Cher lecteur de BDGest

Vous utilisez « Adblock » ou un autre logiciel qui bloque les zones publicitaires. Ces emplacements publicitaires sont une source de revenus indispensable à l'activité de notre site.

Depuis la création des site bdgest.com et bedetheque.com, nous nous sommes fait une règle de refuser tous les formats publicitaires dits "intrusifs". Notre conviction est qu'une publicité de qualité et bien intégrée dans le design du site sera beaucoup mieux perçue par nos visiteurs.

Pour continuer à apprécier notre contenu tout en gardant une bonne expérience de lecture, nous vous proposons soit :


  • de validez dans votre logiciel Adblock votre acceptation de la visibilité des publicités sur nos sites.
    Depuis la barre des modules vous pouvez désactiver AdBlock pour les domaine "bdgest.com" et "bedetheque.com".

  • d'acquérir une licence BDGest.
    En plus de vous permettre l'accès au logiciel BDGest\' Online pour gérer votre collection de bande dessinées, cette licence vous permet de naviguer sur le site sans aucune publicité.


Merci pour votre compréhension et soutien,
L'équipe BDGest
Titre Fenetre
Contenu Fenetre
Connexion
  • Se souvenir de moi
J'ai oublié mon mot de passe
AD

Les avis de - ArvoBlack

Visualiser les 432 avis postés dans la bedetheque
    ArvoBlack Le 09/04/2026 à 23:14:49
    Mauvaise herbe - Tome 4 - Volume 4

    "Mauvaise Herbe" possède une saveur particulière par ses thématiques abordées de manières frontales avec une forte dimension humaine.

    Le format légèrement plus grand du manga va permettre au dessin de s'épanouir pendant la lecture. Avec un style qu'on pourrait qualifier d'aérien ou volatil dont on devine parfois les traits, s'ajoutent quelques hachures en guise d'habillage et de profondeur sur les illustrations, Keigo Shinzô soignent ses ambiances. Avec un découpage précis qui prend le temps de capter les atmosphères et l'émotion dominante, la série est touchante durant toute sa lecture. La retranscription des émotions des personnage est également excellente.

    Le récit est sombre et dur avec des thématiques autour du proxénétisme de mineurs et la perte d'un enfant, on retrouve dans Hajime (Yamada) et Shiori (Umino) des personnages bien construits qui s'incarnent avec authenticité, hantés par leurs démons du passé et leurs désirs d'un avenir sans "Mauvaise Herbe". Rien n'est facile dans le cheminement de la vie et Keigo Shinzô parvient à trouver un rythme adéquat pour comprendre les enjeux de la relation entre Hajime et Shiori. Les arcs narratifs ouverts sont tous utilisés pour créer une fin honnête au 4ème tome, qu'on pourrait qualifier de modeste et réaliste (voir fataliste). Loin des mangas Seinen avec des actions incessantes et effrénées et plus proche du gekiga, "Mauvaise Herbe" prend le temps d'explorer et questionner l’âme humaine, en faisant murir les personnages au fil des planches avec une certaine inertie.

    Première série que je lis de Keigo Shinzô, il est assurément un mangaka que je vais suivre de plus près, d'autant plus qu'il propose souvent des séries courtes avec une portée sociale.

    ArvoBlack Le 08/04/2026 à 22:28:23

    "Le serment" ou comme pourrait donner l’illusion au travers de l'illustration "Le serpent" présente toute son ambivalence sur la couverture de l'album qui propose de mêler l'un à l'autre (hospitalité et animalité) dans un thriller noir déroutant.

    Et c'est fait avec beaucoup de classe de la part de Mathieu Bourgoin (Codex Angélique, Blue Note) qui propose une ambiance sombre, sans réelle repère dans l'espace avec un univers qui semble apocalyptique. Des illustrations qui tranchent avec le style comics,des noirs profonds en plus de bords alternatifs entre blanc et noir selon les séquences et qui ajoutent une ambiance anxiogène. Une belle mise en scène dont on ne peut reprocher les grandes qualités en plus du nombre de détails. C'est ce qui fait la qualité selon moi de ce thriller fantastique.

    Mathieu Gabella est un habitué des scénarios taillés pour surprendre et changer habilement le rôle des protagonistes, ainsi que la position et le point de vue du lecteur par rapport au récit, il le fait toujours de manière précise en distillant de nombreuses informations. Cependant, de la même manière que "La Licorne" en 4 tomes avec Anthony Jean, je regrette les "retournements de veste" incessants des personnages (Alexandre et Zacharie) donc de leur conditions,. Cela fonctionne 1 à 2 fois, mais Gabella l'utilise excessivement et l'effet de surprise essouffle le récit sur la longueur. Du moins, l'ensemble du récit reste dense, qualitatif et bien écrit.

    On peut facilement imaginer une suite après lecture de la fin etde l'épilogue du one-shot. Cependant, cette histoire introduisant des vampires à la langue de serpent et aux conditions physiques exceptionnelles ne m'a pas pleinement convaincu, j'attends autre chose d'un récit fantastique avec plus de mysticisme, le récit aborde ici clairement un coté thriller chronométré de bout en bout, ou le lecteur ne prend pas le temps de respirer et de sortir la tête de l'eau avec de grosse scènes d'actions (fusillades, course-poursuite) sans possible retour en arrière.

    ArvoBlack Le 03/04/2026 à 23:44:30
    Les contes de l'Ankou - Tome 3 - Au Royaume des Morts...

    Me voilà parti dans "Les contes de l'Ankou", avec cette figure fantastique emprunt aux légendes Bretonnes, portrait physique de la mort, comme si on pouvait donner une image à celle-ci avec une cape et une faux. Du moins et pour le plus grand plaisir des lecteurs cela fait travailler notre imaginaire.

    Coté récit, nous avons dans "Les contes de l'Ankou" une histoire principal dessinée par Guillaume Sorel (pour les 2 premiers tomes) et qui permet une certaine constance et continuité entre les contes et récits courts de chaque album. Toutes les histoires courtes ne se valent pas, ainsi j'ai trouvé le T1 graphiquement et narrativement bon, le T2 fait perdre à l'Ankou de sa superbe, car moins bien écrit notamment, mais graphiquement cela pêche également. Le T3 marque un changement également avec l'absence de Guillaume Sorel pour assurer une continuité et le fil de l'histoire de Sofia. Son remplaçant Laurent Paturaud donne une autre ambiance plus mélancolique et moins mystique au récit. Le T3 rattrape les mésaventures du T2 avec une belle palette d'illustrateur dont je retiendrais le dessin : Lamontagne, Lemercier, Ledroit et bien évidemment Sorel.

    Graphiquement, la plupart des styles sont qualitatifs et soignés avec une vrai diversité qui fait que l'univers de l'Ankou évolue beaucoup au cours du récit. Ce que j'aime dans ce style d'oeuvre que cela soit la série "Of the West" de Tiburce Oger ou "Les contes de l'Ankou" c'est que ces séries permettent de découvrir des illustrateurs autour d'une même thématique et c'était mon but premier en lisant cette série.

    ArvoBlack Le 03/04/2026 à 23:25:25

    Si le jeu de mots est évident "Lorette & Harpye" est une série d'humour en deux tomes qui cherche avant tout à divertir dans un univers fantaisiste et coloré.

    Les aventures sont présentées sous forme d'histoire plus ou moins longues où deux sorcières s'échangent astuces et sortilèges pour se transformer ; mais pas n'importe lesquels car Lorette cherche avant tout à retrouver un peu d'honneur et de féminité, c'est donc l'esprit frivole et léger qu'on suit leurs mésaventures.

    Coté illustrations, bien que les albums ont déjà plus de 30 ans, je trouve encore le dessin de Crisse dans l'ère du temps, très fluide qui permet de rendre les gags dynamiques et animés, même s'ils sont loin d'être tous réussis. On peut regretter le manque de renouvellement des gags de la série, qui parle toujours des mêmes thématiques (transformation, potion magique et prince charmant) sans chercher à se renouveler; ce qui a surement impacté l’arrêt du spin off après le T2 car plus grand chose à proposer. En effet, le ce dernier est très long et le contenu est très pauvre, il m'a fait doucement rire.

    Malgré la bonne volonté, on peut vite oublié ce spin off inintéressant de la série "L'épée de Cristal".

    ArvoBlack Le 03/04/2026 à 23:20:40

    La première chose qui me surprend avec "La dernière rose de l'été", c'est l'épaisseur du livre. Un objet massif qui pourrait selon son contenu donner l'importance à l'illustration et au récit, mais je l'ai ressenti comme un poids inutile dans le cadre de ce one shot. Un format plus adapté m'aurait permis une lecture plus confortable ; le papier est de qualité mais a t-il besoin d'être aussi épais (pour diminuer le volume du livre) ? J'aime bien les objets qualitatifs, mais j'aurais préféré une composition de couverture plus travaillée dans un premier temps, cela pourrait peut être justifier le coté massif et imposant du livre.

    Coté récit, je n'ai pas non plus été emballé malheureusement ; plusieurs pistes s'ouvrent mais rien ne se conclut vraiment, c'est du même acabit que "Le cas David Zimmerman" du même auteur, mais la dynamique est différente donc cela est plus digeste. Rose, cette jeune femme ne montre pas grand chose de sa personnalité, c'est un personnages mystérieux qu'on ne prend pas le temps de connaitre, pour le bien du scénario, mais tout de même. De même que la relation entre Léo et Rose semble s'appuyer sur du vent, quand on regarde de plus près, l'ensemble des rencontres de Léo ne sont pas très enrichissantes. Puis l’œuvre se termine en eau de boudin, sans réel twist, ni surprise, dans une forme d'indifférence générale.

    On trouve dans "La dernière rose de l'été" une ligne claire typique du style franco-belge avec quelques touches personnelles de Luca Harari, notamment sur la lumière avec parfois des hachures ou des aplats de noir fort à la manière des comics. Cela donne plus de caractère au style graphique. S'ajoute à cela une palette de couleur vivace et saturée. Je ne suis pas un fan incontesté du style, même si cela rend la bande dessinée très lisible et fonctionne admirablement ; il faut reconnaitre qu'il y une vraie approche graphique même si celui-ci ne me convainc pas.

    En résumé, un livre trop épais dans un style ligne claire assumé et contrasté qui ne propose pas un récit suffisamment salvateur pour être retenu.

    ArvoBlack Le 02/04/2026 à 23:11:48

    "Ces lignes qui tracent mon corps" est marquant par la sincérité de son propos et la manière dont l'autrice, Mansoureh Kamari retranscrit la peur et la crainte constante de son prochain au travers de son trait.

    Le dessin est l'une des qualités indéniables de l’œuvre, un bel aspect réaliste qui accueille les lignes des visages et des corps, des séances de modèles vivants croqués sur le vif, contrebalancé par la noirceur du récit d'une enfance endoctrinée et brimée. Des images fortes également par des allégories multiples (la mort, la peur, le père, les hommes) qui traversent la narratrice et le lecteur. Le papier du livre est très agréable au toucher, pour une expérience de lecture pensée jusqu'au bout, les couleurs sont douces dans des tons pastels pour le présent (séances avec modèle vivant) et contraste avec le noir profond et le blanc du passé en Iran (enfance). Les illustrations amène rapidement à l'émotion, le texte appuie ce ressenti, c'est très puissant.

    Également, le récit de vie autobiographique est touchant car sincère, cette optimisme qui n'a cessé de faire battre le cœur de son autrice, bercée par deux sentiments ambivalent : le courage et la peur du lendemain. Une authenticité qui se ressent dans les planches, la dénonciation d'un système qui enchaine son peuple par la crainte et la terreur, où l'homme mais surtout la femme n'a plus le droit d'exister, sinon qu'au travers du dictat de son mari et de la société.

    Pour un premier pas dans la BD, Mansoureh Kamari assure ; elle a selon moi la carrure et l'énergie dans son trait pour faire de belles choses, pour montrer à travers son dessin et son passé des sensations nouvelles, encore inexplorées.

    ArvoBlack Le 30/03/2026 à 15:51:56

    "Le diable et Coral" est une proposition de José Homs qui tient à lui seul le récit pour la première fois en tant qu'auteur complet (scénario et dessin).

    Depuis ces débuts dans la BD, José Homs oscille entre la fiction réaliste ("L'angélus" avec Giroud), le thriller ("Millenium" avec Runberg) ou l'aventure fantastico-historique ("Shi" avec Zidrou). On retrouve dans "Le diable et Coral" un récit ésotérique avec le trait si caractéristique de l'auteur qui donne à ses illustrations un caractère unique, que je suis avec attention et surtout plaisir. Une connaissance poussée dans le dessin avec une imagination débordante donne de belles illustrations ; s'ajoute à cela un découpage dynamique, avec certaines illustrations en page complète., dommage pour le format un peu petit du one-shot. La mise en couleur est également plus douce et moins saturée que ce que j'ai pu voir dans les autres œuvres de Homs.

    Coté récit, j'ai apprécié la première partie (jusqu'au chapitre V "Les enfers"), à déambuler dans les rues de Prague ainsi que la rencontre avec Coral et de son acolyte "Le diable". La deuxième partie, malgré l'univers graphique toujours très riche, trouve des solutions trop facilse pour sortir Coral de la panade, notamment avec Puky, un magnifique Deus ex-machina qui casse l'attente autour du sort de Coral. Ainsi, le récit perd en qualité sur la dernière partie. L'humour est aussi une partie intégrante du one-shot, mais je trouve sur le fin qu'il a du mal à jongler entre le récit d'aventure et d'humour.

    En résumé, j'ai apprécié la lecture mais le récit manque un peu de force et profondeur pour le rendre captivant, avec l'impression parfois que l'histoire ne se prend elle-même pas au sérieux, le récit perd donc de sa superbe.

    ArvoBlack Le 30/03/2026 à 09:01:49

    "Le jour du caillou" de Véro Cazot et Anais Flogny est à la BD, ce que "Un jour sans fin" de Harold Ramis est au cinéma. Tous les prétextes semblent bons pour créer une boucle temporelle, ici l'avenir des protagonistes tient à un caillou jeté à l'eau avec toute la signification mystérieuse autour de ce caillou.

    Ce que j'ai apprécié, c'est les liens d'amour et d'amitié créés entre Mona, Eko et Basil qui résonne avec authenticité entre les personnages, des situations bien construites et qui permettent de garder une bonne dynamique. Pour ce qu'il est de la boucle temporelle, il faut aimer le style et une forme de répétition, mais toujours différente et nuancée. Cependant, je trouve que cette histoire de caillou pèse un peu trop sur le récit, nous rendant complétement dépendant de cette situation qui traine en longueur. Mais c'est surtout cette sortie de boucle, plutôt facile et que j'ai du mal à intégrer qui dénote sur la qualité du récit et de la narration.

    Le dessin est suffisamment soigné pour être apprécié, les personnages possèdent un beau mouvement naturel, reste à aimer le style de Anais Flogny (que j'avais découvert dans "Rivages Lointains") dans un style rectiligne, un trait parfois tremblant, doté d'un certain minimaliste et reconnaissable entre mille. Je n'aime pas la mise en couleur avec peu de travail sur la lumière. La dynamique des illustrations est fluide et désert bien le récit.

    Pour ma part, j'avais beaucoup apprécié "Un jour sans fin" de Harold Ramis avec Bill Muray et Andy Mc Dowell sorti en 1993 ; et je préfère l'approche de ce dernier en comparaison du one-shot "Le jour du Caillou" de Véro Cazot et Anais Flogny.

    ArvoBlack Le 30/03/2026 à 08:35:38
    Le journal de mon père - Tome 3 - L'apaisement

    Avec "Le journal de mon père", Jirô Taniguchi touche à nouveau à des thématiques qui lui sont chères : les liens familiaux, le passé, les souvenirs, le développement personnel. On y retrouve une fiction qu'on pourrait presque présentir comme une autobiographie, tellement c'est bien écrit et semble emprunt à la réalité. Le post-face à la fin du 3ème tome confirmera une partie de l'affection de l'auteur pour la ville de Tottori.

    Dans sa structure, "Le journal de mon père" se distingue en 3 tomes. Suite au décès de Takeshi, le père de Yoichi qui a maintenant la cinquantaine, ce dernier retrouve sa famille après une séparation de longue date : l'occasion de faire une rétrospective sur les liens que Yoichi a tissé avec son père, être mystérieux, souvent absent dont les souvenirs restent flous et assez peu nombreux. Jirô Taniguchi jouera sur les atmosphères du présent et des flashbacks pour donner de l'épaisseur à ce récit, avec un schéma classique de narration. Cette sensibilité dans le dessin et la narration, cette lenteur assumée et se rapprochement au cœur de la culture et la vie au Japon permet au récit d'y plonger pleinement, par exemple avec la veillée funèbre avant les obsèques de Takeshi, une coutume que je ne connais pas.

    Les dessins de Jiro se reconnaissent rapidement d'une série à l'autre, mais j'ai trouvé dans le trait de cette série, un peu plus de rondeur dans les personnages, ce qui me plait un peu moins qu'a l'accoutumé. Cependant, le mouvement et les expressivité en font toujours une vrai réussite, Jirô arrive à faire ressortir certaines émotions facilement à ses personnages par sa manière de raconter et fixer le temps, même s'il n'y a rien de transcendant dans ce récit de vie.

    Si vous aimez Jirô Taniguchi, vous apprécierez la forme qu'il donne à la série "Le journal de mon père", cela reste une belle histoire qui montre l'ambivalence de l'homme dans ses choix et ses croyances, c'est touchant.

    ArvoBlack Le 27/03/2026 à 23:33:00

    C'est avec "Blessure d'Amour Propre" que je me teste au style de l'auteur, Martin Veyron. Et force est de constater que j'apprécie l'humour et l'autodérision autour de ce personnage et narrateur, Martin, du même nom et prénom que son auteur.

    "Impuissance" ou "Incontinence", sous sous trait humoristique, Martin aborde des sujets de société, à savoir : la vieillesse, le devenir des auteurs/artistes/illustrateurs, la sédentarité, le fantasme autour du point G. Tous ces marqueurs vont donner une saveur spéciale à l’œuvre ; notre narrateur Martin en a marre de dessiner, marre de répondre au téléphone, qu'on ne pourrait plus vraiment démêlé le faux du vrai si "Blessure d'amour propre" s'apparente à une autobiographie ou non. C'est surtout fait avec du recul et de l'auto-dérision. Un bémol avec la fin bâclé et bien trop rapide en 2 planches (comme s'il fallait respecter un certain nombre de page) qui gâche la transition vers la conclusion alors que 95% de l'album a été bien construit. J'ai particulièrement apprécié son analogie entre sexe et le jardinage qui parcours les pensées du personnage principal tout au long du one-shot.

    Coté dessin, le trait est gras et dans un style très franco-belge, le trait est marqué. Des personnages parfois avec une petite tête et un (trop) long cou ou une hauteur bassin épaule surdimensionnée) surtout pour les dames, le personnages de Martin gardera lui une morphologie plus constante.

    Il y a quelque chose à retenir de ce "Blessure d'amour propre" qui bien que l'humour soit omniprésent présente un autre coté introspectif autour de l'auteur, du dessinateur et de l'age que prennent les années, une forme d'autobiographie peut-être, un aveu d'humilité et d'humanité dans tous les cas.

    ArvoBlack Le 25/03/2026 à 23:02:08

    L"Épouvantail", objet troublant dans le fond d'un champ ; et si Lily, une petite fille solaire et pleine de malice lui donnait vie, nous aurions là le plus étonnant des cocktails.

    Ainsi l'épouvantail prend vie(s) dans les yeux de celui qui le regarde, ami fidèle de la nature ou être horrifique au multiples facettes, chacun y voit midi à sa porte. Et c'est en cela que "Épouvantail" de Phillipe Pelaez et Stéphane Sénégas est audacieux car il flirte avec le fantastique sans le montrer clairement ; ainsi il semble issu de l'imagination de chacun. Le récit se déroule sous la forme d'une enquête, d'un accident qui a eu lieu prêt du champ de l'épouvantail, mais cet accident parait presque anecdotique tellement le personnage de paille prend tout l'espace. Un récit que j'aurais voulu un peu plus accrocheur avec une trame de fond plus élaborée.

    Le graphisme en noir et blanc introduit la noirceur nécessaire et l'onirisme pour une représentation forte propre à l'imaginaire de chacun, c'est très réussi. Un one shot surprenant, j'ai apprécié l'univers et recommande lecture pour les amateurs de fantastique, de suspens et de belles illustrations. Reste les dimensions du livre (au format comics), un peu petit pour plonger complétement dans les illustrations travaillés de Sénégas.

    Je n'ai pas réussi à savoir si ce récit était accessible à la jeunesse ; l'illustrateur Stéphane Sénégas ayant lui même fait quelques titres pour la jeunesse (Anuki), car son dessin extrêmement léché ramène au genre à suspens qui peut en dérouter plus d'un. Nous sommes dans le même registre que la trilogie, "Les Croques" de Léa Mazé, ou le one shot "Trois ombres" de Cyril Pedrosa.

    ArvoBlack Le 24/03/2026 à 22:52:36

    "Azur Asphalte" se caractérise par son coté très ancrée dans la réalité, comme les réalisations cinématographiques de Ken Loach : une lise en scène proche des soucis quotidiens, de l'authenticité du terrain, allant des jobs que personne ne veut plus faire, à la vie avec des enfants. Une vie à chercher d'essayer de sortir la tête de l'eau, à chercher un peu de temps pour soi et de réconfort.

    Cependant, peut-on vraiment faire un récit, en ne racontant qu'un quotidien pesant et sans parvenir à s'en échapper ? Me concernant, je trouve la proposition vite monotone, rapidement sans issue ; un coté fataliste et passif qui montre une réalité, mais sans perspective de changement. Il ne se passe pas grand chose au final, une vie sans faux-semblant mais pas bien intéressante. Les personnages parlent beaucoup et de manière familière (avec l'accent du sud) mais passe peu à l'action.

    Si le récit de vie de Candice, Press et Mélissa ne pas pleinement convaincu, le dessin en revanche apporte une fraicheur avec un style graphique encore peu proposé, mais qui fonctionne superbement pour ce récit "tranche de vie", le feutre à alcool montre ses limites en terme de détails, mais donne une texture, un rendu particulier, une atmosphère qui nous permet de retrouver les ambiances de Nice et de la cote d'Azur.

    ArvoBlack Le 24/03/2026 à 22:45:51

    J'ai trouvé "Lady Nazca" assez pompeux avec son récit et le dessin qui mériterait un peu plus de soin.

    Le sujet des géoglyphes, immenses traces et dessins laissés par des ancêtres Péruviens sont abandonnés à eux-même depuis des siècles ; une femme, Maria, grâce à une forme de passion et d'intuition décidera d'étudier ces formes multiples et d'y consacrer sa vie. Une biographie romancée, cela peut-être intéressant certes, mais la manière dont est présenté la chose ne révolutionne ni le 9ème art, ni le coté historique, sachant qu'un film est sortie presque en même temps que l'adaptation en BD - sujet en post-face du livre.

    Les grands espaces de sable et ces géoglyphes représentés peuvent esthétiquement être beaux sur le papier, mais je trouve que le sujet et la manière dont cela est présenté ne prête pas forcément à en faire une œuvre solide en BD. Sans réussir à démêler les emprunts à la fiction ou à la réalité, "Lady Nazca" aborde son sujet de manière très classique, ce qui freinera les lecteurs plus pointus.

    Le dessin est sans réelles saveurs, c'est à dire qu'il dessert le récit, mais il ne s'attarde pas sur les détails, la morphologie des visages et l'esthétique des personnages. Dans un style curviligne, les visages ne se ressemblent pas entre les cases (Maria la première) selon la perspective, en tout cas, il y a de multiples petits défauts qui ont retenu mon attention et bloqué dans la fluidité du récit. La relation entre Lady Nazca et sa compagne ne semble pas authentique, du moins je n'y ai pas cru.

    C'est surtout la construction des personnages qui s'apparente à des coquilles vides sans aucune nuance de personnalité, ni humanité. A commencer par Maria, un personnage avec lequel je ne me suis pas attaché, qui sombre dans une forme de folie frénétique, mais ne remet en question aucun de ses actes.

    En résumé, "Lady Nazca" est très standardisé scénaristiquement et graphiquement, la manière d'aborder le sujet aurait pu être bien différent avec une proposition graphique plus poussée, la partie la plus réussie reste la mise en couleur.

    ArvoBlack Le 22/03/2026 à 14:38:12

    "Les singes" résonne comme une œuvre étrange, de part le personnage du père de Manon, un être louche dès les premières planches de la BD. Il partage une relation particulière avec sa fille, une forme de complicité, mais quelque peu envahissante et gênante. Ce père a en plus une relation extra-conjugale avec sa belle-soeur qu'il cache à sa femme et sa fille...Bref, le genre d'homme dont il faut se méfier et le récit prend au fil des planches un ton dramatique, de multiples arcs narratifs s'ouvrent sans en refermer aucun. Ainsi la bande dessinée se termine de manière impromptue sans explication aucune, ni épilogue. "Les singes" se focalise sur la relation père-fille en occultant tout le reste ; mais les actes du père n'expliquent pas les faits, il n'y aucune introspection des personnages, ni remise en question sur leurs savoir-êtres et leurs comportements.

    Le dessin est soigné, mieux travaillé au début de l’œuvre, il perd un peu de force sur le milieu et la fin de l'album, je n'aime pas forcément la palette de couleur choisie pour raconter ce récit de vie. Une histoire dans le genre "Tranche de vie" avec des délires propres à Manon et son père, des séquences douteuses, "Les singes" de Yann Le Bec n'aura pas retenu mon attention sur la durée.

    ArvoBlack Le 20/03/2026 à 22:30:34

    "Une Obsession" est une autobiographie où l'autrice expie ses vérités autour du désir, des fantasmes et de la sexualité.

    Nine Antico n'hésite à rentrer dans les détails et l'introspection autour de son rapport au corps, au soi et des pensées qui la traverse, de ce fameux monsieur 'C", 10 ans de plus son ainé, alors qu'elle n'a que 8 ans et son comportement déplacé qui marquera la vie et la sexualité de l'autrice. Ce récit de vie reflète la complexité de l'être humain, que rien n'est tout rose en matière de sexualité ; un récit authentique et personnel, mais en même temps qui parvient à trouver un ton et un rythme qui me parle aussi, même en tant qu'homme et devrait parler au lectorat qui est sensible à la thématique. "Une obsession" rappelle également que le passé et nos expériences ne peuvent être mis de coté, il nous reviennent en pleine face au moment de dévoiler son corps, ses émotions dans l'intimité et donc les éventuelles blocages. Nine parvient donc à déconstruire sa sexualité, pour en interroger son potentiel et l'explorer. De sa virginité précieusement gardée, aux fantasmes fous comme inavoués, il en ressort de la fragilité, mais surtout de l'humanité. On retrouve aussi ce mystère autour de la sexualité féminine, incomprise et puissante à la fois.

    Le cœur du récit sur la seconde partie du one shot est fort, mais j'ai trouvé l'introduction et la fluidité entre les chapitres plus maladroits. Celle œuvre me ramène à "Anais Nin - Sur la mer des mensonges" de Léonie Bischoff qui dans l'introspection se ressemble, moins dans la poésie car "Une obsession" se veut plus décontenançant et brutal.

    Coté dessins, c'est dans un style vaporeux en noir et blanc que Nine suggère son récit, un trait à demi-effacé rend la forme moins dure et organique, il laisse une certaine place à l'imaginaire, d'autant plus que les protagonistes sont masqués, effet supplémentaire aux fantasmes.

    Une œuvre atypique et très personnelle de Nine Antico qui saura faire réfléchir sur le désir et l'approche autour de la sexualité. Je n'ai pas tout apprécié de l'autobiographie et du livre, mais je trouve la démarche sincère et courageuse pour ouvrir le débat et éveiller les consciences.

    ArvoBlack Le 20/03/2026 à 21:46:16

    "Trois ombres" concentre toute son énergie sur un récit d'aventure aux allures d'une histoire jeunesse à première vue, mais c'est bien complexe sur le fond, pour mieux soumettre l'idée dramatique de la perte d'un être cher. Une œuvre poétique et touchante qui saura convaincre par sa tendresse et une forme d'optimisme face au deuil.

    Cyril Pedrosa possède un beau mouvement, un trait lâché, avec un style parfois économe sur la forme. Le format du livre se rapproche de celui du roman (couverture souple, format A5), je n'ai pas été épris par l’entièreté de l'histoire, et j'ai senti quelques longueurs car malgré quelques moments clés et passages forts, le récit peine au départ à trouver son rythme et mais aussi au milieu de l'histoire à trouver ses marques et rendre la lecture stimulante.

    Le bande dessinée n'en reste pas moins agréable à parcourir, elle saura plaire à bon nombre de lecteurs car elle a bon nombres de qualités, j'en suis certain.

    ArvoBlack Le 18/03/2026 à 22:58:02

    "1629... ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta" relate de faits historiques bien réels pour tisser une fiction sous haute tension, avec des personnages superbement construits. En complément d'un dessin magistral de Timothée Montaigne et une mise en couleur de Clara Tessier, nous avons là une bande dessinée qui coche toutes les cases de l'excellence dans le récit d'aventure.

    Car oui, j'ai été littéralement happé par cette histoire, ces hommes et ces quelques femmes qui se retrouvent sur le bateau "Le Jakarta" pour une mission qu'on pourrait qualifier de suicidaire. Le récit signé Xavier Dorison est très bien écrit avec un découpage aux petits oignons et une mise en scène qui ne cesse d'introduire de la tension, quelques moments de violence cru (surtout dans le T2) mais aussi des moments d'émerveillement grâce aux grands formats des deux livres qui en font des pièces uniques et qu'on voit encore trop peu (car plus couteux ?). Les différents arc narratifs ouverts permettent une grande liberté et diversité dans le récit, surtout dans le second tomecqui s'écrit à la manière d'un survival trépidant, avec cette satisfaction globale pour le lecteur de participer à cette épopée avec cette poignée de marins et aristocrates.

    L'illustrateur, Timothée Montaigne excède également dans son dessin, rempli de détails avec des traits du visage qui permettent d'identifier rapidement nos personnages et également qu'ils prennent vie au travers de leurs expressions. Car là aussi, que ce soit Lucrétia, Hayes, Cornelius, Jakob, Pelsaert, Zophia ou autres personnages secondaires, ils s'incarnent tous magnifiquement dans cette histoire en mer, avec une impression de les connaitre depuis longtemps. Également, ces doubles pages avec illustration complète qui nous immerge d'autant plus dans l'univers et la notion du mouvement avec des coups qui nous traverse, on croirait presque en ressentir la douleur.

    C'est pour moi une des meilleures lectures de cette année, une immersion complète grâce à un découpage qui alimente pleinement le récit et des mises en scène fabuleuses, le genre d’œuvre qui rappelle pourquoi j'aime la bande dessinée.

    ArvoBlack Le 18/03/2026 à 22:38:34
    Typhaon - Tome 2 - Vernon

    Le "Typhaon", entre navigation et fantastique nous emmène dans une aventure isolée de tout, un bateau qui recueille une jeune médecin perdue au milieu de la mer.

    Sans vraiment de repères terrestres, le diptyque "Typhaon" est une œuvre déroutante par l'étrange climat qui règne sur ce navire avec des personnages masculins et froids, difficiles à appréhender. Le peu de chaleur émane du personnage féminin, Éléonore et permet d'entrevoir l'espoir d'un renouveau pour le "Typhaon" et ces hommes à bord.

    Guillaume Sorel accompagne superbement l'étrangeté du récit au travers d'un dessin très évocateur et rempli de mysticisme. Un sens du détails qui donne du caractère au dessin et permet une immersion totale dans l'univers marin, pour un final dont il ressort une forme de beauté. Les illustrations possède quelques défauts ponctuels et mineurs dans les traits de ressemblance du visage des personnages.

    J'aime beaucoup ce type de récits qui navigue entre réalité et fantastique sans jamais réussir à dissocier les deux de manières évidentes, l'un puise dans la force de l'autre pour ne faire qu'une histoire unie et pleine de force, d'autant avec Dieter et Sorel à la barre.

    ArvoBlack Le 15/03/2026 à 21:48:56
    Sambre - Tome 8 - Celle que mes yeux ne voient pas

    Un second cycle plus captivant vient insuffler à "Sambre" une histoire de famille forte où les descendants sont les nouveaux acteurs du récit dramatique ; une malédiction de génération en génération pèse sur cette famille, d'où les 3 triptyques en spin-off "La Guerre des Sambre" issus de cette série-mère (Hugo & Iris, Maxime & Constance, Werner & Charlotte).

    Les illustrations jouent avec les codes de l'étrange et du fantastique tout en restant très ancrées dans un récit d'aventure et historique du 19ème siècle. Si l'arc narratif sur le devenir de Julie post-révolution est montré sur les deux premiers tomes du cycle (T5 et T6) avec un très beaux 6ème tome au large des cotes Irlandaises, une forme de parenthèse où Julie se retrouve rescapée sur un phare suite à une tempête en bateau d’où elle est (une des seule) survivante. Cette dernière sera mise de coté dans les deux dernier tomes du cycle pour se concentrer avec le T7 et T8 sur ses enfants, Bernard-Marie et Judith qui grandissent et s'émancipent chacun à leur façon dans des arc narratifs différents.

    Un récit teinté de noirceur de part les origines des parents et le passif lourd que subit la famille, ainsi que le conflit intérieur qui ronge Bernard-Marie et Judith. J'ai trouvé le T7 et T8 longs (plus de 70 planches) sur le fond avec un récit qui peine à avancer et résoudre son histoire pour l'arrivée d'un 3ème cycle. Dans l'ensemble, j'ai apprécié le voyage avec des très beaux dessins et des couleurs qui concentrent le ton dramatique de l’œuvre (le rouge, le noir, le sépia).

    Il n'y a plus qu'a attendre le 3ème cycle, conclusion d'une série atypique longue de plus de 25 ans.

    ArvoBlack Le 15/03/2026 à 14:48:36

    "La couleur des choses" est une BD concept qui matérialise le récit d'une autre manière que l'illustration traditionnelle sans éléments de perspective et de dessins en 3 dimensions. Ici, nous sommes en "vue de dessus" avec des cercles colorés en guise de personnages ainsi qu'un nombre d'éléments et objets diverses qui sont représentés de manière cartésienne.

    Si vous aimez les plans, les schémas détaillés, si vous êtes quelqu'un de pragmatique ou de scientifique, alors il y a quelque chose à tirer de ce style graphique. Cependant arrivé à la moitié du livre, le style s'essouffle, il est parfois difficile de suivre une conversation entre deux ou trois personnage, car le lecteur identifie des couleurs parfois pas toujours bien dissociées et non des visages ; les dialogues contiennent la charge émotionnelle de l'histoire, mais pas les "illustrations" (si on peut appeler ça ainsi), il y a une forme de dissonance entre la narration et la représentation graphique.

    Le récit donne une impression de déjà vu : le jeune Simon va voir une medium qui lui prédit l'ordre d'arrivée des chevaux de la prochaine course hippique qui va lui permettre de rafler 16 millions de dollars, dans le même temps, le père de l'enfant tue sa mère et prend la fuite : c'est gros comme situation. D'autant plus que l’œuvre alimente des poncifs sur l'ensemble de ses personnages : Simon, le petit-gros, Dan le père violent qui joue aux jeux d'argent, Daisy la bonne-mère ménagère que se tait, sans parler des personnages secondaires sans aucune singularité. Et cette baleine B-52 qui apparait plus comme un Deus Ex-machina (même si le narrateur prépare le terrain en amont) qu'une idée constructive pour le récit.

    Bref, ce n'est pas tant le style graphique qui déçoit mais ce récit qui récupère des éléments extravagants ça et là pour tisser une histoire pleine d'aventure, mais cela n'est pas très réaliste et ne m’intéresse guère, car les personnages n'ont aucune profondeur, ils sont sans nuances aucune et cela les éloigne à chaque page tournée de leur humanité. Avec un titre comme "La couleur des émotions", j'aurais apprécié un véritable contraste entre le graphisme pictural et froid, et une histoire plus chaleureuse et humaine.

    ArvoBlack Le 13/03/2026 à 23:07:20

    "Kamasutra - De chair et de sang" comme son nom l'indique ne pouvait qu'évoquer le sujet et de son créateur Vâtsyâyana. Pourtant à s'y méprendre, cet ouvrage culte n'est pas le centre d'attention premier du récit, il est aussi histoire "de sang" au travers de différents conflits de tribus, qui apportent son lot de barbaries et de combats.

    Les éditions Daniel Maghen propose souvent de beaux livres et c'est le cas avec "Kamasutra" ou l'illustratrice Laura Zuccherri dont j'ai beaucoup aimé le travail graphique dans "Retour sur Belzagor" et "Les épées de verre" permet à cette bande dessinée d'être très vivante et dans un style réaliste, en plus d'un découpage moderne et de qualité ; des planches parfois à bords perdues qui apportent une sensation de grandeur du paysage. Dommage que la couverture soit ratée car je trouve que c'est la seule composition médiocre du one shot et qui ne donne pas forcément envie d'ouvrir le livre ; pourtant à l’intérieur, on y trouve des paysages sauvages et colorés, des corps qui se déchirent ou s'enlacent. Laura Zucherri a une connaissance pointue de l'anatomie avec des plans rapprochés et gros plans des corps, des visages, mais aussi des mains qui sont vraiment réussis. De même que la mise en couleur est soignée, en plus de scène de combat assez complexe qui rappelle la grandeur du monde des "Epées de Verre". Sur la forme, c'est très qualitatif.

    Au niveau de l'histoire, les personnages manquent quelque peu de caractère et d'enveloppe, ils m'ont empêché de rentrer dans cette histoire dramatique au départ avec des personnage pas forcément bien introduit, Basvaraj par exemple, héros du récit, apparait comme un cheveux sur les la soupe sur la 7ème planche, sa famille est massacrée par la clan de la Reine Bhairavi (scène non représentée graphiquement) mais il dit ça avec beaucoup de détachement, sans réelle émotion ; la Guerrière Mitraveni fait également partie du paysage dès le départ, mais se confond au départ avec la Reine Bhairavi, c'est plutôt confus dans l'approche. Le personnage de la reine Bhairavi manque aussi de force et d'un certain charisme pour la rendre plus entière. On peut aussi reprocher à Basvaraj, Bhairavi et Mitraveni d'avoir les 3 les cheveux longs et noirs, ce qui parfois ne permet pas d'avoir un contraste sur certaines séquences. Bref, il y quelque lacunes sur les personnages qui tarissent une partie de l'appréciation du one-shot dans cet univers envoutant et hindouiste.

    Cela reste un bon one shot avec une qualité graphique qu'on ne peut pas lui retirer, une belle sensualité ressort des scènes d'amour et une violence omniprésente pendant les séquences de conflit qui correspond très bien au titre de l’œuvre "De chair et de Sang".

    ArvoBlack Le 09/03/2026 à 22:11:49

    Si "L'homme" avait compris qu'il aurait pu rester dans son canapé pour éviter de vivre des aventures aussi folles, il l'aurait fait. Et si le lecteur avait pressenti dès le début l'entourloupe qui l'attendait, il n'aurait pas lu cette histoire sans queue, ni tête.

    On peut faire de l'humour bien sur, mais j'estime qu'on ne peut pas faire ce qu'on veut, au moins avoir un scénario qui tient la route, or sur la fin, plus rien n'est crédible, tout est tiré par les cheveux et l'argument de "l'humour déjanté" n"est pas une raison pour faire n'importe quoi.

    Le dessin de Ulric rattrape le tout avec un trait réussi, un peu trop gras et de bons enchainements entre les cases. Cependant, je trouve dommage que certaines cases se répète entre le texte et l'illustration avec l'étrange impression d'avoir lu 2 fois la même chose, c'est pourtant un principe important en BD que les illustrations accompagne le texte et vice-versa pour une participation active du lecteur à la lecture.

    "L'homme", c'est donc un récit maladroit où l'humour qui a pu fonctionner au départ, perd de sa superbe au fil des planches et nous fait rire jaune en refermant le livre.

    ArvoBlack Le 09/03/2026 à 21:58:38

    Œuvre à part dans la bibliographie de Ana Miralles et son acolyte Emilio Ruiz plus habitués aux récits et thèmes adulte, Waluk présente la vie de l'ours polaire du même nom, vieux de 2 ans.

    Le récit est intelligent, car la narration est orientée du coté de la vision qu'ont les ours polaires face à leur environnement ; ainsi les humains sont vus comme des bêtes sans poils, sauvages et malins qui utilisent bon nombre d'outils surprenants pour se déplacer, attraper, blesser ou tuer. Les deux ours principaux de cette histoire Waluk et Esquimo parviennent à nous toucher par leur finesse d'esprit et un humour assumé.

    Coté dessin, l'univers est superbe avec de jolies couleurs, un travail soigné pour représenter décors et paysages Arctique, et un mouvement très sympathique lorsque les ours sont en action. "Waluk" est définitivement tournée dans un sens qui permet de comprendre l'ours polaire et ce qu'il vit, plutôt que la démonstration du réchauffement climatique ; une histoire qui résonne encore aujourd'hui par son propos toujours d'actualités.

    ArvoBlack Le 09/03/2026 à 14:31:28
    Sambre - Tome 4 - Faut-il que nous mourions ensemble...

    "Sambre", c'est en quelque sorte le "Roméo & Juliette" de la bande dessinée : un amour impossible, à jouer au chat et à la souris, à courir après l'amour, la passion et l'affection. Un rythme saccadé parcourt le premier cycle de 4 tomes, avec des moments passifs voir ennuyeux et d'autres d'une grande beauté. Cette dynamique en dents de scie casse une partie de l'appréciation.

    Heureusement, ce qu'il y a de plus notable, c'est le travail sur les illustrations, le découpage et les mouvements qui insufflent à "Sambre" cet élan de vie avec Julie et Bernard et nous permettent de s'accrocher au récit. Car au delà de la forme atypique des personnages aux morphologies caractéristiques : les visages des Sambre sont allongés, ils ont tous les cheveux rouges. Ce sont les couleurs et le rythme des corps qui s'enlacent, se morfondent ou s'entretuent, avec beaucoup de grâce , cela donne une saveur particulière à la série. Comme happé par ce personnage de Julie, à la fois incomprise, suave et mystérieuse dont on a du mal à comprendre les intentions, malgré les menaces connus sur les veuves aux yeux rouges, annoncé par Hugo, le père de Bernard, mais réfuté par le fils. Pour moi le défaut principal de "Sambre" est dans la construction des personnages qui errent sans réelle but, Julie et Bernard les premiers sur lesquels nous n'avons pas les clés pour en comprendre l'essence de leur amour. Au niveau de l'histoire, j'ai trouvé ça également maladroit car je n'ai pas exactement compris où Yslaire voulait emmené le lecteur, dans cette quête de l'amour qui semble infondé avec un Bernard aveugle prêt à tout pour protéger Julie.

    Une histoire de vengeance, une histoire de famille, un amour qui vient d'un pacte laissé sur la tombe du défunt père des Sambre (T1), le tout sur un fond historique de soulèvement du peuple pour la république au 18ème siècle. . Et une fin de cycle qui n'explique pas tout (T4).

    Un gout d'inachevé. Heureusement, il y a le 2ème cycle.

    ArvoBlack Le 05/03/2026 à 22:09:06

    "A travers" raconte une histoire de vie, comme il y en a des milliards, de la naissance à la mort ; une boucle temporelle sur lequel chacun peut s'identifier, y projeter sa propre vie et ses choix. C'est donc une œuvre universelle et qui résonne à tout age.

    D'un coté, cela permet à tout un chacun de découvrir un roman "uniquement" graphique où tout passe par l'illustration. C'est bien écrit et dessinée, car on comprend élégamment chaque événement grâce aux images précédentes. Les yeux parcourent les illustrations de manière très naturels, c'est très fluide. Les couleurs saturéss et judicieusement placées jouent sur les humeurs et la direction que prennd notre regard pour la lecture.

    Cependant, je regrette le coté moins singulier de l’œuvre qui tire les grandes lignes d'une vie, sans que l'auteur ne parvienne à s'approprier l'univers qu'il a pu créer et ces quelques personnages en leur donnant une enveloppe, une personnalité bien défini. C'est un parti pris, mais qui pour moi manque de force.

    La BD se lit rapidement (15 à 30 minutes), donc je conseille la lecture pour se faire directement un avis sur la question.

    ArvoBlack Le 04/03/2026 à 22:59:50
    Le jardin secret - Tome 2 - Seconde partie

    Le printemps est de retour et "Jardin Secret" met toutes les formes pour le réveiller et l'apprécier à sa juste valeur. Bulbes, rouge-gorges, fleurs en tout genre peuplent ce récit jeunesse adapté du roman de France Hodgson Burnett, interprété et dessiné par Maud Begon, d’où le dessin de la série "Bouche d'Ombre" (4 tomes) m'avait touché sans que je parvienne malheureusement à rentrer dans le récit ésotérique trop alambiqué.

    J'ai bien fait de renouveler ma lecture avec l’illustratrice Maud Bégon qui montre dans "Jardin secret" une thématique plus abordable, avec un dessin dynamique et expressif, une très belle palette de couleurs qui permet une immersion rapide dans cet univers, tout en conservant le caractère très anglais de l’œuvre originale.

    Avec un départ très contrasté par un ton dramatique (mort des parents de Mary, le coté très désagréable de Mary), apparait les premières sensations à l'arrivée dans le manoir de cette étrange famille, les Craven. En même temps que Mary, le lecteur va s'émerveiller des petites choses que cache la demeure, malgré son lourd passé. La poésie parvient à son meilleur à la découverte du "Jardin Secret", ainsi qu'au travers du regard de Mary, cela nous fait vivre une seconde jeunesse et une reconnexion à la nature. Un retour au source autour des plantes, à la vie au sens large sur une des plus belles saisons de l'année.

    Les héros de cette histoire sont attachants grâce aux caractères bien trempés de chacun : Mary pour sa joie débordante et sa curiosité, Colin pour son coté bipolaire et angoissé, et Dickson pour son coté jardinier et cette passion pour le vivant. Ce trio va permettre au "Jardin Secret" de vivre et de retrouver une splendeur oubliée, appuyé par le graphisme débordant de Maud Begon. Bémol sur les dialogues, Dickson, Martha et sa mère mâchent leurs mots dans leurs dialogues qui ne les rend pas bien évident à lire, j'ai bien compris qu'il représentait une forme d'accent, mais cela casse parfois un peu la lecture jusque là plutôt douce, et c'est plus difficile à lire pour les jeunes lecteurs. Egalement la personne de Mr Craven et son fils Colin sont poussifs et excessifs dans leurs caractères et comportements, peu nuancés humainement.

    Le genre d’œuvre qui réchauffe le cœur, à l'arrivée du printemps et cette saison du renouveau. C'est une adaptation réussie qui passionnera les botanistes, ravira les curieux, enchantera les amateurs de belles illustrations avec une joie presque maladive, aussi bien petit que grand.

    ArvoBlack Le 03/03/2026 à 22:58:07

    "Soli Deo Gloria", c'est l'art d’émettre un son et de ressentir la musicalité sans les oreilles, c'est utiliser tout le potentiel graphique pour nous émouvoir avec des illustrations d'un noir profond, de grands aplats sombres, un très beau mouvement et une expérience visuelle unique qui nous transporte par delà les contrées avec ses différents personnages atypiques.

    C'est avant tout un très beau livre, épais, des pages de qualité avec un effet vieilli, agréable à parcourir. Ce qui est encore plus beau, c'est de voir les deux jumeaux, Hans et Helma, grandir au fil des chapitres et des planches, de découvrir leurs expériences de vie, au travers de la musique, c'est élégamment construit et soutenu par des dialogues émouvants. Un récit tourmenté qui fait voyager par son grain si particulier, le noir et blanc aura eu raison du lecteur et prouve encore qu'il a sa place dans les récits contemporains.

    Ce que je trouve fabuleux, c'est qu'on peut croire du récit qu'on a lu du fantastique par son atmosphère, mais il y a finalement aucun élément surnaturelle, la BD joue avec les codes du genre fantastique, tout en restant dans une forme très ancrée et réaliste de son l'époque, le Saint-Empire.

    Beaucoup de détails visuels et une atmosphère pesante permanente. La musique représentée par des traits lâchés d'une grande force qui donne toute la complexité et l'harmonie à un son qui ne peut être retranscrit en bande dessinée. Mais on sent les sonorités qui vibrent sous les traits de Edouard Cour.

    Le genre d’œuvre qui nous rappelle que la BD est un art qui fait vibrer, que des auteurs parviennent à trouver un équilibre entre rythme et sensibilité. Un récit qui transporte, happe et que je recommande pour qui n'a pas encore éprouvé la lecture de "Soli Deo Gloria".

    ArvoBlack Le 28/02/2026 à 14:32:59

    "Sanglier" avec sa belle couverture aux tons "girly" (rose, violet, beige) propose une fiction en immersion dans le quotidien de @Ninamakeup, une influenceuse en vogue sur les réseaux sociaux.

    "Morning routine" et (cyber)harcèlement seront les sujets abordés dans ce one shot. Malheureusement, "Sanglier" ne m'a pas appris grand chose sur ce métier si particulier. Par contre, elle m'a fait ressentir un peu plus le poids de la solitude d'être un·e influenceur·euse, de correspondre à une image sur internet qui n'est pas souvent en phase avec son éthique ou celle qu'on voudrait véhiculer ; les marques veulent avant tout vendre leurs produits, peu importe si c'est éthiquement correct. Le récit prend un ton fortement dramatique, alors que je suis sûr qu'il y a quand même des points positif dans ce métier, sinon pourquoi le faire ? (les voyages à l'étranger aux frais d'une agence par exemple)

    Un niveau graphique, le dessin n'est pas au niveau, les défauts font parfois partis de l'artiste et de ses illustrations, mais je n'ai pas trouvé dans le trait de Lisa Blumen quelque chose de mémorable et évocateur, cela fait très amateur, avec de nombreuses points délicats au niveau du dessin : la perspective est bancale, les proportions sont mal définies, et notamment l'anatomie des personnages qui est un gros point noir selon moi : les personnages s'articulent sans structure musculaires et osseuses, ils sont donc tout flasque et possède un mouvement étrange. Le dessin des mains montrent tout de suite que l'auteur n'a pas voulu s'attarder sur les détails ou l'importance d'avoir une structure de personnage stable. Effet désiré, négligence ou simple flemme, j'ai besoin que le dessin soit un minimum appliqué pour en ressentir la force et le message qu'il véhicule. C'est pour moi le gros défaut du one shot qui hormis sa couverture réussie, ne mérite pas les mêmes louanges à l'intérieur.

    Les couleurs sont mieux réussies, même si c'est trop saturé à mon gout cela correspond tout à fait à l'univers proposée (mention spéciale lors de la soirée de la marque "d.a.m." où on sent le poids des couleurs sur-saturées qui débordent des planches. Le petit format du livre à t-il été conçu pour masquer tous les défauts visuels ou c'est un choix de départ ? Bref, trop d'approximations dans cette BD en fait une œuvre passable.

    Nina, détruite par la bête qu'elle a elle-même créée : un "Sanglier", brutal et inarrêtable.

    ArvoBlack Le 27/02/2026 à 23:22:32
    La grande Odalisque - Tome 2 - Olympia

    Quand je m'attaque à une lecture de Ruppert et Mulot, je suis toujours surpris du degré sur lequel la BD ne se prend pas au sérieux tout en jouant avec les codes du genre, d'autant plus quand Bastien Vivès s'invite à la fête.

    Le mélange des 3 auteurs est détonnant, truffé d'invraisemblances avec des scènes d'actions complétement rocambolesques, mais cela a le mérite de faire rire, parfois rêver, quite a en faire trop. Ce que j'aime dans le diptyque "La grande Odalisque", c'est l'autodérision autour du récit et à quel point l'histoire ne se prends pas au sérieux, malgré un coté très millimétré et fastidieux pour les différents cambriolages (Orsay, Louvre, Grand/Petit Palais). En effet, il n'est pas donné à tout le monde de voler une œuvre au musée d'Orsay, encore moins au Louvre (Ma foi, certains l'on réellement fait en Octobre 2025, avaient-ils lu cette BD ?). La série a des défauts comme elle semble ne pas prêter attention à la moitié des choses que les personnes disent, les dialogue sont parfois irrévérencieux, voir puéril.

    Graphiquement par contre, ça tient bien la route, on retrouve vraiment le style des 3 auteurs, un trait qui semble imprécis, pas tout à fait fini, donne un coté croqué sur le vif, mais qui lui laisse un beau mouvement (style Vivès) avec le jolie palette de couleur. J'ai surtout apprécié l'attitude et l'expressivité que laisse le dessin aux différents personnages. Si le T1 est dans la démonstration, l'exubérance et la folie, le T2 construit mieux ses personnages avec des femmes extraverties (Sam, Alex et Carole). Cela finit par les rendre le trio attachant, même avec le stoïque vigile Toni. Je boude en revanche le twist complétement secoué pour sortir du Petit Palais dans le T2 qui défi les lois de la physique.

    "La Grande Odalisque" est atypique, je n'aurai pas été jusqu’à en faire un film ("Voleuses" de Mélanie Laurent en 2023) tellement c'est difficilement transposable cinématographiquement (ou il faudrait un budget colossal). Par contre, c'est toujours sympathique de voir au centre des héroïnes féminines qui ont une place de choix dans cette série. Il manque toujours quelque chose à Ruppert et Mulot pour nous pondre une histoire grandiloquente qui tiennent la route de bout en bout, mais ces gars sont à suivre car je trouve qu'ils ont de bons délires scénaristiques avec un humour efficace.

    ArvoBlack Le 25/02/2026 à 22:32:25
    Philémon - Tome 9 - L'âne en atoll

    Au détour d'une trouvaille à la médiathèque, je me retrouve dans l'univers de "Philémon". Étranges personnages, étrange univers, des couleurs restées bloquées dans les années 80, mais une ingéniosité dans la manière de travailler les cases et les ellipses révèlent une source qui peut inspirer plus d'un artiste, même en 2026. Car oui, "Philémon" sous son air dépassé et grandiloquent est une bande dessinée atypique.

    Certes, le récit d'un imaginaire fou n'est pas forcément cohérent sur toute la ligne, mais il a le mérite d'exister, de faire rire et voyager avec des dialogues sympathiques, un âne-ministre qui parle, des canassoncanons, les demagoguenard et autres trouvailles jouant sur les mots, des transitions plutôt farfelues. Ce tome démarre quand même son récit sur une histoire de bave d'escargot qui revèle un monde souterrain et inconnu...Dans l'ensemble, cela fonctionne et montre l'imagination débarbante de l'auteur, Fred, qui n'a pas de limite. Le dessin reste simple et abordable, sans pour autant trop rentrer dans les détails, il dessert bien l'atmosphère mi-aventure, mi-onirique de la série. J'en relirai d'autres à l'occasion pour découvrir le riche monde de "Philémon".

    ArvoBlack Le 24/02/2026 à 22:56:24

    "Punk à sein" est une chronique sociale autour du cancer du sein ; un one-shot pêchu avec un ton bien entendu dramatique, mais aussi plusieurs séquences humoristiques qui redonnent un souffle nouveau à l'écriture de ce récit de vie, notamment les délires post-opérations (mastectomie) autour du devenir des seins amputés que j'ai trouvé bien drôle.

    Les autobiographies, témoignages ont le vent en poupe depuis quelques années et fleurissent facilement. En tant qu'homme, c'est tout de même touchant de connaitre le combat de milliers de femmes autour de ce cancer. Un roman graphique qui parle librement de la poitrine, des croyances et ressenties autour de celles-ci, car c'est plus que des organes, ce sont des identités ; ils définissent beaucoup de choses derrière la femme qui les portent.

    Coté graphique, ce n'est pas ma tasse de thé, un trait trop rond mais qui fonctionne pour le ton humoristique de la BD, peu de détails, les couleurs sont très simples. Tout n'est pas à jeter, ainsi certaines représentations de la maladie parlent d'elles-même : cette ombre noire qui suit Magalie dans les moments de troubles et de doutes, le fait que Magalie se sente littéralement fondre de décrépitude après l'annonce de son cancer. Également, le virage pris par la narratrice suite à l'annonce de son cancer, ce besoin soudain de s'accrocher à quelque chose de vivant pour tenir, c'est un point dont on parle encore assez peu mais essentiel pour celui qui vit la maladie de se créer son propre monde (si cela n'était pas le cas avant).

    Un one-shot sur un thème particulier qui parlera aux victimes de cancer, mais aussi aux personnes curieuses de cette maladie qui touche malheureusement de nombreuses femmes dans le monde. Pour alléger le propos et si parler de poitrine féminine vous a plu, j'ai également apprécié la lecture de "DesSeins" de Olivier Pont qui redonne à ceux-ci toute son élégance sur un ton plus léger mais aussi plus graphique, au travers du regard de différences femmes comment vivent-elles avec leur corps et notamment leurs poitrines.

    ArvoBlack Le 22/02/2026 à 15:13:34
    Miss pas touche - Tome 2 - Du sang sur les mains

    Et bien, je n'ai pas été emporté par "Miss pas touche" jusqu’à la fin de la lecture des 2 premiers tomes qui constituent le 1er cycle, je ne sais pas si c'est l'histoire, le destin de Blanche dans un bordel de Paris des années 30, ou le dessin des Kerascoët qui ne m'a pas emballé.

    Une "Miss pas Touche" vierge dans une maison close, c'est contradictoire et c'est surement cette opposition qui rend le récit surprenant. Graphiquement, je ne trouve pas la proposition bien intéressante, dans un style (traits et mise en couleur) qui se rapproche de Joann Sfar et Zanzim. Les planches possèdent beaucoup de cases, le dessin est donc plus petit et laisse moins de place aux illustrations de s'exprimer pleinement. Je n'ai pas eu d'attache pour les personnages à commencer par Blanche, mais aussi Annette, Judith. L'univers est coloré, les personnages expressifs, mais je n'aime pas leurs morphologies.

    L'intrigue est prévisible, même si je n'ai pas détesté cette lecture, "Miss pas touche" peine pour moi à trouver un rythme satisfaisant. Je vais donc en rester là.

    ArvoBlack Le 21/02/2026 à 14:58:24
    Les croques - Tome 3 - Bouquet final

    La BD Jeunesse laisse parfois d'agréable surprise et c'est le cas avec "Les Croques" qui allie méthodiquement le thriller et le suspens à l'humour, nécessaire pour rendre la série captivante. Colin et Céline, frère et soeur jumeaux sont des incompris de leurs camarades de classes, de leurs parents ; ils se sentent rejetés de tous.

    Ils vont découvrir au travers du hasard des faits inquiétants au cimetière de leur village qu'ils ne peuvent garder pour eux, mais que leurs parents ne croient pas car cela semble être un pur fruit de leurs imaginations. Un cadre insolite autour de ce lieu rend l'univers particulièrement sombre, surtout pour de la BD Jeunesse qui aborde plus frontalement la mort, le deuil et la sépulture.

    S'ajoute à cela un suspens appuyé par un univers graphique riche et angoissant, nous avons là une série cohérente qui ravira surement les jeunes lecteurs et mais saura satisfaire ceux plus aguerris, car se sont de beaux livres.

    Le dessin dans un style rectiligne, avec des cases qui se détachent des autres dans les moments de surprise (changement soudain de la palette de couleurs). Un rythme particulièrement dynamique, efficace et maintenu sur les 3 tomes qui composent cette série. "Les Croques" permet aux plus jeunes de découvrir les codes du genre "Polar/Thriller" sous une forme adaptée, même s'il y a des moment émotionnellement intense, l'oeuvre permet de les confronter à leurs ressentis.

    ArvoBlack Le 20/02/2026 à 23:27:29

    "Le Télescope", tout part de cet appareil que possède Julien, dirigé sur la fenêtre d'en face qui donne une vue sur les étoiles...enfin plutôt une étoile mais pas n'importe laquelle ; elle s'appelle Jo, la quarantaine/cinquantaine, elle est pulpeuse, intelligente. Julien est un des 5 protagoniste qui compte une bande de potes sexagénaires qui pensait pouvoir se rincer l’œil discrètement de temps en temps ; mais il se retrouvent pour leur plus grand bonheur au cœur d'une histoire mafieuse.

    Comme à l'habitude de Jean Van Hamme, les personnages sont très bien construits de manière à les rendre immédiatement intéressants, à commencer par Jo, personnage féminin central qui au delà de son physique de pin-up montre une belle personnalité et complexité dans son personnage, elle me rappelle Julia Roberts dans "Pretty Women" de Garry Marshall. Jo se fait "entretenir" par des hommes riches et ne le cache pas, libre à sa manière et personne n'a rien à redire à cela. L'histoire se scinde en deux parties bien distinctes l'une de l'autre, un récit à deux vitesses avec une première partie dans la découverte des personnages et de la situation, une seconde plus technique, avec des enjeux immobiliers où il est question de beaucoup d'argent.

    Les illustrations de Paul Teng sont également réussi, avec un soin apporté pour vieillir les personnages correctement, la couleur fige quelque peu l'expressivité des personnages. Mais je trouve que le rendu global est excellent avec un beau mouvement, la gestuelle de Jo est très précise et donne un aspect mystérieux et sensuel au personnage. Dans l'ensemble, tous les personnages sont superbement dessinés.

    "Le Télescope" est un bon one-shot que je pourrais conseiller à n'importe qui, bien ficelé avec son lot de personnages atypiques et sympathiques.

    ArvoBlack Le 18/02/2026 à 22:50:19
    Facteur pour femmes - Tome 2 - Livre 2

    En plus des quelques années qui séparent le premier tome du second, il y a un écart graphique important entre les deux tomes du diptyque. Ainsi j'ai trouvé "Facteur pour femmes" bien écrit au départ, mais l'histoire se perd en chemin avec des arcs narratifs secondaires qui font perdre la superbe autour du personnage principal, Maël, un pied-bot qui découvre l'émancipation de l'étreinte à cause d'une jeunesse gâchée par son handicap. Les femmes rencontrées dans le T1 sont entières et attachantes, un petit microcosme sur cet île isolée qui donne un sentiment de liberté ; des vies "à l'arrière", détachées du front et des méandres de la 1ère guerre mondiale.

    Le changement de dessinateur de Morice (T1) à Cassier (T2) rompt une partie de la mélancolie du récit, beaucoup moins de profondeur dans les illustration du second tome ; les couleurs sont plus ternes également et le trait moins bien moins appliqués : les oreilles sont vraiment mal représentées, le travail sur les mains est peu soigné, les personnages n'ont pas la même grâce de trait que sur le T1. Bref, il n'y a pas eu un effort suffisant pour retrouver l'ambiance du premier tome. De même que le second récit n'ajoute rien de nouveau et j'ai trouvé cela pauvre et ennuyant.

    Un tome en one-shot aurait suffi à lui-même, pas besoin de rajouter le second. Tous ces choix pèsent sur le diptyque et donnent une série qui malgré son propos original de départ, finira par tomber dans l'oubli.

    ArvoBlack Le 17/02/2026 à 22:23:36

    "Construire un feu" fait froid dans le dos...C'est puissant qu'une BD parvienne à nous faire ressentir le froid à ce point.

    Certes la lecture est courte, car c'est l'action qui domine sur la réflexion, pas le temps en même temps de s'attarder sur quoi que ce soit dans ce genre de situation, il faut agir rapidement. Et c'est en cela que "Construire un feu" délivre pleinement son message, un récit en mode "Survival" contre la nature qui n'épargne pas la moindre erreur. Un narrateur externe qui donne la température de cette ambiance où le doute ne semble pas envisageable, où le retour en arrière n'est plus une option. L'émotion est décuplée dans les petits moment de joie (la construction d'un feu) mais également dans les moments de doute terrible ou le froid à une emprise considérable au delà de l'aspect physique.

    Pour entrer dans cette histoire, Chabouté propose de belles illustrations, dans la neige, en forêt, un coté doux dans le trait qui contrebalance avec la dureté de la situation, ou le froid et les doutes glacent le sang. Une mise en couleur soigné qui appuie sur les sensations frigorifiques de l'environnement. L'expérience de "Construire un feu" se vit beaucoup au travers des illustrations.

    Un récit court, mais qui frappe par sa justesse d'écriture et sa manière de nous impliquer dans l'aventure de ce brave homme, qui fait face aux conséquences de ses choix.

    ArvoBlack Le 16/02/2026 à 22:48:03
    Siegfried - Tome 3 - Le crépuscule des Dieux

    "Siegfried" par la qualité des illustrations et sa construction moderne permet de proposer une série solide avec un dernier tome d'une grande beauté.

    Sur un récit qui penche du coté "Héroïc Fantasy", plutôt lisse sur le premier et deuxième tome, l'histoire se densifie et s'intensifie sur le dernier volet. A demi-teinte entre une aventure sérieuse et humoristique typique du genre (ex : Lanfeust de Troy), "Siegfried" réussi son voyage initiatique au fil de l'avancement du récit. Il manque cependant une certaine force aux personnages pour qu'ils s'incarnent entièrement. J'ai trouvé le personnages de la Walkyrie en retrait dans la narration malgré sa présence physique dans le récit. Siegfried est un jeune aventurier, mais on ne sent pas le poids des années sur lui, fort de son expérience auprès du Mime et du traumatisme de ne pas avoir connu ses parents malgré qu'on l'ai vu grandir au fil des 3 tomes. Fafnir est également très mystérieux et la menace n'est pas ressenti comme un réel enjeu de l'histoire.

    Heureusement de la conclusion de "Siefgried", émane une certaine beauté, une forme de mythe autour d'Adam et Eve, peu de récit prennent le temps de le préparer aussi bien et je trouve l'approche très réussi, beaucoup moins de dialogues et textes dans la dernière partie, les illustrations prennent le dessus, nous emportent et se fixent sur la rétine pour obtenir une forme de grandeur.

    Alex Alice montre également tout son talent de dessinateur et de metteur en scène qu'il exploite au fil des planches lumineuses, avec des découpages très dynamiques (exit la case standard de BD), cela donne un excellent rythme.

    On retrouve dans le récit une partie de ce qui a fait le succès de "Bilbo le Hobbit" avec le dragon Smaug reclut qui garde son or, Fafnir est du même type, mais on va d'autant plus loin avec "Siegfried", car la BD permet un travail onirique et imaginaire plus poussé.

    ArvoBlack Le 11/02/2026 à 22:38:09

    "Le mètre des Caraïbes" revient sur le récit d'un homme oublié de l'histoire Joseph Dombey. Lupano et Chemineau s'approprient le personnage pour en faire un one-shot énergique, drôle et abordable pour tous. Entre pirateries et "poulet des montagnes", notre Joseph y trouvera son compte, lui qui a traversé l'Atlantique pour y transmettre son savoir et sa science.

    Le récit oscille entre drôleries impromptus tout en parlant de révolution et de science grâce à l'arrivée potentielle du système métrique ; la balade se veut plus divertissante que instructive. C'est surtout le vieux canonnier avec sa "Louisette", ainsi que la conversation entre M. Dombey et (Jean) Loque sur l'arrivée du nouveau système métrique qui retiendront mon attention. A noter également, les calculs foireux de la NASA qui engage une bonne introduction et une excellente outro pour le one shot. Au delà de ça, le récit d'aventure prend largement le dessus avec plusieurs situations rocambolesques ; je pense à l'éruption du volcan et l'assaut de poulet des montagnes en premier lieu, qui feront rires petits et grands, mais sans grande force supplémentaire pour le thème du récit.

    Coté illustrations, le dessin est dynamique, avec un trait fluide et agréable de Chemineau, du mouvement dans les personnages et dans l'action, les couleurs sont chaudes et simples. Même si nous avons le droit a quelques illustrations en planche complète, j'ai largement préféré le style graphique de "La brute et le divin" de Chemineau dans un cadre similaire (plage, mer, jungle).

    ArvoBlack Le 10/02/2026 à 22:04:34

    "Les Étincelles" n'alimente pas le feu qui pourrait animer ce récit de vie. Première BD de l'autrice Pauline Lega sortie dans la collection "Romans Graphiques" chez Sarbacane, nous avons ici quelque chose de très pauvre sur le fond comme sur la forme

    En effet, le dessin est représenté avec difficulté : pas de scènes complexes ou transitions fluides de cases en cases, comme l'impression que le découpage n'a été que partiel. Concernant la perspective, l'anatomie, le mouvement, le dessin n'éprouve pas la technique. Et s'il y avait un effort réalisé sur la couleur, mais il n'en est rien. Un dessin qui manque de maturité et de recherche graphique, les personnages sont sans forme.

    Au niveau du récit, c'est très plat, les dialogues sont basiques. Alors oui, on peut raconter sa vie dans un roman graphique, mais il y a une manière de le faire pour rendre l'ensemble notable et avec une tournure plus littéraire ; là c'est du brut, "j'ai pas kiffé". Coté narration, pas grand chose non plus, on prend ce qui arrange le récit, pas d'argumentation. Aucune personnalité ne se dégage des personnages.

    C'est un début pour l'autrice qui a besoin de trouver son style et la bonne forme pour transmettre ses histoires car pour moi, "Les Étincelles" n'est pas au point, ni n'aurait du sortir comme tel.

    ArvoBlack Le 08/02/2026 à 22:10:05
    Bouche d'Ombre - Tome 2 - Lucie 1900

    J'ai eu beaucoup de mal à lire "Bouche d'Ombre" de part son écriture étrange et ses mises en scènes qui partent dans tous les sens sans parvenir à canaliser les idées et les démonstrations. Un nombre important de personnages fait son apparition, sans pour autant être présentés, ainsi je trouve l'équilibre de la série fragile avec un rythme difficile à appréhender.

    Les liens familiaux ne sont pas vraiment mis en avant malgré qu'on parle du lien intrinsèque à la famille et de la lignée des ancêtres féminins de Lou, on ne ressent pas tant le poids de la famille de Lou sur les années futures. La présence de Marie Curie et son compagnon dans le passé familiale de Lou ne présente pas forcément une plus value, au contraire elle ajoute un arc narratif supplémentaire autour de l'énergie et de la science qui n'était pas nécessaire.

    Le dessin, à l'image du récit présente aussi deux facettes, j'ai parfois été admirablement surpris par la qualité de certaines planches, leurs couleurs et composition, parfois les personnages qui ont un joli trait et mouvement (Lou notamment). Mais j'ai aussi été déçu par certaines séquences faites à la volée, ou le dessin ne semble pas être la priorité, où c'est vite bâclé avec des séquences plutôt anarchiques. Les illustrations varient beaucoup au fils des planches et des tomes.

    Après lecture du T2 sur lequel j'ai vraiment lutté pour le terminer, j'ai décidé d'arrêter la lecture de la série. Le genre ésotérique ne me dérange pas, je pense que c'est l'approche qu'il y a dernière "Bouche d'Ombre" qui ne me convient pas et que j'ai trouvé bien maladroit.

    ArvoBlack Le 07/02/2026 à 14:48:03
    Célestin Gobe-la-Lune - Tome 2 - Ô charme citoyen...

    Une belle surprise pour "Célestin Gobe-la-Lune" qui grâce à un récit dynamique, des personnages débordants d'énergie et un dessin organique tire son épingle du jeu.

    Wildfrid Lupano au travers d'un récit fantaisiste arrive à rendre le récit rythmé et cohérent, avec humour et de subtilités. En plus des différents arc narratifs qui se construisent au fil du récit pour parvenir à un beau final. Il y a juste le personnage de la Tante de Pimprinule que je trouve poussive et trop manichéenne avec des motifs de trahison limite. Sinon, de Celestin à Astrid, en passant par Pimprinule et Trissot, l'ensemble des personnages sont attachants.

    Mais Celestin ne serait rien sans Yannick Corboz qui excelle dans la représentation du mouvement, la gestuelle, les postures des personnages, les visages aux expressions très marquées, dans la caricature mais qui fonctionne du tonnerre dans une histoire qui semble taillée pour ce style de personnage. Il y a une différence notable dans l'approche du dessin et de la couleur entre le T1 et T2 : le T2 est beaucoup plus clair et réussi graphiquement parlant. Certaines scènes manquent un peu d'éclat, la lumière est terne, c'est le seul défaut des illustrations sur certaines planches (surtout dans le T1).

    Un diptyque rempli d'énergie et d'humour qui trouve un équilibre juste grâce aux deux auteurs qu'on retrouvera plus tard avec la sulfureuse série en 4 tomes "L'assassin qu'elle mérite".

    ArvoBlack Le 07/02/2026 à 14:39:36

    Il y a un coté expérimental dans "Page Noire" avec cette proposition de deux récits entremêlés et une palette de couleur différente pour chaque histoire.

    Le dessin manque un peu d'énergie, un trait relativement gras sur un petit format rend vite les lignes épaisses et cela à tendance à rendre le dessin plus grossier qu'il ne l'est (on passe à coté des détails). L'effet est encore plus frappant lorsque les personnages n'évoluent pas dans un décor (cela arrive sur quelques cases où l'environnement n'est pas représenté). Le résultat graphique du one shot reste sympathique.

    Pour moi "Page Noire" est plus une œuvre expérimentale, au détriment du récit qui se révèle sur le tard, c'est la structure par planche et le découpage qui donne le rythme, ainsi l'histoire est reléguée au second plan. Du coup, c'est long sur la première phase du récit et c'est vraiment sur la dernière partie que les événements évoluent dans le bon sens. Un thriller original et mystérieux, mais qui manque quelque peu de tension. La fin est malheureusement balayée trop rapidement.

    Je retrouve dans "Page Noire", l'idée proposée dans "Demi-tour" de Benoît Peeters et Frédéric Boilet avec des cases enchevêtrées.

    ArvoBlack Le 05/02/2026 à 22:28:26

    "Le chat qui courait sur les toits" est une histoire farfelue qui m'a plu dans sa facilité à rentrer dans le récit au bout de deux ou trois planches. Avec ce futur prince victime d'un enchantement aux aspects étranges et angoissants (surtout lorsqu'il prend la tête d'un papillon). S'ajoutent à cela les multiples personnages de fantaisie et de vie au château qui rappellent les contes pour enfants.

    Graphiquement, c'est dans le style habituel de Hausman qui nous montre à chaque fois le foisonnement de son univers et ses personnages anatomiquement atypiques. La mise est couleur donne une palette douce qui contrebalance avec l'aspect dur, allongé et anguleux du dessin. A noter que Hausman est maitre un matière d'atmosphère, je le trouve bien moins bon dans la dynamique en terme d'action et de mouvements (la scène de combat entre le prince et son oncle en est un terrible exemple).

    L'histoire manque de complexité, elle semble adapté à un public plus jeune, c'est en cas une première ouverture sur le monde de la fantaisie façon Hausman avec un niveau de dessin aguerri.

    ArvoBlack Le 04/02/2026 à 22:16:41
    La femme accident - Tome 2 - Seconde partie

    Pourquoi "La Femme accident" ? Je me suis posé la question pendant la lecture du diptyque de ce qui pouvait donner naissance à un tel titre. Après lecture, cela ne fait pas encore sens pour moi avec le mot "accident" qui s'efface dernière une histoire de meurtre et de grossesse. (Mais merci Erik67 pour la référence et d'avoir ainsi percé le mystère)

    Le dessin est suffisamment qualitatif pour apprécier les planches, les couleurs sont chatoyantes et vivantes. Néanmoins, si on regarde de plus prêt, le dessin possède des défauts qui me dérangent, des personnages qui manquent d'expressivité au niveaux des visages ; Julie la première : bouche fermée, regard précis mais vide. Les visages des personnages change légèrement de morphologie selon la perspective et il a des loupés visibles en s'attardant un peu sur les illustrations (alignement des yeux, casquette qui s'allonge sur la tête). Le mouvement figé durcit le trait des personnages en plus de la mise en couleur.

    Julie, l'accusée est le personnage central de ce roman graphique. Malheureusement, l'histoire n'instaure pas d'élément de surprise, ni de moments forts qui aurait pu faire de l'histoire quelque chose de mémorable. Julie couche avec de nombreux hommes, mais elle reste attachée a son amour de jeunesse : Théo. Le tempérament de Julie est poussif : pousser son petit copain aussi fort pour le faire basculer au travers d'une fenêtre déjà ouverte, il faut le faire non ? En déclarant aux jurés que c'est un accident ? Si c'est pas vraiment volontaire ce genre d'acte ; Tomber enceinte et annoncer directement à son compagnon que l'enfant n'est pas de lui. Bref pour que le personnage soit un minimum crédible, les mots et les actes ont besoin d’être pesés. De même que la victime du meurtre est caché jusqu’à la quasi-fin, c'est très bien, mais c'est dommage que sa chute et sa révélation soient sans réelle surprise (car trop amené de manière évidente). De même que la conclusion n'est que partiellement satisfaisante.

    Selon moi, le récit et les dialogues manquent de recherches pour les rendre authentiques et impactants, le dessin rattrape ces quelques incartades, même si ce dernier n'est pas parfait non plus. Un diptyque qui reste de l'ordre du divertissement mais auquel je n'ai pas eu d'attachement particulier.

    ArvoBlack Le 03/02/2026 à 22:14:08

    "Hoka Hey" lance rapidement les hostilités avec une première scène brutale entre des Blancs (Wasichu) et les Indiens (Lakota).
    Le nombre minimaliste de personnages principaux et secondaires présentés dans la BD permet de s'attacher à ceux-ci. Ainsi si la première partie montre un certain recul à l'égard de Little Knife et son clan, celui-ci va se révéler sur les 2 tiers restants en vivant l'aventure avec eux.

    Le western est bien écrit, il s'appuie de discussions constructives et bienveillantes qui façonnent le personnage de Georges, un enfant d'une dizaine d'année qui grandit et se confronte à l'apprentissage de la vie au travers de différentes cultures et regards. Ce qui fait la qualité du récit, c'est que ce Georges d'origine indienne a été élevé par des Blancs et se pose de nombreuses questions qui amène Little Knife a lui expliquer le sens profond et la vision de la culture indienne, de l'amour pour le vivant, chose que peu de western ont eu l'audace de faire et je trouve cela très touchant. Sully et No Moon, les deux autres personnages secondaires sont très réussis également.

    L'effet de surprise est au rendez-vous et certains passages sont difficiles, mais l'aventure humaine est toujours là et une forme de beauté ressort à la fermeture de ce livre, plein d'espoir sur les racines de l'homme, sur la nature, et la quête de soi. Même si la violence et le sérieux du propos sont présents dans "Hoka Hey !", ils y a quelques dialogues humoristiques qui font mouche et égayent la dureté du récit : "Au fond, Georges t'es une pomme ; Rouge à l'extérieur, mais Blanc à l’intérieur".

    Au niveau des illustrations, le pari est également réussi avec un livre épais et un papier mat de bonne qualité sur lequel les dessins ressortent superbement sans trop de saturation dans les couleurs. Les paysages permettent d'apporter une ambiance très appréciée à "Hoka Hey !" en plus du récit de plus de 200 planches proposant une immersion complète. Le travail sur la lumière et l'exposition des personnages fait partie du tour de force (sous un arbre, un couché de soleil, au coin du feu). Une belle histoire amené par des dessins de Neyef très réussi.

    ArvoBlack Le 02/02/2026 à 23:10:48

    "Le monde selon Setchan" aborde des thématiques adultes (meurtres, sexe), derrière une forme beaucoup plus Shojo.

    Dans un premier temps, le dessin est dans un style minimaliste avec des personnages aux visages et aux yeux ronds, sans nez. Un trait économe qui donne à l'univers un aspect doux et volatil. Je ne suis pas fan du style qui manque pour moi de caractère et de force, avec des émotions et expressions corporelles peu retranscrites dans les illustrations.

    Même combat pour le récit, qui excède dans l'art du remplissage sans faire avancer la narration (beaucoup de blabla façon Shojo). Le personnage de Setchan semble être plus adolescente qu'adulte, en plus d'être peu affirmée. C'est également l'histoire sur fond de militantisme et de manifestation dont Setchan ne fait pas vraiment parti, mais qu'on sent présent en arrière plan pendant la lecture. Une fin qui m'a fait penser à "Look Back" de Tatsuki Fujimoto, que je trouve maladroite et sans intérêt. Cette dernière clôture le one shot de manière abrupte (c'est en quelque sorte une solution de facilité pour terminer une histoire), de même qu'on a pas vraiment le temps (ni l'envie ?) de s'attacher à Setchan. On dirait qu'elle n'éprouve aucun plaisir à vivre (même dans ses relations cul sans lendemain). Akkun n'est pas non plus un personnage intéressant.

    Bref, malgré la thématique parfois adulte, j'ai trouvé l'histoire puérile, mal écrite et sans intérêt.

    ArvoBlack Le 31/01/2026 à 22:37:34

    "Le parfum des hommes" raconte le récit d'un père, Hwang Sang-Ki souhaitant faire un procès contre la firme Coréenne Samsung. En effet, sa fille Yumi a été victime d'un cancer grave (leucémie) déclaré en 2005 à la suite de son travail sur une ligne d'assemblage dans cette grande société. Yumi succombera à sa maladie 2 ans plus tard. La politique en terme de gestion des produits chimiques chez Samsung n'est pas clair et les nombreuses victimes de cancer à la suite d'un emploi chez Samsung sur certaines lignes de production amènent à réflexions, le but étant de pousser Samsung à reconnaitre ses tords et que les cancers survenus en travaillant dans la société soient reconnus comme maladies professionnelles.

    Malheureusement, si le propos est technique et bien argumenté, je trouve l'approche et la dynamique du manga très désuet, ce dernier ne respecte pas forcément les codes graphiques et de lecture qu'impose la bande dessinée. Le récit est très linéaire, il décrit les faits par court chapitre, le dessin fait acte de présence, mais ne complète pas forcément le texte qui dit la même chose, c'est maladroit en plus du trait trop lâché de Kim, Su-bak qui donne peu de formes à ses personnages qui semblent se complaire dans le disgracieux. Cela suffit bien sur pour évoquer l'histoire et le combat de Hwang Sang-Ki, le père de Yumi, dans lequel il donne corps et âme pour donner raison à sa famille et aux autres familles des victimes. Cependant, en proposant un univers plus graphique, mais aussi un story board mieux construit, le manga pourrait être plus impactant et mieux faire passer son message, tout en rendant la lecture plus fluide et digeste.

    D'autant plus en conclusion que "Le parfum des hommes" fait un amalgame, car il mélange deux propos qui n'ont rien a voir : les actions de Samsung avec la mauvaise gestion de la succession de la part des CEO et l'aspect maladies professionnelles avec les multiples employé(e)s victimes de cancers suite à la manipulation de produits chimiques de manière non-reglementée dans l'entreprise. Un beau combat, pas forcément plaisant dans la structure proposée par le livre.

    ArvoBlack Le 30/01/2026 à 23:43:35

    La bêtise humaine au format XXL, entre lune de miel et hache de guerre, "Lune de Guerre" de Van Hamme et Hermann trouve le juste équilibre d'un thriller surprenant, rythmé qui ne fait pas les choses à moitié. Ce one shot me fait directement penser au film "Les Nouveaux Sauvages" de Damián Szifron sorti bien plus tard (2014), mais tous deux sont des défouloirs à ciel ouvert.

    Tout part d'un grain de sable lors d'un mariage pour ne plus s'arrêter à cause de personnages rudement têtus. Pour permettre ce thriller haletant d'exister, il faut 'tirer' sur les traits de caractère et les stéréotypes au maximum, ainsi ce Jean Maillet ne semble pas née de la dernière pluie...Rustre et franchouillard, il n'hésitera pas à sortir le fusil de chasse, pendant que beau-Papa sortira les grenades pour un cocktail détonnant. Ici on ne cherche pas de la crédibilité, mais du divertissement pur et dur pour voir jusqu’où vont aller nos compères. L'introduction des 30 personnages en préface est un vrai plus pour appréhender les caractères et comportements de chacun, de plus, les personnages morts dans "Lune de guerre" sont annoncés dans la préface, ce qui pique la curiosité du lecteur sur la façon dont il a pu mourir. Et Van Hamme maitrise l'incarnation de ces personnages de manière a ce qu'ils soient entiers et authentiques.

    Coté dessin, le trait de Hermann me plait moins car trop gras et appuyé, un style atypique qui correspond bien au style de dessin de l'auteur, mais j'ai connu plus sympathique ; je pense à la série "Comanche" de Greg et Hermann par exemple.

    Un one shot qui vaut lecture pour la myriade de personnages aussi fous les uns que les autres, pour le coté "survival" qui part d'une "Tomate aux crevettes". "Lune de Guerre" est un délire d'auteurs, il n'en reste pas moins sympathique et..."convivial". Et vivent les mariés !

    ArvoBlack Le 30/01/2026 à 23:20:27

    Le conte de "Zaroff" est revisité dans une suite imaginée par Runberg et dessiné par Miville-Deschênes. Si vous avez lu "Reconquêtes" en 4 tomes des deux mêmes auteurs, bien que la thématique ne soit pas la même, on retrouve le même état d'esprit dans ce récit d'aventure fait de traques et de chasses.

    Si les 2 tomes montrent des histoires qui se tournent vers un mode "survival", l'action omniprésente s'oppose à un récit qui montre rapidement ses limites narratives et ne propose pas à mon gout assez d'introspection sur la palette de personnages (Zaroff, Fiona, Katarina). Ainsi, si le T1 peut convaincre par son coté sauvage et fourbe ; le T2 reproduit le schéma du premier sans réussir à trouver un rythme qui lui convient, de part le nombre de personnages secondaires et surtout la pseudo-immortalité de Zaroff qui déjoue piège sur piège : je veux bien qu'il soit doué, mais ce Zaroff ne montre vraiment aucune faiblesse, aucun faux-pas, même son amour de jeunesse (Ludmilla), on dirait qu'il s'en fou à moitié. Mais c'est aussi les rebondissements improbables qui parsement le récit : la grand-mère sadique qui manie la mitrailleuse à merveille, la jeune russe qui sort nue dehors pour se suicider en pleine guerre, les pièges à répétition installé par Zaroff. Ce dernier qui collectionne les têtes humaines mais dont le coté meurtrier et tueur en série ne semble alerter personne sur le danger potentiel du type. S'il réussi son exfiltration, il sera libéré sans condition...une forme d'apologie du crime et de la chasse sans remise en question.

    Le dessin est moderne et détaillé, les moments d'action sont plaisants ; les animaux et leurs mouvements sont bien représentés (chiens, léopards), aussi bien que les dessin de personnages d'une grande qualité (anatomie, mouvement). La ligne est parfois un peu trop grasse et la couleur saturée à mon gout, mais cela ne gâche pas complétement le plaisir des illustrations.

    Je conseille le 1er tome qui possède un bon rythme et une narration plutôt qualitative. Le 2ème tome est optionnel tant il ne fait pas avancer la cause du personnages de Zaroff, ni le camp qui l'oppose.

    ArvoBlack Le 27/01/2026 à 22:44:53

    La très belle couverture de l'édition de 2004 aura piqué ma curiosité, "Iriacynthe" est une jeune femme errante mi-fée, mi-femme qui envoute ses proies masculines au point de les rendre fous. A vrai dire, je n'ai pas vraiment été envouté par ce one shot qui regroupe le savoir faire de Servais en terme de récit, entre nature et histoires fantastiques, mais dont les personnages sont très fragiles et n'arrivent pas à porter la force du récit. Ainsi, cette chère "Iriacynthe" parait bien fade et par delà un corps juvénile n'alimente pas le récit de manière à rendre le personnage intéressant. Pourtant maudite par le biais de ses géniteurs, elle fait preuve d'une certaine douceur, même si elle cherche à mettre à mal son prochain. Hormis une tête décapitée en plein milieu du prologue, le reste du récit reste doux et bien trop gentillet.

    Les illustrations bien que travaillées sont plutôt froides, elles montrent les débuts d'un grand illustrateur, mais le trait est encore rigide et les personnages figés. La couleur est également froide avec un rendu moyen, cela manque d'harmonie. De même que les personnages ne se distinguent pas suffisamment les uns des autres.

    Nous avons tous les ingrédients d'un Servais (campagne, fantastique, femmes envoutantes), mais le récit est fébrile dans la lecture et la bande dessinée manque de dynamisme avec une conclusion qui n'apporte pas non plus sa pierre à l'édifice.

    ArvoBlack Le 26/01/2026 à 14:57:16
    Laïyna - Tome 2 - Le crépuscule des elfes

    "Laïyna" a été pour moi très difficile à lire, un rendu du dessin brouillon et un trait rapidement effacé qui s'ajoute à une mise en couleur qui masque parfois le dessin. Les personnages de Hausman ont une morphologie typique de l'auteur que je ne déprécie pas mais dans le cas de la série, ils apparaissent vite difformes et sans harmonie. Je passe aussi le fait que les scènes d'actions sont pour moi peu efficaces et ne permettent pas une lecture fluide.

    S'ajoute à cela une histoire dans laquelle je ne suis pas du tout rentré en plus du peu de dialogues présents. Les personnages ne sont pas attachants et manque de présence. Quant à l'héroïne (Laïyna), il lui manque clairement une âme, une enveloppe et un passé pour rendre son personnage attachant. Ou a t-elle appris à se battre ? Le tir à l'arc semble être une arme qu'elle maitrise mais jamais le récit n'en parle avant.

    Ce style de récit des années 80 ne correspond plus aux attentes contemporaines, il réveillera peut-être chez certain une forme de nostalgie mais pour ma part, je suis indifférent au récit et aux illustrations, pourtant parfois appréciateur du style graphique de Hausman.

    ArvoBlack Le 26/01/2026 à 14:34:27
    Servitude - Tome 6 - Livre VI - Shalin (Seconde partie)

    "Servitude" pose un univers très complet qui nous rappelle que l'immensité d'un récit n'a d'égal que l'imagination de son/ses auteur(s). Un monde dense, bien pensé que je découvre au fil des tomes avec bons nombres de documents annexes présents en post-face (du T1 au T4). L'univers graphique atypique, soigné et détaillé aident également à se plonger complétement dans ce récit de Fantasy.

    Le premier tome montre de belles perspectives avec l'introduction autour de Kiriel, personnage phare de la série et du royaume des "Fils de la Terre". C'est à partir du T2 qu'on entrevoit toute la complexité de l’œuvre qui atteint un niveau peu égalé dans sa structure avec de nombreux enjeux au fil des tomes. La série utilise un vocabulaire qui lui est propre, ce qui renforce la qualité du récit et l'immersion dans l'univers. Avec 6 tomes, j'ai parfois eu l'impression d'être resté dans cette lecture bien plus longtemps (j'ai lu la plupart des post-faces en fin d'album).

    "Servitude", c'est l'art du rythme et de l'ellipse, beaucoup de scènes ne sont pas représentées graphiquement et font participer le lecteur dans la réflexion et l'avancement de l'histoire. Le titre de la série prend tout son sens quand on comprend les tenants et aboutissants : les 5 puissances qui se sont servis des hommes comme un atout propre, mêlant leur sang à celui de leurs disciples : les êtres humains.

    A noter, l'absence de narrateur (ou "narrateur effacé") qui donne un coté très "sur le vif" et une proximité forte avec les personnages et dans l'action. Ce que j'ai aimé dans ce récit "Héroïc Fantasy", c'est qu'il n'y a pas de facilité, on ressent la vulnérabilité de tous les personnages, aucun n'est infaillible, ainsi l'issue des combats est parfois fatale ; fini le guerrier indestructible a qui tout réussi, caractéristique trop présente dans le genre.


    Le dessin de Bougier est également la pierre angulaire de la série, un trait stylisé, des personnages qu'on distingue facilement, cela était nécessaire au vu de la complexité de l'univers, qu'on a l'impression de connaitre depuis longtemps (grâce aux différents documents annexes qui donnent une belle profondeur aux passés des personnages). Les peuples sont distingués (Fils de la terre, Drekkars, Rikkars, Iccrins) et ils ont chacun une histoire propre très forte. Également ce mystère qui gravite autour des "Puissances" qu'on ne voit finalement que très peu, mais cela renforce le caractère énigmatique et fantasmé de ces êtres divins. La couleur respecte une palette restreinte avec des tons allant du sépia au jaune, ocre et autres nuances de gris, caractéristique d'une ambiance, mais toujours avec une belle profondeur dans les valeurs. Les illustrations peuvent parfois paraitre un peu sombre, et c'est bien le seul défaut que je peux accorder à la bande dessinée.

    Les deux derniers tomes sont particulièrement réussi graphiquement avec une différence notable sur la mise en couleur plus réaliste, de magnifiques planches et une superbe mise en scène. Les émotions qui émanent des visages de ces derniers semblent vraiment authentiques sur ces deux derniers tomes.

    On peut comparer cette série, à l’œuvre de "La Licorne" de Mathieu Gabella et Anthony Jean qui aborde un scénario également complexe et fouillé. Concernant "Servitude", c'est selon moi la meilleure série proposé par l'éditeur "Soleil" que j'ai pu lire à ce jour, c'est une lecture exigeante et adulte, qui permet au genre "Héroïc Fantasy" de briller car c'est ce qu'on peut faire de mieux dans le genre. J'en suis certain, des lecteurs se défileront par la complexité et densité de la série, mais d'autres comme moi, jubileront. Le genre de récit qu'on voit encore trop peu, très qualitatif et mature, qui à nécessité du temps pour la réalisation (le début de la série a commencé en 2006 et le dernier tome est apparu en 2020), c'est du grand 9ème art.

    ArvoBlack Le 18/01/2026 à 15:45:02
    Reconquêtes - Tome 4 - La Mort d'un roi

    "Reconquêtes" fait partie des œuvres qui sur la forme sont qualitatives, mais dans le fond ont plusieurs défauts. En effet, le trait réaliste de François Miville avec une connaissance poussée de l'anatomie, la perceptive, le rendu des couleurs et de la lumière sont très bons en plus du découpage moderne et efficace ainsi que ces grandes et monumentales illustrations sur des planches complètes.

    Le contenu narratif est par contre moins élogieux, c'est en tout cas un départ poussif avec le premier tome de la série.
    La faute d'abord dans le choix de représenter tous les hommes et toutes les femmes avec une morphologie type, à la fois très lisse et fantasmée : muscles saillants, pin-up guerrières avec uniquement des poitrines opulentes, avec l’étrange impression que tout ce beau monde ne se démarquent pas les uns des autres, aucun ne sort vraiment du lot. D'autant plus que les personnages ne se remettent pas en question, il n'y a pas d'introspection, tout est dans l'action uniquement. Mais sont-ils simplement des êtres humains dans ce cas ? Des grandes batailles, des corps qui se déchirent, qui tombent, qui s'enlacent sans une once de reflexion et sans émotions ; on ne pleure pas dans "Reconquêtes"...également les expressions faciales qui sont en décalage avec ce que disent ou font les personnages, en plus d'un coté très figé pour les visages (surement apporté par la couleur) ; heureusement ce défaut s'améliore au fil des tomes. Le seul personnage qui sort du lot est la scribe Thusia car c'est la seule qui laisse une part de mystère et un peu humour dans son personnage, elle se révèle au fil des tomes. Les autres n'incarnent pas grand chose sinon du vent.

    Au niveau du récit, il parvient a quelque chose de plus unis à partir du T3 qui structure l'ensemble, on ressent un peu plus la turpitude des personnages, mais il manque encore bien quelque chose. Le dernier tome de la récit s'affirme avec combat sur combat, et réglements de compte, le travail graphique et visuelle rend l'ensemble agréable à lire, mais je regrette cette fin expéditive qui ne s'attarde pas sur le devenir des personnages restants et fait de cet univers fantastique quelque chose d'anecdotique, c'est dommage... (à la manière des blockbusters : vite vu, vite oublié) un récit qu'on peut qualifier phallocrate, dans cette course à qui à la plus grosse...bêtes.

    Si ces êtres avec des corps dignes des dieux-grecs avaient un esprit plus humain, si de la sueur des champs de batailles, on pourrait voir transpirer des émotions, alors je reverrai ma copie sur "Reconquêtes", parce que tout n'est définitivement pas à jeter.

    ArvoBlack Le 14/01/2026 à 22:21:32
    Le fleuve Shinano - Tome 3 - Tome 3

    Du "Fleuve Shinano" émane la force culturelle et historique du Japon, au travers d'un récit dramatique autour de la condition de la femme au Japon dans les années Showa (1926 à 1989), ainsi que les mœurs de l'époque, avec une vision arrêtée sur le couple, l'homme et la femme. Un manga qui parle également de transmission et d'héritage dans le sens où nous les descendants sommes la conséquence des choix de nos parents, une vision plutôt fataliste de la transmission, mais qui mérite réflexion.

    Si la série en 3 tomes "Lorsque nous vivions ensemble" m'a transporté de part son propos universel, il n'en va pas de même pour "Le Fleuve Shinano" plus ancré dans la culture Japonaise, sur laquelle je me sens moins concerné. Avec un premier tome qui prend le temps de démarrer et un départ difficile à interpréter, il a été pour moi difficile de rentrer dans l'histoire de cette jeune Yukié, fille d'un père détenant un empire de vente luxueux Kimono. Yukié, dès son plus jeune age, connaitra la passion dévorante du désirn de l'amour et du sexe pour ne jamais en sortir en rencontrant différents hommes désirables (ou non) sur son chemin de vie.

    Toujours dans une approche très poétique et symbolique, Kazuo Kamimura montre un dessin esthétique et épuré mais moins marquant pour moi que ""Lorsque nous vivions ensemble". A noter également le petit clin d’œil à cette dernière ("Lorsque nous vivions ensemble") avec l'apparition très ponctuelle de Kyoko dans le T2.

    On retrouve très facilement l'esprit Japonais qui colle à l'aspect historique de la série. Les femmes dessinées par Kazuo Kamimura ont un défaut (qui peut devenir qualité selon le contexte), elles se ressemblent toutes, ainsi j'ai l'impression au travers de Yukié, de voir également Kyoko mais les autres femmes dessinées par l'auteur. Également, le choix de représenter de beaux personnages principaux (Yukié et ses amants), mais le reste des personnages mineurs de manière laide et caricaturale, comme si la passion amoureuse ne pouvait être qu'accessible à une élite de beauté ? C'est en tout cas la déduction que j'ai pu en faire durant ma lecture.

    "Le Fleuve Shinano" malgré sa poésie et son aspect philosophique m'a moins transporté, je me suis senti moins en phase avec son propos et le personnage principal, Yukié, torturée et tumultueuse.

    ArvoBlack Le 14/01/2026 à 22:10:14

    "Beneath the Trees Where Nobody Sees" contraste avec la plupart de ses illustrations douces et personnages ronds, presque à destination des enfants versus son propos bien plus dur et morbide. La différence entre le fond et la forme est originale pour être notable. Immédiatement, j'ai pensé à la série trash "Happy Tree Friends" avec de gentils animaux de campagne qui se retrouvent arrachés à une certaine fatalité. Dans le cas de cette BD, les dessins sont encore plus doux et détaillés ce qui rend l'univers d'autant plus attirant alors que "Happy Tree Friends" montre rapidement ses limites en terme de contenu et d'esthétique.

    Si je trouve l'introduction à l'univers, aux personnages et à la problématique très sympathiques avec un fonctionnement par chapitre (et la parution d'un nouvel article dans le journal de la ville à chaque chapitre), j'ai trouvé le récit sur la durée moins puissant que je m'y attendais.

    Il y a de l'idée dans "Beneath the Trees Where Nobody Sees", dommage que le récit ne soit pas aller un peu plus loin dans la pathologie de Samantha Strong avec plus d'introspection et peut être plus d'histoire sur son passé, mais aussi une fin plus solide avec une montée en tension et en puissance, car ce type de bande dessinée permet selon moi d'aller beaucoup plus loin en terme de narration. J'ai vu qu'un second tome allait peut-être voir le jour "Rite of Spring" permettant d'explorer un peu plus l'univers sympathique du comics.

    ArvoBlack Le 11/01/2026 à 22:35:05
    Détox - Tome 2 - L'acceptation

    Et si "Detox" était la lect-cure après une journée harassante au travail ? Un roman graphique sous forme de diptyque avec ce point original au niveau du dessin : les personnages sont dessinés par Jim et tout ce qu'il y a autour (paysages, décors, ambiances) par Antonin Gallo. Ainsi au niveau des illustrations et de l'approche, je trouve que le travail d'ambiance est très bon avec un rendu atmosphérique et une belle lumière.

    Le récit signé Jim se raccroche ici à une histoire tirée de faits réels, il en parlera sur le post-face des deux tomes. C'est vrai qu'il y avait matière à raconter avec ce Monsieur Matthias d'Ogremont qui reflète le parfait quinquagénaire carriériste qui n'a que peu à faire des arbres et du chant des oiseaux. Le personnage est puant, mais on s'attache a son coté "nounours" et "bon vivant". Cependant, si la lecture est fluide, je trouve qu'il y a des moments de temps mort pendant la lecture où il ne se passe pas grand chose ; c'est le principe du propos de "Detox" mais la BD impose tout de même un certain rythme. La conclusion est belle mais très classique et cela ne va pas plus loin dans la réflexion ; l'épilogue confirmera que "Detox" n'était qu'une parenthèse qu'on oubli finalement assez vite en reprenant le cours de nos vies. Je pense que ce sera mon cas après fermeture du deuxième livre, j'ai passé un agréable moment, à ralentir en même temps que le narrateur, mais le temps me fera vite oublier ce diptyque malgré la fraicheur et l'optimisme qu'il apporte.

    ArvoBlack Le 09/01/2026 à 23:17:06
    Negalyod - Tome 2 - Le dernier mot

    "Negalyod", c'est deux beaux livres qui composent une série, dans un monde futuriste de SF qui mélange mégalopoles géantes et dinosaures affamés, un univers qui me rappelle les "Chroniques de l'ère Xénozoïque" de Mark Schultz avec des illustrations complexes pour un space opéra atypique.

    On suit les aventures de Jarri, berger de profession, de père en fils, mais un berger des plus originaux car il s'occupe d'un troupeau de...trycératops, vieux de 300 ans. Le T1 pose les bases d'un univers structuré, la problématique est rapidement révélée dans un monde déconstruit par la présence de l'homme et de ce qui s'appelle : le réseau. Le premier tome se divise en deux grosses parties, la présentation de l'univers, des personnages et la problématique en première partie, puis la seconde bien plus intense intense au niveau de l'action qui laisse planer un doute sur le destin des personnages. J'ai beaucoup apprécié la dynamique et le rythme du premier tome avec une scène de course poursuite particulièrement efficace et cinématographique, malgré diverses incohérences physiques (tenir a main nue d'une corde relié a un vaisseau à pleine vitesse relève du miracle..., croiser par hasard le grand Kam après sa lobotomie dans ce vaste monde, c'est un peu trop chanceux).

    Le T2 est pour moi moins bon, il perd le lecteur dans une forme de survival dont l'enjeu n'est pas clair, les peuples ne sont pas forcément bien définis avec l'arrivée de nouveaux personnages important : les deux filles de Jarri et Korienzé ainsi que Elios et son père, mais ils ne font pas tous l’unanimité. L'apocalypse déconstruit le monde de "Negalyod" pour quelques tours de passe-passe dont je ne comprend pas la finalité. C'est donc une déception pour ce grand final que allie de belles illustrations, mais sans compréhension.

    Concernant le travail graphique de Vincent Perriot, c'est avec un grand sens du détail que l'auteur pose son univers et il ne fait pas les choses à moitié, il est aisé de plonger dans celui-ci car fourni avec de nombreux personnages. Je n'imagine pas le travail colossal réalisé pour obtenir ces illustrations en grand format ou littéralement une armée d'hommes, de dinosaures et de chevaux sont représentés graphiquement. Le point négatif pour moi reste la lumière car malgré l’effort notable de Florence Breton, certaines planches restent sombre à la lecture et j'aurais apprécié plus de lumière, cela gâche une partie du spectacle proposé.

    Je vois dans "Negalyod" quelque chose de grand car son auteur à vraiment réussi à proposer un univers cohérent et fouillé, un peu entre "Mad Max" et "Jurrasic Park". Cependant, c'est le deuxième tome qui fait défaut sur un monde en reconstruction qui ne suit plus vraiment une logique de survie, mais l'histoire d'une famille qui doit se réunir à tout prix, au détriment du reste, cela me laisse chiffon.

    ArvoBlack Le 06/01/2026 à 22:24:27
    Orange (Takano) - Tome 5 - Tome 5

    Peu habitué au genre Shōjo car ce n'est pas le genre de lecture que je choisis naturellement, j'ai voulu tester la série "Orange" qui m'a été conseillé par son évolution avec un ton plus dramatique.

    Je ne suis pas particulièrement fan du dessin de Ichigo Takano, avec des traits très curvilignes, la façon dont sont dessinés ces grands yeux ronds (un peu façon Kawaii), malgré une belle expressivité. La morphologie des personnages est neutre, ils n'ont pas vraiment de formes marquées, ce sont de grandes asperges. Les illustrations, centrées autour des visages des personnages et leurs émotions, montrent peu de dessins de paysages et de décors qui jouent sur l'ambiance de la série.

    Sur un cycle de 5 tomes, lire la série "Orange" a été pour moi la moitié du temps signe de lourdeur, même s'il relate d'une thématique forte autour de l'amitié et du suicide. Le manga est une forme l'introspection de sa narratrice, Naho, une jeune femme dont les regrets qu'elle pourrait avoir au cours de sa vie impacteront son futur si elle n'agit pas correctement. Au travers d'une lettre manuscrite qu'elle s’envoie à elle-même 10 ans plus tard, elle souhaite changer son passé et ouvrir un nouveau présent. Le concept est plutôt bien foutu, et le rythme du manga est bon avec des surprises à chaque tome mais c'est l'aspect dramatique autour du personnage de Kakeru qui va rendre la série plus intéressante.

    Le coté Shōjo est bien présent avec certains aspects vraiment niais, à tourner autour du pots, à se sentir gêné de se tenir la main en public et ne jamais vraiment avouer ses sentiments à l'autre ou faire comme si de rien n'était ; bref c'est très poussif pour moi et cela alimente une hypersensibilité que je n'ai pas, même si j'apprécie toujours les introspections sur les personnages. Mais dans le manga, c'est une bande d'adolescent tous peu sûr d'eux qui se donnent la réplique : ils sont lucides mais assez indirecte dans leurs propos, beaucoup d'éléments sont sujet à interprétation. Cela n'entrave pas totalement la trame dramatique autour de ce groupe de copains et qui m'a permis d'aller au bout des 5 tomes, avec un dernier tome qui sort du lot car plus mature dans les faits avec notamment la question de l'amitié sur la durée, du suicide et de l'écoute de personnes en détresse.

    Les tomes de "Orange" possèdent une seconde histoire en fin de tome ("Un printemps dans les étoiles") qui est inintéressante et rejoint complétement le coté Shōjo pur, j'ai rapidement délaissé cette partie là.

    Pour ma part, "Orange" aborde une thématique un peu plus sombre et adulte de la vie (suicide, mort), une bonne entrée en matière pour les adolescents, même si cela aurait pu être fait dans un cadre moins fleur de peau.

    ArvoBlack Le 01/01/2026 à 22:03:48
    Les Épées de verre - Tome 4 - Dolmon

    Rares sont les récits de Fantasy ou Science-fiction avec des univers qui sortent du lot (après avoir lu "Les Monde d'Aldébaran"), mais je dois dire que "Les Épées de verre", aussi simple soit le titre de la série, apporte un élan de fraicheur qu'il est bon de souligner avec un bestiaire original, des personnages attachants, et des arcs narratifs qui tiennent la route, même si en somme, le récit est classique pour le genre : une histoire de vengeance, 4 épées à réunir pour ouvrir un portail vers un nouveau monde. On se prend au tout cas facilement au jeu et il y a suffisamment d'enjeux pour être tenu en haleine.

    C'est surtout les illustrations très réussi de Laura Zucherri qui vont porter la série avec des cases très travaillée, des vraies peintures parfois, des visages ressemblants, une connaissance poussée de l'anatomie, de la perspective, des scènes grandioses avec des plans de la cité de Karelane qui nous ramène à une taille de fourmi, des costumes très réussis, tout ce qui fait de la série "Les Épées de verre" qu'on se plonge facilement dans son univers.
    Zuccheri que j'ai découvert dans le très bon premier cycle de "Retour sur Belzagor" me donne envie d'en découvrir d'autant plus sur cette illustratrice qui a le sens du détail et de l'esthétique.

    Dans l'ensemble, la série manque quelque peu de complexité et d"une psychologie plus poussés pour les personnages principaux pour qu'il s'incarnent complétement, un Général Orland moins manichéen, des combats moins timide, même si ça tranche un peu ainsi qu'un tome 4 qui mériterait d'être un peu plus poussés dans ses explications pour se rapprocher de la Science-fiction plus que du genre Heroïc fantasy.

    ArvoBlack Le 31/12/2025 à 10:12:45

    "La malédiction de l'immortel", de la même manière que le personnage principal Emerick Mansfield dit l'immortel ne parvient pas à me toucher. Les personnages et l'univers sont très froids ; normal dans un monde en pleine seconde guerre mondiale.

    La faute premièrement a un dessin sauvage, chaotique et parfois brouillon, même le peu de paysages et décors proposés semblent bâclés ou dessinés trop rapidement. Les personnages masculins et féminins sont squelettiques, ils se ressemblent tous et sans morphologie. La lumière est également parfois approximative. A mon avis le dessin est le gros défaut de ce one-shot qui malgré la noirceur du récit pourrait être plus appliqué sur certains aspects (traits, personnages, anatomies, décors).

    Le récit, malgré un découpage efficace et rythmé, des punchlines sympathiques s'affranchit de plusieurs explications : d’où vient le pouvoir de l'être immortel ? La BD déforme une partie de la réalité historique pour se l’approprier sous forme de fiction, ce qui en soi reste une idée appréciée.
    C'est surtout ce final un peu fastoche qui va résoudre la problématique en 2/3 planches sans grande saveur.

    Bref, si les auteurs avaient pris un peu plus de temps de structurer leur idées sur un sujet sur lequel beaucoup d'auteurs ont déjà planché (Seconde guerre mondiale, Nazisme, Adolf Hitler), de s'appliquer un peu mieux sur les illustrations, j'en dirais surement plus de bien.

    ArvoBlack Le 30/12/2025 à 13:50:44

    Dans "Le Horla" adapté de la nouvelle de Maupassant, c'est l'histoire d'un homme qui affronte son démon intérieur apparu le temps d'une nuit difficile et qui ne le quitte plus ; celui-ci va hanter les nuits du narrateur au point de sombrer dans une forme de paranoïa et de folie.

    "Le Horla" est volontairement une figure surnaturelle dans l’œuvre de Guillaume Sorel, un être fantastique, humanoïde et fantomatique qui apparait pendant le récit, c'est un choix personnel de l'auteur que de nous proposer cette interprétation, car "Le Horla" peut être représenté de différente manière. Au niveau du contenu et de l'histoire, j'ai trouvé un cran un dessous de "Bluebells Wood" et "Hôtel Particulier", notre personnage principal n'a pas vraiment d’interaction avec d'autres personnages, il est vraiment face à lui-même dans un conflit intérieur qui prend tout son espace vital. Le one-shot se ressent plus qu'il ne se lit.

    Sur des illustrations emprunts à l'onirisme, on retrouve un beau trait, des couleurs saturés sur des compositions très travaillés. La lumière n'est pas aussi obscure que le thème proposé ce qui laisse entrevoir un espoir vers des jours plus cléments. Une œuvre qu'a essayé de s’approprier Guillaume Sorel et on retrouve bien la patte de l'artiste ainsi que son univers fantastique.

    ArvoBlack Le 30/12/2025 à 09:16:37

    "La sirène des Pompiers" résonne comme une sympathique fable fantastique autour de l'illustre et fictif Gustave Geninet, peintre en manque de reconnaissance pour un travail qu'il estime remarquable. En matière d'art, rien n'est objectif et c'est bien tout le sujet qui gravite autour de cette histoire signé Hubert et dessinée par son binôme de choc : Zanzim.

    Une sirène qui défait le mythe et son ambiguïté à la fois enchanteuse et dangereuse, car cette dernière décide de nouer amours et amitiés avec la race humaine. De là commence tout un récit autour de la différence, des gouts personnels et des beaux-arts. La lecture est fluide, mais sans grande surprise dans le fond.

    On retrouve des planches fraiches et colorées, façon Zanzim, avec un dessin simple et efficace, car toujours expressif. Ce n'est pas un dessin que j'affectionne particulièrement avec des personnages aux grands yeux, des traits caricaturaux caractéristiques du dessinateur, le style du dessin fonctionnait mieux dans "Peau d'Homme" et "L'île aux Femmes". Quelques tableaux du peintre Gustave Geninet simulent un style de peinture "huile sur toile", avec un dossier délirant autour du personnage en post-face.

    ArvoBlack Le 28/12/2025 à 22:26:18
    Lorsque nous vivions ensemble - Tome 3 - Vol. 3

    1972, année inscrite sur les 3 tomes en post-face de "Lorsque nous vivions ensemble" pour une sortie VO des 3 tomes en 1986 au Japon, année du décès de son auteur, Kazuo Kamimura. Il faudra ensuite attendre 2009 en France pour une traduction est des sortie simultanées pour les 3 tomes.

    Le genre de l’œuvre est un Gekiga, il cible donc un public adulte.
    Dans un premier temps, je suis étonné de voir à quel point le manga et la thématique abordée reste intemporels. Certes, la vision de l'égalité entre hommes et femmes ne cesse d'évoluer depuis 50 ans, mais le couple Jiro - Kyôko des années 70 et du haut de leur 22-23 ans montre un aspect intemporel du couple, un respect mutuel dans le T1 qui fait vivre leur histoire d'amour. Loin, des œuvres romantiques occidentales. La richesse de cette série parvient par le dessin à donner de la beauté aux choses simples de la vie, aux bonheurs comme aux malheurs. On y a retrouve une part de la complexité si féminine et du silence si masculin. Car malgré la singularité de Jiro, Kyôko et leur couple, on retrouve dans leur jeunesse quelque chose d'universelle qui traverse les générations, les couples et les individus.

    Les illustrations de Kazuo Kamimura dans un style doux et épuré (qui ramène aux estampes et toute la culture japonaise qui en découlent) lient le symbole aux émotions, au travers de Kyôko qui croit fondamentalement aux signes (astrologie, superstition) et au travers de Jiro, plus pragmatique mais qui associe sa philosophie de vie à ses expériences de vie à une forme instinctive et artistique. Dans le dessin, je regrette parfois certaines figures féminines qui ressemblent trop à Kyôko dans leurs traits du visage et ceci prête parfois à confusion dans le récit, mais j'ai beaucoup apprécié l'aspect graphique en noir et blanc, dans une style travaillé et minimaliste, qui fait beaucoup dans le déroulement de l'histoire.

    La poésie dans le texte, les cartouches et les mots se lient à la force de dessin pour donner une œuvre qui semble parfois hors du temps et d'autres fois très ancrée dans le réel. Des personnages aux doutes multiples qui questionnent la légitimité de leur relation dans le but d'aller le plus loin ensemble.

    Si le T1 aborde la relation naissante dans laquelle chaque couple peut s'identifier, le T2 porte un ton bien plus dramatique à l’œuvre beaucoup plus dur, mais tout aussi réussi et symbolique. Il met en avant la relation avec ses bas et l'amour qui ne passe pas de l'épreuve de la vie ; mettant en avant une œuvre dramatique plus ancrée dans la réalité de la vie et des couples.

    Le T3 aborde la fin de l'histoire de Jiro et Kyoko dans une douce mélancolie, toujours avec beaucoup de maitrise, on retrouve un Jiro qui devient exubérant et exécrable, victime de son propre chaos qui montre un peu plus les mentalités pré-dominantes des années 70 : la femme reste au foyer, elle gère beaucoup de chose dans la maison, fait la cuisine, les courses. Un tome qui clôture merveilleusement bien cette histoire aux multiples facettes, l'homme, la femme et l'amour dans leur complexité.

    J'ai retrouvé dans ce manga de Kazuo Kamimura une forme de poésie de narration employé par Jiro Taniguchi (Quartier Lointain) ; J'apprends alors dans le T2 que Jiro était assistant pendant 6 mois de Kazuo. Au travers des 3 pavés de 700 pages chacun qui composent "Lorsque nous vivions ensemble", Kazuo donne envie d'explorer un peu plus ses autres oeuvres. Doté d'une belle sensibilité, d'un coté contemplatif et saisonnier, "Lorsque nous vivions ensemble", prend le temps de poser sentiments et émotions, positives ou négatives, pour faire de la série quelque chose de grandiose, de mature et profondément humain. J'ai beaucoup aimé.

    ArvoBlack Le 27/12/2025 à 14:19:02

    Après l'énigmatique "Hôtel Particulier" dans la même veine, avec "Bluebells Wood", c'est avant tout la force du fantastique au travers du dessin, la qualité d'un papier sur lequel est reproduit de magnifiques illustrations ; c'est de la technique, de la poésie et c'est grâce à ce genre d’œuvre que la BD continuera à perdurer dans le temps et les années.

    Comme le dit son auteur Guillaume Sorel en post-face, cette œuvre est un conte revisité de "La petite Sirène" (qui n'a plus rien de "petite") : elle évoque toute l'ambivalence autour de mythe de la sirène, à la fois charmeuse et dangereuse. Immersion complète, happé par ce mystère, par cette femme mi-sirène, mi-humaine éprise du personnage principal, William, d'un désir qui ne fait que s'amplifier et conclut sur la beauté d'un songe.

    Un travail de dessins, de détails et de couleurs aussi monstrueux que ces êtres fantastiques (les sirènes), qui prônent le beau, l'éphémère et la nature.

    S'ajoute à cela un superbe carnet de croquis en post-face qui ne fera qu'ajouter une bulle enchanteresse autour de "Bluebells Wood". Une œuvre qui se vit de l'intérieur, un livre dans lequel on plonge, submergé d'émotions par les peintures, d'attirance par la volupté des forces en présence et par la beauté du trait.

    ArvoBlack Le 26/12/2025 à 14:10:13

    J'aurais du y penser plus tôt, mélanger la sexualité de l'être humain à celle des végétaux, à coup d'étamine dans le pistil. Seulement voilà, l'avant-gardiste et surprenante œuvre "La Fleur Amoureuse" a anticipé bien des choses.

    C'est donc la jeune Mélanie qui s'y colle dans la fleur de l'age ; la jeune plante extra-terrestre l'apprivoisera pour en faire l'objet de ses expérimentations et ses désirs. Si le propos est original, il ne se défait pas des poncifs du genre érotique et de ces années 80-90 florissantes. Ainsi, tout tourne rapidement aussi de cette plante-étalon que des femmes se donnent mutuellement en cadeau pour éviter de sombrer dans l'addiction et la folie ; cela reflète surtout le fantasme masculin. Mais voilà, la BD a vite ses limites et ne se renouvelle que trop peu sur son nombre limité de planches (41) ; avec un final qui est ce qui est, mais aurait mérité un peu plus de force.

    Le dessin à la ligne claire est soigné, des couleurs très saturés avec peu d'harmonie entre elle, cela pique donc un peu les yeux. Mais l'ensemble est suffisant pour raconter ce récit farfelu qui se lit rapidement et n'apporte pas grand chose au paysage de la bande dessinée, ni au genre érotique.

    ArvoBlack Le 23/12/2025 à 16:34:15

    "La dernière maison juste avant la forêt" est maladroit, aussi bien dans son dessin que son scénario ; mais aussi le livre en soi qui est imposant, mais avec un contenu qui ne reflète pas la qualité de ce grand format, lourd, couteux, et qui aurait pu avoir une plus-value avec un dessin et des couleurs plus travaillés ; je pense par exemple à l’œuvre de Yannick Corboz "Le Voleur d'Amour" dans le même format mais dont la qualité graphique transcende l’œuvre et justifie ce type de format. On peut voir les premiers signes de faiblesse avec la 1ère de couverture qui dont la composition, manque de curiosité et d'ingéniosité, une main avec les doigts vernis sur une sonnette en guise de vitrine, avec en arrière-plan des êtres étranges qui me ramène à l'univers de Loisel ("Peter Pan", "la Quête de L'oiseau du temps")

    Le récit prend beaucoup de temps a se développer sur les 160 planches, avec des personnages peu intéressants, aux traits forcés et caricaturaux, physiquement tous aussi laids les uns que les autres : des patates en guise de nez, des gants de toilettes en guise de poitrine pour les dames, le one-shot ne fait rien pour que l'esthétique prédomine et le mouvement des personnages soit un minimum gracieux. De même que la dynamique de construction laisse à désirer avec des twists classiques et des arcs narratifs mals exploités (le pouvoir du rouge à lèvres par exemple).

    Le genre d’œuvre qu'on a pas vraiment envie d'avoir dans sa bibliothèque, un livre bien trop lourd et imposant pour ce qu'il contient véritablement.

    ArvoBlack Le 23/12/2025 à 10:30:39
    Berserk - Tome 21 - Tome 21

    "L'ère des châtiments" regroupe plusieurs cycles inégaux en terme de contenu et d'intensité, à commencer par "Le cycle des enfants perdus" sur le T14 et T15 qui propose selon moi ce qu'il y a de plus maladroit dans "Berserk", une quête annexe qui n'apporte pas plus de réponse au récit, des combats interminables qui se transforment en marre de sang et en transformations mutantes excessives de démons, le plaisir est très mesuré, malgré un dessin toujours aussi beau et précis.

    "Le cycle des Enchainés" trouvera un peu plus sa place dans le paysage de "Berserk" avec l'arrivée d'un nouveau personnage clé, Farnese, mystérieuse et insoupçonnée. Fervente croyante d'un Dieu religieux, elle sera confronté à la "réalité" de Guts qui passe la nuit à chasser les forces obscures.

    "Le cycle de la Naissance" arrivant au milieu du T17 s'annonce encore plus noir, éprouvant physiquement et psychologiquement. Dans sa construction, on retrouve la forme de génie de l'Age d'Or (du T3 au T14) avec un superbe montée dramatique du T.17 au T.20, mêlant d'autant plus de nouveaux personnages avec d'anciennes têtes. Le fantastique va prendre une grande place sur ce cycle avec un développement de l'univers de manière démente (depuis ce fameux T.13), au travers de figures ténébreuses qui ne cesseront d'hanter les protagonistes et le Midland (Albion dans ce cycle). Aux démons se mêlent la souffrance de l'homme et toutes ses déviations possibles : violences, tortures, luxures. Cependant, il faut passer par l'ennuyeux T20 pour arriver au point culminant du "Cycle de la naissance" (qu'on peut associer à l'occultation du T.13) dans le T21. Mais ce dernier reste pour moi une déception, tant la fantasy et l'héroic fantasy prend le dessus sur la complexité des personnages et leurs souffrances.

    Tous les personnages du cycle ne sont pas forcément intéressants, je pense à Isidro, mais aussi à Nina, deux personnages puérils. Je n'aime pas non plus le personnage de l’Apôtre, sans nuance (c'est Dieu ou rien), avec de vrais longueurs où n'apparaissent que des scènes de duel sans fin...Ce n'est pas les tortures de la "Tour de l'Ombre" qui me font le plus souffrir, mais vraiment ces combats interminables, parfois difficile à suivre dans le dessin et dans la lecture de Berserk.

    Le dessin de Kentaro Miura est magnifiquement orchestré avec toujours beaucoup de détails, ultra technique, où les émotions transparaissent et font vivre pleinement l'histoire de "Berserk" . Un récit d'autant plus mature que le dessin touche à son paroxysme. Tout de même, un bémol au vu de la complexité des illustrations, le format manga n'est pas adapté à la complexité de certains combats, peu lisible sur ce format, surtout sur les planches avec de multiples cases.

    En conclusion, il y a du bon mais "L'ère des châtiments" est moins bouleversante que sa prédécesseure, qui a l'honneur de construire admirablement certains nouveaux personnages, sait mêler le drame au chaos, l'épique à la beauté. Mais ce perd parfois dans les détails, dans sa montée en puissance et surtout les combats purs avec le malin qui se transforme sans arrêt en quelque chose de plus costaud. Un tome 21 qui clôture un grand chapitre pour en ouvrir un nouveau, celui du retour de Griffith. Une suite pleine d'espoir mais que je n'ai pas forcément envie de lire tout de suite au vu de la démonstration en dents de scie de ce cycle.

    ArvoBlack Le 23/12/2025 à 09:33:25

    "Hôtel Particulier" est une démonstration du savoir-faire graphique de Guillaume Sorel qui accompagne pleinement son récit fantastique et nous permet de voyager au sein des étages de cet "Hôtel Particulier", où le drame devient collectif, où les forces en présence rendent cette œuvre mystique. Au travers de plusieurs personnages attachants, dont la fameuse et fantomatique Émilie.

    Bien sur, je n'attacherais pas autant d'importance au one-shot sans les illustrations qui traversent ses planches, sur des nuances de gris, des peintures qui vivent et se regardent pleinement, dans une forme de huit-clos, car nous restons à l'intérieur de cette hôtel, si particulier. Une fin particulièrement réussi qui amène au drame une forme de beauté mémorable.

    Oui, j'ai aimé "Hotel Particulier", pour la folie des personnages, pour la transparence de la tenue d’Émilie, mais surtout pour ces chats qui souhaitent dominer le quartier, avec toute la poésie littéraire, les citations et les personnages qui en découlent !

    ArvoBlack Le 22/12/2025 à 21:44:22
    Neeting Life - Tome 1 - Tome 1

    On ne peut reprocher à "Neeting Life" d'être original. Suite à la pandémie de Covid 19, Kentaro Komori, quarantenaire, décide de tout quitter pour vivre une expérience de vie insolite, derrière le mot "Neeting" se cache un vrai concept : vivre sans sortir de chez soi et profiter du temps libre pour se divertir, se cultiver et créer un mode de vie ultra-sédentaire. Sur le 1er tome, on va donc découvrir le monde que s'est créé Kentaro, un mode de vie minimaliste, parfois ingénieux mais rapidement limitant ; un état d'esprit qui fait bien sûr réfléchir à la condition de l'homme moderne et s'il est vraiment possible de vivre ainsi. On se rendra rapidement compte qu'il va y avoir quelque perturbation et que notre bon M. Komori va rapidement être rattrapé par la vie.

    Si la première phase du manga semble être prévisible avec un T1 permettant d'introduire l'univers et les premiers éléments perturbateurs ; la tournure que prend les événements dès les premiers chapitre du T2 rendent l’œuvre plus folle qu'elle ne le laisse penser. Cette folie aurait du s'arrêter au bon moment car une fois que l'excellente première partie est passée, la série s'enlise dans une seconde partie de l'histoire trop alambiqué pour la rendre crédible qui dénote avec la construction de départ. Une forme d'happy ending qui dénote fortement avec les 3 autres excellents chapitres (3/4 de l’œuvre) du diptyque et c'est vraiment dommage.

    Coté dessin, Tetsuya Tsutsui s'en sort très bien, un dessin très contemporain, une belle palette d'expressivité et un découpage réussi.

    "Neeting Life" est à lire, fruit de plusieurs idées originales entre le récit 'Tranche de vie" et le récit "Thriller".

    ArvoBlack Le 21/12/2025 à 22:14:36

    "Look Back" avec sa centaine de page sur un one-shot semble léger pour un manga. Après lecture, nous avons a une œuvre polyvalente qui flirtent entre le "Tranche de vie" et le "Thriller", car c'est bien ce dernier qui résonne étrangement dans le récit avec le choix d'intégrer un élément dramatique peu rationnel. J'avoue que je n'ai pas bien compris l’intérêt et cela ajoute pour moi un pathos inutile à l’œuvre qui oublie une partie de l'essence de départ et coupe court au récit et à l'amitié qui lie les deux jeunes filles.

    Le dessin est de qualité, un beau trait avec des hachures qui donne un aspect intemporel, mais loin de marquer mon esprit, il dessert tout de même correctement le récit, hormis ces cases répétitives où Fujino est de dos en train de dessiner par tous les temps, le personnage est immobile, c'est les éléments autour d'elle qui bougent, une étrange impression de temps qui passe et de travaux acharnés.

    Je trouve que "Look Back" est un manga qui aborde un thème adulte, mais manque de rythme, d'enjeu ou d'introspection sur les deux artistes pour en faire quelque chose de fort et d'unique.

    ArvoBlack Le 16/12/2025 à 23:11:56

    "Les poissons, eux, ne pleurent pas..." est un récit immersif en Afrique centrale à Gunjur, en Gambie où la pêche fait partie du quotidien du littoral et se mêle à la vie des habitants. Une usine qui fabrique de la farine de poisson décide de s'implanter dans la région, elle déverse des déchets dans la mer. Un schéma classique d'histoire autour de l'environnement, de la préservation des terres, du déséquilibre social, de la faune aquatique et un peu plus spécifique : la culture Gambienne.

    L'immersion est bien là, on vit avec les personnages, l'ambiance du village et les inquiétudes des populations quant à l'implantation de l'usine et ses rejets. Par contre, j'aurais aimé un peu plus de contexte et d'éléments concrets sur le récit : ce que rejette l'usine dans la mer par exemple ? Au niveau narratif, j'ai trouvé le récit trop léger pour le rendre crédible et authentique, c'est un ressentie que j'ai eu tout au long de la lecture, il manquait une forme de véracité dans les faits, et cela amenait l'histoire à un certain manichéisme que je n'apprécie pas : la méchante usine versus les pauvres pécheurs. Mais la réalité est plus complexe et les enjeux aussi. Par manque de contexte et parce que le récit le présente ainsi, on prend partie pour la population locale qui ne mérite pas ce qu'elle vit : expropriation, pollution des eaux, rejet des fumées de l'usine, concurrence déloyale pour la pêche.

    Le dessin est l'agréable surprise du one-shot avec un beau trait, des couleurs connectées aux Terres d'Afrique et qui nous immerge d'autant plus dans ce récit de vie. Le dossier en post-face est également apprécié. J'ai aimé l'immersion dans laquelle nous plonge "Les poissons, eux, ne pleurent pas...", moins son contenu et le fond du problème en somme très classique et pas suffisamment contextualisé.

    ArvoBlack Le 14/12/2025 à 22:52:18
    Un polar à Barcelone - Tome 2 - Je suis un ange perdu

    Qui l'eût cru, après un premier tome réussi, Jordi Lafebre joue carte sur table et nous propose un deuxième tome avec "Je suis un ange perdu", suite des aventures de Eva dans la même lignée de ce qui a fait le succès du premier, un polar décalé dans son approche.

    Une pile électrique en guise de personnage principal, Eva ne ménage pas son énergie pour expliquer son cheminement entre actions audacieuses et mauvaise maitrise de ses émotions, elle a tout d'une folle à lier. Pourtant, on s'attache rapidement au personnage de Eva : brutale, authentique, d'un naturelle sexy, une instabilité émotionnelle chronique qui fait qu'elle est suivi de près par son psychologue Llull. On retrouve alors la mécanique qui a fait le succès et l'image du 1er tome.

    Jordi Lafebre, c'est toujours des personnages haut en couleur dont lui seul a le secret : très expressifs, avec beaucoup de gestuelles complexes et intelligible, sur un rythme cadencé qui permet malgré le cadre statique (la salle de rencontre entre les enquêteurs, Eva et Llull) de faire en sorte d'avoir toujours du mouvement dans l'espace et dans le temps (avec de nombreux flashbacks).

    Au niveau du récit, les idées sont là et la lecture est fluide, cependant je ne l'ai pas trouvé aussi marquante que le premier tome, Eva prend rapidement toute la place et en laisse peu aux personnages secondaires, ainsi elle s'étale sur sa vie sexuelle (drôle de séquence d’ailleurs), sur son enquête personnel et sur comment en est t-elle arrivé ainsi. Mais le reste s'efface rapidement. De même qu'elle est très émotive avec son psy et s'exprime énormément, et en même temps fait preuve d'un sang-froid sans faille lorsqu’on lui pointe une arme sur la tempe, c'est très paradoxale d'avoir ce comportement très différent pour un même personnage.

    C'est une bonne lecture, fluide et dynamique mais qui pour ma part ne restera pas mémorable.

    ArvoBlack Le 13/12/2025 à 22:34:46

    Qui n'a pas connaissance de Stephan Zweig et de l'une de ses œuvres ? Cette BD apparait comme un hommage aux derniers jours de l'écrivain.

    Le roman graphique est surtout magnifié par le travail d'illustration (aquarelles) de Guillaume Sorel que je trouve très riche, vivant et d'une grande beauté, malgré le peu d'action proposé dans le récit. Plusieurs plans rapprochés sur Stephan ou sa femme Lotte nous accueille au sein du couple Zweig, imaginant le quotidien Brésilien à leurs cotés à l"époque, avec leurs joies, leurs doutes et tout le contexte (juif, seconde guerre mondiale) ainsi que la tendance pour Stephan à voir le verre de la vie à moitié vide.

    L'histoire ne possède pas de moments intenses dans l'action, tout est très solennel voir platonique, le récit peut vite paraitre plat, mais le relief se trouve dans les petites remarques et réflexions dans la vie de l'écrivain, ce qui donne a cette BD une saveur particulière, d'autant plus avec "les derniers jours de Stephan Zweig" qui se termine malgré la mort dans une forme d'acceptation, de sérénité et de mélancolie troublante. L'illustration fait beaucoup pour retrouver cette ambiance d'un écrivain et d'un couple en pleine crise existentielle.

    ArvoBlack Le 12/12/2025 à 22:58:20

    Avec ces nombreuses référence "Point de Fuite pour les braves" possède ses atouts, appuyés par le trait poussif et caricatural de Boucq. De Tintin à Sherlock Holmes, on retrouve des histoires plus ou moins courtes, plus ou moins réussies, comme pour les autres one-shot humoristiques de la collection "La Dérisoire effervescence des comprimés", "Pédagogie de trottoir" du même auteur (Boucq). Ici, on retrouve plus de référence d'autres œuvres existantes avec de nombreux clins d’œil. Les meilleurs histoires sont pour moi "Les coulisses du Paradis", "Sacré Antoine", "Kiki", "Radioscopie", "Paradis du collectionneur", "221, Rue des Lilas" ; vous l'aurez compris beaucoup de récit m'ont plu, c'est décalé, les concepts sont poussés jusqu'à essoufflement quite à en faire trop (du Boucq dans l’âme) et l'humour est toujours frais, malgré les 40 ans qui sépare cette œuvre de mon commentaire.

    "On peut dire que le riz Lustucru est vraiment incollable" !

    ArvoBlack Le 12/12/2025 à 22:03:28

    Si le concept de "Demi-tour" s'arrête sur une idée simple apparu dans la tête de Frederic Boilet (dossier en préface) ; on trouve une certaine mélancolie de l'instant présent et de la simplicité dans ce one-shot ; tout d'abord avec un paysage très ancrée dans la réalité avec la Gare de Dijon et le moment des élections présidentielles de 1995 entre Chirac et Jospin.

    Avec un découpage particulier au départ entre deux inconnus qui ne se connaissent pas encore, la lecture est étrange car relate une temporalité et un lieu différents, pour fusionner en une seule histoire après quelques planches. Un personnage également loufoques et qui apparait comme un fantome, l'homme de type asiatique qui tente en vain d’apposer un calcul mathématique de la rencontre entre les deux personnages principaux et de prouver par A+B qui font finir ensemble. Heureusement, la réalité les rattrape plus vite que les mathématiques...

    Au niveau du dessin, c'est semi-réaliste avec un travail particulier sur les ambiances grâce aux couleurs de Guibert, les personnages sont bien représentés et reconnaissable d'une case sur l'autre. "Demi-tour" est une balade de proximité, comme on peut en faire le dimanche en famille ou en couple, il amène a quelques réflexions sur l'amour, le couple, les relations et les envies. La lecture se veut fluide et la cohésion entre ces deux inconnus (pas de nom) est sympathique. Nous avons ici un one-shot de bonne facture, modeste mais qui propose quelque chose d’inhabituelle dans sa forme.

    ArvoBlack Le 11/12/2025 à 22:23:26

    "Les trois cheveux blancs" révèle un conte fantastique pour adulte réussi, notamment la symbiose entre la narration et le dessin qui se complètent superbement.

    Hausman au travers d'un univers sombre, un trait tantôt rond avec des visages difformes et allongés, parfois anguleux qui donne aux renards et autre bestiaux une tout autre frimousse, des mains longues et des doigts crochus pour nos protagonistes qui me rappelle de vieilles légendes autour de la sorcellerie,. En revanche, des jambes et un fessier bien plus délicats autour du personnage principal féminin, Vaïva, qui rappelle la beauté de la forêt, accueillante, mystérieuse et libre. Certes, l’œuvre tire parfois vers l'étrange et le déroutant (inceste) ce qui en fait un récit mature, mais j'ai trouvé une véritable poésie dans l'univers dépeint. Les illustrations peuvent ne pas plaire (elle me ramène l'univers de Jean Baptiste Monge en plus sombre), pour moi elle sont uniques, atypiques, fournies et un peu fouillies, c'est une grande force pour entrer dans un univers, surtout dans celui de la fantaisie.

    La narration, les dialogues rythmés et le découpage proposés par Yann donne également beaucoup de rythme qui fait que je ne me suis pas ennuyé sur une seule planche, avec de très belle trouvailles et surprises narratives tout au long du récit : les langues des villageois jetées dans l'étang qui donnent aux carpes le pouvoir de parler en les ayant mangé, le pacte brutal entre Sniégolé et Gyvulis dit "la bête". le mystérieux prince Karas.

    Un petit bijou fantaisiste.

    ArvoBlack Le 10/12/2025 à 21:51:12
    La dernière des salles obscures - Tome 2 - La dernière des salles obscures - 2

    "La dernière des salles obscures" parle de cinéma, mais le diptyque parle surtout de la vie du producteur Raoul Rosensztroch, personnage fictif du 7ème art.

    Malheureusement, la thématique du cinéma s'éloigne rapidement au fur et à mesure que Raoul s'éprend de la sensualité de plusieurs femmes (d’où le mensonge autobiographique ?) à commencer par Donna (T1) avec une relation qui semble honnête sur papier mais de courte durée. Si le premier tome est solide avec une introduction (dé)culottée (accouchement dans un cinéma), les personnages sont vite intriguants et attachants, à commencer par notre Raoul, vieux crouton râleur et handicapé de plus de 90 ans qui n'hésite pas à faire des commentaires misogynes à Mireille, son accompagnatrice en présence de son compagnon Thomas. Raoul est un personnage exécrable, aussi surprenant que rigolo... jusqu’à ce qu'il passe de vie à trépas dans le T1.

    C'est le T2 qui confirme le choix d'une narration tout autre sur le devenir de Raoul, où le cinéma et son métier de producteur passe au second plan, il est épris d'une jeune femme Tchèque, Veronika, 36 ans de plus son ainée. Une histoire qui s'accorde pour être l'arc narratif principal du second tome, au détriment du reste : plus de nouvelles de Mireille finalement, Thomas apparait en second plan et surtout plus d'anecdotes autour de l'histoire du cinéma. S'ensuit un récit qui s'enlise peu à peu une dynamique et une romance dont il ne sortira pas...jusqu’à la fin avec plusieurs séquences inutiles ou malvenues.

    Appuyé par le trait de Gillon, la douleur est moindre car il réussi au moins par son superbe dessin réaliste à sublimer les moments de tendresse, de folies et d'égarements des protagonistes, toujours avec une forte expressivité dans son dessin de personnage qui rend la lecture plus vivante. Le travail sur la lumière ajoute d'autant plus de profondeur au diptyque.

    ArvoBlack Le 05/12/2025 à 23:22:18

    "Fatale" a plusieurs significations, mais derrière ce titre se cache un thriller avec un bon rythme qui manque quelque peu de contexte et de force. L’œuvre raconte l'histoire d'une tueuse à gage, qui prend le nom fictif de "Aimée" dans le one-shot, mais change d'identité après chaque meurtre. Aimée n'est pas bien bavarde, elle laisse aisément faire les cartouches de la BD pour raconter son histoire ; il y a juste un passage où elle se livre un peu plus sur son passé. Le récit est parfois complexe pour pas grand chose, il y a plusieurs moment de flottements. La fin est pour moi précipitée et maladroite.

    Concernant le dessin de Cabanes, il y a de la maitrise, un beau mouvement, des effets de flou (pour les cheveux), un beau rendu sur la lumière, mais aussi les couleurs et sur les effets appliqués.

    Sur la forme, je suis OK avec "Fatale", un rendu atmosphérique et sombre ; sur le fond, l'histoire n'est pas excellente, avec un récit qui ne va pas à l'essentiel et manque de contexte aussi (malgré les passages textuels bien présents), une lecture agréable mais loin d'être marquante.

    ArvoBlack Le 02/12/2025 à 22:36:21

    "Les yeux d'Alex" propose un roman graphique avec une thématique forte autour des genres, de la beauté et de l'érotisme au sens large. Si le synopsis m'a rendu curieux, la mise en forme du récit sur papier m'a laissé dubitatif avec une histoire très plate sur le plan narratif, j'ai eu du mal à m'attacher au personnage de Alex et surtout un dessin maladroit qui ne dessert pas la proposition, ni les idées amenées

    Car oui, les discussions autour des genres, du féminisme, des minorités sont toujours très bien amenées avec une argumentation forte et pertinente car c'est un sujet d'actualité. Mais que fait-on du reste ? Alex est photographe, elle est à la recherche d'une beauté masculine autre que celle proposée par le patriarcat et la pornographie contemporaine, elle cherche une nouvelle identité au désir féminins au travers de son regard (d'où le titre "Les Yeux d'Alex") et ce qu'elle peut apporter avec ses clichés.

    Malheureusement, le dessin n'amène pas la beauté attendue, on ne peut pas reprocher un certain travail de composition sur les illustrations, surtout celles en double page. Mais ou est passé la l'esthétique, la sensualité, derrière ces personnages où l'anatomie semble douteuse, sans mouvement des corps qui soulignerait l'expressivité, ni de rythme dans le trait derrière un style rectiligne qui fait perdre les courbes.

    Pour moi techniquement, il manque un graphisme abouti qui tend vers le travail de photographie, celle passion qu'Alex essaye de partager/transmettre ; d'ailleurs elle n'aborde pas vraiment sa passion, ni la technicité qui se cache derrière. Un nombre de pages excessif au détriment du dessin et de la mise en couleur bâclés selon moi. Il suffit de comparer les premières planches aux dernières, pour se rendre compte que le dessin et la couleur sont approximatifs en milieu d'album, de regarder la représentation des mains en milieu d'album pour sentir le manque de temps ou d'investissement dans le dessin ; pourtant c'est sensuel une main, cela évoque beaucoup de choses, c'est très expressif. Claire Fauvel avait pourtant fait un beau travail d'illustration sur "La nuit est mon Royaume", certes plus conventionnelle graphiquement et scénaristiquement, mais avec une ligne claire constante sur tout le one shot.

    Au travers d'un dessin expérimental et que je trouve approximatif, j'ai trouvé "Les Yeux d'Alex" beaucoup moins impactant qu'il n'aurait pu l'être, c'est vraiment dommage.

    ArvoBlack Le 01/12/2025 à 23:19:48

    Voilà donc "Tamara Drewe", l’œuvre dont était tiré le film de Stephen Frears sorti en 2010 avec Gemma Arterton dans le rôle de la sulfureuse Tamara. Le long-métrage m'avait laisser une étrange impression : de voir quelque chose en surface sans jamais rentrer dans une introspection profonde des personnages, on reste sur les ragots de voisinage autour de cette Tamara et son nouveau nez (refait). Et bien sans surprise, c'est la même chose dans la BD originale, maladroite et peu intéressante.

    Pour moi, il y a deux gros défauts dans cette BD : le rythme et la narration. Le changement de narrateur incessant crée de la confusion, ne permet pas de s'identifier ou s'attacher vraiment à un personnage (Glen, Nick, Beth, Tamara, Andy, Ben), ni a plusieurs malheureusement. La BD est une histoire de rythme, de découpage, de dynamique et je trouve que le choix d'ajouter des gros pavés à lire cassent grandement le rythme de lecture entre images et textes. Les images servent de confirmation au texte mais ne l'accompagne pas, on retrouve parfois une page remplie de texte où les illustrations paraissent bien secondaires, puis parfois de manière aléatoire, le format BD européenne plus classique fait son apparition avec des cartouches, des cases et des bulles sur les planches.

    Le dessin est passe-partout, il convient au style de l’œuvre et aux personnages bavards ; la couleur est plutôt terne et je n'y ai pas vraiment prêté attention, obnubilé par les pavés de textes de cette BD atypique. Personnellement, je n'ai pas aimé la proposition.

    ArvoBlack Le 28/11/2025 à 22:26:11

    "Tracer" et ne pas regarder en arrière, un thème qui a été abordé de nombreuses fois en BD ; tout plaquer pour tout recommencer. Cette fois, c'est Ulric qui s'y colle avec un aspect "roots". Hervé, un homme lambda décide de tout quitter pour retrouver gout à une vie plus proche de son quotidien, de l'instant présent. Quoi de mieux que la nature et un groupe de hippies pour retrouver gout aux choses simples, sans vision autre que le quotidien.

    Le rythme de la BD est bon dans le sens ou l'histoire d'Hervé se lit facilement sur la première moitié de la BD, mais fini par s’éterniser ensuite par ses départ incessants et le manque d'ambition dans son voyage, Hervé se laisse littéralement portée par les événements, quite à se faire taper dessus et même faire l’aumône. Une vie plus proche des gens en difficulté et une clôture qui amène chez moi une satisfaction mesurée.

    Coté dessin, c'est épuré et cela fonctionne bien, avec des couleurs qui présentent bien l'univers de notre Hervé, un trait trop gras à mon gout. Hervé, le personnage principal avec ses lunettes sans anti-reflet me fait étrangement penser au personnages de McCloud dans "L'art Invisible". Une BD qui fonctionne, mais ne laissera pas de "Tracer" dans mon esprit.

    ArvoBlack Le 25/11/2025 à 23:01:41

    Comment une audacieuse fille de chiffonnière décide de gravir les échelons de la noblesse de "Versatile" par ses envies d'ambition ? La montre en début de lecture est une bonne introduction qui propose un cadran avec l'ascension par palier en fonction du rang social et sera bien utile pour la compréhension de l’œuvre. Un bon rythme parcours le début de l'histoire, mais l'ensemble du récit fini par se perdent dans les joutes verbales et autres stratagèmes de la noblesse, un rythme saccadé, d'autant plus que je ne comprend pas tous les tenants et aboutissant de l'ascension de Célimène : qu'on m'explique concrètement comment elle accède du rang de "Comtesse" à celui de "Marquise" ? Dorval, le double masculin de Célimène, semble suivre exactement la même ascension fulgurante, un arc narratif un peu facile pour le scénario, avec une fin qui ne donne pas tout à fait satisfaction.

    Le dessin n'est pas à mon gout, le trait semble négligé et rapidement l'approche sur la lumière est catastrophique avec un rendu sale (taches partielles de noir pour les effets d'ombres), pas d'effets de lumières marqués. En milieu d'album, le dessin est également moins appliqué, cela se ressent.

    Bref, il y du bon, du passable et du mauvais dans ce one-shot qui se veut épique par son souhait de renverser la vapeur et surprendre de chapitre en chapitre, mais le tout sonne aussi rapidement confus pour ne laisser qu'une appréciation en demi-mesure : c'est la mort ou c'est l'hymen (Célimène) ?

    ArvoBlack Le 24/11/2025 à 14:59:19

    "Bordeaux / Shanghai" est une agréable surprise, grâce notamment aux dessins très réussis d'Amélie Causse ; première BD que je lis avec cette illustratrice, qui jongle entre les personnages semi-réaliste et un style de dessin emprunt au manga dans son expressivité. Le découpage ainsi que le cadre sont également très réussi avec un humour qui porte ses fruits (c'est pas mal pour du vin), cela m'a fait sourire plusieurs fois. Également, l'ambiance amenée par les couleurs chaudes d'automne donne à l'histoire une atmosphère chaleureuse, complété par les énergies diverses que dégagent les personnages.

    La bonne trouvaille du one shot réside dans la barrière des langues qui est mise en avant par un système ingénieux de couleurs selon la langue parlée, c'est malin et laisse place a des quiproquos, des situations cocasses.

    Le récit nous mène vers un chemin incertain sur une grande partie de la bande dessinée, il faut attendre les dernières pages pour y voir plus clair. Cependant, malgré les excellentes incarnations et l'expressivité des personnages, j'ai trouvé que la relation entre Wei et Olga n'est qu'assez superficiel dans le rendu, comme des jeunes ados qui un jour se retrouve ensemble et le lendemain tout est fini entre eux. Quelques baisers partagés qui ne suffiront pas à nourrir la relation pour la ressentir comme authentique et que celle-ci s'épanouisse complétement sur le papier, cette amourette semble pour le lecteur ne tenir à pas grand chose.

    Ceci étant, "Bordeaux / Shanghai" dégage tout de même une belle énergie qu'il est plaisant de suivre du début à la fin, magnifié par des dessins/couleurs d'une grande qualité et beauté, qui savent à juste titre être détaillés dans les moments opportuns, tout comme être plus caricaturaux lors d'instants plus léger.

    ArvoBlack Le 23/11/2025 à 14:42:38

    "L'amourante", un titre étrange compression des mots "Amour" et "Mourante" et également "Âme" et "Mourante" qui peut faire aussi sens, le concept du one shot se décline autour du personnage principal, Louise. Car grâce à son pouvoir surnaturel, il est question de vivre bien plus longtemps qu'un être humain normal tant que quelqu'un est amoureux d'elle est c'est toute l'ambivalence de son pouvoir qui permet de soulever plusieurs questions morales autour de l'amour, du désir, de l'indifférence, du harcèlement, mais aussi du temps et du vieillissement.

    Le dessin de Pierre Alexandrine est simple et lisible, mais ce n'est pas lui qui marque les esprits. Même s'il est bien réalisé dans la forme, il manque un travail plus poussé sur les détails, et surtout sur la lumière (et donc les couleurs) pour rendre le dessin plus puissant et faire ressortir les volumes. Les personnages se ressemblent d'ailleurs un peu tous dans leurs traits physiques (nez, yeux, bouche, forme du visage). La ressemblance entre Eleanor (la brune) et Louise (la blonde) est d'ailleurs frappantes, on dirait qu'elles sont sœurs, alors que pas du tout.

    Cependant, "L'amourante" tire son épingle du jeu par son récit novateur et son idée initiale ; même si l'histoire présente quelques longueurs par un découpage simple qui manque un peu de dynamisme, des dialogues parfois avec des rallonges historiques, le récit est suffisamment novateur pour attirer la curiosité. Un peu plus de structure sur les personnages pour leur donner une personnalité plus forte et contrastée aurait surement donné quelque chose de plus impactant.

    Dans le même thème, si le récit de "L'amourante" pour a plu, je conseille "Le voleur d'Amour" de Richard Malka adapté en BD par Yannick Corboz, qui aborde le thème de l'immortalité autour du pouvoir de l'amour avec plus d'audace, de dramaturgie avec des illustrations beaucoup plus puissantes et poussées (aquarelles).

    ArvoBlack Le 22/11/2025 à 15:09:59

    "Pour l'amour de Guenièvre" est un retour aux légendes : de Merlin l'enchanteur au Roi Arthur, en passant par Lancelot du Lac et les chevaliers de la Table Ronde, le tout avec le trait du talentueux Jean-Claude Servais.

    Si la qualité des illustrations en noir et blanc est bien là, avec un dessin soigné et des hachures qui ajoutent du volume à l'ensemble ; on ne peut pas en dire de même du récit qui survole son histoire sous forme de 3 chapitres pour ne laisser qu'une impression mitigée, avec un amour idéalisé entre Lancelot et Guenièvre, un Merlin qui apparait sur un chapitre et disparait aussitôt comme par enchantement. De grands bonds temporels de planche en planche permettent d'avancer à toute vitesse ; mais cela va beaucoup trop vite au détriment des personnages qui ne prennent pas le temps de se découvrir, de s'émanciper, ni de questionner le lecteur. Les événements s'enchainent à une vitesse folle pour ne laisser qu'une vague impression d'immersion et d'appréciation, sans aucune profondeur ; si ce n'est raconter furtivement les histoires des légendes arthuriennes sur 45 planches. Il en aurait surement fallu le double pour rentrer dans le récit.

    ArvoBlack Le 20/11/2025 à 23:15:31

    "Mémoires d'un incapable" parle d'un homme qui pète un câble. Ni une, ni deux, il prend son fusil et tire sur sa femme et ses enfants. Les raisons, il n'y en a pas vraiment, il pète un câble. Pas d'introspection sur sa lente dépression et sa schizophrénie, Albert nous explique que tout cela a commencé à la banque, un rendez-vous pour son père. S'ensuit alors la folie décadente d'un homme. "Mémoires d'un incapable" est un défouloir dessiné et c'est bien la seule chose qu'on peut lui attribuer, le récit malgré sa noirceur est léger, avec un humour qui m'a fait rire quelque fois. Mais pas de développement dans le personnage de Albert Laforge, un personnage plutôt vide de sens, qui distille sa folie sur quelques planches.

    Concernant le dessin exclusivement en N&B, le trait est épais, flou parfois (effet du graphite ?), hormis les visages, le dessin assez peu structuré , on le voit à la représentation des mains qui sont parfois grossièrement dessinées. Dans l'ensemble, cela reste suffisamment appliqué pour être lisible.

    ArvoBlack Le 19/11/2025 à 23:05:01
    Millénium - Tome 6 - La reine dans le palais des courants d'air - Seconde partie

    La note maximale (5 étoiles) aurait été donné s'il n'y avait pas eu le changement de dessinateur et de coloriste dans ce second cycle ; la différence est brutale entre le T2 et le T3, mais aussi le T5 et T6, avec cette étrange impression que l'histoire évolue dans 2 mondes parallèles tellement le style des deux dessinateurs de la série est différent. Fan du dessin de Homs surtout dans l'excellent T5 où l'on retrouve un traitement de la lumière (comme dans le tome "L'angelus" avec Zidrou) que j'adore avec une amélioration des couleurs par rapport au T1 et T2. Homs ne dessinera malheureusement qu'un seul tome de ce cycle ; c'est perturbant et c'est la toute la difficulté de passer d'un dessinateur à l'autre en plein milieu d'une série, car certains personnages sont méconnaissables ou perdent leurs caractères propres (donc une partie de leurs personnalités qui les définis). Homs rend ses personnages très expressif, mais Man malgré sa bonne volonté n’excelle pas dans ce domaine : les visages se ressemblent d'ailleurs assez peu entre chaque case avec une Lisbeth qui semble avoir de multiple faciès. S'ajoute à cela les noms de famille en Suédois, il faut s'approcher quelque peu pour suivre qui est qui.

    Toutefois, le récit et l'intrigue monte d'un cran dans ce cycle 2 de "Millenium", un T1 et T2 qui ont servi d'introduction à l'univers, la suite de l'histoire plus attelante, des personnages très bien construits, à commencer par Lisbeth qui se développe beaucoup dans ce cycle (avec toujours un temps d'avance sur les autres), elle devient un point central. Même si une première résolution arrive à la fin du T4, le doute plane jusqu’au dernier tome (T6). es 4 tomes constituent un engrenage complexe qu'il est difficile de dissocier en deux cycles distincts, même si ces 4 tomes constituent 2 romans de la trilogie.

    Malgré le nombre important de personnages secondaires, voir tertiaires, le récit reste très lisible et les arcs narratifs annexes ne prennent pas trop de place sur l'axe principal. J'ai vraiment aimé le découpage qui passe rapidement d'une scène à l'autre sur 1 à 2 planches pour faire monter la tension.

    ArvoBlack Le 18/11/2025 à 23:10:50
    Millénium - Tome 2 - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Seconde partie

    "Millenium", adapté initialement de la série de romans de Stieg Larsson (que je n'ai pas lu) propose un scénario brillant, mettant en avant des personnages complexes, avec un nombre important d'issues et d'interactions entre les personnages, la série nécessite de la concentration, mais une fois dedans, c'est un vrai plaisir de lire "Millenium", par son découpage complexe et de nombreuses inconnues distillées au fil des tomes, mais aussi la présence de José Homs à l'illustration.

    On peut dissocier "Millénium" en deux cycles, les deux premiers tomes forment un cycle avec une intrigue autour de la disparition de Harriet Vanger, il permet une première approche dans les personnages phares que sont Mickael Blomqvist et Lisbeth Salender. Le cycle 2 sera plus pointu et complexe (voir mon 2ème avis sur la série).

    Coté dessin, José Homs permet de donner beaucoup de caractère aux 2 premiers tomes dont j'adore le trait et le mouvement, mais aussi son travail sur les couleurs. Des illustrations qui donneront une identité à l'histoire et à l'ensemble des personnages. Mais tout ne se joue pas dans ce cycle qui apparait plus comme une introduction au monde de "Millenium", aux personnages avec un récit en somme classique pour le genre.

    ArvoBlack Le 17/11/2025 à 23:13:23
    Berserk - Tome 14 - Tome 14

    Il faut attendre la fin du T3 et les suivants pour découvrir petit à petit l'ère de "L'Age d'Or" et ainsi vraiment obtenir plus de contexte sur l'histoire de "Berserk", avec des illustrations époustouflantes et des éléments narratifs plus concrets : pourquoi l'esprit de Guts est aussi noir ? Qu'est ce que "la marque" ? Et autres questionnements autour des God Hands ? Le T4 et les tomes qui suivront aborderont la jeunesse du héros et répondront en partie, à la compréhension de l'évolution du personnage, au mystère de sa relation avec Griffith, son pacte avec le diable, toujours dans le but de comprendre les enjeux des 3 premiers tomes.

    Le T5, T6, T7 permettent à la série de décoller, un dessin ultra-détaillé, une représentation du mouvement tout bonnement incroyable, avec des illustrations d'une très grande complexité (parfois même avec le regret de lire la série au format manga standard). Des personnages bien plus développé qui en font des êtres vraiment incarnés (Guts/Griffith/Casca), le talent de Kentaro se montre au fils des pages. En revanche, les "méchants" ne sont pas forcément tous des plus intéressant, trop machinéen, brutes épaisses et grossières.

    A partir du T8, les dialogues sont plus philosophiques autour de la condition de Guts, ainsi qu'une relation mise entre parenthèse avec Casca. Les personnages prennent de l'épaisseur au fil des tomes.

    Il est bien précisé "pour public averti", car ça tranche assez sec, la façon dont Guts découpe avec grâce et sans difficulté ses ennemies me fait penser à Uma Thurman dans "Kill Bill" de Quentin Tarantino, un certains burlesque se dégage de ces corps découpés en nombre. La brutalité parfois excessive contrebalance avec des passages plus posés et philosophiques, ainsi que des personnages qui restent avant tout humains et nuancés. Guts se révèle petit à petit, laisse paraitre une fragilité derrière ses kilos de muscles et de haine, minutieusement dessinés. Le dessin de Kentaro Miura est très pointilleux, une connaissance parfaite de l'anatomie humaine, en tout cas des muscles, une précision sur la perceptive ébouriffante. Dans ce cycle, Kentaro Miura se surpasse, l'univers est dense, détaillé, un plaisir à (presque) chaque page. A noter également les nombreux dessins en début de chapitre qui évoquent ce qu'il va se passer mais aussi les illustrations ponctuelles en début et fin de tomes qui montrent des poses de personnages, des émotions sur des visages, des costumes, des décors et qui renforcent d'autant plus l'immersion dans l'univers.

    Le défaut qui ressort principalement de "Berserk" est son gout pour le spectacle morbide avec des scènes de combats parfois interminables et qui ne font pas avancer la narration. Parfois, la violence est nécessaire et fait partie du combat que mêne Guts, mais parfois cela sonne comme une proposition sanguinaire qui n'apporte rien de plus au récit, avec des méchants risibles et stupides ; les 3 premiers tomes commencent de cette manière, le T.11 également, mais aussi une partie du T.13. Malgré tout, l'épaisseur des personnages principaux et secondaires, leurs complexités, leurs histoires et l'action qui en découle permettent de passer outre ces défauts vers quelque chose de plus introspectif, psychologique et dramatique.

    Un cycle qui ne laisse pas indifférent, clé de voute de l'histoire de "Berserk", sombre et poétique.

    ArvoBlack Le 15/11/2025 à 23:07:25
    Berserk - Tome 3 - Tome 3

    Pour bien commencer dans la série "Berserk", je conseille d'aller au delà des 3 premiers tomes qui proposent un récit avec beaucoup d'inconnues qui perdent le lecteur et donne envie d'arrêter la lecture après le T2. C'est même maladroit, l'approche sonne très "Heroic Fantasy" avec une connotation trash, un faux-départ donc.

    Au début de la série, Guts est présenté comme un chasseur de sorcières, mais sans baguette magique et autre fioriture, on passe au niveau supérieur avec des créatures qui ont bien suivi leur rendez-vous annuel chez le dentiste. Ainsi une épée trancheuse de dragons et de démons suffira t-elle à venir à bout de toute ces malédictions ? Guts est un personnage noire et mystique qu'il est difficile à appréhender au départ, à mi-chemin en le héros et l'anti-héros, tellement son égo est surdimensionné et antipathique.

    Le dessin bien que réussi manque encore un peu de lisibilité dans les scènes complexes, le trait est également un peu rigide sur les premiers tomes, mais va se délier par la suite. On ressent en tout cas tout le potentiel de l'univers qui nous est présenté par Kentaro Miura, avec déjà un soin particulier apporté au détails, aux effets de mouvement et de vitesse, une perspective réussie, un maitre en devenir.

    J'avoue que les 3 premiers tomes ne m'ont pas convaincu, même s'il y a un efforts certains sur la dynamique des scènes, les illustrations oniriques et puissantes. Le récit est très machinéen, avec peu d'éléments qui développent l'univers et les personnages, c'est surtout des rapports de force entre Guts, le chevalier noir et les démons qu'il combat qui prendront tout l'espace et les planches de dessin ; cependant, cela n'a pas tant d’intérêt pour moi, de combattre le mal sans évoquer le but précis de la quête.

    Pas de panique, les tomes qui viendront ensuite répondront à beaucoup de questions, le dessin sera plus lisible et surtout des personnages bien plus travaillés avec un récit qui va prendre de l'épaisseur.

    ArvoBlack Le 14/11/2025 à 22:36:33

    "Revoir Comanche" fonde son intérêt par son titre avec la série originale "Comanche" commencé en 1972 dont j'ai lu les 6 premiers tomes, les informations sont distillées au fil des planches pour se révéler dans un unique chapitre décisif et rythmé, où se concentre toute l'action. Malheureusement, que fait-on des autres planches ? Il faut attendre trop longtemps avant que le récit ne décolle vraiment, que la tension soit présente et que j'y trouve au bout du compte un intérêt.

    L'originalité de la bande dessinée vient du dessin, rien à voir avec le style de la bande dessinée originale avec un dessin signé Hermann, un savant mélange de photographies retouchées en arrière plan avec en avant-plan les personnages dessinés de manière suffisamment réaliste, le tout en N&B ; les deux approches contrastent l'une sur l'autre sans faire défaut, c'est plutôt fluide. L’œuvre est parsemée de moments très contemplatifs, mais les paysages sont parfois volontairement flou, cela gâche le plaisir des planches dites atmosphériques en grand format. Vivienne n'est pas non plus un personnage des plus intéressants, même si elle accouche courageusement sans aide médicale aucune...

    Pas forcément besoin de lire la série originale pour découvrir ce one shot, même si je la conseille si vous appréciez les westerns, d'autant plus que "Comanche" est un classique du genre ; mais aussi pour connaitre les personnages présentés qui ont vécu de belles aventures (Red Dust, Tache de Lune, Comanche) et ainsi comprendre les quelques clins d’œils, qui passeront sinon à la trappe si vous ne connaissez pas la série mère de Greg et Hermann !

    ArvoBlack Le 14/11/2025 à 22:26:22
    Comanche - Tome 6 - Furie rebelle

    Pour une série commencée en 1972, "Comanche" a de la gueule ; un élan presque moderne dans son approche autour du Ranch Triple 6. A vrai dire, même si je ne suis pas féru du genre, un bon western reste intemporel. Dès le premier tome et ses premières planches, les quelques échanges avec Red Dust donne le ton de la saga, en retrouvant les codes classiques du western : les punchlines, les postures, les ellipses, rien n'est laissé au hasard et c'est une approche très cinématographique en plus de l'ambiance qui plane autour du Wyoming et de la petite ville au nom de Greenstone Falls.

    Les personnages ont un tempérament bien trempés, chacun est unique et attachant, parfois stéréotypé, mais les situations laissent place à des dialogues percutants, un humour bien travaillé. Une série avec des histoires complètes sur un tome (sauf le T3 et T4 qui se suivent), mais on a toujours plaisir à retrouver notre bande de joyeux lurons qui évoluent sur les 2 premiers tomes de la série pour aider à l'intendance du Ranch au triple 6, ils marquent la première pierre des aventures de "Comanche" avec un Red Dust, mystérieux et vif d'esprit.

    On retrouvera deux histoires très classiques de western sur la suite avec le T3 et T4 à la poursuite de Hors-la-Loi Russ Dobbs massacrant et pillant tous sur les passages, mais Red Dust est sur le coup, même s'il n'est pas infaillible. Une quête qui se lit bien mais sans grand retournement.

    Le T5 marque un tournant 5 ans plus tard avec un Red Dust changé (5 ans de prison pour le meurtre de Dobbs Russ, ça ne rigole pas), une libération provisoire pour notre héros, limitée par des restrictions fortes pour ne pas retourner au bagne : pas d'armes à feu, pas d'alcool, pas de bagarre. Mais par son sang-froid et son courage, il retrouve vite le terrain de jeu du Far West.

    Dans le T6, Red Dust devient adjoint aux shériffs de Greenstone Falls, un rôle qui lui sied à merveille, par sa force d'anticipation dans les situations, sa réflexion et sa précision au tir. Un tome plein de malice ou se mêle des conflits d’intérêt entre Cheyenne et Cow-boy, c'est très bien orchestré.

    Certes, le dessin a vieilli, surtout le type de mise en couleur qui ne se fait plus, mais le trait d'Hermann est toujours très lisible avec beaucoup de détails, une très joli perspective et un excellent cadrage, ce qui donne quelque chose de qualitatif, même si le travail sur la lumière manque clairement. Le rythme grâce à un récit actif ne ralentit pas, au détriment de l'introspection manquante des personnages qui se ressentira.

    Malgré tout ces points positifs, je reproche à la série "Comanche" d'être trop classique dans son approche, trop timide dans sa manière d'afficher la violence et le sang (peut être normal pour une série des histoires de Tintin) ; de même que la relation (amoureuse ?) entre Red Dust et Comanche qui souffre de non-dit ou qui est tout simplement mise de coté alors que cela pourrait être un arc narratif supplémentaire intéressant. Ainsi la lecture fluide des tomes malgré les rebondissements laisse une certaine attente inassouvie. J'ai décidé d'arrêter ma lecture après le T6 avec une impression que les éléments narratif au détriment du rythme et de l'action n’évoluons pas ou difficilement tant dans les prochains tomes.

    ArvoBlack Le 10/11/2025 à 15:49:00

    "La pédagogie du trottoir" fait partie des one shots humoristiques de Boucq, des histoires courtes sur 3 à 6 planches, toujours bien décalées qui rendent ses récits et thématiques autour de la société pleine d'originalité. Malheureusement, certaines histoires ne fonctionnent pas et n'apportent pas l'euphorie attendue, trop décalé pour en comprendre l'essence et l'humour ; notamment avec des personnages parfois à coté de leurs pompes. "L'énigme du masque de fer" et "Le miracle de la vie" se démarque clairement du reste assez moyen.

    Toujours avec son dessin, François Boucq permet à la bande dessinée d'amener des univers si atypique à l'auteur, avec ses personnages aux traits grossiers et nonchalants, qui poussent facilement vers la caricature et les excès.

    "La Dérisoire effervescence des comprimés" réussi mieux ses récits, même si "La pédagogie du trottoir" n'est pas en reste.

    ArvoBlack Le 10/11/2025 à 15:32:02
    Tyler Cross - Tome 3 - Miami

    Ça frappe fort avec "Tyler Cross", les gros bras, les punchlines, une narration à la 3ème personne, la violence, beaucoup de violence et peu de répits. Un personnage principal qui se révèle peu mais se relève de nombreuses fois, qui montre une belle dose de réflexion sur l'action en cours en plus de sa forme physique.

    Avec "Tyler Cross", c'est ce découpage aux petits oignons qui donne le rythme de la bande dessinée. Le dessin signé Brüno apporte l'atmosphère droite et épurée au travers de son style rectiligne et minimaliste, avec les couleurs très tranchées de Laurence Croix. Je ne suis pas un fan inconditionnel du dessin, mais il faut l'avouer, Brüno a du talent pour montrer l'essentiel de ce qu'il veut montrer et donner une ambiance caractéristique à la série. Pas de fioritures, pas de chichi, à la manière d'un Tyler qui lui aussi ne prend pas de pincette. La narration est très directe, des cartouches qui décrivent beaucoup l'action, à mesure que celles des pistolets se vident. Le dessin symbolique permet également de dissimuler l'hardeur du trash et la violence pour un résultat tout aussi efficace.

    3 tomes denses (env 90 planche chacun) qui peuvent se lire séparément même si c'est mieux de les lire à la suite, seul Tyler Cross reste le personnage central des 3 histoires. Je regrette un peu les fins pour les 3 albums que se terminent aussi furtivement que l'histoire a commencé, sans pour autant sentir une véritable évolution dans le personnage de Tyler, hormis s'enrichir sur le plan matériel. La trilogie sonne comme un excellent divertissement, mais il ne faudra pas en attendre plus de Tyler, qui n'a pas l'âme à jouer les psychologues, ni à parler de lui-même, et c'est bien dommage.

    ArvoBlack Le 05/11/2025 à 22:43:53

    "Neuf" essaye de lier la soif des grands espaces et de la science à une histoire plus personnel et singulière ; Johnny Hubbel, astronaute souhaite repartir sur les traces de son père, disparu lors d'une mission inter-planétaire. Au départ, l'histoire semble être un puzzle audacieux par le nombre d'arc narratifs mais les morceaux se recollent de manière fluide pour laisser une belle impression générale. Bien sur, je regrette dans ce voyage initiatique qu'il ne rentre pas un peu plus dans le ressentie des personnages avec une plus importante introspection, pas de temps d'ailleurs de s'attarder sur la relation entre Johnny et son père, ni la relation entre Astrid et Johnny, c'est la science-fiction qui est moteur du récit et les dialogues restent axés autour du coté scientifique et technique.

    Il est toujours dangereux de parler de voyage dans le temps sans vraiment l'expliquer, car il y a une grande inconnue dans ce périple et sur ce qu'il se passe vraiment lors de l'effleurement de la planète "Neuf" : une boucle temporelle de 3285 jours = 9 ans, sauf que les décalages temporelles ne font par décennies soit 10 ans : 9, 19, 29, 39, je n'ai pas tout saisi. Johnny revit les mêmes situations que lors de sa première vie, mais une action différente dans le nouveau présent ne modifie t-il pas son futur (cf le film "L'Effet papillon" de Bress et Gruber sortie en 2004) ? A ce moment là, on peut réécrire toute l'histoire aussi...

    Coté dessin, je découvre le trait de Grabowski ; je le trouve bon, un bel équilibre dans ses dessins, assez peu de mouvement et d'action pour les personnages mais une belle expressivité des visages, les illustrations fonctionnent pour le genre, j'apprécie moins la mise en couleurs plutôt froide, le rendu global des ombrages et ainsi que l'épaisseur de la ligne claire parfois plus grasse à mon gout.

    ArvoBlack Le 04/11/2025 à 22:47:47
    Shi (Zidrou/Homs) - Tome 6 - La Grande Puanteur

    Un second cycle de "Shi" plus ancrée dans la réalité de Londres du XIXème siècle qui pose d'autant plus ses propos que le premier cycle et les actions qui en découlent. Celui-ci nous permet de suivre la progression du mouvement sectaire de Jay et Kita qui dans la lignée des albums précédents, souhaite voir une évolution positive des mœurs et valeurs morales, bafoués sous le règne de Victoria, notamment le trafic d'enfants. Au travers du récit, difficile de savoir dans les faits ce qui à été une réalité pour la ville de Londres ou de la pure fiction/imagination des auteurs; Cependant, Londres décrit par l'écrivain Charles Dikens reflète le même état d'esprit que celui imaginé par Zidrou et Homs, l'immersion est totale.

    Plus proche de la chronique sociale historique, l'aspect fantastique s'efface quelques peu ; seulement 3 ou 4 apparitions notables des démons. Toujours un coté "Thriller", avec de nombreux rebondissements et de meurtres qui collent si bien à la peau de la série. Une préférence pour le premier cycle, même s'il se présente de belles choses dans le deuxième, la qualité reste largement au rendez-vous.

    Le dessin de José Homs toujours très qualitatif présente un esprit moins sombre et ravageur que le Cycle 1, avec moins de scènes de nuit ou fortement contrastées, moins d'actions et de mouvements également. Cependant, c'est toujours un plaisir de regarder ses illustrations au trait atypique et d'une grande précision.

    Après lecture du T6, j'attends avec hâte la suite des aventures et ses nombreuses proposition narratives dont la mort de Jay annoncée dans le tome 4 par la lettre à sa fille (fin du Cycle 1).

    ArvoBlack Le 31/10/2025 à 23:15:55
    Shi (Zidrou/Homs) - Tome 4 - Victoria

    "Shi" frappe fort au travers tout d'abord d'un récit cadencé, où l'action omniprésente révèle rebondissement sur rebondissement dès les premières planches. L'histoire commence à Londres dans années 1850, pendant le règne de la reine Victoria, mais un autre arc narratif plus contemporain s'ouvre dès le départ pour créer un parallèle entre les deux époques à la recherche des valeurs fondamentales d'égalité pour les femmes et la protection des enfants. Un thème qui résonne de manière moderne, mais aussi d'autant plus dans Londres du 19ème siècle emprunt aux guerres, à la violence, la maladie et la pauvreté.

    Mais ce récit ne serait rien sans le fabuleux travail de José Homs qui au travers de son trait, du choix des plans et du découpage propose des illustrations ultra dynamiques et explosives. Le travail sur la lumière nous plonge rapidement dans l'ambiance sombre du cycle 1 de "Shi". Un style rectiligne qui en fait un des dessinateurs que j'admire, une connaissance maitrisé de bout en bout du dessin avec une vision très complète : perspective, anatomie, lumière, ambiance, mouvement. Certaines illustrations en demi, pleine ou double pages sont des œuvres d'art. A noter également comme graphiquement stylé, la représentation des onomatopées sous la forme de la matière dont vient le bruit, elle s'intègre pleinement au dessin et l'ambiance de la série.

    Nous avons un récit adulte qui ne lésine pas sur la violence et la nudité, il se mêle au genre "Thriller", avec une âme de "Fantastique / Onirique" qui peut plaire ou non, qui ne prends pas le dessus sur le récit d'aventure et une pincée de récit "Historique". Un scénario avec beaucoup de force, un humour discret mais efficace, beaucoup d'actions, des cartouches et dialogues percutants, une narration bien amené et surtout des personnages fort avec des nuances et du caractère ; les personnages féminins (Jennifer Winterfield aka Jay et Kita) campent en héroïne de la série, à la fois pleine de ressources, déterminées et sulfureuses. Les personnages masculins (Octavius, son frère Trevor, son fils William, le Commissaire Kurb) sont plus noirs et dépeignent une société patriarcale et décadente qui n'en reste pas moins intéressante. Certains personnages possèdent des tocs de langage qui les rendent uniques : Kurb et ses citations en référence à sa "Môman", La reine Victoria qui répète sans arrêt qu'elle a mis au monde de nombreux enfants.

    Ce premier cycle de 4 tomes ouvre sur une suite évidente qui permettra de profitez d'autant plus d'une partie des personnages entiers et attachants de cette série. "Shi" est pour moi une "Masterpiece" de ce qu'on peut faire en BD. J'ai retrouvé l'ambiance similaire à 'L'assasin qu'elle mérite" de Lupano et Corboz. Le thème est quelques peu différent, mais on y retrouve tenus et décors d'époque, ainsi que l'ambiance sombre et délétère dans l'Europe du 19ème..

    ArvoBlack Le 31/10/2025 à 23:05:00

    Si le scénario de "Bouche du Diable" n'était pas emprunt à quelques incompréhensions scénaristiques, la BD aurait surement valu une place dans ma bibliothèque, car c'est tout de même une œuvre de bonne facture.

    Si la première partie en Ukraine permet de poser l'univers avec Youri dit "Bouche du Diable" et la découverte du camp d'entrainements de futurs agents secrets/espions soviétiques sur des territoires "ennemis", suivi de la rencontre du terrible Colonel Stavroguine. Puis vient la rencontre d'un premier personnage attachant : le camarade Grigori, éducateur, philosophe et pilier de vie pour Youri, dans lequel ce dernier va chercher sa voie intérieure.

    Le deuxième chapitre nous plonge dans la ville de New York ; Youri change de nom et s'appelle Billy Budd, avec l'arrivée d'un autre mentor important à l'image de Grigori, le "Grand Chef", un indien débrouillard, remplis de sagesse et d'expériences. Tous ces personnages bien incarnés constituent les éléments les plus réussis du one-shot.

    Le troisième chapitre est beaucoup plus cadencé, il m'a laissé sur ma faim et perplexe avec beaucoup d'action sur la phase finale. C'est surtout cette scène dans les égouts avec un Deus ex machina de l'Indien "Grand Chef" sorti de nulle part ; suivi de l'explosion en mode blockbuster dans ce même lieu. Cela dénote une partie de la force du récit. De même qu'une partie de l'énigme est laissé de coté et n'a au final pas tant d’intérêt que l'enjeu de départ.

    Le dessin de Boucq est appliqué sur l’entièreté de la BD avec une premier partie dure et froide dans le paysage Ukrainien, puis de beaux plans dans le chapitre 2 sur les hauteurs de New York, mais aussi les bas-fonds de la ville, une immersion qui me rappelle "Little Tulip" et "New York Cannibals" des mêmes auteurs (même si initialement "Bouche du Diable" est sorti avant). Le trait des personnages est toujours aussi typique de François Boucq, qu'on le reconnaitrait entre mille.

    Un belle histoire, un bon rythme, un excellent dessin, une fin décevante mais qui mérite lecture.

    ArvoBlack Le 30/10/2025 à 22:49:29
    Blues 46 - Tome 2 - Allegro Furioso !

    Entre récit d'aventure et thriller, "Blues 46" propose un beau dessin de Stalner sur un scénario moyen de Moënard.

    Le trait est plaisant et fait ressortir les détails, accompagné des couleurs chaudes de l'automne, la lecture se veut fluide sur ce diptyque. Avec des personnages au départ qui présentent bien (Alain/Aline, Guéric), ainsi "Blues 46" tend plusieurs cordes à son arc (narratif).

    Mais faut-il encore savoir viser juste dans son propos et son scénario ? Avec un T1 bien foutu qui démarre rapidement et distille des réponses au fur et à mesure de l'avancée du récit : Qui est Alain, ce garçon manqué ? Qu'a t-il fait pour être poursuivi ? S'ajoute à cette intrigue un joli cahier graphique d'Eric Stalner en fin d'album dans le T1. Mais la suite avec le T2 est maladroite, avec l'introduction de nouveaux personnages qui arrivent nombreux, sans présentation directe, sans personnalité nuancée en plus de, il faut l'avouer, une intrigue pas très intéressante avec une histoire de timbres qui passe rapidement inaperçu. Une fin discutable qui donne à "Blues 46" une impression amère de déjà vu pour le genre. On sent un manque de travail sur le caractère des personnages, leur doutes, leurs tempérament, les dialogues décrivent l'action et restent très en surface, n'est pas scénariste qui veut.

    Rendre Alain plus masculin au départ aurait permis de mieux dissimuler les traits féminins de Aline et de donner un meilleur effet de surprise au lecteur. Car quand Guéric dit dans le T2 "Mais tu es une femme, je n'avais pas vu", j'ai rigolé, on a l'étrange impression qu'il n'a jamais pris le temps d'observer son "Partner in crime" ou qu'on se fout un peu du lecteur.

    En bref, il y a du bon au niveau dessin, du moins bon pour le reste.

    ArvoBlack Le 25/10/2025 à 23:35:25

    Que j'aurais aimé comprendre "La Femme du Magicien", dans sa folie, son coté fantastique et la passion pour le personnage d'Edmond, un magicien à la fois surprenant et rebutant. Mais dans cette première lecture, je n'ai capté que des brides de l'histoire, des sensations sans réussir à me l'approprier, pour ainsi comprendre les enjeux et le véritable voyage intérieur du personnage de Rita Wednesday, car c'est ça pour moi qu'il a été difficile à appréhender. Une bande dessinée qui met en œuvre les rêves et pensées d'une femme au travers du magicien Edmond, duquel elle ne parvient pas à se détacher malgré le mépris qu'il a pour elle, à ne plus savoir démêler le faux du vrai, la réalité de la fiction, la magie du rêve ; l'étau se referme fatalement sur Rita. Sans donner les clés de compréhension d'un récit évident et limpide (même en cherchant un peu), "La Femme du magicien" scénarisé par Charyn pose les bases d'une relation ambivalente entre une femme et un homme violent et possessif, au travers d'images oniriques ou fantastiques. C''est en tout cas la vision que j'ai retenu.

    Cette œuvre est surement un des titres ou Boucq excède sur le nombre de trait des personnages et le détail, renforçant les rides et diminuant l'aspect juvénile : le dessin est froid. Il peut ne pas plaire à tout le monde, surtout ceux qui prône le minimalisme et les dessins épurés ; cependant je le trouve réussi tant les personnages s'incarnent bien et les illustrations sont dynamiques. Les couleurs sur l'édition originale n'ont cependant pas bien vieilli.

    A relire peut être dans quelques années voir si mon avis évolue.