, la date de sortie...) et pour cause, les 68 planches sont, sans aucune exception, à tomber. C'est donc la première réussite de l'album, qui n'était pourtant pas évidente du fait de la nouvelle technique utilisée par l'auteur pour cet album. Varanda expérimente beaucoup depuis de nombreuses années, la sculpture, la peinture, et ici une simili gravure qui vise à rappeler Gustave Doré ou à Gary Gianni par moments. Son trait hachuré pourra vous sembler forcé, inadapté. Pourtant c'est bien le regard global de la case et de la planche qu'il faut privilégier. L’œil incrédule découvre alors des textures, des atmosphères uniques qui ne s'expliquent pas. Pourtant Varanda est un maître des contrastes et personnellement je craignais de perdre ces encrages très forts qui font la qualité de ses dessins. Alors oui, le style connu depuis Bloodlines ou Paradis Perdu a changé, plus doux, plus fort aussi. L'ambiance gothique de château isolé dans la montagne enneigée est absolument magnifique. L'ouvrage est tout simplement une œuvre d'art.

    Vient alors le scénario, élément qui n'est pas forcément le point fort de la biblio d'Alberto Varanda. Vatine avait montré sur Niourk sa qualité de narration (personnellement j'ai été assez réservé sur son Angela). Il propose ici une histoire de docteur Frankenstein, teintée d'une mélancolie qui colle bien à cette ambiance. On apprécie autant l'effort important de contextualisation de cet univers SF qu'on regrettera d'en savoir finalement si peu. Cette histoire aurait en effet pu se dérouler sur au moins deux tomes... en se heurtant à une impossibilité: il aurait fallu attendre cinq ans de plus pour que le maître réalise un autre album et il aurait été totalement invendable de refiler un autre volume à un illustrateur différent. Bref, il est vrai que la chute de l'histoire peut sembler brutale, trop rapide. Pourtant avec une telle pagination, on ne peut attendre à la fois des planches contemplatives, un rythme captivant et une histoire qui s'étire. J'ai trouvé la conclusion, si ce n'est extrêmement originale, très convaincante et cohérente. En outre, je ne connais pas l'ouvrage de Wul et ne sait dans quelle mesure les auteurs s'en sont éloigné. Le problème des adaptations...

    Je finirais cette chronique en disant que pour moi l'attente a été totalement récompensée, associée à une réelle surprise, aussi grande qu'une inquiétude réelle d'être déçu. Courez dévorer ces dessins sublimes, plongez dans cette ambiance sombre et mélodieuse et surtout, si vous ne connaissiez par Albeto Varanda, dépêchez-vous de rattraper votre retard!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/09/05/la-mort-vivante

    Shaddam4 Le 31/08/2018 à 15:36:38
    Divinity - Tome 3 - Divinity III : Stalinevers

    Divinity 3 est intitulé Stalinverse: il s’agit clairement d’une uchronie permettant aux auteurs de s’amuser et d’inviter d’autres auteurs de personnages Valiant pour la récréation. Dans ce volume, sans lien directe ou évident avec les précédents, l’Union soviétique a conquis le monde et les héros Valiant sont des héros soviétiques. Hormis quelques nœuds de rébellion, rien n’échappe à la mainmise de la grande Russie. Cette uchronie permet de nombreux renversements, à la fois graphiques (l’épisode isolé sur le Kommandar Bloodshot est superbement mis en image par Clayton Crain avec un design totalement fou) et scénaristiques, inversant gentils et méchants. Résultat de recherche d'images pour "divinity 3 hairsine"Contrairement aux précédents volumes, on a ici une Union soviétique en empire du mal totalitaire et aucune réflexion sur les deux systèmes et les raisons de l’adhésion des héros à ce régime dictatorial. Cela devient plus manichéen et c’est dommage. Les quatre chapitres de Divinity 3 sont intercalés avec des one-shot sur la naissance (en mode dystopique) des héros, Archer & Armstrong, Bloodshot, X-O Manowar ou Shadowman mais aussi des personnages moins connus comme Babayaga… Ces épisodes assez sympa coupent le récit et je trouve que l’éditeur aurait du les regrouper à la fin de l’histoire Divinity.

    Paradoxalement, alors que j’attendais beaucoup de ce troisième volume (et que j’adore les uchronies), il est le moins réussi de la série même si le récit Divinity réussit à retomber sur ses pieds très élégamment avec une parabole entre les pouvoirs démiurges des Divinity, des auteurs de BD et de l’imaginaire des livres, faisant de cette série une jolie pépite dans le catalogue Valiant qui en outre ne nécessite pas de connaître le catalogue de l’éditeur. Une suite à cette saga, nommée Eternity, sera publiée en octobre et je l’attend avec impatience.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/31/divinity-2-3/

    Shaddam4 Le 31/08/2018 à 15:35:50
    Divinity - Tome 2 - Divinity II

    Pour qui a lu le tome 1 de Divinity la fin pouvait laisser entendre un format one-shot. Les auteurs ont su prolonger cet épisode qui peut donc se lire seul, en changeant le traitement et les thématiques sur le tome 2, créant plus qu’une série en trois volumes, trois one-shot ayant leur identité propre et liés très intelligemment par le principe du temps modifié comme je vais vous l’expliquer. Pour la question éditoriale, reportez-vous à ma critique du tome 1, les deux autres volumes sont du même acabit, avec des couvertures chaque fois plus belles et du contenu making of réellement conséquent.

    Divinity 2 fait donc intervenir Mishka, une des trois cosmonautes envoyés vers l’Inconnu par les soviétiques et qui revient sur Terre désolée de la disparition de l’idéal communiste et bien décidée à rebâtir une temporalité où l’URSS a perduré. Si la dimension émotionnelle et intérieure d’Abram Adams prédominait dans le premier volume, ici l’affrontement idéologique entre les deux êtres supérieurs se déroulera dans le temps, basculant sans cesse d’une réalité à une autre, où l’URSS a conquis le monde /où l’URSS a disparu. La dimension politique assumée est surprenante dans cet album qui fait intervenir Staline, Gorbatchev et Poutine et assume la réflexion sur le conflit idéologique entre l’égalitarisme et l’individualisme. Matt Kindt reste distant quand à la critique habituelle de l’empire soviétique dans les comics américains. S’il montre des clochards et la soupe populaire cela n’est pas sans parallèle avec le cynisme des personnages américains et le nationalisme impérialiste des généraux fait face à des dirigeants incontrôlables de firmes militaro-industrielles américaines dans l’univers Valiant. Aucun jugement du scénariste donc, mais plutôt une mise en perspective à laquelle nous n’avons pas l’habitude et qui est vue au travers du prisme d’un soldat idéal voué fait et cause à sa patrie et revenant dans un monde où sa raison d’être n’est plus.

    L’affrontement (très graphique, avec par exemple cette incroyable planche en forme de livre) sera donc plus conceptuel que physique entre les deux Divinity (comment pourrait-il en être autrement avec de tels pouvoirs?), Abram tentant de convaincre Mishka qu’elle a le droit d’avoir ses propres espoirs et d’aimer. Dans ce volume les héros Valiant sont quasi inexistants car dès le début Divinity rappelle que lui seul peut s’enfermer dans une « prison ». S’il semble avoir gagné à la fin, il nous est fait subtilement comprendre que lorsque le temps est modulable, un rien peut le modifier et que de profonds changements peuvent ne pas avoir été perçus…

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/31/divinity-2-3/

    Shaddam4 Le 30/08/2018 à 12:08:05

    Un des premiers albums publiés par Bliss comics, Divinity comprend 3 tomes de 4 parties et des couvertures parmi les plus somptueuses que j'ai vu depuis que je lis des comics... Le tome 1 comprend de nombreux suppléments en fin de volume dont une galerie de couvertures alternatives, un long (et tout à fait passionnant) commentaires de fabrication détaillant le rôle de l'illustrateur, de l'encreur, du coloriste et du lettreur dans un travail vraiment collectif comme on en voit peu en France. Enfin, comme toujours chez cet éditeur, un sommaire, une page de contexte de la série et une page de guide de lecture pour placer la série dans l'univers Valiant.

    En 1960 les soviétiques envoient dans une fusée secrète un homme vers une destination inconnue, en un voyage qui doit durer trente ans. Il reviendra doté de pouvoirs divins, capable de plier le temps et la matière. Comment va réagir l'humanité face à cette nouvelle entité. Menace? Les héros de la Terre, Aric, Ninjak, Gilad et Livewire sont envoyés pour vérifier cela...

    Lorsque j'ai découvert les comics Valiant je suis tombé sur les planches et les couvertures de cette série très spéciale et mes yeux ont pleuré. La puissance évocatrice de ces peintures est tout bonnement fabuleuse et fort heureusement ne se limite pas aux couvertures (contrairement à une pratique malheureusement fréquente dans l'industrie du comics). L'illustrateur Trevor Hairsine produit sur l'ensemble des pages de la série une partition sans faute et il est saisissant de voir (grâce aux bonus) une BD où aucun des apports (encrages et couleur) ne dénature le dessin d'origine. Une véritable alchimie aboutissant sans doute à la série la plus belle du catalogue Valiant. La maîtrise technique de l'illustrateur est sans faute, le découpage des pages et des cases est exigeant et inspiré par des thématiques graphiques issues du scénario (les formes de Divinity et de son module spatial), enfin le design général inspiré des costumes spatiaux de la guerre froide est très original. Le travail graphique sur le passage du temps (thème central de l'album) accompagne vraiment la lecture et la renforce. Les auteurs de comics sont souvent ambitieux, au risque d'être compliqués, ici le scénario et le dessin (et sa structure) se répondent de façon vraiment réussie.

    Le scénario, donc, est complexe dans une intrigue simple, résumée en début d'article. C'est donc bien le traitement qui fait sa force avec ces pouvoirs quasi absolus de Divinity, dont l'arrivée sur Terre reprends la thématique de Superman (comment réagir face à un être tout puissant susceptible de détruire l'humanité si l'envie le prenait?) en la prolongeant. Car en outre d'être a priori invincible, le personnage contrôle le temps et la matière en proposant de rendre les gens meilleurs, si nécessaire en faisant revenir les morts ou en métamorphosant êtres et objets. Comment déterminer ses motivations et comment réagir face à ce qui peut changer le cours de l'humanité? Fidèles à eux-même les dirigeants humains vont être très terre à terre et craintifs en envoyant les héros de l'univers Valiant (tiens, Bloodshot n'est pas là, pourquoi?). L'introduction de ces personnages familiers est sympathique même si aussi anecdotique que dans The Valiant où face à l'Ennemi leurs pouvoirs apparaissent dérisoires.

    La difficulté réside dans une narration en voix off tantôt au passé tantôt au futur, nous faisant comprendre que Abram Adams, celui qui deviendra Divinity est à la fois maintenant, avant et après. C'est déroutant en même temps que très stimulant en illustrant l'état dans lequel il est et la difficulté à saisir le monde quand la trame temporelle est devenue non linéaire. Cela peut nécessiter une seconde lecture pour bien saisir toutes les subtilités. L'auteur a l'intelligence d'apporter à cette histoire SF un peu philosophique des concepts archétypaux comme la filiation et l'amour de celle qui a été laissée (comme pour Captain America, revenant alors que tous ses proches sont morts). Cela renforce le côté dramatique et l'intérêt pour ce type touchant qui a abandonné l'amour pour la patrie et l'inconnu et se retrouve incapable de rattraper le temps malgré ses pouvoirs.

    Ce premier tome est donc un sans faute qui laisse en suspens l'intrigue et donne très envie d'enchaîner.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/27/divinity-1

    Shaddam4 Le 30/08/2018 à 12:02:22
    Saltiness - Tome 1 - 1/4

    Saltiness est ce que je qualifierais de Manga sociétal, à mi chemin entre la chronique de l'otaku japonais et la critique de cette société. Le personnage principal est un marginal, se considérant comme une sorte de sage supérieur s'extrayant de la communauté humaine (et de ses codes) pour pouvoir les penser. La confrontation avec deux autres personnages marginaux va démontrer sa folie et sa perversion, le transformant en une sorte de gourou doté d'un pouvoir de persuasion phénoménal sur les deux autres et les entraînant à faire des actions délirantes et dévalorisantes. Cette immersion dans les relations tordues de deux paumés exploitant un jeune étudiant influençable met le lecteur mal à l'aise en découvrant ce qu'un homme charismatique peut forcer d'autres à faire par le seul langage. Au-delà du ridicule des situations il y a de la violence dans cette relation, qui reflète sans doute pour l'auteur la violence profonde d'une société japonaise qui a codifié la normalité à un niveau sans doute jamais atteint par aucune société moderne. L'éloignement extrême de la société japonaise vis à vis de nos codes européens fait que l'on ne sais jamais exactement ce qui est pointé du doigt ou ce qui n'est qu'une simple illustration de situations balanes (comme l'histoire des petites culottes). Mais il est certain que Minoru Furuya est l'un des représentants de cette jeune génération de mangaka très critiques sur ses aînés et je japon d'aujourd'hui. Il dispose en outre d'une remarquable technique de dessin, très fine et détaillée notamment dans le dessin des personnages. Tout cela fait de Saltiness un manga adulte comme on en voit peu, qui joint une réflexion profonde avec le plaisir de belles planches.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/28/saltiness

    Shaddam4 Le 29/08/2018 à 15:54:50

    Ah Frank Cho! Cet artiste est pour moi un truc fascinant, inatteignable, improbable… Je connais depuis pas mal de temps sa séries Liberty Meadows, Shannah et son amour des jolies filles pêchues mais je n’avais pas eu l’occasion de lire un album entier. Est-ce que le passage de l’illustration à la BD ne perdrait pas de la qualité, comme c’est souvent le cas? La précision anatomique des mouvements, la clarté de son trait et de ses encrages en font un de mes dessinateurs favoris, aussi je me suis précipité par cet album, le premier entièrement réalisé par l’artiste.

    Niveau fabrication, on a un gros volume format comics avec reprise des couvertures des fascicules originaux et galerie de couvertures alternatives comme le font souvent les américains. Rien à redire ni à souligner.

    Après sa résurrection, Lazar eut trois enfants portant le patronyme de Skybourne. Immortels, ils combattent le mal depuis deux-mille ans. Lorsqu’un étrange magicien s’en prend à l’un des membres de la fratrie, Thomas Skybourne est contraint de sortir de sa retraite et de se remettre au service de l’organisation occulte qui protège l’humanité des monstres. Le combat sera violent, rageur, cru…

    Allons droit au but: Skybourne est un petit miracle et une grosse claque dans la gueule! Pas étonnant qu’il soit édité aux Etats-Unis par l’une des petites maisons s’exonérant des réminiscences du Comic code authority: ça saigne et ça parle un langage de charretier (… mais étonnamment pour cet amateur de jolies filles il n’y a à peu près pas de nénés!). Car Frank Cho a la grande qualité d’être directe et de se faire plaisir en même temps qu’il nous fait plaisir. Comme quelques rares films au cinéma parviennent à trouver la pierre philosophale entre le plaisir coupable et la qualité artistique, Skybourne nous propose une révision du mythe arthurien à la mode « pain dans la gueule » en la personne de Grace Skybourne. La bimbo jure tout ce qu’elle peu (on appelle ça « badass » de nos jours…), étripe, désarticule ou tranche du dragon pour le petit déjeuner avec un froncement de sourcil permanent. Il ne faut pas enquiquiner la donzelle! Cela donne lieu à des séquences d’action d’une lisibilité folle, d’une élégance superbe et très loin du politiquement correcte. J’y ai retrouvé un peu de la passion primale que Toulhoat mets dans ses BD.

    Pour équilibrer cela son grand frère Thomas est d’un caractère posé, organisateur, mais tout aussi increvable, ce qui lui permet de faire du plane-jump sans parachute, de se réchauffer avec des bombes atomiques ou de faire digérer un dragon… Si le premier épisode de la série ne nous montre pas le troisième Skybourne on peut supputer que Cho en garde sous le coude pour les prochains volumes. Les cent-trente pages filent à deux-mille à l’heure dans un impressionnant équilibre scénaristique. Soyons clair: Skybourne est une BD d’action façon blockbuster mais qui instille rapidement plein de bribes d’informations sur l’univers. Pas de temps d’exposition, on entre sans aucun temps mort dans l’intrigue et l’on comprend (je parlais de lisibilité graphique, elle est aussi scénaristique) très bien qui est qui et ce qu’il se passe dans ce monde occulo-technologique. On pourra alors dénoncer une vision caricaturale mais n’est-ce pas le propre des albums de genre et d’action? L’équilibre entre maintien du mystère et avancée de l’action est remarquable. L’auteur a clairement pris le parti de mettre dans une grosse BD qui fait « boom » tout ce qui lui plait (… et qu’il dessine tellement bien): des immortels, des militaires, une organisation occulte dotée de moyens infinis, l’implication du Vatican, des dragons, minotaures et autres sirènes, des mafieux turcs et des bourre-pif qui ne se finissent pas qu’avec un coquard…

    Bien entendu (on est chez Frank Cho) le personnage le plus attrayant est celui de Grace Skybourne, bourrine au possible, plastiquement sublime, tête de cochon et sans peur. Le personnage de Dorison sur Red Skin reprenait clairement les grandes lignes de l’héroïne « Choïenne », pour notre plus grand plaisir. A côté d’elle son frère désabusé par sa vie immortelle n’arrive pas à se concentrer pour contrer la menace. Très charismatique également, il est entouré d’un cardinal très moderne (sic), d’un général bourru et d’un méchant très puissant en la personne de Merlin! Si les traces arthuriennes sont très ténues (on espère que la série prendra le temps de développer le background), l’idée de rattacher l’époque moderne à un Merlin passé du côté obscure est très bonne.

    Que dire du dessin de Cho? Si vous ne connaissez pas vous risquez de tomber amoureux de son trait (très subtilement colorisé)! Le bonhomme sait tout dessiner et sa pratique de longue haleine du format strip (sur Liberty Meadows) lui permet d’insérer nombre de scènes très drôles reprenant les codes de ce format.

    Skybourne est une grande réussite dans un esprit « sale gosse » que j’ai adoré et où j’ai beaucoup ri. Ce n’est pas très fin, le langage est très fleuri (et les échanges verbaux très drôles du coup), l’immortalité permet à l’auteur de faire joujou avec ses personnages et on se régale autant à la lecture qu’aux images. Skybourne est pour moi l’un des gros plaisir BD de cette année 2018!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/07/skybourne/

    Shaddam4 Le 26/08/2018 à 10:05:25
    Renato Jones - Tome 1 - Saison une : Les Un%

    Lors de la sortie de l'album l'éditeur Akileos, plutôt doué pour dénicher des perles souvent assez graphiques, avait mis le paquet en com' et le relais blogs et réseaux sociaux avait été excellent. L'ouvrage étant lu en numérique grâce à ma collaboration avec l’éditeur, je ne peux pas faire de commentaire sur la fabrication. Le travail de maquette et de mise en page (de l'auteur) en revanche est particulièrement recherché et vire même presque au concept (on retrouve un peu la démarche de Nicolas Petrimaux sur Il faut flinguer Ramirez), avec de fausses publicités et des doubles pages très design qui débordent très largement les pages de titres de parties.

    Renato Jones est l'héritier d'une grande fortune... sale. Vivant dans le monde des 1%, un monde de cynisme, de violence et de plaisirs orgiaques, il assume également le costume de justicier parti en croisade pour éliminer ces abus. Et pour éliminer il faut tuer!

    Graphiquement Kaare Kyle Andrews est dans une filiation assez directe du Frank Miller de Dark Knight et Dark Knight returns... ce qui implique un trait assez années 80. La filiation ne s'arrête pas là et je qualifierais directement l'auteur de fils spirituel du dessinateur de Sin City, aussi paradoxalement que cela puisse paraître: si Miller est connu pour ses positions réactionnaires qui avaient fusionné avec les options expéditives du Batman dans les années 80, Andrews se cale dans le sillage d'Occupy Wall Street en proposant avec Renato Jones une des BD les plus politiques qui soient! C'est d'ailleurs la principale qualité de cet album que sa radicalité totalement punk à une époque d'ultralibéralisme triomphant.

    Pour l'habillage, Renato Jones est un Batman politique et politiquement incorrecte, totalement émancipé du comic code authority, un Batman que même un Alan Moore n'aurait pas fait. Milliardaire incarnant ce qu'il traque, il est formé par le majordome pour venger les pauvres et assassiner les plus démoniaques des 1%.

    Andrews est énervé et entre des fausses publicités pour objets de luxe en mode photo (très drôles) il propose des scènes de massacres au découpage apocalyptique, pas toujours évident à lire avec son trait parfois grossier, mais terriblement imaginatif et recherché! L'album (et son justicier) est très poseur (on reste dans le style super-héros) et le jeu sur les plans, les contrastes et les textures est vraiment remarquable. Je ne dirais pas que Kaare Kyle Andrews est un grand dessinateur (son trait reste assez grossier, comme celui de Miller) mais il est un remarquable maquettiste et designer. Par exemple l'ensemble des séquences présentant l'enfance de Renato sont habillées de trames et fausses pliures qui donnent un aspect de vieille BD et qui ajoute de la classe à la lecture.

    Honte d'être riche? C'est lui qui vous jugera... Renato Jones, justicier de luxe"

    Le discours en mode Punisher pourra choquer certains même si les personnages éliminés sont tout abominables. Mais l'auteur assume son propos: nous avons affaire à des vampires assoiffés de sang, de sexe et de pouvoir que rien ne peut arrêter. Face au mal il ne faut pas tergiverser. Dans un scénario sommes toutes assez linéaire la subtilité arrive avec l'amie d'enfance du justicier, fille d'ultra-riche et totalement aliénée par son univers fortuné. Renato se retrouve à aimer une personne incarnant ce qu'il abhorre... La fin de l'album, très maîtrisée, donne envie de lire la suite et posant un rebondissement un peu tardif selon moi.

    Ce premier volume très rafraîchissant montre (comme un Lupano en rogne) que la BD peut être un loisir tout en prenant position dans le monde cynique qui nous entoure. Graphiquement original bien qu'imprécis, Renato Jones apporte la même nouveauté de ton et de traitement que le Dark Knight de Frank Miller Jadis. D'une lecture un peu complexe du fait d'un découpage haché mais diablement intelligent, il me fait penser, dans un genre moins intello, au récent Black Monday Murders, pour sa puissance évocatrice et sa capacité à proposer un album sorti de tout compromis. Une belle découverte.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/20/renato-jones-1

    Shaddam4 Le 26/08/2018 à 10:03:04

    L'album que j'ai lu est l'intégrale de 2010, identique à celle de 2008 avec notamment des pages complémentaires en fin d'album et un DVD contenant le reportage vidéo de la chef d'équipe MSF. Seule la couverture change et pour les raisons que je vais expliquer plus bas je trouve celle de 2008 bien plus pertinente. Je regrette l'absence de préface ou d'introduction expliquant la genèse de l'ouvrage et du voyage lui-même, ce qui aurait permis de rentrer plus facilement dans l'album. L’ensemble est propre mais un peu austère, comme souvent chez Air Libre et peut-être volontairement dans l'esprit "docu".

    En 1986, pendant l'occupation soviétique d'Afghanistan, MSF commande un reportage photo à un jeune photographe autodidacte, Didier Lefebvre. Celui-ci accompagnera pendant plusieurs mois cette mission partie du Pakistan et entré clandestinement en Afghanistan vers une vallée totalement isolée du nord du pays. Un voyage éprouvant pour les corps et pour les esprits, à travers des montagnes de plus de 5000 m, dans le dénuement total de coins qui semblent sortis de l'histoire. Une aventure humaine incroyable.

    Le Photographe fait partie des albums que les amateurs de BD savent devoir lire un jour, qu'ils voient fréquemment sur les étales des libraires et les rayons des bibliothèques. Une histoire primée partout, y compris à l'étranger, montrant que seul le monde de la BD a pu rendre compte de cette incroyable odyssée dont très peu de publication photo a pu être faite. C'est sidérant tant on a conscience en fermant l'album que nous sommes en présence d'une œuvre journalistique de niveau mondial, parmi les plus grandes, les plus fondamentales. C'est l'histoire de l'essence des choses, d'hommes et de femmes brillants, voués à des carrières bien rémunérées de chirurgiens, qui quittent tout pour partir à pied clandestinement dans un pays en guerre habité par des hommes aussi hospitaliers que frustes, dans un périples de plusieurs centaines de kilomètres à travers une montagne qui peut vous tuer de mille façons et qui vivront plusieurs semaines dans un village sorti du moyen-âge et où la compétence médicale qu'ils apportent change quelques vies parmi de nombreuses vouées à la maladie, le handicap, la mort.

    Le don de ces humanitaires est proprement incroyable tant les risques qu'ils prennent seuls paraît disproportionné avec le peu qu'ils procureront. Mais les quelques récits de blessés que nous présentent l'album suffisent sans doute à convaincre ces véritables héros de la pertinence de leur mission. Une fois repartis, les paysans et Moudjahidin retourneront à leur isolement mais ils auront appris quelques rudiments de soins et de précautions. C'est peu, très peu, mais tellement à la fois pour ces quelques vies sauvées. La lecture des quelques textes post-face racontant ce que sont devenus les différents personnages du documentaire est indispensable et montre le cynisme de ce monde où toutes les stars du Show-bizz sont décorées de la légion d'honneur quand ces gens, donnant de leur personne, sans rien attendre, sans soutien d'aucun État, retournent ensuite à leur anonymat. C'est honteux et renforce encore la puissance de cette aventure.

    On retrouve pas mal de points communs entre cet album et La lune est blanche d'Emmanuel Lepage accompagné de son frère photographe François: le récit en directe avec ses incertitudes, contretemps et vides (assumés en considérant que tout est intéressant dans un récit de voyage), l'alternance de photos et de dessins, l'aventure extrême d'un périple au jour le jour au bout du monde... La principale différence (et de taille) c'est le dessin. Autant Lepage est reconnu comme un très grand dessinateur proposant des planches superbes qui valent pour elles-même, autant je n'ai pas du tout accroché au dessin de Guibert. On va dire que c'est une histoire de goût et que dessiner une telle odyssée sur les seuls témoignages du photographe, sans aucune base autre que les photos rapportées ne doit pas être évident pour un illustrateur. Mais autant je reconnais sa qualité sur La guerre d'Alan, autant ici les planches sont vraiment minimalistes et n'apportent selon moi pas grand chose à un récit photographique qui aurait pu être dispensé de dessins. L'auteur sait reproduire assez fidèlement les visages des protagonistes mais graphiquement j'ai trouvé cela pauvre.

    Guibert, à l'origine de ce projet, explique que l'objet de l'album était un hommage à Didier Lefebvre (décédé juste après son prix à Angoulême) et à son aventure en même temps qu'à celle des gens de MSF, les dessins n’étant là que pour combler les trous. Cela n'aurait pas empêché d'apporter une plus-value graphique et artistique. Dommage. Mais Le Photographe reste, en tant que documentaire photographique une expérience majeure de lecture et un magnifique projet empli d'humanité. Un album qui pose également la question du statut de documentaire BD lorsqu'on connaît certaines techniques de dessin repassant sur des photo ou des expériences comme La fissure, "docu BD" fait exclusivement à partir de photos (que je chroniquerais bientôt ici)...

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/19/le-photographe

    Shaddam4 Le 26/08/2018 à 10:00:18
    Freaks' Squeele - Funérailles - Tome 2 - Pain In Black

    J'ai beaucoup aimé le premier tome, du coup j'enchaîne (toujours plus confortable de lire une série dans la foulée). Pour le descriptif matériel se reporter à la critique du tome 1. La tranche du premier volume arborait un profile de Spartacus, ici celui de l'Araignée et l'ensemble proposera une frise continue du plus bel effet. J'aime toujours quand l'éditeur porte attention au rangement des séries dans l'étagère.

    Une idée en passant, vu que l'on est sur un format comics et que la série principale regorge d'annexes texte et images originaux, ce serait très agréable d'avoir des bonus, sur Funérailles...

    Les deux frères ont été séparés, l'un envoyé à l'académie formant l'élite dirigeante de Rem, l'autre au camp militaire où l'on prépare la chair à canon des légions de la République. Ne perdant pas de vue leur serment de faire tomber cette République, ils poursuivent leur apprentissage tout en tisant des liens avec de futurs alliés. Pendant ce temps, leur mère, ravagée par le désespoir de l'exécution de Spartacus, retourne dans le château familial où des révélations l'attendent auprès de la matriarche du clan...

    La structure du récit de se second tome est assez simple, répartie entre Scipio d'un côté, Pretorius de l'autre, la veuve noire enfin. Les deux héros vont parfaire leurs capacités et démontrer qu'ils sont des leaders. L'album s'attarde plus sur Pretorius dont la conviction en fait une menace pour l'institution militaire qui ne considère les gueules cassées que comme de la piétaille bonne à aller mourir sur le champ de bataille. L'inspiration de cette partie est clairement celle des films sur le Vietnam, comme l'illustre le titre inspiré de la chanson des Stones (et rattachée à la guerre asiatique) et les jeux de mots (toujours!) sur le Nam', qui est ici la République de Namor, éternel rivale de Rem. On a ici une ambiance de caserne qui colle bien à l'humour de l'auteur et correspond plus à la série mère que les séquences dans la haute société. La grande force de la série reste les personnages, divers, attachants et bien caractérisés. On est ici en terrain connu mais les différentes séquences de constitution d'un groupe de fidèles à Pretorius sont parfaitement menées et intéressantes.

    La partie sur Scipio nous révèle de nouvelles informations concernant le fonctionnement de la République et voit l'arrivée d'un alter-égo, Aelius le héros parfait que le caractère rebelle de Scipio mets en danger malgré leur amitié. Cette partie nous propose surtout une magnifique séquence d'action magique sur des planches noir et blanc tramées (style manga) qui donnent un effet très original et permettent d'apprécier les encrages toujours aussi magnifiques de Maudoux. Les manigances autour de l'Araignée permettent enfin de comprendre la conspiration politique qui a lieu pour la prise de pouvoir sur la religion d’État et nous en apprennent plus sur les règles génétiques très particulières de cette société: il semblerait que les femmes n'accouchent pas toujours de jumeaux et que ceux-ci fusionnent parfois en un seul être tel Janus...

    Florent Maudoux élargit sa palette sur cet album en proposant une variété très riche (qui prépare son futur Vestigiales): une couverture peinte de toute beauté, des intérieurs tantôt colorisés, tantôt noir et blanc, des planches en effet crayonné, d'autres très encrées... tout cela est très riche et varié avec une qualité moyenne très élevée. Je remarque également l'utilisation d'effets de flous et d'une économie sur certains arrière-plans quand d'autres (architecturaux notamment) sont très fouillés. Ce n'est pas du tout problématique et l'aspect général est vraiment très beau, avec quelques séquences sexy pour agrémenter le tout.

    Cette série est décidément remarquable d'équilibre, chaque tome étant très bien défini et abordant un genre spécifique tout en faisant progresser l'intrigue générale et la découverte de l'univers. Si j'avais quelques réticences sur Freak's Squeele, Funerailles montre que Florent Maudoux est un remarquable scénariste et j'ai hâte de continuer ma découverte de la geste de Scipio et Pretorius!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/15/pain-in-black

    Shaddam4 Le 26/08/2018 à 09:57:45
    Je, François Villon - Tome 1 - Mais où sont les neiges d'antan ?

    Le travail éditorial n'a rien de particulier (on est chez Delcourt). Les albums sont en grand format, très aéré, les couvertures de Luigi Critone sont très belles et homogènes (j'aime bien quand les couvertures d'une séries suivent une ligne). Les chapitres au sein de chaque album reprennent quelques vers des poèmes de Villon.

    François Villon naît le jour du bûcher de Jeanne d'Arc, à Paris, d'une pauvre mère qui ne survivra pas longtemps à une Justice expéditive pour les gueux. Pris sous l'aile d'un clerc qui lui procurera formation universitaire et situation, Villon, jeune étudiant rebelle écrira des poèmes relatant sa vie et celle de ses congénères et qui entreront dans la postérité.

    Lorsque Jean Teulé publia son ouvrage sur l'illustre écrivain médiéval puis Critone son adaptation en BD j'ai eu l’œil attiré par ces superbes couvertures et par le fait que j'ai étudié Villon pendant mes études. L'idée d'une illustration de sa vie dissolue en BD m'a tenté et j'ai heureusement trouvé la trilogie en bibliothèque. Et je dois dire que c'est une très belle adaptation que propose un dessinateur que je ne connaissais pas et dont le trait et les couleurs marquent la rétine et donnent envie de voir ce qu'il proposera ensuite. Alternant les dessins classiques mais très fins et lavis, il maîtrise parfaitement différentes techniques et propose de vastes pages très lisibles et belles à regarder. Ses arrière-plans sont soit en peinture directe soit en encrages très détaillés et donnent une vie à ce Paris médiéval que l'on ne se lasse pas de redécouvrir. Malgré un trait plus classique et moins sombre que celui de Ronan Toulhoat, j'ai trouvé pas mal de ressemblance avec la série le Roy des ribauds, dans la peinture de la vie des bas-fonds, la justice expéditive aux mains des puissants et la façon qu'ont les pauvres de jouer du système de classes pour parvenir à leurs fins. C'est une existence dure et violente où la vie n'a que peu de valeur, qui nous est contée.

    Ce premier volume est très enthousiasmant. Pour une adaptation littéraro-historique (pas franchement grand public en général), le travail de Luigi Critone remplit parfaitement la double tâche de proposer un ouvrage accessible, attrayant et beau. Le cadre du Moyen âge et de ses petites gens a déjà maintes fois été adapté. Pour ma part la version de Notre-Dame de Paris de Recht (qui sort en fin d'année un Conan qui s'annonce énorme) et le Roy des Ribauds donc m'ont beaucoup plu. On a ici en plus l'idée (fausse mais tenace) que la vie de Villon est plus historique que des ouvrages de pure fiction. On s'attache très vite à ce pauvre gamin jeté très tôt dans le malheur de la vie médiévale d'où son choix de se vouer corps et âmes à ses passions et de croquer ce que la vie peut lui apporter. Ce tome nous relate donc l'apprentissage, de l'amour, de l'espièglerie, du courage et enfin cette tentation d'entrer dans une confrérie criminelle dirigée par un personnage que Toulhoat reprendra visiblement dans sa trilogie.

    Ce qui ressort (outre les dessins superbes donc) c'est la violence de cette société marquée par une justice qui décide très vite d'une main coupée ou d'un ensevelissement vif! Cette chronique de la vie d'en bas m'a fait penser par une certaine compassion dénonciatrice au Manga Innocent de Shin'ichi Sakamoto, qui dépeint crûment ces tortures et exécutions baroques et atroces que l'on a du mal à imaginer comme habituelles. Un très bel ouvrage qui nous fait voyager dans le temps et donne envie d'en savoir plus sur l'un des auteurs majeurs de la littérature française.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/22/je-francois-villon

    Shaddam4 Le 16/08/2018 à 12:17:48
    Batman Metal - Tome 1 - La Forge

    L'édition Urban est un peu étrange, et pour cause, Métal étant l'aboutissement des Rebirth de l'éditeur, il est particulièrement ardu d'aider la lecture tant le nombre d'éléments et de publications aboutissant à Métal sont nombreux. Du coup on nous propose une double page introductive avec quelques-uns des personnages qui interviennent dans le volume et un résumé de l'histoire éditoriale des "Crises" de DC eu le principe du Multivers. Cela a le mérite de donner quelques bases pour les nouveaux venus ou ceux qui ne passent pas leur vie à ne lire que du DC, mais c'est insuffisant pour aider la lecture. Du coup je conseille de lire les pages situées en fin de volume avant la BD. Côté maquette c'est classique (j'apprécie la rapidité de la sortie de la version française), avec une jolie couverture de Greg Capullo correspondant au premier volume US de Métal... pas l'illustration la plus belle de cette saga mais ca reste très bon. L'album comprend les épisodes des différentes publications: Dark Days: la forge #, Dark days: le casting ,#1, Metal #1 et 2, puis des épisodes de Teen titans, Nightwing, Suicide squad et Green Arrow. Cela aura une importance comme je vais l'expliquer...

    Depuis des siècles Hawkman enquête sur un étrange métal qui serait lié à la naissance des héros. Batman lui-même semble avoir découvert des éléments suffisamment graves pour qu'il les cache à la Ligue de Justice. Le journal d'Hawkman semble indiquer que depuis la nuit des temps une des tribus humaines primordiales est liée aux chauves-souris et à un démon caché dans un Multivers noir. Soudain le monde bascule...

    Metal est présenté comme l’événement majeur (... comme tous les six mois chez les Marvel/DC?) de ces dernières années, au même titre que le Doomsday Clock. Après la lecture de ce premier volume (Urban va publier rapidement la suite, le second volume étant sorti, le dernier paraissant en novembre) je peux dire que c'est à la fois vrai et faux, sans doute du fait de l'agencement choisi par l'éditeur français. Dans ce volume il y a en effet une première partie assez monumentale et complexe, constituée du prologue et des deux premiers épisodes de Dark Knights Metal (je signale le pluriel dans le titre de la VO, qui a une raison...). On nous propose de découvrir via l'enquête mystérieuse du Batman, ce qui pourrait être à l'origine de tout, des univers DC, de Batman, des super-héros! L'impression que tout se tient et que les scénaristes ont préparé cet événement depuis des années, depuis la Cour des Hiboux notamment est assez impressionnante! Il est toujours très plaisant de trouver une cohérence dans un univers imaginaire, surtout dans les mondes de super-héros qui nous ont habitués à des tombereaux d'incohérences et de Deus ex machina fastoches. En outre les auteurs font un réel effort de pédagogie pour ne pas perde les non spécialistes. Cette alliance d'enquête (pour la forme), de cohérence d'univers et d'un design vraiment fort donne beaucoup de points à ce Métal et donne vraiment envie de continuer la lecture (ce qui est rarement le cas pour moi dans les BD Marvel/DC je le précise).

    Après le deuxième épisode de Dark Knights: Metal... on tombe malheureusement dans du "porte-monstre-trésor" avec l'avancée des Teen Titant et de la Suicide Squad dans un Gotham transformé et se confrontant aux méchants de l'univers Batman... alors que celui-ci a disparu. Graphiquement ça c'est plus que correcte, c'est drôle par moment, mais ça manque terriblement d'ampleur. J'imagine qu'Urban était un peu obligé de présenter ces épisodes dans la trame général du run mais c'est vrai que ça fait un peu remplissage et très franchement l'album aurait pu s'arrêter après les quatre premiers épisodes. A voir sur l'ensemble si cet agencement était vraiment nécessaire.

    La partie graphique est en revanche de très haut niveau et je peux dire que sur les huit dessinateurs aucun ne peine à la tâche. Les design et thématiques visuelles liées à l'apparition des créatures du Multivers noir et globalement le design des anti-batman créés par Capullo sont l'une des grosses réussites de ces dernières années en matière de héros DC et l'on a un certain nombre de planches vraiment très graphiques, comme les américains savent les faire.

    On a bien quelques idées visuelles totalement WTF (le robot à la mode Power-Rangers du début!!!), mais c'est assez vite oublié... pour peu que la suite de l'intrigue assume le côté sombre, cauchemardesque et révolutionnaire de l'univers DC. J’avoue qu'avec la White Knight de Sean Murphy (... je dois en parler à chaque billet Comics, non? :) ) les visuels postés à grand renfort de teasing par Snyder et Capullo sur Metal avaient créé une très grosse envie chez moi... cette envie graphique s'est transformée en envie scénaristique tant les concepts développés sont intéressants et novateurs (au niveau de ma connaissance très limitée de cette histoire éditoriale). Pour moi l'essai est en passe d'être transformé... en fonction des deux volumes à venir.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/06/batman-metal-1

    Shaddam4 Le 14/08/2018 à 16:48:48
    Dragon Ball Super - Tome 4 - Le dernier espoir

    Toujours autant de plaisir à lire un nouveau dragon Ball! Ce volume est l'avant dernier de l'arc de Goku black (qui se terminera donc au tome 5 à paraître le 7 novembre).

    Après la fuite de Goku et ses compagnons dans le temps Trucks est sauvé in extrémistes. Alors qu'interviennent les Kaïo Shin de plusieurs univers, le détournement des règles par Zamasu oblige Goku et Vegeta à dépasser leurs limites pour empêcher qu'il n'achève son "plan zéro humains" et menace la marche même des univers...

    Cet album est clairement axé action après quelques va et viens scénaristiques sur le voyage temporel et les rôles et pouvoirs des Kaïo Shin. Comme je l'avais expliqué dans le précédent volume, Akira Toriyama a tellement développé son univers fictionnel qu'il a parfois du mal à conserver une cohérence... mais en a-t'il l'envie? Personnellement je ne crois pas et ce qui anime cet auteur est bien l'action et le dynamisme au sein de personnages hauts en couleur et désormais très familiers. Il a un vrai talent pour créer des personnages, à la fois visuellement et sur le plan du caractère. A ce titre, si les héros ne changent guère de ce à quoi on est habitués, Toriyama introduit une étonnante subtilité en la figure (double) de Zamasu, en proposant pour la première fois dans cet univers (... depuis Végéta?) un soupçon de psychologie expliquant les raisons des agissements du méchant. On quitte un peu le manichéisme de la série pour proposer une réflexion sur les motivations profondes: Zamasu se serait-il trompé? Peut-il revenir en arrière? A-t'il peur de la puissance de Goku? C'est inattendu et bienvenu car cela relance un certain suspens dans un volume dont la plus grande partie est constituée du combat de Goku et Vegeta contre Black et Zamasu.

    Du coup on perd un peu l'humour de situations qui avait prévalu dans les premiers volumes de la série mais on retrouve avec toujours autant de plaisir les débats sur les différents niveaux de pouvoirs des Sayans, les entraînements en urgence, les morts pas vraiment morts etc; bref, tout ce qui a fait le succès de Dragon Ball depuis tant d'années. Dans le combat les auteurs parviennent même à nous surprendre avec quelques trouvailles vraiment sympa (comme ces "portails"...) et nous laissent en plein suspens alors que le combat n'est pas prêt d'être fini. DBS reste donc une série familière, qui se consomme et s'attend avec toujours autant de plaisir, sans nécessité de suivre la série animée (que je n'ai personnellement pas vue).

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/23/dragon-ball-super-4

    Shaddam4 Le 14/08/2018 à 16:42:57

    Attention chef d’œuvre! Je croyais que la claque du printemps Il faut flinguer Ramirez était un objet rare, pourtant quelques mois plus tôt Étienne Le Roux et Vincent Froissard avaient sorti un album dont la couverture et le thème (les mille et une nuits) m'avait attiré... mais comme on ne peut pas tout lire j'ai laissé passer le temps! Le sujet donne lieu à des essais réguliers, pas toujours réussis. La sortie de l'album dans la très prestigieuse collection Métamorphose était un bon signe... totalement confirmé en devenant l'une des pièces maîtresses de la très graphique collection de Soleil. Cette collection me plait par-ce qu'elle est l'une des rares à mettre autant d'importance à l'aspect matériel de ses albums et à ses finitions. Cela a son revers, l'absence systématique d'infos sur les auteurs et de bonus.

    La série Nils d'Antoine Carion s'était faite remarquer par son esthétique générale mais également par ses couvertures et maquette absolument sublimes. Sur La mille et unième nuit on est dans le même standard, qui vous fait pleurer les yeux avant d'ouvrir l'album avec une couverture et une tranche gaufrées et dorées, ceci étant harmonieusement accompagné par des cadres ouvragés revenant sur un certain nombre de pages de l'album. Le dernier album dont le travail de fabrication m'avait autant marqué c’était Les Ogres-Dieux.

    Mais contrairement à ce dernier l'album de Le Roux nous propose une histoire impressionnante de simplicité, de fluidité et qui nous transporte littéralement au pays des Djinn. La bonne idée est d'imaginer une fin aux mille et une nuits mais de ne prendre finalement que le cadre (les personnages du Sultan Shéhérazade et sa sœur Dinarzad) pour partir sur une histoire libre mais totalement influencée par les contes orientaux. Ainsi il sera question de marchand voyant sa caravane prise dans une tempête pas si naturelle que cela, du roi des Djinn et du roi des lions, de fléaux naturels, de duplicité et de transformations...

    Ces bonnes idées scénaristiques sont accompagnées par une voulez de détails rigolos et diablement esthétiques comme ces tapis volants aussi courants que des dromadaires. L'illustrateur a adopté une technique que je n'arrive pas à définir et qui semble utiliser un papier non lissé qui donne un relief incroyable aux planches. On a un mélange de crayon et de craie je pense mais je me demande s'il n'y a pas une retouche numérique (comme Chloé Cruchaudet sur Groenland-Manhattan) pour donner cet effet flou qui donne une folle classe a chaque case. J'ai passé un temps déraisonnable a lire cet album tant il n'y a pas une seule case banale!

    Les joyaux sont souvent simples et se laissent contempler a l'envi. C'est le cas avec ce magnifique album qui habille une histoire qui aurait pu faire partie du recueil des Mille et une nuit. De quoi hésiter à le ranger banalement au milieu de sa bdtheque...

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/01/la-mille-et-unieme-nuit

    Shaddam4 Le 13/08/2018 à 09:03:03
    Freaks' Squeele - Funérailles - Tome 1 - Fortunate Sons

    L’album reprend la maquette classique de la série, sur le même papier épais, format comics, mais sur une maquette et pages à base noires. Une carte du monde et de ses nations est insérée en intérieur de couverture et pose les base de cette intrigue géopolitique. Les tranches donnent un aspect très élégant à la collection une fois insérée dans la bibliothèque. Enfin, ces couvertures…. donnent envie d’avoir des exemplaires grand format sous verre!

    Dans la légendaire république de Rem le jeune héros à la tête de l’armée et sa compagne pressentie pour prendre la direction du Culte donnent la vie à des jumeaux. Or la loi de la République organise une séparation stricte entre haute classe composée d’être « parfaits » et ceux qui sont dotés d’une tare. Les deux enfants vont se retrouver séparés par cette société d’apartheid rongée par la corruption. Mais le même sang qui coule dans leurs veines va les mener à affronter ces lois iniques et bouleverser l’ordre établi…

    Ma découverte de l’auteur Florent Maudoux et son univers de Freak’s Squeele remonte à quelques années, en tombant sur les couvertures des premiers albums du Spin-off Funerailles, que j’avais trouvé vraiment sublimes. Intrigué par ce titre imprononçable je ne m’étais pas précipité après feuilletage, ne sachant pas si j’avais affaire à une BD pour ado, un manga, un comic,… L’an dernier j’ai entrepris la lecture de la série mère qui m’a laissé le même goût indéfini, ne sachant pas où situer cette série pourtant très rafraîchissante. Un attrait prononcé pour le langage djeun’z et la culture SMS cohabitant avec une mythologie très intéressante et une vraie personnalité graphique, bref, Freak’s Squeele m’a donné l’impression d’un cadavre exquis avec lequel j’ai finalement moyennement accroché.

    Le personnage de Funerailles, qui a donné naissance à la première série dérivée, était l’un des point d’intérêt de la première série, par son design sombre, sa caractérisation complexe et le hors champ important qu’il recouvrait. Le fait qu’il soit le cœur de la série dérivée et que celle-ci soit présentée comme plus sombre m’a donné envie de la lire.

    Nous avons donc ici une série d’inspiration médiéval fantastique avec une touche de steampunk ou même de SF, proposant un univers improbable où magie, créatures mythologiques et technologie télévisuelle cohabitent. On a les bases d’une saga de dark fantasy, avec ses guerres lointaines, ses héros en armures épiques, ses conspirations de confréries occultes et ses secrets enfouis dans les fondements même de la République. Le principe original (qui rattache avec le concept de Freak) est donc cette loi qui fait que la plupart des bébés naissent avec une défaillance physique plus ou moins importante et vivent dans les bas-fonds, travaillant pour l’armée ou pour la société qui les exploite. Une minorité est « parfaite » et vouée à la meilleure éducation. Sans déflorer l’intrigue (on l’apprend assez vite) une anomalie apparaît lorsque deux jumeaux naissent parfaits et risquent ainsi de briser la règle antédiluvienne en reproduisant ce qu’annonce une vieille prophétie…

    Le premier volume s’attarde sur cette séparation de classes, sur l’apprentissage parallèle de ces deux enfants, l’un en haut, l’autre en bas, tous deux très doués, et sur leur rencontre. Autour de cela ce sont les manigances de certains personnages pour orienter et maintenir un ordre très réglé mais pas toujours accepté. Cette partie se lit d’une traite, remarquablement bien écrite avec un scénario sage mais très bien ordonné: une longue introduction expliquant le contexte, puis la naissance et l’apprentissage. Beaucoup de découvertes donc, très intéressantes et beaucoup de portes ouvertes, sur un ton effectivement moins déconneur que la série mère. Personnellement je préfère. Quelques traits d’humour et de subtiles éléments (les soldats de plomb rappelant les bonhommes de pain d’épice, l’immortel) raccrochent cette série à la première mais on reste globalement assez éloigné tant par le ton que par l’intrigue.

    Les dessins de Florent Maudoux progressent par rapport aux déjà très bons premiers albums de Freak’s Squeele, notamment grâce à l’apport de la couleur. Dommage que nous restions sur ce papier épais qui atténue la précision des encrages vraiment remarquables. Le design général de cet univers est classique (fantasy épique) mais très élégant, avec ces palais aux architectures antiques et ces costumes voilés. L’immersion dans les bas-fonds donne lieu à un autre aspect de cette République et seul le côté techno dénote un peu, sans que cela soit gênant. Le format comics, la base noire des pages et le style assez minutieux du trait de Maudoux rendent les planches assez sombres, ce qui n’est pas pour me déplaire même si cela peut nécessiter de se concentrer sur certaines cases pour bien comprendre et voir les détails. Comme je l’avais remarqué sur Vestigiales Florent Maudoux est vraiment un des tous meilleurs dessinateurs actuels, à la marge de progression encore conséquente, ce qui laisse augurer du sublime pour la suite. Le format choisi pour la série est sympa mais je pense que l’idée de proposer des versions grand format serait intéressante pour profiter de ces très belles planches.

    Je dirais donc mission accomplie pour ce premier tome de Funerailles qui m’a enfin accroché à cet univers en recalibrant le curseur aventures/graphisme/ambiance. Ce ne sera donc sans pas le même publique qui appréciera les deux séries mais les passerelles entre les deux ont un côté intéressant en proposant plusieurs aspects de ce monde que l’auteur a construit, très original et qui, sans proposer une BD Fantasy comme on en trouve chez soleil, permet grâce aux graphismes et un certain côté décalé de sortir du lot.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/08/08/fortunate-sons/

    Shaddam4 Le 19/07/2018 à 14:01:13
    Seven to Eternity - Tome 2 - Un vent de trahison

    Je vais aller droit au but sur les deux points négatifs de cet album: l'intervention d'un nouvel illustrateur sur les deux chapitres centraux de l'album (de qualité très moyenne) et la maigreur des bonus proposés au regard des superbes couvertures originales (qu'Urban a choisi de détourer alors que la version US était mise en page au format affiche de cinéma) et des interviews et croquis du t1. Les couvertures alternatives en fin d'album ne compensent pas vraiment ce manque.

    Ceci étant dit, parlons de l'album et de la suite du périple des Mosak après leur enlèvement du Roi Fange. Comme je l'avais expliqué, l'univers est touffu, le nombre de concepts très important, mais puisqu'on est dans le second volume ce contexte nous est désormais un peu plus familier. Nous reprenons le voyage alors que des morts ont eu lieu dans la communauté et qu'Adam Osidis est suspecté de vouloir se soumettre au Maître des murmures pour sauver sa vie (il est très malade). Très vite ils sont attaqués et seront contraints de se séparer et c'est bien l'objet de ce volume pour le scénariste (qui semble construire son intrigue un peu comme dans LOW, avec séparation en plusieurs récits parallèles): les trahisons ou suspicions de trahisons au sein de cette "famille" comme Gobelin aimerait la voir.

    Le design général est toujours aussi puissant et si le scénario prends plus de temps et propose moins de pages démentielles que l'introduction, la relation avec Garils, le maître des murmures, est centrale et absolument fascinante. Ce colosse sème le doute avec une telle subtilité que le lecteur n'a absolument aucun moyen de savoir s'il est sincère ou manipule les autres. Sans doute un peu des deux et c'est ce qui en fait un méchant incroyable. Avec Seven to eternity Remender est en train d'inventer un nouveau concept: l'anti-méchant, pendant du anti-héros et auquel on tendrait à s'attacher!

    Nouveau concept de ce volume, le marais, sorte de monde parallèle omniprésent qui peut corrompre l'âme de ceux qui s'y sont physiquement noyés. Via ce "personnage" les auteurs développent le background sans non plus en dévoiler beaucoup. La lecture reste exigeante et demande de la concentration tant on ne nous fais pas beaucoup de cadeaux explicatifs. Mais les réponses viennent plus loin.

    Par certains éléments on revient vers une fantasy plus classique (le village des elfes ailés, proches de la nature) et des thèmes récurrents chez Remender (l'écologie), qui font un peu perdre de l’originalité. Ces passages correspondent aux deux sections centrales dessinées par James Harren et c'est là que le bas blesse. Malheureusement situées en plein cœur du récit, qui plus est avec plusieurs scènes d'action importantes, ce graphisme vraiment pas terrible brise la lecture à la fois thématiquement et quand à l'immersion dans cet univers fantastique. La section finale dessinée par Opena et mettant en face Osidis et ses choix est très puissante et permet de revenir dans l'histoire mais cette rupture de milieu d'album est dommageable sur le plaisir global. J'espère vraiment que cette incursion n'est que passagère et que Opena réalisera l'entièreté du prochain album (à paraître cet été aux Etats-Unis). Du coup je retire un "point à la note du premier tome, sur une série qui reste néanmoins majeure.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/12/seven-to-eternity-2

    Shaddam4 Le 19/07/2018 à 13:46:01
    Le chant des Stryges - Tome 18 - Mythes

    Niveau édition rien de particulier, la maquette est rodée depuis de nombreuses années et ce dernier album de la série ne change rien aux habitudes. Une page de garde en fin d'album rappelle les intégrales des séries parallèles.

    Après les cataclysmes provoqués par la destruction de la grotte les quelques groupes de survivants tentent de résister et ont entamé une mutation physique... L'Ombre et son groupe parcourent ce monde désolé, entre désespoir et survie, alors que leur Némésis n'en a pas terminé de répandre sa haine sur ce nouveau monde...

    Le Chant des stryges est entré dans les annales, parmi les quelques séries majeures qui ont su maintenir un niveau d'exigence sans se perdre scénaristiquement dans des aventures commerciales. Le premier responsable de cela est sans aucun doute Eric Corbeyran, grand scénariste dont le Chant fut une des premières séries et le premier gros succès. Cet alliage de conspirationnisme fantastique issu de la mythologie X-files (la série de Chris Carter est diffusée à partir de 1992, le Chant des stryges en 1997) a plu par sa maîtrise scénaristique, par la précision élégante de Richard Guerineau et surtout par la cohérence de l'univers créé, une véritable mythologie puisant dans l'ensemble des mythes humains et de l'histoire occulte pour fabriquer quelque chose de nouveau qui expliquerait nombre d'énigmes de notre histoire et de la science. Structurée en saisons comme pour une série TV (je crois que c'est le premier à avoir eu cette idée en BD...), l'intrigue s'est étalée sur vingt ans avec une régularité de métronome, un album par an, au risque de quelques essoufflements graphiques sur certains albums. Corbeyran a tenté d'élargir le spectre de cet univers en expliquant certains mystères dans trois séries parallèles (une quatrième série SF était prévue) situées à différentes époques de l'histoire, sans grand succès. Mais l'ensemble du projet est allé au bout de ce qui était prévu et permet d'entrer plus ou moins loin dans cet univers sans obligation de sortir de la série mère qui se justifie à elle-même.

    Après tant d'années et de véritables ruptures thématiques à chaque saison qui ont permis au Chant de ne pas ronronner, l'on finissait par se demander si la série se finirait... Chacune des trois saisons étant composée de six albums la fin devait arriver au dix-huitième tome et nombre de lecteurs ont été surpris, choqués, retournés à la lecture du dix-septième épisode qui semblait clôturer la série. Un tel apocalypse rendait difficile un dernier album et j'ai fait partie des sceptiques sur la possibilité de clôturer correctement cette formidable série. Et bien la maîtrise d'Eric Corbeyran est toujours là car je peux dire après avoir refermé cet ultime opus que la boucle est bouclée magistralement, avec toujours cette cohérence, des choix difficiles et une fin qui reste ouverte pour l'esprit des lecteurs sans pour autant appeler de suite. L'honnêteté des deux auteurs aura été entière tout le long de cette aventure et je tiens à les remercier pour tout cela.

    Et l'album proprement dit? Difficile d'en parler sans spoiler dans une telle série. La force de ces scénarios ce sont les personnages qu'ont su créer les auteurs en se mettant en danger, en changeant notre perception et le traitement fait aux héros. Kevin Nivek, l'un des plus charismatiques héros de la BD a été délaissé progressivement pour le véritable personnage central, l'Ombre. J'ai regretté cela mais ça a permis de tisser une relation ambiguë entre les deux personnages, l'humain et l'anti-héroïne invincible et antipathique. Les acolytes de l'Ombre créés dans le troisième cycle ont tous joué leur rôle, un peu éclipsés par la fascination que semble porter le scénariste sur son grand méchant psychopathe Carson. Cet album se présente comme un ultime voyage à la recherche du dernier stryge, dans des paysages dévastés qui proposent des pages grises et marronnasses. L'album est ingrat pour Guérineau qui s'applique néanmoins sur ses cadrages et dessins de personnages toujours aussi précis. La mutation physique introduite par le scénariste implique des dessins peu esthétiques tendant vers l'effet Zombie... Le cadre de l'album (post-apo) n'est pas propice aux plus belles planches mais le prologue permet à l'illustrateur de montrer une nouvelle fois son très grand talent avec un effet crayon magnifique.

    Il semble que le cerveau d'Eric Corbeyran ait eu du mal à freiner ses mille idées malgré la nécessité de terminer son œuvre et cela laisse un peu de frustration lorsque l'on imagine ce qu'aurait pu être un dernier cycle en mode "Akira" post-déluge... Il y a bien sur quelques incohérences mais l'on n'y fait guère attention tant la volonté de rester centré sur les relations de ses personnages est forte et tant l'ensemble est bien pensé, logique. Il est difficile de clôturer une histoire, il est difficile de proposer des évolutions relationnelles de ses personnages et Corbeyran y parvient parfaitement en proposant en cet album une sorte de post-face reliant l'origine du mythe et cette dernière page iconique qui laisse pensif et nous rappelle que l'objet central de la série ont été depuis le début les stryges. Une très bonne fin pour une très grande série.

    a lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/18/le-chant-des-stryges-18

    Shaddam4 Le 19/07/2018 à 13:43:49

    La très grosse intégrale (50€ les 900 pages, on peut dire que c'est rentable!) de Bliss comics comprend les séries Bloodshot, Harbringer wars, Bloodshot & H.A.R.D corps et un épisode d'Archer et Armstrong. L'agencement des séries permet de suivre au mieux l'intrigue croisée entre différentes publications. Personnellement je ne suis pas fan de celle choisie quand on connaît la qualité de ce qu'ont produit des illustrateurs de renom (genre Esad Ribic...), mais bon, c'est une histoire de goûts. Très chouette travail d'éditeur qui fait oublier les quelques coquilles de relecture. A noter que l'album contient le crossover Harbringer wars que j'avais critiqué ici, mais la version de cette intégrale est plus complète. Enfin, pas moins de 70 pages de planches n&b, de couvertures alternatives, croquis etc et comme d'habitude en fin d'ouvrage un guide de lecture ordonné pour progresser dans les publi Valiant. Du tout bon.

    Cette intégrale est sans doute ce que j'attendais, ce qui me manquait depuis ma première lecture d'un album Valiant. Ce qu'il y a de frustrant dans les comics c'est l'impression d'avoir toujours loupé un épisode tant les fils sont éparpillés en une multitude de publication. C'est le cas chez Valiant donc, mais avec le gros avantage d'un univers plus restreint, d'un nombre de héros moindre et par conséquent d'une possibilité de proposer un fil conducteur. Et bien ce fil conducteur c'est cette intégrale, qui réussit le pari de nous faire rencontrer progressivement, étape par étape les différents protagonistes de l'univers Valiant: le Projet Rising Spirit (une black op américaine qui a mis en place notamment le supersoldat Bloodshot), la fondation Harbringer du psiotique (mutant) Toyo Harada, le H.A.R.D. corp (des soldats modifiés pour recevoir des capacités spéciales et envoyés contrer les mutants de Harbringer). Ne sachant pas jusqu'ici par où commencer mes lectures Valiant, je peux vous l'annoncer: c'est par Bloodshot qu'il faut démarrer.

    Outre cette démarche pédagogique appréciable, le personnage de Bloodshot est vraiment chouette à suivre. Sorte de mélange de Wolverine (pour le côté bourrin increvable) et XIII (pour l'amnésie et la manipulation de l'armée), on apprend finalement assez vite que sa véritable identité n'est pas le sujet de la série: le projet PRS et le supersoldat Bloodshot sont anciens ; la problématique est finalement plus celle de la part d'humanité restant (on se rapproche de Ghost in the shell) et de la capacité vengeresse de ce monstre envers ceux qui l'ont exploité. On a bien sur le côté fun et assez crado du bonhomme qui se fait démanteler et prends des balles en pleine poire sans jamais mourir. Mais ce sont les motivations et la psychologie relationnelle de Bloodshot qui le rendent original et intéressant à suivre, dans une intrigue somme toutes assez bourrin et simple (une chasse à l'homme et assaut des forteresses des grands antagonistes de Valiant). Le personnage est devenu un électron libre, un tueur au passé sans âme découvrant l'humanité dans un monde où il n'y a ni cause juste ni héros. Du tout puissant Harada au PRS en passant par le H.A.R.D corps (équipe d'humains optimisés grâce à des capacités empruntées aux psiotiques, centrale dans l'intrigue de Bloodshot), tout le monde justifie ses exactions et ses morts et personne n'est sympathique.

    L'intrigue suit des sauts temporels (en avant/en arrière) mais retombe toujours sur ses pattes et l'on sent juste un besoin de se plonger dans la foulée dans l'intégrale Harbringer pour combler la seule petite lacune de l'intrigue.

    Graphiquement comme d'habitude chez Valiant une ligne cohérente est tenue avec maximum trois styles graphiques et aucun mauvais dessinateur dans le tas. C'est plutôt joli, toujours précis avec quelques planches vraiment fortes visuellement. Les encrages sont très réussis notamment et les (nombreuses) séquences d'action sont très efficaces. Étant donné le sujet, les scènes sanglantes voir gore sont assez fréquentes, âmes sensibles s'abstenir.Présenter un Bloodshot en lambeaux n'est pourtant pas l'objectif des scénaristes qui visent plutôt à développer ses relations tantôt avec des psiotiques (Harbringer wars), tantôt avec des humains (HARD corps).

    A la fin de la lecture on pourra avoir un petit sentiment d'inachevé (un peu comme pour la série XIII) car peu de révélations sur le passé de Bloodshot sont venues. C'est me semble-t'il plu l'objet de la suite Bloodshot Reborn et Bloodshot Salvation, dessinée par l'excellent illustrateur de X-O Manowar , que Bliss vient de sortir.

    Si vous voulez tous les détails de l'univers Valiant je vous invite à aller jeter un œil à l'antre des psiotiques, blog dédié à ces comics.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/16/bloodshot

    Shaddam4 Le 12/07/2018 à 10:07:31
    Black Monday Murders - Tome 1 - Gloire à Mammon

    Comme d’habitude chez Urban, les couvertures originales (magnifiques) et des croquis de l’illustrateur sont proposés en fin de volume sur 18 p. Le design général de l’album, de la langue de Mammon et des documents intégrés participent d’une esthétique très efficace. La couverture est parlante, intriguant, efficace.

    En 1929 et à d’autres époques les crises financières majeures entraînent des morts. Suicides? Pas certain… Une confrérie dirigeant la banque d’affaire Caïna-Kankrin semble liée à des forces occultes qui proclament que l’argent est la force qui dirige le monde depuis la nuit des temps…

    Black Monday Murders est une création assez unique à plus d’un titre. Ambitieuse (très ambitieuse!), elle aurait tout à fait pu sortir du cerveau d’un Alan Moore tant le propos intellectualiste s’allie parfaitement au polar pour produire un récit complexe, mystérieux, qui flirte en permanence avec l’abscons sans pourtant perdre le lecteur qui se raccroche en permanence à un élément subtilement donné. Le scénariste parvient à équilibrer la complexité qui fait partie intégrante du projet et l’intelligibilité pour le lecteur. L’ouvrage en devient totalement fascinant ; personnellement je ne suis absolument pas certain d’avoir compris quelque chose à ce premier tome tout en ayant pris un pied d’enfer…

    J’insiste sur la référence à Alan Moore, le seul auteur de comics qui parvient si bien à proposer une réflexion complexe, philosophique parfois, dans un habillage fantastique adulte. Le sujet est passionnant: l’argent. L’hypothèse fascinante: l’argent est une puissance magique occulte qui régit le monde et dont se sert le Démon (nommé Mammon) pour régenter les humains. La thématique de la secte occulte conspirationniste de maîtres du monde servant un grand pouvoir noir est un classique. La transposer sur le thème de l’argent est vraiment originale et intellectuellement stimulant.

    A noter que les couvertures originales des épisodes sont tout bonnement magnifiques! Tomm Cocker n’a pas beaucoup publié et son style rappelle celui de Greg Tocchini (illustrateur intriguant de Low). A la lecture de la série de Rick Remender j’avais les mêmes réserves sur ce type de dessin, extrêmement contrasté et numérique. Mais là où Tocchini pèche par imprécision dans les arrières plans et sa propension à créer des plans « eyefish », Cocker propose lui des visages et des corps très expressifs ainsi que des scènes vraiment artistiques de par son utilisation des ombres urbaines notamment. Le dessin sert totalement le propos et si comme moi on est au départ plus attiré par des dessins style BD, on profite complètement du talent de l’auteur qui nous immerge dans un monde sombre, de magie noire et de secrets cachés. Prenez le temps de savourer les croquis en fin de volume, qui confirment la très très grande maîtrise technique du dessinateur une fois ôté le vernis numérique.

    La création d’une langue magique, antédiluvienne, à la graphie très élégante et intrigante participe (comme la mythologie autour de la Caïna-Kankrin détaillée à coup de documents imprimés intercalés avec les chapitres) à la solidité de cet univers dont la complexité donne envie de le comprendre, malgré l’effort de concentration et de déduction que cela suppose.

    Le récit est structuré entre un agencement de séquences non chronologiques présentant des personnages des différentes lignées dirigeantes de la Caïna à différentes époques, et l’enquête d’un étrange inspecteur qui est le seul à s’intéresser à la langue de Mammon. Ce dernier se fera aider d’un professeur d’économie qui le mets en garde contre la puissance de ceux sur qui il enquête. L’inspecteur est ce qui permet au lecteur de se raccrocher car les autres séquences sont vraiment mystérieuses. Pourtant on reste fasciné tout le long par des bribes d’informations très compliquées à remonter (je pense que deux à trois lectures sont indispensables pour tout bien saisir) et qui, avec le graphisme très noir, très contrasté, crée une ambiance unique. Hickman a la grande intelligence de très peu montrer pour éviter de tomber dans le grand-guignol. Avec l’expressivité des visages de Cocker ce sont deux gros points forts de l’album.

    Cela fait longtemps qu’une BD ne m’avait laissé aussi stoïque, en instillant une insistante envie de comprendre, de construire un puzzle dont l’auteur nous donne très peu de clés. Souvent dans ce genre de cas, le risque est grand de rester sur sa fin une fois la série terminée. On verra, mais il est certain que cet album est l’un des comics les plus fascinants et ambitieux de l’année!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/02/black-monday-murder/

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 10:34:45

    War Mother s’annonçait puissant, avec notamment de superbes couvertures de David Mack et un Tomas Giorello au dessin très texturé qui était pour beaucoup dans la qualité du nouveau X-O Manowar. Après avoir bouclé la lecture je dois dire que je suis assez déçu, du manque d’ambition et de contexte d’une histoire qui se présente finalement essentiellement comme une succession de scènes d’action avec une fâcheuse tendance à être redondant avec X-O: même action non-stop qui prend le dessus sur l’histoire et le « drama », même, relation compliquée entre le porteur et l’arme (ici Warmother et le fusil intelligent, là-bas entre Aric et l’armure)…

    C’est dommage car, outre les dessins, nombre de concepts sont vraiment intéressants dans cette vision très écolo du Post-apo (inscrit dans la chronologie du comic Rai, qu’il est probablement préférable de lire avant pour apprécier Warmother) où la Terre a repris ses droits en faisant évoluer la vie dotée d’une forme d’intelligence et de technologie géno-organique en opposition au monde techno de l’orbite. Dans ce monde Gaïa se protège de toute manifestation technologique, cette dernière étant capable via des matériaux synthétiques extrêmement évolués, de reproduire à peu près n’importe quoi. Ce premier thème de l’opposition entre nature et technique, en sorte de miroir, est un thème classique mais toujours passionnant pour voir comment se comportent les humains (et qui est humain?) dans cet environnement clivé.

    Ensuite le personnage de Warmother, sorte de guerrier ultime badass et à peu près invincible (comme Aric…) notamment grâce au fusil intelligent qui lui est attribué en début d’album sans que l’on sache vraiment pourquoi.

    Malgré un niveau graphique globalement bon (sans être exceptionnel), certains choix de design laissent perplexes, comme ces coiffures iroquois généralisées ou les androïdes en mode « XVIII° siècle un peu WTF…).

    Surtout, l’intrigue est sommes toutes très maigre. Bien que la pagination soit relativement réduite, la centaine de pages devrait permettre de complexifier un peu l’intrigue de ce qui est présenté comme un one-shot. On ne sait pas vraiment comment ça commence ni où ça finit et cette quête d’un nouveau Nid paraît finalement assez dérisoire puisque l’on sait assez rapidement ce qu’il va advenir. L’auteur peine à poser des scènes dramatiques et différentes séquences individuellement intéressantes (la relation des deux gamins, celle de warmother avec son chéri,…) se trouvent assez dissociées pour empêcher une montée dramatique. Surtout, le personnage principal (on en revient toujours là!), étant invincible, nous laisse dubitatif devant le danger.

    Cet album nous laisse finalement l’impression d’avoir raté un épisode (d’où le conseil de lire Rai au préalable… album que je n’ai malheureusement pas encore lu) et de voir un amoncellement de bonnes idées graphiques ou thématiques juxtaposées sans objectif clair de la part du scénariste. Tout ceci nous laisse extérieur à un album pas mauvais au demeurant mais qui se lira vite et sera vite oublié. Dommage.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/25/war-mother/

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 10:30:59

    Gros volume a couverture et papier épais. Pas très qualitatif mais vu le prix et la pagination il n'y a pas arnaque. La couverture est très efficace et donne bien le ton. Je note que Nury est assez fort pour inspirer des couvertures très percutantes dans ses albums. La BD est inspirée d'un roman (comme indiqué en couverture) et surtout est la transposition d'un scénario de film non réalisé intitulé "Omaha Beach" (... vous verrez pourquoi en toute fin d'album!).

    C'est la déroute! L'armée française a été défaite et les allemands s'apprêtent à débarquer à Paris. Très précautionneuses, les autorités ont fait évacuer l'or de la Banque de France. Tout? Non... Deux tonnes ont été oubliées... ce qui mets une bande d’escrocs et de criminels sur le casse du siècle: dans une France sans État, sans armée ni police, attaquer le fourgon chargé de rapatrier ces derniers lingots à l'autre bout de la France sera une partie de plaisir! Mais c'est sans compter sur la morale très peu patriote d'un certain nombre de fonctionnaires français...

    Comment faire fortune en juin 40 est un album 100% Nury et Dorison n'apparaît que par-ce qu'il bosse avec son comparse depuis longtemps et que sa maîtrise des ficelles scénaristiques sont reconnues, une sorte de Script doctor en somme, comme il aime à se définir dans ses activités de cinéma. Attention, le fait de titrer en gros avec le nom d'Astier est a mon avis un peu malhonnête de la part de l'éditeur car l'illustrateur n'est pas franchement connu du grand public et l'homonymie avec le célèbre Alexandre Astier entraînera sans doute des ventes trompeuses...

    Ceci étant dit, l'album a donc tout de la pâte de Fabien Nury, formule reconnaissable et efficace depuis pas mal d'années: les années 40, une bande de pieds nickelés sans morale, un sous-texte politique, une zone grise de l'histoire entre méchants et gentils. Tout cela rappellera Il était une fois en France et Katanga par exemple. La comparaison est évidente et sa formule marche chaque fois sans vraiment lasser, le principal défaut de cette BD étant qu'elle n'est pas d'une folle originalité, mais ceci est compensé par une très bonne maîtrise scénaristique et surtout sur le point fort des scénarios de Nury: les personnages. Ils sont archétypaux, vilains, bêtes, mais vraiment bien pensés comme attelage de pieds nickelés dans une France en déroute. Car l'historien Nury n'oublie dans aucun de ses albums de titiller là où ça fait mal, dans les bassesses et les heures les moins glorieuses de l'histoire nationale. C'est à mon sens ce qui fait le plus de ses albums. Cela a aussi un verso plus compliqué (comme sur Katanga): au-delà de la dénonciation, le scénariste ne va pas très loin dans l'analyse et cela peut devenir un problème lorsqu'il mets en scène des ordures qu'il se garde de dénoncer. Ce n'est pas dérangeant ici car nous avons affaire à une farce, mais cela reste une tendance lourde de sa bibliographie...

    Sur le plan du dessin Astier fait le job croquant des tronches compréhensibles par le très grand public. Le style est tout de même proche de l'ancienne école Spirou, ce qui dénote selon moi avec l'histoire assez adulte. L'illustrateur n'est pas toujours très précis et le papier épais n'aide pas à affiner son trait, mais sa maîtrise reste très correcte.

    Au final on a un album calibré pour marcher dès la couverture mais qui n'a pas vocation à être tête de gondole non plus. Un cinoche grand public plutôt rigolo où l'on aime repérer le prochain traître avec une vague inspiration chez Lautner. Dans un esprit assez proche Il faut flinguer Ramirez est cinq catégories au-dessus. Mais vous passerez un bon moment tout de même.

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    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/29/comment-faire-fortune-en-juin-40

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 10:13:20

    Le site Comics blog est un peu l'entonnoir de l'univers du comics, tout y passe et cela permet de dénicher des pépites dont personne ne parle. Ainsi je suis tombé sur cet objet improbable, sorte de croisement entre James-Bond époque Casino Royal, Avengers (non, l'autre, celui avec un chapeau melon et des bottes de cuir...), et le Batman avec Adam West...

    Nick Fury jr. est le meilleur agent du SHIELD. Au cours de 6 missions il va œuvrer, toujours avec classe, à faire échouer les plans machiavélique de Hydra...

    Attention, cet album titille la rétine et si vous êtes gothique dans l'âme, foncez lire (l'excellent) Black Monday Murders à la place... Cette petite récréation n'a d'autre ambition que de nous plonger dans un univers cool, manichéen, flashy et pop, un retour dans les histoires d'espionnage très Pop des années soixante sur fond de vert pomme et de rose fuchsia. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Nick Fury est un super espion imbattable, jamais surpris, qui a toujours un coup d'avance sur les terroristes d'Hydra et ses assassins mortels. Les histoires n'ont aucune espèce d'importance et tiennent sur un timbre poste avec une linéarité qui laisse un sourire aux lèvres devant tant d'improbable. Dans cet univers là on va en mission scaphandre combattre des exosquelettes sur la Lune ou on utilise une technologie du SHIELD pour respirer dans les abysses d'Atlantide... Fury a des gadgets super cool, un costume trois pièces d'une élégance folle et prends le temps de flirter en buvant un martini dans un train rempli d'assassins.

    Vous l'aurez compris, l'histoire et les scènes donnent un côté très sympathique au projet... mais c'est bien le graphisme et la mise en scène qui dépotent et sont d'une originalité folle. Résultat de recherche d'images pour "nick fury aco"Contre toute attente l'amoncellement de couleurs criardes est terriblement classe et l'artiste ACO joue sans aucune retenue à découper ses cases en jouant sur des formes psychédéliques. L'essentiel de l'album se présente en successions de doubles pages, qui permettent un grand format et des insertions de cases en forme de rond, d'étoiles ou que sais-je. Il y en a de partout, ça fait "sheba, paw, plop, wizzz" et tout cela est fort agréable, comme un générique de James Bond en grand format. Alors bien sur certaines missions sont un peu trop artificielles et on aurait pu attendre un semblant d'ambition scénaristique en introduisant une continuité sur le personnage, mais finalement ne préfère t'on pas toujours une série B assumée à quelque chose qui tente de paraître crédible?

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/03/nick-fury

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 10:06:07

    Le livre comprend une préface et une poste-face en forme de descriptif des passions humaines... L'album est un one-shot dérivé de la série mère Freak's Squeele, dans le même univers que Rouge et Funerailles (ce dernier est sur ma PAL). Vestigiales fait référence à une fonction ancienne de certains organes qui n'a plus lieu d'être et renvoie à l'état primitif de l'homme. L'album propose donc d'aborder l'intime mystique des deux personnages de sa série phare, Ombre et Xiong Mao.

    Vestigiales a été annoncé assez mystérieusement par son auteur au printemps dernier, comme un Spin-off érotique... Après lecture je ne pense pas qu'érotique soit le terme le plus approprié et je qualifierais plutôt l'album comme un essai mystico-baston sur l'identité sexuelle de ses personnages... Le projet est (comme la série mère d'ailleurs) assez personnel et le texte post-face est bienvenu pour détailler l'objet et l'appréhender pour autre chose qu'une simple digression baston sexy.

    D'un premier abord, outre une couverture assez chaude, dans la ligne de l'évolution des couvertures de Maudoux (de plus en plus belles et de plus en plus "nues"!), cet album nous propose assez vite des combats dans le monde des rêves, via un voyage initiatique d'Ombre et Xiong Mao. L'auteur peut se faire plaisir et nous faire plaisir en dénudant franchement ses protagonistes lors des combats par ailleurs très bien menés. Dans la série principale l'on sentait une envie frustrée sans doute par le public assez large de la BD. La qualité du trait de Florent Maudoux et la sensualité graphique du personnage de Xiong Mao étaient ainsi couverts par l'histoire déglingos de Freak's Squeele malgré quelque scènes de nu. La parution de la série Funérailles a vu une évolution des couvertures, très sexy, qui amènent très directement cet album.

    Le principal intérêt de Vestigiales est donc son graphisme sublime, notamment du fait d'une colorisation très agréable et naturelle. Les entrelacs de corps féminins plus ou moins transformés en créatures imaginaires proposent de superbes planches au sein d'un univers noir et blanc qui permet pour la première fois de découvrir le talent brut, sans trame ni couleur, de Florent Maudoux qui est l'un des tout meilleurs illustrateurs de sa génération et que je m'impatiente de voir sortir de l'univers qu'il a créé pour voir ce qu'il peut proposer d'autre. L'encrage est très beau et les décors très élégants, le contraste entre arrières-plans et personnages étant ainsi renforcé. Vestigiales est un plaisir des yeux, un bonbon graphique!

    Heureusement, sa raison d'être n'est pas qu'une envie graphique (...ce qui aboutit généralement à quelque chose de joli mais a ranger rapidement au fond de l'étagère). Le projet est finalement assez ambitieux car s'il vise (selon son auteur) à combler un trou de son histoire, c'est surtout une réflexion sur le couple et sur l'identité intime de chacun qui est proposée. Présenté comme un rêve initiatique dans le passé des personnages, l'album les voit combattre des membres de leur famille ou des incarnations d'archétypes (féminin/masculin, Destruction/fertilité,...) jusqu'à envisager la vieillesse dans une sorte de nid primordial où est convoquée la vénus de Willendorf. les références sont nombreuses et subtiles et l'on sent que l'auteur pense ses histoires pour leur donner une symbolique qui dépasse la simple BD d'action.

    Le propos de Maudoux sur l'identité masculine notamment est vraiment intéressant et poussé, surprenant dans un spin-off de série grand-public à l'inspiration manga/comics. La prolongation de la réflexion dans le texte final détaille l'idée d'une révolution identitaire du mâle occidental dans un monde où les rites initiatiques ont disparu et laissent l'homme sans cadre pour se construire une identité sexuée...

    La création de cet auteur est décidément inclassable (sans doute pour cela que j'ai eu un peu de mal à m'y immerger dans Freak's Squeele), bancale par moments, mais visuellement superbe et permet de découvrir un bonhomme qui réfléchit son art. Ça donne indubitablement envie de se plonger plus loin dans sa biblio. Pour moi ça commence très bientôt avec Funerailles!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/04/vestigiale

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 10:03:38
    Fairy Quest - Tome 2 - Les parias

    Avec Humberto Ramos il y a un truc en plus. A l'époque de son grand comic Crimson je me souviens qu'un pote me l'avait montré, en pâmoison... Moi le côté "sauce tomate" m'avait paru un peu ridicule. Par la suite j'ai regardé de loin ses productions avec une grande attirance pour son design, pourtant assez simpliste et très cartoon. Le bonhomme a une relation un peu particulière avec l'industrie en ce qu'il a commencé chez Wildstorme, un label d'auteur indépendants fâchés avec le système des majors de la BD américaine que sont Marvel et DC et qui ont donné des trucs très novateurs dans les années 90 comme Witchblade, DV8 ou Battle Chasers. Tous ces auteurs sont depuis rentrés dans le rang mais ils gardent un caractère particulier, et surtout j'ai vraiment commencé les comics avec ces séries... Il y a quelques années Ramos a commencé à bosser en Europe, sur la série mystique Revelations puis un spin off de Kookaburra chez Soleil et enfin, Fairy Quest chez Glénat, que je vais vous présenter aujourd'hui. La série doit comporter quatre tomes, dont deux sont sortis en 2012 et 2015.

    A Bois-des-contes règne le pouvoir implacable de Grimm: les personnages de contes Variants qui ne suivent pas le script de leur histoire sont pourchassés et condamnés au vide-tête! Mais le Chaperon rouge et son ami le Loup ne comptent pas se laisser faire et s'échappent avec pour objectif de rejoindre Vrai-monde...

    Ramos n'est donc pas le meilleur dessinateur de comics qui soit. Son dessin aux gros pieds et trognes mignonnes n'est pas très technique... mais a diablement du style, de la consistance, une personnalité! Sur le récent Extraordinary X-men il apportait déjà un je ne sais quoi de spécial à une histoire relativement banale. Ici son trait et les couleurs de son comparse Leonardo Olea (magnifiques) donnent une texture entre le manga et le graphisme de jeux vidéo à cet univers des contes. Il parvient notamment à donner un vrai caractère au couple Rouge/Lou' qui entraîne le lecteur sur leurs traces avec une vraie tendresse. Le méchant Grimm est également très réussi. Mais ce sont finalement les planches en plan serré qui sont les plus réussies, l'artiste mexicain délaissant (comme souvent dans les comics) ses arrières-plans.

    Je ne connaissais le travail de Paul Jenkins que sur son diptyque avec Humberto Ramos Revelations, enquête policière occulte dans les églises du Vatican, dont l'ambiance et la construction m'avaient marqué à l'époque. Ici il montre également son talent: il n'est jamais facile de tenter une variation sur l'univers des contes. Beaucoup s'y sont essayé, souvent de façon compliquée (comme sur City Hall). Dans Fairy Quest, si l'intrigue est très linéaire (une course-poursuite), le traitement des personnages connus est très intéressante. D'abord par-ce qu'il ne commet pas l'erreur d'en faire le point central de son histoire. Les deux héros sont Rouge et Loup, les autres personnages ne sont qu'une coloration donnant de la texture à l'univers et l'on ne peut qu'apprécier leur caractère original lors de leur apparition rapide. L'idée de la dictature et du libre-arbitre est également intéressante et permet d'aborder la psychologie des monstres et de prendre les lecteurs à contre-pied (en mode "psychanalyse des monstres de contes de fée...").

    On prend plaisir à trouver des lieux connus et des personnages à contre-emploi et l'affrontement parallèle entre Grimm et Andersen (là aussi l'on retrouve l'idée forte de City Hall) crée un background qui donne envie de connaître la suite et le hors-champ (pourquoi on en est arrivé là?). Les dialogues entre Rouge l'éternelle optimiste et le grognon Loup qui voit des problèmes partout sont très drôles et assurent la "prise" avec le lecteur. Cette série à la parution lente est une vraie bonne surprise que je n'avais pas vue sortir il y a cinq ans et j'espère vraiment que les auteurs assureront sa clôture en quatre tomes comme prévu car le deuxième volume nous laisse en suspens avec une grosse envie de retourner en compagnie du gros poilu et de la petite fille encapuchonnée!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/06/fairy-quest

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 10:03:23
    Fairy Quest - Tome 1 - Les Hors-la-loi

    Avec Humberto Ramos il y a un truc en plus. A l'époque de son grand comic Crimson je me souviens qu'un pote me l'avait montré, en pâmoison... Moi le côté "sauce tomate" m'avait paru un peu ridicule. Par la suite j'ai regardé de loin ses productions avec une grande attirance pour son design, pourtant assez simpliste et très cartoon. Le bonhomme a une relation un peu particulière avec l'industrie en ce qu'il a commencé chez Wildstorme, un label d'auteur indépendants fâchés avec le système des majors de la BD américaine que sont Marvel et DC et qui ont donné des trucs très novateurs dans les années 90 comme Witchblade, DV8 ou Battle Chasers. Tous ces auteurs sont depuis rentrés dans le rang mais ils gardent un caractère particulier, et surtout j'ai vraiment commencé les comics avec ces séries... Il y a quelques années Ramos a commencé à bosser en Europe, sur la série mystique Revelations puis un spin off de Kookaburra chez Soleil et enfin, Fairy Quest chez Glénat, que je vais vous présenter aujourd'hui. La série doit comporter quatre tomes, dont deux sont sortis en 2012 et 2015.

    A Bois-des-contes règne le pouvoir implacable de Grimm: les personnages de contes Variants qui ne suivent pas le script de leur histoire sont pourchassés et condamnés au vide-tête! Mais le Chaperon rouge et son ami le Loup ne comptent pas se laisser faire et s'échappent avec pour objectif de rejoindre Vrai-monde...

    Ramos n'est donc pas le meilleur dessinateur de comics qui soit. Son dessin aux gros pieds et trognes mignonnes n'est pas très technique... mais a diablement du style, de la consistance, une personnalité! Sur le récent Extraordinary X-men il apportait déjà un je ne sais quoi de spécial à une histoire relativement banale. Ici son trait et les couleurs de son comparse Leonardo Olea (magnifiques) donnent une texture entre le manga et le graphisme de jeux vidéo à cet univers des contes. Il parvient notamment à donner un vrai caractère au couple Rouge/Lou' qui entraîne le lecteur sur leurs traces avec une vraie tendresse. Le méchant Grimm est également très réussi. Mais ce sont finalement les planches en plan serré qui sont les plus réussies, l'artiste mexicain délaissant (comme souvent dans les comics) ses arrières-plans.

    Je ne connaissais le travail de Paul Jenkins que sur son diptyque avec Humberto Ramos Revelations, enquête policière occulte dans les églises du Vatican, dont l'ambiance et la construction m'avaient marqué à l'époque. Ici il montre également son talent: il n'est jamais facile de tenter une variation sur l'univers des contes. Beaucoup s'y sont essayé, souvent de façon compliquée (comme sur City Hall). Dans Fairy Quest, si l'intrigue est très linéaire (une course-poursuite), le traitement des personnages connus est très intéressante. D'abord par-ce qu'il ne commet pas l'erreur d'en faire le point central de son histoire. Les deux héros sont Rouge et Loup, les autres personnages ne sont qu'une coloration donnant de la texture à l'univers et l'on ne peut qu'apprécier leur caractère original lors de leur apparition rapide. L'idée de la dictature et du libre-arbitre est également intéressante et permet d'aborder la psychologie des monstres et de prendre les lecteurs à contre-pied (en mode "psychanalyse des monstres de contes de fée...").

    On prend plaisir à trouver des lieux connus et des personnages à contre-emploi et l'affrontement parallèle entre Grimm et Andersen (là aussi l'on retrouve l'idée forte de City Hall) crée un background qui donne envie de connaître la suite et le hors-champ (pourquoi on en est arrivé là?). Les dialogues entre Rouge l'éternelle optimiste et le grognon Loup qui voit des problèmes partout sont très drôles et assurent la "prise" avec le lecteur. Cette série à la parution lente est une vraie bonne surprise que je n'avais pas vue sortir il y a cinq ans et j'espère vraiment que les auteurs assureront sa clôture en quatre tomes comme prévu car le deuxième volume nous laisse en suspens avec une grosse envie de retourner en compagnie du gros poilu et de la petite fille encapuchonnée!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/06/fairy-quest

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 09:58:19

    Secret Weapons est (de ce que j'ai lu) le plus fourni en documents de fin de volume: outre des couvertures alternatives (alors que le design général du livre est partie intégrante du projet), de nombreuses et longues interview des auteurs de la BD, ainsi que les désormais habituelles planches noir-et blanc. Le texte introductif est en revanche un peu évasif sur le contexte général de l'histoire et on en apprend finalement plus pendant la lecture que par cet éditorial. Mais sincèrement on peut difficilement de mander plus comme bonus.

    Autrefois jeunes talents convoités par la Fondation Harbringer de Toyo Harada, trois jeunes psiotiques ont été abandonnés et désormais pourchassés par un mystérieux tueur. Livewire, l'une des plus puissantes psiotiques en rupture de ban avec le chez de Harbringer se mets sur la trace de ces jeunes gens dans le but de les protéger et d'en faire une véritable équipe...

    Lorsque l'on commence un one-shot de Valiant se pose la question du public ciblé. J'ai commencé il y a peu mon immersion dans cet univers (très sympathique au demeurant) et commence à repérer certains personnages clés, mais suis loin de maîtriser toutes les interactions. Je suis donc encore un lecteur novice et je peux dire qu'à ce titre j'ai bien apprécié Secret Weapons. Cela signifie que le scénario permet à lui seul d'apprécier l'album comme un vrai one-shot en donnant suffisamment d'infos (notamment dans les deux prologues dédiés à Nikki et Owen) pour apprécier le contexte général. Plus que cela, ces séquences donnant un aperçu de mêmes scènes de différents points de vue intrigue et donne envie de lire les albums consacrés à Harbringer et les psiotiques. A noter que le scénariste est celui du film Premier contact de Denis Villeneuve, dont l'intelligence m'avait marqué.

    Ce qui donne un intérêt réel à ce comic c'est son humour et son aspect décalé: le choix de raconter l'histoire de mutants recalés dotés de pouvoirs tout à fait pourris, est gonflé et permet de se concentrer sur autre chose que des affrontements apocalyptiques auxquels l'industrie du comics nous a malheureusement trop habitués. Nikki communique avec les pigeons, Owen fait apparaître des objets tout à fait inutiles (genre parapluie ou aspirateur...), Avi se transforme en statue et le quatrième comparse fait briller les objets... on a vu plus impressionnant comme héros! On assiste donc à des combats totalement second degré mais aussi à des personnages qui assument leurs capacités et se débrouillent pour contrer les menaces, qu'elles viennent de Harada ou du tueur, une sorte de cyborg végétal, croisement entre Groot et Robocop.Ce méchant est à mon sens la seule faute de goût des auteurs, son design n’étant pas particulièrement heureux.

    Le dessin du duo espagnol adopte une sorte de ligne claire transposée dans l'univers SF de Valiant et surtout rehaussée de tonalités chromatiques calées sur chacun des personnages. On va donc passer de séquences à dominante rose pour Nikki à d'autres vertes ou bleu-gris. Cette esthétique est vraiment réussie et donnent à l'objet global un véritable intérêt graphique (les traits en eux-même sont très sympa également mais comme toute ligne claire, assez sobres). A cela s'ajoute un découpage très réussi utilisant beaucoup de successions de cases verticales provoquant des effets de ralentis ou de comique de situation. Mention spéciale enfin aux deux épisodes "#0" sur les deux personnages principaux et notamment celui sur Nikki qui enchaîne des cases pleine largeur en mode "plan fixe" sur Nikki qui nous relatent l'année passée, du lycée à la fondation Harbringer et l'apparition de ses pouvoirs. Outre le découpage, on plonge donc directement dans la naissance d'un psiotique et c'est très intéressant.

    D'un album qui semblait d'une assez modeste ambition, on aboutit ainsi à un projet qui aide le nouveau venu à pénétrer en douceur dans l'univers Valiant, crée une familiarité avec des personnages et un dessin soft qui pourra même intéresser les non férus de fantastique. Un joli bouquin assez tendre, loin du bruit et de la fureur d'un Bloodshot et autres Harbringer wars. Cela donne une autre vision de ces histoires et parfois cela fait du bien.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/07/secret-weapon

    Shaddam4 Le 10/07/2018 à 09:53:20
    Radiant - Tome 9 - Tome 9

    La guerre fait rage en Cyfandir: la situation est plus désespérée que jamais, l'alliance entre les barons marchands et l'Inquisition ayant bloqué toute utilisation du Fantasia et donc toute protection aux chevaliers-sorciers. La défaite semble inexorable pour la reine Boadicée qui tente une charge désespérée contre les puissants Thaumaturges... ces derniers n'ont pourtant pas livré toute l'étendue de leur puissance. Ce volume est "l'Empire contre-attaque" de la série de Tony Valente! La convergence des forces de ce vaste et mystérieux univers magique donne lieu à une magnifique bataille épique au possible, faite de désespoir, de trahisons et de l'héroïsme forcené de set et ses alliés. L'originalité des pouvoirs est toujours aussi grande et on est immergé comme jamais (j'avais trouvé la première bataille de Rumble Town un peu brouillon) dans l'action avec mille interventions et rebondissements. L'équilibre entre action/histoire/Humour est toujours aussi réglé. Du très très bon manga!

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/07/10/manga-en-vrac-4

    Shaddam4 Le 03/07/2018 à 13:09:24
    Jupiter's Legacy - Tome 1 - Lutte de pouvoirs

    Attention événement ! Mark Millar est désormais une figure familière du monde des comics avec des séries à succès fréquemment adaptées au cinéma. Sa dernière création est pourtant partie pour être un séisme semblable à la sortie du Watchmen d’Alan Moore dans les années 80, excusez du peu ! Avec son acolyte Frank Quitely (vu notamment sur All-star Superman), il ambitionne de produire une relecture du mythe des super-héros, de leur apparition à leur disparition en lien avec la société humaine et la question du contrôle et de la sécurité. Des thèmes devenus fréquents depuis le Dark Knight de Miller ou le Kingdom Come d’Alex Ross. Outre la qualité du dessin et du traitement radical (ça saigne chez Millar, bien loin du comic code Authority), la grande claque vient de l’introduction d’une critique virulente des politiques économiques libérales dans le comic, rejoignant les thèmes très politiques du grand Watchmen. Un vent de fraîcheur apporté par le britannique pour des planches qui se dévorent de bout en bout en attendant impatiemment la suite. La barre est mise très haut… et c’est tant mieux !

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2017/08/08/jupiters-legacy/

    Shaddam4 Le 02/07/2018 à 11:41:43
    Le château des étoiles - Tome 10 - Les Prisonniers de Mars

    Après une saison des chevaliers de l'Ether (2 volumes reliés, 6 gazettes), Seraphin et ses amis ont embarqué malgré eux pour un extraordinaire voyage vers Mars à la recherche du père du héros, enlevé par les hommes de Bismarck.

    Alternant intelligemment les séquences (politiques) sur Terre, auprès des héros et d'autres concentrés sur le corps expéditionnaire germanique sur la planète rouge, cet épisode soulève de nombreux mystères, en découvrant certaines propriétés physiques de la planète et de ses possibles habitants: êtres intelligents? Leviathans? Les brumes de Mars cachent beaucoup de secrets et de dangers très sérieux. Comment les enfants pourront-ils gérer l'arrivée sur la planète avec le Chambellan à bord?...

    Les textes additionnels qui font tout le charme et l'intérêt de ces éditions gazettes dévoilent sans détours ce qui constituera la troisième saison: la France est la première nation à avoir mis ne pied sur Vénus !... Année après année ce Château des étoiles renoue avec ce qui a inventé les histoires d'aventure: les feuilletons de Dumas et Jules Verne au XIX° siècle et les magazines fantastiques. Alors que Glénat célèbre Conan et que Ankama publie depuis quelques temps des adaptations de Stephan Wul, je trouve formidable que les éditeurs retrouvent ainsi l'esprit libre et imaginatif de l'aventure qui ne se prend pas au sérieux et vaguement kitsch. En plus la BD d'Alex Alice a le grand mérite de plaire de 7 à 177 ans...

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/05/30/festival-des-gazettes-le-chateau-des-etoiles-la-gazette-du-chateau-le-sang-des-cerises

    Shaddam4 Le 02/07/2018 à 11:39:14
    Les passagers du vent - Tome 8 - Le Sang des cerises - Livre 1 (3/4)

    Je continue ma lecture de cet album, vrai-faux Passagers du vent (relié à la série mère surtout par la généalogie puisqu'il n'est plus du tout ici question de bateaux). Ce troisième épisode confirme mon impression très positive et l'investissement historique et de documentation de l'auteur est très impressionnant. Ce volume est beaucoup plus chargé en articles : pas moins de 5 pages avec illustrations d'époques comprenant une page sur la construction du Sacré-cœur, une double page très dense sur le Montmartre de 1880 (lieu d'installation d'artistes que l'on retrouve dans l'album mais aussi le développement des cabarets), une page sur le contexte politique (comme dans les autres épisodes) et une interview de Bourgeon sur le langage et les chansons. Tout cela est passionnant et l'on réalise à la lecture que c'est assez indispensable comme complément de l'album tant l'objet de cette BD est clairement pour Bourgeon la reconstitution d'un lieu et d'une époque dans une visée ethnographique. J'espère vraiment que l'éditeur publiera ces compléments avec l'album à paraître en octobre.

    Si l'article sur les cabarets, vraiment détaillé, n'intéressera pas tout le monde, celui expliquant la période de tergiversations sur une Restauration (... mais avec quel roi? la branche légitime dont le dernier roi de France, Charles X a provoqué la dernière révolution en date ou la branche d'Orléans, celle de Louis-philippe?) est fascinant tant on ignore le contexte de naissance de cette Troisième République qui fut pourtant la plus longue de notre histoire politique. L'entretien avec Bourgeon nous éclaire sur son rapport à l'argot, à l'Eglise (il a été élevé chez les curés) et au bas peuple et nous apprend que l'album publié comportera un lexique des termes bretons et argots utilisés dans les planches.

    Sur le plan BD en revanche le découpage en gazette n'apporte pas grand chose du fait de la construction qui vise plus l'illustration historique que l'intrigue proprement dite. Cet épisode revient sur le passé de Clara et cette zone trouble entre son retour de Louisiane et la Troisième République, dont ses années en déportation. L'auteur utilise un passage dans une goguette pour nous dresser un réquisitoire sanglant de la répression contre la Commune. Le propos est extrêmement politique et a des répercutions jusqu'à nos jours tant cette République est née les deux pieds dans le sang comme le dit un personnage... Sinon la visite "touristique" que propose Bourgeon nous emmène dans les carrières souterraines ou dans le "village" (plutôt bidonville) de Montmartre dont la reproduction est saisissante de vie et de précision.

    Encore une fois le récit proprement dit souffre un peu de se sectionnement en quatre parties qui interrompt l'immersion... mais le format journal jouit d'ajouts indispensables. Dur de choisir le format idéal mais vu le prix des gazettes je ne saurais que conseiller cet achat en préparation à une lecture de l'album couleur. J'ai toujours considéré Bourgeon comme un auteur majeur mais il n'a jamais été non plus un de mes préférés (un peu comme Moebius/Giraud). Cet album est pourtant, à mesure de la lecture, une des choses les plus impressionnantes que j'ai lu en BD, se rapprochant par l'ambition, d'un Dernier chant des Malaterre, l'ouvrage majeur de l'auteur. Un récit qui pourrait presque intégrer la rubrique Docu de ce blog et qui donne très envie de connaître cette période charnière pour la société et la République française.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/27/le-sang-des-cerises-journal-3

    Shaddam4 Le 02/07/2018 à 11:16:55
    Le château des animaux - Tome 1 - La Gazette du Château n°1

    Très bonne découverte que ce nouveau scénario de Dorison avec un petit nouveau extrêmement talentueux aux dessins. Je m’attendais à une transposition de la Ferme des animaux adaptée aux enfants… et je me retrouve avec un pamphlet très violent et sans détours sur l’exploitation et le totalitarisme que n’aurait pas renié un Lupano… Les dessins, donc sont assez impressionnants même si dans le registre animalier beaucoup de dessinateurs savent rendre des planches très sympa. Je vous laisse aller faire un tour sur le blog de l’illustrateur pour voir de quoi il est capable… On a donc un château occupé par des animaux abandonnés par les hommes et où un Taureau assisté d’une bande chiens féroces à instauré une dictature sanglante où le culte du chef est érigé en obligation et où toute rébellion est punie d’une mort atroce. Pas de mise en place ici, on entre dès la première séquence dans le vif du sujet avec une vieille oie révoltée qui tente de faire se réveiller une chatte blanche qui encaisse les coups pour subvenir aux besoins de ses chatons.

    Les deux pages de rédactionnel alternent horoscope, météo et tractes dignes des meilleures plumes de Staline ou d’Hitler, de quoi vous mettre dans l’ambiance. Sinon, je préviens, c’est sanglant, du coup si vous voulez le lire avec vos pitchou je conseille pas avant 10 ans.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/05/30/festival-des-gazettes-le-chateau-des-etoiles-la-gazette-du-chateau-le-sang-des-cerises/

    Shaddam4 Le 26/06/2018 à 13:28:36

    L'éditeur a mis en place une page web très intéressante donnant plein d'infos sur l'auteur, les personnes rencontrées et l'ouvrage lui-même.

    A l'occasion de la réédition de Saison Brune, je vais vous parler de cet important album traitant du réchauffement climatique et des enjeux politiques qui sont derrière. La relecture de cet album paru il y a déjà six ans nous montre que l'alarmisme de l'auteur et des experts rencontrés pour l'occasion était loin de la réalité lorsque l'on regarde la situation de la planète aujourd'hui... Piqûre de rappel!

    Philippe Squarzoni n'est pas vraiment un auteur de BD. Il est plutot documentariste-dessinateur et traite de sujets à la fois personnels (il se mets en scène, mais pas à la manière d'un Michael Moore, de façon plus intimiste) et très politiques, globaux, comme cet ouvrage qui est un peu le pendant du film d'Al Gore "une vérité qui dérange", qui avait fait grand bruit à l'époque sur la question du réchauffement climatique.

    Le format BD documentaire est compliqué en ce qu'il joue sur un fil qui parlera à chacun selon ses sensibilités et ses envies. Je mettrais Squarzoni entre Lepage (pour l'implication intimiste), Joe Sacco (pour la précision documentaire) et Davodeau (pour l'engagement politique). Sur Saison brune il parvient en effet, en prenant le temps, à produite une somme, une enquête méthodique sur la question du réchauffement climatique, qui a l'intelligence de partir du point de vue du naïf...

    En début d'album l'auteur est en train de terminer son livre précédent (DOL, sur le second mandat Chirac) et s'interroge sur le débat concernant le réchauffement climatique et notamment les rapports alarmistes du GIEC. Il va alors s'informer, se documenter, interroger des experts et apprendre en même temps que le lecteur, lui expliquant avec pédagogie des questions souvent techniques sur le fonctionnement du climat, mais aussi des comportements humains. Par exemple, lorsque Squarzoni explique à sa femme que pour réduire l'impacte de la crise climatique il faudrait revenir au mode de vie d'un indien pauvre... et que personne n'a envie du niveau de vie d'un indien pauvre! Heureusement que le dessin (assez froid mais qui se prête bien à l'analyse) est là pour faciliter la compréhension, avec force illustrations pratiques (et une approche onirique qui me rappelle le travail de Shin'ichi Sakamoto sur Ascension par exemple).

    Je suis assez attaché au dessin dans la BD et je reconnais que le style hyper réaliste de Squarzoni (qui peut rappeler la technique d'un Christophe Bec par exemple) n'est pas forcément ma tasse de thé. Il permet néanmoins de poser une ambiance documentaire, journalistique, élément qui manque selon moi aux albums de Joe Sacco qui par son style presque cartoon casse un peu cette froideur utile au propos. Techniquement il n'y a rien à reprocher et certaines cases sont vraiment belles, notamment les nombreuses séquences contemplatives de nature.

    J'ai été assez bluffé par l'impression qui ressort de cet ouvrage. Une enquête qui demande de l'effort au lecteur, de l'implication, et dont on sort avec le sentiment d'avoir eu une démonstration totalement implacable, irréfutable, de la gravité de la situation climatique et de la responsabilité écrasante des dirigeants politiques et économiques. Le climat a déjà basculé et l'inertie du système fait que même si toute activité industrielle s'arrêtait immédiatement il faudrait une longue période pour que le système climatique retrouve son fonctionnement normal. En bref on n'est pas dans la merde...

    Les rapports du GIEC, critiqués pour leur caractère dramatique, sont ainsi des présentations déjà policées des observations de terrain. La seule faille dans laquelle s’engouffrent les climato-sceptiques est celle, imparable, de la courte période d'analyse. L'attaque est bien pensée puisque par définition, concernant le climat, seules des analyses sur des milliers d'années permettraient de démontrer par A+B la cause humaine du réchauffement. Al Gore avait assumé de forcer le trait en présentant dans son film des courbes à l'échelle géologique justement. Ceux qui voudront se voiler la face trouveront ainsi toujours des arguments techniques pour amoindrir la réalité de la crise. Il n'en demeure pas moins que l'ouvrage de Squarzoni, mais également toutes les autres œuvres ou documents sur le sujet convergent vers une analyse commune. L'homme est en train de creuser sa propre tombe et les éléments de langage politique sur la réversibilité de la chose sont totalement mensongers. Le mouvement est enclenché et ne pourra pas être arrêté.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/24/saison-brune

    Shaddam4 Le 26/06/2018 à 13:19:28

    Pour leur première incursion dans la prestigieuse collection Signé, l'auteur américain Charyn et le peintre virtuose Civiello nous narrent la geste courtoise (et un peu barbare quand-même...) de Guillaume Corb-Nez ou Guillaume l’hébreu, compagnon de Charlemagne inspiré du personnage historique de Guillaume de Gellone.

    La belle reine Witgar, épouse rebelle du duc de Bourgogne s'est enfuie chez le Wali de Cardona, à l'époque franque où Maures et basques parcouraient le sud de la France. L'empereur envoie Guillaume l'hébreu, féroce guerrier et fidèle compagnon d'arme pour récupérer la fuyarde et laver l'affront. Guillaume sera confronté tout au long de cette épopée à la contradiction entre sa fidélité envers Charlemagne et son amour pour la belle...

    Étrange album que ce gros volume de presque cent pages aux cases spacieuses en peinture directe auxquelles nous a habitué l'auteur de la Graine de folie. La difficulté de la technique en peinture directe (Rosinski aussi a eu quelques albums compliqués...) c'est que fondamentalement elle ne se prête pas à la BD: le découpage BD nécessite une certaine finesse et du mouvement, ce qui est difficile avec la peinture (à la différence de la colorisation en peinture directe qui utilise le dessin classique et l'encrage). La qualité graphique indéniable de la technique (notamment sur les plans serrés de visages) nécessite un découpage visuel, des dialogues, des paysages, des albums contemplatifs...

    Ainsi dans cette histoire nous profitons de planches très différentes, tantôt sublimes lorsqu'elles sont en plans larges ou très cadrées, parfois un peu brouillonnes lorsqu'il s'agit d'illustrer des séquences d'action et de batailles que le style de Civiello rend un peu figé. En revanche, dès les premières pages montrant le moine entamer son récit alors qu'il enlumine des manuscrits, l'on est subjugué par la qualité artistique des pages et par la suite les visages prennent un réalisme saisissant. Le style est particulier et ne plaira pas à tout le monde. Mais si vous aimez la peinture et les ouvrages d'illustration cela devrait vous plaire.

    Ce qui est le plus intéressant dans ce récit très original c'est la description d'une époque que l'on connaît mal. La figure de l'empereur à la barbe fleurie se mélange aux mœurs frustes que l'on imagine de l'époque, l'amour courtois se mêle aux pulsions les plus primales et les moines du grand Suzerain sont autant des propagateurs de la foi et de la culture que des seigneurs de guerre. Le scénario parvient à allier subtilement cette vision romantique et réaliste de cette renaissance de l'Occident après la chute de l'Empire romain. Comme souvent dans ce genre de récit, les moins à l'aise en histoire seront peut-être égarés dans cette époque, mais ils pourront se raccrocher à l'histoire d'amour et cette figure héroïque en diable que celle de Corb-nez.

    Le personnage, agencement de plusieurs figures plus ou moins historiques (on pense au Cide ou à Montecritso) est visuellement réussi avec sa figure en nez d'aigle, ses cheveux sauvages et ses cicatrices. La scène de combat dans la prairie est à ce titre très réussie en ce qu'elle illustre la rage et la puissance brute des corps nus en contraste avec l'apparat des tuniques du duc de Bourgogne ou du Sarrazin assiégé. La brutalité physique de Corb-Nez contraste avec sa pureté morale lorsqu'il se brouille avec la belle reine qui lui laisse entendre qu'il n'a pas l'obligation d'obéir à l'empereur. La réalité des relations féodales bouleverseront cette relation et l'approche du chevalier.

    Une drôle d'atmosphère flotte sur cette BD sur laquelle il est compliqué de fixer le propos. Est-ce une hagiographie d'un semi-héros? Une chronique historique? Une farce vulgaire ou encore une épopée médiévale? Le projet général me rappelle l'extraordinaire album Le chevalier à la licorne qui racontait la quête sans fin d'un chevalier revenu d'entre les morts et à la limite de la folie, pris entre la réalité brutale de son époque et ses valeurs chevaleresques... Le mélange d'histoire et de fiction participent sans doute à cela et à faire de Corb-Nez un album à part qui a toute sa place dans cette belle collection.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/20/corb-nez

    Shaddam4 Le 18/06/2018 à 14:21:11

    L'édition de Rapture est un classique Bliss: couvertures originales, court résumé du contexte, table des matière complète des épisodes, couvertures alternatives en fin de volume et galerie de planches n&b très intéressantes pour comprendre le travail de colorisation. A noter une interview du scénariste Matt Kindt sur le site de l'éditeur.

    Tama la géomancienne doit monter une équipe de toute urgence: le mage noir Babel, celui-là même qui était parvenu à percer les cieux avec sa tour dans l'Antiquité, a décidé de reproduire son "miracle" depuis le monde des morts. Seule l'aide du Shadowman peut empêcher la catastrophe. Mais ce dernier n'est plus que l'ombre de lui-même en subissant l'influence du Mal... La Géomancienne va devoir faire appel à Ninjak, Punk Mambo et un vieux guerrier de l'au-delà...

    Mon odyssée dans l'univers des héros Valiant est un peu méfiante car il y a parfois un écart entre une envie plutôt solide, les échos presse et blogs (comme sur la reprise de X-O Manowar) et mon ressenti. Ainsi on varie entre hauts en bas (les hauts sur The Valiant, Shadowman ou Harbringer Wars, les bas sur xo ou warmother...). Rapture fait clairement partie des hauts. Notamment, ne nous le cachons pas, grâce à des graphismes qui sont pour moi l'album les plus aboutis et constants de la gamme Valiant. Seuls deux artistes interviennent sur cette histoire, notamment Roberto de la Torre dont j'avais beaucoup apprécié les planches du monde des morts sur Shadowman. On a donc une vraie implication et un travail vraiment propre de Cafu sur la partie principale et De la Torre sur les parties de récit sur l'histoire de Babel. La lecture de comics nécessite tellement souvent une adaptation à des changements de dessinateurs de niveau inégal que je ne cache pas mon plaisir devant cet ouvrage sans faute graphique du début à la fin, malgré un décors nécessairement pauvre puisqu’il s'agit de l'au-delà. Les artistes parviennent néanmoins à développer des concepts intéressants, sur les démons, les costumes ou les quelques décors naturels.

    Côté scénario ensuite, si l'histoire est un peu court - c'est bon signe niveau plaisir de lecture! - et aurait mérité un autre volume pour permettre une entrée en matière et une clôture moins sèches, le thème simple mais évocateur est très bien choisi: une revisitation du mythe de Babel, quoi de plus pertinent pour une aventure entre mythologie (la Géomancienne) et monde des esprits (Shadowman). En outre la très bonne surprise est que ce volume peut faire office de suite directe de The Valiant (je suis loin d'avoir tout lu des comics Valiant et j'ai parfaitement raccroché les wagons entre ce Rapture et l'album introductif au guerrier éternel et la géomancienne). La narration de Matt Kindt est très fluide et relevée par des dialogues et des situations plutôt drôles avec un jeu sur le quatrième mur puisque Tama a potentiellement connaissance de toute l'histoire grâce à son livre qui décrit les événements à venir. Là aussi c'est un vrai plaisir tant on à l'habitude des scénarios artificiellement compliqués du côté des USA. Je conseille néanmoins d'avoir lu au moins The Valiant auparavant pour être un peu familiarisé et si possible Shadowman, mais la lecture en one-shot est également tout à fait possible et compréhensible, les auteurs faisant en sorte que l'on sache qui est qui.

    Rapture est une vraie réussite en ce qu'il parvient à allier dans la simplicité un plaisir de lecture d'une histoire d'action qui prolonge et éclaircit le récit global de l'univers Valiant, avec l'ambition de thèmes imaginaires puissants en ce qu'ils se raccrochent à un mythe fondateur de la culture judéo-chrétienne. Lorsque la BD parvient à être jolie, agréable et intéressante, on peut considérer que la mission est remplie, non?

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/18/rapture

    Shaddam4 Le 18/06/2018 à 14:17:11

    Ce gros volume est découpé en quatre parties et se termine par une post-face de Roberto Scarpinato, "le dernier des juges antimafia" (dont le texte n'apporte rien de plus que l'album). Les deux premiers chapitres ont été publiés dans la revue dessinée.

    Attention album très important! Si beaucoup de documentaires nous enseignent sur des sujets plus ou moins majeurs et méconnus, le travail de Davodeau et Collombat se penche sur une période et un sujet relativement connu du grand public. Mais le détail de l'enquête, la précision des informations et témoignages délivrés donnent une réalité glaçante à des événements que les moins de cinquante ans (dont je fais partie) auront beaucoup de mal à imaginer comme réels. Le livre saisit par-ce qu'il parle de personnes qui ont exercé jusque tout récemment les responsabilités de l’État, par-ce qu'il parle de personnes tuées alors qu'elles officiaient à de très hauts postes, mais surtout par-ce qu'il ne parle pas d'Histoire mais de l'actualité presque immédiate... La France dépeinte est un régime mafieux aux méthodes fascistes. La couverture est à ce titre particulièrement provocante et pertinente: pas une fois le nom du général n'est cité alors que l'image éclaboussée qui présente l'album fait bien comprendre que le président était très logiquement informé de ces agissements.

    Le premier chapitre de la BD traite de l'assassinat du juge Renaud alors qu'il avait établi des liens entre le SAC et des braquages destinés a financer le RPR. L'affaire sera reprise par le film d'Yves Boisset, lui-même agressé et menacé suite à film, et qui donne foules d'informations toutes plus sidérantes les unes que les autres. Dans un contexte de guerre d'Algérie et de mai 68, personne ne veut prendre le risque d'une déstabilisation de l’État si les liens entre pègre, SAC et administration étaient révélés.

    Ensuite les auteurs détaillent les ramifications du SAC dans les administrations de l’État et le fonctionnement du régime gaulliste entre Françafrique, liens avec la pègre issus de la Résistance (voir l'excellent Il était une fois en France de Fabien Nury qui décrit bien ce "gris" qui posa tant de problèmes une fois l’État démocratique restauré à la Libération).

    La troisième partie qui nous laisse sidérés, raconte l'utilisation du SAC par un patronat revanchard afin de surveiller, intimider, agresser les syndicalistes et globalement le monde ouvrier après les accords de Grenelle sortis de mai 68. On y découvre des pratiques de régimes fascistes où pouvoir politique, milices employant barbouzes, repris de justice voir militaires et pouvoir économique mutualisent leurs moyens pour casser du rouge. Si certains témoignages peuvent être sujets à caution, les croisements et le sérieux du travail d'enquête de Benoît Collombat ne laissent pas de doute sur la réalité de ce qui est décrit. Glaçant.

    Vient enfin un très gros morceau, sur lequel le journaliste travaille depuis longtemps sur le sujet (il avait sorti une enquête en 2007): l'affaire Boulin, reconnue par toute la profession journalistique comme sans doute le plus gros scandale de ce Régime. Résultat de recherche d'images pour Relaté avec le langage du polar ou du reportage "pièce à conviction", le chapitre est totalement passionnant mais sans doute le plus inquiétant en ce que, contrairement aux parties liées directement au SAC et datées historiquement d'avant l'arrivée de la gauche (ce qui produisit un séisme dans ce milieu et un coup d'arrêt à un certain nombre de méthodes), cette histoire se prolonge jusqu'à aujourd'hui en impliquant un nombre incalculable de responsables de premier plan. Par respect du récit les auteurs attendent la fin de l'album pour répondre à la question que tous se posent: pour eux Chirac est le commanditaire de l'assassinat du ministre... Pourquoi le pouvoir mitterandien n'a-t'il jamais pu faire ressortir la justice? Cet État dans l’État était-il encore trop ramifié pour prendre ce risque?

    On ressort abasourdi de cette lecture et à la recherche de tous les films, reportages et ouvrages publiés sur l'époque. Ce document devrait être présent dans tous les CDI et toutes les médiathèques de France et être lu à titre d'hygiène démocratique.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/10/cher-pays-de-notre-enfance

    Shaddam4 Le 18/06/2018 à 14:09:23
    Il faut flinguer Ramirez - Tome 1 - Acte 1

    Après Zombies nechrologies (que j'ai du coup très très envie de lire), l'artiste lyonnais Nicolas Petrimaux qui a bossé notamment sur le jeu vidéo Dishonored mets tout son talent pour un ride échevelé dans les films policiers des années 80', une lecture béate, sourire aux lèvres où vous passerez dix minutes sur chaque planches à admirer les couleurs flamboyantes, la minutie des arrières-plans et la précision des cadrages. Il faut flinguer Ramirez est une très grosse claque BD. Ce n'est que l'Acte I. Et c'est le premier album solo du bonhomme...

    Il faut flinguer Ramirez est un album-concept. Un projet intégral où l'auteur s'est impliqué de la typo du titre au texte final en passant par l'habillage (des fausses pub et des transitions de chapitres en mode "XL"). Seule manque une bande originale Funk-jazzy pour que l'on se retrouve dans un film. Car dès le début Petrimaux annonce la couleur: "dessiné en mis en scène par...". Oui, il s'agit de mise en scène et non d'un simple scénario, c'est dit, assumé et totalement confirmé au long de ces 144 pages qui passent bien trop vite. J'avais eu un peu la même impression avec le Shangri-la de Bablet sur lequel on sentait l'investissement total d'un auteur. Ici aussi, dès la couverture on sent que l'on va avoir quelque chose de spécial. On est clairement dans l'affiche de cinoche B des années 70-80. Petrimaux se réclame de Tarantino et d'Edgard Wright et cela se sent (en un peu moins déglingue que chez Tarantino); tout respire le cinéma, est inspiré par le cinéma.

    Le travail de colorisation en premier lieu est ce qui marque le plus. Il ne s'agit pas seulement de couleurs vives, l'auteur utilise des filtres pour salir ses images, donner une ambiance de vieille pellicule. Les planches m'ont beaucoup rappelé le formidable Tokyo Ghost de Sean Murphy, tant dans la colorisation très spéciale que dans le trait à la fois fruste et extrêmement précis. Petrimaux marque même un point sur son confrère américain par un encrage fort qui permet de contraster entre premiers plans très noirs et arrières-plans fins et extrêmement précis. Rares sont les auteurs à ne délaisser ainsi aucun plans de leurs images (Petrimaux annonce avoir passé 1 an à préparer et un an à monter l'album), ce qui montre l'investissement et la conviction mise dans le projet.

    Ensuite la mise en scène donc... Le travail de découpage et le choix des plans est sidérante de réflexion et de pertinence. C'est la première fois que je passe autant de temps à zieuter une page montrant des employés en cravate dans une usine d'aspirateurs... La dynamique des cases (comme ce panache de fumée qui s'envole et nous hypnotise) montre un réel talent, jouant comme rarement sur les différents plans, enchaînements de cases et fil de textes. Pas un plan n'est standard, tout est pensé et sert la mise en scène donc. Totalement bluffant.Résultat de recherche d'images pour

    Niveau ambiance, on est dans le rétro à fond, à base de lesbiennes braqueuses de banque, de gangsters mexicains semi-débiles et d'une Amérique reaganienne triomphante que l'auteur se fait un plaisir de dynamiter en remplissant son histoire et ses dialogues d'un venin savoureux (amoureux de Lupano vous allez être servis!). L'immersion est totale et même si l'on n'aime pas l'esthétique années 80 (c'est mon cas) la qualité du boulot est telle que cela ne pose aucun problème.Résultat de recherche d'images pour

    Étonnamment il n'y a pas tant d'action que cela dans "Ramirez" car Petrimaux sait jouer sur les rythmes, donner envie, faire monter la tension et l'attente en nous en donnant juste ce qu'il faut pour repartir sans tout balancer. Le plus gros risque avec un album de ce type c'est que l'attente et l'envie sont tels qu'il ne faudra pas se louper sur la suite (série prévue en 3 Actes)...

    A mesure que je m'enflamme je m'aperçois que ma chronique est finalement assez dérisoire: à un moment il ne reste plus qu'à plonger dans les aventures de Jacques Ramirez et à savourer (avec une musique Funk genre Isaac Hays et une bière!). Vivez ce chef d’œuvre de la BD, un incontournable pour tout amateur de BD et de cinéma. Cela fait très longtemps que je n'ai pas ainsi "vécu" une BD. Merci l'artiste!

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/08/il-faut-flinguer-ramirez

    Shaddam4 Le 18/06/2018 à 14:07:03
    Batman : The Dark Prince Charming - Tome 2 - The Dark Prince Charming 2/2

    Sur le premier volume sorti paru il y a peu j'avais été quelque peu mitigé, un peu agacé par la com' gargantuesque de Dargaud sur l’événement et par le caractère introductif du volume. Après la lecture de ce second tome qui clôt très joliment l'histoire, des confirmations et une information. Niveau fabrication, hormis une chouette couverture et une élégante maquette, on a le minimum syndical; un carnet comme sur le tome 1 n'aurait pas été un luxe.
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    Je reconnais que je me suis trompé! L’impression mitigée sur le premier volume était bien due au découpage et confirme que l'éditeur aurait été inspiré de ne publier le volume qu'une fois clôture (surtout que la parution des deux tomes est très rapprochée). L'affaire est donc réglée puisque plus personne n'aura a attendre entre deux albums et je gage que Dargaud sortira à noël une intégrale joliment augmentée.

    Cet album est, me semble-t’il, encore plus axé sur le Joker que le premier et donne lieu à un humour noir très réussi, notamment dans la relation entre le clown, la gamine et Harley. C'est bien là l'innovation de ce titre qui introduit une lignée à un Bruce Wayne habituellement considéré comme incapable d'enfanter et d'avoir une vie relationnelle. Même si c'est par accident, on nous montre néanmoins le passé du jeune Bruce (ainsi que celui du Joker... ce qui est assez rare dans l'ensemble de l'édition Batman...) et ce qui aurait pu lui désigner une autre vie. Les scènes intimistes sont nombreuses et permettent de développer une psychologie complexe à un joker finalement pas si monstrueux que cela. Si la violence et le caractère adulte de "Dark prince charming" sont présents, Marini ne suit cependant pas les traces du tandem Snyder/Capullo (l'une des plus impressionnante variation mais aussi très noire). Comme je l'avais noté sur le premier volume, la filiation visuelle avec la trilogie de Christopher Nolan est cependant dommage (outre que je n'ai pas accroché avec cette esthétique réaliste) car elle perd l'originalité que l'on aurait attendu de l'artiste italien, qui semble néanmoins avoir pris un énorme pied à s'immiscer dans le monde du Detective. Néanmoins quel plaisir de voir un Gotham redevenu gothique et l'ombre de la chauve souris fondre sur les truands!

    Ce second tome donne lieu à quelques séquences remarquables, comme ce récital au piano du Joker dans une usine désaffectée montrant la bêtise de sa jolie copine, une citation de "singing in the rain" ou ce tordant face à face entre un Joker grimé en drag-queen et un Bruce Wayne bourru au possible. Comme souvent dans les histoires de Batman c'est donc encore une fois le Joker le clou du spectacle. L'auteur jour d'ailleurs très subtilement sur un quiproquo attendu concernant le titre: le Sombre prince charmant n'est pas forcément celui que l'on crois, notamment via une ultime pirouette vraiment réussie.

    Niveau action, Marini sort la grosse artillerie et maîtrise toujours aussi superbement son cadrage, son découpage, son rythme. Il parvient ainsi sur son double album à rendre aussi intéressantes les scènes de dialogues entre personnages, les panoramas nocturnes, les clowneries du Joker et les séquences testosteronées. DPC2.jpgJe pointerais juste une petite déception sur Catwoman, toujours aussi garce mais un peu délaissée. Il est vrai que sur une telle pagination il est compliqué de donner toute leur place à tous les personnage du panthéon batmanien et Marini semble avoir jeté son dévolu plutôt sur Harley Quinn (... logique vu que le focus va plus sur le Joker que sur le héros!).

    Cette aventure à Gotham d'Enrico Marini lui aura permis de se faire plaisir autant qu'à nous et de proposer aux novices en matière de super-héros une introduction franco-belge qui pourrait être le sas idéal pour pénétrer le monde des comics. Parvenant à respecter les codes de l'univers Batman sans trahir sa technique, Marini réussit haut la main la transposition. A se demander s'il est capable de rater quelque chose...

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/11/batman-the-dark-prince-charming-2

    Shaddam4 Le 07/06/2018 à 21:38:57

    Le sympa envoi de l’éditeur Mosquito, grand défricheur des talents graphiques italiens et d’ailleurs, me permet de découvrir l’artiste Corrado Mastantuono, dont la couverture de l’album Klon est particulièrement réussie: énigmatique, dynamique et colorée. Il a publié récemment en France la série fantasy Elias le Maudit qui a plutôt de bonnes critiques et préalablement des albums de genre proches de la BD américaine des années 50.

    Son style est assez classique et j’avoue que si les couleurs de l’album sont très sympa, les images que l’on peut voir de ses autres séries, notamment western et polar montrent que c’est probablement en noir et blanc qu’il faut apprécier son talent. Le design général de l’album (qui est de la SF dystopique) est plutôt rétro, rappelant les BD SF des années 70-80, avec un petit côté Gillon/Moebius/Manara: une simplicité du trait, une certaine statique des mouvements en même temps qu’une grande précision anatomique et d’occupation de l’espace. Mastantuono a commencé dans l’animation et a travaillé chez Disney, et cela se voit dans cette maîtrise générale des cases.

    Dans un futur proche, les multinationales imposent leurs vues de gré ou de force aux gouvernements. Le ministre de la santé italien est pourtant un incorruptible. Chargé d’installer un nouveau système de sécurité imparable au ministère, l’anarchiste punk Rocco Basile assiste à une tentative d’assassinat et devient la cible d’une officine qui le pourchasse sans relâche. Mais pour ce nihiliste passablement shooté, la réalité n’est pas ce qu’elle semble être…

    L’intrigue de Klon est un peu perturbante par sa linéarité et par les effets de brouille que provoquent les sauts de réalité: le lecteur, comme le personnage, ne sait pas tout au long de l’album à quel saint se vouer, ce qui est réel et ce qui est rêvé, le pourquoi de cette fuite sans fin… L’histoire est très directement issue de l’univers de Philip K. Dick, teintée du pessimisme politique italien d’une société gangrenée par la corruption, l’affairisme et les mafia. C’est donc bien une BD d’une grande originalité que nous propose Mosquito, à la fois par ses thèmes et par son dessinateur, à peu près inconnu de ce côté ci des Alpes. Il plane une drôle d’atmosphère dans cet album qui débute par un long monologue du personnage principal commentant la société et ses contemporains tel un sage que les drogues auraient rendu extralucide. L’auteur affuble son héros d’une coiffure digne de Ziggy Stardust, d’un cache poussière sorti d’un Sergio Leone et de cernes qui ne le rendent pas franchement sympathique… Surtout, sa passivité chronique en font plus un témoin d’une machination infernale qu’un crack de l’informatique qu’il est censé être. Comme souvent dans les histoires conspirationnistes le scénario malmène ses marionnettes et son lecteur avec. C’est un peu frustrant car si des coups de théâtre surviennent dans cette course effrénée de 130 pages, ils ne reposent jamais sur des décisions du héros. Finalement cela correspond bien à la psychologie du personnage, extérieur à son environnement et à son existence, c’est cohérent avec l’intrigue, mais je trouve qu’il manque une petite étincelle pour véritablement immerger le lecteur. La chute de l’histoire est néanmoins bien menée et terriblement cynique.

    Graphiquement Mastantuono maîtrise sa partition et le style du dessin respire une certaine classe. J’ai eu un peu de mal néanmoins avec le design général de ce futur qui fait un peu daté. C’est une histoire de goût, là encore on sort des styles hyper-technologiques courants dans la BD de SF pour une apparence Old-school vue chez Moebius par exemple (j’ai retrouvé quelques ambiances de la regrettée série L’histoire de Siloé de Servain et Letendre).

    Au final nous avons une bonne histoire de SF paranoïaque assez classique qui permet de découvrir le travail d’un auteur au grand potentiel. Ce n’est pas la BD de la décennie mais un travail honnête pour des lecteurs curieux de découvrir la BD italienne.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/05/01/klon/

    Shaddam4 Le 04/06/2018 à 14:56:32

    Le volume est issu d'un partenariat entre l'éditeur La boite à bulle et Amnesty International, avec l'optique de proposer à des auteurs de traiter un sujet sur lequel Amnesty fournira son expertise, sa documentation et sa caution. Les auteurs choisissent librement leur sujet. L'album propose une préface d'Anjélike Kidjo, une postface d'un des militants des droits humains africain et un texte d'Amnesty sur les défenseurs des droits humains.

    La Lucha voit le jour à la suite des mouvements indignés et de la révolution tunisienne de 2011. Le mouvement impulsé par de jeunes étudiants de la classe moyenne congolaise dégoûtée par l'impasse de leur pays, la corruption, la pauvreté, s'inspire tant de la non violence que des mouvements citoyens aux préoccupations très concrètes. Le fait de ne pas à voir de hiérarchie coupe l'herbe sous le pied du système de corruption installé très solidement dans beaucoup de pays du tiers monde. Cette non organisation perturbe beaucoup une répression habituée au système de chefs, plus faciles à corrompre. Les militants, qui se voient persécutés, intimidés, emprisonnés, doivent combattre au moins autant les mentalités des populations que la répression politique qui est finalement souvent un colosse aux pieds d'argile dès lors que les mouvements sont médiatisés. Le mouvement commence par l'accès à l'eau puis part en lutte contre la mainmise de l'église catholique sur les écoles et la taxe qu'elle fait peser sur l'accès à l'école.

    L'association essaye de gérer sa crise de croissance en gardant une neutralité absolue, notamment vis à vis des partis. Les soutiens qu'ils reçoivent des ONG vise à compenser les attaques judiciaires et intimidations pénales dont ils sont victimes. Finalement le clivage entre la classe politique composée d'hommes ayant la culture du chef et de l'obéissance, n'est guère différent de la situation démocratique en Europe (si ce n'est d’échelle) où toute une génération tente de changer le fonctionnement de vieilles démocraties bourgeoises.

    C'est à mon sens la réflexion la plus forte et la plus grande vertu de cet album que de nous faire réaliser, nous occidentaux centrés sur des problématiques qui pourraient paraître futiles, que nous avons les mêmes combats: environnementaux, démocratiques,... La jeunesse du monde aspire à balayer les réminiscences de ce terrible XX° siècle qui aura fait tant de mal et dont les élites auto-reproduites s'accrochent violemment à leur domination. Mais les choses bougent et en Afrique peut-être plus qu'en Europe finalement l'on voit apparaître (au Libéria avec George Weah, au Sénégal avec Macky Sall, ...) de nouvelles figures issues de la société civiles et qui semblent décidées à combattre la corruption. Un très bel album qui donne de l'espoir.

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/03/lucha

    Shaddam4 Le 04/06/2018 à 14:54:18

    Shadowman est une étrange série qui demande de la patience... que remplit parfaitement l'intégrale proposée par Bliss, l'éditeur des comics Valant! Ce très gros volume est très bien mis en page (quelques coquilles néanmoins), notamment sur le plan graphique avec l'ensemble des couvertures originales des épisodes (j'adore celles de Johnson, dont l'illustration choisie pour la couverture de l'intégrale) et une véritable orgie d'illustrations (couvertures alternatives et planches n&b). Malgré une page d'aide de lecture pour raccrocher la suite des aventures du Shadowman dans les autres séries Valiant, on aurait aimé un peu plus d’éditorial comme une introduction à l univers du personnage et à son histoire éditoriale. A noter que la dernière page laisse entendre un reboot en 2019... La série Shadowman est parue en 1992 et a été relancée en 2012 avec six volumes présents dans cette intégrale.

    Jack Boniface est un cajun de la Nouvelle-Orléans, orphelin placé en centre d'accueil et ayant appris à se débrouiller seul. Mais il est aussi l'héritier des Shadowman, généalogie de porteurs de l'esprit vaudou (Loa) "ombre" qui combattent les créatures des ténèbres. Son père, le dernier porteur, à été tué dans son combat avec le très puissant maîtres des arts obscures Darque. Happé malgré lui dans un monde de magie, d'ombres et d'esprits, il apprendra la guerre occulte que se livres des groupes humains, la réalité des liens entre monde des morts et celui de ses vivants... mais surtout il apprendra à retrouver un passé enfoui est une relation complexe entre amour et mort...

    Reprenant des éléments de Batman dans un univers vaudou complexe, Shadowman apporte une vraie originalité dans la relation que le porteur du Loa Jack Boniface assume avec cet esprit violent qui en fait le fléau des esprits maléfiques ...mais aussi de ses contemporains! La part d'ombre et la violence intrinsèque du héros le rapprochent du Bruce Wayne tourmenté chassant ses chimères.

    La première partie qui entre en matière très rapidement introduit le porteur de Shadowman et son ascendance ainsi que le grand méchant Darque, une des grandes forces du comics! L'intrigue est très classique mais permet d'introduire les différents personnages et l'univers magique de la série.

    Puis un second arc voit Darque tenter une bonne fois pour toute de rompre la barrière entre les mondes. Le fait de laisser son rôle très mystérieux en regard de sa puissance qui rend le Shadowman relativement dérisoire, apporte une tension inattendue. Si les pages se déroulant dans le monde réel sont très correctes graphiquement, celles situées dans l'autre monde sont remarquable, la technique utilisée instaurant une atmosphère voilée et sombre très originale et bien vues.

    L'intégrale nous propose ensuite de découvrir l'origine de Darque. Cette partie arrive a point nommé pour réactiver la connaissance de cet univers. L'un des meilleurs moments de l'intégrale.

    Les épisodes suivants sont très anecdotiques, histoires courtes du Shadowman de couplées de l'intrigue principale, avec des dessins très inégaux. C'est un peu le principe d'une intégrale que d'avoir l'ensemble des histoires qu'elle que soit sa qualité.

    Le gros arc s'oriente sur un Jack Boniface luttant avec son Loa, esprit qui le hanté et le rend violent... on continue à avoir une explication progressive de l'univers de Shadowman. C'est appuyé par des dessins remarquables de Roberto De la Torre qui avait introduit les séquences du monde des morts sur le premier arc.

    Si le destin de maître Darque et de Dox sont très surprenants, ils prennent cohérence une fois toute la série achevée. Commençant en série d'action avec des dessins chouettes mais assez classiques notamment sur la colorisation, Shadowman évolue dans sa seconde de partie vers un drame plus intimiste, liant l'histoire tragique de Jack avec la malédiction familiale appuyée par un graphisme plus adulte, plus complexe et une chute à la fois inéluctable, tragique et permettant une prolongation passionnante.

    Cette intégrale paraîtrait au final presque comme une introduction à une large saga qui ne ferait que commencer. Quel plaisir en tout cas de voir une BD de super-héros ( mais en est-ce une?) aussi mâture et assumant des choix scénaristiques risqués.

    Bliss vient de sortir le crossover ninjak/shadowman Rapture, qui devrait prolonger le récit. Après des hauts et des bas pendant la lecture, dus notamment aux nombreux changements de dessinateurs, à l'entrée en matière assez abrupte et aux quelques épisodes dispensables en milieu de volume, cette intégrale, outre le fait d'être un beau bouquin, est au final une très belle expérience, une belle découverte graphique et une immersion dans un univers fascinant que l'on n'a que très rarement l'occasion de voir en BD. Du coup j’attends avec impatience de lire ce qu'il adviendra de Jack Boniface...

    A lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/06/04/shadowman

    Shaddam4 Le 04/06/2018 à 14:34:47
    Sun-Ken Rock - Tome 14 - Tome 14

    Tae-Soo découvre que le soutien politique du gang (corrompu) est tombé et tente de savoir qui est derrière la menace alors que l'attitude de Ken fait vaciller la confiance de la Pioche... Mine de rien cette série construit à mesure des volumes une photographie sociale et politique de la Corée assez intéressante, avec l'histoire du pays avec ses voisins, la corruption politique, l'immobilier galopant... Étonnant manga avec ses côté vraiment "fan service" ou redondants (la bouffe...), caricaturaux et la noirceur de certaines séquences, la puissance des scènes d'action et la réflexion finalement assez ambitieuse.

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/05/28/manga-en-vrac-3

    Shaddam4 Le 04/06/2018 à 14:34:03
    Sun-Ken Rock - Tome 12 - Tome 12

    le volume s'ouvre sur la fin de la baston contre KG et enchaîne sur une dépucelage de la bande à Ken dans un bordel (ça faisait longtemps que le mangaka n'avait pas eu le loisir de dessiner des filles à poil). On enchaîne sur des histoires de cuisine puis sur l'intro du nouvel arc où la bande va s'engouffrer dans l'immobilier.
    Encore un album à oublier. Je ne comprends pas ce qui amène Boichi à se perdre ainsi, loin de son histoire mafieuse ouverte il y a presque six volumes. Les lecteurs aiment SKR pour ses mafieux en costards poseurs, ses bastons dantesque et sa radicalité...

    Lire sur le blog:
    https://etagereimaginaire.wordpress.com/2018/05/28/manga-en-vrac-3