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Les avis de - mykiwell

Visualiser les 34 avis postés dans la bedetheque
    mykiwell Le 10/03/2014 à 08:52:12

    Associer ce livre admirable aux strictes principes de la bande-dessinée n'a rien de spécialement évident: La proposition de l'auteur est à vrai dire plus intéressante, puisqu'elle se ménage un espace au croisement de plusieurs formes littéraires, dont bien sûr la bande-dessinée, mais aussi l'encyclopédie, l'herbier, et pourquoi pas le cut-up.

    Chaque double page du livre est occupée par une sélection de spécimens appartenants à une catégorie précise des phénomènes visibles de notre monde.
    En tournant une page, le lecteur découvre chaque fois un nouveau petit univers autonome, que ce soit celui des planètes, des papillons, des boissons énergisantes, des cellules cancéreuses, des jouets pour garçons, des fils barbelés, etc, etc…
    L'énumération se veut encyclopédique sans rien ignorer de sa fatale non-exhaustivité, et en organisant la succession des doubles-pages de son livre, l'auteur suggère une intention éditoriale et esquisse relations et analogies entre chaque planches.
    Avec pour carburant l'absence bienvenue de tout commentaire, des liens de causalité ou des télescopages sémantiques inattendus s'opèrent à mesure que nous feuilletons cet ouvrage piégé. Le principe s'amorce en tout cas dès la première planche consacrée aux manifestations de l'"industrie" humaine. Dès lors, on ne pourra réprimer l'envie de tisser des liens de cause à effet entre chaque double page, et ainsi de contextualiser chaque éléments dans le fil de la lecture.
    On pourra trouver quelques associations un peu trop dirigées (Des godemichets suivis de Statuettes de la Vierge), mais puisqu'il s'agit d'un inventaire…

    Ce dispositif rhétorique est déjà passionnant, or le remarquable travail plastique de l'auteur, non content d'y contribuer totalement, ajoute également une dimension formelle à l'interprétation qui peut en être faite: Crayonnés, aquarelles, jeux d'encrages et de surfaces, découpages et montages fournissent un autre inventaire en filigrane qui autorise une lecture plus détaillée, et donc ralentie, des motifs rassemblés dans l'ouvrage.
    On peut donc se retrouver à chercher du sens partout, y compris dans le choix des techniques appliquées à tel ou tel sujet.
    On est pris au piège dans l'énumération naturaliste, hypnotisés par les variations d'un même thème, plongés dans les analogies, et fondamentalement immergés dans le processus même de la lecture d'un livre, dont on tourne les pages une à une.

    La figure de style singulière et parfaitement maîtrisée.

    mykiwell Le 07/03/2014 à 20:58:57

    Même si l'obsession de nombreuses séries japonaises pour les protagonistes adolescents à tendance à me fatiguer, cette considération devient vite sans objet pour peu qu'un auteur talentueux soit aux manettes de l'histoire. Et tant pis si cette histoire se termine en tir-bouchon.
    Le talent ne manque pas parmi les hérauts du récit horrifique japonais, spécialement parmi ceux qui s'inscrivent dans la mouvance du "Ju-on" de Takashi Shimizu (The Curse, The Grudge), et ont pu bénéficier du succès de "Ring" de Hideo Nakata.

    Une trame éculée réunie tous ces auteurs: De jeunes personnes sont confrontés à une force occulte omniprésente et implacable qui décime leurs proches dans des circonstances toujours plus abominables. Il y a dans ces malédictions contagieuses une idée d'irréversibilité et de cruauté aveugle, et le happy-end n'est pas souvent au rendez-vous.

    Spirale démarre comme ça, avec cette idée séduisante d'un motif qui s'insinue mystérieusement dans l'esprit et le corps des gens, et les mène invariablement de la folie aux pires aberrations physiques.
    Ce motif de la spirale offre à l'auteur une palette étendue de possibilités graphiques et scénaristiques, et les histoires du premier tome installent d'emblée une paranoïa et une certitude: Tout ça va mal finir, et cette foutue malédiction va s'amplifier graduellement.
    Chaque nouvelle victime illustre une vanité ou un narcissisme particulier, et de ce point de vue Spirale peut être considéré comme un recueil de contes cruels mais moraux.

    On pouvait s'attendre au développement méthodique de ce scénario cousu de fil blanc, qui par endroit n'est pas sans évoquer une variation sur les thèmes de Lovecraft. Cependant l'auteur délaisse progressivement le principe éculé du récit d'épouvante, qui orchestre l'irruption de l'inexplicable et d'éléments surnaturels dans un environnement anodin, pour plonger ses personnages dans des situations de plus en plus spectaculaires et apocalyptiques, jusqu'à un paroxysme parfaitement délirant, et à mon avis trop expédié.

    Ce changement de ton est quelque peu déroutant, et laisse fermées quelques portes narratives dont l'auteur ne nous fournira pas les clefs.
    Les deux protagonistes principaux sont à ce titre exemplaires: Curieusement épargnés par l'irrésistible corruption de la spirale, ils semblent être les seuls habitants à en prévoir les méfaits ou à en discerner l'omniprésence croissante, sans que nous sachions jamais pourquoi.
    L'héroïne incorrigiblement chaste et effacée semble pourtant assumer le rôle de personnage subjectif, d'hôte fictif permettant au lecteur d'accepter cette histoire incroyable à travers sa perception factuelle des évènements.
    Le procédé peut évoquer l'introduction d'Arthur Gordon Pym de Poe, ou plus prosaïquement le point de vue d'un joueur qui contrôle son avatar dans un jeu vidéo scénarisé.

    Une bonne lecture parfois bien gore, à mon avis meilleure au début qu'à la fin.

    mykiwell Le 06/03/2014 à 08:50:35
    Les cités obscures - Tome 2 - La fièvre d'Urbicande

    La Fièvre d'Urbicande est peut être la clef de voute des Cités Obscures, et à mon avis l'opus le plus réussi.

    Deux villes séparées par un fleuve sans pont forment Urbicande: D'un côté une cité orgueilleuse régie par la symétrie et le monumentalisme froid, de l'autre des quartiers populeux aux rues sinueuses et au plan anarchique. Planification contre improvisation.
    Le fleuve, comme un mur, achève d'isoler ces deux archétypes irréconciliables de l'architecture et de l'urbanisme.

    Au beau milieu de cette ville allégorique Eugène Robick entend uniformiser les deux rives en y appliquant la doctrine totalitaire qui prévaut de son côté: De grandes perspectives monumentales, des édifices aveugles démesurément hauts, des avenues trop grandes pour les individus qui y vivent. Son grand plan de réaménagement utopique passe par l'édification d'un pont, qui scellera l'union des contraires dans un ordre parfait.

    L'amorce est déjà passionnante, mais dans cette situation de départ presque balisée les auteurs font surgir une anomalie, une idée géniale, qui va totalement brouiller le jeu avant d'en redistribuer les cartes, et relativiser de manière spectaculaire ce désir d'une perfection illusoire.

    Le cube découvert par Robick se copie lui même en se ramifiant de manière exponentielle, comme une figure fractale, jusqu'à créer un réseau incontrôlable qui aboli les frontières et réorganise la société. Son irruption pose aussi la question de la représentation du territoire, qu'il finit par quadriller dans toutes ses échelles successives, vers l'infiniment grand.
    L'influence de Borges plane sur ce conte, notamment au travers de ses fameuses nouvelles "Tlön Uqbar Orbis Tertius" et "De la Rigueur de la Science", dans laquelle il évoque un empire vaniteux qui entreprend de dresser la carte de son territoire à l'échelle 1/1...

    Le travail rigoureux des deux auteurs conduit à une oeuvre sophistiquée et passionnante que l'on peut commenter sans fin. Avec ce livre en particulier, ils inscrivent leurs Cités Obscures dans la création littéraire aux côté de Casares, Calvino, et quelques autres grandes plumes.

    La classe.

    mykiwell Le 04/03/2014 à 10:54:58

    Conçu comme un épisode parallèle au projet "Third World War" paru dans sa revue 2000 AD, ce scénario de Pat Mills entend insuffler un peu de subversion et de critique sociale dans les comics britanniques de l'époque.
    On doit à Mills quantités de créations originales et de collaborations fructueuses, mais cette charge anti-apartheid plus complaisante que pertinente m'a laissé plutôt sceptique.

    Nous sommes dans la tête d'un flic brutal rongé par un racisme maladif, apparemment hérité d'un traumatisme de son enfance durant laquelle il vit sa mère massacrée par un insurgé Mau Mau.
    L'adulte détraqué qui en résulte, élevé au biberon de la ségrégation, assouvit ses espèces de fantasmes de domination morbides en harcelant de jeunes militantes noires, sur lesquelles il projète sa conception tordue d'une supposée guerre des races: Les noirs sont de fourbes sauvages aux corps libidineux qui conspirent à la chute de l'ordre blanc, et qui n'hésitent pas à s'allier aux libéraux et gauchistes de tous poils…
    En bon facho hypertrophié, l'inspecteur Ryan prend son rôle dans l'appareil sécuritaire très à coeur, jusqu'à ce qu'une jeune femme lui oppose une résistance farouche et le fasse sombrer dans les réminiscences d'un passé refoulé.

    Derrière cette intention louable et potentiellement intéressante, Le Fardeau de l'Homme Noir accumule les facilités et les effets de manches pour appuyer un propos vite saisi et souvent lourdingue, puisque la paranoïa de l'anti-héros revêt un caractère essentiellement sexuel.
    On peut apprécier ou non le style graphique de John Hicklenton, mais dans ce récit je trouve qu'il n'arrange rien à l'affaire: Très maniéré, parfois approximatif ou maladroit, il manque de distance et renforce l'idée de deux ados dépassés par les rigueurs de leur sujet.

    Le titre lui-même ressemble à une fausse bonne idée:
    "Le fardeau de l'homme blanc" est un poème de Kipling dans lequel il exhorte la civilisation occidentale impérialiste à prendre ses responsabilités vis-à-vis des populations colonisées. Entendre par là que les sauvages ignorants n'attendaient que la sagesse blanche pour s'extirper enfin de leur état végétatif, proche de l'animalité.
    Le fardeau de l'homme blanc consiste donc à éduquer ces masses inconscientes malgré leur manque systématique de reconnaissance, en plus de leur épargner la difficile gestion des ressources de leurs pays.
    Le boulet de ce colonialisme moralisateur traîne toujours au pied de Kipling, et il ne l'a pas volé.

    Qu'en est-il alors de ce "Fardeau de l'homme noir"?
    S'agit-il d'opposer au racisme un autre racisme?
    Y a-t-il plusieurs racismes?
    On comprend que les auteurs ont voulu signifier par là que l'homme noir a pour responsabilité de ramener son frère blanc à la raison et à l'équité, mais dans ce joyeux foutoir le message passe difficilement, et peine à prendre la dimension critique qu'il devrait avoir.

    À contourner

    mykiwell Le 02/03/2014 à 22:30:31

    Je ris pas aux larmes comme devant certaines cases de Gotlib, mais pas loin quand même avec Bill Baroud, l'espion.
    Manu Larcenet est un excellent dessinateur, et ses pastiches hyper-référencés font toujours mouche.

    i recommend

    mykiwell Le 02/03/2014 à 21:07:12

    Pas évident de tenir un scénario complexe à la seule force d'un montage graphique totalement muet, mais l'exercice vaut déjà par son recours au langage spécifique de la bande-dessinée: Cadrages, ellipses et séquences, mais aussi force narrative de l'image fixe.

    Tout cela l'auteur sait parfaitement en jouer dans une mise en page cependant classique.
    Son étrange allégorie du repentir, personnifié par un monstre grotesque et disons… excessif, s'avère prenante et très immersive.

    Le silence qui règne dans cette histoire est moins une contrainte qu'un dispositif narratif à part entière: Il n'y a pas besoin de dialogues ou de sous-titres dans ce mauvais rêve, les personnages sont toujours en pleine action ou dans la sidération de ce qu'ils voient.
    La présence du monstre n'en ait que plus bruyante, tant il accapare l'espace, l'action, et même la couleur dans les scènes qui lui sont consacrées.

    Une figure de style très intéressante et excellemment réalisée.

    mykiwell Le 02/03/2014 à 11:55:49
    300

    Miller déploie ses passions viriles sur un format proche de la peinture d'Histoire, et sort sa grosse artillerie graphique, ses puissants jeux de contrastes, et ses mises en page iconiques pour livrer cette lecture fantasmée d'une fameuse bataille antique.

    Déjà portée aux nu par diverses historiographies (trop?) enthousiastes, ce fait d'arme tout-à-fait véridique (Miller prend simplement de grosses libertés avec les effectifs des forces en présence) et effectivement remarquable en temps que performance militaire, charrie également quelques analyses idéologiques de comptoir: Le berceau de la civilisation occidentale terrasse la tyrannie décadente des "orientaux" efféminés, par la seule force de son sens du devoir, du sacrifice, de l'héroïsme forcené.

    Miller y injecte des influences extrême-orientales, pour le coup, puisque ses spartiates agissent presque comme des bushi japonais totalement possédés par un sens martial du devoir - On peu ici penser à l'histoire des 47 Ronins, ou à certains préceptes de l'Hagakure.
    Miller est en outre un admirateur du "Lone Wolf & Cub" de Koike et Kojima, dont il a assuré quelques couvertures de la version américaine, et dont il fait apparaître le héros dans une scène de Sin City - L'Enfer en Retour - Scène où apparaît également un spartiate soit dit en passant...

    300 appuie donc sur le champignon de l'épopée mythique pour s'emparer d'un de ces évènements exemplaires (Et toujours belliqueux) qui jalonnent l'Histoire, et en faire une sorte d'élégie baroque dédiée aux Grands Hommes. Car il n'y a de salut que dans le torse des héros qui émergent de la médiocrité et de l'apathie des peuples, spécialement lorsque ceux-ci jouissent de leur libre arbitre. On notera également que les méchants décadents sont maigres et/ou difformes, tandis que les gentils sont beaux et athlétiques. Ou le "Mens sana in corpore sano" à la mode super-héroïque.

    L'adaptation prépubère de Zack Snider, adepte de l'auto-défense, du tir aux pigeons et du premier degré, glisse d'ailleurs sur cette pente savonneuse en y ajoutant une avalanche de clichés complaisants et maniérés… C'est mon avis hein, mais ça vaut pas un Milius de la bonne époque.

    Si la note d'intention manque donc de maturité et de nuances ironiques pour être vraiment convaincante, le résultat n'en demeure pas moins enlevé, et délivre bel et bien une charge épique réjouissante totalement bâtie sur le graphisme et les compositions remarquables de Frank "Dirty" Miller.

    mykiwell Le 01/03/2014 à 13:56:33

    Les 5 préfaces nécessairement enthousiastes incorporées à ce recueil de 3 récits sont peut être un brin complaisantes à l'égard de Ricardo Delgado, qui propose une plongée muette dans un monde de dinosaures où domine la loi du plus fort, et où dominent aussi un graphisme, une mise en couleur, et des postures typiques des comics à base de super-héros.
    Ce n'est pas désagréable, mais au terme des 2 premières histoires les scénarios m'ont plus fait l'effet d'enchaînements répétitifs de situations un peu basiques.
    Cette note d'intention peut toutefois donner lieu à de remarquables moments de bande-dessinée, comme chez Tanaka ou plus récemment chez Bertolucci, mais là où ses deux auteurs parviennent à faire parler la composition et les cadrages pour rythmer leurs mises en scène, Delgado plombe parfois ses actions avec des enchaînements aléatoires qui cèdent un peu à la facilité.

    Il y a cependant de belles pages dans Ages of Reptiles, spécialement les nombreux panoramas aériens, mais c'est surtout le dernier récit du livre, The Journey, qui démontre que cet auteur en a finalement sous le capot.

    Dans cet épisode le graphisme est plus dense et plus expressif, soutenu en cela par le travail plus subtil d'un coloriste différent.
    On y suit la transhumance d'un gigantesque troupeau de dinosaures de toutes espèces herbivores, qui partant de territoires asséchés s'ébranlent implacablement vers un pays plus fertile.
    Comme dans un reportage sur les grandes et périlleuses migrations des gnous africains, on assiste aux multiples embuscades des carnassiers qui lévitent autour de ce grand garde-manger ambulant, et s'il n'y a là rien de très original, graphismes et mises en page assurent un spectacle convaincant qui n'est pas sans rappeler certains épisodes du Gon de Tanaka.
    D'ailleurs, la page 319 est un clin d'oeil évident au grand frère japonais.

    En d'autres termes, autant chercher une édition simple de The Journey, à mon avis plus intéressant que Tribal Warfare et The Hunt.

    mykiwell Le 24/02/2014 à 11:16:59
    La caste des Méta-Barons - Tome 1 - Othon le trisaïeul

    Avant que les rênes en soient confiées à un David Lynch peu à son aise avec les exigences de la production hollywoodienne, l'adaptation du Dune de Frank Herbert fut d'abord proposée à un Alexandro Jodorowsky qui, on peut s'en douter, dut friser l'hystérie devant ce cadeau tombé du ciel.
    Au générique prévu: Giraud (of course), Giger, Dali, Mike Jagger, Pink Floyd, Magma, Orson Wells, David Carradine, Amanda Lear... La vache!
    Les studios ont flippé, normal, et nous pleurons tous avec Alexandro la mort de ce projet trop beau pour être de ce monde.

    Jodorowsky s'est peut être consolé avec sa Caste des Méta-Barons, puisqu'on y recense tous les poncifs du genre: La transposition de, disons, l'Empire Romain dans un univers de science fiction, l'hérédité et la tragédie familiale, les complots et les batailles épiques.
    Jodorowsky est en territoire connu, il ne lui reste plus qu'à saupoudrer ce corpus d'un tout petit peu de sexe et de beaucoup d'auto-mutilations pour obtenir cette saga (parfois) enlevée et bourrée de scènes mémorables.

    Le Méta-Baron, dont la personnalité se décline à travers ses incarnations filiales successives, n'est pas seulement une brute hyper-réactionnaire capable de pulvériser une planète en se rasant les sourcils, c'est avant tout un archétype solitaire de la tradition et du conservatisme, un point qui tente de rester fixe dans un univers tiraillé par de constantes révolutions et jeux d'influences. Un monde politique.
    Pour la descendance du fondateur de la lignée, l'enjeu est donc toujours de s'adapter et de se perpétuer, à tel point que le sexe est peut être le principal problème de ces héros de saga galactique.

    Tout n'est pas toujours au top en 8 tomes d'exercice, et je suis comme d'autres plutôt circonspect quant aux interludes vaguement comiques des deux robots qui assurent la voix off.
    Le genre et la forme littéraire qui lui est appliquée - à savoir l'épopée mythique, pour ne pas dire islandaise - n'épargne pas au lecteur certaines redondances d'un tome à l'autre, mais cette intention fait sens si l'on veut bien considérer cette histoire comme celle d'un seul et unique personnage tragique, dont chaque incarnation décline une facette particulière qui vient s'additionner au patrimoine génétique de la caste.

    Gimenez est un artisan assez classique, dont le travail de composition et de mise en page restent plutôt descriptifs et ne débordent jamais le cadre du récit.
    C'est comme toujours affaire de goût, mais j'apprécie pourtant son trait réaliste et ses encrages un peu maniérés, en tout cas dans ce scénario qu'ils accompagnent de manière convaincante, notamment à travers les scènes de bataille particulièrement épiques qui le jalonnent.

    J'étais parti pour donner un avis concis, et me voilà en train de pondre une chronique d'amateur que personne ne va lire... C'est donc que la Caste des Méta-Barons m'a durablement emballé.

    mykiwell Le 21/02/2014 à 13:46:57
    Gon

    Sous ses airs de mascotte courroucée, Gon propose une plongée graphique de haute volée dans une nature édénique, où s'ébattent des animaux en pleine surpopulation.
    Car il n'y a pas la moindre trace du type Homo Sapiens Sapiens dans cet univers, et donc aucune parole (Pas même une onomatopée), si ce ne sont les comportemens de certaines bêtes, pour le coup typiquement humains.

    C'est là qu'intervient Gon, improbable dinosaure toonesque (du moins à partir du second tome) et colérique, échappé d'une préhistoire enfantine, qui impose sa redoutable présence à ce monde hyper-réaliste comme un bourdon dans un verre de champagne.

    Gon est une anomalie dans la nature, et ses habitants vont en faire les frais tout au long des sept tomes qui composent cette série impayable et prodigieusement bien dessinée.
    Gon mange et dort.
    Ce sont ses principales activités. Comme tout le monde.
    Mais pour assouvir ces besoins il ne souffre aucune contrariété, et se met vite dans des colères apocalyptiques si le moindre campagnol vient à titiller sa susceptibilité particulièrement chatouilleuse.
    L'animal est doté d'une force et d'une résistance incommensurables, tout comme son appétit, ce qui constitue la principale mauvaise nouvelle pour les autres habitants de ce monde ou règne la loi du plus fort.

    Certes, mais Gon n'apprécie justement pas que les plus forts abusent de leur position, et s'attache à les châtier vigoureusement à la moindre incartade (Piquer le repas d'un plus petit que soi, bouffer des oisillons, être trop sûr de soi, être simplement gros, avoir un peu trop la classe, être au mauvais endroit...).

    Les épisodes s'enchaînent ainsi, prétextes à la mise en scène de nouvelles espèces animales et de nouveaux décors (Très impressionnant travail de modelé en noir et blanc), avec pour fond moral l'idée que les échecs forgent le caractère, et qu'il en faut du caractère pour vivre dans la dignité.
    Les histoires peuvent donc sembler cruelles, mais la vie, c'est un combat.

    C'est simple, drôle, brillamment mis en scène, et pas nian nian pour un sou.
    Une pièce nécessaire de la bande dessinée, muette ou pas.

    mykiwell Le 20/02/2014 à 23:26:25

    La collaboration entre Neil Gaiman et Dave McKean a produit quelques pépites réjouissantes, comme ce "Violent Cases" dans lequel McKean parvient miraculeusement à tempérer son penchant pour la surcharge graphique (Ce qui donne déjà des planches bien remplies).

    Gaiman brode un scénario dense sur la trame d'un souvenir d'enfance: La rencontre fortuite d'un vieil ostéopathe, qui eut pour client un certain Al Capone.
    L'histoire et sa mise en page jouent donc sur le caractère parcellaire de la mémoire, et sur l'évocation des impressions fugaces de l'enfance.
    Une aubaine pour McKean, qui multiplie cadrages, découpages et effets de composition pour donner au récit une profondeur métaphorique et un style formel cohérent.

    Une bonne histoire, racontée avec les bons outils de la bande dessinée.

    mykiwell Le 20/02/2014 à 21:45:02
    Druuna - Tome 1 - Morbus Gravis

    Remarquable dessinateur à mon avis sous-exploité, Serpieri s'est fait un nom avec cette improbable histoire d'anticipation qui plante un décor glauque, malsain et presque monochrome, pour mieux souligner la plastique arrogante de santé de sa plantureuse héroïne.

    Ça ce défend, car au fil des pages de ce tome et du suivant (L'ensemble était d'abord pensé comme un dyptique, avec Shastar pour personnage principal), le contraste entre ce corps fantasmé et la déliquescence du monde alentour ne manque pas d'intérêt et rehausse un scénario plaisant sans être captivant.

    Seulement voilà, l'auteur finit par ne plus savoir sur quelle ficelle tirer dès les tomes suivants, et le récit s'aventure sur des pistes qui, si elles manquent rarement de potentiel, finissent quelque peu expédiées ou carrément abandonnées.
    Graduellement aussi, Serpieri compromet la bonne tenue de sa pourtant respectable histoire en glissant vers la pornographie, puisque les scènes de sexe plutôt racoleuses se multiplient sans réel justification narrative… Et ce dès l'ouverture du second tome.
    Quant aux dialogues, particulièrement les nombreuses introspections de l'héroïne, ils sont dans le meilleur des cas involontairement drôles, ce qui n'est pas forcément désagréable mais contribue à faire baisser encore le niveau d'exigence de cette lecture.

    Je conseil en tout cas le premier tome (et à la rigueur le second), car malgré ce constat un peu sévère, j'apprécie beaucoup cette série Z italienne aux décors de Blockbuster, qui recèle quelques morceaux de bravoure mémorables et est passée à deux doigts du coup de maître.

    mykiwell Le 20/02/2014 à 17:16:27
    Lone Wolf & Cub - Tome 1 - En attendant la pluie

    "Choose the sword, and you will join me
    Choose the ball, and you join your mother... in death
    You don't understand my words, but you must choose
    So... come boy, choose life or death"

    Un sample du film "Baby Cart" de Kenji Misumi, dans un titre du Wu Tang Clan, m'a mené de la musique au cinéma, et du cinéma à cette bande dessinée de 28 tomes, qui est maintenant l'un des murs porteurs de ma maison.

    Le long récit de Koike et Kojima a effectivement exercé une influence marquante sur divers auteurs , parmi lesquelles j'ajouterai Frank Miller, Tarantino, et Shintaro Katsu, à qui l'on doit les Zatoichi originels. Il doit y en avoir beaucoup, beaucoup d'autres.

    Avec les accents du mythe et du conte moral, Lone Wolf & Cub est l'histoire d'une vengeance érigée en doctrine philosophique, car son héros, le minéral et laconique Ogami Itto, est une parfaite incarnation du bushido des grandes épopées: La maîtrise - infaillible - de l'esprit sur le corps, l'honneur et le serment en dépit de la mort, la mort comme moyen, et un certain stoïcisme face à "l'impermanence" du monde sont les traits caractéristiques de ce personnage tout-à-fait indestructible.

    Le long développement de cette quête dessine aussi, en creux, un portrait encyclopédique de la société japonaise à l'ère des Tokugawas, et on y apprendra d'innombrables choses sur l'outillage, l'artisanat, la culture, la politique, le sexe, la guerre, le bouddhisme zen, etc… Le tout soigneusement intégré aux péripéties qui tissent la trame de l'histoire.
    Cela engendre de fréquentes digressions, qui assurent selon moi tout l'intérêt du récit au long de ses 8000 et quelques pages.

    Bien sûr, on est pas obligé de tout lire, et bien sûr, la vraie trouvaille de Koike reste Daigoro, le fils d'Ogami.
    Embarqué avec son père sur la voie de la vengeance, trimballé dans un chariot piégé pour les longues distances, le petit garçon va rapidement développer la même droiture martiale que son géniteur intransigeant, et devenir un atout stratégique déterminant plutôt qu'un handicap.
    Cela se fera, pourtant, au prix d'innombrables massacres auxquels assiste stoïquement le petit garçon. On sent bien, sous le trait de Kojima, l'abîme que cela jette sur le regard de l'enfant, auquel de nombreuses cases sont consacrées.

    Lone Wolf & Cub est un récit épique, viril et violent, mais la violence y est toujours brève et paroxysmique. Pour l'essentiel, la narration s'appuie sur des descriptions, des atmosphères, des paysages muets ou des trames parallèles pour ménager le caractère exceptionnel et terrible du héros lorsqu'il intervient.

    Énorme

    mykiwell Le 20/02/2014 à 14:42:06
    Gilles Hamesh - Tome 1 - Gilles Hamesh, privé (de tout) - Polar Extrême

    Totalement dégueulasses, les aventures de Gilles Hamesh sont une grosse farce bête et méchante, très drôles, et dessinées avec talent.

    Les auteurs, qui ne sont pas tombés du dernier camion, imposent dès la première histoire une ambiance "hardboiled" complètement barrée, où l'on assiste aux déboires consternants d'un privé Gonzo qui ferait passer Bukowski et Bad Lieutenant pour d'aimables plaisantins.

    En d'autres termes, on peut commettre les choses les plus immondes avec le plus grand soin.

    mykiwell Le 20/02/2014 à 14:23:12
    Peter Pan (Loisel) - Tome 1 - Londres

    Une lecture de Peter Pan ça ne se refuse pas, et la proposition de Régis Loisel est ambitieuse et très intéressante.

    L'accent est mis sur la dimension tragique déjà présente dans le texte de J.M.Barrie, et les six tomes de la série s'attachent à en dévoiler le sous-texte sombre et ambiguë: Pour Peter et plus encore pour Peter Pan, le refus de grandir et de mourir se paye au prix de l'oubli, et l'oubli engendre des drames qui se répètent.

    Sur cette trame déjà très riche, Régis Loisel brode des relations parallèles qui peuvent coïncider, ou rester en suspend.
    Le voisinage de Jack l'Évantreur, autre mythe de l'âge d'or anglais, s'impose à ce titre comme une évidence que l'auteur exploite avec beaucoup d'intelligence (…)
    Le récit est jalonné de péripéties mémorables, et propose une adaptation narrative originale et cohérente qui fourmille de bonnes idées (Le personnage de Pan, Clochette, personnage ambiguë jusque dans son physique trop mature pour ses vêtements, le rôle-miroir de Crochet, et Jack l'éventreur qui assure une sorte de twist caché).

    Porté par le trait, et surtout la couleur de Loisel, l'histoire impose un sentiment de menace croissante, à mesure que petits et grands drames alternent avec les triomphes fantasmés du gamin, dont l'équilibre mental est mis à rude épreuve.

    Je n'ai pourtant pas toujours été convaincu par certains choix scénaristiques, comme la longue introduction des orphelins et du couple Rose/Picou dans l'histoire, dont le rythme marque un peu le pas à cet endroit. Le rôle de ces personnages est primordial, mais j'ai trouvé leur mise en scène trop, mélodramatique.

    Un livre qui n'est pas de trop, aux cotés de Barrie et Walt... Et pourquoi pas de William Golding.

    mykiwell Le 19/02/2014 à 15:56:45

    Pendant qu'on fait les marioles, Chris Ware poursuit son grand oeuvre.
    Le pauvre, son labeur paraît sans fin.

    Ce volume rassemble plusieurs strips des séries habituelles de l'"Acme Novelty Library", la créature totalitaire de l'auteur, qui nous délivre son univers hyper-consumériste à la mode 50's, dans lequel sombrent inexorablement les divers protagonistes: Quimby the Mouse, le pauvre Rusty Brown, Tex et les autres.

    En filigrane de la débauche graphique hallucinante de minutie, derrière chaque vignette du prodigieux travail de mise en page, dans chaque recoins de ce livre-objet pensé dans les moindres détails, se déploie le récit absurde de la médiocrité, de la solitude et de l'individualisme.
    Une vision totalement pessimiste, qui postule l'hérédité du malheur avec le conditionnement social et mercantile pour toile de fond.

    La nécessaire lecture de ce livre est donc particulièrement éprouvante, dans le fond comme dans sa forme, de toute façon inextricablement liés.

    Très impressionnant.

    mykiwell Le 19/02/2014 à 11:44:38

    Au croisement d'influences telles que Lovecraft (Et donc Poe) et Casares (Et donc Borges (..et donc pas mal de monde)), on trouve nécessairement Alberto Breccia et Hector Oesterheld, auteurs qui ont placé l'Argentine sur l'orbite haute de la bande dessinée.

    Totalement sous influence littéraire et cinématographique, le récit articule situations réalistes, anticipation et paradoxes temporels avec le concours déterminant des images de Breccia, qui produisent une narration séquentielle particulièrement évocatrice et saisissante.
    En bon plasticien, celui-ci compose des plans où interviennent frottages, grattages, lavis, photo-montages et inclusions dans les encrages. Des cases sont parfois abstraites, et le graphisme s'adapte aux situations et aux personnages, misant toujours sur la complicité du lecteur.

    Un livre très maîtrisé et passionnant, qui fait la démonstration d'un usage lucide du langage particulier à la bande dessinée.

    mykiwell Le 19/02/2014 à 11:14:24

    Aïda Makoto, par ailleurs artiste plasticien, nous livre là une improbable satire de quelques unes des passions les moins recommandables enracinées dans son pays: Le nationalisme hérité de la seconde guerre mondiale et la pornographie prépubère.

    Le mélange obtenu est hystérique et absolument hilarant, tant il plonge dans l'outrance et le burlesque.
    Le lecteur doit pourtant se préparer à des graphismes volontairement "gribouillés" au feutre, comme par un ado saturé d'hormones, et à des scènes puisées dans l'imagerie "Hentaï", c'est-à-dire la BD porno japonaise qui ne fait pas souvent dans la dentelle.

    Un truc plutôt expérimental donc, sur lequel j'ai ri aux larmes.

    mykiwell Le 19/02/2014 à 09:30:51
    Hellboy (Delcourt) - Tome 3 - Le Cercueil enchaîné

    Avec "La Main Droite de la Mort", je conseillerai ce recueil d'histoires courtes à toute personne souhaitant tâter du Mignola: Tout le savoir-faire du bonhomme y est présent, et on y compte certaines de ses histoires les plus réussies (La Baba-Yaga, Presque Colosse).

    Mignola c'est d'abord un graphisme très stylisé, aux tracés tranchants, contrastés et très précis.
    Rien est en trop au fil de ses planches, et un minimum de détails produit un maximum d'effets, que ce soit pour rythmer une action dantesque ou pour installer une atmosphère, un paysage.
    À ce titre, Mignola n'a pas son pareil pour jouer d'ellipses diablement efficaces, et la syntaxe que propose l'enchaînement de ses cases - elles-mêmes très composées - est un exemple d'efficacité narrative, surtout lorsqu'il est mis au service de brefs récits - Exercice dans lequel l'auteur est à mon avis le plus impressionnant.
    L'utilisation récurrente de cases muettes est un des artifices que Mignola emploi avec le plus d'à propos: Inutile ici d'en détailler les multiples incidences possibles sur le récit, elles apportent en tout cas au dispositif narratif des options de lecture plus subtiles et ironiques que ce que l'on pourrait attendre d'une banale histoire de super-héros.

    Quoi d'autre?
    Je ne me lasse pas des réparties laconiques du héros éponyme, qui trimbale sa carcasse de détective blasé au travers d'aventures empruntées aux folklores de divers régions du monde (Dylan Dog est passé par là).
    On commence à comprendre dans ce volume que toutes ces péripéties sont liées à une histoire plus vaste, dont on appréciera les premiers développements à partir des "Germes de la Destruction".

    En tête de gondole, dans la bibliothèque.

    (Guillermo del' quoi?)

    mykiwell Le 18/02/2014 à 22:51:32

    La première fois qu'on m'a mis cette BD dans les mains (Gloire à Toi) elle en est tombée, car les graphismes hyper-contrastés de Miller m'ont d'abord rebuté… Quel petit con immature!

    La deuxième fois, la bonne, j'ai pris ma grosse claque: Miller est un tueur, son écriture est taillée pour son art, et nous avons là l'un des plus beaux exemples du genre Roman Noir Hardboiled, avec en prime une démonstration de bande dessinée absolument héroïque.

    On pourrait reprocher à Miller son esprit très "vigilents" et son penchant pour l'avalanche de clichés, mais ses derniers sont tellement bien mis en scène qu'ils en deviennent spontanément classiques, et on pardonne aux classiques leurs clichés, parce qu'ils les ont presque inventés.

    Rodri comment?

    mykiwell Le 18/02/2014 à 22:26:54
    Pour l'Empire - Tome 1 - L'honneur

    Excellente lecture, au fil des trois tomes de ce récit placé dans l'ombre des Armées du Conquérant de Gal et Dionnet.
    Dans un cas comme dans l'autre on est pas franchement dans l'"Historique" (Pas plus d'ailleurs dans La Guerre des Étoiles):
    La référence à l'Empire Romain est ici évidente, mais l'histoire peut parfaitement être transposée vers d'autres époques, du moment qu'il y ait une nation expansionniste au faîte de sa gloire dans le coin.

    Pour l'Empire m'a suffisamment emballé pour que je n'accorde aucune importance à quelques aléas scénaristiques, d'autant qu'ils ne résistent pas tous à l'épreuve d'une seconde lecture.

    Le dessin et sa mise en couleur sont remarquables, et servent parfaitement un récit intelligent qui charrie un paquet de références plutôt enthousiasmantes - Mais là chacun y trouvera les siennes.

    mykiwell Le 18/02/2014 à 13:25:53
    Love (Bertolucci) - Tome 2 - Le Renard

    Le plaisir de lecture se renouvelle à l'occasion de ce second tome, qui contient déjà la bonne nouvelle suivante: Les auteurs entendent bien nous livrer plusieurs récits sur le principe du Tigre.

    Le style de Bertolucci et sa palette demeurent énervants de maîtrise, le scénario est au diapason, et offre ce que l'on peut en attendre après la lecture du premier tome.

    Précisément, les auteurs placent leur ouvrage sous la tutelle d'un principe qui valide son titre: Les animaux sont raisonnablement indifférents, ils ne s'aiment pas, ni ne se détestent, ils existent dans la Nature, et cela est un sujet en soit.

    "Les animaux se regardèrent avec douceur de leurs yeux d'animaux, et ils s'acceptèrent mutuellement comme un fait divin." (F.Kafka (sic.))

    C'est à ce point que je nourris une petite réserve, puisque je trouve le scénario un peu détendu compte tenu de cette note d'intention: Les animaux empruntent parfois trop, je trouve, aux passions humaines, et ce second tome en offre un exemple frappant à travers la baston rocambolesque des deux ours.
    Bon après on sent bien que les auteurs se font plaisirs et lâchent un peu la bribe à ce moment là.

    mykiwell Le 18/02/2014 à 12:09:37

    Ne vous fiez pas trop à l'aspect enfantin des graphismes de ce livre (encore qu'il est aussi possible de discuter cela), Le Pays des Grands Oiseaux est avant tout un récit subtile, que seuls de pauvres adultes peuvent apprécier à sa juste hauteur:
    L'enfance qui s'évapore en laissant les germes de la nostalgie derrière elle; le temps qui passe et altère tout... Voilà un fil narratif passionnant et inépuisable, que les auteurs appréhendent de manière ludique,réfléchie, et émouvante.

    Les graphismes léchés, précis et contrastés de Bertrand Gatignol ne sont certainement pas pour me déplaire, et collaborent parfaitement à la richesse du scénario.

    I recommend

    mykiwell Le 14/02/2014 à 12:03:36
    Sláine - Tome 1 - Le Dieu Cornu

    Slaine est sans doute un plaisir plutôt clivant, et il ne faut pas s'attendre à de l'orphèvrerie scénaristique en ouvrant ces pages au style très "heavy métal", bardées de brute musculeuses aux réparties dignes des meilleurs répliques d'Arnold au temps béni des actioners des années 80.

    Personnellement, certaines scènes épiques de Conan le Barbare (celui de Milius) me collent toujours un frisson extatique, alors Slaine est pour moi un plaisir constant, même dans ses aventures les plus bâclées - Parce qu'au long des 11 opus de la série, on trouve quand même de belles tranches de nanars aussi ineptes que réjouissantes.

    Le héros vaut à lui seul le billet, et de toute façon il apparait dans chaque cases, sorte de bellâtre bodybuildé aux traîts sévères, dénué de toute psychologie si ce n'est une sorte de code de l'honneur belliqueux, autoritaire et macho qui lui font proférer les pires conneries sur un ton sentencieux dans le plus strict premier degré.

    Miam.

    Bisley (et ses successeurs épisodiques) prend clairement son pied dans cet univers taillé sur mesure pour sa sensibilité à fleur de peau; et livre quelques planches mémorables qui constituent, selon moi, le principal attrait de cette série fun et hyper décontractée.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 20:54:46

    Le travail graphique de Charles Burns est phénoménal, et en parfaite adéquation avec son récit allégorique parfaitement maîtrisé.
    La plongée est vertigineuse, dans ce monde à la fois trivial, déprimé et inquiétant.
    Un livre très noir, et passionnant.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 20:40:12
    Elric (Blondel/Poli/Recht) - Tome 1 - Le Trône de rubis

    Lecteur du cycle dans mon adolescence, j'ai abordé la lecture de cette adaptation avec pessimisme, déjà peu rassuré par la couverture.

    Au final la proposition des auteurs est plutôt convaincante, et même s'il est très court, ce premier tome donne envie de lire la suite.
    Les graphismes et mises en couleur ne m'enthousiasment pourtant pas outre mesure, pas plus que la mise en page du récit, au demeurant plutôt attendue.

    Je lirais la suite avec plaisir malgré ces réserves où pointe l'espoir fatalement déçu de l'ex-aficionados en fin de croissance.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 20:15:33
    Hellblazer (Toth) - Tome 1 - Hard Time

    Si un seul opus de Hellblazer devait être sauvé de la fin des temps, ça serait celui-là.
    Un scénario en dur, qui a la générosité de nous servir avec la bonne sauce tous les poncifs attendus du film de prison, avec pour point d'orgue un plan d'évasion conçu comme une mise en abîme où percent quelques échappées surnaturelles.
    La sauce c'est Corben, dont le style énorme s'accorde exactement au récit et lui confère son ambiance étouffante, grotesque et extrêmement tendue.

    Précipité dans cet "enfer sur terre", Constantine s'y enfonce un peu plus en exacerbant les passions obscures de ses résidents, et en corrompant l'ordre tacite qui y prévaut. Comme un diable il s'érige finalement au centre d'un enfer bien plus cauchemardesque encore, d'où tout le monde aura intérêt à le faire partir.

    Ça calme, et ça fait du bien.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 18:53:55

    Ouvert au pif, et chose incroyable, dévoré dans la foulée malgré les graphismes et les couleurs maussades faussement approximatifs.
    Le scénario, immanquablement, m'a happé, et offert un prolongement inespéré et fun à mon ancienne lecture du 1984 d'Orwell.
    Car l'histoire procède d'un "trip" presque adolescent: Et si un mec à la fois hyper-cool et vraiment trop fort mettait une branlée à toutes ces chemises brunes ou noires qui se croient invincibles derrière leur gros bouton rouge?
    Ça pourrait donner une bombe artisanale comme V pour Vendetta.
    L'efficacité et la richesse du scénario font vite oublier les graphismes un peu bruts, puis on se rend compte que ces graphismes contribuent pleinement à l'ambiance de fond qui joue sur plusieurs registres.

    Le récit déploie de nombreuses références qui nourrissent une reflexion pertinente et passionnante sur la responsabilité individuelle, sur les exigences de la démocratie, la propagande et l'idéologie nationaliste, le libre arbitre, le conditionnement, le rôle de la culture et de la mémoire, les affres de l'héroïsme et bien sûr la vengeance et l'anarchie.

    Et tout ce tient.
    Et plus ça va, plus cette fiction prend un surprenant caractère iconique, depuis qu'elle fait irruption dans la réalité à travers le masque de Guy Fawkes. La fiction trouve ainsi un prolongement inattendu dans la réalité, et inversement. On a donc bien affaire à une satire politique, pour ne pas dire un pamphlet.
    Il faut dire qu'en refermant ce livre, on est en colère.
    On a l'envie passagère (et peut être fantasmée) de prendre le maquis, si ça s'avérait nécessaire!
    En ce sens, on en sort certainement avec plus d'entrain qu'en terminant 1984, puisqu'Orwell anticipait une dystopie bien trop métastasée pour être renversée...

    Alors que Winston s'endors dans son petit appartement gris, persuadé d'être une personne jouissant d'un semblant de libre arbitre, voilà peut être quel pouvait être le contenu de ses pensées, juste avant de s'évader dans le sommeil.

    De la bonne littérature en somme.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 18:09:32
    Hellboy (Delcourt) - Tome 9 - L'appel des ténèbres

    Effectivement le passage de relais fait un peu de mal: On s'est probablement régalé des 8 précédents tomes, au minimum, pour en arriver là, et le changement de main saute immédiatement aux yeux. Évidemment, reproduire exactement le style hyper concis de Mignola n'est ni pertinent ni… possible. Alors pourquoi essayer?
    Voilà ce qui me laisse sur ma faim, Fregedo fait du bon boulot mais son mimétisme est une constante invitation à la comparaison, et à ce jeu Mignola s'impose, habitude ou pas.
    Dans les recueils suivants, plusieurs histoires sont dessinées par Corben. La classe, certes, en tout cas celui-ci apporte son propre style, lui aussi inimitable, et c'est bien plus intéressant.

    Le scénario, un poil bordélique, n'est pas dénué de morceaux de bravoure et reste plaisant à lire, sans plus.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 14:56:17
    Love (Bertolucci) - Tome 1 - Le tigre

    La lecture, ou la contemplation, de cet ouvrage procure beaucoup de plaisir: Les planches sont superbes, la mise en couleur saturée procure à l'ensemble une sorte d'harmonie chaleureuse qui ralentie même la lecture, tant elle participe à faire de presque chaque cases une illustration à part entière.

    C'est beau quoi.

    À la base le sujet m'emballe pas mal: La tranche de vie d'une faune et de son milieu est évoquée à travers les pérégrinations d'un prédateur plutôt malchanceux, avec en exergue l'indifférence de la Nature et de ses résidents; et tout ce que cela peut impliquer de cruautés passagères.
    Les élégantes cases muettes nous racontent donc cela avec classe et sens du cadrage, et c'est intéressant.

    Si j'émet une réserve, c'est au sujet de certaines expressions et attitudes du Tigre: Parfois trop humanisées à mon avis - Les animaux et leurs physionomies particulières étant suffisamment extraordinaires pour en faire un sujet à part entière. Mais c'est une petite réserve.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 13:34:03

    Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu le plaisir de tomber sur une petite bombe graphique de ce genre là.
    L'auteur nous restitue un récit qui n'attendait peut être qu'une chose: que la Bande-Dessinée se penche enfin sur son cas.
    Quel meilleur moyen pour faire ressentir au lecteur le monde intérieur et solitaire de l'enfant aveugle de cette histoire exemplaire.
    Les ellipses narratives sont ici discrètes, précises et très évocatrices; le traitement graphique des perceptions sensorielles de l'enfant, proche de la synesthésie, et l'enchaînement de certaines séquences de cases sont souvent extrêmement impressionnantes, quoique toujours délivrés avec retenue et sobriété: Pas d'effets de manches, pas de manières - Lorsque le mélodrame explose au détour d'une page, il le fait au service de l'histoire et de ses personnages, à qui il laisse respectueusement la couverture.

    Dans ces dispositifs maîtrisés, l'auteur fait également valoir les passionnants mécanismes de l'apprentissage du langage et des abstractions mentales qu'il suscite, jusqu'à l'émancipation d'une pensée d'autant plus saisissante qu'elle germe dans l'esprit clôt d'une petite aveugle piégée dans ses propres perceptions lacunaires.

    90 pages que j'ai trouvé magistrales, tristes et prenantes, et sur lesquelles je suis revenu deux ou trois fois dans la lancée de ma première lecture.

    À mon humble avis, un cas exemplaire de ce que peut produire le 9ème art dans la plénitude de sa maturité.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 12:59:52
    Le grand récit - Tome 1 - Alpha... directions

    Résumer plusieurs milliards d'années à 350 pages n'est peut être pas la performance la plus remarquable que l'on puisse porter au crédit de Jens Harder - Après tout, c'est sans doute la conséquence logique d'une application rigoureuse et maîtrisée des procédés elliptiques propres à la bande-dessinée.
    L'auteur en tire toutes les ficelles avec brio, et compose un montage sélectif particulièrement efficace qui tisse une narration dense mais toujours fluide, sur la trame sans fond des origines de l'univers. Le Récit des récit en quelque sorte, l'histoire qui contient toutes les autres, car comme l'a suggérer Borges et d'autres, la science-fiction (Pour ne pas dire la fiction) est un sous genre de la cosmogonie, elle-même mère de la cosmologie.

    Pour conter cette histoire trop vaste, Harder prend le partis des images et de leurs capacités à laisser ouverts les champs de l'interprétation, et ménage des rapports analogiques entre des cases où peuvent voisiner représentations mythiques et descriptions scientifiques.
    L'un n'exclue pas l'autre, leur addition ne fait qu'aiguiser notre compréhension de phénomènes normalement hors de la portée de notre esprit. Nous les appréhendons avec une acuité croissante lorsque nous nous dressons sur les épaules de ces géants chers à Salisbury, Newton et Pascal: Qu'ils soient poètes des origines ou pionniers de la méthode scientifique, chacun se juche sur ses prédécesseurs pour élever un peu plus l'esprit humain, toujours à la recherche d'un début et d'une fin.

    En bon vulgarisateur, Jens Harder propose une paire de lunettes (avec des verres progressifs) pour autoriser une lecture plus nette et contrastée de l'énorme somme des connaissances qui fondent la compréhension de l'univers, avec pour corollaire l'apparition quasi-miraculeuse de la vie dans toutes sa complexité graduelle. De cataclysmes astronomiques en brins d'ARN, nous parviendrons jusqu'aux premiers hominidés, comme l'apothéose de cette complexité que rien ne semble guider.
    L'autre grande contribution de cet ouvrage est pourtant de marier la cosmologie aux cosmogonies, comme un fier doigt d'honneur tendu aux contempteurs créationnistes de Darwin: Non le monde ne s'est pas fait en sept jours, non la première femme n'est pas sortie des côtes du premier homme, mais pour autant, on peut trouver du divin et de la poésie dans la biologie moléculaires ou l'astrophysique, cela n'a rien d'antinomique puisque ce sont deux facettes d'un même questionnement fondamental.

    Le principe éditorial de ce projet est simple et totalement adéquate dans cette entreprise typiquement humaniste: Compulser, sélectionner et ordonner des images de toutes natures - Photographies astronomiques, vues microscopiques, bas-reliefs, gravures, peintures, illustrations - Toutes reformulées par les graphismes ébouriffants de l'auteur, qui s'ingénie à dresser un inventaire passionnant des modes de représentation (et donc de pensées) expérimentés par Homo Sapiens Sapiens au cours de ses quelques millénaires de développement culturel.
    Harder ne se contente pourtant pas d'enfiler des perles, et compose des mises-en-pages qui peuvent s'émanciper du quadrillage directeur des planches pour mieux souligner associations d'idées et variétés sémantiques entre les images.

    Le pied quoi.

    mykiwell Le 08/02/2014 à 10:31:07
    Le grand récit - Tome 2 - Beta... civilisations volume 1

    Qu'elle fut longue l'attente, depuis le premier tome de cette vaste et passionnante entreprise!
    L'Hyper-Histoire contée par Jens Harder reprend son long cours, et fait à nouveau s'entrecroiser les images en un vaste puzzle analogique et digressif. Tout l'objet du livre réside dans ce principe: Raconter l'Humanité et son Univers infiniment complexe grâce au montage, rien que le montage.
    Ainsi l'auteur puise-t-il sa documentation tous azimuts - Films, peintures, gravures, littératures savantes, photographies, actualités, culture populaire, illustrations publicitaires, etc… Pour nous convier à un inépuisable jeu d'associations et de citations, qui exigerons une solide culture générale de la part du lecteur pour être toutes appréhendées.
    C'est prenant, efficace et passionnant.

    Cette fois ma lecture a cependant été parasitée par deux aspects qui ne me semblaient pas ou peu présents dans les pages d'Alpha... Directions.
    Ma première réserve provient justement de certaines associations d'images, parfois un poil complaisantes ou inutilement répétitives, bien que je ne sois pas certain que cet avis résiste à l'épreuve d'une relecture.
    Mon deuxième (petit) problème réside dans les emprunts et citations de Harder à d'autres illustrateurs. Cette démarche est absolument justifiée par le projet, mais cette fois il fait un usage quasi systématique des scènes mémorables de Pierre Joubert pour la collection "La vie secrète des hommes" aux éditions Hachette.
    Une interférence dans le fil de ma lecture, car ces livres, méticuleusement observés durant mon enfance, sont encore imprimés dans ma mémoire, et il s'en faut de peu pour que Jens Harder les reproduisent dans leur intégralité...
    C'est donc un avis très personnel, mais j'aurai aimé davantage de compositions originales, ce dont Harder est brillamment capable.

    mykiwell Le 25/05/2011 à 18:12:56

    Partie de chasse est l'unique volume dessiné par Bilal que j'ai conservé dans ma bibliothèque: Il est absolument indispensable.
    Le scénario est beau, paresseux et captivant, et son ambiance mélancolique parfaitement rendue par les planches du dessinateur - Qui faisait alors une bande dessinée classique dans la forme, mais en symbiose avec un excellent auteur...