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Les avis de - Yovo

Visualiser les 413 avis postés dans la bedetheque
    Yovo Le 20/07/2021 à 19:47:55

    "Fausses pistes" au pluriel.
    Un titre qui révèle la trame du scénario. En effet, Duhamel explore savamment plusieurs "pistes", de la chronique sociale au western historique en passant par le burlesque ou l'action. Mais il n'en suit qu'une jusqu'au bout : la plus intimiste. Celle qui nous plonge dans la psychologie de son personnage, un loser magnifique qui accomplira malgré lui son destin. Et il fallait bien cette narration multidirectionnelle pour qu'il y parvienne.

    Au final ce jeu de (fausses) pistes prend la forme d'un conte contemporain qui s'attache plus au sens des situations qu'à leur crédibilité. Cela permet à l'auteur de prendre des distances vis à vis de la réalité pour poser d'excellentes questions et rendre son récit passionnant. Car chaque scène, même improbable, est porteuse d'un message. En partageant ainsi sa réflexion, il fait appel à l'intelligence du lecteur pour transformer une histoire toute simple en une quête initiatique véritablement touchante.

    Acheté sur un coup de tête, j'ai pris un grand plaisir à lire cet album bien abouti et surprenant.

    Yovo Le 15/07/2021 à 18:57:26
    Le réseau Bombyce - Tome 1 - Papillons de nuit

    Habituellement je préfère commenter des albums récents mais une relecture du "Réseau bombyce" m'incite à poster un avis. Tout simplement parce que cette qualité de scénario se trouve de moins en moins à l'heure actuelle.

    Rien d'extraordinaire non plus mais juste une très bonne histoire, solide et bien bâtie : des héros charismatiques et vulnérables avec de vrais personnalités ; un univers soigné ; une intrigue élaborée, cohérente et fluide où toutes les scènes sont justifiées et habilement interconnectées ; un ton sombre et poignant ; un rythme soutenu... Bref, un travail impeccable.
    Alors on aime ou on n'aime pas mais c'est un vrai bon scénar comme on en fait peu aujourd'hui. Bravo monsieur Corbeyran !

    Comme le dessin de Cécil a aussi un caractère affirmé qui crée une superbe ambiance steampunk crédible et sans esbroufe, cela en fait une BD à part qui vieillit en se bonifiant et que je suis fort heureux d'avoir dans ma bibliothèque.

    A lire obligatoirement, bien entendu.

    Yovo Le 05/07/2021 à 22:36:43
    Green Class - Tome 3 - Chaos rampant

    Ce n'est pas si fréquent qu'un scénariste prenne de tels risques en faisant bifurquer ainsi le cours de son histoire. Ce qui commençait au tome 1 comme un survival classique se transforme avec "Chaos rampant" en saga ésotérique à la Lovecraft ! C'est plutôt bien goupillé d'ailleurs, malgré la densité du contenu qui m'a demandé de m'y reprendre à deux fois pour commencer à comprendre...

    On peut ne pas accrocher, c'est certain. Mais être étonné à ce point en lisant une série est une qualité que j'apprécie. Du coup, même si tout ça est tiré par les cheveux, avouons-le, je suis curieux de savoir où cela mènera. D'autant que le dessin n'est pas désagréable et colle parfaitement à l'histoire.

    Ca part loin, c'est déroutant, mais dans son genre c'est assez réussi.

    Yovo Le 03/07/2021 à 12:51:39
    Les 5 Terres - Tome 6 - "Pas la force"

    Un 1er cycle prenant et réussi. Il jette les bases d'une aventure au long cours qui pourrait être passionnante si la suite se maintient et s'étoffe.

    Je pourrais éventuellement lui reprocher son rythme ralenti par l'abondance des dialogues, l'influence marquée de Game of Thrones ou encore trop de personnages secondaires sur certaines séquences. D'ailleurs je note que l'ajout de la galerie de portraits dans ce 6ème tome apporte enfin la clarté indispensable pour suivre l'intrigue.

    Mais foin d'esprit chagrin… "Les 5 Terres" est une série sacrément solide qui parvient à se démarquer dans un genre déjà pourtant surexploité.

    J'en serai donc pour les 24 tomes à venir !

    Yovo Le 01/07/2021 à 23:05:53
    Valhalla hotel - Tome 2 - Eat the gun

    Cette série, étrange et décalée, est une vraie curiosité !
    C'est du grand n'importe quoi, mais c'est rythmé, assez jubilatoire et très bien dessiné. Je ne la trouve pas aussi géniale que d'autres lecteurs mais elle gagne à être connue. A lire.

    Yovo Le 01/07/2021 à 10:47:48
    Mauvaise réputation - Tome 1 - La véritable histoire d'Emmett Dalton

    Il y a une classe intense dans cet album qui privilégie clairement l'esthétique à l'action.

    Il y aurait beaucoup à dire sur l'impressionnante partie graphique. A commencer par la superbe couverture qui en dit long sur la faculté d'Emmanuel Bazin à maitriser les vides et la lumière.
    Les personnages paraissent souvent cernés de solitude et de silence, au cœur d'espaces trop vastes pour eux.
    Les décors sont magnifiques, à la fois vaporeux et précis, parfois rehaussés de reflets ou de contrejours ; quelque part entre Edward Hopper et Voutch.
    Le découpage est classique mais efficace et la palette de bleus et de verts mélancoliques confère à chaque planche une élégance sobre et distinguée. Un travail vraiment splendide.

    Cette prédominance de l'image est favorisée par un rythme lent et des dialogues assez brefs. La narration, d'ailleurs, aurait pu gagner à être plus linéaire. Je m'y suis perdu de temps en temps, ne sachant plus trop qui est qui, avec cette impression de n'avoir que quelques pièces disparates d'un puzzle. A ce niveau là, j'espère un peu plus de clarté au prochain tome. Mais finalement ça ne m'a pas semblé non plus si important que ça dans cette ambiance planante.

    Bref, bien plus qu'une biographie terre à terre, "Mauvaise réputation" est un western contemplatif qui ne fait pas dans le bourre-pif. Cela donne à la mythologie Dalton une autre dimension, plus réaliste et teintée d'une poésie sombre, comme le film "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" l'avait fait pour une autre figure culte de l'imaginaire collectif. Et ça fait du bien !

    Yovo Le 29/06/2021 à 20:20:37
    Gung Ho - Tome 5 - Mort blanche

    Ma lecture de ce dernier tome se résume un peu à "tout ça pour ça".

    Autant le précédent m'avait emballé par son rythme, sa dramaturgie et ses rebondissements, autant là, aucune prise de risque, pas de sursaut ni grosse surprise pour ma part. L'histoire se boucle d'une manière très banale.

    Le principal atout de la série était son graphisme 100% numérique, époustouflant, avec ses effets de lumière et de relief très cinématographiques.

    Cette technique était novatrice et attrayante en 2013 mais elle a beaucoup perdu de sa force en 8 ans, de nombreux auteurs ayant proposé depuis des albums du même acabit. C'est aujourd'hui habituel. Du coup, il n'en reste pas grand chose, à part une vision typiquement adolescente (jusqu'à la caricature !) de l'apocalypse. C'est un peu régressif, ça rappelle les films de Spielberg des années 80.

    Dans l'ensemble la série reste donc cool et très sympa à lire, mais rien à voir avec le blockbuster révolutionnaire que l'éditeur avait voulu nous (sur)vendre à l'époque. .. Mais ça a marché ! A tel point que la fin, ouverte, pourrait bien donner une suite...

    Yovo Le 22/06/2021 à 22:29:54

    Je ne connaissais pas Aimée De Jongh, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle est talentueuse !

    En s'emparant d'un authentique phénomène climatique (des tempêtes de sable) ayant marqué l'histoire par ses répercussions humaines et sociales, elle en impose avec son dessin clair et lisible, dont quelques traits suffisent pour rendre les visages expressifs et touchants.

    Les paysages et décors, très réalistes, bénéficient d'une atmosphère saisissante où l'on ressent la densité des nappes de poussière diffracter la lumière du Dust Bowl, cette région de Etats-Unis dévastée par une sécheresse cataclysmique au cours des années 30. Je me suis longuement absorbé dans les pleines pages à la beauté hypnotisante, impressionnantes d'un point de vue technique.

    Côté scenario, j'ai trouvé que l'intention de l'autrice se révèle assez vite, son jeune héros ne pouvant que se révolter au contact d'une si dure réalité. Mais l'aspect légèrement naïf du récit est gommé par une sincérité poignante qui parvient immanquablement à faire naitre l'émotion.

    Une BD superbe, doublé d'un beau travail d'édition, qui apporte un éclairage passionnant sur des faits peu connus chez nous. Bravo ! A lire absolument.

    Yovo Le 20/06/2021 à 19:17:57

    Grand admirateur de Charles Baudelaire, je ne pouvais qu'acheter ce titre. Un bel album qui permet de revoir une grande figure du passé à travers un prisme féminin, voire féministe. Celui de Jeanne Duval, la maitresse métisse du poète, que tous ont voulu effacer.

    Le récit s'aventure bien au delà de la sphère littéraire et s'enrichit d'une dimension politique bien documentée qui recontextualise les protagonistes dans leur époque. C'est un excellent travail de scénario.
    La trame suit une voie chronologique claire et fluide en utilisant une longue lettre que Jeanne adresse à la mère de Charles. Elle y détaille la puissance de la relation qu'elle vivait avec son génie de fils. La vieille dame, bourgeoise et acariâtre, étant évidemment peu encline à reconnaitre cette "vénus noire" comme la muse et l'inspiratrice qu'elle fut pourtant.

    L'équilibre entre chronique social, biographie et romantisme, associé à la beauté ténébreuse des décors rend ainsi la lecture très agréable.

    Par contre un détail m'a tout de même chiffonné côté dessin :
    je n'ai pas reconnu Baudelaire dans le personnage au visage maigre, yeux écartés, cheveux frisés et nez bosselé, plein de la fougue d'un dandy insouciant qu'Yslaire a choisi de dépeindre. Il ne ressemble pas du tout aux quelques portraits connus de lui. Personnellement, je m'étais toujours imaginé un homme peu vigoureux, peu loquace, mélancolique et souffreteux... J'ai donc eu beaucoup de mal à me figurer qu'il s'agissait bien de Baudelaire au fil de ma lecture. Mais bon, comme je disais c'est un détail.

    Yovo Le 16/06/2021 à 22:27:41
    Le convoyeur - Tome 2 - La cité des mille flèches

    Pour une fois, je poste un avis très personnel n'ayant aucune valeur de critique.

    En effet, je ne nie pas que cette série soit de bonne facture mais elle me laisse largement mitigé.

    Si le dessin de Dimitri Armand reste excellent, voie exceptionnel, je n'adhère définitivement pas au scenario. L'univers est certes intéressant (un genre de post-apo médiéval) mais trop perché pour moi. Même en lâchant prise, rien ne m'y fait croire un seul instant. Et ce depuis la 1ère page du 1er tome.

    Cette "cité des mille flèches" n'arrange rien, la sauce ne prend toujours pas.

    Dommage, j'aurais vraiment aimer adorer cette série qui avait tout pour me plaire. C'est hélas loin d'être le cas. Car en plus de l'aspect comics qui m'horripile, avec ces super-mutants un peu ringards, c'est le "convoyeur" même qui ne me convainc pas du tout. Impossible pour moi de m'attacher à un personnage aussi bourrin, antipathique et "bizarre" !

    A tel point qu'à la fin de ce 2ème tome je n'ai aucune curiosité pour la suite. Je l'achèterai quand même avec l'espoir d'être agréablement surpris mais j'avoue ne plus y croire.

    Yovo Le 24/05/2021 à 22:52:19
    Urban - Tome 5 - Schizo robot

    Il n’aurait pas fallu qu’une conclusion aussi longtemps attendue déçoive ! Heureusement, ce 5ème et dernier tome est aussi beau que prenant. Je note l'album à l’aune de la série entière qui mérite ses cinq étoiles. Série qui semble d’ailleurs avoir été bien peu promue et défendue par Futuropolis... C’est étonnant, désolant même, vu la qualité générale de la réalisation : dessin et scenario parfaitement en phase captivent à chaque page.

    Mi science-fiction, mi anticipation, l’univers profondément ténébreux développé par "Urban" est particulièrement maitrisé et abouti, même s’il peut rappeler certaines productions d’un genre proche. Et si cet ultime opus ne répond pas précisément à toutes les questions, il boucle de façon fluide et cohérente une série foisonnante, spectaculaire, inventive, intelligente, glaçante. En un mot, incontournable.

    A découvrir absolument pour ceux qui seraient passés à côté.

    Yovo Le 24/05/2021 à 22:48:47

    Frantz Duchazeau est un auteur émérite et son « Peintre hors la loi », à l’image de sa couverture, est superbement illustré.

    En revanche, son récit est âpre, sec et sans concession. Au regard de la pagination généreuse, je m’attendais à plus de développements dans le scenario et à davantage de finesse, voire de psychologie dans le portrait qu’il brosse du peintre Lazare Bruandet. Même si quelques éléments traumatisants de son passé sont évoqués, il est surtout dépeint comme un homme peu attachant dont on ne retient que le caractère farouche et ombrageux. Rien ou presque sur sa peinture elle-même, le feu créatif qui l’anime et le dévore, son parcours révolutionnaire ou la place du contexte artistique dans cette époque violemment troublée. C’est un choix tout à fait respectable mais qui m’a laissé un léger goût d’inachevé, malgré la grande beauté de l’ensemble.

    Yovo Le 27/04/2021 à 22:30:51
    Les contes de la Pieuvre - Tome 3 - Célestin et le cœur de Vendrezanne

    « Les contes de la Pieuvre » sont indescriptibles. Dans le sens où leur contenu, leur concept, leur réalisation dépassent totalement mes capacités de description. Et c’est évidemment un compliment.

    Je me demande encore comment Gess a pu créer à lui seul un univers aussi cohérent, complexe et singulier. Je trouve ça fabuleux, tant en termes de graphisme que de scenario. Et le superbe travail d’édition de Delcourt parachève l’ensemble.

    Ce 3° tome, qui comme les précédents allie magistralement fantastique, Belle Époque, mafia et pouvoirs surnaturels, est en plus profondément humaniste. Car comme son titre l’indique, il est question de cœur dans cet album. Mais, si celui de Vendrezanne est un spectre horrifique et meurtrier, l’auteur n’oublie pas tous ceux des pauvres hères miséreux qui hantent ses pages et les bas-fonds parisiens en cette fin de 19°s. Leur condition et leurs portraits nous touchent; leur destin nous révolte. Et les vers mélancoliques d’Albert Samain, égrenés en tête de chapitre les accompagnent de bien belle manière.

    De la bande dessinée à plusieurs niveaux de lecture, inspirée, rare et généreuse, qui élève le lecteur. Des albums relativement exigeants, certes, mais indispensables.

    Yovo Le 19/04/2021 à 19:40:31
    Lucky Luke (vu par...) - Tome 3 - Wanted Lucky Luke

    Quel plaisir !! Je me suis franchement régalé en lisant cet album.

    Rien de révolutionnaire pourtant… mais un rythme ultra fluide, de bons personnages, des rebondissements, de superbes décors, de l’humour et même un brin d’émotion… Je n’en demande pas plus.

    A mes yeux, Matthieu Bonhomme est un magicien qui a réussi l’impossible : faire « son » Lucky Luke sans copier servilement ni avoir ce besoin pénible de se démarquer à tout prix. Il a œuvré tout en finesse, modestement et respectueusement, avec une élégance rare, dans son dessin comme en esprit.

    J’espère en tout cas que ces 2 premiers albums nés sous sa plume donneront naissance à une longue et – forcément – magnifique série !

    Yovo Le 18/04/2021 à 19:07:34
    Marshal Bass - Tome 6 - Los Lobos

    J’aime beaucoup Marshal Bass que je considère comme une série de premier plan. Mais « Los Lobos » m’a un peu moins enthousiasmé. En cause, un rythme un poil paresseux, des personnages secondaires assez peu développés, une « mission » moins spectaculaire que d’habitude – même si River Bass va comme toujours au casse-pipe – et un découpage parfois étrange qui n’aide pas à la compréhension de certaines situations.

    En revanche, le ton est toujours aussi poignant et désenchanté. C’est une des grandes forces de cette excellente série.

    Yovo Le 18/04/2021 à 12:27:14
    Trilogie du Moi - Tome 3 - Moi, menteur

    Cette série est définitivement brillante, malgré une notoriété confidentielle.

    Chaque tome semble un one-shot puisque les intrigues et les protagonistes n’ont a priori aucun rapport entre eux. Pourtant, « Moi menteur » fait des liens jubilatoires avec les 2 tomes précédents et prouve qu’il s’agit bel et bien d’une trilogie parfaitement orchestrée.

    La lecture est toutefois exigeante car le contenu est très dense. L’action se trame dans les arcanes véreux de la politique espagnole et met en scène de très nombreux personnages. Le jeu des manipulations, des trahisons et des faux-semblants tisse un polar complexe et mortel, dont certaines subtilités peuvent être parfois difficiles à suivre. Mais quelle intelligence dans le propos et quelle maitrise dans la construction ! Le graphisme, toujours aussi marquant, y fait beaucoup. Un noir & blanc sombre et réaliste, avec ses touches de vert, comme le fiel du mensonge qui imbibe le récit.

    Altarriba et Keko signent une œuvre absolument remarquable avec ces 3 albums faussement indépendants, qui gagnent une profondeur extraordinaire pris et lus ensemble, pour devenir la fascinante « Trilogie du Moi ».

    Yovo Le 28/03/2021 à 21:18:19
    Les chefs-d'œuvre de Lovecraft - Tome 6 - Celui qui hantait les ténèbres

    Chaque nouveau tome des "Chefs d’œuvres de Lovecraft" est une pépite, même si l'intensité semble légèrement faiblir au fil des parutions. Les 2 récits réunis ici peinent à saisir le lecteur et ne parviennent jamais véritablement à le plonger dans l’effroi ressenti par les personnages. C’est un peu dommage tant cette série est magnétique et superbement éditée.

    Mais si le scenario de « Celui qui hantait les ténèbres » manque selon moi d’épaisseur et de frisson, la lecture reste fascinante grâce au toujours superbe dessin de Gou Tanabe qui parvient à créer des ambiances expressionnistes de toute beauté.

    Les amateurs de la série l’achèteront les yeux fermés ; ceux qui voudraient la découvrir, préférez plutôt "les Montagnes hallucinées" ou "La couleur tombée du ciel" pour commencer.

    Yovo Le 19/03/2021 à 22:58:56
    On Mars_ - Tome 3 - Ceux qui restent

    « Ceux qui restent » clôt en beauté une trilogie marquante, même si le scenario de ce troisième tome est sans doute moins subtil que les précédents. En effet, la majeure partie de l’album est consacrée à la bataille finale entre les différentes factions présentes sur Mars. Ça tire donc dans tous les sens et il est parfois difficile de distinguer les belligérants. Mais la fin, franchement réussie, rattrape aisément cet aspect parfois peu digeste. Sur l’ensemble des trois tomes, le scenario reste donc particulièrement bien ficelé.

    Il faut bien sûr ajouter à cela l’impeccable mise en image de Grun, dont le trait a encore progressé depuis « Metronom’ ». Son travail est superbe ! En plus d’un character design convaincant et du soin apporté au réalisme des décors, « On mars_ » brille surtout par sa magnifique palette de couleurs qui plonge instantanément le lecteur dans une ambiance dépaysante.

    Une série de grande qualité, sans aucun conteste, bien éditée par Daniel Maghen.

    Yovo Le 04/03/2021 à 21:52:41

    Adaptation fidèle mais extrêmement concise de l’œuvre de Jules Verne. Aucune fioriture, aucun temps mort, ça va très vite. Et ce rythme trépidant est tout à fait raccord avec le thème. Le dessin est assez peu précis mais retranscrit très bien les différentes ambiances. Un album efficace et agréable à destination d’un jeune public.

    Yovo Le 04/03/2021 à 21:45:06

    « A fake story » nous entrainent au cœur d’une mystérieuse tuerie, provoquée – selon les apparences – par la fameuse émission d’Orson Welles, diffusée sur CBS le 30 octobre 1938. L’acteur sema la psychose dans le pays en annonçant en direct une fausse invasion extraterrestre. Mais comment une fiction a-t-elle pu ainsi être interprétée comme la réalité ? C’est cette troublante question qui sert de point de départ.

    Sur la forme, il manque ici ou là quelques développements, mais le fond de l’intrigue reste passionnant : le shérif d’une bourgade rurale, secondé par un journaliste de la chaîne, n’a que 72 h pour boucler son enquête avant de transmettre le dossier au FBI. Trois jours pendant lesquels la vérité peut sortir… ou bien être définitivement enterrée !

    Laurent Galandon tisse un scénario malin et rythmé qui met en abime les faux et usages de faux. Une rapide recherche sur internet vous dévoilera d’ailleurs l’astuce qui s'y cache... Son récit dénonce habilement toutes les manipulations, illusions ou dissimulations qui nous font tordre la réalité des faits dès que notre intérêt rentre en jeu. Et ces dévoiements résonnent particulièrement fort à l’ère des fake news et des jugements rendus par le tribunal des réseaux sociaux.

    La partie graphique est comme toujours impeccable avec Jean-Denis Pendanx. L’homme a du talent et le résultat est simplement superbe ! Son travail parfaitement documenté, son souci du détail et ses personnages bien croqués créent de suite une ambiance immersive dans l’Amérique profonde d’avant-guerre. Les couleurs automnales sont un gros plus et rajoutent un grain vintage très plaisant à l’ensemble.
    En revanche, un bémol pour la typo peu lisible. Hormis ce détail, c’est un solide polar qui soulèvent de bonnes questions ; et au-delà, une très bonne BD.

    Yovo Le 28/02/2021 à 22:36:21
    Les ogres-Dieux - Tome 4 - Première-Née

    « Première-née » m’a réconcilié avec la saga des Ogres-Dieux sur laquelle j’ai toujours eu quelques réserves. Ce 4ème tome, que je n’attendais pas après le décès du scénariste Hubert, permet de boucler la boucle en faisant un lien généalogique parfait avec « Petit », le tome inaugural.

    Remonter aux origines d’une lignée légendaire est un grand classique mais c’est ici réalisé avec intelligence et le récit capte l’attention par sa force d’évocation. Il se place ouvertement du côté des femmes, reléguées dès le départ au rang de génitrices à la merci de mâles stupides et libidineux, tous plus barbares les uns que les autres. Bragante, la première-née, n’a ainsi d’autre salut pour contrer leur force brutale que sa finesse d’esprit et la connaissance qu’elle trouve dans les livres, auxquels Hubert rend également un hommage appuyé. L’album se termine d’ailleurs par 18 longues pages d’un texte raffiné, superbement illustré.

    « Première-née » n’est peut-être pas l’épisode le plus spectaculaire des 4 mais il donne du sens et une ampleur inattendue à l’ensemble, tout en renouant avec le fabuleux univers gothique créé par Hervé Gatignol, que le troisième avait curieusement délaissé.

    Je me ravise donc humblement et porte un jugement beaucoup plus favorable sur cette série au graphisme exceptionnel qui restera en bonne place dans ma bibliothèque.

    Yovo Le 18/02/2021 à 19:50:28

    Anaïs Nin fut vraiment une personnalité hors du commun et elle méritait bien, à ce titre, d’être l’héroïne d’un roman graphique. Encore fallait-il qu’il soit suffisamment abouti pour respecter son œuvre sans mollesse ni tiédeur, mais sans non plus tomber dans le scabreux. Et Léonie Bischoff a réussi la biographie parfaite. Son univers visuel est d’une beauté aérienne et gracile. Le trait multicolore, épuré, parfaitement équilibré entre les pleins et les vides procure une lumière chatoyante aux planches et plonge le lecteur dans une ambiance onirique et voluptueuse qui sert à merveille le récit. Celui-ci s’axe sur la transformation progressive d’Anaïs, de jeune mariée innocente à la sensualité réfrénée, en une amante polyamoureuse assouvissant ses désirs multiples.

    Tous ses paradoxes apparaissent alors :

    Femme libre à l’esprit trop large pour son époque, jouisseuse, épicurienne, sans aucune limite, féministe, avant-gardiste, écrivaine de génie…

    Mais aussi dépendante du regard de l’autre, incapable de dire non, immature, névrosée, borderline, flirtant sans ambages avec la perversion…

    Un portrait d’une complexité rare dont l’autrice a fait un régal de lecture à travers un très bel album, élégant, poétique, poignant, troublant, fascinant. Bravo !

    Yovo Le 14/02/2021 à 22:04:01

    « Les voyages d’Ibn Battûta » tient plus du récit illustré ou du carnet de voyage que de la bande dessinée. Joël Allessandra, coutumier du genre, est donc à l’aise pour retranscrire par des aquarelles, parfois magnifiques, les innombrables contrées prétendument visitées par Ibn Battûta de 1325 à 1354. Cet insatiable voyageur aurait parcouru, sur 3 continents, toutes les terres d’islam de son époque et fit écrire ses exploits, réels ou supposés, par un scribe.

    Une histoire aussi fertile aurait pu donner une épopée mémorable, la BD étant le format idéal pour procurer l’évasion et les mirages d’un tel voyage. Mais Lotfi Akalay, décédé en 2019, fut sans doute un grand écrivain mais pas un scénariste. Le récit manque hélas de fluidité. Les scènes, hachées, se succèdent sans contexte, ni dramaturgie. Et la rareté des dialogues limitent au strict minimum les interactions entre les personnages, pourtant pittoresques.

    Cet album, objectivement riche et intéressant, est donc à réserver aux férus de voyage, aux passionnés d’histoire ancienne ou aux spécialistes du monde musulman.

    Yovo Le 11/02/2021 à 21:20:49
    Vernon Subutex - Tome 1 - Première partie

    Une œuvre colossale dans tous les sens du terme ! 300 pages chargées d’un texte dense, intense, dans lequel s’est littéralement fondu Luz, avec une puissance et une liberté éblouissantes. Ses dessins enflamment les planches avec la même énergie rageuse que les mots de Virginie Despentes. Le résultat est une véritable dissertation graphique sur le thème « sex, drugs & rock n’roll ».

    C’est extrêmement long à lire mais il fallait bien ça pour décortiquer aussi précisément le milieu underground des années 80/90, dans son nihilisme, sa fureur et sa démesure. Avec, en filigrane, le souvenir persistant de tous ceux qui y sombrèrent.

    « Vernon Subutex » n’est pas qu’une adaptation, c’est la BD exceptionnelle de deux très grands auteurs en parfaite symbiose.

    Par contre, inutile de préciser que tous les tenants d’une morale proprette passeront leur droit chemin !

    Yovo Le 31/01/2021 à 21:33:51
    U.C.C. Dolores - Tome 3 - Cristal rouge

    Vu la finesse pachydermique du scénario depuis le début, j’entamai ce 3ème tome avec un a priori négatif. Mais j’avoue que Didier Tarquin a réussi à m'étonner. Non par la qualité de son écriture, je n’irai pas jusque-là, mais par le lot de surprises qu’elle réserve. Il booste son rythme, multiplie les rebondissements et ne prend pas de pincettes pour boucler son cycle. C’est conclu et bien conclu ! De plus, toutes les questions posées ici ou là depuis l’entame trouvent des réponses cohérentes et l’ensemble se tient plutôt bien.

    L’énergie et la radicalité de ce « Cristal rouge » offrent donc une lecture 100% récréative franchement plaisante.
    Une nouvelle héroïne est née !

    Yovo Le 23/01/2021 à 21:43:32
    La chute (Muralt) - Tome 2 - Épisode 2

    « La chute » est une version catastrophe de la crise sanitaire, sociale et environnementale que nous vivons actuellement, qui se projette dans l’effondrement de notre société. Car même si ce 2ème volet suit une trame assez classique, l’atout de cette série est son réalisme prenant. Une qualité qui fait trop souvent défaut aux récits post-apocalyptique qui ont toujours tendance à recourir au fantastique pour justifier la fin du monde. Là, nous assistons aux difficultés d’un homme ordinaire qui essaye juste de mettre les siens à l’abri, sans qu’ils sachent réellement ce qu’ils fuient. Mais ce pauvre Liam n’a pas le profil d’un survivant. Il n’est ni entrainé ni équipé pour affronter un monde étant devenu brusquement mortel : une pandémie de grippe et la violence des hommes livrés à eux-mêmes faisant autant de morts l’une que l’autre. Aucun moyen physique, intellectuel ou technique particulier ne peut l’aider à préserver l’essentiel. Ses efforts, ses échecs, ses craintes, sa vulnérabilité pourraient donc être les nôtres.

    Jared Muralt n’est pas le plus expérimenté des auteurs et cela se ressent parfois au fil des pages tant dans le dessin que dans le scenario (Cf. l’avis de thieuthieu79). Mais cela ne m’a en rien gâché la lecture et en tant qu’amateur du genre, je trouve « La chute » vraiment réussie. Ces deux tomes m’ont accroché au point d’attendre le 3ème avec grande impatience.

    Je constate que cette série est malheureusement mal notée, donnez-lui sa chance, elle mérite largement d’être lue. Ma note reflète mon envie de la défendre.

    Yovo Le 19/01/2021 à 21:53:57
    Les 5 Terres - Tome 5 - "L'Objet de votre haine"

    « L’objet de votre haine » est toujours mené par une écriture aussi brillante. Les joutes verbales s’enchainent et déchainent passions, trahisons et manipulations. L’orgueil léonin et la rouerie étant parfaitement incarnés par Mederion, souverain aussi dangereux qu’intelligent, et Térys, son ombre au jeu trouble. L’habileté politique sans égale du jeune roi peut à elle seule faire basculer le destin d’Angleon et c’est là toute la force du scenario qui parvient sans cesse à surprendre le lecteur.

    Toutefois, on s’approche déjà de la fin du 1er cycle et je m’étonne que cet avant-dernier tome ne fasse guère avancer l’intrigue. Car ces complots fomentés dans le secret des alcôves deviennent habituels et gagneraient à être contrebalancés par un peu plus d’ampleur et d’action. Il est un peu dommage que les arcs narratifs parallèles, plus riches en mouvement, ne soient qu’entr’aperçus dans ce 5ème opus. J’espère donc que le rythme final s’accélèrera sensiblement pour nous offrir la conclusion épique que cette série mérite.

    Yovo Le 17/01/2021 à 22:14:49
    Valhalla hotel - Tome 1 - Bite the bullet

    Ce 1er tome est sympathique mais pas de quoi s’emballer non plus.
    A partir d’une base ultra référencée – des voyageurs s’échouant dans un motel vide au milieu de nulle part, cernés de gens plus ou moins louches – « Valhalla hotel » fait monter tranquillement la sauce avec de bons ingrédients. Mais vu la couverture et l’affiliation évidente avec « Il faut flinguer Ramirez », je m’attendais à beaucoup plus détonant. Les dialogues restent assez sages et le rythme n’a rien de trépidant. Les différents personnages sont pourtant bien incarnés et immédiatement identifiables. Mais leurs rôles étant encore trop flous à l’issue de ces 60 planches, il est difficile de s’y attacher pour l’instant.

    D’autant que le dessin est bon, mais particulier. Si les tronches des acteurs sont bien trouvées et l’action parfaitement rendue par des cadrages dynamiques et efficaces, l’obsession géométrique de Fabien Bedouel m’a paru en revanche un peu décalée. Comment peut-on tracer à la règle les bords d’une route poussiéreuse au Nouveau-Mexique ?? Idem pour tous les bâtiments et chaque élément de décors…Tout est rectiligne, lisse, soviétique. Si l’on rajoute une colorisation ingrate (personnages jaunâtres, fonds de cases neutres) qui refroidit tristement l’action censée se dérouler sous une chaleur désertique, on peut avoir quand même une légère impression de trop peu. C’est frustrant car on devine clairement un gros potentiel à la clé. La lecture est d’ailleurs très agréable. Mais avec une image un peu plus naturelle et mieux texturée, son effet serait décuplé.

    Ces petites critiques ne m’empêcheront pas bien sûr de suivre cette série qui connaitra probablement un beau succès. Allez, go !

    Yovo Le 15/01/2021 à 19:46:50

    « David Boring » était devenu rare. Sa réimpression par Cornélius en 2017 s’imposait donc.

    J’imagine qu’on ne doit pas être des foules à tenir ce roman graphique comme un chef d’œuvre mais c’est mon cas. Il rassemble le meilleur du petit monde intrigant de Daniel Clowes. Une ligne claire un peu statique flanquée d’une trame grise uniforme, une écriture souvent verbeuse mais toujours subtile, des anti-héros presque ordinaires gorgés de névroses, une sexualité engoncée entre fantasme et déviance, des angoisses existentielles, des airs de fin du monde… et cette étrangeté tragi-comique omniprésente et indéfinissable, véritable signature de l’auteur.

    Je comprends qu’on puisse être hermétique à cet univers peu glamour, hanté de personnages pathétiques, de mésaventures improbables et de références intello. Mais avec cette matière aride, Clowes arrive à traduire les mille petits maux muets qui se logent en chacun de nous, les plus profondément enracinés, ceux qui nous rendent aussi solides que vulnérables, banalement et singulièrement humains. En toute subjectivité, cela suffit pour en faire un génie à mes yeux !

    Yovo Le 11/01/2021 à 20:08:05
    Le vagabond des Étoiles - Tome 2 - Seconde partie

    Une suite directe du 1er tome avec lequel elle forme un vaste et poignant pamphlet contre le régime carcéral en vigueur aux États-Unis au début du 20°siècle, et par extension contre l’oppression de l’individu en général. Mais nul discours partisan ou grande tirade moralisatrice ici. Riff Reb’s adapte Jack London avec intelligence et livre un diptyque plein d’aventure et d’inconnu, humaniste, poétique et puissant, davantage axé sur un dessin à la fois réaliste et onirique que sur les mots. Il parvient à en dire beaucoup plus ainsi et révèle la puissance de l’imaginaire, qui ne sert pas seulement à rêver, mais bel et bien à vivre.

    Une œuvre troublante et passionnante à lire absolument.

    Yovo Le 10/01/2021 à 22:12:10
    Il faut flinguer Ramirez - Tome 2 - Acte 2

    Comme le dit Nicolas Pétrimaux lui-même, IFFR est plus un « static picture », autrement dit un film dessiné, qu’une BD.
    J’aime bien, mais je ne fais pas partie du fan club de cette esthétique de jeux vidéo appliquée au 9ème art. Le dessin numérique a son intérêt mais il ne fait pas tout. Or, ce graphisme ostentatoire en met tellement plein la vue qu’il a tendance à l’emporter sur l’histoire. Histoire qui, il faut le dire, possède une qualité majeure : son rythme frénétique, créé par une mise en scène brillante et inventive. Ce tempo parfaitement maitrisé est un modèle du genre.

    Pour le scenario en lui-même, on a 80% de boum boum et d’enrobage – effets de cadrages, de perspectives et de couleurs, tous très efficaces – et 20% d’un récit relativement pauvre, truffé de gimmicks et de situations loufoques, qui ne débouche sur rien de très consistant pour l’instant. Je passe sur les fausses pubs à l’humour assez bas du front ; ce genre de conneries ne me fera jamais rire mais je reconnais que c’est stylé et que ça donne une identité forte à l’ensemble.

    Le défaut principal, pour moi, est de n’avoir pas créé de véritable héros à cette histoire. Ramirez est quand même un peu neuneu et aucun personnage n’émerge du lot à part peut-être Ramon, le tueur, que sa capacité à ne pas mourir rend intéressant. Mais ce choix narratif m’a semblé discutable car finalement, la double ou triple vie de Ramirez devient secondaire, et la maigre intrigue finie noyée sous la pyrotechnie et les couches de vernis.

    4 étoiles pour l'ambiance, la beauté des planches ET le boulot monumental que cela représente. Mais visuellement spectaculaire ne veut pas dire révolutionnaire... Au vu du battage médiatique hallucinant dont elle bénéficie, cette série est quand même un peu surcotée, exactement comme les films de Tarantino desquels elle s’inspire. Un divertissement de luxe, flatteur pour la rétine, mais dénué de réflexion, de finesse, de toute profondeur. Ça tombe bien, c’est apparemment exactement ce que voulais faire Pétrimaux : « Un truc d’action qui ne se prend pas la tête » a-t-il dit en interview.
    Moi, il m’en faut quand même un peu plus pour déchainer mon enthousiasme…

    Yovo Le 03/01/2021 à 17:37:11
    Les chefs-d'œuvre de Lovecraft - Tome 5 - L'appel de Cthulhu

    Une adaptation de l’œuvre phare de Lovecraft toujours aussi bien réalisée. Gou Tanabe parvient à s’appuyer sur une narration à tiroirs sans perdre le lecteur. En revanche, si ces nombreux sous-récits sont indispensables pour faire comprendre les origines du culte de Cthulhu, ils diluent et dispersent largement la montée en puissance de l’horreur. Le crescendo vers « l’indicible » est donc moins efficace que dans les précédents tomes qui, en se concentrant sur une seule et même aventure, s’avéraient beaucoup plus angoissants et prenants. Ils avaient pour eux une forme d’abstraction qui fait défaut ici.

    Je me demande simplement s’il ne manque quelques pages à cet Appel de Cthulhu. Il aurait peut-être mérité plus d’ampleur pour permettre aux personnages de mieux exister et au suspense de s’installer progressivement.

    C’est donc celui qui m’a le moins enflammé pour l’instant mais il reste de très haut niveau.

    Yovo Le 01/01/2021 à 20:11:32

    Le superbe « Terra Australis » racontait l’arrivée au 18°s des 1ers colons en Australie, bagnards ou prostituées pour la plupart. Le pays s’appelait encore alors la Nouvelle-Galles du sud et avait le redoutable statut de colonie pénitentiaire.

    « Terra Doloris » a été annoncé comme une suite mais n’en n’est pas vraiment une : Mary Bryant et Thomas Muir, deux personnages ayant réellement existés, vont réussir à fuir cette prison à ciel ouvert, et c’est le périple de leurs évasions respectives par-delà les mers que l’on va suivre au long de ces 350 pages.
    Toute la profondeur du scenario est là : ils considèrent tous deux pour des raisons différentes que le continent austral est maudit. Mais c’est précisément en fuyant cette « terre de douleur » qu’ils connaitront chacun le malheur et l’adversité.

    Le travail documentaire de L.F. Bollée est comme toujours remarquable. Il sait admirablement tirer parti des éléments historiques qu’il collecte pour faire revivre l’époque. D’un contexte déjà passionnant en soi, il fait une aventure humaine palpitante, doublée de réflexions pertinentes sur la liberté.

    Ph. Nicloux réalise également un excellent travail au dessin. Son style particulier ne sert pas forcément les personnages, dont on peine parfois à reconnaitre les visages d’une case à l’autre, mais il fait des merveilles dès qu’il s’agit de décors ou d’ambiances.

    Un beau livre, aussi divertissant qu’instructif, qui complète bien « Terra Australis », même s’il est probablement moins inspiré.

    Yovo Le 30/12/2020 à 20:59:39

    Sombre et moite sous ses airs de polar, « L’homme bouc » se révèle très actuel et franchement prenant. Il explore plusieurs pistes intéressantes mais n’en suit qu’une, plutôt inattendue. On pense forcément aux œuvres du grand Comès puisqu’il y est beaucoup question d’ésotérisme et plus encore de chamanisme, avec pour décor quasi unique les boueuses forêts limousines, noircies par un hiver sinistre. On accroche ou pas, mais le récit a le mérite d’aller au bout de son propos, sans concession, bien aidé par un rythme sec et des personnages peu diserts mais très humains. E. Corbeyran connait son boulot. Ce qui ne m’a pas empêché de noter quelques facilités scénaristiques (la captive muette qui dessine si bien qu’on reconnait sur sa feuille un modèle précis de voiture ou tous les détails d’une vieille chapelle ? mouais… passons).
    A condition d’être indulgent, donc, le récit fait preuve d’une belle efficacité.

    Le dessin n’est pas en reste. Dans un noir et blanc harmonieusement nuancé de gris, il permet des ambiances glaçantes parfaitement adaptées au scenario. On pourrait toutefois lui reprocher un certain statisme, l’ensemble manquant un poil de dynamisme. Par ailleurs, l’aspect photographique de certaines cases est parfois très marqué. Mais globalement, le travail d’Aurélien Morinière, que je ne connaissais pas, est bon, solide et rend la lecture fort agréable.

    Bref, ce n’est pas parfait, mais c’est une bonne BD à découvrir si vous n’êtes pas rebuté par les enquêtes sordides nimbées de paranormal…

    Yovo Le 30/12/2020 à 18:25:56

    « Inhumain » est pour moi l’exemple typique de l’album frustrant. Pas raté, loin s’en faut, mais comme survolé un peu mollement de haut. Je dirais qu’il ne fait que la moitié des pages qu’il aurait fallu pour développer efficacement cette histoire.

    Dessin et scenario souffrent du même défaut : un sentiment de trop vite, de trop peu. Le background est fertile mais les personnages n’ont que peu d’épaisseur, sans personnalité ni dimension psychologique. Ce à quoi s’ajoute un character design quelconque, qui ne les rend ni attrayants, ni attachants. L’histoire est rapidement posée et emprunte quelques raccourcis qui donnent l’impression de rester constamment à la surface des choses. C’est un point commun avec le triptyque « Ter » qui m’avait interloqué exactement de la même manière.

    C’est d’autant plus dommage que le canevas est excellent. Et la variété des décors, associée à de belles perspectives et une palette de couleurs flatteuse, a réussi à me tenir en haleine et titiller mon imaginaire. Ce rythme trop rapide a au moins comme qualité de faire tourner frénétiquement les pages pour vite lire la suite et n’en rien manquer !

    En conclusion, sont-ce les auteurs, est-ce l’éditeur..? Je n’en sais rien, mais l’ensemble a manifestement été réalisé sans autre idée que divertir. De ce point de vue c’est réussi, mais pourquoi si peu d’ambition ? Il y avait une matière extrêmement riche à exploiter. Et franchement, on n’est pas passé très loin de la grande fresque spatiale qui sidère en en mettant plein la vue et questionne par sa profondeur philosophique… Mais finalement c'est un album SF de plus, sympa, mais que rien ne distingue vraiment du ventre mou de la production habituelle.

    Néanmoins, et j’insiste là-dessus, cela reste une BD de bonne facture qui contentera tout amateur de SF mainstream. Pour ma part, je ne regrette pas l'achat et la relirai avec plaisir.

    Yovo Le 30/12/2020 à 10:53:27
    Servitude - Tome 6 - Livre VI - Shalin (Seconde partie)

    Quel souffle ! Cet ultime tome de Servitude est d’une intensité rarement vue en BD.
    Et cela grâce au dessin vertigineux d’Éric Bourgier qui n’aura cessé de s’affiner au fil du temps : je reste admiratif devant la précision du trait et des couleurs qui viennent donner chair aux personnages, les lumières qui sculptent les décors et les visages pour en révéler les moindres détails, le dynamisme des angles de vue et la variété des cadrages qui parachèvent les cases. Une partie graphique qui frôle la perfection, donc, et happe le lecteur au cœur d’une bataille épique, en lui en faisant ressentir toute la fureur, l’héroïsme et la fatalité.

    En revanche plusieurs « trous » subsistent dans le scenario au terme de ce dernier volet. L’histoire donne l’impression de rester en partie inachevée et des questions demeureront sans réponse ou mystérieusement allusives, comme la scène des dragons par exemple, dont la beauté ténébreuse envoûte mais dont le sens reste assez flou...
    Pour autant, inachevé ne veut pas dire inabouti. Loin de brouiller la lecture, cela confère à l’ensemble une profondeur poétique inattendue.

    Cette construction atypique est une des caractéristiques de Servitude. Dès le second tome, les auteurs ont fait choix d’une narration non linéaire, chaque épisode étant dépeint comme un "tableau", au sens théâtral du terme, n’hésitant pas à rompre avec les précédents. C’est une prise de risque assumée qui force l’admiration car si cela rend la lecture plus exigeante, ces différents biais permettent aussi une immersion globale dans l’univers. Ainsi la trame emprunte de multiples détours mais ne perd jamais son fil : nous chanter la geste du Royaume des Fils de la Terre, de ses fiefs et différents peuples, à travers un seul et discret personnage, Kiriel, le maître d’arme du roi Garantiel.

    L’influence de Game of thrones, écrasante sur le 1er tome, s’est peu à peu estompée pour laisser place à une épopée, certes dantesque, mais crédible, originale, et baignée de noblesse et de mélancolie.

    Ce dernier tome peut donc susciter des frustrations mais la qualité de l’œuvre transcende ses imperfections. « Servitude » restera pour moi la référence en Héroic Fantasy. Et bien au-delà, une grande série tout simplement.

    Yovo Le 21/12/2020 à 21:32:55
    Les chefs-d'œuvre de Lovecraft - Tome 3 - Dans l'Abîme du temps

    Cet épisode des « Chefs d’œuvres de Lovecraft » est un peu moins fluide dans sa narration et j’avoue avoir eu plus de mal à rentrer dedans que les précédents. Mais une fois l’histoire bien lancée, c’est un régal. Gou Tanabe nous offre encore des planches de toute beauté et l’on mesure au fil de l'intrigue tout le génie précurseur de Lovecraft et l’influence évidente qu’il a pu avoir sur la culture contemporaine et la SF en particulier.

    Yovo Le 16/12/2020 à 21:31:24
    Les chefs-d'œuvre de Lovecraft - Tome 4 - La couleur tombée du ciel

    Une lecture presque perturbante. Les talents croisés de Lovecraft et Tanabe procurent un sentiment de malaise qui ne fait que croitre au fil des pages et laisse un goût tenace de tristesse et d’horreur. A partir d’un postulat très mince (la simple chute d’une étrange météorite), les 2 auteurs parviennent à dialoguer à plus de 80 années de distance pour livrer une œuvre puissante et formellement superbe.

    Yovo Le 09/12/2020 à 20:13:50
    Les chefs-d'œuvre de Lovecraft - Tome 1 - Les montagnes hallucinées - Tome 1

    Dès sa parution, « Les montagnes hallucinées » m’avait tout de suite intéressé. Mais n’étant pas trop manga, j’ai longuement hésité. La sortie des coffrets, particulièrement bien présentés, m’a convaincu de sauter le pas. C’est peu dire que je ne le regrette pas ! Avec les couvertures en simili cuir, la prise en main souple et confortable invite à tourner les pages. Ensuite, le dessin est magnifique et parfaitement adapté à ce récit à l’ancienne. Il retranscrit à merveille l’ambiance de ces aventures improbables, mélangeant sciences, mystères, horreur et mythologie. Même si l’histoire est assez peu approfondie, elle incite à l’indulgence et reste palpitante. Avec Gou Tanabe, Lovecraft a trouvé un interprète à sa mesure.

    Yovo Le 06/12/2020 à 21:27:58

    Une œuvre vraiment impressionnante, tant par la puissance de son dessin que par l’écriture, à la fois sombre et pleine d’espoir. Pourtant, ce n’est pas l’histoire en tant que tel que je retiendrai le plus (les 3/4 se passent dans une prison, entrecoupés de flash-back, flash-forwards et séquences oniriques). Même si elle demeure passionnante, ce sont surtout les non-dits qui sont les plus évocateurs. En effet, le récit est sous-tendu par de multiples thèmes comme la rédemption, la transmission, la résilience, la littérature, l’imaginaire, la fragilité des existences, la force des idées… et bien d’autres encore, subtilement imbriqués au texte et aux images.

    En résumé, une lecture fascinante, mais exigeante. Les amateurs de romans graphiques la trouveront incontournable. Pour les autres, cela pourra être fastidieux, voire hermétique.

    A noter le beau travail d’édition de Sonatine qui fait de cette BD un objet très élégant.

    Yovo Le 01/12/2020 à 20:17:13

    "Le baron" est un hommage irrésistible aux conteurs et doux affabulateurs. Truculent, inventif, cocasse, lunaire ou homérique… les qualificatifs ne manquent pas pour décrire cet album dans lequel, on le devine, Jean-Luc Masbou a mis beaucoup de passion. Je dirais qu’il est simplement généreux, quelque part entre la faconde de Pagnol et la verve de Cyrano.

    Il s’empare du Baron de Münchhausen avec une poésie graphique et littéraire délicieuse, doublée d’une grande tendresse pour son personnage, chantre de l’imaginaire et homme intègre. Il interroge le lecteur avec intelligence sur la place de la mémoire et le rôle de la légende.

    L’ensemble manque peut-être de fluidité, notamment entre chaque « souvenir » narré par le baron, mais le génial dessinateur a su déployer beaucoup de talent pour faire sienne une histoire maintes fois évoquée et nous l’offrir dans un superbe écrin, format XL et dos toilé. La place du livre est d’ailleurs prépondérante dans son récit. Pour ma part, je placerai celui-ci dans ma bibliothèque aux côtés des « Cinq conteurs de Bagdad » et de « La vierge froide et autres racontars ».

    Une très belle bande dessinée, juste et savoureuse, à mettre en toutes les mains !

    Yovo Le 26/11/2020 à 10:10:39
    Le château des Animaux - Tome 2 - Les Marguerites de l'hiver

    Ce deuxième tome est venu me confirmer que « Le château des animaux » se profile comme une série exceptionnelle. Les auteurs semblent avoir conscience du potentiel de leur œuvre et l'ont réalisée avec rigueur en étant tous deux parfaitement en phase. Non seulement la partie graphique est enchanteresse mais le récit est pleinement maitrisé. La narration, fluide et rythmée, monte crescendo au fil des pages jusqu’à la scène finale, grâce une remarquable distribution des personnages. Et chose assez rare pour être notée, une véritable émotion se dégage de certaines cases. Seule la mise en couleur un peu timide aurait peut-être mérité plus d’éclat. Mais la délicatesse des tons froids contribue aussi à retranscrire l’atmosphère glacée d’un hiver mortel.

    Au final, c’est une impression d’intelligence et de qualité qui domine l’ensemble. Impression qui perdure longtemps après avoir refermé l’album.

    Le tome 3 est d'ores et déjà l'une des sorties que j'attendrai le plus l'année prochaine.

    Je précise que j’émets cet avis sur la base de l’édition grand format qui magnifie le superbe travail de Félix Delep. Mais je suppose que l’édition ordinaire est très bien aussi.

    Yovo Le 23/11/2020 à 21:28:11
    Les petits riens de Lewis Trondheim - Tome 3 - Le bonheur inquiet

    Ce « Bonheur inquiet » n’est ni meilleur ni pire que les précédents. C’est peut-être le principal problème de cette série : les tomes sont interchangeables car l’autofiction (plus que l’autobiographie) atteint vite ses limites. L’esprit général est sympa mais la recette est toujours la même et les tribulations égocentrées du sieur Trondheim ne sont pas toujours exaltantes. Néanmoins il reste un bon observateur et un dessinateur de talent. Certaines planches sont très belles.

    Yovo Le 22/11/2020 à 19:24:39
    Les petits riens de Lewis Trondheim - Tome 2 - Le syndrome du prisonnier

    Le contenu de ce 2° tome est rigoureusement comparable au premier. Trondheim poursuit son introspection à travers ce faux journal intime rempli des petits riens de son quotidien, de ses observations et questionnements existentiels complétement débiles, qui en plus d’être assez drôles et pertinents, dévoilent parfois des traits peu avenants de son caractère. Cette (pseudo)sincérité est assez surprenante. Dans quelle mesure son avatar dessiné est-il semblable à sa personne ? Lui seul le sait.

    Yovo Le 22/11/2020 à 19:20:50
    Les petits riens de Lewis Trondheim - Tome 1 - La malédiction du parapluie

    Il n’y a pas tromperie sur la marchandise, ce premier tome donne rapidement le ton : comme son titre l’indique, ce petit livre est rempli de riens, au pluriel. Trondheim nous y raconte sa vie d’auteur de BD jour après jour. On adhère ou pas à l’exercice, forcément nombriliste. Mais force est de constater qu’au-delà de sa petite personne, dépeinte comme toujours sous les traits d’une sorte de cacatoès, cela se révèle souvent intéressant, parfois drôle et teinté d’une autodérision inattendue quand il fait de ses angoisses et névroses le sujet de ses gags, en exposant ainsi son personnage aux jugements.

    Yovo Le 22/11/2020 à 19:17:28
    Pico Bogue - Tome 12 - Inséparables

    J’ai beaucoup d'affection pour Pico Bogue. C’est la seule série humoristique contemporaine que je collectionne. Car bien sûr ce n’est pas que drôle. C’est surtout intelligent, plein de tendresse et habité par une poésie savoureuse.

    Certes, ce tome 12 n’est pas le meilleur, mais il contient comme chacun des albums son petit lot de perles. Les couleurs et décors d’Alexis Dormal sont toujours aussi doux et ses bouilles irrésistibles. Dominique Roques, sa maman, continue pour sa part d’inventer des situations invraisemblables juste pour le plaisir de placer un bon mot. C’est parfois tiré par les cheveux, alambiqué et redondant mais je pardonne aisément ces travers, car ce mélange d’érudition littéraire et de canaillerie est justement l’une des marques de fabrique des aventures de ce petit bonhomme si attachant.

    J’avoue que je suis surpris de le retrouver en sélection officielle à Angoulême cette année mais cela me semble amplement mérité ! A découvrir absolument pour ceux qui ne connaitraient pas encore.

    Yovo Le 22/11/2020 à 18:59:03
    L'Âge d'or - Tome 2 - Volume 2

    Ce volume 2, qui se passe des années après le premier, donne au diptyque une tonalité beaucoup plus sombre.

    Bizarrement, le récit est exclusivement consacré au siège du château royal que Tilda, la sœur déchue du roi, assaille avec ses troupes. Et le combat est âpre, voire désespéré. Les différents protagonistes, imprégnés de cette atmosphère oppressante, en sont bien moins attachants. Et par ce biais, c’est toute l'histoire qui a malheureusement perdu de son foisonnement et de son ampleur. Aucun personnage nouveau ne vient non plus enrichir le casting. Sur un plan narratif, c’est donc une déception.

    Mais si le travail d’écriture de Roxane Moreil déconcerte, il a aussi le mérite de surprendre. Et la dimension politique que revêt son scenario en nous livrant le vrai sens de cette fable résonne de façon familière : le pouvoir corrompt, aimante, pourrit, ravage tous ceux qui le convoitent. Il imbibe les âmes et dessèche les cœurs. Même si cela on le savait déjà...

    "L’ Âge d’or" rejoint ainsi les grandes fresques qui l’ont précédé, du Seigneur des Anneaux à La quête de l’Oiseau du Temps en passant par Star Wars. Sur le fond ce n’est donc pas si original que ça. Mais pour la forme, Cyril Pedrosa et ses coloristes élèvent l’ensemble au rang de monument de la BD par la qualité étincelante du dessin, des lumières et de la mise en page.

    On n’a pas fini, je crois, d’entendre parler de L’ Âge d’or ! Inspirant, inventif et brillant.

    Yovo Le 31/10/2020 à 12:43:32

    Avec « Moments extraordinaires sous faux applaudissements » (quel titre !) Gipi signe un livre remarquable d’intelligence et de franchise, dont la maitrise narrative force l’admiration.

    L’écriture, très simple mais acérée, fait écho au dessin protéiforme qui se joue des codes et exploite toutes les possibilités offertes par la bande dessinée. Au final, cette œuvre autobiographique, introspective et troublante a, pour le lecteur à la quarantaine bien entamée que je suis, quelque chose d’universel et d’évident. Ou plutôt, elle sait dire avec une justesse frappante de ces évidences enfouies que l’on connait intimement mais qu’on ne peut décrypter… Et elle distille une émotion vitale, sans filtre, à fleur de peau.
    Un roman graphique brillant ; à lire absolument.

    Yovo Le 30/10/2020 à 17:26:49

    Cela faisait des années que je n’avais pas relu Koma. Et je me suis replongé dans mon intégrale N&B avec un rare plaisir, toujours émerveillé par la fantaisie, l’intelligence, la tendresse et la gravité dont a fait preuve Frederik Peeters pour créer son œuvre.

    Il y a du Miyazaki derrière cette poésie burlesque et horrifique qui aborde avec la même malice que le maître japonais des thèmes comme le deuil et la maladie. Koma est donc un merveilleux hommage à l’enfance et son pouvoir de résilience, seul rempart contre la bêtise dévastatrice des adultes. Car à la fin ce sont eux, les enfants, qui réinventent le monde.

    Yovo Le 18/10/2020 à 19:34:02
    La bête (Frank Pé/Zidrou) - Tome 1 - La Bête

    Le graphisme de Franck Pé est en tous points remarquable et fait de « La bête » un album absolument splendide. La générosité du dessin, sa précision et ses couleurs permettent de s’absorber de longues minutes dans chaque planche. Et l’impeccable travail d’édition de Dupuis (format carré, papier épais) rajoute encore une dimension à la beauté de l’objet.

    Concernant le récit, après l’époustouflante séquence d’introduction, je m’attendais à ce que le scénario de Zidrou soit beaucoup plus sombre. A titre personnel je me réjouissais d’avance de découvrir le Marsupilami dans un rôle plus réaliste, tel un cryptide sauvage et inconnu échappé de sa forêt, semant la panique à Bruxelles. Mais au final, petite déception, l’histoire est traitée très simplement à travers le regard d’un enfant innocent et rêveur. Ce qui apporte une certaine ingénuité à l’ensemble, très éloignée de ce que laissait présager l’ouverture cauchemardesque. Cela dit, le ton trouve rapidement son équilibre. L’humanisme des personnages, les scènes d’action ponctuées de nombreuses touches d’humour et de références, le tout magnifié par la maestria de Franck Pé, procurent un incontestable plaisir de lecture. Pari réussi, c’est une BD superbe dont j’attends la suite avec impatience !

    Yovo Le 07/10/2020 à 21:12:04
    Les 5 Terres - Tome 4 - "La même férocité"

    Chaque volume des « 5 Terres » se distingue par une écriture particulièrement soignée. Le vocabulaire est toujours fin, les tournures élaborées et chaque phrase est porteuse de sens. Confier le scénario à un trio d’auteurs était donc une excellente idée et porte ses fruits.

    Le rythme frénétique de 3 albums par an laissait craindre que ce soit une de ces énièmes productions low cost, pensée pour la rentabilité et le court terme. Mais non. Contre toute attente, l’ensemble est intelligent, nuancé et fonctionne à la perfection.

    Les auteurs prennent leur temps pour développer des intrigues de palais assez complexes, alors que la voie – facile – de l’action était toute désignée pour une épopée d’héroic fantasy, fût-elle animalière. Ils assument ainsi le risque de perdre certains lecteurs, plus avides de guéguerres et de champs de bataille que de ces longues séquences de dialogues. Mais celles-ci, en révélant très habilement de savants mécanismes de manipulation politique, font tout l’intérêt de cette série, qui s’adresse finalement à un public beaucoup plus mature que je ne l’imaginais au début.

    Ce 1er cycle fera date, c’est certain. A lire sans attendre.

    Yovo Le 03/10/2020 à 16:13:59
    Bella ciao - Tome 1 - Uno

    De Baru, auteur solide et singulier, j’avais lu et aimé « Pauvres zhéros » et « L’enragé ». N’ayant aucun de ses titres dans ma bibliothèque, j’ai vu avec Bella ciao l’occasion de pallier cette lacune. Je l’ai donc acheté sans hésiter, alléché par le bandeau vantant « le grand œuvre » du Grand Prix d’Angoulême 2010.

    Hélas, je suis passé complètement à côté. C’est d’autant plus dommage que je devine cet album bourré de qualités. Mais étrangement je n’y ai vu que des défauts, probablement parce que j’en attendais autre chose.

    En fait, comme le titre et la couverture le suggère, j’espérais une fresque historique narrant l’immigration italienne et l’avènement de « Bella ciao », ce chant partisan emblématique, remis au goût du jour ces dernières années par des manifestantes du monde entier et une série télé. Au lieu de cela, je n’ai trouvé dans ces pages que 4 histoires plus ou moins indépendantes et assez inégales dans le fond comme dans la forme, toutes très éloignées de ce que j’imaginais…

    Le découpage et le dessin des personnages m’ont semblé complètement illisibles, notamment pour le 1er chapitre, décrivant le massacre gratuit d’immigrés italiens à Aigues-Mortes en 1893. L’épisode est certes édifiant, mais incapable de m’y retrouver dans l’action et les différents protagonistes, je n’y ai rien compris. Idem pour le 2ème chapitre, plus autobiographique, qui nous entraine au cœur d’un repas de famille dans les années 70. Malgré l’analyse érudite de la fameuse chanson, je suis resté complètement extérieur à la scène, sans arriver à m’intéresser aux débats ni savoir qui était qui. Le ton du 3ème m’a semblé décalé et l’épaisse documentation jointe plutôt fastidieuse. Le 4ème et dernier, évoquant Mussolini et le fascisme, est assez pertinent mais il demeure trop anecdotique puisqu’il s’agit en réalité d’une recette de cuisine…

    En définitive, je crois comprendre l’aspect intime de l’ouvrage, cette plongée dans la mémoire familiale, le besoin d’y puiser des ressources, d’en collecter des fragments pour la reconstituer et retracer son parcours, retranscrire les évènements avant qu’ils ne s’effacent, remettre les bonnes personnes à leurs vraies places, leur rendre hommage. Cette mise en perspective de leur histoire est salutaire, voire nécessaire mais quelque chose a fait que sous cette forme-là, je n’y ai pas adhéré et ne me suis pas du tout senti concerné par le travail pourtant impressionnant qu’a fourni Baru. Je n’en ai ressenti ni l’émotion ni la nostalgie.

    « Bella ciao » est annoncé comme une trilogie mais à ce stade, je ne suis pas sûr de poursuivre sur les 2 prochains tomes. Je pense tout simplement que ce récit n’est pas fait pour moi.
    Mais s’il ne m’a pas convaincu, j’encourage quand même à le lire pour se faire son idée.

    Yovo Le 23/09/2020 à 19:14:37
    Stern - Tome 4 - Tout n'est qu'illusion

    Avec « Tout n’est qu’illusion » les frères Maffre nous entrainent encore vers l’inattendu. Maitrisant parfaitement l’univers qu’ils ont construit, ils prouvent leur capacité à nous surprendre à tous les coups. Je salue cette prise de risque et ces détours imprévisibles d'album en album, même si le scénario de ce 4° tome n’est pas le meilleur.
    En revanche le dessin est toujours aussi bon. Le trait peut paraitre un peu moins précis mais il est renforcé de couleurs aquarellées plus brutes, plus denses qui créent de superbes atmosphères.

    Échoué à la Nouvelle-Orléans, Elijah Stern va cette fois se confronter à de bizarroïdes personnages entre deux potions vaudou. On peut éventuellement regretter que l’ambiance western soit ici totalement délaissée, la poussière du Kansas étant remplacée par la touffeur saumâtre de la Louisiane. Ce changement radical d’acteurs et de décor va désorienter des lecteurs mais il permet de renouveler le terreau de ces aventures et d’élargir d’autant le champ des possibilités pour la suite.

    Puisse Stern promener encore longtemps sa silhouette malingre et son regard mélancolique dans un Ouest décalé qui se réinvente continuellement au fil de cette formidable série grâce au talent des Maffre Brothers !

    Yovo Le 20/09/2020 à 12:08:21
    RIP - Tome 3 - Ahmed - Au bon endroit au mauvais moment

    L’univers horriblement morbide développé par RIP était déjà génial et justifiait à lui seul la lecture. Mais la dimension de thriller qui se greffe dessus tome après tome en fait une série d’une efficacité diabolique. Tout est imbriqué et se recoupe depuis la 1ère page du 1er album. Chaque rouage s’ajuste au millimètre et met en branle une mécanique monstre dont aucun détail n’est jamais laissé au hasard. Gaet’s fait preuve d’une intelligence et d'une habileté redoutable au scenario. Il livre un bijou d’écriture dont la construction, complexe et multidirectionnelle, est aussi parfaitement huilée que brillamment dessinée et mise en page par Monier. Le casting est impec, l’ensemble est fluide, immédiatement identifiable, et ne perd jamais le lecteur qui n’a plus qu’à jubiler devant un tel chef d’œuvre de cynisme !

    Une série probablement unique dans le paysage de la Bande Dessinée. Déjà culte ?

    Yovo Le 13/09/2020 à 11:56:05
    Gentlemind - Tome 1 - Gentlemind - Épisode 1

    « Gentlemind » se distingue d'abord par une grande liberté formelle : le découpage en cases très variées (sans cadres, rondes, étroites, pleine pages…), les couleurs fanées - parfois parsemées d’éclats plus vifs - et les textures tramées donnent une atmosphère vintage et une énergie folle à cet album. Quelle ambiance !
    Le dessin anguleux et chargé peut sembler brouillon mais il est parfaitement maitrisé. Les lumières travaillées à l’aquarelle lui apportent profondeur et vivacité. C’est vraiment très beau.

    Et c’est aussi par le scenario que brille « Gentlemind ». Il faut être attentif car l'ensemble est dense, mais l'écriture est précise et ciselée. Ne vous fiez pas à la preview ; passées les 1ères pages un peu déroutantes, le récit est porté par des personnages charismatiques et touchants qui gagnent en intensité au fil des pages.

    Franchement je n’aurais jamais pensé que la simple histoire d’un magazine puisse autant me passionner… Il faut dire que le contexte historique (1940), les relations complexes entre les protagonistes et les enjeux qui se dessinent au fur et à mesure nimbent ce 1er tome d’émotions inattendues et le hissent au dessus du lot.

    Une excellente BD, très originale, intelligente et particulièrement bien réalisée. Bravo !
    A lire absolument.

    Yovo Le 11/09/2020 à 21:50:23
    Terre - Tome 1 - Le vieux monde

    Un 2ème cycle qui démarre assez bien sur le plan visuel. Le dessin, intemporel et élégant, met bien en valeur les volumes par sa technique de stries et apporte une indéniable plus-value à cet album.

    Le scenario n’est malheureusement pas à la hauteur. Il n’est pas désagréable mais rien ne vient lui apporter une quelconque profondeur. Les tribulations de Mandor et Beth partant à la découverte de cette étrange planète Terre semblent non liées et plus ou moins gratuites… Aucun fil narratif ne les inscrit dans une logique ni sur des bases solides. On ne ressent absolument pas l’impératif de survie par exemple.
    Rodolphe, qui apparemment ne sait toujours pas comment donner du corps à ses personnages, les fait divaguer au hasard en puisant sa timide inspiration chez son confrère Léo, scènes d’amour comprises. Le cahier graphique à la fin en est un bon exemple : en trois petites phrases il nous en apprend beaucoup plus sur les protagonistes que l’histoire elle-même. C’est dire le peu de considération que le scénariste accorde à son casting.

    En conclusion c’est plutôt une BD sympa, restons objectif, mais on est effectivement loin de la qualité de « Ter », qui comportait pourtant déjà de grosses lacunes scénaristiques.

    Yovo Le 07/09/2020 à 07:14:14

    L’ébullition qu’il y a eu autour de « Carbone & Silicium » avant même sa sortie témoigne de l’attente que suscite le jeune prodige Mathieu Bablet. Pour preuve, les 2500 exemplaires du tirage limité sont partis en 2-3 jours. Du coup, je suis bien heureux d’avoir le mien !

    Et ce nouvel album est un véritable chef d’œuvre, je n’ai pas d’autre mot. Rien qu’imaginer la somme astronomique de travail que représentent ces 250 planches donne le vertige ! Ses perspectives hallucinantes, ses lumières éthérées, ses personnages biscornus, sa profondeur métaphysique en font une œuvre hypnotisante, puissamment mélancolique, en tout point magnifique.

    Bien évidemment, si vous faites partie de ceux qui ont descendu « Shangri-La », ne prenez même pas la peine de le feuilleter, ce n’est clairement pas fait pour vous.

    En tout cas « Carbone & Silicium » confirme M. Bablet comme l’auteur le plus doué de sa génération et je ne l’imagine pas repartir bredouille du prochain Angoulême…

    Yovo Le 29/08/2020 à 13:11:27

    [:: SPOILERS ::]

    Qu’il est dur de confirmer après un 1er titre réussi ! Lucas Harari, comme tant d’autres avant lui, aura buté sur cet écueil…Après « L’aimant », album à la force incroyable, j’avoue que j'espérais mieux de « La dernière Rose de l’été ».

    Harari a su créer une superbe ambiance mais n’arrive pas à la maintenir sur la durée. Et le rythme en pâtit. Les 100 premières pages se lisent très rapidement (trop rapidement?) et se passent sans évènement majeur avant que la sauce ne prenne enfin. Mais les 30 dernières pages basculent plus ou moins dans le thriller, ce qui n’était pas le mode narratif employé jusque-là. On sent alors qu’il est moins à l’aise graphiquement, son trait n’étant guère adapté à l’action. Et scénaristiquement, ce passage est aussi moins crédible.

    Si visuellement l’ensemble est splendide avec cet encrage contrasté et ces couleurs éclatantes légèrement texturées, le récit pêche un peu par mollesse et manque d’acuité. Il y a pourtant de très bons personnages, un décor parfait, une ambiance idéale. Les ingrédients rêvés pour une histoire prenante ! Sauf qu'il n’y a pas vraiment d’histoire. On a plus l'impression d'un simple fait divers auquel le héros, falot, participerait de loin et malgré lui. Le dénouement n’apporte pas les réponses attendues et on ne sait pas ce qu’il advient des protagonistes : le docteur, Rose, le cousin... Les autres jeunes, aussi, qui auraient pu servir de contrepoint ne font que de la figuration. Et l’inspecteur ne clôt même pas son enquête.

    Par ailleurs l’auteur fait une fixette sur « Martin Eden » de Jack London qui revient du début à la fin. Je connais mal ce livre, je n’ai donc pas forcément saisi les références ni su s’il y avait un intérêt à avoir focalisé ainsi sur ce roman.

    A côté de ça, les dialogues sont très bien écrits. Ils fourmillent de petites bizarreries subtiles qui résonnent comme des indices à déchiffrer. C’est là qu’est le talent immense de cet auteur. Il n’a pas son pareil pour instiller un climat mystérieux, des personnages qui se toisent et se tournent autour, du silence, une violence indistincte et contenue, une forme de psychose contagieuse, un background esthétique et distingué qui flirte avec le fantastique. Ses planches ont toujours une étrangeté inquiétante et vibrent d’une menace invisible et pesante. La magnifique couverture en témoigne. Cela me fait penser au films de Dominik Moll ("Harry, un ami qui vous veut du bien", "Lemming"…) ou "Swimming pool" de F. Ozon.

    Tous ces éléments sont bien présents dans « La dernière Rose de l’été » mais sont comme éparpillés au hasard, sans être au service d’une intrigue qui se resserrerait, révèlerait des choses cachées et ferait sens. C’est plutôt le contraire. La trame de l’histoire est assez ténue et n’aboutit nulle part. Pas même à l’éclosion du personnage principal, Léo, comme écrivain. Je m’attendais à découvrir sa littérature à la fin mais rien, pas une page, pas une phrase. Pas de mise en abîme non plus comme dans l’épilogue magistral de « L’aimant », ni rebondissement, ni fausse piste, pas plus qu’un rôle quelconque joué par la collection d’art ou l’architecture de la villa… bref, rien qui donnerait corps à l’histoire. Ici, tout semble survolé de haut, sans enjeu clair. Et toutes les petites anomalies aperçues ici ou là, tous les personnages un peu étranges glissés habilement au fil des planches (le maçon, le voisin, le chat…) ne servent finalement à rien.

    Je suis un peu sévère mais je suis frustré car je n’avais pas envie d’être déçu par cet auteur auquel je crois. Je me rends compte que j’en attendais sans doute trop. Objectivement cela reste un bon album, superbement dessiné et mis en couleur, particulièrement bien édité par Sarbacane (format XL, dos toilé, papier épais). Et je continuerai évidemment à suivre sans hésiter Lucas Harari dans ses prochaines publications. En attendant je vous invite à vous précipiter sur « L’aimant » si vous êtes passé à côté et à laisser votre curiosité se piquer à cette dernière Rose de l'été.

    Yovo Le 28/08/2020 à 21:18:33

    Un très bel album qui baigne dans une ambiance visuelle splendide. Avec une maitrise graphique admirable, Tiburce Oger varie les angles et offre à ses décors une lumière et une palette de couleurs extraordinaires. Il fait étinceler la neige et enflamme le ciel comme jamais. Les pleines pages en sont renversantes !

    Si j’insiste sur l’atmosphère c’est que ce n’est pas une BD d’action. Ceux qui recherchent un western épique, des chevauchées sauvages, des duels à mort ou des attaques de diligences risquent d’être déçus. Ghost kid est une longue et lente errance, du Dakota du nord au Mexique, emplie de digressions, de scènes intimistes et de détails imperceptibles. Cela confère à cet album une identité très singulière et, pour ma part, inoubliable !

    J’ai vraiment aimé, même s’il ne s’y passe pas grand-chose et que le scenario aurait pu être plus complexe. Personnellement, j’aurais souhaité revoir Meredith, la patronne du ranch par exemple… mais j’accepte ce choix assumé d’un scenario qui déjoue les attentes et propose une autre partition. C’est ce que fait Jim Jarmusch au cinéma et que réussit très bien T. Oger ici. Pour illustrer cette idée, le clin d'oeil à Undertaker (p.28/29) est un passage savoureux ! Le vieux cow-boy rhumatisant qui enterre le ténébreux croque-mort peut se lire comme la BD d’auteur surclassant la série commerciale... Une petite pique fort sympathique !

    Voici donc une belle parution, sensible et intelligemment orchestrée, qui témoigne elle aussi de la santé éblouissante du western ces dernières années. A découvrir absolument !

    Yovo Le 26/08/2020 à 20:33:47
    Le roy des Ribauds - Tome 3 - Livre III

    La couverture somptueuse donne le ton. Quand les bas-fonds de Paris s’agitent, ça saigne !..
    J'adore la légère exagération du dessin, parfaitement dosée.
    Une saga médiévale absolument géniale !

    Yovo Le 22/08/2020 à 11:50:25
    Le viandier de Polpette - Tome 1 - L'ail des ours

    Cette série est vraisemblablement abandonnée et c’est bien dommage ! L’histoire est toute simple mais pleine de drôlerie et de tendresse. Une fable gastronomique et poétique en forme de récit d’apprentissage.

    Le cadre est bien trouvé : un petit château abritant une auberge, perdu au fond des bois, dans lequel vit en exil le jeune comte de la contrée, seul depuis son enfance avec une poignée d’habitants. L’improbable époque médiévalo-industrielle aux anachronismes savoureux rajoute à son attrait. Le ton résolument optimiste a cette capacité rare à mettre le lecteur de bonne humeur. Les décors pittoresques et les personnages aux caractères bien trempés, ajoutés aux nombreuses et alléchantes recettes illustrées qui garnissent les pages, garantissent un irrésistible plaisir de lecture.

    Une BD tout public, facile à lire et revigorante. Si vous tombez dessus dans une brocante, n’hésitez surtout pas car ce 1er et unique tome peut heureusement se lire comme un one-shot. Vraiment sympa !

    Yovo Le 20/08/2020 à 10:57:16
    La déconfiture - Tome 2 - [Seconde Partie]

    De par ses dialogues travaillés, sa poignée de personnages, ses phases d'action circonscrites à des décors très simples, « La déconfiture » pourrait être facilement adapté au théâtre. Et cela donnerait probablement une pièce intelligente et cinglante.

    Rabaté livre une vision crue de la défaite en se glissant au milieu de ses semblables. Des gens normaux devenus soldats, puis prisonniers, sans vraiment comprendre pourquoi.
    Ici, pas de champ d’honneur ni bataille en cinémascope ; pas d’état-major ; pas de romantisme guerrier, de sacrifice héroïque ou d’esthétisation de la violence ; pas d’envolées nationalistes ni pamphlets libertaires ; pas plus de morale, de justice ou de leçon. C’est cela la déconfiture. Ce n’est pas que la défaite d’une nation, c’est surtout la défaite de l’âme humaine. Sans décorum.

    A travers son personnage d'Amédée, un homme certes ordinaire mais instruit, déterminé, perspicace et posé, Rabaté questionne notre humanité. Si ses convictions à lui vacillent et qu’il ne peut s’en sortir sans piétiner ses valeurs, y serions-nous parvenus nous-même ? A chacun sa réponse...

    Un diptyque édifiant aux dessins superbes. A lire absolument.

    Yovo Le 20/08/2020 à 10:54:11
    La déconfiture - Tome 1 - [Première Partie]

    La déroute française de juin 40 vue par un biffin lambda parmi des milliers d’autres.
    Un récit écrit à hauteur d’homme, d’autant plus frappant qu’il est simple, épuré, laissant tout sensationnalisme de côté. Comment mieux décrire la défaite qu’en illustrant cette déconfiture avec l’économie dont fait preuve Rabaté ? Un décor quasi unique et bien documenté, des anecdotes, un rythme imprévisible, un trait juste et réaliste : la guerre comme si vous y étiez. Très bel album.

    Yovo Le 16/08/2020 à 20:46:00
    Charlotte Impératrice - Tome 2 - L'Empire

    bd.otaku a déjà tout dit et mieux que je ne saurais le faire. Je ne vais donc pas faire trop long:

    Découvrir comment, dans ce 2ème tome, l’héroïne se complexifie, se raffermit et s’élève par l’exercice du pouvoir est exaltant ! Mise à mal par l’incompétence ubuesque de son mari, Charlotte est cernée d’ennemis - y compris au sein de son palais - et elle doit mettre en œuvre toutes les ressources que son intelligence lui permet pour garder le contrôle de la situation dans un Mexique inconnu, hostile et dangereux, poussé au bord du gouffre par une violente insurrection et de sombres intérêts.

    Ce destin, cette fatalité, ce romantisme que le scenario met en place avec une méticuleuse précision, le dessin le fait éclore sous nos yeux case après case et c’est un enchantement visuel. La complémentarité parfaite des auteurs est palpable et tous deux réalisent un travail exceptionnel. Mention spéciale aux cadrages audacieux de Matthieu Bonhomme qui servent constamment la narration et renforcent le récit. J’avoue que j’ai eu un peu plus de mal avec la couleur, parfaite pour les décors mais moins bien sur les visages, rendus uniformément oranges par des aplats trop ternes. Hormis ce détail, une telle qualité de réalisation est rare.

    Cet album est superbe et je n’ai aucun doute sur le fait que « Charlotte impératrice » devienne une série majeure.

    Yovo Le 12/08/2020 à 21:18:48
    Charlotte Impératrice - Tome 1 - La Princesse et l'Archiduc

    Je retiens surtout de ce premier tome l’extraordinaire élégance du dessin de Matthieu Bonhomme. Un trait d’une grande finesse, précis, d’une lisibilité parfaite. D’habitude ce n'est pas le style que j’affectionne le plus mais là, je ne peux que saluer le talent de l’artiste ! La colorisation d’Isabelle Merlet est parfaitement adaptée et confère à l’album un éclat romanesque assez intense.

    L’histoire en elle-même est un peu fleur bleue mais reste passionnante. Le rythme global est dense et rapide mais cela n’empêche pas chaque scène d’être bien développée grâce à une pagination généreuse.

    L’alternance de faits historiques, de passages intimistes, d’action et de psychologie m’a procuré un véritable plaisir de lecture. C'est du très bon Nury. J’ai aussitôt acheté le second tome et je vais me plonger dedans avec avidité.

    Yovo Le 09/08/2020 à 01:51:00

    280 pages de course sauvage en plein désert pour une BD qui sent fort la gomme, le cuir et le gasoline ! En mettant à l’honneur les hot rod, ces vieilles Ford des années 30 aux V8 surgonflés, la mise en page très cinématographique est carrément jubilatoire !

    Fane a su créer une ambiance spectaculaire dans un background 60’s convaincant, avec un vrai suspense et un rythme de dingue. Les enjeux se révèlent peu à peu et donnent à cette Runaway Rebel Race un air de fin du monde où personne n’a plus rien à perdre. Et le jeu des personnages, tous plus ou moins piégés par leur orgueil, apporte un surcroît d’humanité à cet enfer mécanique.

    Par contre, la scène d’arrivée m’a laissé dubitatif :
    [SPOILER] >
    Les 5 dernières pages de la course sont bizarrement faites et je n’ai pas compris tout de suite les réelles intentions de Billy Joe avec Cristal, son visage exprimant plus la folie qu’autre chose... C’était le moment crucial et il n’est pas complètement réussi, dommage.
    < [FIN DU SPOILER]

    Bon, soyons honnête, cette histoire manque de fond. Ça défouraille à gogo mais ça ne vole pas bien haut. En gros c’est une course (il n’y a pas tromperie sur la marchandise !) mais ce n’est qu’une course, quoi ; ne pas en attendre autre chose. Il faut donc la prendre comme un pur divertissement, une sympathique série B. Fane s’est fait plaisir et c’est communicatif : tous les amateurs de grosses cylindrées et de cinoche à la Tarantino seront comblés.

    Dans cette optique, n’hésitez pas à vous aligner au départ et foncer dans « Streamliner », une BD pleine de fureur et d’adrénaline !

    Yovo Le 31/07/2020 à 10:32:15

    Enjouée, décomplexée, burlesque, émouvante, d’une impertinente modernité... Jen Wang, que je ne connaissais pas, livre avec « Le prince et la couturière » une histoire irrésistible portée par une énergie qu’on aimerait voir plus souvent ! De plus, elle est idéalement incarnée par des personnages tous plus réussis les uns que les autres. Le résultat est fluide, intelligent, généreux, sans moralisme ni caricature, plein d’enseignement, de sagesse et d’amour.

    Autre qualité, l’ensemble est d’une grande modestie, l’autrice ayant employé des moyens graphiques et littéraires très simples. Et cette économie sur la forme valorise d’autant plus le fond par la justesse du propos. Aucune scène, aucune réplique ne manque jamais sa cible. Cela encourage le lecteur à faire preuve de tolérance et d’empathie mais surtout, grâce à cette approche sans chichi, les questionnements assez profonds qui émergent au fil du récit sont rendus parfaitement abordables, même pour un jeune public.

    En définitive c’est le seul conte de fée qui m’a vraiment donné envie d’y croire ! Bravo !

    Yovo Le 29/07/2020 à 14:59:04
    Les chroniques de l'Univers - Tome 1 - La Thrombose du Cygne

    Très divertissant !
    Un album grand public qui permet une belle immersion grâce au soin apporté aux personnages et aux décors du vaisseau. Du coup, les lieux et les acteurs deviennent très vite familiers. Ça n’est pas si courant et c’est une qualité que j’apprécie.

    Mais c’est surtout le rythme qui dépote !! Pas une seconde de répit. Dès la 2ème page on est happé dans l’histoire pour n’en ressortir qu’à la dernière, complètement essoré !

    C’est cela que je préfère en retenir car le contenu est assez basique et fantaisiste. Inutile d’y chercher quoi que ce soit de crédible. Mais franchement, on s’en fout. C’est fun, pêchu, dépaysant, dans un esprit très ado, limite régressif. Ça ne conviendra pas à tout le monde mais moi qui n'en attendais rien, ça m’a suffi.

    Si cette dynamique se poursuit dans les prochains tomes, cette série pourrait même aller taquiner « Sillage ».
    Une bonne introduction.

    Yovo Le 29/07/2020 à 14:49:29
    Isola - Tome 1 - Tome 1

    Très sympa cette BD. Quand on aime l’Heroic Fantasy, franchement, difficile d’être déçu. Le dessin à lui seul mérite des éloges. Les personnages, décors, créatures sont parfaitement réalisés et bénéficient de cadrages dynamiques et super efficaces. Les couleurs informatiques sont bien gérées et posent de très belles ambiances. Visuellement c’est un régal.

    Il est vrai que le scénario est un peu confus par moment, surtout quand s’entremêlent visions chamaniques et réalité, mais ça n’empêche en rien de comprendre l’histoire, d’ailleurs fort simple. Ça manque juste de fluidité.

    Ce n’est donc pas parfait mais c’est une belle découverte. Et même si j’attends mieux pour la suite, je suivrai la série.

    Yovo Le 29/07/2020 à 14:43:07

    Excellent album ! Je pense qu’il faut le voir comme une pure fiction et non comme un plaidoyer écologiste. L’écologie n’étant que le contexte de ce scénario palpitant.

    Le canevas scientifique est parfaitement crédible, les personnages sont bien approfondis et le rythme très efficace crée une ambiance de polar haletante, inattendue pour un récit se déroulant dans une forêt suédoise... bref, l’histoire est particulièrement solide et s’inscrit plus dans le fantastique que dans le catastrophisme.

    Si l’on rajoute une partie graphique d’une grande finesse, élégante et expressive, on obtient une belle BD, aussi originale qu’intelligente.

    Moi qui suis un grand admirateur de Francis Hallé, le plus grand botaniste du monde, je ne peux que me réjouir que ses travaux (et son visage) aient inspiré Zep. De plus en plus étonnant ce Zep d’ailleurs... un auteur très singulier au talent immense !

    Yovo Le 25/07/2020 à 20:37:14
    Méto - Tome 3 - Le monde

    J’ai trouvé « Le monde » un peu plus convenu que les tomes précédents. Le 1er avait pour lui un univers carcéral très oppressant, le 2ème de l’action et des rebondissements. Ce 3ème et dernier opus s’attache à répondre aux questions posées depuis le début et amener un dénouement très sage et sans réelle surprise. C'est un peu dommage.
    Le dessin, parfois imprécis dans le traitement des visages, ne parvient pas non plus à tirer l’album vers le haut. Mais au final, je ne suis pas trop déçu. Ce chapitre reste cohérent et clôture une trilogie assez originale et agréable à lire, au-delà du public adolescent ciblé.

    Yovo Le 14/07/2020 à 21:54:50
    Renée Stone (Une aventure de) - Tome 2 - Le Piège de la mer Rouge

    L’intrigue de ce 2ème tome est nettement plus fluide que « Meurtre en Abyssinie ». C’est d’autant plus agréable à lire. Et retrouver Renée Stone et ses compères sur les traces du fabuleux trésor d’Assurbanipal, mythique souverain d’Assyrie, est un vrai plaisir !

    Le dessin vif et finement texturé de Clément Oubrerie avec ses belles couleurs tramées permet une immersion fascinante à Djibouti en 1930 dans une superbe ambiance « Indiana Jones », mâtinée d’esprit littéraire, de rêveries poétiques et de touches d’humour. Comme nous l’explique la postface, les personnages sont tous inspirés de personnalités ayant réellement existé (Renée Stone est Agatha Christie). Julie Birmant a donc créé une aventure romanesque à souhait, pleine de passion, de saveurs et de rebondissements.

    Une série réussie dont j’attends le 3ème et dernier tome avec une grande impatience.

    Yovo Le 09/07/2020 à 09:37:47
    Conquêtes - Tome 5 - Enorus

    Ce dernier tome n’a rien à voir avec les précédents qui décrivaient les difficiles conquêtes de planètes inconnues par des armadas humaines. Ici le scenario se focalise sur la débâcle de la flotte canadienne quand elle réalise que sa planète-cible est inhabitable… Pas de "Conquête", donc. Pas d’échappatoire non plus, les vaisseaux étant en ruine. Son seul salut : s’emparer d’autres bâtiments passant à sa portée…

    On est beaucoup plus dans le genre guerre que dans le genre science-fiction. Et dans ce registre là, ça va, ce n’est pas trop mal fichu. Personnages, décors, design : aucune surprise, c’est du basique mais ça tient la route. Et pour être honnête, cet album n’est pas désagréable à lire.

    Mais il est regrettable que cette série n'ait eu que des ambitions commerciales. Des dessinateurs tâcherons et aucun développement scénaristique. Ça a été fait à la va-vite pour en vendre le plus possible. Et comme par hasard, le 1er tome était le meilleur, évidemment. Il fallait bien appâter le chaland… Et dire que j’ai librement consenti à m’y faire prendre !

    Bref, je retiens quand-même de tout ça une vision de l’humanité particulièrement sombre. Nous sommes décrits comme une espèce aux abois, abâtardie, cherchant à survivre à tout prix mais vouée à l’autodestruction. Constat amer qu’hélas, je partage.

    Yovo Le 05/07/2020 à 21:03:07
    Le convoyeur - Tome 1 - Nymphe

    Mouais... Je n’avais que peu d’attentes sur cette série, ma déception n’est donc pas immense. A la base, je ne l’ai acheté que pour Dimitri Armand dont j’ai vraiment adoré le travail sur "Sykes" et "Texas Jack". Rien à dire coté dessin, c’est une très belle réalisation.

    En revanche je suis peu enthousiaste sur le scénario qui en fait des tonnes. L’idée de départ est pourtant bonne : Une bactérie inconnue s’attaquant uniquement au fer a réduit notre monde à néant puisque cet élément se retrouve dans quasiment tous les objets créés par l’homme, de la cuillère au béton armé en passant par les armes et les moyens de transports et communication, y compris dans son sang ! Mais pourquoi avoir alourdi ce concept hyper réaliste en rajoutant des personnages mutants dotés de super-pouvoirs ? C'est lourd ! J’ai eu l’impression de me retrouver au milieu d’un comics de base, avec boule de feu, télékinésistes et femme-araignée qu’on croirait copiée sur le personnage de La Traque dans la géniale série "Saga"... Perso, quand j'achète du franco-belge, ce n'est pas pour avoir du comics.

    Sans compter un découpage peu lisible qui n'aide pas à suivre... On devine bien sûr que de nombreux développement vont survenir avec ce personnage archi-méga-mystérieux du Convoyeur. Mais l’affubler de poings incandescents, de rituels bizarres et de lunettes de soudeur ne suffit pas ! Du coup, j’espère sincèrement que le scénariste (qui manifestement se prend très au sérieux) en a sous le pied pour les prochains tomes.

    Pour l’instant, je suis clairement resté sur ma faim et même s’il ne s’agit que d’un tome d’introduction, je n’ai pas accroché au point de vouloir absolument connaitre la suite. Mais bon, je sais déjà que je la lirai quand même !

    Allez va, 2 étoiles pour l'excellent dessin, bravo M. Armand !

    Yovo Le 04/07/2020 à 12:07:10

    Pour être honnête, tout ne m’a pas complètement plu dans « Géante ». Mais je n’ai pas envie de critiquer cette très belle BD dont la lecture est un vrai plaisir.

    Le dessin, au trait clair et tout simple, possède un charme fou et ses couleurs légères l'embellissent avec bon goût. Un dessin parfaitement adapté à ce conte initiatique. Les personnages sont marquants et bien croqués, les décors agréables et l’ensemble, parfois épique, ne manque ni de souffle ni d’humour.

    J’ai quand même pu ressentir ici ou là un léger amateurisme dans la réalisation : par exemple, Céleste est censée faire 20 mètres de haut mais n’a pas l’air d’en faire plus de 4 ou 5 dans certaines séquences. Je sais que le dessin ne se veut pas réaliste, mais je pense que sa taille de Géante est un élément prépondérant qui aurait mérité d’être un peu plus soigné. Cela dit on peut aussi considérer que ce côté « bricolage » donne à l’album un petit cachet artisanal sympathique.

    Après – et ce point se discute – la forme générale de l’histoire est vraiment très enfantine. Ce n'est pas mal en soi, mais cela empêche d’après moi les sujets de fond d’émerger. De nombreuses questions passionnantes sont posées, comme la différence, l’émancipation, l’accomplissement, la liberté, le dogmatisme… avec en point d’orgue un saisissant plaidoyer féministe. Mais je trouve que ce contenu, ô combien fécond, est affaibli par cette forme très naïve. Si la richesse scénaristique avait été creusée et traitée de façon plus mature, elle aurait sans doute atteint une vraie profondeur qu’elle ne fait ici qu’effleurer.

    Toutefois, ce que l’histoire perd en réflexion elle le gagne en tendresse. En cela « Géante » est pleinement réussit et reste une œuvre aussi belle que poétique à lire et à relire et (s’)offrir.

    Yovo Le 28/06/2020 à 19:31:13

    J’ai acheté ce titre en édition limitée sans réfléchir parce que c’est Brüno et Nury. Mais j’ai mis plusieurs semaines avant de le lire, pas franchement motivé par son aspect documentaire.

    Après une lecture attentive, mon ressenti sur cet album est étrangement partagé :

    D’un côté, c’est une œuvre glaçante au style puissant qui pose d’excellentes questions. La description méthodique des faits, énoncés de façon neutre et détachée, fait vraiment froid dans le dos. Tout comme le portrait qui se dessine des États-Unis, entre culte des armes, omniprésence du fric et du drapeau, justification de la violence, manichéisme effroyable entre les « bons » et les « méchants », média partisans qui promeuvent et relayent une idéologie nationaliste, vénération de la guerre et de l’héroïsme qui va jusqu’à idolâtrer un tueur, et le sempiternel recours à Dieu et à la religion... Tout cela se mêle et résonne à chaque page. Mais sans volonté de juger de la part des auteurs, ni même tenter d’analyser quoi que ce soit. Le simple étalage de cette histoire, décortiquée comme le fait Fabien Nury, suffit à démontrer les maux de la société américaine et comprendre comment un Trump a pu être élu.

    D’un autre côté, le récit est dense, factuel, austère et volontairement dénué d’émotion. La répétition de certaines cases et l’absence assumée d’action et de suspense peut déstabiliser.

    De plus, le parallèle avec le film « American sniper » est un peu longuet et moyennement pertinent. Bref, cet album a tous les défauts de ses qualités. Comme je le disais plus haut j’aurais souhaité une dimension d’analyse supplémentaire, puisque ici c’est au lecteur de fournir tout le travail de réflexion à partir des données brutes énumérées dans les pages. Finalement c’est le sujet entier qui pourrait être remis en question. On peut légitimement se demander pourquoi, en tant que français, avoir réalisé ce livre ? Pour dire quoi, faire passer quel message ? En quoi est-ce censé nous concerner ?

    C’est donc un bouquin sérieux qui ne s’adresse pas à tout public. Il fait appel au sens critique et réclame de s’intéresser un minimum à l’actualité, d’être capable de la décrypter et d’avoir connaissance des fractures que provoquent la politique américaine sur le monde et sur sa propre société.

    Ce qui est sûr c’est qu’il s’agit d’une œuvre remarquablement intelligente et solide, fascinante par bien des aspects. Même si on est loin de Tyler Cross, cette nouvelle proposition par ces 2 auteurs de génie est aussi clivante qu’intéressante. Beaucoup la critiqueront mais au final, je suis très heureux de l’avoir dans ma bibliothèque et je la relirai à coup sûr.

    Yovo Le 25/06/2020 à 12:14:52

    On ne peut pas lire « Peau d’homme » sans avoir une pensée émue pour Hubert, disparu en février dernier, et se dire qu’il s’agit certainement de son ultime scenario.
    Et c’est un beau scénario ! Une fable médiévale aux parfums licencieux et subversifs. Elle met en scène la noble Bianca, héroïne affranchie qui défiera la mainmise du clergé sur sa cité en gagnant la possibilité de changer de sexe par la magie d’une peau d’homme. Sa sagacité et sa hardiesse contre le conservatisme en fera un(e) chantre de la liberté.

    Il y est aussi beaucoup question d’homosexualité. Sans doute un peu trop à mon goût, dans la mesure où ce thème occupe une grande partie de l’album sans réel enjeu ni progression de l’intrigue, comme s’il se suffisait à lui seul. On devine clairement que ce sujet tenait au cœur d'Hubert...

    Au-delà du comique de situation et des gentilles caricatures, j’aurais également aimé que les développements soient plus approfondis et que les personnages secondaires soient plus étoffés. Mais l’histoire reste suffisamment forte, originale et fluide pour captiver. Et sa lecture est des plus agréables.

    Il faut dire que ce récit est idéalement porté par un dessin aussi simple qu’efficace. A la base ce n’est pas mon style, mais en 3 pages, j’étais conquis par son épure et son expressivité. Il rend l’ensemble très poétique et immersif.

    Personnellement, je trouve le parallèle avec « L’Âge d’or » flagrant. Zanzim ayant notamment repris l’idée des mêmes personnages vus plusieurs fois dans la même case, concept qui avait fait merveille dans le chef d’œuvre de Cyril Pedrosa. Mais « Peau d’homme » possède une singularité propre qui en fait une BD à part, émancipatrice et magnifique, à découvrir absolument.

    Yovo Le 21/06/2020 à 22:03:54
    Les 5 Terres - Tome 3 - "L'Amour d'un imbécile"

    « L’amour d’un imbécile » est clairement le meilleur des trois tomes. Il allie action, tractations politiques et rebondissements avec une grande maîtrise narrative. L’intrigue progresse à grands pas et devient addictive… et bien malin qui pourra dire jusqu’où elle mènera !

    Quant au dessin, il reste de très bon niveau. Particulièrement propre et lisible, variant les plans, soignant les décors, expressif, il bénéficie en plus d’une mise en couleur agréable.

    Avec ce 3ème opus « Les 5 terres » sont enfin lancées et pourraient rapidement devenir une référence indiscutable.

    Yovo Le 08/06/2020 à 19:09:01
    Raven (Lauffray) - Tome 1 - Némésis

    Un 1er tome assez plaisant. Mathieu Lauffray réalise un très bon travail côté dessin, dans la lignée de Long John Silver.

    Côté scenario en revanche, c’est clairement insuffisant pour l'instant. Une enfilade de clichés dans une intrigue squelettique... Lauffray y va franco sans chercher l’originalité ni la crédibilité. Il se fait plaisir en privilégiant le rythme, l’exotisme et l’action. Ça reste donc agréable à lire et l'on peut s’en contenter si on n’est pas trop exigeant.

    La mécanique de ce « Raven » m’a fait penser à celle d'« U.C.C Dolorès » : un dessinateur talentueux qui se lance tout seul dans l’écriture ; une aventure ultra-basique formatée grand public ; une gigantesque promo de l’éditeur. La recette d’un futur succès ? Probablement…

    Yovo Le 01/06/2020 à 23:12:38
    Le dernier Atlas - Tome 2 - Tome 2

    Les "Atlas" étaient de gigantesques robots nucléaires jadis conçus par la France pour réaliser les plus gros chantiers d'après-guerre. Le "Georges Sand" est le dernier d'entre eux encore debout. Remisé en Inde depuis des années en attendant son démantèlement, il est d'abord volé à des fins terroristes par Ismaël Tayeb, un truand aussi trouble qu'intelligent, puis redirigé vers l'Algérie pour faire face à une menace exogène inconnue, potentiellement apocalyptique pour l'humanité…

    Un scenario toujours aussi impressionnant de maîtrise et de rebondissements ! Ce mix improbable de polar, uchronie et science-fiction est tout simplement l'une des BD les plus abouties que j'ai jamais lues. Rien n'est laissé au hasard dans cette histoire. Le moindre détail a son importance et enrichit l'intrigue. Les différents arcs narratifs sont traités de façon parfaitement réaliste mais ils convergent tous vers un dénouement fantastique et mystérieux. Et grâce au talent des scénaristes, je n'ai aucun mal à y croire.

    Malgré la multiplicité des personnages et des situations on n'est jamais perdu, l'ensemble étant d'une clarté remarquable. Et cette fluidité contribue grandement au formidable plaisir de lecture que j'ai ressenti ! Le dessin fait le reste. Il n'est pas très fin mais reste efficace et lisible. On appréciera d'ailleurs le caméo de Georges de "Groenland vertigo" qui s'invite p. 65.

    En un mot, c'est un sans-faute. Bravo aux auteurs pour cette aventure totalement addictive et palpitante ! Je croise les doigts pour que le niveau se maintienne dans le 3ème tome mais je n'ai guère de doute… Aux vues des 2 premiers tomes, l'ensemble ne pourra être, à mon avis, qu'un chef d'œuvre.

    Si vous êtes passés à côté, précipitez-vous !

    Yovo Le 01/06/2020 à 13:05:50
    Le roi des mouches - Tome 3 - Sourire suivant

    Le texte, très dense et littéraire, semble prendre de plus en plus d'importance et donne clairement l'impression de lire un roman. Articulé autour de plusieurs voix off, le ton général est cinglant, parfois pompeux, mais traversé de fulgurances géniales.

    Attention, cela reste difficile à lire. L'ensemble est étouffant, peu fluide et requiert une attention totale pour ne pas être perdu. J'en ai ressenti un léger sentiment de redondance et de lassitude. Le récit à base de délires psychotiques et d'onirisme nous emmène loin et peut laisser K.O !

    Au final, je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, mais au-delà du malaise qu'ils provoquent, ces trois tomes constituent bel et bien une œuvre à part, puissante et vertigineuse.
    A lire absolument !

    Yovo Le 01/06/2020 à 12:52:35
    Le roi des mouches - Tome 2 - L'origine du monde

    Il y a plus de protagonistes, le récit est donc plus complexe, plus difficile à suivre. Il faut avoir l'organigramme bien en tête pour comprendre toutes les interactions. Mais l'écriture, très littéraire, est toujours brillante, incisive, pleine d'éclats funestes et de fantasmes.

    Le dessin est peu dynamique mais retranscrit bien l'esprit névrotique d'Eric, avec sa colorisation en aplats sombres. Il contribue largement à l'ambiance cinématographique qui s'en dégage (mélange de Lynch et Tarantino).

    Je suis néanmoins d'accord avec l'avis de pokespagne. J'ai eu du mal à cautionner un récit qui sombre parfois en plein délire et malmène le lecteur. C'est prenant et remarquablement fait mais je n'ai pas retrouvé la magie du 1er tome.

    Yovo Le 22/05/2020 à 19:34:50
    La chute (Muralt) - Tome 1 - Épisode 1

    Ce n'est certes qu'un tome d'introduction mais il est de bonne facture et laisse présager une suite alléchante. Si le scenario est classique pour l'instant, il dénote par sa crédibilité, bien aidé en cela par un dessin réaliste et très soigné. Il en sort une impression de vérité qui ne peut qu'interpeller. Dans le contexte actuel de pandémie mondiale et de crise économique, cet album en est même troublant tant il résonne avec l'actualité.
    Je suivrai la série avec intérêt.

    Yovo Le 17/05/2020 à 19:57:00
    Le roi des mouches - Tome 1 - Hallorave

    Génial, ce Roi des mouches ! Glauque et morbide mais génial, dans une veine proche de Charles Burns ou Daniel Clowes. L'écriture est brillante et parfaitement en phase avec le dessin pour une plongée dans l'univers dérangeant d'un post ado désœuvré, accro aux cachetons, au sexe et à son costume de mouche !

    L'album est composé de petits sketchs interdépendants de quelques pages chacun, qui dévoilent des fragments de la personnalité psychotique d'Eric, antihéros fragile et déviant, autoproclamé Roi des mouches…

    Un 1er tome hypnotique et fascinant.

    Yovo Le 10/05/2020 à 11:57:04

    Super bien dessiné, parfaitement scénarisé et découpé, fluide, haletant, passionnant, intelligent, intense et rigoureusement documenté.

    Une mine d'informations doublé d'un rare plaisir de lecture !

    Une des BD de l'année à ne surtout pas rater.
    Pour moi, clairement indispensable.

    Yovo Le 10/05/2020 à 11:43:35

    Une histoire imbriquée dans une histoire, elle-même imbriquée dans une histoire etc...

    Le texte est dense, pointu et plutôt bien écrit, même si les situations s'enchainent de manière un peu artificielle. Il aurait toutefois fallu une réalisation plus ambitieuse pour nous y faire croire et nous sentir touché par le sort des personnages. Il faut dire que j'ai trouvé le dessin quelconque. En le refermant je ne savais même plus à quoi ressemblaient les protagonistes, tant ils sont peu incarnés, peu expressifs, austères, comme étrangers à ce qui leur arrive. J'avais pourtant fort apprécié le trait de C. Gaultier sur "Robinson Crusoé" et "Kuklos", notamment. Mais là, j'ai moins accroché.

    Cette fable, très littéraire et verbeuse, a quand même un vrai potentiel et reste donc originale et intéressante. Mais à condition d'y prêter beaucoup d'attention, voire d'en faire une relecture. C'est bien, mais je ne conseillerai pas pour autant ce "porteur d'histoire".

    Yovo Le 29/04/2020 à 21:15:00

    L’histoire est banale : deux ados, vainqueurs ex æquo d’une épreuve ancestrale, sont envoyés par leur tribu en quête d’un trésor légendaire… Ce récit entre Tolkien et Game of thrones pâtit un peu d’un rythme inégal et de personnages qui auraient mérité plus de profondeur, même s’ils sont bien campés. Néanmoins, certains partis pris narratifs rendent la narration attractive et moins bourrine qu’il n’y parait.

    Mais c’est par l’image surtout que cet album détone. Quel graphisme ! Varié, créatif, extrêmement dynamique, relevé de belles couleurs, avec des effets informatiques qui boostent le trait et décuplent encore son énergie. Certaines planches très oniriques nappent l’ensemble d’une poésie sombre et esthétique. La dénouement est malin et donne un sens inattendu à cette épopée. Bref, ce n’est pas parfait mais c’est un bon one-shot.
    Je surnote légèrement mais le gros boulot de l’auteur m’inspire un grand respect.

    Par contre, pourquoi ça s’appelle WahcommO ? Alors là, aucune idée...

    Yovo Le 27/04/2020 à 22:51:25
    Dans la tête de Sherlock Holmes - Tome 1 - L'Affaire du Ticket Scandaleux 1/2

    Ça saute aux yeux dès la 1ère page : cet album est inventif, vif, enlevé et immersif. Les planches rivalisent de textures et de détails. Les traits incisifs des personnages les rendent expressifs et bien caractérisés. On pourrait reprocher à l’ensemble du graphisme d’être tape-à-l’œil, d’utiliser un découpage frimeur et des procédés alambiqués... C’est vrai, mais je trouve que cela sert et complète le récit. Heureusement d’ailleurs, car en effet, les ficelles sont parfois grosses et l’intrigue manque un peu de finesse, ce qui est un comble pour un Sherlock Holmes !

    Mais au final il s’en dégage une impression de qualité et le plaisir est là. Un album original, très cohérent et bien mené. Je suis d’ores et déjà certain de le relire et j’attends le 2ème tome avec impatience.

    Yovo Le 24/04/2020 à 22:28:23
    Léna - Tome 2 - Léna et les trois femmes

    Un excellent récit d’espionnage. Peu d’action mais de la tension, du sens et de l’intelligence. La voix off laconique de Léna est efficace et traduit bien son flegme et son sang-froid, quelle que soit la dangerosité de la situation.
    Le dessin, plutôt neutre, est très agréable.

    Yovo Le 11/04/2020 à 13:20:11

    Django Reinhardt, guitariste prodige et créateur du Jazz manouche, a marqué l’histoire de la musique. Mais l’album ne s’intéresse qu’à son enfance ; c'est bien mais je trouve ça dommage dans la mesure où les lecteurs qui ne connaitraient pas l’artiste n’y trouveront que très peu d’éléments pour comprendre sa carrière et l’influence qu’il a pu avoir, encore aujourd’hui. Rubio a privilégié un récit linéaire au rythme chronologique, idéalisé et mythifié, faute d’informations fiables sur l'enfance de Django. Bien que ses intentions soient tout à fait louables, son récit trop anecdotique à mon goût ne m’a pas vraiment emballé.

    En revanche, coté dessin, c’est un régal ! Efa réalise un travail magnifique, particulièrement sur les couleurs, absolument superbes. Ses personnages expressifs et dynamiques sont tous très attachants. Ce graphisme chaleureux permet à "Django" d’être un bon album tout public et un agréable moment de lecture.

    Yovo Le 30/03/2020 à 22:57:53

    Du pur Vivès ! Je suis même étonné que cet album ait été co-scénarisé tant cette histoire lui ressemble, avec son art du silence un peu mystérieux et ambigüe. Comme toujours, le trait aérien ne dévoile que l’essentiel et laisse une place importante à l’interprétation. Cela donne une vivacité très contemporaine à ce polar, qui ne révolutionne pas le genre mais le sert honnêtement.

    Si vous n’aimez pas Vivès, passez votre tour. Si comme moi, il vous énerve parfois un peu mais que vous le jugez objectivement bon, voire incontournable, faites-vous plaisir, c’est une bonne BD. Un peu sèche, mais agréable à lire.

    Yovo Le 19/03/2020 à 20:14:49
    De Cape et de Crocs - Tome 12 - Si ce n'est toi...

    Très fort ce dernier tome ! Tout est raccord avec le premier cycle, la boucle est bouclée. C’était une excellente idée de consacrer 2 derniers chapitres à Eusèbe le lapin car je n’avais jamais réussi à apprécier ce personnage au fil de cette épopée ; son insondable naïveté et sa tête de Bisounours le rendant un peu horripilant. Mais il prend une toute autre dimension avec ses propres aventures qui n’ont rien à envier à celles de ses illustres compagnons !

    Eusèbe incarne cette foi inébranlable et désarmante en la bonté humaine, seule capable de changer le cours des choses. Sa bienveillance, son amour du prochain, son intégrité, son optimisme benoît, auront vaincu le bellicisme plastronnant de tous les fats et intrigants qui croisèrent sa route. Il en devient finalement le seul être libre de son temps. Il y a certes quelque chose de messianique derrière cette vision mais aussi une belle matière à réflexion. Cette profondeur, ajoutée aux jeux poétiques et aux références littéraires qui émaillent l’ensemble, élève le scénario à des niveaux rarement atteints.

    Voilà donc une série magnifique d’éloquence, de panache, de réflexion et d’émotion. Si en plus on considère, comme moi, que le dessin et les couleurs sont magistraux, vous obtenez un chef d’œuvre de la bande dessinée !

    Yovo Le 18/03/2020 à 21:40:25
    De Cape et de Crocs - Tome 11 - Vingt mois avant

    C’est vrai que cette suite – ou plutôt ce spin off – n’a pas grand-chose à voir avec la délirante énergie des tomes précédents ; ici le registre serait plutôt politico-historique. Mais ce scenario est mené grand train et force l’admiration par son écriture ciselée, ses personnages bien campés et une trame tissée de viles complots, que traverse Eusèbe le lapin avec une ingénuité biblique !
    Un nouveau cycle revigorant, magistralement dessiné, qui fait oublier les lourdes logorrhées de Bombastus au tome précédent.

    Yovo Le 16/03/2020 à 22:32:59
    De Cape et de Crocs - Tome 10 - De la Lune à la Terre

    Après leur victoire sur le tyran, Armand et Don Lope s’apprêtent à quitter la Lune et s’en retourner sur Terre. Mais le cœur s’en mêle, et rien ne se passera comme prévu…

    Cette conclusion est riche en émotion. Pourtant, j’ai quand même ressenti une légère lassitude. La faute aux monologues alambiqués de Bombastus qui m’ont fait frôler l’indigestion cérébrale, et aux ultimes rebondissements un peu téléphonés.

    Mais je pardonne aisément ces quelques fluctuations de régime, vu les intenses et inoubliables moments de bravoures qu’ A. Ayroles nous a fait vivre sur l’ensemble des 10 tomes. D’autant que dessin, contrairement aux héros qui regagnent le plancher des vaches, reste toujours, lui, au firmament !

    Yovo Le 15/03/2020 à 19:28:52
    De Cape et de Crocs - Tome 9 - Revers de fortune

    Suite à un énième coup de théâtre, notre équipage se fait justicier pour renverser la dictature sélénite. Ce qui donnera lieu, bien sûr, à son lot de course-poursuite, tirades en vers, retournements incongrues et bagarres à tous les étages !
    Un scénario enlevé, malin, plein de fougue et de fureur, porté haut par des valeurs humanistes et servi par un dessin généreux, superbe d’expressivité et d’imaginaire.

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:34:50
    De Cape et de Crocs - Tome 8 - Le maître d'armes

    La rencontre tant attendue de nos compères avec le mystérieux Maître d’armes est irrésistible et tient toutes ses promesses. Les couleurs, dominées par un blanc immaculé, confèrent une atmosphère onirique très réussie à la forteresse de cristal, sise en plein ciel ! Les dialogues d’Ayroles composés en partie d’alexandrins sont flamboyants, dignes de l’authentique Cyrano de Bergerac, qui se cache sous les traits du Maître d’armes !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:34:12
    De Cape et de Crocs - Tome 7 - Chasseurs de chimères

    La 1ère case est un chef d’œuvre et donne le ton. Le graphisme de Masbou monte encore d’un cran dans cet épisode. Les décors sont époustouflants, l’imagination de l’artiste semblant sans limite. La quête du légendaire Maître d’armes sera périlleuse et riche en péripéties. Quel souffle !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:33:42
    De Cape et de Crocs - Tome 6 - Luna Incognita

    Après un alunissage mouvementé, les 6 compagnons entreprennent des pérégrinations de plus en plus fantasques à la découverte de la folâtre civilisation lunaire ! Un 6ème tome de haute volée, tant au niveau de l’écriture étincelante que des superbes dessins de Masbou. Cette Lune-là est définitivement ensorcelante !

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:31:53
    De Cape et de Crocs - Tome 5 - Jean Sans Lune

    Avec ce 5ème tome, on quitte l’univers de la flibuste et de la chasse au trésor pour s’envoler dans la Lune à la poursuite des Sélénites ! L’aventure se rapproche donc du modèle qui l’inspire : Cyrano de Bergerac.
    Inventif et brillant, cet épisode redonne du souffle à l’extravagant périple de nos héros.

    Yovo Le 14/03/2020 à 21:30:49
    De Cape et de Crocs - Tome 4 - Le Mystère de l'île étrange

    On sent la passion de Masbou pour le théâtre et l’hommage qu’il veut lui rendre ici ; cependant, j’ai eu plus de mal à le suivre pleinement sur la fin de ce chapitre, où nos héros se confronte au peuple de la Lune !

    Le dessin accuse un petit coup de mou et l’auteur part quand même assez loin dans une ivresse littéraire qui confine au délire et pourrait laisser des lecteurs au bord de la route... Mais l’ensemble reste quand même de très bon niveau.