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Les avis de - Yovo

Visualiser les 359 avis postés dans la bedetheque
    Yovo Le 13/09/2020 à 11:56:05
    Gentlemind - Tome 1 - Gentlemind - Episode 1

    « Gentlemind » se distingue d'abord par une grande liberté formelle : le découpage en cases très variées (sans cadres, rondes, étroites, pleine pages…), les couleurs fanées - parfois parsemées d’éclats plus vifs - et les textures tramées donnent une atmosphère vintage et une énergie folle à cet album. Quelle ambiance !
    Le dessin anguleux et chargé peut sembler brouillon mais il est parfaitement maitrisé. Les lumières travaillées à l’aquarelle lui apportent profondeur et vivacité. C’est vraiment très beau.

    C’est aussi par le scenario que brille « Gentlemind ». Il faut être attentif car l'ensemble est dense mais l'écriture est précise et ciselée. Ne vous fiez pas à la preview, passées les 1ères pages un peu déroutantes, le récit est porté par des personnages charismatiques et touchants qui gagnent en intensité au fil des pages.
    Franchement je n’aurais jamais pensé que la simple histoire d’un magazine puisse autant me passionner… Il faut dire que le contexte historique (1940), les relations complexes entre les protagonistes et les enjeux qui se dessinent au fur et à mesure nimbent ce 1er tome d’émotions inattendues et le hissent au dessus du lot.

    Une excellente BD, très originale, intelligente et particulièrement bien réalisée. Bravo !
    A lire absolument.

    Yovo Le 11/09/2020 à 21:50:23
    Terre - Tome 1 - Le vieux monde

    Un 2ème cycle qui démarre assez bien sur le plan visuel. Le dessin, intemporel et élégant, met bien en valeur les volumes par sa technique de stries et apporte une indéniable plus-value à cet album.

    Le scenario n’est malheureusement pas à la hauteur. Il n’est pas désagréable mais rien ne vient lui apporter une quelconque profondeur. Les tribulations de Mandor et Beth partant à la découverte de cette étrange planète Terre semblent non liées et plus ou moins gratuites… Aucun fil narratif ne les inscrit dans une logique ni sur des bases solides. On ne ressent absolument pas l’impératif de survie par exemple.
    Rodolphe, qui apparemment ne sait toujours pas comment donner du corps à ses personnages, les fait divaguer au hasard en puisant sa timide inspiration chez son confrère Léo, scènes d’amour comprises. Le cahier graphique à la fin en est un bon exemple : en trois petites phrases il nous en apprend beaucoup plus sur les protagonistes que l’histoire elle-même. C’est dire le peu de considération que le scénariste accorde à son casting.

    En conclusion c’est plutôt une BD sympa, restons objectif, mais on est effectivement loin de la qualité de « Ter », qui comportait pourtant déjà de grosses lacunes scénaristiques.

    Yovo Le 07/09/2020 à 07:14:14

    L’ébullition qu’il y a eu autour de « Carbone & Silicium » avant même sa sortie témoigne de l’attente que suscite le jeune prodige Mathieu Bablet. Pour preuve, les 2500 exemplaires du tirage limité sont partis en 2-3 jours. Je suis bien heureux d’avoir le mien !

    Et ce nouvel album est un véritable chef d’œuvre, je n’ai pas d’autre mot. Rien qu’imaginer la somme astronomique de travail que représentent ces 250 planches donne le vertige ! Ses perspectives hallucinantes, ses lumières éthérées, ses personnages biscornus, sa profondeur métaphysique en font une œuvre hypnotisante, puissamment mélancolique, en tout point magnifique.

    Bien évidemment, si vous faites partie de ceux qui ont descendu « Shangri-La », ne prenez même pas la peine de le feuilleter, ce n’est clairement pas fait pour vous.

    En tout cas « Carbone & Silicium » confirme M. Bablet comme l’auteur le plus doué de sa génération et je ne l’imagine pas repartir bredouille du prochain Angoulême…

    Yovo Le 29/08/2020 à 13:11:27

    [:: SPOILERS ::]

    Qu’il est dur de confirmer après un 1er titre réussi ! Lucas Harari, comme tant d’autres avant lui, aura buté sur cet écueil…Après « L’aimant », album à la force incroyable, j’avoue que j'espérais mieux de « La dernière Rose de l’été ».

    Harari a su créer une superbe ambiance mais n’arrive pas à la maintenir sur la durée. Et le rythme en pâtit. Les 100 premières pages se lisent très rapidement et se passent sans évènement majeur avant que la sauce ne prenne enfin. Mais les 30 dernières pages basculent plus ou moins dans le thriller, ce qui n’était pas le mode narratif employé jusque-là. On sent alors qu’il est moins à l’aise graphiquement, son trait n’étant guère adapté l’action. Et scénaristiquement, ce passage est aussi moins crédible.

    Si visuellement l’ensemble est splendide avec cet encrage contrasté et ces couleurs éclatantes légèrement texturées, le récit pêche un peu par mollesse et manque d’acuité. Il y a pourtant de très bons personnages, un décor parfait, une ambiance idéale. Les ingrédients rêvés pour une histoire prenante ! Sauf qu'il n’y a pas vraiment d’histoire. On a plus l'impression d'un simple fait divers auquel le héros, falot, participerait de loin et malgré lui. Le dénouement n’apporte pas les réponses attendues et on ne sait pas ce qu’il advient des protagonistes : le docteur, Rose, le cousin... Les autres jeunes aussi qui auraient pu servir de contrepoint ne font que de la figuration. Et l’inspecteur ne clôt même pas son enquête.

    Par ailleurs l’auteur fait une fixette sur « Martin Eden » de Jack London qui revient du début à la fin. Je connais mal ce livre, je n’ai donc pas forcément saisi les références ni su s’il y avait un intérêt à avoir focalisé ainsi sur ce roman.

    A côté de ça, les dialogues sont très bien écrits. Ils fourmillent de petites bizarreries subtiles qui résonnent comme des indices à déchiffrer. C’est là qu’est le talent immense de cet auteur. Il n’a pas son pareil pour instiller un climat mystérieux, des personnages qui se toisent et se tournent autour, du silence, une violence indistincte et contenue, une forme de psychose contagieuse, un background esthétique et distingué qui flirte avec le fantastique. Ses planches ont toujours une étrangeté inquiétante et vibrent d’une menace invisible et pesante. La magnifique couverture en témoigne. Cela me fait penser au films de Dominik Moll ("Harry, un ami qui vous veut du bien", "Lemming"…) ou "Swimming pool" de F. Ozon.

    Tous ces éléments précités sont bien présents dans « La dernière Rose de l’été » mais sont comme éparpillés au hasard, sans être au service d’une intrigue qui se resserrerait, révèlerait des choses cachées et ferait sens. C’est plutôt le contraire. La trame de l’histoire est assez ténue et n’aboutit nulle part. Pas même à l’éclosion du personnage principal, Léo, comme écrivain. Je m’attendais à découvrir sa littérature à la fin mais rien, pas une page, pas une phrase. Pas de mise en abîme non plus comme dans l’épilogue magistral de « L’aimant », ni rebondissement, ni fausse piste, pas plus qu’un rôle quelconque joué par la collection d’art ou l’architecture de la villa… bref, rien qui donnerait corps à l’histoire. Ici, tout semble survolé de haut, sans enjeu clair ni frisson. Et toutes les petites anomalies aperçues ici ou là, tous les personnages un peu étranges glissés habilement au fil des planches (le maçon, le voisin, le chat…) ne servent finalement à rien.

    Je suis un peu sévère mais je suis frustré car je n’avais pas envie d’être déçu par cet auteur auquel je crois. Je me rends compte que j’en attendais sans doute trop. Objectivement cela reste un bon album, superbement dessiné et mis en couleur, particulièrement bien édité par Sarbacane (format XL, dos toilé, papier épais). Et je continuerai évidemment à suivre sans hésiter Lucas Harari dans ses prochaines publications. En attendant je vous invite à vous précipiter sur « L’aimant » si vous êtes passé à côté et à laisser votre curiosité se piquer à cette dernière Rose de l'été.

    Yovo Le 28/08/2020 à 21:18:33

    Un très bel album qui baigne dans une ambiance visuelle splendide. Avec une maitrise graphique admirable, Tiburce Oger varie les angles et offre à ses décors une lumière et une palette de couleurs extraordinaires. Il fait étinceler la neige et enflamme le ciel comme jamais. Les pleines pages en sont renversantes !

    Si j’insiste sur l’atmosphère c’est que ce n’est pas une BD d’action. Ceux qui recherchent un western épique, des chevauchées sauvages, des duels à mort ou des attaques de diligences risquent d’être déçus. Ghost kid est une longue et lente errance, du Dakota du nord au Mexique, emplie de digressions, de scènes intimistes et de détails imperceptibles. Cela confère à cet album une identité très singulière et, pour ma part, inoubliable !

    J’ai vraiment aimé, même s’il ne s’y passe pas grand-chose et que le scenario aurait pu être plus complexe. Personnellement, j’aurais souhaité revoir Meredith, la patronne du ranch par exemple… mais j’accepte ce choix assumé d’un scenario qui déjoue les attentes et propose une autre partition. C’est ce que fait Jim Jarmusch au cinéma et que réussit très bien T. Oger ici. Pour illustrer cette idée, le clin d'oeil à Undertaker (p.28/29) est un passage savoureux ! Le vieux cow-boy rhumatisant qui enterre le ténébreux croque-mort peut se lire comme la BD d’auteur surclassant la série commerciale... Une petite pique fort sympathique !

    Voici donc une belle parution, sensible et intelligemment orchestrée, qui témoigne elle aussi de la santé éblouissante du western ces dernières années. A découvrir absolument !

    Yovo Le 26/08/2020 à 20:33:47
    Le roy des Ribauds - Tome 3 - Livre III

    La couverture somptueuse donne le ton. Quand les bas-fonds de Paris s’agitent, ça saigne !..
    J'adore la légère exagération du dessin, parfaitement dosée.
    Une saga médiévale absolument géniale !

    Yovo Le 22/08/2020 à 11:50:25
    Le viandier de Polpette - Tome 1 - L'ail des ours

    Cette série est probablement abandonnée et c’est bien dommage ! L’histoire est toute simple mais pleine de drôlerie et de tendresse. Une fable gastronomique et poétique en forme de récit d’apprentissage.

    Le cadre est bien trouvé : un petit château abritant une auberge, perdu au fond des bois, dans lequel vit en exil le jeune comte de la contrée, seul depuis son enfance avec une poignée d’habitants. L’improbable époque médiévalo-industrielle aux anachronismes savoureux rajoute à son attrait. Le ton résolument optimiste a cette capacité rare à mettre le lecteur de bonne humeur. Les décors pittoresques et les personnages aux caractères bien trempés, ajoutés aux nombreuses et alléchantes recettes illustrées qui garnissent les pages, garantissent un irrésistible plaisir de lecture.

    Une BD tout public, facile à lire et revigorante. Si vous tombez dessus dans une brocante, n’hésitez surtout pas car ce 1er et unique tome peut heureusement se lire comme un one-shot. Vraiment sympa !

    Yovo Le 20/08/2020 à 10:57:16
    La déconfiture - Tome 2 - [Seconde Partie]

    De par ses dialogues travaillés, ses quelques personnages, ses phases d'action circonscrites à des décors très simples, « La déconfiture » pourrait être facilement adapté au théâtre. Et cela donnerait probablement une pièce intelligente et cinglante.

    Rabaté livre une vision crue de la défaite en se glissant au milieu de ses semblables. Des gens normaux devenus soldats, puis prisonniers, sans vraiment comprendre pourquoi.
    Ici, pas de champ d’honneur ni bataille en cinémascope ; pas d’état-major ; pas de romantisme guerrier, de sacrifice héroïque ou d’esthétisation de la violence ; pas d’envolées nationalistes ni pamphlets libertaires ; pas plus de morale, de justice ou de leçon. C’est cela la déconfiture. Ce n’est pas que la défaite d’une nation, c’est surtout la défaite de l’âme humaine. Sans décorum.

    A travers son personnage d'Amédée, un homme certes ordinaire mais instruit, déterminé, perspicace et posé, Rabaté questionne notre humanité. Si ses convictions à lui vacillent et qu’il ne peut s’en sortir sans piétiner ses valeurs, y serions-nous parvenus nous-même ? A chacun sa réponse...

    Un diptyque édifiant aux dessins superbes. A lire absolument.

    Yovo Le 20/08/2020 à 10:54:11
    La déconfiture - Tome 1 - [Première Partie]

    La déroute française de juin 40 vue par un biffin lambda parmi des milliers d’autres.
    Un récit écrit à hauteur d’homme, d’autant plus frappant qu’il est simple, épuré, laissant tout sensationnalisme de côté. Comment mieux décrire la défaite qu’en illustrant cette déconfiture avec l’économie dont fait preuve Rabaté ? Un décor quasi unique et bien documenté, des anecdotes, un rythme imprévisible, un trait juste et réaliste : la guerre comme si vous y étiez. Très bel album.

    Yovo Le 16/08/2020 à 20:46:00
    Charlotte Impératrice - Tome 2 - L'Empire

    bd.otaku a déjà tout dit et mieux que je ne saurais le faire. Je ne vais donc pas faire trop long:

    Découvrir comment, dans ce 2ème tome, l’héroïne se complexifie, se raffermit et s’élève par l’exercice du pouvoir est exaltant ! Mise à mal par l’incompétence ubuesque de son mari, Charlotte est cernée d’ennemis - y compris au sein de son palais - et elle doit mettre en œuvre toutes les ressources que son intelligence lui permet pour garder le contrôle de la situation dans un Mexique inconnu, hostile et dangereux, poussé au bord du gouffre par une violente insurrection et de sombres intérêts.

    Ce destin, cette fatalité, ce romantisme que le scenario met en place avec une méticuleuse précision, le dessin le fait éclore sous nos yeux case après case et c’est un enchantement visuel. La complémentarité parfaite des auteurs est palpable et tous deux réalisent un travail exceptionnel. Mention spéciale aux cadrages audacieux de Matthieu Bonhomme qui servent constamment la narration et renforcent le récit. J’avoue que j’ai eu un peu plus de mal avec la couleur, parfaite pour les décors mais moins bien sur les visages, rendus uniformément oranges par des aplats trop ternes. Hormis ce détail, une telle qualité de réalisation est rare.

    Cet album est superbe et je n’ai aucun doute sur le fait que « Charlotte impératrice » devienne une série majeure.

    Yovo Le 12/08/2020 à 21:18:48
    Charlotte Impératrice - Tome 1 - La Princesse et l'Archiduc

    Je retiens surtout de ce premier tome l’extraordinaire élégance du dessin de Matthieu Bonhomme. Un trait d’une grande finesse, précis, d’une lisibilité parfaite. D’habitude ce n'est pas le style que j’affectionne le plus mais là, je ne peux que saluer le talent de l’artiste ! La colorisation d’Isabelle Merlet est parfaitement adaptée et confère à l’album un éclat romanesque assez intense.

    L’histoire en elle-même est un peu fleur bleue mais reste passionnante. Le rythme global est dense et rapide mais cela n’empêche pas chaque scène d’être bien développée grâce à une pagination généreuse.

    L’alternance de faits historiques, de passages intimistes, d’action et de psychologie m’a procuré un véritable plaisir de lecture. C'est du très bon Nury. J’ai aussitôt acheté le second tome et je vais me plonger dedans avec avidité.

    Yovo Le 09/08/2020 à 01:51:00

    280 pages de course sauvage en plein désert pour une BD qui sent fort la gomme, le cuir et le gasoline ! En mettant à l’honneur les hot rod, ces vieilles Ford des années 30 aux V8 surgonflés, la mise en page très cinématographique est carrément jubilatoire !

    Fane a su créer une ambiance spectaculaire dans un background 60’s convaincant, avec un vrai suspense et un rythme de dingue. Les enjeux se révèlent peu à peu et donnent à cette Runaway Rebel Race un air de fin du monde où personne n’a plus rien à perdre. Et le jeu des personnages, tous plus ou moins piégés par leur orgueil, apporte un surcroît d’humanité à cet enfer mécanique.

    Par contre, la scène d’arrivée m’a laissé dubitatif :
    [SPOILER] >
    Les 5 dernières pages de la course sont bizarrement faites et je n’ai pas compris tout de suite les réelles intentions de Billy Joe avec Cristal, son visage exprimant plus la folie qu’autre chose... C’était le moment crucial et il n’est pas complètement réussi, dommage.
    < [FIN DU SPOILER]

    Bon, soyons honnête, cette histoire manque de fond. Ça défouraille à gogo mais ça ne vole pas bien haut. En gros c’est une course (il n’y a pas tromperie sur la marchandise !) mais ce n’est qu’une course, quoi ; ne pas en attendre autre chose. Il faut donc la prendre comme un pur divertissement, une sympathique série B. Fane s’est fait plaisir et c’est communicatif : tous les amateurs de grosses cylindrées et de cinoche à la Tarantino seront comblés.

    Dans cette optique, n’hésitez pas à vous aligner au départ et foncer dans « Streamliner », une BD pleine de fureur et d’adrénaline !

    Yovo Le 31/07/2020 à 10:32:15

    Enjouée, décomplexée, burlesque, émouvante, d’une impertinente modernité... Jen Wang, que je ne connaissais pas, livre avec « Le prince et la couturière » une histoire irrésistible portée par une énergie qu’on aimerait voir plus souvent ! De plus, elle est idéalement incarnée par des personnages tous plus réussis les uns que les autres. Le résultat est fluide, intelligent, généreux, sans moralisme ni caricature, plein d’enseignement, de sagesse et d’amour.

    Autre qualité, l’ensemble est d’une grande modestie, l’autrice ayant employé des moyens graphiques et littéraires très simples. Et cette économie sur la forme valorise d’autant plus le fond par la justesse du propos. Aucune scène, aucune réplique ne manque jamais sa cible. Cela encourage le lecteur à faire preuve de tolérance et d’empathie mais surtout, grâce à cette approche sans chichi, les questionnements assez profonds qui émergent au fil du récit sont rendus parfaitement abordables, même pour un jeune public.

    En définitive c’est le seul conte de fée qui m’a vraiment donné envie d’y croire ! Bravo !

    Yovo Le 29/07/2020 à 14:59:04
    Les chroniques de l'Univers - Tome 1 - La Thrombose du Cygne

    Très divertissant !
    Un album grand public qui permet une belle immersion grâce au soin apporté aux personnages et aux décors du vaisseau. Du coup, les lieux et les acteurs deviennent très vite familiers. Ça n’est pas si courant et c’est une qualité que j’apprécie.

    Mais c’est surtout le rythme qui dépote !! Pas une seconde de répit. Dès la 2ème page on est happé dans l’histoire pour n’en ressortir qu’à la dernière, complètement essoré !

    C’est cela que je préfère en retenir car le contenu est assez basique et fantaisiste. Inutile d’y chercher quoi que ce soit de crédible. Mais franchement, on s’en fout. C’est fun, pêchu, dépaysant, dans un esprit très ado, limite régressif. Ça ne conviendra pas à tout le monde mais moi qui n'en attendais rien, ça m’a suffi.

    Si cette dynamique se poursuit dans les prochains tomes, cette série pourrait même aller taquiner « Sillage ».
    Une bonne introduction.

    Yovo Le 29/07/2020 à 14:49:29
    Isola - Tome 1 - Tome 1

    Très sympa cette BD. Quand on aime l’Heroic Fantasy, franchement, difficile d’être déçu. Le dessin à lui seul mérite des éloges. Les personnages, décors, créatures sont parfaitement réalisés et bénéficient de cadrages dynamiques et super efficaces. Les couleurs informatiques sont bien gérées et posent de très belles ambiances. Visuellement c’est un régal.

    Il est vrai que le scénario est un peu confus par moment, surtout quand s’entremêlent visions chamaniques et réalité, mais ça n’empêche en rien de comprendre l’histoire, d’ailleurs fort simple. Ça manque juste de fluidité.

    Ce n’est donc pas parfait mais c’est une belle découverte. Et même si j’attends mieux pour la suite, je suivrai la série.

    Yovo Le 29/07/2020 à 14:43:07

    Excellent album ! Je pense qu’il faut le voir comme une pure fiction et non comme un plaidoyer écologiste. L’écologie n’étant que le contexte de ce scénario palpitant.

    Le canevas scientifique est parfaitement crédible, les personnages sont bien approfondis et le rythme très efficace crée une ambiance de polar haletante, inattendue pour un récit se déroulant dans une forêt suédoise... bref, l’histoire est particulièrement solide et s’inscrit plus dans le fantastique que dans le catastrophisme.

    Si l’on rajoute une partie graphique d’une grande finesse, élégante et expressive, on obtient une belle BD, aussi originale qu’intelligente.

    Moi qui suis un grand admirateur de Francis Hallé, le plus grand botaniste du monde, je ne peux que me réjouir que ses travaux (et son visage) aient inspiré Zep. De plus en plus étonnant ce Zep d’ailleurs... un auteur très singulier au talent immense !

    Yovo Le 25/07/2020 à 20:37:14
    Méto - Tome 3 - Le monde

    J’ai trouvé « Le monde » un peu plus convenu que les tomes précédents. Le 1er avait pour lui un univers carcéral très oppressant, le 2ème de l’action et des rebondissements. Ce 3ème et dernier opus s’attache à répondre aux questions posées depuis le début et amener un dénouement très sage et sans réelle surprise. C'est un peu dommage.
    Le dessin, parfois imprécis dans le traitement des visages, ne parvient pas non plus à tirer l’album vers le haut. Mais au final, je ne suis pas trop déçu. Ce chapitre reste cohérent et clôture une trilogie assez originale et agréable à lire, au-delà du public adolescent ciblé.

    Yovo Le 14/07/2020 à 21:54:50
    Renée Stone (Une aventure de) - Tome 2 - Le Piège de la mer Rouge

    L’intrigue de ce 2ème tome est nettement plus fluide que « Meurtre en Abyssinie ». C’est d’autant plus agréable à lire. Et retrouver Renée Stone et ses compères sur les traces du fabuleux trésor d’Assurbanipal, mythique souverain d’Assyrie, est un vrai plaisir !

    Le dessin vif et finement texturé de Clément Oubrerie avec ses belles couleurs tramées permet une immersion fascinante à Djibouti en 1930 dans une superbe ambiance « Indiana Jones », mâtinée d’esprit littéraire, de rêveries poétiques et de touches d’humour. Comme nous l’explique la postface, les personnages sont tous inspirés de personnalités ayant réellement existé (Renée Stone est Agatha Christie). Julie Birmant a donc créé une aventure romanesque à souhait, pleine de passion, de saveurs et de rebondissements.

    Une série réussie dont j’attends le 3ème et dernier tome avec une grande impatience.

    Yovo Le 09/07/2020 à 09:37:47
    Conquêtes - Tome 5 - Enorus

    Ce dernier tome n’a rien à voir avec les précédents qui décrivaient les difficiles conquêtes de planètes inconnues par des armadas humaines. Ici le scenario se focalise sur la débâcle de la flotte canadienne quand elle réalise que sa planète-cible est inhabitable… Pas de "Conquête", donc. Pas d’échappatoire non plus, les vaisseaux étant en ruine. Son seul salut : s’emparer d’autres bâtiments passant à sa portée…

    On est beaucoup plus dans le genre guerre que dans le genre science-fiction. Et dans ce registre là, ça va, ce n’est pas trop mal fichu. Personnages, décors, design : aucune surprise, c’est du basique mais ça tient la route. Et pour être honnête, cet album n’est pas désagréable à lire.

    Mais il est regrettable que cette série n'ait eu que des ambitions commerciales. Des dessinateurs tâcherons et aucun développement scénaristique. Ça a été fait à la va-vite pour en vendre le plus possible. Et comme par hasard, le 1er tome était le meilleur, évidemment. Il fallait bien appâter le chaland… Et dire que j’ai librement consenti à m’y faire prendre !

    Bref, je retiens quand-même de tout ça une vision de l’humanité particulièrement sombre. Nous sommes décrits comme une espèce aux abois, abâtardie, cherchant à survivre à tout prix mais vouée à l’autodestruction. Constat amer qu’hélas, je partage.

    Yovo Le 05/07/2020 à 21:03:07
    Le convoyeur - Tome 1 - Nymphe

    Mouais... Je n’avais que peu d’attentes sur cette série, ma déception n’est donc pas immense. A la base, je ne l’ai acheté que pour Dimitri Armand dont j’ai vraiment adoré le travail sur "Sykes" et "Texas Jack". Rien à dire coté dessin, c’est une très belle réalisation.

    En revanche je suis peu enthousiaste sur le scénario qui en fait des tonnes. L’idée de départ est pourtant bonne : Une bactérie inconnue s’attaquant uniquement au fer a réduit notre monde à néant puisque cet élément se retrouve dans quasiment tous les objets créés par l’homme, de la cuillère au béton armé en passant par les armes et les moyens de transports et communication, y compris dans son sang ! Mais pourquoi avoir alourdi ce concept hyper réaliste en rajoutant des personnages mutants dotés de super-pouvoirs ? C'est lourd ! J’ai eu l’impression de me retrouver au milieu d’un comics de base, avec boule de feu, télékinésistes et femme-araignée qu’on croirait copiée sur le personnage de La Traque dans la géniale série "Saga"... Perso, quand j'achète du franco-belge, ce n'est pas pour avoir du comics.

    Sans compter un découpage peu lisible qui n'aide pas à suivre... On devine bien sûr que de nombreux développement vont survenir avec ce personnage archi-méga-mystérieux du Convoyeur. Mais l’affubler de poings incandescents, de rituels bizarres et de lunettes de soudeur ne suffit pas ! Du coup, j’espère sincèrement que le scénariste (qui manifestement se prend très au sérieux) en a sous le pied pour les prochains tomes.

    Pour l’instant, je suis clairement resté sur ma faim et même s’il ne s’agit que d’un tome d’introduction, je n’ai pas accroché au point de vouloir absolument connaitre la suite. Mais bon, je sais déjà que je la lirai quand même !

    Allez va, 2 étoiles pour l'excellent dessin, bravo M. Armand !

    Yovo Le 04/07/2020 à 12:07:10

    Pour être honnête, tout ne m’a pas complètement plu dans « Géante ». Mais je n’ai pas envie de critiquer cette très belle BD dont la lecture est un vrai plaisir.

    Le dessin, au trait clair et tout simple, possède un charme fou et ses couleurs légères l'embellissent avec bon goût. Un dessin parfaitement adapté à ce conte initiatique. Les personnages sont marquants et bien croqués, les décors agréables et l’ensemble, parfois épique, ne manque ni de souffle ni d’humour.

    J’ai quand même pu ressentir ici ou là un léger amateurisme dans la réalisation : par exemple, Céleste est censée faire 20 mètres de haut mais n’a pas l’air d’en faire plus de 4 ou 5 dans certaines séquences. Je sais que le dessin ne se veut pas réaliste, mais je pense que sa taille de Géante est un élément prépondérant qui aurait mérité d’être un peu plus soigné. Cela dit on peut aussi considérer que ce côté « bricolage » donne à l’album un petit cachet artisanal sympathique.

    Après – et ce point se discute – la forme générale de l’histoire est vraiment très enfantine. Ce n'est pas mal en soi, mais cela empêche d’après moi les sujets de fond d’émerger. De nombreuses questions passionnantes sont posées, comme la différence, l’émancipation, l’accomplissement, la liberté, le dogmatisme… avec en point d’orgue un saisissant plaidoyer féministe. Mais je trouve que ce contenu, ô combien fécond, est affaibli par cette forme très naïve. Si la richesse scénaristique avait été creusée et traitée de façon plus mature, elle aurait sans doute atteint une vraie profondeur qu’elle ne fait ici qu’effleurer.

    Toutefois, ce que l’histoire perd en réflexion elle le gagne en tendresse. En cela « Géante » est pleinement réussit et reste une œuvre aussi belle que poétique à lire et à relire et (s’)offrir.

    Yovo Le 28/06/2020 à 19:31:13

    J’ai acheté ce titre en édition limitée sans réfléchir parce que c’est Brüno et Nury. Mais j’ai mis plusieurs semaines avant de le lire, pas franchement motivé par son aspect documentaire.

    Après une lecture attentive, mon ressenti sur cet album est étrangement partagé :

    D’un côté, c’est une œuvre glaçante au style puissant qui pose d’excellentes questions. La description méthodique des faits, énoncés de façon neutre et détachée, fait vraiment froid dans le dos. Tout comme le portrait qui se dessine des États-Unis, entre culte des armes, omniprésence du fric et du drapeau, justification de la violence, manichéisme effroyable entre les « bons » et les « méchants », média partisans qui promeuvent et relayent une idéologie nationaliste, vénération de la guerre et de l’héroïsme qui va jusqu’à idolâtrer un tueur, et le sempiternel recours à Dieu et à la religion... Tout cela se mêle et résonne à chaque page. Mais sans volonté de juger de la part des auteurs, ni même tenter d’analyser quoi que ce soit. Le simple étalage de cette histoire, décortiquée comme le fait Fabien Nury, suffit à démontrer les maux de la société américaine et comprendre comment un Trump a pu être élu.

    D’un autre côté, le récit est dense, factuel, austère et volontairement dénué d’émotion. La répétition de certaines cases et l’absence assumée d’action et de suspense peut déstabiliser.

    De plus, le parallèle avec le film « American sniper » est un peu longuet et moyennement pertinent. Bref, cet album a tous les défauts de ses qualités. Comme je le disais plus haut j’aurais souhaité une dimension d’analyse supplémentaire, puisque ici c’est au lecteur de fournir tout le travail de réflexion à partir des données brutes énumérées dans les pages. Finalement c’est le sujet entier qui pourrait être remis en question. On peut légitimement se demander pourquoi, en tant que français, avoir réalisé ce livre ? Pour dire quoi, faire passer quel message ? En quoi est-ce censé nous concerner ?

    C’est donc un bouquin sérieux qui ne s’adresse pas à tout public. Il fait appel au sens critique et réclame de s’intéresser un minimum à l’actualité, d’être capable de la décrypter et d’avoir connaissance des fractures que provoquent la politique américaine sur le monde et sur sa propre société.

    Ce qui est sûr c’est qu’il s’agit d’une œuvre remarquablement intelligente et solide, fascinante par bien des aspects. Même si on est loin de Tyler Cross, cette nouvelle proposition par ces 2 auteurs de génie est aussi clivante qu’intéressante. Beaucoup la critiqueront mais au final, je suis très heureux de l’avoir dans ma bibliothèque et je la relirai à coup sûr.

    Yovo Le 25/06/2020 à 12:14:52

    On ne peut pas lire « Peau d’homme » sans avoir une pensée émue pour Hubert, disparu en février dernier, et se dire qu’il s’agit certainement de son ultime scenario.
    Et c’est un beau scénario ! Une fable médiévale aux parfums licencieux et subversifs. Elle met en scène la noble Bianca, héroïne affranchie qui défiera la mainmise du clergé sur sa cité en gagnant la possibilité de changer de sexe par la magie d’une peau d’homme. Sa sagacité et sa hardiesse contre le conservatisme en fera un(e) chantre de la liberté.

    Il y est aussi beaucoup question d’homosexualité. Sans doute un peu trop à mon goût, dans la mesure où ce thème occupe une grande partie de l’album sans réel enjeu ni progression de l’intrigue, comme s’il se suffisait à lui seul. On devine clairement que ce sujet tenait au cœur d'Hubert...

    Au-delà du comique de situation et des gentilles caricatures, j’aurais également aimé que les développements soient plus approfondis et que les personnages secondaires soient plus étoffés. Mais l’histoire reste suffisamment forte, originale et fluide pour captiver. Et sa lecture est des plus agréables.

    Il faut dire que ce récit est idéalement porté par un dessin aussi simple qu’efficace. A la base ce n’est pas mon style, mais en 3 pages, j’étais conquis par son épure et son expressivité. Il rend l’ensemble très poétique et immersif.

    Personnellement, je trouve le parallèle avec « L’Âge d’or » flagrant. Zanzim ayant notamment repris l’idée des mêmes personnages vus plusieurs fois dans la même case, concept qui avait fait merveille dans le chef d’œuvre de Cyril Pedrosa. Mais « Peau d’homme » possède une singularité propre qui en fait une BD à part, émancipatrice et magnifique, à découvrir absolument.

    Yovo Le 21/06/2020 à 22:03:54
    Les 5 Terres - Tome 3 - "L'Amour d'un imbécile"

    « L’amour d’un imbécile » est clairement le meilleur des trois tomes. Il allie action, tractations politiques et rebondissements avec une grande maîtrise narrative. L’intrigue progresse à grands pas et devient addictive… et bien malin qui pourra dire jusqu’où elle mènera !

    Quant au dessin, il reste de très bon niveau. Particulièrement propre et lisible, variant les plans, soignant les décors, expressif, il bénéficie en plus d’une mise en couleur agréable.

    Avec ce 3ème opus « Les 5 terres » sont enfin lancées et pourraient rapidement devenir une référence indiscutable.

    Yovo Le 08/06/2020 à 19:09:01
    Raven (Lauffray) - Tome 1 - Némésis

    Un 1er tome assez plaisant. Mathieu Lauffray réalise un très bon travail côté dessin, dans la lignée de Long John Silver.

    Côté scenario en revanche, c’est clairement insuffisant pour l'instant. Une enfilade de clichés dans une intrigue squelettique... Lauffray y va franco sans chercher l’originalité ni la crédibilité. Il se fait plaisir en privilégiant le rythme, l’exotisme et l’action. Ça reste donc agréable à lire et l'on peut s’en contenter si on n’est pas trop exigeant.

    La mécanique de ce « Raven » m’a fait penser à celle d'« U.C.C Dolorès » : un dessinateur talentueux qui se lance tout seul dans l’écriture ; une aventure ultra-basique formatée grand public ; une gigantesque promo de l’éditeur. La recette d’un futur succès ? Probablement…

    Yovo Le 01/06/2020 à 23:12:38
    Le dernier Atlas - Tome 2 - Tome 2

    Les "Atlas" étaient de gigantesques robots nucléaires jadis conçus par la France pour réaliser les plus gros chantiers d'après-guerre. Le "Georges Sand" est le dernier d'entre eux encore debout. Remisé en Inde depuis des années en attendant son démantèlement, il est d'abord volé à des fins terroristes par Ismaël Tayeb, un truand aussi trouble qu'intelligent, puis redirigé vers l'Algérie pour faire face à une menace exogène inconnue, potentiellement apocalyptique pour l'humanité…

    Un scenario toujours aussi impressionnant de maîtrise et de rebondissements ! Ce mix improbable de polar, uchronie et science-fiction est tout simplement l'une des BD les plus abouties que j'ai jamais lues. Rien n'est laissé au hasard dans cette histoire. Le moindre détail a son importance et enrichit l'intrigue. Les différents arcs narratifs sont traités de façon parfaitement réaliste mais ils convergent tous vers un dénouement fantastique et mystérieux. Et grâce au talent des scénaristes, je n'ai aucun mal à y croire.

    Malgré la multiplicité des personnages et des situations on n'est jamais perdu, l'ensemble étant d'une clarté remarquable. Et cette fluidité contribue grandement au formidable plaisir de lecture que j'ai ressenti ! Le dessin fait le reste. Il n'est pas très fin mais reste efficace et lisible. On appréciera d'ailleurs le caméo de Georges de "Groenland vertigo" qui s'invite p. 65.

    En un mot, c'est un sans-faute. Bravo aux auteurs pour cette aventure totalement addictive et palpitante ! Je croise les doigts pour que le niveau se maintienne dans le 3ème tome mais je n'ai guère de doute… Aux vues des 2 premiers tomes, l'ensemble ne pourra être, à mon avis, qu'un chef d'œuvre.

    Si vous êtes passés à côté, précipitez-vous !

    Yovo Le 01/06/2020 à 13:05:50
    Le roi des mouches - Tome 3 - Sourire suivant

    Le texte, très dense et littéraire, semble prendre de plus en plus d'importance et donne clairement l'impression de lire un roman. Articulé autour de plusieurs voix off, le ton général est cinglant, parfois pompeux, mais traversé de fulgurances géniales.

    Attention, cela reste difficile à lire. L'ensemble est étouffant, peu fluide et requiert une attention totale pour ne pas être perdu. J'en ai ressenti un léger sentiment de redondance et de lassitude. Le récit à base de délires psychotiques et d'onirisme nous emmène loin et peut laisser K.O !

    Au final, je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, mais au-delà du malaise qu'ils provoquent, ces trois tomes constituent bel et bien une œuvre à part, puissante et vertigineuse.
    A lire absolument !

    Yovo Le 01/06/2020 à 12:52:35
    Le roi des mouches - Tome 2 - L'origine du monde

    Il y a plus de protagonistes, le récit est donc plus complexe, plus difficile à suivre. Il faut avoir l'organigramme bien en tête pour comprendre toutes les interactions. Mais l'écriture, très littéraire, est toujours brillante, incisive, pleine d'éclats funestes et de fantasmes.

    Le dessin est peu dynamique mais retranscrit bien l'esprit névrotique d'Eric, avec sa colorisation en aplats sombres. Il contribue largement à l'ambiance cinématographique qui s'en dégage (mélange de Lynch et Tarantino).

    Je suis néanmoins d'accord avec l'avis de pokespagne. J'ai eu du mal à cautionner un récit qui sombre parfois en plein délire et malmène le lecteur. C'est prenant et remarquablement fait mais je n'ai pas retrouvé la magie du 1er tome.

    Yovo Le 22/05/2020 à 19:34:50
    La chute (Muralt) - Tome 1 - Épisode 1

    Ce n'est certes qu'un tome d'introduction mais il est de bonne facture et laisse présager une suite alléchante. Si le scenario est classique pour l'instant, il dénote par sa crédibilité, bien aidé en cela par un dessin réaliste et très soigné. Il en sort une impression de vérité qui ne peut qu'interpeller. Dans le contexte actuel de pandémie mondiale et de crise économique, cet album en est même troublant tant il résonne avec l'actualité.
    Je suivrai la série avec intérêt.

    Yovo Le 17/05/2020 à 19:57:00
    Le roi des mouches - Tome 1 - Hallorave

    Génial, ce Roi des mouches ! Glauque et morbide mais génial, dans une veine proche de Charles Burns ou Daniel Clowes. L'écriture est brillante et parfaitement en phase avec le dessin pour une plongée dans l'univers dérangeant d'un post ado désœuvré, accro aux cachetons, au sexe et à son costume de mouche !

    L'album est composé de petits sketchs interdépendants de quelques pages chacun, qui dévoilent des fragments de la personnalité psychotique d'Eric, antihéros fragile et déviant, autoproclamé Roi des mouches…

    Un 1er tome hypnotique et fascinant.

    Yovo Le 10/05/2020 à 11:57:04

    Super bien dessiné, parfaitement scénarisé et découpé, fluide, haletant, passionnant, intelligent, intense et rigoureusement documenté.

    Une mine d'informations doublé d'un rare plaisir de lecture !

    Une des BD de l'année à ne surtout pas rater.
    Pour moi, clairement indispensable.

    Yovo Le 10/05/2020 à 11:43:35

    Une histoire imbriquée dans une histoire, elle-même imbriquée dans une histoire etc...

    Le texte est dense, pointu et plutôt bien écrit, même si les situations s'enchainent de manière un peu artificielle. Il aurait toutefois fallu une réalisation plus ambitieuse pour nous y faire croire et nous sentir touché par le sort des personnages. Il faut dire que j'ai trouvé le dessin quelconque. En le refermant je ne savais même plus à quoi ressemblaient les protagonistes, tant ils sont peu incarnés, peu expressifs, austères, comme étrangers à ce qui leur arrive. J'avais pourtant fort apprécié le trait de C. Gaultier sur "Robinson Crusoé" et "Kuklos", notamment. Mais là, j'ai moins accroché.

    Cette fable, très littéraire et verbeuse, a quand même un vrai potentiel et reste donc originale et intéressante. Mais à condition d'y prêter beaucoup d'attention, voire d'en faire une relecture. C'est bien, mais je ne conseillerai pas pour autant ce "porteur d'histoire".

    Yovo Le 29/04/2020 à 21:15:00

    L’histoire est banale : deux ados, vainqueurs ex æquo d’une épreuve ancestrale, sont envoyés par leur tribu en quête d’un trésor légendaire… Ce récit entre Tolkien et Game of thrones pâtit un peu d’un rythme inégal et de personnages qui auraient mérité plus de profondeur, même s’ils sont bien campés. Néanmoins, certains partis pris narratifs rendent la narration attractive et moins bourrine qu’il n’y parait.

    Mais c’est par l’image surtout que cet album détone. Quel graphisme ! Varié, créatif, extrêmement dynamique, relevé de belles couleurs, avec des effets informatiques qui boostent le trait et décuplent encore son énergie. Certaines planches très oniriques nappent l’ensemble d’une poésie sombre et esthétique. La dénouement est malin et donne un sens inattendu à cette épopée. Bref, ce n’est pas parfait mais c’est un bon one-shot.
    Je surnote légèrement mais le gros boulot de l’auteur m’inspire un grand respect.

    Par contre, pourquoi ça s’appelle WahcommO ? Alors là, aucune idée...

    Yovo Le 27/04/2020 à 22:51:25
    Dans la tête de Sherlock Holmes - Tome 1 - L'Affaire du Ticket Scandaleux 1/2

    Ça saute aux yeux dès la 1ère page : cet album est inventif, vif, enlevé et immersif. Les planches rivalisent de textures et de détails. Les traits incisifs des personnages les rendent expressifs et bien caractérisés. On pourrait reprocher à l’ensemble du graphisme d’être tape-à-l’œil, d’utiliser un découpage frimeur et des procédés alambiqués... C’est vrai, mais je trouve que cela sert et complète le récit. Heureusement d’ailleurs, car en effet, les ficelles sont parfois grosses et l’intrigue manque un peu de finesse, ce qui est un comble pour un Sherlock Holmes !

    Mais au final il s’en dégage une impression de qualité et le plaisir est là. Un album original, très cohérent et bien mené. Je suis d’ores et déjà certain de le relire et j’attends le 2ème tome avec impatience.

    Yovo Le 24/04/2020 à 22:28:23
    Léna - Tome 2 - Léna et les trois femmes

    Un excellent récit d’espionnage. Peu d’action mais de la tension, du sens et de l’intelligence. La voix off laconique de Léna est efficace et traduit bien son flegme et son sang-froid, quelle que soit la dangerosité de la situation.
    Le dessin, plutôt neutre, est très agréable.

    Yovo Le 11/04/2020 à 13:20:11

    Django Reinhardt, guitariste prodige et créateur du Jazz manouche, a marqué l’histoire de la musique. Mais l’album ne s’intéresse qu’à son enfance ; c'est bien mais je trouve ça dommage dans la mesure où les lecteurs qui ne connaitraient pas l’artiste n’y trouveront que très peu d’éléments pour comprendre sa carrière et l’influence qu’il a pu avoir, encore aujourd’hui. Rubio a privilégié un récit linéaire au rythme chronologique, idéalisé et mythifié, faute d’informations fiables sur l'enfance de Django. Bien que ses intentions soient tout à fait louables, son récit trop anecdotique à mon goût ne m’a pas vraiment emballé.

    En revanche, coté dessin, c’est un régal ! Efa réalise un travail magnifique, particulièrement sur les couleurs, absolument superbes. Ses personnages expressifs et dynamiques sont tous très attachants. Ce graphisme chaleureux permet à "Django" d’être un bon album tout public et un agréable moment de lecture.

    Yovo Le 30/03/2020 à 22:57:53

    Du pur Vivès ! Je suis même étonné que cet album ait été co-scénarisé tant cette histoire lui ressemble, avec son art du silence un peu mystérieux et ambigüe. Comme toujours, le trait aérien ne dévoile que l’essentiel et laisse une place importante à l’interprétation. Cela donne une vivacité très contemporaine à ce polar, qui ne révolutionne pas le genre mais le sert honnêtement.

    Si vous n’aimez pas Vivès, passez votre tour. Si comme moi, il vous énerve parfois un peu mais que vous le jugez objectivement bon, voire incontournable, faites-vous plaisir, c’est une bonne BD. Un peu sèche, mais agréable à lire.

    Yovo Le 19/03/2020 à 20:14:49
    De Cape et de Crocs - Tome 12 - Si ce n'est toi...

    Très fort ce dernier tome ! Tout est raccord avec le premier cycle, la boucle est bouclée. C’était une excellente idée de consacrer 2 derniers chapitres à Eusèbe le lapin car je n’avais jamais réussi à apprécier ce personnage au fil de cette aventure ; son insondable naïveté et sa tête de Bisounours le rendant un peu horripilant. Mais il prend une toute autre dimension avec ses propres aventures qui n’ont rien à envier à celles de ses illustres compagnons !

    Eusèbe incarne cette foi inébranlable et désarmante en la bonté humaine, seule capable de changer le cours des choses. Sa bienveillance, son amour du prochain, son intégrité, son optimisme benoît, auront vaincu le bellicisme plastronnant de tous les fats et intrigants qui croisèrent sa route. Il en devient finalement le seul être libre de son temps. Il y a certes quelque chose de messianique derrière cette vision mais aussi une belle matière à réflexion. Cette profondeur, ajoutée aux jeux poétiques et aux références littéraires qui émaillent l’ensemble, élève le scénario à des niveaux rarement atteints.

    Voilà donc une série magnifique d’éloquence, de panache, de réflexion et d’émotion. Si en plus on considère, comme moi, que le dessin et les couleurs sont magistraux, vous obtenez un chef d’œuvre de la bande dessinée !

    Yovo Le 18/03/2020 à 21:40:25
    De Cape et de Crocs - Tome 11 - Vingt mois avant

    C’est vrai que cette suite – ou plutôt ce spin off – n’a pas grand-chose à voir avec la délirante énergie des tomes précédents ; ici le registre serait plutôt politico-historique. Mais ce scenario est mené grand train et force l’admiration par son écriture ciselée, ses personnages bien campés et une trame tissée de viles complots, que traverse Eusèbe le lapin avec une ingénuité biblique !
    Un nouveau cycle revigorant, magistralement dessiné, qui fait oublier les lourdes logorrhées de Bombastus au tome précédent.

    Yovo Le 16/03/2020 à 22:32:59
    De Cape et de Crocs - Tome 10 - De la Lune à la Terre

    Après leur victoire sur le tyran, Armand et Don Lope s’apprêtent à quitter la Lune et s’en retourner sur Terre. Mais le cœur s’en mêle, et rien ne se passera comme prévu…

    Cette conclusion est riche en émotion. Pourtant, j’ai quand même ressenti une légère lassitude. La faute aux monologues alambiqués de Bombastus qui m’ont fait frôler l’indigestion cérébrale, et aux ultimes rebondissements un peu téléphonés.

    Mais je pardonne aisément ces quelques fluctuations de régime, vu les intenses et inoubliables moments de bravoures qu’ A. Ayroles nous a fait vivre sur l’ensemble des 10 tomes. D’autant que dessin, contrairement aux héros qui regagnent le plancher des vaches, reste toujours, lui, au firmament !

    Yovo Le 15/03/2020 à 19:28:52
    De Cape et de Crocs - Tome 9 - Revers de fortune

    Suite à un énième coup de théâtre, notre équipage se fait justicier pour renverser la dictature sélénite. Ce qui donnera lieu, bien sûr, à son lot de course-poursuite, tirades en vers, retournements incongrues et bagarres à tous les étages !
    Un scénario enlevé, malin, plein de fougue et de fureur, porté haut par des valeurs humanistes et servi par un dessin généreux, superbe d’expressivité et d’imaginaire.

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:34:50
    De Cape et de Crocs - Tome 8 - Le maître d'armes

    La rencontre tant attendue de nos compères avec le mystérieux Maître d’armes est irrésistible et tient toutes ses promesses. Les couleurs, dominées par un blanc immaculé, confèrent une atmosphère onirique très réussie à la forteresse de cristal, sise en plein ciel ! Les dialogues d’Ayroles composés en partie d’alexandrins sont flamboyants, dignes de l’authentique Cyrano de Bergerac, qui se cache sous les traits du Maître d’armes !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:34:12
    De Cape et de Crocs - Tome 7 - Chasseurs de chimères

    La 1ère case est un chef d’œuvre et donne le ton. Le graphisme de Masbou monte encore d’un cran dans cet épisode. Les décors sont époustouflants, l’imagination de l’artiste semblant sans limite. La quête du légendaire Maître d’armes sera périlleuse et riche en péripéties. Quel souffle !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:33:42
    De Cape et de Crocs - Tome 6 - Luna Incognita

    Après un alunissage mouvementé, les 6 compagnons entreprennent des pérégrinations de plus en plus fantasques à la découverte de la folâtre civilisation lunaire ! Un 6ème tome de haute volée, tant au niveau de l’écriture étincelante que des superbes dessins de Masbou. Cette Lune-là est définitivement ensorcelante !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:31:53
    De Cape et de Crocs - Tome 5 - Jean Sans Lune

    Avec ce 5ème tome, on quitte l’univers de la flibuste et de la chasse au trésor pour s’envoler dans la Lune à la poursuite des Sélénites ! L’aventure se rapproche donc du modèle qui l’inspire : Cyrano de Bergerac.
    Inventif et brillant, cet épisode redonne du souffle à l’extravagant périple de nos héros.

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:30:49
    De Cape et de Crocs - Tome 4 - Le Mystère de l'île étrange

    On sent la passion de Masbou pour le théâtre et l’hommage qu’il veut lui rendre ici ; cependant, j’ai eu plus de mal à le suivre pleinement sur la fin de ce chapitre, où nos héros se confronte au peuple de la Lune !

    Le dessin accuse un petit coup de mou et l’auteur part quand même assez loin dans une ivresse littéraire qui confine au délire et pourrait laisser des lecteurs au bord de la route... Mais l’ensemble reste quand même de très bon niveau.

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:30:06
    De Cape et de Crocs - Tome 3 - L'Archipel du danger

    L’aventure, agrémentée d’un nouveau personnage, se poursuit à un train d’enfer ! Piraterie, abordage, tempête, naufrage, île mystérieuse, cannibales… Ce qui serait, ailleurs, un véritable festival du cliché prend ici une dimension homérique grâce à la verve extraordinaire d’Alain Ayroles. Jean-Luc Masbou lui tient la dragée haute avec un dessin et des couleurs absolument magnifiques. Une telle richesse est une rareté, bravo !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:29:28
    De Cape et de Crocs - Tome 2 - Pavillon noir !

    Après un tome d’introduction qui a posé les bases de cet univers chimérique (où personne ne s’étonne de croiser un loup, un renard et un lapin sous les atours de preux et hardis gentilshommes !) le 2ème tome accélère en enchainant sans répit les rebondissements les plus improbables.
    Toujours aussi fin et de plus en plus marrant. C’est un régal !

    A lire, rien que pour la course-poursuite des pages 12 à 22, épique et tordante !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:28:58
    De Cape et de Crocs - Tome 1 - Le secret du Janissaire

    Je me replonge avec gourmandise dans mon intégrale de « De cape et de crocs » !

    L’entrée en scène des personnages, tous plus truculents les uns que les autres, est vraiment savoureuse. Certes, le dessin a un peu vieilli mais il reste généreux, expressif et particulièrement détaillé.
    Mais le vrai génie vient de l’écriture chevaleresque d’Ayroles, truffées de références, qui élève selon moi l’ensemble de la série au rang d’une œuvre littéraire classique. Évidemment, tout le monde ne peut y être sensible. Les tournures de phrases ampoulées et volontairement théâtrales sont absolument géniales mais réclament, pour se faire apprécier, un minimum de culture et de vocabulaire. Ceux qui en manquent, ou les jeunes lecteurs, passeront probablement à côté.

    Yovo Le 29/02/2020 à 15:33:56

    « Mary Jane » se distingue par des dessins superbes et une mise en couleur aquarellée, aux ocres parfaits pour ce Londres mal famé du XIXème siècle. Le style réaliste de Damien Cuvillier donne à certains personnages de vraies gueules d’acteur. L’ensemble de son travail sur cet album est irréprochable.

    J’ai plus de réserves sur le scenario de Franck Le Gall. Évidemment, ses intentions sont bonnes. Sa dénonciation de la condition féminine de l’époque est intelligemment amenée et sa volonté de mettre à l’honneur les victimes de Jack l’éventreur plutôt que leur bourreau est tout à fait louable. Respectable aussi son traitement distancié du sexe et de la violence. Vous ne trouverez ni voyeurisme ni complaisance dans ses pages.
    Mais sur le plan narratif, il manque clairement une dimension. Le récit est elliptique (la fuite en France) et le rythme irrégulier, certains passages étant trop longs (la route de Cardiff), d’autres trop courts (1 planche entre la rencontre de MJ avec Joe et son emménagement avec lui). Enfin, les personnages secondaires sont bien présents mais ne sont pas creusés et ne servent pas l’histoire (Peter White, le boxeur, la vieille, Maria…).
    Ces exemples sont autant de petits déséquilibres qui empêchent la tension de s’installer et tiennent malheureusement le lecteur à trop grande distance du sort de Mary Jane.

    Cela dit, malgré ces défauts, ça reste une bonne BD, solide et agréable à lire.

    Yovo Le 28/02/2020 à 11:26:17

    Pour moi, le Transperceneige est la définition même d’une BD culte : un dessin magistral, certes, mais on trouvera toujours mieux… Un scenario fabuleux, évidemment, mais ce n’est pas la mieux écrite non plus… En fait le génie est ailleurs. Dans une alchimie miraculeuse et indéfinissable qui crée quelque chose de plus grand, qui pose de nouvelles bases.

    C’est cette dimension-là du chef d’œuvre que je retiens. La question n’est même plus de le critiquer ou pas. L’apport du TPN à l’ensemble de la Pop Culture contemporaine est énorme et définitif. Rien à rajouter.
    A lire, à relire, à re-relire, à re-re-relire !

    Yovo Le 27/02/2020 à 12:09:21
    La quête de l'oiseau du temps - Tome 10 - Kryll

    Je salue l’excellente chronique de T. Cauvin, même si la note me semble excessive. Elle a le mérite d’être objective et lucide sur le fossé qui sépare "Avant la quête" de la série-mère. Du coup elle met tout le monde d’accord. Même si je n’ai pas aimé Kryll, je me reconnais entièrement dans son analyse. Et malgré mes ronchonneries, allez, je continuerai peut-être quand même, histoire d’aller au bout… la fin sera peut-être meilleure !

    Yovo Le 26/02/2020 à 22:43:23

    Lire Clyde Fans, c’est d’abord avoir entre les mains un bel objet à la couverture ajourée, glissé dans un épais coffret richement illustré.

    Mais lire Clyde Fans c’est surtout se lancer dans une (très) longue errance, indolente et feutrée.

    Une errance dans le temps d’abord, où l’on suit à travers plusieurs époques (1957, 1966, 1975, 1997) le parcours de deux frères, gérants de « Clyde Fans », la marque de ventilateur créée par leur père.

    Une errance ensuite dans cette mémoire familiale bordée de névroses, véritable chronique de l’absence : absence du père, absence de sentiment, absence d’idéal… Seth n’a rien laissé au hasard. L’œil du lecteur, à force de se poser sur les innombrables détails dont chaque case foisonne, s’imprègne imperceptiblement de l’atmosphère figée qui y règne. Il devient le témoin d’une lutte invisible et sinistre entre les êtres et les choses, et finit par ressentir ce vide.

    Une errance aussi dans une Amérique ripolinée de carte postale, actrice principale de cette histoire, avec ses fast-foods, ses boutiques, ses buildings, ses bagnoles, ses pubs… Seth la dépeint dans une gamme de bleu et gris sur papier crème, en en faisant un univers silencieux et fané. Cette Amérique-là a quelque chose de vaguement inquiétant. Il s’en dégage une poésie nostalgique, faite d’innombrables bribes d'un monde révolu, dont il ne reste rien d’autre, finalement, que des souvenirs tristement inutiles.

    Évidemment, 500 pages, c’est parfois long ! Certains passages en deviennent interminables et monotones. Mais je pense que l’auteur l’a sciemment fait exprès. Puisqu’il décrit justement l’emprise du temps qui calfeutre, qui empoussière, qui assèche, qui racornit, qui aliène et rend toute chose inerte et vide de sève. Au bout de la lecture, c’est une lourde mélancolie, sombre et prégnante qui l’emporte et règne sans partage sur l’ensemble de l’œuvre.

    Aucun amateur de roman graphique ne passera à côté. Mais à 50€ le livre, peu de lecteur d’albums classiques, c’est sûr, se risqueront à en faire l’achat. Je n’en connais pas le tirage mais je parie que les ventes ne se conteront pas en dizaines de milliers d’exemplaires... Donc lire Clyde Fans, c’est enfin avoir une BD rare, exclusive et exigeante comme il en existe peu.

    Yovo Le 23/02/2020 à 11:59:47
    Green Class - Tome 2 - L'alpha

    Ce 2ème tome m’a surpris et a réussi à m’accrocher. Autant "Pandémie" avait tout du survival ado classique, autant "L’alpha" est étonnamment complexe et prend des directions assez inattendues. Beaucoup d’informations, d’évènements et de rebondissements viennent enrichir l’intrigue. Ça va à 100 à l’heure, et ce rythme est entretenu par un dessin très propre et ultra dynamique. Non, franchement, c’est pas mal.

    Ce 2ème opus confirme en tous cas que c’est une bonne série, sérieuse, solide et bien réalisée. Et les étonnantes couvertures texturées rajoutent encore à son attrait. Impatient de découvrir la suite !

    Dans le genre post apo, "Green class" sera, à mon avis, très vite incontournable.

    Yovo Le 19/02/2020 à 18:58:28

    Excellent travail d’écriture, vraiment !
    Baptiste Pagani a créé une pure fiction mais on jurerait la biographie d’une authentique actrice hongkongaise. J’ai même dû vérifier sur internet si les personnages dont je venais de lire les exploits existaient réellement ou pas ! Les nombreuses références aux mythiques studios de l’époque, comme Shaw Brothers, contribuent à ancrer l’album dans un contexte parfaitement crédible et leurs rendent un bel hommage. On sent la passion de l’auteur pour cet âge d’or du film de kung-fu qui inspirera Tarantino et bien d’autres. Mais nul besoin d’être cinéphile pour en apprécier la lecture. La téméraire héroïne et son histoire sont simplement touchantes.

    Le dessin rappelle le magnifique P.T.S.D. (du même label 619) en un peu moins beau. Mais vif, rond, coloré, expressif, varié, pétillant de détails, il est parfaitement adapté à cet univers clinquant de mirages et d'illusions.

    Le scénario est fluide et si bien mené que je me demandais à chaque page ce qui allait encore pouvoir arriver à Jin Ha, l’incroyable cascadeuse qui porte le récit. Enfin, l’ensemble est rendu très agréable à lire grâce aux (fausses) affiches de film qui jalonnent les chapitres ; de véritables chefs-d’œuvre !

    Une BD très originale, alliant action, intelligence et émotion. A découvrir absolument.

    Yovo Le 16/02/2020 à 20:24:33

    Je me suis trop laissé influencer par les 2 avis précédents, si positifs que j’espérais découvrir une pépite ! Mais hélas, ce n’est pas le cas. D’où mon soucis de donner des éléments objectifs quand je poste un avis, pour qu’il puisse au moins être utile à des lecteurs hésitants...

    Bref, j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de daté dans cet album, qui m’a fait penser aux productions fantasy des années 80/90, avec ces couleurs à dominantes vertes et mauves. D’ailleurs, la couverture où les personnages semblent détourés et collés sur une infographie m’a aussi laissé perplexe.

    L’ensemble est très hermétique : une seule unité de lieu, une seule unité d’action, une seule unité de temps... Ce décor unique, bien qu’esthétique, est si sombre et caverneux qu’il en est vite monotone. Et les 2 personnages principaux sont comme des coquilles vides, sans profondeur ni personnalité.

    En fait, le procédé utilisé par l’auteur est une espèce de pirouette scénaristique : le lecteur est plongé d’emblée dans un monde très onirique, sans qu’il n’en ait jamais la moindre explication, ni contextualisation, ni justification. C’est un peu facile... Je n’ai donc pas compris grand-chose à ce délire mystico-ésotérique, ni su où l’auteur voulait en venir.

    En conclusion, ce n’est pas forcément mauvais mais je suis loin d’avoir été convaincu par cet album, à 28 € quand même !! Reste l'intérêt d'avoir une BD atypique et très rare (500 ex.).

    Yovo Le 15/02/2020 à 19:45:14
    Esteban - Tome 5 - Le Sang et la Glace

    Les tomes 4 et 5 se passant dans un sinistre bagne, je préfère quand-même Esteban dans ses aventures maritimes plutôt que dans ses périples à terre. Je trouve Matthieu Bonhomme un peu moins à l’aise dans ce décor et son scenario s’en ressent. Tout cela est moyennement crédible mais l’ensemble reste solide et bien réalisé. Dépaysant et décoiffant.

    Yovo Le 15/02/2020 à 19:43:23
    Esteban - Tome 3 - La Survie

    Les 3 premiers tomes constituent une aventure haletante et généreuse, portée avec conviction par des valeurs humanistes. Le dessin clair et précis en rend la lecture très agréable. Avec juste ce soupçon de fantastique propre à l’imaginaire enfantin. Une très bonne série.

    Yovo Le 11/02/2020 à 22:50:02

    Un album résolument satirique qui dénonce la toxicité des réseaux sociaux et leurs multiples effets pervers. Duhamel a de bonnes intentions et beaucoup d’idées, mais à trop vouloir en dire, le message devient lourd et se dilue un peu dans les clichés. Idem pour le dessin qui peut être élégant et nuancé, puis passer sans prévenir à la caricature facile. Le personnage principal, par exemple, ne m’a semblé ni très expressif ni vraiment sympathique.

    Malgré tout, le scénario et son effet "boule de neige" reste plaisant et assez addictif. Je n’ai pas pu le lâcher avant la fin.

    Au final, je dirais que c’est un album inégal, alternant le très bon et le moyen. En comparaison, l’excellent « Le retour » était à mon avis plus fin et abouti.

    Yovo Le 10/02/2020 à 21:09:59
    Voro - Tome 2 - Le secret des trois rois - deuxième partie

    Une aventure à l’intrigue assez simpliste mais bien troussée. Malgré un dessin sommaire, la BD reste efficace et ludique, bien rythmée et bien découpée.

    Yovo Le 09/02/2020 à 21:31:43
    Voro - Tome 1 - Le secret des trois rois - première partie

    Un album bien réalisé. De belles couleurs complètent agréablement un dessin tout simple mais très lisible. Le récit, très simple lui aussi, est plutôt solide. Cela dit, pour un ouvrage "jeunesse", l’univers et les thématiques restent assez sombres.
    L’ensemble est donc très sympa mais peu recommandable aux plus jeunes.

    Yovo Le 06/02/2020 à 15:35:08

    J’adore le style de Rébétiko. David Prudhomme parvient à créer des atmosphères intenses, grâce à ses couleurs, ses lumières, ses décors, ses cadrages. L’immersion dans les quartiers populaires d’Athènes en 1936 est totale. Des personnages charismatiques nous embarquent avec eux dans une tournée nocturne de bars interlopes, enfumés par les narghilés : 5 musiciens laissés-pour-compte, rebelles, jouisseurs et nihilistes pour qui rien n’existe en dehors de la musique et l’amitié, les dernières choses qui leur restent avant l’exil. C’est probablement leur ultime tournée et ils le savent. Leur musique, leurs origines et leur style de vie sont condamnés par le nouveau pouvoir en place. Mais les 5 irréductibles joueront et chanterons quand même, plus orgueilleux et superbes que jamais, malgré les flics qui quadrillent, les caïds qui veulent leur faire la peau et les excès de haschich ! Qu’importent les conséquences…

    Une magnifique BD d’ambiance. Une ode à la musique, symbole de liberté et meilleur rempart contre toutes les dictatures, y compris celle de l’argent.

    Yovo Le 01/02/2020 à 22:24:44

    Difficile de ne pas comparer "Lily Love Peacock" avec les aventures de son aïeule Jeanne Picquigny. Et forcément, Lily étant moins charismatique que Jeanne, son histoire à elle semble un peu futile à côté de celle de sa grand-mère. Il faut dire que l’époque contemporaine est moins glamour que les années 30 dans lesquelles Jeanne, Eugène et Victoire voyageaient à grands frais…
    Mais si le récit est moins "ethnographique" que les précédents, il est beaucoup plus rock’n’roll et très bien écrit. Comme à son habitude, Fred Bernard l’a généreusement truffé d’aphorismes, de poèmes et de pensées. Son dessin unique fait le reste... Il se dégage de cette BD un charme et une mélancolie irrésistibles.

    Yovo Le 01/02/2020 à 15:01:26
    La quête de l'oiseau du temps - Tome 10 - Kryll

    Déjà que je n’avais pas du tout aimé "L’emprise", avec le truc honteusement éculé de l’amnésie... alors que dire de celui-ci ? Pffff ! Et le pire c’est que j’étais quand même impatient de l’acheter ! Preuve que le simple nom « La quête de l’oiseau du temps » sur une couverture fait toujours résonner une corde sensible en moi… Naïf que je suis !

    En le lisant, je ne savais même plus de quoi parlait le scénario (si on peut appeler un scénario). Quelle est l’intrigue ? Le fil conducteur ? Aucune idée. Et franchement je n’en ai plus rien à faire… Ce tome n’est pas mauvais en soi, c'est juste qu'il ne sert absolument à rien, il n’apporte strictement rien. Et rien ne m’intéresse non plus dans cette histoire de secte un peu ridicule qui se délaye à n’en plus finir. Ça n’a plus aucun sens.

    Relisez la série-mère !! Je viens de le faire et la comparaison est accablante pour ce "Kryll" qui semble, à côté, un pitoyable ersatz. Je sais qu’il y aura toujours des milliers de lecteurs pour trouver ça super cool et continuer d’acheter jusqu’au tome 25, mais je n’en ferai pas partie. Je pense que c’était mon dernier « Avant la quête ». Terminé.

    Yovo Le 31/01/2020 à 21:55:12
    Pablo - Tome 4 - Picasso

    Désormais conscient de son génie, Pablo devient Picasso en dévoilant au public ses "Demoiselles d’Avignon", tableau inouï qui acte la naissance de l’art moderne.
    Suite à quoi il quittera le Bateau-lavoir, son mythique atelier. C’en est fini de sa vie de bohème. Les auteurs baignent cet album dans la mélancolie pour clore cette parenthèse enchantée.

    Une série qui retrace fidèlement les débuts d’un des plus grand peintres de tous les temps, tout en faisant une chronique douce-amère de la misérable Butte Montmartre, hantée de poètes et de fous qui changeront radicalement le visage de l’art mondial.
    Si le scenario a tendance à se disloquer par moment et que Julie Birmant aura peiné à en maintenir la fluidité, Clément Oubrerie signe encore des dessins de toute beauté qui rendent un hommage inspiré aux illustres artistes qui peuplent ces 4 « Pablo ».
    Bravo à tous les deux !

    Yovo Le 31/01/2020 à 21:54:27
    Pablo - Tome 3 - Matisse

    Pablo Picasso, à l'aura grandissante, se confronte à l’incontournable Matisse. Leur rivalité, tissée d’admiration et de mépris mutuels exacerbera leurs ambitions à être le premier.

    Pablo, qui a déjà l’intuition que son destin révolutionnera le monde de la peinture, découvre aussi les masques africains, déterminants dans le cap qui le mènera à inventer l’art moderne.
    Le scénario est un peu décousu mais les dessins sont une fois de plus superbes et la couverture est intensément intrigante.

    Yovo Le 31/01/2020 à 21:53:46
    Pablo - Tome 2 - Apollinaire

    Un 2ème tome plus riche, plus enjoué, plus sensuel, égrillard et enlevé. La rencontre avec Apollinaire aura décuplé la créativité du jeune Pablo Picasso et donné un sérieux coup de fouet au rythme de la série !

    Les auteurs nous immergent dans le bouillonnement d’une génération de génies avant-gardistes, avides d’en découdre avec l’académisme amidonné de leurs ainés. Pablo s’affranchit, au milieu de jeunes zazous crépitant d’idées, effervescents, boulimiques de peinture, assoiffés de reconnaissance et gardant une foi inébranlable en leur talent.

    Évidemment il faut s’intéresser un minimum à l’art et/ou à l’époque pour l’apprécier pleinement, mais cet album est un régal !
    Apollinaire, en ogre dévorant le conservatisme de la société avec des vers iconoclastes, est magnifique !

    Yovo Le 31/01/2020 à 21:53:16
    Pablo - Tome 1 - Max Jacob

    1er tome d’une série magnifique, « Max Jacob » a une tonalité assez sombre puisque l’histoire est narrée par Fernande Olivier, elle qui deviendra la compagne de Pablo Picasso au terme d’un parcours plutôt sordide. Les débuts sont difficiles aussi pour le jeune Pablo. Deuil, misère et fatalisme lui font peindre sa poignante Période Bleue.

    Le dessin de Clément Oubrerie est parfaitement adapté à ce Paris bohème des années 1900. Son trait vivace aux tons terreux fait merveille.
    Côté scénario, l’écriture de Julie Birmant restitue très bien ce qu’a pu être la vie d’artiste à cette époque. Le tout dans un format généreux de plus de 80 pages.

    Si vous découvrez la série, ne vous arrêtez pas à cet album un peu austère avant de découvrir les autres.

    Yovo Le 26/01/2020 à 23:15:30

    Je n’adhère pas vraiment aux éloges sur ce roman graphique... AJ Dungo avait promis cette BD à Kristen, sa compagne décédée. Promesse tenue, c’est beau et sincère.

    Mais ma 1ère réserve vient du dessin. Il est certes d’une élégance raffinée, mais semble aseptisé, vectoriel, sans émotion. Ce n’est pas, à mon avis, le type de graphisme qui convient à cette histoire-là. Car elle parle d’une double passion, celle du surf et celle qu’AJ éprouva pour Kristen. Et justement, ce dessin avec ces aplats de couleurs monochromes est complètement dépassionné. Il est esthétisant, sans rien d’humain ou de chaleureux. Il crée un immense silence entre le lecteur et le sujet, sans l’impliquer.

    Seconde réserve, j’ai quand même été surpris par le ton très factuel du récit. Peu de dialogues, peu d'interactions entre personnages. Cela donne l’impression que le graphisme l’emporte constamment sur un texte beaucoup trop neutre. Parce qu’en plus de cette froideur ambiante, on ne pénètre jamais non plus dans l’intimité du couple. On est juste témoins passifs de leur relation distanciée et quasi platonique. Non que je veuille des détails bien sûr, cette pudeur est tout à fait justifiable. Mais sans l'humour, sans la proximité du quotidien, impossible de ressentir la complicité qui les unissait, ni empathie pour eux. Ce qui est embêtant pour un récit censé toucher la sphère émotionnelle. L’ensemble m’a donc paru extrêmement froid, alors qu’il aurait pu, qu’il aurait dû être autrement poignant. Pour moi, cette retenue contemplative a quelque chose de morne et d'inexpressif, de presque anesthésiant.

    J’ai donc vécu bizarrement mon expérience de lecture, qui ne m’a pas laissé indifférent, mais pas du tout bouleversé comme d’autres albums ont pu le faire.

    C’est un livre original que je suis quand même content d’avoir dans ma collection, mais pas le chef d’œuvre annoncé.

    Yovo Le 25/01/2020 à 15:41:03

    Il y a quelque chose de merveilleux dans « Aldobrando ». Dans tous les sens du terme.

    Luigi Critone et Gipi ont façonné un conte médiéval à la portée universelle, mêlant avec brio action, émotion et réflexion. Le scenario est très simple mais il possède l’essentiel : l’inspiration ! L’histoire, en plus d’être cohérente et fluide, est rendue crédible grâce, justement, à cette simplicité. Cette fable, Gipi n’a eu nul besoin de rebondissements alambiqués pour m’y faire croire.

    Aldobrando est une épopée à la fois douce et puissante, immersive par le soin apporté aux détails, aux atmosphères et surtout aux personnages, tous géniaux, comme sortis d’un tableau de Botticelli, Bruegel ou de Vinci, avec cette petite touche de caricature qui les rend si attachants. On est très loin du Moyen-Âge misérabiliste et bourrin que l’on nous sert d’habitude. La violence, et il y en a, reste le plus souvent hors champ. Je crois que les auteurs étaient plus en quête de ce merveilleux que j’évoquais. Ils ont privilégié les valeurs, le rêve, l’honneur, la geste. Et visuellement, c’est purement extraordinaire !

    Mais cet album m’a enchanté aussi parce qu’il fait appel à l’intelligence du lecteur, à sa sensibilité et à sa capacité d’émerveillement. En ce sens, Aldobrando est un chef d’œuvre.

    Yovo Le 24/01/2020 à 17:26:23
    Shi (Zidrou/Homs) - Tome 4 - Victoria

    José Homs, au summum de son talent, aura rendu une copie quasi parfaite sur chacun des 4 tomes de SHI, avec une remarquable constance dans le dessin.
    La voix off de Kita, qui fait le lien d’album en album aura assuré, elle, la cohésion totale d’un scenario déjà palpitant et foisonnant.

    Comme le montre la couverture, splendide, la dimension fantastique est à l’œuvre dans ce tome 4. Suggérée par petites touches jusqu’à maintenant, elle s’exprime enfin pleinement. Mais presque trop, diront certains...

    Sans rien spoiler, la fin me laisse aussi un léger regret. Si elle amorce bien la suite à venir, elle clôture trop brusquement ce 1er cycle. Cela m’a donné l’impression qu’il manquait au moins une planche de conclusion, dans laquelle Zidrou aurait pu proposer un retour au présent, par exemple, pour boucler l’arc contemporain amorcé dans les tomes 1 et 2.

    Au final, un dernier tome tout aussi splendide que les autres mais qui, au regard de l’ensemble du cycle, ne répond pas à toutes les questions. Pas grave, la suite n’en sera que meilleure !

    Yovo Le 19/01/2020 à 19:47:42
    Moby Dick (Chabouté) - Tome 2 - Livre second

    Chabouté est un artiste du clair-obscur et cette 2ème partie de Moby Dick en est une belle démonstration. Les ambiances de nuits d’orage, de cales éclairées aux lampes-tempêtes ou de lueur de forge sont saisissantes. Elles font écho à la folie du capitaine Achab, enragé, possédé par sa traque du cachalot blanc, qui rapproche à chaque page le "Pequod" et son équipage d’une fin tragique. Ce rythme funeste étant créé par les courts chapitres qui conservent et présentent l’essentiel du récit originel.

    Mais l’ensemble manque sans doute de force à cause des personnages trop passifs et trop mornes, qui semblent être spectateurs de leur propre aventure. Cette réserve mise à part, cela reste une solide adaptation et une prouesse graphique.

    Yovo Le 19/01/2020 à 19:47:02
    Moby Dick (Chabouté) - Tome 1 - Livre premier

    Belle adaptation d’Herman Melville, fidèle et parfaitement respectueuse, dans l’esprit comme dans les mots.

    Ayant lu le roman à l’adolescence, j’en avais gardé un souvenir vibrant que Chabouté a su raviver par un travail graphique admirable. On y retrouve la rudesse, l’exaltation et la folie qui caractérise « Moby Dick ».
    Le noir et blanc très contrasté convient idéalement aux multiples vues du Pequod, le navire du capitaine Achab, sur lequel se déroule le récit. Coque, voiles, cordages, chaloupes… Chaque élément, précis et détaillé, est sublimé par l’intensité des aplats noirs.

    Achab lui-même est la grande réussite de l’album : yeux névrotiques, visage élimé, balafré, fermé par un rictus glaçant. Il est le charisme et l’effroi personnifiés.

    Après – et c’est une constante, hélas, chez Chabouté – les autres personnages n’ont la plupart du temps, qu’une sempiternelle expression de tristesse. Du coup, l’ensemble est un peu morose et manque de dynamisme et de profondeur. Forcément, ça limite aussi l’immersion dans l’histoire et l’empathie que l’on pourrait avoir pour eux. A la longue, même si on peut le voir comme une signature de l’artiste, je trouve ça lassant.

    Yovo Le 16/01/2020 à 21:53:40

    Avant l’achat, je m’attendais à un livre épicurien, hédoniste, louant l’amitié et la convivialité comme la couverture a l’air de le suggérer… Mais non.

    En fait, il ne s’agit que du portrait d’un restaurateur de la Loire, vu par les 8 auteurs aux crayons. Le bonhomme parait sympathique et sa carte excellente mais je ne vois pas l’intérêt d’un tel album. Quel en est le but à part lui faire une énorme pub ? A ce compte-là, chaque petit chef, chaque gargote étoilée pourrait aussi avoir sa BD !

    Au demeurant, c’est bien que Delcourt prenne des risques avec ce genre de publication, je ne dis pas le contraire, mais y a-t-il vraiment un public ..? Moi en tout cas, je ne suis pas client. Les auteurs eux-mêmes semblent un peu engoncés par l’exercice et n’ont pas grand-chose à dire. Il n’y a guère que Tanquerelle et Jourdy qui s’en sortent bien. Les autres n’ont que peu d’inspiration, et je les comprends. Ils ont sans doute mieux à faire que de s’investir dans des ouvrages promotionnels à la gloire d’untel, à grands renforts de dithyrambe et de superlatifs laudateurs.

    Ce n’est pas totalement inintéressant d’ailleurs (ne serait-ce que pour les chouettes recettes proposées), mais c’est juste qu’en tant que lecteur, j’aurais aimé qu’il y ait plus de truculence, de poésie, d’anecdotes, de sens, tout simplement ! Et moins de flagornerie à l’endroit d'un cuisinier qui bénéficie déjà, on ne sait comment, des honneurs d’une BD. J’ai du mal à adhérer à ça. Dans le même style, « Les ignorants » avait su trouver un bien meilleur équilibre.
    En un mot, c'est raté.

    Yovo Le 16/01/2020 à 11:11:54

    Je me suis offert « Les vermeilles » avec plaisir mais à ma grande surprise, je n’ai pas accroché.

    Pourtant je raffole habituellement du travail très créatif de Camille Jourdy. Hélas, je n’ai pas du tout retrouvé l’impertinence, la malice ou la finesse qui faisaient le sel de "Rosalie Blum" et de "Juliette". Évidemment, le registre n’est pas le même puisqu’il s’agit d’un album jeunesse, mais n’empêche, j’ai trouvé ça moyen.

    Je résume : une fillette découvre un monde enchanté lors d’une escapade en forêt et va vivre une aventure rocambolesque avec des compagnons pour le moins bizarres…
    Du déjà-vu 100 fois, quoi. A chaque page, les références sautent aux yeux ; des meilleures (Miyazaki et Lewis Caroll) aux pires (SamSam et Mon petit poney..!!). A tel point qu’on se demande si l’autrice a réellement créé quelque chose ou si elle a juste compilé l’innombrable littérature sur le même sujet.

    Donc, soit je n’ai rien compris (c’est une option !), soit cet album n’a pas grand sens. Il a des qualités bien sûr, c’est frais, c’est tendre, c’est amusant, c’est coloré. D’accord mais à quoi bon ? J’ai eu l’impression que C. Jourdy, en roue libre totale, a improvisé au fur et à mesure son histoire, façon "Lapinot et les carottes de Patagonie"… Ça manque de construction, c’est extrêmement enfantin, assez peu fluide et parfois peu lisible. Gagné par l’ennui dès le milieu de l’album (150 pages !!), je pensais au moins que la chute serait émouvante, philosophique ou burlesque, mais même pas.

    J’ai beaucoup de respect pour Camille Jourdy mais franchement, là, je n’ai pas saisi l’intelligence du propos et je ne comprends absolument pas l’engouement des critiques. Étant passé à côté, c’est malheureusement une déception pour moi.

    Cela dit je vous encourage quand-même à le lire pour vous faire votre avis.

    Yovo Le 15/01/2020 à 11:52:44

    Très sympa cet album, bucolique, poétique. Ça détend en douceur, c’est tendre, ça fait du bien. Catherine Meurisse cultive la nostalgie avec fraîcheur… En plus, on apprend plein de choses et la couverture est superbe, ce qui ne gâche rien.
    A lire et à relire à volonté.

    Yovo Le 14/01/2020 à 18:07:37
    Aâma - Tome 4 - Tu seras merveilleuse, ma fille

    Quel auteur ce Peeters !
    Par contre, si je considère Aâma comme un chef d’œuvre, il faut quand même savoir que ce n’est pas du tout de la SF meanstream ! On est plutôt dans une vision cérébrale, onirique et très personnelle du space-opéra, comme « Solaris » ou « 2001.. » l’étaient à l’époque pour le cinéma. Un lecteur cartésien pourrait donc prendre ce 4ème et dernier tome comme un trip halluciné, cafouilleux et mystique… Pour moi, c’est un final en apothéose qui m’a poussé au bord du vertige, m’a questionné longtemps après la lecture et qui a même réussi à m’émouvoir, notamment par sa dimension humaniste, aussi touchante que désespérée.

    C’est audacieux, intelligent et superbe à la fois. J’en suis à ma 3ème lecture et je trouve ça de mieux en mieux. Culte !

    Yovo Le 14/01/2020 à 18:07:16
    Aâma - Tome 3 - Le désert des miroirs

    Avec « Le désert des miroirs », Peeters nous fait pénétrer toujours plus loin dans le mystère Aâma : un organisme artificiel révolutionnaire et incontrôlé, dont l’impact, à portée planétaire, est aussi spectaculaire qu’imprévisible.

    Les personnages comme le lecteur suivent exactement la même voie, éprouvent en même temps la même expérience, la même perplexité. Aucun n’est sûr de ce qu’il vit vraiment…

    Il faut se laisser porter et ne pas forcément chercher de sens concret à chaque case, au risque de s’y buter l’esprit. Au fil des pages, imperceptiblement, les idées se révèleront et prendront leur place en toute logique. Frederik Peeters a soigneusement élaboré un scenario complexe mais très cohérent, même si ses rouages semblent échapper momentanément à la raison. Inclassable et brillant !!

    Yovo Le 14/01/2020 à 18:06:47
    Aâma - Tome 2 - La multitude invisible

    Ce 2ème tome, consacré à l’expédition Woland sur la planète Ona(ji), va vite et part loin. Le rythme soutenu alterne flash-back, action pure et séquences intimistes. Les personnages, rapidement confrontés à une situation de plus en plus anxiogène qu’ils ne peuvent ni comprendre ni maitriser, pressentent l’inévitable faillite de la mission...

    Encore un album incroyable, tant par l’étrangeté sidérante du scénario que par la qualité du dessin et des couleurs. Mais il demande un peu de lâcher-prise. A ce stade, il est probable que certains lecteurs trop rationnels se seront déjà perdus en cours de route…
    Les autres, accrochez-vous, le voyage est loin d’être fini !

    Yovo Le 14/01/2020 à 18:06:21
    Aâma - Tome 1 - L'odeur de la poussière chaude

    En la relisant, je me rends compte que je n’ai jamais publié de commentaires sur « Aâma », une de mes séries préférées.

    Alors juste un avis vite fait : pour moi, c’est LA BD qui fait de Frederik Peeters un maître de la SF contemporaine. Toute la trame du scenario est sous-tendue par des thèmes très forts (transhumanisme, nanotechnologies, marchandisation du corps, exobiologie…), mais il priorise toujours les rapports humains ; l’environnement futuriste ne sert qu’à mettre en relief ce qu’il reste de nous en tant qu’Hommes, avec nos ressentis, nos faiblesses, nos jugements, nos choix. Le récit déplace le curseur sur notre conscience. Ce qui donne des scènes intimistes et introspectives qui sonnent souvent très justes. Le tout dans un background à la fois réaliste et super high-tech, rendu par un dessin précis et charnel. Le robot Churchill, par exemple, avec sa dégaine et son cigare, est inoubliable !

    Formidable 1er tome d’une BD majeure mais complexe, aux multiples ramifications.

    Yovo Le 12/01/2020 à 13:21:05
    Blacksad - Tome 5 - Amarillo

    C’est le seul des cinq que je n’avais encore jamais relu, n’en n'ayant pas gardé un souvenir impérissable…
    Comme à l’accoutumée, Canales plonge son héros (et son lecteur) dans un milieu bien particulier ; ici, le cirque. Mais cette fois-ci la sauce ne prend pas vraiment. L’intrigue est moins crédible, les enjeux sont mineurs et plus flous, le rythme cahote un peu, les personnages sont moins charismatiques…Les premiers signes d’essoufflement, déjà, d’une si fabuleuse série ? Peut-être.
    En revanche la fin, aussi elliptique et mélancolique que d’habitude, est à mon avis très réussie. Reste bien sûr aussi un dessin extraordinaire, qui, s’il n’atteint pas non plus ses sommets passés, demeure un régal pour les yeux ! Guarnido est surdoué.

    Yovo Le 12/01/2020 à 13:20:34
    Blacksad - Tome 4 - L'Enfer, le silence

    Blacksad s’aventure du côté de la Nouvelle-Orléans pour une enquête poisseuse dans le milieu du Jazz et va se retrouver mêlé à un sordide secret ressurgi du passé, au milieu de personnages plus interlopes les uns que les autres…

    Le scenario, sans doute moins exaltant que les précédents, ne hisse pas tout à fait ce 4ème tome à leur niveau, mais le dessin de Guarnido est toujours aussi génial, notamment le personnage de "Little hand", à la caractérisation exceptionnelle.

    Yovo Le 12/01/2020 à 13:20:08
    Blacksad - Tome 3 - Âme Rouge

    Une incursion dans les milieux intellectuels de gauche particulièrement réussie. Canales continue d’autopsier avec acuité les maux de l’Amérique des 50’s. Cette fois-ci, la grande chasse aux sorcières et la psychose de la guerre nucléaire. Un sujet géopolitique traité à hauteur d’homme (de bête devrais-je dire !) avec d’excellents personnages, des rebondissements et une certaine finesse. L’usage de la voix off est très efficace et alimente le récit d’un puissant flux de mélancolie. Encore une fois, le scenario nous épargne un manichéisme facile et questionne les rapports entre idéologie et humanisme.
    Quant au dessin de Guarnido il suffirait, seul, à faire d’ « Âme rouge » un chef d’œuvre.

    Yovo Le 12/01/2020 à 13:19:34
    Blacksad - Tome 2 - Arctic-Nation

    Cette fois-ci, le scenario de Díaz Canales prend d’emblée une autre dimension. En imposant comme décor l’Amérique ségrégationniste et ses acteurs (bourgeoisie suprématiste Blanche d’un côté, gangs Noirs de l’autre), la teneur de cet album est plus sombre, plus amère. Mais aussi beaucoup plus nuancée et complexe qu’au premier abord. Un récit profond, violent, intelligent, et dessiné de main de maître par Guarnido.

    Yovo Le 12/01/2020 à 13:19:07
    Blacksad - Tome 1 - Quelque part entre les ombres

    En relisant Blacksad, j’ai compris pourquoi les personnages des « 5 terres » m’ont paru si moyens. Le trait de Guarnido est tellement riche, varié, expressif, incarné, dynamique que la comparaison est cruelle pour Lereculey, qui pourtant ne démérite pas…

    C’est vrai que le scenario de ce 1er tome est plus que banal, mais il permet surtout de poser l’univers corrompu de la série, qui décline toute la mythologie du polar crapoteux des 50’s. Des tripots enfumés aux persiennes du privé en imper, tout ce qui pourrait paraitre cliché figure au tableau des références. Mais loin des stéréotypes réchauffés, Blacksad s’approprie et réinvente complètement cette ambiance grâce au génie de Guarnido.
    Cette série n’est pas devenue culte pour rien !

    Yovo Le 10/01/2020 à 18:01:15
    Les 5 Terres - Tome 2 - "Quelqu'un de vivant"

    C’est mieux ! Ça monte doucement et ça prend bien. C’est donc de bon augure pour la suite. J’ai même réussi à me faire aux personnages, que je n’aimais pas car ils sont beaucoup trop "animaux" à mon goût et que je les aurais largement préféré un peu plus humain. Passons.

    En tout cas, ce 2ème tome est beaucoup plus politique. Et certains n’aimeront peut-être pas. Pour ma part j’ai apprécié ces complots, ces combines, ces tactiques ces stratagèmes, ces rivalités… j’en passe, car il n’y a que ça en fait. Très peu d’action à se mettre sous la dent, donc, mais pas grave, je trouve tout ça bien vu. Du coup, les protagonistes sont bien plus approfondis et leurs personnalités se dévoilent et se complexifient.
    D’autant que le découpage est toujours très efficace et entretient un rythme haletant. On retrouve aussi avec plaisir Kirill, l’implacable mercenaire qui avait offert la meilleure séquence du 1er tome, même s’il ne fait ici qu’une trop courte apparition.

    Point de vue dessin, c’est très bien. Mention spéciale aux visages, expressifs et personnalisés.

    Alors, alors, pourquoi pas 4 étoiles ?? Parce que je suis tatillon sur la qualité de réalisation et que les petites erreurs de dessin m’agacent au plus haut point, surtout que Lereculey est coutumier du fait (voir mon avis très énervé sur Wollodrïn ;-)

    Quel est le problème ? Et bien p. 4 on compte quatre marches sur l’esplanade, case 1, et il n’y en a plus que trois, case 7. Rebelote p.50 : il y a quatre barreaux à la fenêtre, case 2, et il n’y en a plus que trois, case 4, sur la même fenêtre ! Je chipote mais ça m’énerve !!
    Après, avec un album tous les 4 mois, ce n’est pas bien étonnant… Mais pour moi, une série aussi bonne soit-elle, ne sera jamais un chef d’œuvre si elle comporte ce genre de négligences, surtout celle-ci, qui a clamé haut et fort ses ambitions pharaoniennes…
    Vigilance, messieurs les auteurs ; respectez votre travail, ne le bâclez pas.

    Mais allez, en dehors de ça, continuez sur cette lancée, c’est plutôt bien parti !

    Yovo Le 05/01/2020 à 11:46:49

    Aucun avis sur l’homme bonsaï ?? Pourtant, en adaptant le conte qu’il avait écrit avec F. Roca, Fred Bernard signe un album très réussi sur un petit potier français du 18° s. devenu par le hasard du destin un demi-dieu vénéré en mer de Chine : le puissant Homme-Bonsaï !

    Narré par un vieux capitaine à la table d’une taverne, le récit bénéficie d’un ton léger sans faire l’impasse sur la violence ou la sensualité. Une aventure exotique au souffle épique ébouriffant, pleine de fureur, d’imaginaire et de poésie… si l’on se laisse embarquer.

    Cette BD se lit vite mais laisse des images plein la tête malgré un dessin peu élaboré. Je l’ai lu maintes fois avec le même plaisir ! Recommandable et recommandé !

    Yovo Le 03/01/2020 à 18:01:57
    Hiram Lowatt & Placido - Tome 2 - Les Ogres

    Pour « Les ogres », David B. et Christophe Blain précipitent Hiram et Placido dans un cauchemar terrifiant : prisonniers d’une communauté aux rites horribles et déviants, cernés par une nature hostile et de mystérieux indiens, ils ne pourront trouver refuge que dans leur propre sauvagerie pour survivre.

    Un album à la fois plus rationnel qu’Hop-Frog et beaucoup plus sombre, presque malsain. Mais mis en image par un grand Blain !

    Yovo Le 03/01/2020 à 18:00:27
    Hiram Lowatt & Placido - Tome 1 - La Révolte d'Hop-Frog

    C’est nul mais je crois que n’aime plus Christophe Blain... Je suis en tout cas complètement indifférent à ses derniers albums (Gus m’a profondément ennuyé et je n’ai même pas envie de feuilleter son Blueberry), alors que ses premiers restent pour moi des références inaltérables.

    Et parmi ceux-là, les « Hiram Lowatt et Placido » tiennent une place à part. Ils ont quelque chose d’incomparable dans l’élégance du dessin, qui devient au fil des pages une poésie graphique surréaliste, pleine d’aventure, d’ésotérisme, de violence et d’humanisme.
    J’admire vraiment cette façon d’être juste à côté de la réalité sans la dénaturer. Comme quelqu’un qui marcherait l’air de rien à 1 ou 2 centimètres du sol. Beau et troublant.

    Yovo Le 31/12/2019 à 18:22:33
    Le serpent et la Lance - Tome 1 - Acte 1 - Ombre-montagne

    Difficile de reprocher quoi que ce soit à un tel album. Le travail graphique, scénaristique et documentaire de Hub est titanesque et cela se ressent dans chaque planche. L’univers foisonnant, précis, la multitude de personnages, et le soin apporté aux décors et costumes du monde aztèque happent le lecteur et le plongent dans un vertigineux voyage.

    Cela dit je suis quand même resté un tout petit peu sur ma faim. Comme si ce volumineux 1er tome ne restait qu’une longue introduction malgré ses 177 pages ! Une fois tous les protagonistes et le contexte présentés (à grand renforts de flash-backs), il ne se passe pas grand-chose en fait… Ça manque peut-être un poil de punch, de surprise. Certaines scènes aussi semblent durer sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. Ce n’est pas désagréable en soi mais ça crée un faux-rythme assez particulier. Heureusement le ton, très thriller antique, est suffisamment efficace pour tenir en haleine.
    Au final, l’ensemble de la trilogie devrait être absolument passionnant. !

    Dans tous les cas, l’attente était forcément énorme après Okko et je trouve que Hub s’en sort carrément bien. Il a fait ce qu’il sait faire (personnages forts, background détaillé, références historiques, sens de l'aventure) mais l’avoir délocalisé en Amérique Centrale était la meilleure option. Bravo ! Très impatient de découvrir la suite. La sortie de "Maison-vide", le tome 2, sera forcément un évènement marquant et attendu.

    PS. Certains passages sont très très sombres et nécessitent d'être lus en pleine lumière (oubliez la lampe de chevet !)
    Un défaut qui ne se retrouve pas dans la version N&B, beaucoup plus lumineuse.

    Yovo Le 29/12/2019 à 13:04:10

    Ça claque comme une balle de Winchester dans un canyon…
    Et quelle générosité dans le dessin ! Par un effet de contraste hallucinant, le trait parfait de Gastine contribue à accentuer plus encore l’aridité stupéfiante du scénario.
    Tant mieux, un western n’est jamais aussi bon que quand il est âpre et sauvage.

    Je suis vraiment heureux de l’avoir en version grand format.
    Une suite, par pitié !

    Yovo Le 28/12/2019 à 18:35:01

    J’adore les gros one-shot de SF très typés comme l’étaient "Shangri-La", "Negalyod" ou le fascinant "Dans un rayon de soleil". Je me suis donc régalé tout au long des 212 planches de "Soon". D’abord en découvrant le trait de Benjamin Adam que je ne connaissais pas, puis en savourant le scenario très abouti de Thomas Cadène, construit en deux parties parallèles. L’une au présent (en l'an 2151), l’autre en flash-back, avec des planches sur fond noir. Ces parties noires et vertes détaillent de façon didactique l’histoire de l’humanité et de la conquête spatiale. Mais elles sont parfois longues et trop copieuses à ingurgiter à cause d’un découpage peu adapté. Il s’en dégage un manque de fluidité qui est pour moi le seul défaut notable de l’album.

    Le pitch est rapide : une femme, commandant de bord d’une mission spatiale, a choisi de quitter définitivement la Terre en y abandonnant son fils unique âgé d’une vingtaine d’année... Cette histoire plutôt banale en apparence est traitée avec une grande intelligence et une justesse peu commune. Les auteurs ne s’intéressent qu’aux évènements qui précèdent la mission, aux enjeux et aux fractures qu’elle provoque sur les individus, comme à l’échelle de la société entière. Les personnages, tiraillés entre engagements, sacrifices, égoïsme, renoncements et non-dits, sont poignants. C’est parfaitement écrit et parfaitement servi par le dessin, faussement simple et vraiment efficace. Le character design, notamment, est d’une force incroyable. En quelques traits, les différents protagonistes prennent vie, émeuvent et suscitent de l’empathie, preuve du grand talent de B. Adam. Je reconnais qu’il m’a fallu quelques pages pour bien rentrer dedans, mais visuellement, l’ensemble est tout de même impressionnant.

    Rien à voir donc avec "Alt life", le précédent opus de Cadène, beaucoup plus léger. Ici, il est toujours question de prospective, mais elle s’attache à être la plus cohérente et détaillée possible, faisant ainsi écho aux thèses collapsologiques d’actualité en ce moment.

    En conclusion, "Soon" est une BD magnifique et passionnante mais très exigeante. Elle réclame du temps et beaucoup d’attention. Je ne la conseillerais donc pas à tout le monde ; mais si vous pensez être un lecteur assez pointu, alors aucune hésitation, c’est une grande œuvre qui captive et pose d’excellentes questions. 4,5/5

    Yovo Le 22/12/2019 à 22:15:57
    Conquêtes - Tome 4 - Uranie

    [** ATTENTION SPOILERS **]

    Alors… pour rebondir sur les avis précédents, oui, c’est incontestablement le moins bon des quatre tomes parus. Et oui, il est d’une grossièreté insupportable…Mais je pense qu’il s’en est fallu de peu pour que ce soit le meilleur ! Car sur le papier, le scenario est franchement alléchant. L’idée d’arriver sur une planète inconnue et d’y combattre une Intelligence Artificielle insaisissable et destructrice, seule survivante d’une civilisation alien est quand même excellente ! Ça aurait pu être vraiment cool… Mais non.

    La mise en œuvre de ce scenario est bien trop médiocre ; la voix off est archi envahissante et parfaitement inutile, surtout au présent (elle décrit ce qui en train de se passer, ça n’a aucun sens !) et elle est d’une vulgarité pitoyable ; à moins que l’auteur ait voulu, par ce biais, montrer que les femmes peuvent être aussi débiles que les mecs bas du front qui accompagne cette héroïne ultra beauf…

    Après, la crédibilité ne semble pas avoir été la préoccupation de JL Istin : une adolescente qui pirate des plans ultra secrets de l’armée, ah bon ? Puis qu’on voit concevoir, seule, un androïde dans son immense labo sophistiqué alors qu’elle est décrite comme orpheline et sans argent ?? Puis, sur la planète Uranie, elle localise et remplace en quelques minutes (et en pleine action !!) le système entier d’un robot alien de technologie inconnue par sa propre IA, conçue sur Terre donc, et ô miracle, c’est compatible !! Ça tombe bien, non ?? Enfin, l’antre de l’ennemi est protégé par un puissant champ de force, mais pas grave, elle passe tranquillement à travers avec son robot… Bah oui, tant qu’à faire ! Bref, à ce niveau ce n’est plus un scenario mais une vaste plaisanterie… Désolé M. Istin mais je le dis comme je le pense.

    Cela dit, comme pour lire ce genre d’albums je laisse mon cerveau en veille, j’ai pu aller au bout sans trop forcer et même me régaler de certaines cases superbes.

    Et je reste malgré tout tolérant vis-à-vis de cette série qui m’est sympathique, car je savais pertinemment à quoi m’attendre en la commençant. Dans l’ensemble on a de la SF de base, qui offre le minimum d’immersion pour permettre une évasion rapide et efficace.

    Yovo Le 15/12/2019 à 11:33:10
    Jeanne Picquigny (Une aventure de) - Tome 3 - La patience du tigre

    J’ai mis 4 jours pour relire bien tranquillement les 500 pages de « La patience du tigre ».

    J’adore les aventures de Jeanne Picquigny, héroïne raffinée, narquoise et féministe, mais il faut savoir prendre son temps pour les savourer. On perd parfois le fil, on s’égare un peu... On peut éventuellement sauter quelques pages d’ailleurs, puisqu’on y erre dans un état second en voyageant entre exotisme, danger et sensualité torride ; on se laisse envoûter sans être sûr de ce que l’on voit vraiment. Exactement le sentiment que j’ai pu ressentir moi-même en voyageant dans des coins perdus du monde…

    Le scenario est fantasque, romanesque et passionnant : 1924. Jeanne, Eugène et Victoire partent aux Indes à la recherche d’un trésor, dévoilé par des indices renfermés dans un meuble italien du XVème siècle… Ils y retrouveront Pamela Baladine Riverside, guide-aventurière troublante et redoutable, au savoir encyclopédique.

    Érudit, truffé de références littéraires, le récit fourmille d’anecdotes, d’histoire, de géographie, de sciences, de mysticisme… En un mot, il est très cortomaltesien. Ça rappelle aussi « Île Bourbon 1730 » d’Apollo et Trondheim, notamment pour l’aspect crayonné et le style graphique chargé, au noir et blanc presque brouillon mais très expressif..

    Fred Bernard, en auteur complet et cultivé, sait partager son goût pour l’aventure et les civilisations sans être intellectuel. Pour peu qu’on soit curieux, « La patience du tigre » est très accessible. Ça reste un peu ardu à lire, c’est sûr, mais c’est génial. Dépaysement garanti ! Et bravo à l’auteur pour ce travail colossal ! Un must de la collection « écritures ».

    Yovo Le 08/12/2019 à 22:13:33

    Une "feel good story" tendre et déjantée, magnifiquement illustrée par un Panaccione inspiré. Le scenario de Lupano, bien que muet, sait parler joliment d’amour et dénoncer au passage la bêtise humaine avec une drôlerie féroce.
    Une BD touchante et poétique, qui laisse au cœur comme un brin de mélancolie.

    Yovo Le 05/12/2019 à 22:56:07
    Marshal Bass - Tome 5 - L'ange de Lombard street

    Voici une série qui trace discrètement sa route, sans têtes d’affiche ni promo, hissant son niveau à chaque parution. Si elle continue ainsi, elle pourrait rejoindre aux sommets les grandes références du genre, grâce à ses qualités remarquables.

    Marshal Bass, c’est d’abord un dessin bien particulier : très encré, épais, aux couleurs affirmées. J’avoue avoir eu beaucoup de mal au début mais j’ai rapidement été conquis. Cela crée un univers original, cohérent, addictif et immédiatement identifiable.

    Marshal Bass c’est ensuite un ton. Sombre, désenchanté, ironique, amoral et violent, mais sans démonstration excessive ni complaisance. Juste la brutalité de l’ouest dans sa plus simple expression.

    Marshal Bass c’est enfin et surtout un héros. River Bass est un personnage atypique, physiquement et moralement : il est le 1er et le seul marshal Noir. Ce n'est ni un costaud, ni un as de la gâchette. Portant les cheveux longs, assez patibulaire, taiseux, il s’en prend constamment plein la gueule. Mais même au cœur des pires guet-apens, il s’en sort toujours grâce à sa redoutable intelligence, à un peu de chance, et à un instinct de survie qui s’accommode des plus viles bassesses. Un personnage hanté par la mort et la solitude, effrayant, tragique et magnifique, gagnant en épaisseur au fil des 5 tomes.

    Une série qui prend des risques, graphiques et scénaristiques. Et ça paye. Bravo !

    Yovo Le 02/12/2019 à 20:09:22

    Mon avis est basé sur l’édition noir & blanc, une version splendide que je recommande. Elle permet de mieux apprécier encore le dessin de Christian Rossi qui atteint la perfection sur certaines planches. Nuits boueuses, snipers planqués dans les ruines, bois brumeux… les ambiances de la 1ère guerre mondiale reprennent les codes du western et sont magistralement rendues. Les 7 pages de prologue sont un chef d’œuvre !

    Le scenario de Cédric Apikian est parfaitement maitrisé lui aussi, riche d’action, de tension et d’affrontement psychologique. Il monte en puissance au fil des pages jusqu’au dénouement, intense et fascinant. On peut toutefois reprocher à la narration d’être parfois dense et de manquer de fluidité. Certes, mais l’album reste d’une qualité exceptionnelle. A classer dans les meilleurs de 2019. A lire absolument !!

    Yovo Le 29/11/2019 à 22:16:01
    U.C.C. Dolores - Tome 2 - Les Orphelins de Fort Messaoud

    Un 2ème album meilleur que le premier. L’alternance entre des scènes d’actions et d'autres plus intimistes crée un rythme qui tient en haleine.
    En revanche, le scenario est toujours aussi anémique. J’ai du mal à croire que le 1er cycle se terminera déjà avec le prochain opus vu l’inconsistance de l’histoire pour l’instant, qui s’adresse plus à des ados immatures qu’à des adultes. Cela dit on sent bien que les auteurs se font plaisir et ce plaisir est communicatif, c’est déjà pas mal ! Du coup, leur UCC Dolores se lit comme une sympathique friandise.

    Yovo Le 25/11/2019 à 22:18:20
    Chroniques Outremers - Tome 3 - Métisse

    Pour peu qu’on soit sensible au style de Bruno Le Floc’h, avec ses larges aplats de couleurs, "Chroniques outremers" est une aventure maritime envoutée à l’esthétique éblouissante. Le rythme, à la lenteur savamment dosée, est totalement raccord avec le vieux rafiot qui sert de décor.

    Alors que la 1ère guerre mondiale fait rage, le petit cargo, parti de Méditerranée avec une cargaison de fusils volés, brave l’Atlantique et gagne la jungle mexicaine pour une livraison à haut risque aux révolutionnaires. La tension monte graduellement, et le capitaine Liro Tana – personnage au charisme exceptionnel – devra faire montre d'une sagacité et d’un sang-froid à toute épreuve pour s’en sortir.

    L’atmosphère, où plane l’ombre écrasante d’Hugo Pratt, est aussi exotique que vénéneuse. Un triptyque somptueux, injustement méconnu, que je ne cesse de relire avec un plaisir intact.

    Yovo Le 24/11/2019 à 19:45:32

    Dans sa postface, Jim écrit qu’il a d’abord pensé "L’invitation" comme une pièce de théâtre. Et, en effet, la structure du récit est divisée en 6 actes ayant chacun un décor unique. S’ajoutent à cela des dialogues abondants et écrits de façon à tisser des interactions fortes entre les personnages. Si on accepte ce côté bavard et presque scénographique, on se régalera des joutes verbales entre les 2 potes : Léo, le flamboyant ironique et suffisant, sûr de son charisme et Raphaël, le faux cool, suiveur et complexé, complétement pathétique mais tellement humain. Les questions soulevées par ces deux-là imprègnent, remuent et obligent à s’interroger sur la notion d’amitié.

    Côté dessin, c’est correct et adapté au style mais c’est vraiment le scenario de Jim qui élève l’ensemble avec cette capacité rare à se projeter dedans. En lisant "L’invitation" vous vous demanderez forcément si vous n’auriez pas été tenté un jour de réveiller vos potes à 3h du mat pour boire du champagne en rase campagne… C’est très bien vu !