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Les avis de - Zablo

Visualiser les 122 avis postés dans la bedetheque
    Zablo Le 18/04/2024 à 21:20:48
    L'arabe du futur - Tome 3 - Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987)

    BD du réel, L’Arabe du futur réveille aussi chez moi des émotions bigarrées.

    La couverture, saturée de rouge, évoque de chaudes expériences, celles de la famille Sattouf à Ter Maaleh : que ce soit l’angoisse de l’école syrienne, à laquelle Riad doit faire face de nouveau, mais aussi la toxicité d’Anas et Moktar, ou encore la découverte des films de Conan Le Barbare... Personnage central, comme l’indique son coloris blanc, Riad est porté par son père dans un geste attendrissant. Leurs visages se reflètent dans un miroir vert, symbole d’une triste évolution : malgré le lynchage d’une cousine éloignée, le patriarche, dont les cheveux commencent à blanchir, renoue peu à peu avec ses racines et malheureusement aussi avec la religion... Comme pour les couvertures des tomes précédents, celle-ci relève de plusieurs chiasmes, des oppositions entre le réel et l’irréel (paroi amovible avec un robinet qui coule, quasi surréaliste), la scène et ses coulisses, l’insouciance de l’enfance (mines enjouées) et la gravité de la guerre (hélicoptère), la mobilité et ce qui ne bouge pas, immuable... Impression qu’accompagne la figure désormais familière du taureau.

    Les personnages, parce que caricaturaux, appellent la sympathie dans toute la série. Leurs traits d’un réalisme minimal, nous cèdent une part d’interprétation, d’imaginaire. Mû par une forme d’empathie, je peux ainsi sourire de la facétie de certains personnages, comme celle du père, même si ce dernier avive en moi des sentiments mêlés : crainte, dégoût, mépris... Toujours aidé par le déroulement des textes et des images, je déplore également l’expérience syrienne de la mère, qui sombre peu à peu dans la dépression, ou même de Yaya, qui est maltraité par son aîné à l'image de ce que font ses parents... Plein de relief, on apprend à connaître les personnages, qui grandissent d’album en album.

    Indubitablement, Riad Sattouf sait transcrire une palette développée de sensations et d’émotions en BD, notamment celles qu’il traverse lui même, esquissées en quelques traits : la curiosité ou l’étonnement avec la bouche bée, l’amusement et les plaisirs de sa jeunesse avec un sourire plus ou moins léger, un certain sadisme avec un trait long et épais au dessus de ses yeux écarquillés, le dédain ou l’ennui avec ses joues gonflées, la peur, la souffrance ou la fascination absolue avec des yeux qui s’allongent en dehors de leurs orbites, la faim et la soif par les gerçures des lèvres, l’arrogance avec sa bouche ondulante, la timidité par des hachures sur ses joues rouges... Mais la plupart du temps, le jeune Riad adopte un visage neutre, regardant vers le milieu de la case. Omniscient, il est autant spectateur de ses souvenirs, qui rejaillissent de plus en plus distinctement, que nous...

    Je trouve que la profondeur des personnages, de leurs personnalités, de leurs interactions, de leurs sensibilités... est esquissées avec talent. J’irais même plus loin, pour moi l’humanité des personnages, au sens philosophique du terme, atteint un niveau inédit en BD. Cela a participé pleinement à me plonger dans cette jeunesse syrienne. J'ai pris plaisir à partager avec le narrateur des moments de sa vie, particulièrement singulière et instructive, tout en gardant le confort de mon divan...

    Après ce tome, je n’ai plus jamais décroché et je me suis empressé d’acheter chacun des albums à leur sortie !

    A l’époque, je lisais moins de BD et je n'en avais que quelques unes dans ma bibliothèque...

    Zablo Le 17/04/2024 à 20:33:41

    Une lecture utile à tout fan de Star Wars, pour comprendre le contexte de sa création.

    En effet, Les guerres de Lucas raconte avec brio les déboires du cinéaste éponyme pour sortir son premier grand film de science-fiction. Il était alors un jeune réalisateur dans le Vieil Hollywood. C’est la fameuse Guerre des étoiles, film qui aura marqué l’enfance de beaucoup...

    Et quel plaisir de voir l’envers du décor, de se rendre compte des défis du projet et de la chance qu'on a eu qu’il voit le jour. Les dialogues, imaginés par Laurent Hopman, sont accrocheurs. Je n’ai pu m’arrêter de tourner les pages avant d’avoir terminé la BD.

    Or, elle n’est pas seulement divertissante, elle est aussi didactique et particulièrement instructive... Pas besoin de flèches, de schémas explicatifs ou de monologues sans fin... un bon story-board, une narration graphique passionnée et sourcée suffisent. La démonstration par l'image..

    Ainsi, les dessins de Renaud Roche sont particulièrement bien venus : un trait jeté et d’une grande vitalité, avec des aplats de gris et quelques rehauts de couleurs... judicieux équilibre entre réalisme et épure (d’où une petite pensée pour Vivès, à la technique similaire).

    En bref, c'est un ouvrage de référence sur Star Wars, rigoureux sans être austère, quoique son sujet n’intéressera pas l'ensemble des rats de bibliothèque que nous sommes et qu’il verse parfois dans le style panégyriste... C’est souvent le problème avec les biographies.

    Les guerres de Lucas n’en demeure pas moins un chef-d’œuvre.

    Je lirai avec envie la suite, quand elle verra le jour...

    Zablo Le 17/04/2024 à 16:36:07

    BD pré-commandée à 17 euros...

    C’est un produit dérivé du premier cycle des 5 Terres, Angleon, avec l’un de ses félins emblématiques, Demeus Lor.

    On comprend rapidement que le spin-off se situe chronologiquement à la fin du cycle 2, après l’attaque des Ours, puisqu’ils envahissent l’île où réside Demeus. Ce dernier devra alors choisir entre collaborer avec l’ennemi ou entrer en résistance...

    Le scénario, tourné sur une occupation allogène, aurait pu être particulièrement profond, soulevant certains problèmes : rencontres ou tiraillements entre la morale et les défis de subsistance, individualismes ou logiques de groupe, violence ou tolérance, tyrannie ou justice, politique du moindre mal, collabos, résistants ou ceux qui s’en soucient comme d’une guigne...

    Or, si on sent une volonté d’amener de la nuance, l’histoire est traitée de manière trop superficielle, sans grande énergie, les dialogues en soulignant même la faiblesse... Quelques exemples : dans le contexte des guerres en Ukraine et en Palestine, ou de la sortie d’albums brillants sur la Résistance, qui pourrait croire à un gouverneur ours surnommé « Fharok le naïf » ou à une cachette « qu’un enfant de quatre ans aurait pu deviner ». Est-ce un gag ?

    Dans tous les cas, je n’ai pas eu ce sentiment d’immersion propre au travail de l’équipe de Lewelyn, avec ses intrigues et ses histoires filées. C’est comme s’ils s’étaient débarrassés, avaient expédié le sujet Demeus Lor, album trop court et comme isolé sur son île... J’espère pouvoir tourner la page avec le prochain cycle.

    Car, cet album avait des atouts : le character design de Poli, tout comme les couleurs de Martinos ou les dessins, le découpage, la composition de Guinebaud, rendant une copie presque conforme au style de la série mère, même si on lui préférera Lereculey.

    J’avais craqué pour le tirage limité, avec le cahier graphique. Pur marketing...

    ...J’ai compris mon erreur.

    Zablo Le 17/04/2024 à 08:56:48

    Une belle histoire...

    Lucie Quéméner, jeune autrice de BD sortie du Bachelor de Delcourt, adapte le roman de Marie Desplechin avec succès. En effet, elle parvient à nous faire sentir la solitude de la jeune fille, qui pâtit de l'absence de ses parents, ainsi que celle de sa nounou improvisée, qui vient finalement lui apporter une présence réconfortante, un peu d’amour et de poésie dans cet environnement froid et rigide.

    Le découpage est dynamique et la composition des planches fait briller les yeux, avec de nombreuses cases, des zooms, sur les mains, les visages, les objets... ou ces étoiles qui crépitent sous nos paupières.

    Pourtant, je ne suis pas complètement convaincu par l’esthétisme de cette œuvre. Si j’apprécie le trait fin et épuré de Lucie Quéméner, comme une synthèse enfantine de celui de Bablet, je suis moins convaincu par ses couleurs, malgré leur douce mélancolie, à cause d’une sorte de flou dû à l’outil numérique.

    Sélectionnée au FIBD 2024...

    ...à mettre entre toutes les mains.

    Zablo Le 15/04/2024 à 22:08:37

    Après avoir lu A prix d’or, dans un tout autre registre, je me relance dans le monde de la mine, de l’écocide et de l'avilissement des hommes avec « Environnement toxique »...

    ...Un roman graphique qui a eu beaucoup de succès de l’autre côté de l’Atlantique, moins sur le vieux continent, l’esthétique du livre ainsi que son titre n’ayant pas attiré les foules.

    Car, si Kate Beaton s’est fortement employée pour ce pavé, son trait simple et ses têtes carré-rond ne cassent pas trois pattes à un canard. Des irrégularités dans le dessin m’ont fait sortir plusieurs fois du livre, comme à la page 75 où je venais pourtant de m’habituer au style de l’autrice. Heureusement, la BD a d’autres atouts et ses dessins renforcent tout de même l’empathie et l’identification aux personnages, le beau et le moche se diluant, se rapprochant.

    L’ambiance grisâtre et fatigante des villes champignons, ou autres camps de travail, m’a régulièrement fait penser à un jeu sérieux sur Arte, Fort McMoney (2013), avec des témoignages vidéos... Un reportage particulièrement innovant.

    Mais cessons les digressions et revenons à nos canards : la jeune Kate Beaton doit maintenant travailler pour payer son prêt étudiant (le futur de la France néolibérale...). Elle se retrouve employée dans une mine de pétrole de l’Alberta, à plusieurs milliers de kilomètres de chez elle, bon gré mal gré...

    Et, en plus des difficultés du travail, pas facile de s’intégrer... « J’aimerais bien avoir des potes. Mais ils ne veulent pas être mes potes. » (p. 137). Certains travailleurs, car il y a une très grande majorité de mecs, la voient surtout comme une source de réconfort, une poulette, de la chair fraiche...

    C’est aussi ce qui explique la réplique suivante : « Là où je vais, dans le meilleur des cas, je serai une gonzesse ! Et le reste, vous ne voulez pas savoir ! » (p. 268). En effet, comme d’autres femmes partout dans le monde, elle est victime de lourdeurs récurrentes, pour ne pas dire de harcèlement, de viols...

    Si l’un de ses « amis » lâche dans une de ses conversations « Les féministes, c’est juste un tas de salopes tarés qui savent pas de quoi elles parlent ! », il est rapidement blacklisté, sans qu’il ne comprenne vraiment pourquoi d’ailleurs (pages 289 et 373)... Ce ne sera pas une grosse perte.

    Cependant, l’histoire de Kate Beacon est plein de relief. Sa formation d’anthropologue lui permet de décrire avec justesse cette société de mineurs, avec qui elle partage les peines et les joies. Le titre original, « Ducks », évoque la mort de centaines de canards dans des mares de pétrole... Symbole de la surmortalité des peuples autochtones et par ricochet des hommes et des femmes piégés par la violence du système capitaliste... Déshumanisant.

    Une certaine expérience du Far West, bien loin de Blueberry...

    Zablo Le 11/04/2024 à 19:14:44

    Élégante et froide...

    Cette BD a bénéficié d'une bonne communication à sa sortie. Les auteurs José-Louis Bocquet, scénariste d'ouvrages exigeants, et Christian Cailleaux, dessinateur accompli qui a publié la même année une suite du Rayon U, adaptent avec brio l’œuvre du romancier belge Simenon.

    Dans ce thriller psychologique, une enquête est menée sur la bateau du Polarlys, où l'un des rares passagers est suspecté d'avoir assassiné une femme lors d'une soirée parisienne. Mais celui-ci demeure introuvable... L'histoire est plutôt réussie, quoique la tension narrative résulte souvent de projections masculines sur les femmes (crime sexuel, désir et frustration, drogue...).

    Il y a également beaucoup de narratifs, ce qui peut décourager. Car cette BD se rapproche du style d'E.-P. Jacobs, avec un lettrage et des bulles identiques.

    L'esthétisme est dans la même veine, s’inspirant notamment de Black et Mortimer pour la forme des visages, leurs expressions, le réalisme des décors... By jove !

    Malgré un trait affirmé et des silhouettes bien définies, l'art du passager du Polarlys se distingue de la ligne claire par ses ombres, ses aplats d'un noir charbonneux et des couleurs pastel.

    J'ai apprécié le soin apporté à la composition des planches, ainsi que la justesse de la mise en couleur. Les teintes, parfois plus vives, hiérarchisent les éléments des cases, apportant du sens au récit, y compris lorsqu'elles sont réduites à un point (sémaphore p. 57).

    Enfin, j'ai aimé les scènes dans le noir, parfaitement réalisées, avec des traits rouges ou blancs pour faire ressortir le dessin, comme une gravure.

    Cependant, je dois aussi avouer que j'ai eu une sensation d'ennui en lisant cette BD...

    ...Le polar était effectivement trop lisse.

    Zablo Le 11/04/2024 à 09:00:27
    L'arabe du futur - Tome 2 - Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985)

    BD mémorielle...

    La couverture, quoique plus claire, reprend les principes du tome précédent, lui même inspiré de Persépolis.

    La famille s’agrandit, avec un nouveau venu qui fait ses premiers pas. Quant à Riad, il se situe en pointe, vêtu de son uniforme d'écolier, avec dans les mains son cartable en carton et un drapeau syrien. Car, comme le dit son père, « l'Arabe du futur va à l'école ». Attendrissant...

    Sauf qu'en arrière plan, des portraits d'Hafez el-Assad se multiplient sans fin. L'image du bonheur familial est donc contrastée par celle du culte de la personnalité de l'autocrate.

    A la sortie du livre, les articles de presse ont insisté sur le caractère véridique de l'histoire. Effectivement, la plupart des anecdotes semblent authentiques, racontées avec force de détails (la maîtresse en talons/jupe/voile, la rudesses de l'école, l'apprentissage du dessin, de l'arabe, le garde du corps désopilant à Palmyre...). Riad Sattouf sait inscrire sa BD dans le réel. Renforçant un peu plus la suspension d'incrédulité et l'intérêt pour sa BD, il intègre avec justesse des événements, des personnages, des notions propres à l'Histoire du Proche-Orient : colonisation, dictateurs, guerres, panarabisme, tiers-mondisme, islamisme, révoltes et coups d’État... Le père de Riad, professeur d'Histoire, semble d'ailleurs particulièrement attentif à l'évolution géopolitique de la région, qu'il commente régulièrement dans le livre, parfois de manière très légère... La BD compare finalement la société, la vie quotidienne difficile en Syrie, avec ce que qu'on connaît en France ou en Bretagne.

    Mais plusieurs fois en interview, Riad Sattouf a lui même admis la part fictionnelle de ses histoires, à ne pas prendre pour argent comptant. Sans surprise, le témoignage de Riad comporte des zones d'ombre, la chronologie est parfois confuse et l'auteur prend forcément des arrangements avec le réel, pour combler les trous de sa mémoire, magnifier sa narration ou en censurer certains aspects. Malgré ses efforts pour collecter un maximum de souvenirs, tout en gardant du recul, il n'est donc ni exhaustif sur sa vie, ni totalement neutre. Ainsi, l'Histoire du Proche-Orient est vue par un prisme déformant, de celui qu'est devenu Sattouf : auteur occidental de films et de BD parisien, plutôt que médecin arabe comme le prédestinait son père.

    L'ouvrage comporte des stéréotypes, comme il y en a couramment en BD, parfois pour faire rire mais surtout pour identifier rapidement les cultures des personnages et leurs particularités : on pense aux Syriens (souvent sales, ignorants, antisémites...), mais aussi aux Bretons (coiffe bigoudène, bottes, marinière, ciré...). Une vision liée aux traumatismes d'enfance de l'auteur en Syrie, de ce qui l'a marqué en bien ou en mal. Or, Riad Sattouf parvient à nuancer son propos, avec des figures rassurantes, comme certains de ses cousins syriens, ou d'autres éléments positifs, des madeleines de Proust arabes pourrait-on dire... Au final, on en apprend surtout sur lui, son regard, ses sensations, les moments clés de sa vie ou les petits riens qui lui ont semblé important à raconter.

    Toutefois, il m'a offert le meilleur témoignage que je connaisse de cette région.

    ...Unique !

    Zablo Le 10/04/2024 à 08:42:11

    Un peu déçu par cette BD...

    Goiter est une anthologie d'histoires auto-publiées par Josh Pettinger. Un Comics indépendant en somme.

    Cependant, je n'ai pas adhéré aux graphismes, froids et figés, ni au découpage, parfois redondant, ou à la composition générale du bouquin.

    Les narratifs m'ont tout autant ennuyé... Et on commence à bien connaître les contradictions de la société américaine.

    Heureusement, si on s'accroche un peu, les scénarios mêlant les genres, nous réservent tout de même des surprises.

    Malgré un aspect un peu ratatiné, il y a donc de bonnes idées dans cette BD.

    J'admire la maison d'édition Ici même, qui a eu tout de même du mérite à éditer ce livre, peu commercial...

    ...Audacieux.

    Zablo Le 08/04/2024 à 08:29:08
    L'arabe du futur - Tome 1 - Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

    Pris par la main avant même d'ouvrir le livre...

    j’ai été marqué par le rouge de cette couverture. Cette teinte, propre à énerver les taureaux... est relevée cependant par des drapeaux verts, couleur de l’Islam. Proche du centre, de sa maman, le petit Riad se tient sur les épaules de son père. Il ressort par sa couleur, un blanc immaculé, angélique. Ils rient, se gaussent de l’air grave et pompeux de Kadhafi, insouciants. Mais on sent déjà le poids de la crise, d'épaisses couches de noir atténuant la clarté de la scène. Si la famille est unie dans l'ombre, c’est bien l’enfant qui fait le pont entre la mère et le père, entre deux cultures diamétralement opposées... Une couverture d’une grande puissance, émouvante tout en s’imprimant dans le réel, avec une touche d'humour et une typographie digne d’un livre d’Histoire sur le Proche-Orient.

    Dans cette BD tragi-comique, Riad Sattouf recolle les morceaux de sa mémoire, de sa famille, pour nous y transporter. Il évoque évidemment son enfance, assez atypique, puisqu'il est né d’une mère française et d’un père syrien.

    Il y aurait tant à dire sur cette BD : une édition réussie et salvatrice (je parle à titre personnel), clé de lecture pour la guerre civile syrienne, commencée quelques années plus tôt, mais aussi pour ceux qui ont connu une séparation, un exil ; un récit accessible, extraordinairement lisible, mais sans verser complètement dans la vulgarisation ou les stéréotypes ; des souvenirs reconstitués, liés aux vécus des protagonistes, à leurs traumatismes, d'où une profondeur psychologique intense ; des aplats de couleurs monochromes, nous transportant d’un bout à l’autre de la Méditerranée, évoquant les émotions que traversent les personnages ; le character design simple, mais non dénué d’expressivité ou d’humour, avec des détails marquants et une vision aigüe des particularités, des tics des individus ; le trait unique de Riad Sattouf et sa formidable capacité à nous transporter dans son égo-histoire.

    Un chef d’œuvre dument récompensé, je l'ai lu au moins 8-9 fois...

    Zablo Le 07/04/2024 à 22:06:04
    Le lait paternel - Tome 2 - Livre 2 : Sous la surface

    Beaucoup de maîtrise...

    Je lis très régulièrement des BD, pour lesquelles je n'ai pas toujours l'envie ni le temps d'écrire un avis. Mais je crois que cette série mérite que l'on s'y attarde.

    Pourtant, elle ne m'a pas happé instantanément. Elle n'est pas particulièrement innovante. La moralité de certains personnages choque, même si leur psychologie est très fouillée...

    Au début de la série, j'ai même un peu peiné à entrer dans cette représentation stéréotypée des années 70, esquissée par Uli Oesterle.

    Pourtant, l'esthétisme du livre est attrayant. Les yeux familiers reconnaitront le trait expressif du papa d'Hector Umbra, quoique devenu plus discret, ombragé, géométrique, à l'image des graphismes d'Alexandre Clérisse.

    Les couleurs sont tout aussi réussies, établissant une codification selon les temporalités, les émotions, les points de vue... comme Riad Sattouf le faisait déjà, pour distinguer les différents lieux de son récit dans l'AduF ou les personnages dans Jeune acteur.

    De plus, le scénario se révèle être palpitant, avec un récit double, jonglant entre un père décadent et son fils devenu adulte. Il y a des thèmes forts : relations humaines, inégalités de genre, addiction à l'alcool, au sexe... D'une grande intensité.

    L'histoire est traitée avec élégance, Uli Oesterle ayant assimilé tous les codes de la BD, moderne ou ancienne.

    On y retrouve la profonde noirceur d'un Larcenet, avec ses clochards et autres pousseurs de caddies...

    Comme savait le faire Charlier auparavant, le rythme est frénétique, haletant... à la différence qu'il y a aussi une part de réel, très "nouvelle vague", et un investissement particulier de l'auteur pour son œuvre...

    Surtout, le tome 2 surpasse le 1... Je n'aurai pas vu le temps passer en lisant les deux albums, tellement je fus absorbé. Hâte de voir la suite...

    Ainsi Le lait paternel, titre qui pourrait faire ricaner, est en réalité « une biographie fictive de Peter Oesterle », père d'Uli. Tel que l'indique la postface du tome 1, elle s'appuie sur des « anecdotes librement inventées – mais dont chaque mot est empreint de vérité ».

    ...Pour raconter la vie débridée et délictueuse, pour ne pas dire criminelle, d'un père absent.

    Zablo Le 07/04/2024 à 22:00:11
    Thorgal Saga - Tome 2 - Wendigo

    Une BD de toute beauté...

    Où Thorgal fait un passage en Amérique.

    Si je n'ai pas accroché aux dialogues, j'ai aimé le trait de Corentin Rouge, la composition, le découpage... D'une grande maîtrise graphique.

    Les scènes dans l'Arbre de Vie laissent rêveur, évoquant pour moi l'univers de Star Wars, en particulier l'habitat des ewok ou le jeu Jedi : Fallen Order.

    C'est donc une BD moderne, qui innove aussi, réinventant par exemple l'iconographie amérindienne et viking, ou encore celle de la chute...

    Enfin, on apprécie les pleines pages et autres ingéniosités, permises par le grand format franco-belge.

    Un plaisir pour les yeux.

    Zablo Le 07/04/2024 à 21:58:36

    Une bonne BD...

    ...Que ce soit au niveau du scénario ou des dessins et des couleurs.

    Le trait de Gaultier est gras, à la Peeters, mais avec des couleurs plus froides, Antarctique oblige...

    En effet, le principal protagoniste décide de se payer un voyage dans les TAAF (Terres Antarctiques et Australes Françaises)...

    Ce récit fait immédiatement penser à celui de la BD reportage de Lepage, mais avec un ton désabusé et un humour quasi acerbe, cynique. Or le scénario d'Appollo prend une toute autre direction, allant de surprise en surprise dès la partie 4.

    Suffisamment documenté pour être crédible, ce mélange des genres, entre thriller et reportage, fiction et réel, vise aussi à brouiller les pistes...

    Par contre, le discours anti-écolo, déjà présent dans la BD Biotope du même scénariste, me branche beaucoup moins...

    Sans mauvais jeu de mot.

    Zablo Le 07/04/2024 à 19:33:44

    En observant la couverture, je m'attendais à un sujet intéressant, avec des dessins éloquents et colorés...

    Puis, j'ouvre le livre, et tous les dessins sont en noir et blanc, dans un style devenu assez commun pour un roman graphique, proche du trait de Pénélope Bagieu.

    Malgré un look peu accrocheur, les graphismes de Tiphaine Rivière restent expressifs, servant le propos vulgarisateur du livre.

    On y obtient ainsi quelques précieuses clés de lecture pour comprendre l’œuvre complexe du sociologue Pierre Bourdieu, tout en suivant le récit fictionnel d'un jeune professeur de Sciences Économiques et Sociales.

    Une très bonne introduction à Pierre Bourdieu en résumé, mais avec un plaisir bédéesque limité et qui ne saurait remplacer la lecture des livres, ni l'écoute des conférences de Bourdieu.

    Zablo Le 07/04/2024 à 19:27:06
    Le nom de la Rose - Tome 1 - Livre premier

    Malgré de très beaux dessins et de très beaux noms sur la couverture (Umberto Eco, décédé il y a huit ans, et Milo Manara)... je n'ai pas accroché à cette adaptation, sans grand intérêt et trop commerciale à mon sens.

    Le prologue, qui instaure le cadre, le contexte de l’œuvre, n'est pas assez didactique à mon goût. Les dialogues sont d'un ennui...

    Certes, le trait de Manara est sans égal et on sent un certain travail de documentation (notamment dans les reliefs, du Jugement Dernier...). Mais, à l'image de sa BD sur les Borgia, la mise en scène demeure trop grandiloquente pour l’œuvre d'Eco, assez éloignée de l'idéal de pauvreté et de la vie des moines bénédictins.

    Surtout, on ne peut s'empêcher de penser au film en observant les planches de Manara, tant l'iconographie, les personnages, leurs postures, les décors... lui sont semblables.

    Sans surprise, le principal intérêt de cette adaptation se situe dans sa représentation de la femme, canonique et fantasmée, qui donne une saveur toute particulière à cette BD, se déroulant dans une abbaye.

    Autrement, je vous conseille plutôt de vous diriger vers le roman d'Umberto Eco, un classique pour tout amateur d'Histoire, ou alors son adaptation cinématographique, véritable chef d’œuvre également.

    Zablo Le 02/04/2024 à 19:36:56

    Quel scénario !

    Probablement le meilleur que j'ai lu pour l'année 2023. Après quelques pages, on est embarqué dans un récit d'une noirceur profonde, au rythme effréné. Un thriller fantastique, qui sort des classiques du genre.

    En résumé, on y suit les péripéties d'une bande de montes-en-l'air, dont l'héroïne Alva, qui finissent par faire une mauvaise rencontre. Jugez-en la couverture...

    La mise en scène est complètement à la hauteur, avec des plans aussi variés que dynamiques. J'aimerais tellement que cette histoire soit adaptée en film d'animation...

    Néanmoins, les dessins sont beaucoup trop jetés, faisant plutôt figure de storyboard amélioré. J'en attends plus d'une BD, y compris dans un format « roman graphique ». En même temps, je viens tout juste de sortir de la lecture d'un chef-d’œuvre, celui de La route de Larcenet... D'où un certain niveau d'exigence.

    Dans tous les cas, j'ai aimé ces personnages terrifiants, que ce soit leur design ou leur personnalité, en particulier cette sorcière mais aussi les autres méchants, assez ambigus, ou encore cette héroïne particulièrement agile... Enfin, on ne s'ennuie pas, il y a des retournements de situation à tire-larigot, des méchants qui ne sont pas forcément ceux que l'on croit...

    De quoi se poser des questions sur ce qui définit le « bien » et le « mal ».

    Zablo Le 02/04/2024 à 19:29:35

    Une belle BD, quoique un peu tarabiscotée...

    Le personnage central, une jeune femme à l'esprit d'aventure, doit cependant contenir son énergie face aux superstitions et autres a-priori des habitants de son village. Campé quelque part en Scandinavie, la vie y est rythmée par les saisons, le travail et les rituels animistes... Cyclique.

    Emkla, Emkla... Ils n'ont que ce nom à la bouche. Jusqu'au jour où tout s'empire, se dérègle... Alors vient le moment du départ... Parfois, il n'y a pas trop le choix.

    Je dois avouer que je n'ai pas tout compris. Une seconde lecture serait nécessaire pour mieux comprendre le message, assez poétique, de cette œuvre. Néanmoins, le scénario est rythmé et plein de surprises.

    J'ai aimé certaines ambiances un peu magiques du livre, notamment les scènes avec les animaux, ou lorsque le personnage central escalade les grandes roches... D'une expressivité rare.

    Le progressisme de cette œuvre est tout aussi évident, sans être stéréotypé : personnage féminin fort, végétarisme, société patriarcale, traditions qui semblent avoir perdu de leur sens, retour à la nature...

    La mise en scène est réussie, avec de belles couleurs aquarellées, d'une tiédeur nordique. Par contre, j'ai été moins convaincu par les dessins. Le trait de Peggy Adam est fin, avec de belles rondeurs, assez féminin je dirais, mais il est aussi assez cassant, presque trop cinglant.

    La divinité Emkla, qui s'incarne dans cette nuée d'oiseaux sur la couverture, m'a tout de suite fait penser à cet album de Valérian : Les oiseaux du maître, où les volatiles rendent fous ceux qui cherchent à s'opposer à leur dieu-maître.

    Ici, comme dans Valérian, la divinité semble punir l'hubris des hommes et des femmes.

    Peut-être est-ce une clé de lecture ? Ou peut-être que non...

    Puisque la nature n'a pas de morale...

    Et qu'Emkla n'a pas la même fortune.

    Zablo Le 30/03/2024 à 11:23:39

    J'attendais cette BD avec impatience...

    Pas parce que c'est l’adaptation d'un livre à succès, le récit d'errance intimiste de MacCarthy, mais plutôt pour l'auteur qui l'a adapté... Gage de réussite. La couverture a aussi fait pencher la balance...

    Sombre et déchéante, l'adaptation de Larcenet est d'une grande réussite. Il transcrit admirablement bien en BD, cette dure et interminable route, parcourue par un père et son fils, alors que l'Humanité part en fumée.

    Le texte est concis mais efficace. Les quelques bulles, disséminées ça-et-là, ne gâchent en rien le plaisir de lecture.

    Le style graphique de Larcenet a nettement évolué, vers un style plus réaliste qu'à l'accoutumé. Que de chemin parcouru depuis ses aventures avec Fluide Glacial !

    Je me délecte de ses nuages de matières, presque informels, qui convoquent mon imaginaire. Je me régale aussi des détails du trait, quand il s'agit de représenter une nourriture irrévocablement perdue. Une précision du dessin qui peut aussi donner la nausée, parfois à rebours, lorsque Larcenet donne à voir la misère post-apocalyptique...

    Car, le but est simple : survivre. Le propos de Larcenet n'en demeure pas moins profond, dans la veine de ses précédents albums : l'amour de la vie (Retour à la terre), à laquelle les héros s'accrochent du mieux qu'ils peuvent, mais aussi les tréfonds de la moralité humaine (Blast) et une dimension psychologique aiguë (Thérapie de groupe). Le vertige de l'abîme !

    Bien sûr, il y a aussi une part de Larcenet dans ce livre, dans ses représentations... L'auteur a participé à réinventer la BD, au tournant du siècle, vers l'auto-fiction. Il semble ainsi s'incarner dans la figure du père : calvitie, barbe, casquette... ne manque que les tatouages et l'embonpoint.

    La route met aussi en scène les relations d'un père et de son fils, coupés du monde. Une certaine vision de la famille face à la crise, la mère n'étant plus que dans leurs esprits...

    Par ailleurs, la transmédialité est un chouia étonnante pour Larcenet. Mais, si le roman La route a été placé sur un piédestal, récompensé par le prix Pulitzer fiction en 2007, la BD fait aussi écho à elle même, avec le fameux Walking dead (2003)...

    En tout cas, La route de Manu Larcenet est une adaptation très intéressante. C'est aussi un pied-de-nez au Monde sans fin de Jancovici, montrant très clairement certains dangers du nucléaire...

    Le tirage limité offre un vrai plus, avec un cahier graphique sur beau papier, dont un passage inédit et plus personnel du dessinateur, rendant cette édition indispensable à mon sens.

    S'il n'est pas le plus éloquent à la télé... Larcenet demeure l'un des auteurs les plus talentueux de notre temps. Que l'on aime, ou que l'on aime pas, chacun de ses livres est une leçon de narration graphique.

    Et pourtant, il reste d'une grande humilité.

    Zablo Le 29/03/2024 à 07:27:07
    À prix d'or - Tome 2 - Tome 2

    Un album qui conclut le diptyque, avec toujours les mêmes atouts, mais aussi quelques maladresses, que ce soit dans le dessin ou dans la mise en œuvre du scénario, avec un flashback peu convaincant, trop long.

    C'est dommage, parce que le tome 1, plus rigoureux, avait montré les talents du dessinateur et de sa scénariste, cette dernière maîtrisant différents types de narrations et capable de mener une histoire assez complexe, notamment en mélangeant les genres et en cadençant puissamment l'action.

    Dans l'ensemble, cela reste cependant un réel plaisir de lire cette BD et de découvrir sa fin.

    Zablo Le 29/03/2024 à 07:25:06
    À prix d'or - Tome 1 - Tome 1

    Une belle découverte...

    Une jeune femme, poursuivie par ses abrutis de beaux frères et de père, se retrouve comme prise au piège, dans une ancienne mine d'or, en Australie. Il va y avoir de la bagarre...

    Contrairement à la majorité, j'aime beaucoup cette couverture, en légère contre-plongée, et pas seulement parce qu'elle est sensuelle... Mais surtout parce qu'elle est claire, chatoyante et d'une grande énergie.

    J'apprécie également le format en album, plus adapté pour ce type de BD.

    A l'intérieur, le trait réaliste de Bernard Khattou, quoique classique, donne efficacement vie aux personnages.

    Le découpage est un modèle du genre : cadrages savamment dosés, éléments narratifs correctement mis en évidence... on peut aussi se perdre dans les détails, pour approfondir notre expérience du livre.

    L'ensemble est particulièrement harmonieux, avec une belle synergie entre le scénario de Nathalie Sergeef et les dessins de Khattou, admirablement mis en valeur par les couleurs numériques de Céline Labriet.

    Les thématiques sont dans l'ère du temps (féminisme, écologie...), mais avec un certain recul, presque journalistique.

    Les personnages sont fouillés, en particulier cette héroïne haute en couleur, aux allures de Lara Croft mais sans le pedigree, pourrait-on dire aux premiers abords...

    Les personnages secondaires sont parfois toxiques, voir dangereux, en particulier les hommes. Mais il y a aussi des figures positives parmi eux.

    On retrouve cet aspect progressiste dans la présence du peuple premier, des aborigènes.

    En ce sens, cette BD n'est pas sans faire penser à la série Blueberry, de Charlier et Giraud/Mobeius... par la radicalité de l'action, son rythme frénétique, son humour désabusé, la crasse (dans tous les sens du terme) ambiante... mais aussi une part de mythe, de spiritualité autochtone et enfin des décors presque désertiques...

    Mais, A prix d'or est également une BD moderne, innovante, de par son cadre géographique, ou encore ses grosses, très grosses voitures, ses manifs écologistes et autres syndicats.

    Enfin, c'est l'un des scénarios les mieux ficelés de 2022, complètement éclectique : mélangeant brillamment le style western avec les problématiques du réel, l'investigation, et d'autres emprunts au thriller social, à l'iconographie zombiesque, à l'aventure, au policier... et surtout de l'action pure, brutale et complètement fictive.

    Quel cocktail détonnant !

    Zablo Le 28/03/2024 à 20:49:37
    Le jeune acteur - Tome 1 - Le jeune acteur 1

    Une BD que je viens de relire...

    Riad Sattouf y raconte les débuts de Vincent Lacoste, qu’il a détecté pour jouer le rôle principal, de ce qui est aussi son premier film en tant que réalisateur, Les Beaux gosses.

    Dans cette biographie, réalisée en tant qu’auteur complet, il alterne entre son propre point de vue et celui du jeune acteur.

    En résulte un récit en miroir, où l’on a parfois la chance de découvrir la même scène, sous deux angles différents. On se rend alors compte des malentendus qu’il peut y avoir, notamment entre Sattouf et le petit Lacoste... Hilarant.

    J’ai apprécié de retrouver les couleurs de l’Arabe du Futur (aplats de bleu et parfois du rouge pour les cases marquantes), dont cette œuvre, en partie autobiographique, est une sorte de continuation.

    On appréciera d’ailleurs certaines similitudes entre les deux BD, notamment quand Riad fait la morale à Vincent, prenant une posture similaire à celle de sa grand mère dans l’AduF.

    Cependant, je suis plus dubitatif quant aux couleurs utilisées pour illustrer la vie du jeune Lacoste, en particulier ce jaune, associé à d’autres couleurs parfois très vives, éclatantes. Cela m'évoque évidemment l’or, la réussite de l’acteur, sous le feu des projecteurs, mais ça pète aussi un peu les yeux...

    Le scénario, très drôle, est plein de dérision. Formidable conteur du réel, Sattouf est aussi passé maître dans l’art de la caricature, fouillant les traits physiques et moraux des gens, leurs attitudes, leurs contradictions, leurs revirements, voir même leurs accidents... Ce qui est autant susceptible de nous faire rire que de nous interpeller.

    Le découpage, rondement mené, est caractéristique de l’auteur : décors simples et épurés, narratifs à la première personne, informations fléchées, bulles rigolotes, pleines pages lors des moments clés...

    Les nombreux détails, semés par-ci par-là, ainsi que la proximité du jeune réalisateur avec son principal acteur, accentuent le réalisme, la crédibilité de l’œuvre.

    Il y a du rythme et on apprécie de suivre la vie d’un jeune acteur. Une première en BD.

    A contrario, on trouve les thèmes habituels de Riad Sattouf, qui ont fait son succès : en particulier l’adolescence, souvent ingrate.

    Les dessins restent dans la même veine que les précédentes BD de Sattouf, de Retour au collège à Pascal Brutal. Je n’ai pas vu de grand changement, si ce n’est que Sattouf est passé à la palette graphique et à des formats plus longs depuis L’Arabe du futur.

    Son trait reste toujours un chouia biscornu, accentuant toujours les nez et d'autres parties du corps... en gros tout ce qui provoque des complexes chez les adolescents.

    Dans tous les cas, c’était une expérience privilégiée, presque VIP, même si l’art de Sattouf, grand prix d’Angoulême en 2023, est éprouvé.

    ...J’attends la suite avec impatience.

    Zablo Le 27/03/2024 à 19:46:34

    Élégante...

    Max Baintiger, un auteur que j’aime beaucoup, a entrepris une biographie bédéesque de la poétesse suédoise Sibylla Schwartz (1621-1638), morte de dysenterie en pleine guerre de Trente Ans.

    La principale qualité de ce livre est son honnêteté. En effet, la BD est ponctuée de récitatifs, où l’auteur explique rapidement qu’elle est en réalité une commande, émanant d’une association. En plus, on a peu d’informations fiables sur cette poétesse... Une gageure.

    Mais, que ça fait du bien, d’avoir un auteur de BD qui explique sa méthode d’interprétation historique, ses difficultés, mais aussi son intention, la nature de son financement, sans fard.

    Heureusement, on a conservé l’œuvre de Sibylla, très dense. Car, malgré une vie trop courte, elle a écrit plus d’une centaine de poèmes.

    Ainsi, Max Baitinger s’appuie sur ce corpus lyrique pour imaginer la vie de Sibylla. Pour cela, il déploie une esthétique puissante, variant les styles avec flegme et poésie.

    La colorisation, quoique numérique, est précieuse pour le récit. Parfois discrètes voir quasi éteintes, les couleurs sont aussi, par moments, flamboyantes !

    Au final, je trouve que l’esthétisme de cette BD surclasse même la versification de Sibylla, dont les mots sont moyennement mis en valeur. Comme si le support, l’écrin, avait pris le dessus sur son contenu, démontrant le potentiel poétique de la BD, que l’auteur maîtrise complètement.

    Dit autrement, les auteurs de BD sont souvent plus doués en dessins que pour écrire.

    D’où la difficulté de composer une biographie à partir, mais aussi sur, des sources poétiques.

    La BD reste cependant d’une incroyable fluidité...

    Et bien inspirée.

    Zablo Le 25/03/2024 à 07:42:31

    A l'image d'Amertumes-Apaches plus récemment, je trouve que Les Apaches est une BD assez inutile, qui n'apporte rien de plus à la série...

    Car, les souvenirs de jeunesse de Blueberry dans le dernier cycle, ont été tout simplement remontés. Quelques planches de Giraud et des modifications ont été rajoutées... faible compensation.

    Surtout, je n'avais pas eu de difficulté à comprendre les motivations du lieutenant, à remplir moi même les ellipses.

    Je trouve donc que, dans ce contexte, la narration géniale et complexe de Giraud perd de sa saveur.

    Enfin, la boucle avait déjà été bouclée dans Dust, le jeune Blueberry ayant été chargé de rejoindre Fort Navajo... Là où l'aventure avait pris place, dans le tome 1.

    En ce sens et à titre de comparaison, même s'y j'extrapole un peu, parce que ça m'a choqué... la BD sortie par Sfar et Blain en 2019, est un véritable hold-up, semant le chaos dans l'univers de Giraud et Charlier, avec des erreurs à gogo...

    ...Pour quelques dollars de plus.

    Zablo Le 24/03/2024 à 19:13:14
    Blueberry (Blain/Sfar) - Tome 1 - Amertume Apache

    En pleine lecture de la série-mère de Blueberry, j'ai éprouvé un sentiment de rejet en ouvrant cet opus de Sfar et Blain, placé en continuation (4ème de couverture) et pourtant bien trop éloigné du chef-d’œuvre initial.

    Pour être honnête, je n'aime pas beaucoup les BD de Sfar, trop confuses (j'adore ses films par contre), et j'exècre les dernières BD de Blain, faussement neutres.

    J'ai aussi beaucoup de mal avec les reprises de BD de manière générale, parfois très litigieuses. Pensons à Gaston... Souvent c'est une histoire d'argent et ce ne sera pas la première fois que Dargaud floute Charlier et Giraud...

    Néanmoins, j'ai essayé de faire abstraction de tout pré-supposé et je me suis relancé dans la lecture.

    En effet, la série est accessible, reprenant certains codes propres au western. Le dessin de Blain, quoique plus proche d'un Lucky Luke sauce Tarantino, est loin d'être mauvais, de même pour les idées de Sfar. Il y a des rochers troués, l'ambiance de Fort Navajo, quelques fantaisies aussi...

    Mais, on demeure très loin de l'esthétisme méticuleux, de la rigueur et aussi du génie de Giraud, ainsi que de la tension et du mélange des genres qu'affectionnait Charlier.

    Surtout, j'ai eu l'impression d'un retour en arrière par rapport à DUST.

    Certes, il y a énormément de femmes et elles sont mises en valeur, autrement que comme des prostituées ou des bonnes mères de famille. Un atout pour cet album.

    Mais pour moi, c'est insatisfaisant. Car d'un autre côté, on en revient à une vision barbare et sauvage des Amérindiens, de l'étranger. Cela plaira beaucoup à Cnews...

    De plus, j'ai en horreur cette violence gratuite, à la fois verbale et physique, comme si c'était ça l'essence du western...

    Sa sélection au festival d'Angoulême est d'ailleurs une vaste supercherie.

    Pour moi cette BD est sans intérêt.

    Zablo Le 24/03/2024 à 18:58:48
    Blueberry - Tome 28 - Dust

    C'est le dernier album de Blueberry et jamais la série n'aura été aussi progressiste, que ce soit par l'omniprésence des femmes ou le regard nouveau porté sur les Apaches...

    Mais, on a été prévenu par le « Démon rouge », personnage anachronique qui reflète plus notre contemporanéité que le mythe de l'Ouest, il y aura du sang.

    Toutefois, rien n'est gratuit dans le scénario. Chaque personnage a un background suffisamment fouillé pour donner un sens à la violence qu'il emploie, quoique souvent illégitime.

    Il est d'ailleurs amusant de voir comment Campbell réagit lorsqu'il tue un homme... Comme pour mieux nous rappeler l'horreur et l'immoralité de ces crimes.

    Si le rythme n'est pas aussi effréné qu'à l'époque de Jean-Michel Charlier, avec des moments de désillusion, de sidération. Il y a aussi des sursauts, des rebondissements.

    On sent que Giraud a travaillé son scénario, pour que tous les bouts se rejoignent, mais aussi pour nous attendrir et nous surprendre. Personnellement, je ne me suis pas du tout ennuyé.

    D'ailleurs, j'ai été stupéfait par les derniers souvenirs que Blueberry, dit Tsi-Na-Pah (« nez cassé »), nous donne de son récit avec Geronimo.

    Bien sûr, c'est une fiction. Mais j'apprécie la réflexion portée par Giraud, sur l'éducation des Amérindiens, punis pour garder leur culture, pour parler la langue de leurs ancêtres. J'admire aussi le rôle pondérateur, nuancé, de la maîtresse d'école, mue par des valeurs universelles et bienfaitrices...

    Et je ne peux qu'applaudir qu'en Giraud fait le parallèle entre l'ethnocide des Amérindiens et la « mission civilisatrice », celle portée par Jules Ferry en France et dans ses colonies, idéologie teintée de nationalisme, de racisme et de xénophobie. Pas si lointain...

    Quelle BD aura fait un chemin aussi approfondi, engagé, autant dans sa recherche d'esthétisme, que dans une volonté de dire des choses sur le mythe de l'Ouest, d'en tirer des leçons sur notre lecture du passé, parfois biaisée, et pour notre présent ?

    A l'heure où les idées fascistes et rétrogrades gagnent du terrain en Occident et que les bourreaux se font parfois passer pour des victimes...

    ...La justesse du propos de cette BD est malheureusement d'une grande rareté.

    Zablo Le 24/03/2024 à 18:56:36
    Blueberry - Tome 27 - OK Corral

    Que de chutes...

    Dans ce nouvel album de Blueberry, les 4 shérifs s'apprêtent à affronter la bande des Clanton. Évidemment, il y aura de la casse.

    On reste dans le scénario feuilletonnant, classique de Blueberry, mais avec plusieurs ramifications et quelques libertés de Giraud, qui adoucissent l'ensemble.

    Le personnage de Ringo, complètement givré, se révèle être une sorte de sérial-killer, qui perturbe le déroulé des événements et donne un aspect assez lugubre à l'album.

    Si Blueberry a gagné en maturité, il est affaibli physiquement, le rendant plus humain, crédible. D'ailleurs, je me demande toujours si c'est vraiment lui le véritable héros de ce cycle.

    Dorée Malone, avec qui il forme un beau couple, lui a été d'une aide précieuse. Belle et protectrice, elle filtrait l'accès à Blueberry (comme certaines gèrent les files de dédicaces en salon). Cependant, elle est maintenant dans une situation délicate, qui a obligé Blueberry à sortir de son lit...

    Ces deux-là servent de modèle à Gertrud et Billy, tout aussi attendrissants. D'ailleurs, Giraud semble avoir pensé ce personnage masculin, qui jouit d'une certaine proximité avec notre nouvelle légende de l'Ouest, pour que le lecteur, ou plutôt le spectateur, s'y identifie.

    Car du spectacle il y en a... Avec un titre comme celui-ci et le talent de Giraud, il ne pouvait y avoir que des scènes d'actions mémorables.

    L'auteur a cependant l'intelligence de faire participer inopportunément certains personnages, comme ce Billy par exemple, qui amène quelques imprévus...

    Ainsi, après avoir été caressé dans le sens du poil, comme un chat ronronnant...

    ...Giraud, qui joue en fait avec nous comme avec une souris, arrivera à nous surprendre,

    Nous prenant à la gorge.

    Zablo Le 23/03/2024 à 21:06:44
    Blueberry - Tome 26 - Geronimo l'Apache

    Qui incarne véritablement l'idéal de l'Ouest ?

    Car, dès la couverture, Geronimo pique la vedette à Blueberry.

    Indubitablement, il s'agit de personnages hauts en couleur, qui commencent aussi à avoir quelques belles rides.

    Cette dualité prend corps dans un récit complexe, propre à Mister Blueberry, jouant sur deux temporalités : celle d’un Blueberry vieillissant, qui narre ses mémoires, dont cet épisode lointain où il a affronté Geronimo...

    En terme de graphisme, c’est l’apothéose de Gir/Moebius. D’autres auteurs se sont d’ailleurs inspirés de ce style par la suite : je pense à Boucq et à Ralph Meyer, plus qu'à Swolfs ou à Hermann, ces derniers s'en tenant au pointillisme.

    Mais, Giraud lui même est venu probablement s'alimenter chez eux, comme chez d'autres, pour créer son style. Les références contenues dans ses derniers albums, témoignent d'ailleurs de sa connaissance du média.

    Quant au scénario, il est toujours aussi intéressant, avec une critique du mérite des « grands auteurs », qui ne sont pas toujours seuls à la plume…

    Une manière de rappeler que Giraud n’est pas un auteur complet sur Blueberry, et que, en plus de s'appuyer sur l'héritage de Charlier, il est aidé par une talentueuse coloriste (Florence Breton), un éditeur, parfois des encreurs (notamment Michel Rouge auparavant)… en somme, une équipe.

    Mais, tout est relatif. Quand on voit les effectifs de certains ateliers de mangakas, Giraud paraît bien seul...

    Et pourtant, son œuvre est particulièrement aboutie. Giraud scénariste sait jouer avec nos nerfs, il sait aussi mettre de l'intensité, comme pour cette scène de combat aquatique avec Geronimo.

    Quelques moments sont un peu tirés par les cheveux, avec le revirement de Clum par exemple… Mais la suspension d'incrédulité reste effective autrement.

    Enfin, il y a ce livre, Moby Dick, qui revient plusieurs fois dans cet album. Pourquoi ?

    Certainement une comparaison avec le chef discret mais charismatique des Apaches, dont le peuple est menacé de disparaître.

    Alors que Blueberry incarne la fougue de la jeunesse, avant de goûter à une retraite au saloon, Geronimo lui, malgré ses capacités et ses valeurs, n'en finit plus de perdre du terrain face aux Blancs.

    Pourtant, il est ce que Blueberry n'est pas, il est la droiture même, il est aussi celui que Blueberry admire, jusqu'à dans ses souvenirs.

    Au final, par le biais de son lieutenant, Giraud nous offre une certaine leçon d'humilité, de respect.

    Zablo Le 23/03/2024 à 21:02:17
    Blueberry - Tome 25 - Ombres sur Tombstone

    Blueberry était mort, Blueberry est vivant…

    Dans cet album, le clan des Clanton prépare un mauvais coup...

    Leur matrone les dirige d’une main de fer, un clin d’œil aux frères Dalton et à leur maman…

    Giraud profite de cet album pour démonter les stéréotypes sur les autochtones, qui provoquent chez certains personnages, de fiction ou non, une haine féroce.

    Un terreau très fertile pour les manipulateurs...

    Dans un mélange des genres propre à la série, l’album renoue avec le format d’enquête, les protagonistes cherchant la réponse aux meurtres soi-disant commis par des Apaches, tout en nous mettant rapidement la puce à l'oreille...

    Ce volume, où le nom du bourg évoque une « pierre tombale », contient aussi des fusillades d’anthologie.

    Je pense en particulier à la planche 19, où un crane renforce la dimension macabre, la dramaturgie de la scène.

    Ce symbolisme se retrouve un peu partout dans le cycle, notamment par des plans rapprochés sur des objets, en particulier des cartes (une influence de son beau-père ou de Jodorowsky…).

    On le voit sur la planche 30 : les flacons entamés représentent la fièvre et la souffrance du blessé, les cartes Blueberry (l’as de coeur) et sa compagne Dorée Malone (la dame de pique), la montre à gousset le temps qui passe...

    Comme pour le tome précédent, Giraud fait de nombreuses références à la littérature classique, mais aussi sur la déformation des témoignages, qui ont conduit au mythe de l'Ouest.

    Car, Campbell et Billy cherchent à publier un livre sur l'histoire de Blueberry, quitte à l'édulcorer un peu...

    Giraud semble ainsi faire un pied-de-nez à certaines critiques sur le « réalisme » de ses BD, approfondissant la psychologie de ses personnages et donnant à voir la vie quotidienne de l’époque.

    Il amène une réflexion critique sur le mythe de l'Ouest, plutôt que de broder sur des faits divers.

    Car, depuis longtemps, Giraud sait faire ressentir l’odeur de crasse et le brouhaha des saloons de l’Ouest.

    Il montre aussi les formes insidieuses des guerres contre les Apaches, notamment le nettoyage ethnique entrepris par le révérend Younger dans son orphelinat, ou plutôt sa prison pour enfants (thématique reprise ensuite dans Hoka Hey).

    Comme Billy, qui se dévergonde peu à peu, on est pris aux tripes par la conquête de l’Ouest, que l’on voit par le petit trou de la serrure. Comme si le mythe de l’Ouest, raconté par Giraud, contenait une part de réalité, celle de l'Histoire américaine.

    Néanmoins, Giraud cherche parfois à transcender ses dessins. Ils sont toujours aussi bien maîtrisés, mais avec quelques teintes de surréalisme, comme cette scène d’escalade à la fin de l'album, inspirée de l’Incal.

    Au final pas trop surpris de voir Blueberry vivant, quoique la faucheuse n'était jamais passée aussi près.

    Zablo Le 23/03/2024 à 20:57:42
    Blueberry - Tome 24 - Mister Blueberry

    Wahou…

    Giraud revient seul avec un nouveau cycle du lieutenant… ou plutôt de Mister Blueberry. Et quelle claque !

    Graphiquement, c’est toujours aussi bon. On retrouve le style d’Arizona Love, où l’auteur révèle toute la richesse de son art : rigueur du trait et profusion des détails, propres à la série, mais avec plus d’épure et une fougue esthétique, expérimentée sous son pseudonyme Moebius.

    Giraud fait donc du neuf avec du vieux : après tout, c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures confitures….

    Et c’est bien le propos du livre : un ensemble de récits secondaires tourbillonnent autour d'un Blueberry âgé (il commence à avoir des cheveux blancs, comme son auteur…), posé le cul sur une chaise à faire des jeux de hasard.

    Les thématiques sont toujours un peu les mêmes (en particulier le poker, les tireurs d’élite, l’ambiance de saloon, les Apaches, les outlaws…), tout comme les planches restent découpées en deux parties (A et B) dans leur largeur.

    Comme ce fut le cas dans les précédents albums, certains personnages m'ont fait penser à des personnages réels ou fictifs : c’est Campbell, aussi boursouflé que Balzac, ou son secrétaire, au petit air de Little Némo mais adulte…

    Dans les albums suivants ce seront aussi Bluch, Lucky Luke, Neige, Mac Donald's, Billy the Kid, Mickey, Harry Potter, le déjeuner de Monet et j'en passe... Des clins d’œil un peu lourdingues en réalité.

    De fait, quoique Giraud a essayé de rester dans le cadre, le scénario contraste un peu avec ceux de Charlier auparavant. D'une dimension moebiusienne, il n'en demeure pas moins réussi.

    J’ai été happé dès l’accroche, avec une mise en abîme où Campbell et son secrétaire venus de Boston, en bons pieds tendres, découvrent l’Ouest avec stupeur.

    Le plus jeune, commençant à se faire des « films », son patron lui répond : « Billy, tu as trop lu d’histoires de cow boy »...

    Et puis quelle tension, que ce soit autour des mises du poker, du bluff, des relations parfois tumultueuses entre les personnages… mais surtout de la ville toute entière, qui semble comme prise dans la folie d’un jeu dangereux.

    Giraud profite aussi de ce cycle pour développer, en creux, certaines réflexions contemporaines sur les Western voir la littérature.

    D’un côté, il recycle les mythes de l’Ouest (Earp, Géronimo…), de l’autre il cherche à démontrer certaines de ses incohérences (garçons de vaches).

    De la même manière, il semble faire un parallèle, pas si vaniteux, entre Homère et le mythe de l’Ouest, entre le théâtre et Blueberry…

    Une manière de dire toute sa fierté, celle d'avoir contribué à une série marquante pour plusieurs générations.

    Car oui, cette BD est exceptionnelle. Encore aujourd'hui, elle me fait passer par toutes les émotions : la peur, le rire, la joie, la surprise…

    Ce seul volume justifie à lui seul le grand prix d'Angoulême, obtenu par Giraud 14 ans auparavant déjà.

    Zablo Le 23/03/2024 à 20:50:53
    Blueberry - Tome 16 - Le hors la loi

    Que de manipulations dans cet album…

    L’ex-lieutenant, dont on connaît les talents d’évasion, finit par prendre le large. Mais il est mystérieusement rattrapé par une bande de brigands...

    Charlier nous sert un récit assez psychologique, agrémenté de moments plus potaches.

    Dans ce mélange de genres, les personnages sont particulièrement bien fouillés... mais aussi assez malsains. Je pense notamment au personnage androgyne d’Angel Face, de Kelly, de Blake, voir même au retour de Guffie Palmer.

    Depuis le tome 12, souffle un vent nouveau dans les scénarios de Charlier, mais aussi et surtout dans les dessins de Giraud.

    Il y a beaucoup de matière, une ambiance angoissante, propre à la revue Métal hurlant, où Gir officie sous le nom de Moebius.

    Certains décors sont empreints de surréalisme, de fantastique. C’est le cas avec la maison de Guffie Palmer, plantée seule en haut d'une colline... Inquiétant, à l’image du film Psychose.

    Le découpage est tout aussi novateur, malgré la présence de la sacro-sainte ligne médiane.

    La mise en couleur est éloquente, un atout depuis les débuts de la série.

    En bref, un début de cycle convaincant, qui part sur un rythme effréné, tempo donné par le scénario de Jean-Michel Charlier.

    De fil en aiguille, Blueberry semble ainsi se jeter dans la gueule du loup…

    ...Bien malgré lui.

    Zablo Le 22/03/2024 à 15:59:06

    Un énième roman graphique...

    Lora Lorente, autrice espagnole, y raconte une histoire empreint de réel : une femme de 34 ans revient dans sa maison d'enfance, où plane l'absence des figures maternelle et paternelle...

    J'ai été pris d'intérêt par l'esthétisme de cette BD, au trait fourni et granuleux.

    L'absence de polychromie, contrairement à ce que pourrait laisser penser la couverture, souligne cependant l'indigence du personnage principal et donne un ton plutôt terne à l'intérieur.

    Pendant la première partie de cette BD, je dois avouer que je me suis un peu ennuyé... Le rythme y est figé, comme pour mieux montrer l'immobilisme de Mary Pain.

    Probablement aussi que je manque de tolérance vis-à-vis des égo-fictions, courantes dans le marché du livre. L'abondance des planches nuit parfois à leur raffinement.

    Pourtant, le travail de Lola Lorente est colossal et elle a le mérite d'aborder des sujets intéressants, dans une perspective singulière, allégorique : le regard culpabilisant des bigots, les drames familiaux, l'aide aux soins qui n'est pas rémunérée, la sexualité, l'expropriation...

    De plus, avec une figure féminine à la personnalité profonde, ronde sans être complètement empâtée, mais aussi très sensible, l'autrice casse les codes. Ses faux airs de Lolita, son déhanché insouciant, son look éclectique, mi-punk mi-princesse... Mary Pain électrise son monde. Elle doit faire face à une flopée de problèmes... et pourtant, elle procrastine.

    Toutefois, à partir du milieu de la BD, la narration s'accélère, prenant un rythme endiablé, qui évoque le sursaut de Mary Pain. Il y a des surprises, autant dans le scénario que dans le cadrage des plans, osés, et dans l'esthétique un peu grasse, spongieuse, hypnotique... en un mot, underground.

    Le corps charnu de Mary Pain prend alors une dimension érotique, expérience nouvelle pour moi... comme du Crumb, mais en mieux. La touche féminine sûrement...

    Finalement, je dois admettre que je suis touché par ce jeu irréel avec les fantasmes, mais aussi et de manière différente, les angoisses de Mary Pain.

    Zablo Le 19/03/2024 à 17:45:31

    Une expérience bigarrée.

    Au départ, la BD porte le nom de son personnage principal, John Difool. Il s'agit d'un anti-héros, détective de « classe R » fainéant, pleutre et incompétent, à qui les « rob-fliks » reconnaissent tout de même la qualité d'être « un bon informateur ».

    Évoluant dans un univers « cyber-punk », il est accablé par les ennuis et ce n'est que le début... Car, en récupérant une petite pyramide lumineuse, l'Incal, il devient la cible de la pègre de « Suicide-Allée », puis d'une quantité infinie d'adversaires.

    Or, cet éclopé de John Difool n'est pas tout à fait seul. Deepo, sa « mouette à béton », lui tient compagnie voir lui sert de psychanalyste... Et il rencontre d'autres personnages : le Méta-baron, Tête-de-Chien, Animah... qui feront pour certains l'objet de séries dérivées...

    Force est de constater que l'Incal est une BD d'exception, que ce soit par son esthétisme ou son scénario. Elle est apparue à une époque où la BD se métamorphosait, sous l'influence de la contre-culture, des auteurs de la revue Métal Hurlant (1975-1987), dont Moebius fait partie, mais aussi des volutes de fumée et autres champignons hallucinogènes...

    Conçue par Jean Giraud et Alejandro Jodorowsky, après l'échec de leur adaptation du film Dune, elle démontre leur résilience, dont le travail a finalement eu une influence considérable (notamment sur les films de SF). Pour ne donner qu'un seul exemple, un peu dérisoire, le nom de Difool a été repris par un célèbre présentateur de radio français...

    Pour ce nouvel ouvrage, Gir, l'ardent dessinateur de Blueberry, troque le pinceau pour la plume et se transforme en Moebius. Il est chaperonné par Jodo, cinéaste surréaliste, adepte du tarot et inventeur de la « psychomagie »... L'un a été marqué par l'absence de père, l'autre par la violence de son géniteur. Tous les deux vont se défoncer pour cet ouvrage.

    Enfant, j'avais été frappé par la modernité et la puissance de ce livre : univers en renouvellement permanent, images psychédéliques, humour caustique... Moins barbant qu'une cathédrale et plus savoureux que les jardins de l'Alhambra.

    Adolescent, j'ai apprécié son ton irrévérencieux, sa satyre : contre la société du spectacle, le libéralisme économique, le matérialisme, l'entre-soi des élites... Voilà aussi un livre que l'on ne me forçait pas à lire.

    Puis, j'ai essayé de comprendre ses métaphores, ses symboles (notamment les chiffres, les allusions à l'alchimie, les couleurs, les formes...), le message que voulait faire passer Jodorowsky.

    Je dois avouer, qu'au détour de mes lectures répétées de l'Incal, j'ai aussi pu lui trouver un aspect un peu ridicule, avec quelques facilités dans le dessin ou les dialogues.

    D'ailleurs, rien à voir, mais il y a cette vidéo des Inconnus sur la peinture qui ne cesse de parasiter mon esprit... « il n'était pas peintre, il était juste une sorte de fou, un peu mystique qui, qui se foutait de la gueule du monde, comme moi, mais avec oune sorte de crédibilité ».

    Certes, dans l'Incal il y a quelques bémols et des petits couacs. Pourtant, je ne pense pas que les auteurs se moquent de nous.

    Au contraire, j'admire la dimension métaphysique de cette BD, si rare maintenant, à l'heure de la BD du réelle. Jodo et Moebius ont pu laisser libre cours à leurs envies, la maîtrise graphique de l'un permettant à l'autre de faire parler son inconscient.

    Et que dire de l'énergie spirituelle de cette œuvre : elle n'est pas chrétienne, ni juive ou même musulmane, bouddhiste ou chamaniste... elle est tout à la fois, syncrétique.

    J'aime aussi ses couleurs vives, à la gouache, caractéristiques d'une époque où l'image primait sur le texte. Les lignes, les figures géométriques, mais aussi la fulgurance et la pureté du trait de Moebius, sont d'une beauté quasi divine. Il y a une mise en scène radicale, des scènes d'envol et de chute, des décors impossibles, des surprises de taille, de l'éclectisme...

    Je ne suis pas sûr que je revivrai la même chose en relisant cette BD dans 20 ou 30 ans...

    Mais, ce qui est certain, c'est que je garderai de l'affection pour ces planches.

    Zablo Le 15/03/2024 à 23:04:08
    Blueberry - Tome 6 - L'homme à l'étoile d'argent

    Une référence irréfragable du Western...

    Et pourtant, je ne peux m'empêcher de repenser à d'autres classiques, cinématographiques cette fois-ci : en particulier le troublant L'homme aux colts d'or de Dmytryk.

    L'amorce est quasiment identique : une famille de cow boys crapuleux, accablants un village de l'Ouest, assassinent lâchement le shérif. Désœuvrés, les villageois décident alors de faire appel à un tireur d'élite et lui laissent le champ libre pour gérer la situation...

    Ce parallèle montre l'influence du genre cinématographique sur l’œuvre de Charlier et de Giraud, que ce soit dans les scénarios, les cadrages, les décors voir même les gueules et les attitudes. Pas besoin d'être un spécialiste pour le remarquer. Cependant, la BD Blueberry remâche le mythe, pour donner naissance à une autre forme de pot-pourri...

    Plutôt qu'Henri Fonda, l'homme de la situation est ici le lieutenant Blueberry, accompagné de Mc Clure, ce fieffé alcoolique... Il y a beaucoup d'humour et de dérision dans cette BD, plus que dans les westerns hollywoodiens des années 1950/60. Toutefois, Charlier sait jouer avec la gravité de l'enjeu (la dignité humaine et des vies à sauver) pour faire monter la tension.

    Le style du dessinateur, Giraud, va dans ce sens : donnant des expressions variées à ses personnages, parfois burlesques (jugez la tête de « Marlowe » sur les planches 13 à 14), souvent malicieuses (notamment le lieutenant, qui n'est pas du genre à se démonter), leurs identités graphiques sont profondes et immédiates. Le trait de Gir n'est pas seulement clair et lisible, il est aussi précis et élaboré (voyez la fusillade pl. 23, où Blueberry se tient au comptoir pour stabiliser son tir dans sa chute).

    Néanmoins, les dessins de Giraud n'ont pas encore atteint leur pleine maturité : difficile de faire la différence entre Blueberry et ses adversaires planches 42 et 45, avec les mêmes physionomies et les mêmes vêtements... Comme si le nouveau marshall se battait contre son reflet, contre lui même... Drôle d'impression. Il y a aussi quelques redondances avec les albums précédents...

    Mais j'aime cet album. Déjà parce qu'il a fait partie intégrante de ma jeunesse, mais aussi parce que c'est une expérience différente de celle du cinéma : les cases ne sont qu'un support à notre imagination et le récit contient en creux les arguments d'un ANTI-western. Après tout, rebelle et un peu en marge, Blueberry n'est-il pas lui même un ANTI-héros ?

    Certes, Miss Marsh subit quelques vexations, Blueberry étant taxé d'« ANTIféministe vieux jeu et prétentieux ». Mais les personnages de cet album, particulièrement bien réussis, sont plus complexes qu'on ne pourrait le penser aux premiers abords, un modèle du genre. Faites-vous une idée.

    Enfin, si Blueberry a puisé dans la manne américaine, elle est devenue LA référence du Western dans le 9ème art : combien d'auteurs s'en sont-ils inspirés ? Me viennent en tête pêle-mèle : Lincoln, Calfboy, Bouncer, Chinaman, Undertaker, Ladies with guns et plusieurs piles d'autres...

    Alors pourquoi est-il pratiquement impossible de trouver la série complète du lieutenant en bibliothèque ? Parce qu'elle est assimilée à de la contre-culture voir à de la sous-culture (dixit Zemmour) ? Parce que trop commerciale ? Vieille et poussiéreuse ? Sans intérêt ? Trop masculine ? Trop juvénile ? Trop populaire ? Cancel culture ? Trop longue ? Complexe ? Pas la place ? Non...

    ...Politique du je m'en foutisme.

    Finalement, j'aurais tout de même réussi à me procurer l'intégrale des Blueberry dans une bibliothèque, hors des métropoles...

    Zablo Le 13/03/2024 à 16:18:44

    Je préfère les chats, mais bon...

    Le chien en question vient bouleverser la vie d’un artiste un peu raté, « Morose », qui trouve l’inspiration grâce à cette présence bienveillante. Inquiet de cette ascension nouvelle, son voisin, « Dubonheur », artiste ultra connu et devenu richissime grâce aux portraits de son propre animal de compagnie, un félin, en devient particulièrement envieux et aigri...

    La BD part sur un bon rythme, avec de belles idées scénaristiques, des pirouettes bien senties... La mise en scène est remarquable, avec quelques surprises selon les pages... L’auteur sait guider notre regard.

    Néanmoins, j'ai eu du mal avec l'aspect graphique, paradoxalement moderne et kitsch à la fois. Certes, c'est un ressort comique du livre, avec un effet pastiche. Mais le travail à l’ordinateur a tendance à me rebuter. Ne vous attendez pas à quelque chose de beau, selon les critères habituels en tout cas...

    L'esthétique du chien en particulier, mis en valeur sur la couverture, est très vilaine... Cela me fait penser à ces mémères et ces pépères, vous savez, celles et ceux qui aiment leur canidé, avec un amour immodéré, plus qu'ielles n’en ont pour les êtres humains.

    Les personnages ont aussi une allure marquante, avec de gros yeux noirs, qui évoquent plus le manga que le franco-belge.

    Ce ton, autant dérisoire que mièvre, se retrouve dans les jeux de mots (« dog-matisme », « malgré toutou », « Jack Kerouaf »...) ou autres phrases de leitmotiv...

    Si ce livre est accessible, il a aussi plusieurs niveaux de lecture. Il s'interroge, avec un certain humour, sur l'art et son jugement, les rivalités malsaines dans l'art, la mode ou encore les préférences, chien ou chat... Il pose ainsi de multiples questions :

    Comment faire un chef d’œuvre ? Est-ce qu’il faut de la maîtrise, un temps de labeur, un atelier digne de ce nom, de l’inspiration, un certain état de forme ? Est-ce qu’il s’agit simplement d’une affaire de goût, de rencontres ? Quelle est la place du public dans la réception de cet art ? Est-ce qu’il faut produire beaucoup, avoir une réflexion intellectuelle sur son travail ? Quelle est la place de l’argent, des récompenses et des médias, mainstream ou non ? Est-ce que l'art doit véhiculer un message, des émotions, respecter des canons académiques ou au contraire les faire évoluer ? Et puis après tout, est-ce qu’on s’en fout pas un peu, tant qu’on aime faire de l’art, que quelqu’un l’apprécie...

    Néanmoins, n’espérez pas trouver de réponses sérieuses à ces questions, pourtant intéressantes et non orientées sur le 9ème art. De plus, la relation des maîtres à leurs animaux m’a profondément ennuyé.

    D’autres BD m’ont apporté des expériences bien plus épiques, mystiques, enrichissantes intellectuellement ou parfois à se pisser dessus tellement elles étaient drôles ou effrayantes. Il est vrai que ce n’est pas tous les jours..

    Ici, j’avoue que je suis resté un peu sur ma faim. J’admire cependant cet auteur, qui a su faire ce que moi je n’ai jamais fait. Mais ce n’est pas ce dont je rêve en tant que lecteur.

    Le Nécromanchien n’en demeure pas moins une œuvre singulière, cérébrale...

    ...et pleine de second degré.

    Zablo Le 03/03/2024 à 18:20:05
    Blueberry (La Jeunesse de) - Tome 5 - Terreur sur le Kansas

    Un nouvel épisode de la Jeunesse de Blueberry...

    ...qui prolonge l'expérience des Démons du Missouri, avec Charlier et Wilson aux commandes.

    Le scénario est intéressant, basé a priori sur des faits historiques. Mais les dessins sont plus inconstants et le résultat est très en dessous du précédent volume.

    L'encrage et la colorisation sont moins bien léchés, avec des traits plus grossiers, comme si Wilson avait changé de technique entre les deux albums.

    Les visages des personnages féminins sont particulièrement repoussants. Le personnage de Nugget notamment, dont l'ambivalence amenait un peu de piment dans l'opus antérieur, perd tout son intérêt. De ce fait, je suis resté incrédule tout au long de l'album.

    ...On pourrait s'en passer.

    Zablo Le 03/03/2024 à 18:19:14
    Blueberry (La Jeunesse de) - Tome 4 - Les démons du Missouri

    Probablement le meilleur album de la Jeunesse de Blueberry...

    Pour la première fois après Jijé, un autre dessinateur prend le relais de Giraud. Wilson relève le défi, celui de remplacer un maître, un virtuose du trait.

    Dans cet épisode, Blueberry est chargé de découvrir où se terre Quantrill, un outlaw qui mène ses troupes irrégulières à l'assaut des Unionistes.

    Ses recherches conduisent Blueberry dans les montagnes du Missouri. Il y fait la rencontre d'une femme et d'un vieillard dans un trading-post, qui évoquent l'existence d'une ville fantôme...

    La mise en scène et les graphismes, très appliqués, sont fidèles à l’œuvre originale. Quoique les dessins de Wilson n'ont pas la fulgurance de Giraud.

    Le scénario de Charlier, d'un seul tenant cette fois-ci, est efficace. On retrouve de l'audace, des coups fourrés, du mystère, de la camaraderie et de la sensualité aussi. Les références aux albums antérieurs, comme Tonnerre à l'ouest et La piste des Navajos, sont évidentes.

    Certaines scènes, d'une force expressive autant que réaliste, ont marqué ma jeunesse.

    Indispensable.

    Zablo Le 02/03/2024 à 17:21:11
    Blueberry - Tome 23 - Arizona love

    Au delà de l'amour...

    Depuis longtemps, les femmes de la série nous faisaient fantasmer. Amoureux frustré, jamais Blueberry n'avait réussi à conclure avec l'une d'elles.

    Débarrassé de la plupart de ses soucis, il a maintenant l'occasion de retrouver la femme de ses rêves : Chihuahua Pearl, plus ravissante que jamais.

    Mais, il reste un problème de taille... Chihuahua Pearl est en passe de se marier dans le Nouveau Mexique...

    Cet album est un nouveau tournant pour la saga Blueberry. Déjà parce que Giraud doit finir seul l'album, Charlier étant décédé en 1989.

    Le trait de Giraud évolue, à l'économie. Il gagne cependant en clarté, en efficacité, faisant un effort particulier sur les silhouettes et les ombres, plus que sur les formes et les reliefs des personnages. Fini le festival des hachures et des aplats noirs anguleux, qui faisait le charme du Spectre aux balles d'or.

    La mise en couleur, de Florence Breton, plus discrète et moins fauviste, se détache également de la colorisation originale.

    De plus, Pearl confisque à Blueberry le rôle principal (entre autres), introduisant et clôturant l'album. Presque un changement de paradigme, quoique le style de Blueberry, emprunté au western spaghetti, autorisait déjà les intrigues annexes, autour de personnages secondaires.

    Son mariage gâché (peut-être un parallèle avec la vie de Giraud...), une nouvelle fois, Chihuahua Pearl doit faire ses propres choix... Est-ce que ce sera Blueberry, coup de foudre d'un soir et maintenant plein aux as, qui l'invite pesamment dans son « aiguille creuse » à lui ? Prendra-t-elle son indépendance, traçant son propre chemin, comme elle avait déjà pu le faire auparavant ? Ou bien choisira-t-elle Stanton, qui lui offre depuis longtemps confort et douceur de vivre, mais dans une colère terrible depuis qu'elle s'est fait kidnapper ?

    Tout ce que l'on peut dire, c'est que ce sera, à l'image de la relation de Charlier et de Giraud...

    ...une ode à la volonté libre et à l'amitié.

    Zablo Le 02/03/2024 à 17:19:53
    Blueberry - Tome 22 - Le bout de la piste

    Il est temps de liquider quelques figurants...

    Le scénario de cet album me laisse pantois. La BD m'est même un peu tombé des mains.

    Peut-être que c'est dû à une forme de train train quotidien, l'opus faisant écho à d'autres volumes antérieurs, comme le tome 5 notamment... Peut-être que la série s’essouffle aussi un peu, les albums paraissant de plus en plus rarement.

    En outre, les personnages sont très bavards, alors qu'on a eu le temps d'en oublier certains... Car l’œuvre de Charlier et de Giraud est désormais très riche, complexe. Cela en devient un peu fastidieux de tout suivre.

    Mais ne jetons pas le whisky dans l'eau de la rivière... Certains éléments de l'album valent qu'on le lise.

    Le retour d'Angel Face par exemple, ce tueur professionnel dont les stigmates du visage, rongé par le feu, décuplent sa haine de Blueberry. Terrible, il nous réserve une fusillade digne de ce nom.

    La peur et l'humiliation de Kelly nous procure également un plaisir coupable, après ce qu'il a fait subir à notre tête brune préférée.

    De cette manière, les protagonistes du complot contre Grant tombent peu à peu...

    ...On ne les plaindra pas.

    Zablo Le 02/03/2024 à 17:18:39
    Blueberry - Tome 21 - La dernière carte

    La révolution au Mexique...

    De retour à Chihuahua, notre anti-héros se met à la recherche de Vigo, sa « dernière carte » pour prouver sa bonne foi auprès de Grant.

    Bien sûr, les choses ne se passent pas comme prévu... Blueberry est coutumier du fait. Emprisonné puis condamné à mort (décidément...), mais cette fois-ci avec ses acolytes, les éternels Mc Clure et Red Neck, c'est finalement une nouvelle révolution qui les sauve...

    Toujours, Charlier fait du neuf avec du vieux... Et pourtant, c'est sûrement l'un des albums de Blueberry que je préfère, parce que la maîtrise des deux auteurs est là. Peut-être aussi parce que je retrouve certaines sensations des western spaghetti en lisant cet album : l'humour, la radicalité du scénario et de l'esthétisme, une forme d'anarchisme et même un certain lyrisme... Cathartique.

    D'ailleurs, le trio central est toujours aussi désopilant. Les intrigues complexes et fouillées, tissées par Charlier, tiennent la route, avec un volte-face scénaristique permanent. Des personnages s'invitent également dans l'univers de Blueberry : Lulu Belle (encore une femme double), « El Tigre » (dont le surnom prend tout son sens en fin d'album)...

    Surtout, il y a des scènes d'action d'anthologie, comme il y en avait pas eu depuis plusieurs albums : l'évasion de Vigo donne lieu à un festival de fusillades, parfois violentes, avec de terribles explosions, des coups de poker, des chevauchées frénétiques et autres cascades virevoltantes...

    Certes, les dessins et l'encrage sont moins approfondis, Blueberry passant même pour un bellâtre parfois. Mais ce que les décors et les visages des personnages perdent de burinage et de hachures, ils le gagnent en clarté, en lisibilité.

    Les aplats de couleur en fond, bleu ou rouge, viennent d'ailleurs souligner la tension scénaristique. C'est aussi par la couleur que Fraisic Marot fait ressortir l'aveuglement d'El Tigre pour l'or.

    Au final, le coup d’État ne semble pas changer grand chose pour la population. Mais...

    ...permet à Blueberry de prendre un nouvel envol.

    Zablo Le 02/03/2024 à 11:15:28
    Blueberry - Tome 20 - La tribu fantôme

    Comme une spirale...

    On retrouve dans cet opus certains points forts de la série : des personnages secondaires forts, que l'on a déjà croisés ; des cavalcades épiques et autres embuscades dans les canyons ; un humour au ton moqueur, satyrique ; un découpage complexe mais dynamique...

    Jean Giraud dit Gir est toujours présent à la table à dessin, quoique ses projets personnels, sous le pseudonyme de Moebius, prennent de plus en plus de place...

    Le dessin reste beau et de plus en plus stylisé. Giraud délaissant parfois le pinceau pour la plume. L'impact de cette patte "Moebius" se ressent en particulier dans certaines mimiques, des gestes, des postures et dans le traitement graphique des déserts.

    Les paysages arides de l'Ouest sont toujours aussi plaisants à voir, magnifiés par les couleurs : jaune éclatant le jour, rosé lors du coucher du soleil et bleu azur le soir.

    Dans une narration double, Charlier met en scène Eggskull, qui remonte peu à peu, avec l'aide de son chien Baal, la trace de la « tribu fantôme », à savoir les Apaches aidés par Blueberry.

    Le rythme est assez lent dans l'ensemble, s'accélérant un peu sur la fin, comme pour une enquête, un thriller.

    Cette narration, singulière, permet de dépasser une sensation de déjà vu, par rapport à d'autres cycles. Adulte, elle donne de l'intérêt à l'histoire, alors que Blueberry était destiné au départ à de jeunes hommes.

    Mais de toute façon, lorsque l'on est piqué de Blueberry, on est un peu comme Mc Clure et sa bibine, boisson qui habite jusqu'à ses rêves...

    On y revient toujours.

    Zablo Le 01/03/2024 à 19:06:50
    Blueberry - Tome 19 - La longue marche

    La roue tourne...

    Quoique condamné à être pendu haut et court, Blueberry trouve la ressource pour s'en sortir, comme toujours.

    Mais il n'est pas seul. Charlier en profite effectivement pour recycler ses vieux personnages : Mc Clure, Red Neck, ou encore Chihuahua Pearl... et on ne peut que s'en réjouir.

    Cette fois-ci, Blueberry est plus heureux en amour, récoltant plus de baisers que de balles.

    Autrement, l'ambiance reste à peu près la même, énergique (attaque de train...), parfois grave (déportation des natifs...), mais avec toujours une pointe d'humour, de dérision.

    Les dessins sont invariablement bons, quoique le découpage peut être un peu biscornu, prenant de tangentes inhabituelles... Une nouveauté du cycle.

    Autre innovation, le rôle du cheval est souligné dans l'intrigue par Charlier, un lappaloosa permettant à Blueberry d'échapper aux troupes du gouvernement américain. Rien d'anormal dans un western...

    En définitive, un album fort sympathique, qui compense un peu les déboires de Blueberry précédemment. Avec une fin plus heureuse pour notre protagoniste principal, se réconciliant avec les femmes et même Vittorio.

    Zablo Le 01/03/2024 à 11:19:50
    Blueberry - Tome 18 - Nez cassé

    Un combat de coqs...

    Un mystérieux étranger vient d'arriver dans la réserve. On devine rapidement que Nez Cassé n'est autre que Blueberry, dont l'amour pour la fille de Cochise, Chini, suscite une compétition virile avec Vittorio, un Apache au nom hispanique, qui en vient à prendre des risques insensés.

    Force est de constater que le scénario a pris une tournure résolument progressiste, puisque Blueberry, devenu renégat (avec une prime de 50 000 dollars sur sa tête...), vient chercher refuge chez les Amérindiens. Les femmes ont également un rôle croissant dans la série (quoique discutable).

    Ce duel reflète les divergences, au sein du camp des courageux Apaches. Sujet aux humiliations et autres violences récurrentes d'une partie des colons, des natifs veulent prendre leur revanche, repartir en guerre. C'est la tentation de Vittorio et de l'aile dure, qui tend à convaincre la majorité, émue par les exactions des Blancs. Quand d'autres, autour de Cochise et Blueberry, qui ne veut pas faire couler le sang contre ses anciens frères d'armes, souhaitent une solution plus raisonnable.

    Mais, Chini se désintéresse complètement des deux gaillards... dont les exploits lui paraissent très stupides. Elle préférerait « une boîte à moudre le temps et une robe à squaw blanche », traduction littérale et imagée de la langue athapascane.

    D'ailleurs, Giraud brosse son visage de la même manière que celui des femmes blanches (comparez les planches 11 et 12 par exemple) : épuré, presque sans hachures, avec des yeux tournés vers le bas, des sourcils fins, un petit nez (quoique fin pour Chini et plus rond pour Thelma) et des lèvres pulpeuses, le menton et les commissures des lèvres remontant parfois un peu selon leurs émotions. Seuls leurs habits, leur coiffure, leur maquillage et leur couleur de peau diffèrent.

    Les natifs ne semblent plus que l'ombre d'eux mêmes, attirés par une culture autre et sous la pression des pionniers américains.

    Les décors d'Apache-Pass, superbement dessinés, viennent accentuer la pesanteur de ce contexte. Giraud utilise toute une gamme de fines hachures, d'aplats noirs ondulants... pour affirmer les pentes saillantes du nid d'aigle, où se terrent les Apaches. Une multitude de taches noires viennent modéliser les fourrés, autour de Fort-Bowie et du trading post à proximité.

    Mais, si les graphismes sont toujours plus minutieux, le scénario de ce cycle a pris un ton plus potache, souligné par les expressions des visages.

    La gravité de la situation des Apaches est également atténuée par des réflexions très second degré.

    Mais la tension est tangible et l'arrivée de nouveaux personnages, comme Will Bill Hicock ou l'éclaireur Eggskull et ses chiens Gog et Magog, aux consonances sacrées, semblent sonner le glas des Apaches...

    En somme, l'affrontement entre Blueberry et Vittorio n'est pas seulement vain et ridicule, Blueberry ayant toujours autant de difficulté à trouver l'amour...

    Il amène le désordre et le chaos, la violence et la souffrance...

    ...dont le mal sera bien difficile à réparer.

    Zablo Le 29/02/2024 à 22:34:57
    Blueberry - Tome 17 - Angel Face

    Il ne faut pas se fier aux apparences...

    Le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy est assassiné en pleine ville de Dallas, au Texas. Si Lee Harvey Oswald semble être celui qui a appuyé sur la gâchette, de nombreuses théories du complot, autour des commanditaires de l'assassinat, viennent enflammer les débats. Vraisemblablement, ces récits ont influencé le scénario d'Angel Face.

    Sauf que là, c'est le président Ulysses S. Grant (élu président quelques années après l'assassinat de Lincoln en 1865) qui est visé, tandis que Blueberry fait office de bouc-émissaire, ce qui lui vaut un placard à 10 000 puis 20 000 dollars.

    Durango, petite ville décorée aux couleurs des USA pour l'occasion, sert de cadre à l'action. De nouveaux types de personnages sont introduits et permettent quelques pirouettes scénaristiques : détectives privés, pompiers, petite vieille...

    Et quelles sacrées trognes ! Entre le vieux porc de tunique bleu, le politique imbu de lui même, ou encore le shérif qui bat sa femme... Giraud sait donner vie à ses personnages, même secondaires, quitte à la reprendre au bout de quelques cases...

    La figure ambivalente d'Angel Face, en particulier, est assez marquante. Cet assassin, expert dans le maniement des armes, a un visage juvénile, si épuré qu'on pourrait le confondre avec l'un des personnages féminins. Et pourtant, ses traits fins, son nez aquilin, son regard perçant, son arme de précision, sa bouteille de 'sky... trahissent sa véritable personnalité, venimeuse, relevée en fin d'album par une palette de verts.

    Du reste, la mise en couleurs est assez terre à terre, hormis certains passages, soulignés par des couleurs vives, expressives. Le rouge notamment, à saturation pour le sauvetage de la vieille dame, vient accentuer la dramaturgie de l'incendie, ainsi que celle des fusillades.

    Mais Angel Face est aussi une histoire de travestissement, celui du complot contre Grant, qui oblige Blueberry à changer régulièrement d'habits et de cachette. Il finit même par adopter la moustache, à la Freddy Mercury...

    En résulte un western hybride, un vrai mélange de genres : à la fois thriller, avec une réelle tension narrative... mais aussi vaudeville, avec ses blagues potaches, ses caricatures et son comique de situation.

    La vérité vient finalement dans le feu qui, comme pour le miroir de Dorian Grey, reflète l'âme moribonde d'Angel Face.

    Zablo Le 28/02/2024 à 15:12:14
    Blueberry (La Jeunesse de) - Tome 3 - Cavalier bleu

    Dernier volume du préquel sous le pinceau de Giraud...

    le « Cavalier bleu », titre assez générique, poursuit la narration des mésaventures du jeune Blueberry pendant la Guerre de sécession (1861-1865).

    L'album compile un ensemble de trois histoires, qui se suivent plus ou moins, sorties auparavant dans l'édition poche du journal Pilote.

    Comme pour les deux tomes précédents, le style est plus relâché que dans la série principale, que ce soit pour le scénario ou pour le dessin.

    On apprend cependant deux trois choses sur notre cher Myrtille et les auteurs se permettent quelques fantaisies (flingueur dans un tonneau, vue du dessus, visages un peu caricaturaux...), mais l'ensemble reste assez consensuel.

    Or, il y a aussi des redondances (la tête de Blueberry est mise à prix à 1000 dollars, comme dans le cycle de Chihuahua Pearl etc.) voir des incohérences (je pensais que Mc Clure était apparu plus tard...) avec le reste de l'univers Blueberry.

    Probablement divertissant à l'époque...

    ...mais un peu désuet maintenant.

    Zablo Le 28/02/2024 à 15:04:43
    Blueberry (La Jeunesse de) - Tome 2 - Un yankee nommé Blueberry

    Suite du préquel...

    intitulé « Un yankee nommé Blueberry », car notre anti-héros se retrouve coincé entre le Nord et le Sud : servant de transfuge aux tuniques bleues, il est finalement considéré comme un rebelle par ces derniers et doit se sortir de cette cagade.

    Ce deuxième tome de la Jeunesse de Blueberry, succession de mini-récits, souffre des mêmes problèmes que son prédécesseur : moins ambitieux que la série mère, les planches ont été initialement réalisées pour un format plus petit et bon marché, d'où un rendu peu flatteur en album.

    De plus, le dessin de Gir est assez irrégulier, les visages du jeune Blueberry ne sont pas toujours réussis, à l'image de la page 34. La mise en couleur est tout aussi critiquable.

    Certes il y a des passages réussis, des surprises (retour du personnage d'Henriet, l'amour de jeunesse de Bluberry) et les auteurs s'amusent un peu avec la mise en scène (château d'eau qui s'effondre...).

    Mais l'ensemble reste assez convenu, on pourrait s'en passer...

    ...si ce n'est que c'est avec cette BD que Jodo à découvert le travail de Gir.

    Zablo Le 28/02/2024 à 11:52:20
    Blueberry (La Jeunesse de) - Tome 1 - La jeunesse de Blueberry

    Préquel de Blueberry...

    en trois historiettes.

    On y apprend ses origines, sudiste et esclavagiste, ses amours contrariés, son exil, ses premiers pas chez les tuniques bleues, son refus de tuer...

    Ces récits éclairent les motivations de Blueberry, donnent de la profondeur et justifient la complexité du personnage.

    Néanmoins, les dessins et la colorisation de cet album valent à peine les débuts de la série. Si les traits du jeune Blueberry sont assez constants, l'ensemble est assez pauvre, avec des décors réalisés à la hâte.

    Le scénario est un peu puéril, bizarre même parfois, quoique certains passages prêtent à rire (travestissement).

    L'ensemble reste claire et facile à lire, avec quelques effets de mise en scène bien sentis (notamment la vue subjective, qui apparaît ponctuellement depuis le Spectre aux balles d'or).

    ...à lire, quoique la qualité ne rivalise pas avec l’œuvre antérieure de Giraud et de Charlier.

    Zablo Le 28/02/2024 à 11:21:59
    Blueberry - Tome 15 - Ballade pour un cercueil

    Comme un long fleuve...

    L'aventure de Blueberry continue son cours inéluctablement, sous la plume abondante de Charlier et servie par le trait régulier de Giraud. Il s'agit cette fois-ci de découvrir le trésor... celui caché par Trévor.

    La qualité de la mise en scène et de la couleur sont indéniables. L'album a son lot de scènes bouillonnantes mais aussi, comme dans le Spectre aux balles d'or, des cases plus sinistres, de nuit et bleutées.

    S'apprêtant à remonter la rivière du Conchos, on retrouve les personnages principaux du cycle, réunis autour de notre héros en jeans, auxquels s'ajoute Hyéronimus, un vendeur ambulant et pharmacien casse-gueule, assez marrant... sa charrette s'avère être un élément clé pour faire avancer l'histoire.

    Fuyant par les méandres du Conchos, où ils manquent de se briser le cou dans les rapides. Ils sont attendus dans les roseaux de la confluence, où la rivière rejoint le Rio Grande, par les hommes de Vigo, mais aussi Kimball et Finlay, avec en prime, Bluberry ayant un contrat sur sa tête aux USA... un chasseur de prime.

    La frontière, matérialisée par le fleuve, ne met finalement pas un terme à leurs soucis...

    Autrement, si on revoit certains décors (notamment le rocher troué du tome 13, ici planche 13), l'ambiance de l'album diffère des précédents... Charlier jouant avec les possibilités scénaristiques, apportées notamment par les cours d'eau.

    Surtout les protagonistes, loin d'être tranquilles, sont constamment sous tension. Il y a au moins autant d'action que dans le tome précédent, avec là aussi son lot de scènes épiques : la découverte du coffre et les affrontements autour de l'église, où Chihuahua est restée seule ; la poursuite avec Lopez et son destin tragique ; le périlleux passage en bac, qui part à la dérive ; des fusillades et autres affrontements au revolver...

    Comme à son habitude, Charlier nous réserve un certain nombre de retournements de situation, rythmant efficacement l'ensemble.

    On apprend à mieux connaître Blueberry, notamment dans sa relation avec Chihuahua Pearl. Cette dernière se comporte en garce pendant tout l'album (le mouvement féministe n'a pas encore pris d'assaut le monde de la BD) et Blueberry lui répond violemment, non sans une once de misogynie.

    Car, quoique courageux et habile au combat, il reste un anti-héros de l'Ouest, un soudard maladroit avec les femmes, avec ses travers et qui subit quelques déculottées.

    Si son comportement peut parfois choquer, c'est bien sa rudesse, propre au genre du Far West, et la profondeur de son personnage, qui font qu'on reste immergé, qu'on y croit.

    En conclusion, ce cycle autour de Chihuaha Pearl, autre trésor gâché par Blueberry, et de la "Frontier", celle qui sépare les Mexicains des Yankees, "naturelle" et poreuse, mais aussi celle, plus abstraite, que les pionniers américains cherchent à repousser, aveuglés par leur soif d'or, démontre encore une fois les talents de Jean-Michel Charlier et de Jean Giraud.

    Ils savent toujours nous tenir en haleine, nous surprendre, usant d'un environnement...

    ...finalement assez capricieux.

    PS : au début de l'album il y a un (faux) dossier historique.

    Zablo Le 27/02/2024 à 14:24:53
    Blueberry - Tome 14 - L'homme qui valait 500 000 $

    Une couverture peu évocatrice...

    si ce n'est qu'on comprend qu'il y aura de l'action.

    La gestation de cet album a été plus longue, pour un résultat plus convaincant, que le tome précédent.

    Le scénario de Charlier, en particulier, est mieux ficelé, avec des dialogues plus incisifs. Il y a de nombreuses surprises et des retournements de situation à la pelle.

    Giraud aux manettes, la mise en page tout comme la mise en couleur sont mieux maîtrisées. On retrouve cette mise en scène typique de Blueberry, capable de surpasser les western de cinéma.

    En effet, l'album offre son lot de scènes fortes. Plusieurs d'entre elles sont restées gravées dans ma mémoire : les scènes de torture de Blueberry (notamment avec le bourreau chinois, assez stéréotypé), sa tentative d'évasion, le mariage forcé de Chihuahua Pearl avec Lopez (qui tranche avec la crasse ambiante), l'attaque du fort de Corvado avec un contingent d'anciens sudistes, un chariot explosif, des vaches en furie... et enfin la cachette de Trevor dans un aven.

    Au final, un concentré de bravades, de fusillades, de cavalcades... en gros de la testostérone en vois-tu en voilà. Mais aussi une touche féminine avec Pearl...

    ...faisant ressortir un monde rude et violent, où les protagonistes rêvent de luxe et de volupté.

    Zablo Le 26/02/2024 à 22:30:58
    Blueberry - Tome 13 - Chihuahua Pearl

    Un album un peu ennuyeux...

    mais qui pose les bases d'un nouveau cycle.

    Le lieutenant Blueberry cavale seul le long de la frontière, lorsque des soldats mexicains font irruption, poursuivant un mystérieux messager.

    En découle une histoire à dormir debout, où Blueberry est missionné pour dénicher un trésor de 500 000 dollars (200 000 de plus que les soldes des travailleurs du chemin de fer, dans le cycle précédent).

    Les graphismes sont dans la lignée du précédent tome. Le trait de Giraud est toujours aussi foisonnant. Il croque admirablement bien les intérieurs de Chihuahua, grouillants de culs-terreux et autres prostituées.

    Cependant, la mise en couleur, à la Valérian, ne convient pas et le découpage est inconstant (successions de plans identiques sur certaines pages...). Il y a peu d'innovations, si ce n'est le retour d'un univers mexicain... donc redondant au final.

    Ainsi, l'histoire est lancée sur un faux rythme, avec beaucoup de dialogues, assez plats et attendus, voir puérils par moments.

    L'album regagne en intérêt dans son dernier tiers, lorsque Blueberry arrive à Chihuahua. Un personnage féminin vient alors mettre un peu de piment au scénario de Charlier...

    C'est son visage qui illustre la couverture de l'album et c'est en effet elle que recherche sans le savoir Blueberry.

    Le rôle de Chihuahua Pearl s'avère plus important que celui de Guffie Palmer auparavant et moins stéréotypé que celui de Miss Dickson, dans les cycles précédents. Cette femme, au double jeu, attise la curiosité.

    Si elle reste cantonnée dans un rôle de femme fatale, intouchable, qui se met en scène dans un troquet sordide...

    Il n'en demeure pas moins qu'on s'attache à Chihuahua Pearl, plus pour son caractère bien trempé et son aura mystérieuse, que pour ses charmes de papier...

    Zablo Le 21/02/2024 à 23:32:39
    Le dernier sergent - Tome 1 - Les guerres immobiles

    Un regard dans le rétroviseur...

    Dans ce bouquin, au titre un peu martial, Fabrice Neaud revient sur son passé, comme il l'avait fait auparavant avec les quatre tomes du Journal.

    Si la couverture mystérieuse m'avait emballée, j'ai un peu déchanté en soupesant la BD dans mes mains. Je ne suis pas fan des gros spécimens... Mais je ne regrette pas de l'avoir achetée.

    Déjà, on y apprend beaucoup de choses : sur l'homosexualité bien sûr, mais aussi les rapports sociaux, les tyrannies de la distance, de la géographie urbaine... ou encore sur la BD. Tout cela, Neaud nous l'enseigne de manière plus empirique que théorique, en le plaçant de manière ingénieuse dans le récit, avec force d'exemples.

    Ensuite, la qualité graphique, tout de blanc et de noir, impressionne. Certes, les dessins à la plume de Fabrice Neaud n'ont pas cette instantanéité, propre à la « BD de papa ». Or, la précision du trait, sa clarté, mais aussi l'abondance des hachures, dégagent une force émotionnelle particulière. A la longue, j'ai eu comme l'impression que les personnages étaient entièrement dessinés avec des poils...

    A cet esthétisme, d'une certaine puissance virile, s'ajoute un découpage rigoureux, jusqu'à réfléchir aux césures des doubles-pages... On sent dans ce détail l'intelligence artistique de l'auteur, qui mène aussi une réflexion sur son propre travail.

    Les codes du langage graphique de Neaud intégrés, on peut apprécier la profondeur de son récit, d'une certaine honnêteté, avec des moments de justification, de remise en question et aussi d'auto-dérision. Sa liberté de ton fait plaisir.

    Sensible, rarement une BD n'a été aussi intimiste. Sans fard (je pense au moment où meurt sa sœur notamment...) elle est même crue par moments (scènes pornographiques).

    Néanmoins, Fabrice Neaud a aussi ses coups de gueule... Ses jugements, ses interprétations, sa rudesse verbale peuvent parfois choquer... j'ai eu alors un sentiment de rejet, j'ai pris du recul. Si je ne prenais que ces moments, pas sûr que j'apprécierais cette personne dans la vie réelle...

    D'ailleurs, la BD n'offre pas beaucoup de place à l'interprétation : l'auteur objective ses propos constamment... le texte dicte autoritairement le déroulement du récit, celui du réel, de la vie de Neaud, quitte à pointer du doigt quelques incertitudes de sa mémoire. Les graphismes passent presque comme secondaires.

    Et pourtant je m'y replonge, je m'y immerge de nouveau.

    Les dessins de Neaud ne sont pas que de simples illustrations, ils transcrivent aussi ses émotions, son énergie, ses sensations, ses fantasmes, ses obsessions... Ils prennent une place centrale dans l'explication des moments les plus intenses, les parenthèses heureuses (Antoine...)... ou non (violences homophobes...).

    Neaud, personnage (égo)central du récit, paraît alors plus humain. Il n'est ni un modèle ni une figure rassurante, ni même un ami voire un compagnon de voyage. C'est juste quelqu'un qui raconte sa vie, un peu merdique, mais de manière talentueuse et dans ce qu'elle a de plus touchant.

    Finalement, Neaud a su retranscrire dans sa BD une forme d'amour. Rarement consommé, il passe par l'intellectualisation, le voyeurisme, l'attente, la frustration, le passage à l'action,...

    Et enfin des tergiversations : est-ce un refus...

    Ou une invitation ?

    Zablo Le 19/02/2024 à 08:10:36

    En voulant faire une œuvre de contre-culture...

    Eric Judor, accompagné de Fabcaro, a réalisé une BD ou roman-photo.

    Théoriquement, cela aurait pu être sympathique : Eric est un acteur qui fonctionne bien, idem pour Fabcaro dans la BD.

    Ce roman-photo aurait pu être subversif, drôle, décalé, rendant un bel hommage à la pop culture.

    La réalité est différente... Cette BD ressemble plus à un film, à la Eric et Ramzy, sans queue ni tête, dont on aurait sélectionné quelques photos et ajouté des bulles... Mais sans les voix, la synergie du duo, le comique de situation, le mouvement, le sérieux de la réalisation... fade.

    Alors c'est régressif, ça c'est certain... c'est même grossier, puéril et attendu. Je n'ai pas eu de plaisir à lire cette BD. Je me suis clairement ennuyé.

    Les figurants que l'on y retrouve ont fini de m'achever (Alison Wheeler, Elisabeth Quinn... non merci). Or, j'imagine que ce sont les « fan-base » de ces « comédiens » et influenceurs qui ont dû attirer les lecteurs.

    Au final, on frôle l'indigestion, à cause de la lourdeur des blagues, mais aussi de la présence d'acteurs de la télé ou de youtube...

    Ainsi, à faire de la transmédialité...

    ...On en vient parfois à produire un peu de la merde.

    Zablo Le 16/02/2024 à 13:56:57

    Les difficultés psychologiques d'une mère au foyer...

    Sans surprise, Des maux à dire contient une histoire forte.

    La relation fille et mère, dont les rôles en viennent à se renverser, est particulièrement émouvante.

    La vie tortueuse de la maman, sa souffrance psychologique, suscite l'indignation voir l'incompréhension : comment en est-elle arrivée là ? L'ouvrage nous donnera finalement quelques éléments de réponse (traumatismes d'enfance, conditions de travail ou de vie difficiles, discriminations...), mais ce n'est pas si simple...

    On peut aussi être interpellé par l'emprise des uns et des autres (les sectes sur la maman, la maman sur ses enfants...), ou encore par les réponses insuffisantes du corps médical.

    Quand est-ce qu'on va se décider à soigner la maladie mentale avec dignité, à intégrer à notre société ceux qui en souffrent et non à les traiter comme des marginaux, les gavant de médicaments ?

    Des progrès ont sûrement été faits depuis le XXème siècle, mais cette BD témoigne autant de la persistance de la misère psychologique, que d'une prise de conscience récente de certains citoyens (voir des médecins eux mêmes) à ce sujet. Il y a encore de nombreux défis à relever !

    Enfin, la proposition graphique de Bea Lema est tout aussi ambitieuse qu'enrichissante. Ses planches, réalisées aux crayons feutres... et surtout en broderie, sont assez insolites (à part la tapisserie de Bayeux... je ne connais pas de planches de BD réalisées ainsi). Une belle réussite !

    Ainsi, sans être totalement révolutionnaire (il y a pléthore de BD autobiographiques et la conclusion pose encore pas mal de questions...), Des maux à dire est une BD innovante, marquante et résolument engagée. Quoique triste et un peu désespérée, cette BD a quelque chose de profondément beau... elle est sublimée par les liens d'amour qui lient ses deux acteurs principaux, la fille et sa mère...

    ...dont le destin repose sur l'aide salvatrice et solitaire de sa fille.

    Zablo Le 15/02/2024 à 23:11:55

    En marge...

    Le scénario de Monica est assez délirant : dès les premiers chapitres, on apprend ainsi que Monica a été abandonnée enfant par sa mère, une sorte de hippie un peu paumée...

    Mais, si je n'adhère pas totalement au propos de Daniel Clowes, qui nous fait un peu le SAV des années 70... j'ai quand même accroché.

    Car Daniel Clowes maîtrise son art. Il a un sens aigu de la mise en scène, les plans des cases étant choisis avec brio (ne serait-ce que pour le « générique » du début). Les regards spectateurs notamment ont le mérite de nous interpeller, de nous impliquer plus que ne le ferait une autre BD.

    On a aussi la sensation de rentrer dans un vieux Comics, avec des couleurs délavées, des ambiances d'époque...

    Les graphismes sont caractéristiques de Daniel Clowes, on ne peut pas se tromper : les contours épais des personnages font ressortir leurs silhouettes, tandis que de fines hachures, parfois obliques, leurs donnent du volume, une forme de vitalité.

    La narration est profonde, faisant appel à notre sens de l'image autant qu'à celui des mots. Cela veut aussi dire qu'il y a des monologues, en vois-tu en-voilà...

    Car la première personne du singulier, le « je », est central ici. Ce n'est plus le héros d'après-guerre, invincible et sur-protecteur, qui nous amène du réconfort, mais bien nous qui psychanalysons une héroïne mortelle. Exercice intéressant que celui d'être à l'écoute...

    Quoiqu'il y aussi des à-côtés dérangeants : le ton des personnages est parfois un peu pathétique, dérisoire voir un peu méchant... Ils s'écoutent parler... mais entendent des autres que ce qui les intéressent. Les bulles à demi-rognées en témoignent et nous renvoient aussi à nous, à notre façon de lire la BD.

    Mais quelle est la part d'empathie des personnages entre-eux, de l'auteur pour ses personnages, de la nôtre ? J'avoue à avoir eu du mal à m'impliquer totalement dans cette histoire, car j'ai parfois me-compris les motivations de l'auteur, son engagement, si ce n'est artistique.

    Je me demande si Daniel Clowes n'est pas devenu un peu conservateur, tant dans ses idées que dans la forme de son comics, dit « indé ». Le jugement est d'ailleurs une constante dans le récit, à la fois pour s'en moquer, mais probablement aussi pour en tirer un véritable enseignement moral... une forme d'éclaircissement dans toute cette folie.

    Comme Burns, le style de Clowes est maintenant bien établi dans le petit monde de la BD, à tel point qu'il est commercialisé par Delcourt, qu'on lui décerne des prix... Il est vrai que, comme d'autres auteurs de la scène indépendante, il a renouvelé l'art de la BD... Mais ça date déjà du début des années 2000.

    Néanmoins, j'ai lu cette BD avec un réel plaisir. J'aime la dimension onirique, surréaliste de cette œuvre. J'apprécie son look. J'admire aussi le travail, le génie de son auteur, qui est parvenu à capter mon attention.

    Cette BD a su me transporter dans un monde parallèle. Comme la parabole d'une vie, à la Moebius... son récit oscille entre des périodes de bonheur et des périodes de crise, mais aussi entre la clairvoyance et la folie, le réel et l'irréel, l'ordre et le chaos...

    Au final, c'est une belle histoire d'enquête, à la fois mémorielle et existentielle, qui miroite dans les zones d'ombres, celles des interstices propres à la BD.

    A nous de recoller les morceaux.

    Zablo Le 12/02/2024 à 08:33:42

    Attention !

    Avant de déguster ce grand, cru veillez à avoir le matériel adéquat ! Un bon lit, une paire de binocles et quelques feuilles de sopalin (pour les moments les plus intenses) sont nécessaires pour déguster cette grande BD, à sa juste valeur.

    Manipulez là avec précaution ! Les pages collant parfois un peu, veillez à les tourner sans les déchirer.

    Dernier conseil avant de vous lancer ! Il faut trouver le bon moment ! S'il y a trop de monde autour de vous, vous pouvez opter pour les toilettes.

    Puis, faites-vous plaisir ! Le grand-cru spécial Edika plait généralement aux garçons comme aux filles, de l'adolescence jusqu'à l'Ehpad.

    Mâchouillez bien les pages, tout en les gardant longuement en bouche et sans oublier d'aspirer de l'air par votre trou du cul, et vous devriez sentir son petit-goût absurde...

    Labellisé « Fluide glacial » et avec la désautorisation de la censure.

    Zablo Le 10/02/2024 à 17:25:44

    Œuvre marquante du tournant du siècle...

    Persépolis est une BD autobiographique. Marjane Satrapi y évoque sa jeunesse, tiraillée par les troubles politiques en Iran et son déracinement dans l'Europe libérale. Elle finit cependant par revenir au pays, remettant ce sombre et épais voile noir.

    De manière didactique, l'autrice nous prend par la main, amenant des repères historiques (révolution islamique, guerre Irak-Iran, guerre du Koweït...) et géographiques (toponymie, carte astucieusement placée...) clairs et concis, pour nous transporter dans son histoire et celle de son pays.

    Les dessins, dans un style persan, sont élégants, sans fioriture. Marjane Satrapi use du noir et du blanc pour composer les traits des visages, d'une grande régularité, ainsi que les formes et les volumes des décors... et leurs ombres aussi. Lumineux et obscur à la fois, cette bichromie accentue la dramaturgie de l’œuvre.

    Car la vie qu'elle traverse nous mouille parfois les yeux. Intimiste, familiale, la narration nous rapproche des personnages. On partage leurs peines, mais aussi leurs joies.

    En effet, le récit n'est pas sans humour, avec une forme d'autodérision de l'autrice sur sa jeunesse, mais aussi des caricatures des personnages les plus détestables...

    Ceci étant dit, le bouquin de Marjane Satrapi témoigne d'une réflexion sur les libertés : celle de pouvoir s'exprimer, mais aussi de manifester, de se déplacer comme on veut, de se réunir avec ses amis, d'être jugé équitablement... La privation de liberté en Iran contraste avec l'Europe et amène des incompréhensions, entre Marjane Satrapi et ses amis Européens... mais aussi Iraniens.

    Elle semble alors coincée entre deux mondes.

    L'arrivée de Marjane Satrapi en Europe est une petite révolution pour elle, un changement de paradigme qui se concrétise graphiquement : pâleur des décors et surtout Marjane ne sourit presque plus... Tout semble beaucoup plus triste, dans ce qui semblait pourtant être un échappatoire à la tyrannie iranienne.

    Ce bouleversement n'est pas non plus sans lien avec son entrée dans l'adolescence. Son corps se transforme, elle expérimente (drogue, sexe...), change de look... C'est une période difficile pour elle au final, car confrontée à la xénophobie, à l'éloignement de ses proches...

    Ainsi, Marjane Satrapi parvient à représenter la violence, pas seulement celle de la guerre mais celle de la vie en générale. Elle y parvient dans une forme de déplacement poétique, par des discussions, des symboles, des visages marqués (cernes, yeux vers le bas, bouche triste...), des effets graphiques et autres chiasmes de la mise en page...

    A contrario, le témoignage de Marjane Satrapi contient aussi ses solutions : les repères (valeurs inculqués par ses parents, culture persane...), les personnes (ses parents, sa grand-mère...), les dynamiques (affirmation, rire...) qui lui ont permis de s'en sortir. L'autrice fait en quelque sorte office de grande sœur.

    Le propos est consistant, avec des thématiques aussi diverses que la religion, la politique, les discriminations... Les dialogues sont d'ailleurs nombreux, avec une grande part d'introspection voir d'autocritique de la part de l'autrice, et donnent toute sa profondeur au récit. Les dessins aident également à se rendre compte de l'apparence des personnages, de leurs émotions (leurs visages sont comme des smileys), de leurs souvenirs et de leurs rêves aussi parfois...

    Le temps s'y déroule lentement, avec des flashbacks, nous laissant apprécier l'évolution des personnages, en particulier celui de Marjane.

    En résulte une œuvre majeure, dans la lignée de Maus, roman graphique ayant servi de modèle pour Persépolis. Il ouvre une nouvelle ère pour la BD franco-belge, celle du réel et de l'éclatement des formats. L'Arabe du futur par exemple, de Riad Sattouf, fait partie de cette nouvelle vague.

    BD alternative au regard nouveau, Persépolis a été très bien accueilli et est devenu un blockbuster, encouragé par une critique unanime, un film (2007) et trustant les rayons BD des bibliothèques scolaires.

    Avec Persépolis, la BD iranienne rentre aussi dans l'Histoire du neuvième art, source d'inspiration pour de futurs dessinateurs ou caricaturistes (je pense notamment aux Oiseaux de papier, où l'on reprend l'image de la tisseuse de tapis).

    Surtout, Marjane Satrapi aura su nous transporter dans son enfance, à la fois singulière et commune à tous, avec une sortie de l'innocence compliquée, mais forte en apprentissage.

    Persépolis est enfin un plaidoyer pour le sort des femmes...

    ...dont l'émancipation constitue le but, le point final.

    Zablo Le 06/02/2024 à 07:36:04

    Pas besoin de vous droguer, Dope rider le fait à votre place !

    Une anthologie des shots du squelette toxico, mais aussi d'autres récits de Paul Kirchner (l'auteur, qui apparemment serait clean...), comme les travailleurs aveugles de la Ruche, en passant par la sexualité des poupées à minuit.

    On ne sort pas indifférent de cette lecture...

    Certes, les histoires ne sont pas toujours intelligibles, mais c'est bien parce que les décors simulent un trip dantesque, au goût des années 70.

    Le tout est harmonieusement surréaliste, les graphismes faisant forte impression, avec des décors particulièrement soignés. Mais, pour apprécier cette œuvre, il faut faire appel à son inconscient : Cartésiens, fuyez !

    De plus, des explications viennent étayer la fin du bouquin.
    Kirchner y explique, sans fard, son parcours, ses rencontres, ses méthodes de travail, ses galères, ses chances...

    Clairement, c'est pas un gugus. Paul Kirchner maîtrise son art.

    J'aurais aimé que Kirchner ait au moins 1% de la notoriété de Daniel Clowes en France (d'ailleurs si BDthèque pouvait arrêter de me bombarder de pubs de Monica ça serait cool...), j'aurais aussi souhaité que les auteurs de Dali s'en inspirent... Je suis un grand rêveur.

    A découvrir sans tarder.

    Zablo Le 04/02/2024 à 15:36:22

    Pour ma part...

    j'ai trouvé cette BD intéressante. C'est la troisième que je lis du Cil Vert et je suis de plus en plus convaincu par son style.

    Si on peine à rentrer dans cette BD, notamment à cause de passages peu crédibles : je pense en particulier aux bizutages des gedzarts, si déconcertants avec leurs looks que j'ai cru à une fiction...

    Le récit reste clair, sensible... On apprend des choses, sur l’École des Arts et Métiers surtout, mais aussi les ressentis de l'auteur sur son parcours de vie...

    La narration témoigne de ses réflexions sur certains sujets, quoiqu'on peut parfois être en désaccord avec lui...

    Le bizutage à l'ENSAM est-il si négatif ? Faut-il rentrer dans le moule pour vivre avec dignité ? Est-ce qu'on a le choix ? Comment s'émanciper, quand on est une femme ou un homme ?

    Simple, personnel...

    ...mais riche en enseignement.

    Zablo Le 04/02/2024 à 15:12:58

    Une œuvre qui a fait du bruit...

    Martin Panchaud raconte, dans La couleur des choses, l'histoire d'un jeune homme en proie au harcèlement, dont un ticket gagnant, aux courses hippiques, va changer la vie...

    D'entrée, on est surpris par la représentation des personnages, en forme de ronds, vus du dessus. J'ai donc dû utiliser mon imagination.

    Mais, l'identification aux personnages reste laborieuse et on peine à s'immerger dans l’œuvre. De ce fait, on garde un certain recul...

    Un peu monotone (notamment avec des enchaînements de cases équivalentes), j'ai dû faire des pauses en lisant cette BD, avant d'y revenir, animé par une forme de curiosité. Les dialogues, nombreux, font avancer l'histoire, mais sont aussi plein de pathos...

    Par contre, ce qui impressionne, dans le sillage de Chris Ware, c'est la complexité graphique de l’œuvre : mise en page millimétrée, découpage composite, plans variés et inserts de pictogrammes ou autres représentations infographiques... donnant une énergie singulière à l’œuvre.

    Tout est justifié, rien n'est gratuit et les intrigues finissent par se croiser, dans une conclusion explosive.

    A ce titre, le talent de Martin Panchaud est immense. Sorti en 2023, La couleur des choses a d'ailleurs cumulé les prix, parmi les plus prestigieux (ACBD 2023 et FIBD 2024). Mais elle est aussi restée inaudible, pour une partie des lecteurs...

    Personnellement, je n'ai pas passé une expérience inoubliable.

    Si j'apprécie cet angle de vue inédit, que je préfère aussi juger les personnages par leurs actes et non par leur apparence physique, que la narration est aussi claire qu'innovante graphiquement...

    ...Je n'ai pas eu « d'effet Waouh ». Comment pourrais-je d'ailleurs être émerveillé, par une BD dont l'intérêt principal est d'utiliser des plaquettes d'information, comme outil de narration ?

    Néanmoins, le défi relevé par Martin Panchaud était colossal : en définitif, il est parvenu à créer un ouvrage qui tient la route, en prenant le contre-pied des vieux classiques et en construisant son propre langage BD. On finit d'ailleurs par avoir une forme d'empathie pour ce jeune r... garçon de 14 ans.

    Plus qu'une BD, Martin Panchaud a fait de « l'art neuf », comme pourrait dire Benoît Peeters...

    Zablo Le 03/02/2024 à 21:16:13

    Une BD avec matière à penser...

    qui en surprendra plus d'un.

    C'est le présent qui nous y est raconté, mais à la manière d'une histoire de saint médiévale : il y a des passages absurdes et on ne comprend pas tout. Cependant, ce néo-Saint-Nicolas, à l'allure d'un playmobil, finit par faire des miracles.

    Évidemment, les lecteurs d'extrême-droite ou les béni-oui-oui n'y trouveront pas leur compte...

    ...Parce que ce bouquin est une façon de dénoncer l'hyper-sécurisation, les politiques anti-migrants, le rapprochement de Macron et de Le Pen (planche 71), les problèmes écologiques et autres catastrophes climatiques... en bref, les difficultés qui s'annoncent pour nos enfants...

    ...Mais les autres pourront profiter de cette bouffée d'oxygène, cette liberté de ton, ces graphismes puissants, ce découpage personnel (de deux cases par page, l'auteur complexifie ensuite son découpage comme pour la planche 46).

    Une lecture sensible et résolument engagée...

    Qui laisse une lueur d'espoir.

    Zablo Le 03/02/2024 à 20:34:13
    Undertaker - Tome 1 - Le Mangeur d'or

    Une série western qui ne révolutionne pas le genre...

    ...quoiqu'elle est parmi les meilleurs du moment.

    Le trait, de Ralph Meyer, rappelle celui d'autres dessinateurs célèbres : hachures à la Jean Giraud (not. Blue... Undertaker) ou dessins pulpeux de Boucq (Lin ou le manchot des tomes 3-4)...

    L'esprit des réalisateurs Sergio Léone et surtout Quentin Tarantino transpire aussi dans le scénario, de Xavier Dorisson : je pense à la caravane de Jonas Crow et son haut de forme à la docteur king Schultz.

    On reprend donc des recettes qui marchent, de façon plutôt efficace : personnages badass, scènes d'action époustouflantes, des bandits (pas toujours ceux qu'on croit), des redresseurs de tort (pas forcément si gentils), des femmes, du love et un peu d'humour aussi, et enfin des décors frappants...

    Si ce n'est pas hyper novateur, que les dialogues peuvent être un peu simplistes aussi et que j'ai commencé à décrocher à partir du tome 3...

    ...cela reste une façon plaisante de prolonger l'expérience Blueberry.

    Zablo Le 02/02/2024 à 21:55:23

    MiYaZaKi !

    Un beau livre, sorti des cartons poussiéreux du maître japonais. On retrouve ici son trait, rehaussé par des couleurs pastel... Rafraichi.

    C'est visiblement aussi une matrice, celle des films d'animation Ghibli. En ce sens, le bouquin est assez intéressant...

    ...et, du même coup, assez redondant aussi. L'impression de déjà vu est constante.

    L'histoire est courte, avec beaucoup d’ellipses. Plutôt réalisé à la façon d'un livre illustré, La narration externe n'arrange pas les choses...

    ..petit à petit on pique du nez. Ce n'est pas une grande expérience de BD.

    Si on lui préférera le plaisir de lecture du manga Nausicaa, beaucoup plus long et approfondi...

    ...ça reste une curiosité, qui laisse rêveur.

    Zablo Le 02/02/2024 à 07:25:09

    Une bonne BD dans l'ensemble.

    Je n'ai pas accroché tout de suite, notamment à cause du format roman graphique qui me décourage parfois : c'est long, les parties en gaufrier ne m'attirent pas trop et le lettrage est un peu mou.

    Cependant, l'histoire est attrayante et j'ai fini par passer un bon moment, le temps de rentrer dedans.

    Pour conclure, les graphismes sont intéressants et amènent une forme de douceur froide, loin du ton pathétique (un peu comme dans le Sommet de Dieu) ou hormonal (à la Blain) d'usage classique dans ce genre. Un flegmatisme qui sied bien à cette histoire d'aventure, pourtant un peu folle.

    Néanmoins, elle s'inscrit dans les tendances de l'époque, à la recherche d'un réalisme parfois sans émoi. En ce sens, je n'ai pas été très surpris.

    Zablo Le 31/01/2024 à 21:43:41

    En Avant !

    C’est la traduction littérale du titre en langue Lakota, clin d’œil à la série Blueberry, où les auteurs utilisent abondamment ce cri dans les bulles, pour illustrer les offensives des Sioux et autres Apaches...

    Car cette BD s’inscrit dans les nombreuses mutations du western, depuis les années 60. En d’autres termes, elle fait du neuf avec du vieux.

    Entièrement scénarisée et dessinée par Neyef (artiste montant de l’écurie Label 619...), l’histoire est résolument progressiste, dans l’ère du temps : les personnages principaux (Little Knife, No Moon... et aussi un enfant, qu’ils et elle prennent sous leurs ailes, quoiqu’on dirait un Mexicain...), sont essentiellement issus des minorités opprimées (Amérindiens, Irlandais...). La nature y est omniprésente et le discours presque écologique (animisme Lakota).

    Le découpage est moderne, sans fioriture. Les dessins sont beaux, si ce n'est que j’ai commencé à apprécier les dessins vers le milieu de l’album seulement (magnifique feu de camps sous les étoiles, au détour d’une page...). D’ailleurs, les paysages chaleureux adoucissent l’album... entrecoupé sinon de scènes violentes : âmes sensibles s’abstenir, comme on dit...

    Le scénario est intéressant, quoique les dialogues ne m’ont pas emballé (c’est pas Charlier...). Les protagonistes principaux, pour ne pas dire les héros, sont loin d’être lisses : comme on s’y attend un peu, ça tue du pionnier blanc... mais le patriarcat amérindien est lui aussi sévèrement critiqué.

    De fait, les personnages chevauchent librement, se perdant parfois, sans autre projet que de survivre, échapper à un chasseur de prime... et se venger. Déracinés, méfiants vis-à-vis de la « civilisation » qui les entoure, ils n’ont plus que des repères triviaux, eux aussi... Comme des adolescents en quête d’identité, d’émancipation, d’un apprentissage différent..

    Or, la violence y est souvent gratuite, excessive même, la conception de la justice étant comment dire... particulière. A vivre en dehors des limites, il est naturel d'en arriver à une forme de bestialité.

    C’est bien ça qui me choque, ainsi que le regard toujours plus acide sur les colons, dégénérés, et aussi sur les Amérindiens, non plus perçus comme des sauvages, mais comme une civilisation tout aussi cruelle.

    Au final, si j’ai apprécié le progressisme de cette œuvre, reflet de notre propre société, ainsi que la qualité du travail de son auteur, je reste dubitatif quand à l’objectivation de cette violence. Je lui préférerais l’intensité suggérée, celle du trait ardent de Giraud...

    Mais au moins, j’aurais appris ce que veut dire « Hoka Hey ! ».

    Zablo Le 25/01/2024 à 13:00:13

    Une belle BD...

    bien écrite et bien illustrée, qui conviendra aux petits comme aux grands.

    A l'heure où le racisme et autres idées réactionnaires sont banalisés dans les médias, cette BD nous offre un bon bol d'air frais, parlant de la situation migratoire en Côte d'Opale, avec justesse et simplicité de ton. Mais, si la question est épineuse, est-ce que le propos détourne les jeunes de la réalité ?

    Sans surprise, Calais sert de lieu de transit aux migrants, désireux de rejoindre l'Angleterre (c'est l'entrée du tunnel sous la Manche). Une partie d'entre eux réside maintenant dans des squats, puisque les camps de migrants, mis en place de manière informelle dans les années 2000, ont été détruits par les autorités, parfois avec le concours de groupes de vigilantisme, proches des milieux d'extrême-droite.

    Si une partie des Calaisiens se sent incommodée par cette présence et cherche donc à les éloigner, la vie des migrants est loin d'être de tout repos, harcelés par la police et les autorités locales. Car il s'agit bien de réfugiés, pour une grande partie d'entre eux. Leur nombre a d'ailleurs considérablement augmenté depuis la guerre en Syrie, en 2011. De ce fait, parce qu'ils rêvent d'une vie meilleure, ils sont prêts à prendre des risques insensés, pour passer la Manche clandestinement. La « sécurisation » de la frontière n'a fait qu’accroître le risque de cette traversée. Il y a pourtant des enfants parmi eux...

    Ainsi cette BD, qui représente de jeunes migrants fuyant la guerre (« les bonhommes de pluie »), se terrant dans des squats, en attendant de tenter la traversée de la Manche, est tout à fait représentative de la situation réelle.

    De plus, elle a le mérite de parler d'un sujet sérieux sans passer par un ton pathétique. Il est normal que ce sujet intéresse aussi les enfants...

    ...d'ailleurs parfois plus perspicaces que leurs parents, dans l'incapacité d'expliquer correctement les phénomènes de migration et leur concrétisation sur le terrain.

    Zablo Le 25/01/2024 à 07:24:20

    Une BD patrimoniale intéressante.

    Un auteur, Kristen Foinon, qui laisse une BD inachevée en 1996. Finalisée récemment par une graphiste et éditée en 2021.

    Un personnage historique, Jules Le Gall alias "Gueule d'Or", anarchiste à Brest et mort à Buchenwald pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Un résultat saisissant. Tout en noir et blanc, dans la tradition des Seiz Breur, les graphismes ont quelque chose d'hypnotique, avec un enchevêtrement des formes.

    On y reconnaitra le vieux Brest des cartes postales...

    Celui où s'engager voulait parfois dire donner sa vie.

    Zablo Le 24/01/2024 à 21:44:25

    Mais qu'est-ce que c'est que ce livre ?

    Je me suis posé la question, dès la couverture... Une simple ligne, traversant les cases, illustre les deux premières pages. Puis, progressivement, apparaissent des personnages, du texte et une narration.

    Dans un style très personnel, Lukasz Wojciechowski met ainsi en scène un dessinateur industriel, encore marqué par la Grande guerre...

    L'ouvrage est assez incommodant au premier abord, avec des dessins numériques, d'une simplicité quasiment infantile. Il faut s'accrocher.

    Passer cette étape, c'est accepter que l'ouvrage nous prenne aux tripes, que les graphismes avivent nos émotions : calme inquiétant, aphasie, bruits abrutissants, DUMDUMBUDUM, monotonie, fureur, mortification, DUMDUMBUDUM, kaleidoscpoe hypnotique, apaisement...

    Au final, on entre dans la tête du personnage, on pense, on ressent avec lui.

    Mais l'ouvrage a plusieurs niveaux de lecture. Au delà des approches artistique et narrative, l'auteur a aussi une démarche historique : en 1919, l'Europe occidentale s'industrialise à vitesse grand V. Tout est standardisé, mécanisé, rationalisé, au millimètre près. Ingénieurs, chercheurs ou même psychologues, prennent une place nouvelle dans cette organisation scientifique du travail.

    Ainsi, Lukasz Wojciechowski réalise une BD déroutante, mais réellement engagée et riche d'enseignement...

    C'est une œuvre minimaliste, d'avant-garde et c'est aussi un objet particulièrement fascinant.

    Inclassable.

    Zablo Le 24/01/2024 à 16:26:15

    Une œuvre fleuve...

    Matthias Lehmann, auteur complet sur cette BD, réalise quelque chose de rare : suivre une famille brésilienne sur le temps long, de 1937 aux années 2000. Autofictionnel, l'auteur a puisé dans ses propres souvenirs de famille pour faire ce livre.

    Le challenge est immense ! L'auteur a du accumuler une somme de travail colossale pour arriver à ce résultat. Mais quelle maîtrise de Matthias Lehmann, c'est bluffant, à en être jaloux !

    L'histoire est particulièrement dense, profonde. Matthias Lehmann restitue avec réalisme l'ambiance du Brésil contemporain, en en soulignant les enjeux (dictature, patriarcat, partage des richesses, insécurité, sexisme, ségrégation, corruption...), tout en développant les ramifications de son scénario avec brio. Il n'hésite pas à mettre en évidence certaines contradictions : comme celles de Severino Wallace, fils à papa qui passe par le communisme, avant de devenir un richissime auteur de romans...

    Le découpage des pages est tout aussi intelligent. Si les compositions de Lehmann sont variées, ses choix sont toujours justifiés. L'ensemble est très dynamique, avec des respirations de temps en temps (doubles ou pleines pages) et le livre ne m'est pas tombé des mains, ce qui est régulièrement le cas quand je me lance dans un roman graphique.

    Ses dessins, au stylo, sont également très plaisants. Un peu comme dans La vengeance de Croc-en-jambe (du même auteur), les protagonistes du livre ont l'allure de pieds-nickelés, littéralement. Longtemps auteur de fanzines, la composition graphique de Matthias Lehmann grouille de traits, de hachures et autres canevas. De cette manière, il souligne la couleur de peau, la crasse ambiante ou encore l'âge de ses personnages, qui vieillissent inexorablement.

    Ces graphismes, qui évoluent à chaque chapitre, influencent notre discernement. Tout est en noir et blanc. De cette façon, Lehmann voulait « éviter de faire du tropicalisme ». Ainsi, on peut parfois être attristé par une scène dramatique, souvent soulignée par une case plus grande, une mise en page spécifique. Inversement, les personnages, aux looks un peu caricaturaux, prêtent souvent à sourire. Car, finalement, la vie de ces personnages n'est pas totalement tracée, elle est aussi assez absurde, avec de nombreuses situations imprévues. Cela tempère pas mal nos émotions : on n'en vient jamais aux larmes, mais on ne rit pas non plus à gorge déployée...

    De ce fait, je n'ai rarement eu d'émotion forte en lisant ce livre, qui alterne entre le chaud et le froid. Mais, j'ai apprécié plonger dans une certaine ambiance, dans un ailleurs, un autre temps... et découvrir les vies de ces personnages, tout en relief.

    Une certaine perception des années de plomb brésiliennes (Chumbo)...

    à lire et à relire.

    Zablo Le 24/01/2024 à 08:48:41
    Slava (Gomont) - Tome 2 - Les nouveaux Russes

    Ce deuxième tome de Slava reste globalement dans la même dynamique que le premier...

    Il a les mêmes atouts : des décors remarquables (architecture...), avec des couleurs intenses (contrastes de bleu et de rouge) se mariant parfaitement avec l'encrage noir ; un univers fouillé, qui permet de toucher du doigt l'histoire de la nouvelle Russie ; un découpage moderne, qui n'est pas sans rappeler le travail de Rémi Farnos ou de Blain, pour ne citer qu'eux, avec une variation maîtrisée des cases (en particulier pl. 39) ; et enfin des moments forts dans la narration.

    Mais Slava 2 souffre des mêmes défauts que son grand frère : le mélange des genres entraîne quelques lourdeurs ; c'est d'ailleurs très verbeux, avec une narration parfois pesante, qui perturbe la suspension d'incrédulité ; certaines expressions de visages se répètent et manquent de réussite (visages de Nina qui parle la bouche à peine ouverte pl. 64).

    Pour moi, la grande nouveauté de ce deuxième album, c'est la place prépondérante prise par un personnage un peu second, mais plein de relief. A tel point qu'on peut se demander qui est le héros de cette histoire ? S'il y en a un...

    Je dois avouer que l'histoire d'amour de Slava et de sa copine m'a semblé un peu terne, comparée à la passion capitaliste dévorante qui en anime d'autres. D'ailleurs, Nina est souvent cantonnée à un rôle de concubine et ses prises d'initiative sont un peu téléguidées. Pas facile de trouver sa place dans ce monde de brutes.

    Mais, si Slava est l'un des protagonistes de cette histoire, qu'il fait figure de narrateur dans un jeu complexe de mise en abîme, son nom lui permet aussi d'incarner la nation russe. Car, ce sont bien les Russes qui sont au cœur du propos, qu'ils soient héros ou contre-héros.

    Ainsi, quoique je me sois un chouia ennuyé, les particularités de cette série me donnent envie de voir la suite...

    Mais j'ai peur que ça finisse en une Lavrine...

    Zablo Le 22/01/2024 à 07:56:15

    Premier tome de la série Fante Bukowski (mais le deuxième que je lis).

    Je suis de plus en plus en convaincu par l'art de Noah Van Sciver : son graphisme assez crade illustre magnifiquement la vie miséreuse de Fante Bukowski.

    C'est très marrant, puisque Fante Bukowski tente à peu près tout pour percer en tant qu'auteur, sans grande réussite...

    Mais en même temps c'est assez profond, puisque Fante Bukowski est sacrément têtu, arrogant parfois même, et ne se laisse jamais abattre.

    Une forme de philosophie de l'abandon, où le chemin compte plus que le but.

    Zablo Le 21/01/2024 à 22:03:18

    Je n'avais pas prévu de lire cet ouvrage...

    J'étais rebuté par son côté « BD de youtubeur » ou Hugo Clément®... mais ma copine le voulait (enfin la BD...) et j'ai finis par le lire aussi.

    Force est de constater que c'est une BD accessible, très claire et bien fichue : Vincent Ravalec, le co-scénariste, a sûrement beaucoup contribué à la lisibilité de la narration. Les dessins aquarellés, de Dominique Mermoux, offrent aux personnages une plastique agréable, sans fioriture.

    Les thèmes abordés dans ce livre (autour de la maltraitance animale et de notre rapport avec ces êtres vivants) m'ont intéressés. Sans être totalement scotché, j'ai tout de même appris des choses.

    Car c'est une œuvre à visée morale, engagée. D'autres acteurs de la protection animale sont d'ailleurs mis en scène, aux côtés d'Hugo Clément : Sea Shepherd, L214...

    Mais cette BD n'est pas vraiment marquante : elle n'a pas la force d'opinion d'un Rob Stewart (avec son film Sharkwater), ni la puissance alarmante des photographies de L214, ou encore l'humour caustique de la chaîne youtube L'ami des lobbies. Par exemple, la BD Les algues vertes était beaucoup plus profonde, avec un travail d'enquête et des documents en appui.

    Concernant Hugo Clément, j'avais été marqué par le reportage qu'il avait fait sur le charbon en Australie. Alors quel est donc l'intérêt d'utiliser le support BD ici ?

    Car, si cet ouvrage peut plaire aux jeunes générations, je ne pense pas que sa dialectique, parfois un peu simpliste, convaincra tout le monde... D'ailleurs, il ne fait pas bon d'être gros dans ce bouquin...

    L'objectif est donc pédagogique (eh oui, manger de la viande c'est pas très bien)...

    mais avec Hugo Clément pour argument marketing.

    Zablo Le 19/01/2024 à 14:06:09
    Isaac le Pirate - Tome 1 - Les Amériques

    Un jalon dans l'évolution de la BD...

    d'ailleurs reconnu par son petit monde en 2002, avec l'Alph-Art du meilleur album (tome 1 Les Amériques). Mais, en ce qui me concerne, je trouve au moins aussi intéressant les albums suivants.

    Au départ, Isaac n'est pas prédisposé à être un pirate : c'est un peintre, il a une compagne, une vie de citadin... mais il manque de boulot, aspire à être quelqu'un et finit, un peu malencontreusement, par prendre le large, avec une bande de fiers à bras.

    Dans cette oeuve, le sentiment d'immersion est total : mise en abîme, dégénérescence progressive du héros, vie très crue des flibustiers... Christophe Blain, lui même passé par la Marine nationale, engendre ainsi une oeuvre plutôt réaliste.

    A la manière de Sfar, son collègue d'atelier dès 2002 (avec Sapin et Sattouf), Blain a un trait cinglant, particulièrement expressif. Les scènes d'action sont représentées dans leur jus : batailles navales ; combats, à mains nues, au couteau ou au pistolet ; cambriolages et parties de jambes-en-l'air...

    L'émotion des personnages est tout aussi tangible, avec des sourires, des ombres éloquentes mais aussi des couleurs (par Walter et Yuka). Les relations des personnages, entre amour, amitié... et toxicité, sont ainsi brossées avec talent.

    Le scénario est tout aussi consistant. De la grande aventure, on passe petit à petit à un récit plus posé, presque redondant. Au milieu du tome 3, la narration gagne aussi en érotisme, avec une vision assez libre de l'amour, de la sexualité... assez violente même.

    D'ailleurs, dans ce jeu de chassé-croisé, Blain sait nous tenir en haleine, nous frustrer : on se demande toujours si Isaac retrouvera Alice ? Qu'est-ce qu'il se passera alors ?

    Mais maintenant, ça commence à faire un peu long...

    Zablo Le 18/01/2024 à 18:49:33
    Slava (Gomont) - Tome 1 - Après la chute

    Une fiction qui mélange les genres...

    avec de l'action, des investigations, de l'humour... et même un brin de romance.

    Pour vous donner une idée : Slava est un artiste contemporain, qui accompagne une crapule guillerette, dont le but est de piller d'anciennes villas de l'ex-URSS, pour revendre ensuite son butin à des oligarques russes...

    Pierre-Henri Gaumont, auteur complet, réalise une histoire consistante. Quoiqu'un peu stéréotypée par moment (« On est des russes, Nina. On survit. Le trafic coule dans nos veines. Avant, pendant, et après le communisme. »), l'ensemble reste assez convaincant, plutôt équilibré.

    Le trait de P.-H. Gaumont, nerveux et élancé, m'a fait immédiatement penser aux dessins de Blain et à l'auto-désignée " Société nationale de bande dessinée " (avec Sfar, Sattouf et Sapin).

    Les couleurs, lumineuses, font régulièrement référence au rouge communiste voir aux couleurs de la confédération de Russie (bleu, blanc, rouge).

    D'ailleurs, depuis les Bidochons tome 5, je ne me rappelle pas avoir vu d'aussi bonnes représentations de l'architecture soviétique...

    En tout cas, les graphismes sont convaincants et guident plutôt bien notre regard.

    Par contre, j'ai été un peu perturbé par la narration omnisciente du personnage principal, qui apparaît dans les interstices.

    De plus, le ton vulgarisateur, qui se rapproche de celui de la BD du réel (explications divers et utilisation d'allégories pour certains propos périphériques), m'a parfois rappelé certaines BD de Blain (En cuisine etc.)... mais sans les penchants de ce dernier (prise de parti, manque de recul critique, snobisme, idolâtrie). Heureusement...

    Ainsi, quoique j'ai eu un peu d'appréhension par moments (Le monde sans fin de Blain n'a pas fini de me traumatiser...), Slava est une BD éclectique...

    ...et passablement moderne.

    Zablo Le 17/01/2024 à 07:46:03
    Lookbook - Tome 1 - Saison de fils de pute 2015/2016

    Un humour à se pisser dessus...

    Eric Salch, connu pour ses BD irrévérencieuses mais profondes et porté par l'éditeur Fluide Glacial, nous offre une vue d'ensemble des looks français de 2015, année de l'attentat de Charlie Hebdo.

    Au programme, beaucoup de têtes « cons »... mais aussi des « petites putes », des « fils de... », des « connards » et au final tout le monde en prend pour son grade : selon Salch, le « beauf de 2015... rigole à mes dessins ».

    Hilarant (aïe...), je me suis délecté de ces caricatures, un peu puériles et surtout très grossières...

    Un exutoire tout en dérision.

    Zablo Le 16/01/2024 à 08:05:00
    Pépin et Olivia - Tome 1 - La grande fête de rien du tout

    Une BD pour les enfants... et aussi pour les plus grands.

    Camille Jourdy (autrice de Juliette ou encore de Rosalie Blum, des classiques du genre) met en scène les espiègleries de deux enfants, Pépin et Olivia, dans une série d'histoires courtes.

    Les aquarelles sont très jolies, quoique les couleurs édulcorées me laissent indifférent. J'ai été plus particulièrement intéressé par les détails minutieux de la couverture (planque dans l'arbre, la souris qui s'invite au goûter...), aspect que l'on retrouve dans certaines cases et qui ravit mes yeux (les constructions de legos multicolores de Pépin par exemple...).

    Le découpage alterne entre des planches assez classiques, d'autres avec des cases sans bords (espaces extérieurs et « conversations hors du temps »...) ou des doubles pages (train fantôme...).

    Cependant, je n'accroche pas trop à la narration. Est-ce que c'est le côté un peu lourdaud des facéties de Pépin ? Est-ce que c'est parce que c'est un peu genré, un chouia stéréotypé ?

    La personnalité des enfants et la construction narrative restent cependant assez complexes, avec des liens entre chaque histoire. Peut-être est-ce que c'est quelque chose d'autre alors ?

    Je me dis que j'ai souvent eu du mal avec certaines BD de ce style, utilisant la candeur des enfants comme ressort comique. Je n'avais pas accroché non plus à Pico Bogue, pour son côté enfant philosophe.

    De plus, je ne suis pas dingue des BD de Camille Jourdy, s'attardant souvent sur le quotidien des protagonistes.

    Au final, peut-être que c'est tout simplement une BD d'allure trop normale et que je préfère l'humour absurde ou un peu plus caustique. Je pense notamment aux BD où les enfants sont dépeints comme bêtes et (un peu) méchants : Tom Tom et Nana, Calvin et Hobbes voir même Mortelle Adèle...

    Néanmoins, cette BD pleine de bons sentiments plaira sûrement à beaucoup de monde.

    Zablo Le 14/01/2024 à 20:06:41

    Une œuvre pleine d'ironie (il suffit de voir les première et quatrième de couverture).

    Contrairement aux avis précédents... j'ai pris du plaisir à lire cette BD, à l'humour non-sensique.

    J'ai eu un rictus tout au long de la BD et les gags m'ont pas mal fait marrer.

    L'art d'Emmanuel Reuzé, dans la veine de son éditeur Fluide glacial, consiste à raconter des historiettes sur un ton assez sérieux, mais en ajoutant des éléments incongrus... pour rendre l'ensemble absurde et désopilant.

    Hâte de lire les autres albums de cet auteur.

    Zablo Le 12/01/2024 à 07:56:35

    Une BD épaisse, au titre ironique...

    Sans grand intérêt, elle m'a irrité par plusieurs de ses aspects.

    Les arguments technicistes que l'on y trouve sont les mêmes que ceux assénés par Jancovici, dans de très nombreuses tribunes médiatiques : selon ses chiffres, les efforts écolo sont un peu inutiles (à part le vélo et le végétarisme), de toute façon c'est trop tard, la décroissance finira par se faire de manière contrainte et le nucléaire sauvera les meubles...

    J'ai cependant appris 2-3 choses... contre les énergies vertes, façon pour Jancovici et son dessinateur de défendre vaille que vaille le nucléaire.

    A titre de comparaison, l'interview de 2023 sur Médiapart était plus édifiante, avec des questions profondes, des contre-arguments. Ces aspects sont trop absents de cette BD, au ton vulgarisateur, mais à la dialectique sans saveur.

    Je préférai quand Blain dessinait des aigrefins : pirates, cow boys, hommes politiques... Mais a-t-il vraiment changé ?

    Cette BD aurait aussi pu s'appeler " EDF - Devenons l'énergie qui change tout, sans transformer votre quotidien ".

    Zablo Le 10/01/2024 à 22:15:18

    Un modèle de découpage de BD...

    C'est ce qui m'a sauté aux yeux en lisant Dernière rose de l'été.

    Ici, Lucas Harari nous plonge dans la vie de Léo, adulte d'âge moyen qui rêve de devenir écrivain. Il passe quelques semaines dans une villa idyllique, prêtée par son cousin, lorsqu'une affaire de meurtres en série vient défrayer la chronique...

    Les graphismes sont magnifiques ! Il y a du Chaland dans la ligne claire d'Harari, mais aussi du Burns dans ses ombrages au noir. Les architectures des bâtiments, notamment les villas et leurs intérieurs, sont particulièrement bien soignées. La colorisation est admirable, avec un effet moiré maîtrisé. Un plaisir pour les yeux !

    Surtout, la narration graphique est exceptionnelle, avec des cadrages dignes d'un as du storyboard (on appréciéra notamment les travelling devant la villa, le zoom/dézoom lorsqu'il se coupe au rasoir...). Ses choix de cases sont pesés au millimètre près, avec de l'audace et une efficacité sans pareil.

    Le scénario est prenant, dynamique, avec un versant assez psychologique. Quoique la scène finale avec le « serial killer », un peu déroutante, nous demandera de faire appel à notre sens de la déduction, pour raccomoder nous même toutes les ficelles de l'histoire.

    Au final, une oeuvre aussi chaleureuse par ses thématiques et ses couleurs, que refraichissante par sa modernité. Même si la place des femmes y est un peu discutable, avec une sorte de « Lolita », j'ai pris beaucoup de plaisir à la lire.

    Un auteur à suivre...

    Zablo Le 10/01/2024 à 08:37:49

    Coco raconte son histoire autour de l'attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

    Une BD expressive, belle et émouvante... mais marrante malgré tout.

    A lire.

    Zablo Le 10/01/2024 à 08:33:54

    Une BD sur la résistance à l'occupation nazie (1940-1944).

    je l'ai lu juste après la série Madeleine, Résistante... et ça fait un choc.

    Les graphismes de Camille Lavaud Benito sont hétéroclites, avec un découpage avant-gardiste, très loin des codes habituels de la BD. Parfois je me suis dit, c'est assez moche et d'autres fois, c'est simplement beau !

    Si cette proposition artistique est intéressante, très expressive en fait, exacerbant les émotions, elle rend cependant la narration difficile à suivre.

    Une œuvre étonnante.

    Zablo Le 09/01/2024 à 21:52:51
    Madeleine, Résistante - Tome 2 - L'édredon rouge

    Un sentiment mêlé...

    Comme pour le premier album, c'est ce qui ressort de ma lecture de L'édredon rouge, où la résistante Madeleine gagne en responsabilités.

    En effet, si le sujet est aussi poignant que les dessins magnifiques, j'émets quelques réserves sur la couleur, qui personnellement me rebute, ainsi que pour la narration : je trouve le système des vignettes un peu archaïque et le témoignage de Madeleine entre trop souvent en dissonance avec la narration graphique.

    Pour ces raisons, je n'ai pris aucun plaisir à lire les 60 premières pages.

    Mais, la montée en intensité (narration, graphismes) vaut qu'on s'accroche : il y a matière à réflexion tout comme à l'action... avec un cliffhanger final qui ne peut que susciter l'effroi.

    Si je ne suis toujours pas entièrement convaincu par la forme que prend cette série, je reste admiratif de la vie de Madeleine et lirait la suite malgré tout.

    Zablo Le 09/01/2024 à 21:22:24
    Madeleine, Résistante - Tome 1 - La Rose dégoupillée

    Une BD toute bleue et à l'odeur de citron...

    qui raconte, évidemment, les premiers pas de Madeleine Riffaud en tant que résistante. Un sujet qui me fascine et qui plaira à beaucoup de Français(es).

    Sa vie, impressionnante, semble aussi avoir subjugué la « dream team » réunie autour d'elle : du scénariste Jean-David Morvan, qui s'est spécialisé dans les scénarios historiques ces dernières années (Simone, Magnum génération...), au dessinateur Dominique Bertail, auteur de Mondo Reverso entre autres.

    Car Madeleine Riffaud fait figure de modèle : femme forte, courageuse, intelligente et engagée... elle a aussi un physique attrayant, croqué par Picasso.

    Jeune, elle brille ici de mille feux, avec son visage d'un blanc pur et éclatant, ses cheveux bouclés... Une image idéale, peut-être trop, qui contraste avec les nazis, placés naturellement dans l'ombre.

    Ce traitement graphique et narratif, qui m'évoque de vieux films sur la Seconde Guerre mondiale, ne m'a pas entièrement convaincu. J'aurais aimé plus d'éléments de dialectique, d'autres sources que celles de Riffaud...

    Son témoignage reste cependant d'une grande intensité et est largement suffisant pour se rendre compte des enjeux, ceux de l'entrée en résistance. Wikipédia est également très instructif à son sujet.

    Alors pourquoi utiliser le support BD ? Est-ce un intérêt économique ? Un effet de mode ? Un moyen de parler aux jeunes ? Est-ce pour la sensibilité, l'expressivité ou même la modernité du neuvième art ? Ou pour donner vie aux images et souvenirs de l'autrice ?

    Dans tous les cas, cette BD aura réussi finalement à me marquer...

    ...du R majuscule.

    Zablo Le 08/01/2024 à 20:06:07

    Un prédateur sexuel en polo rayé...

    Tout en contraste, l'histoire de ce polar gravite autour d'une immolation. L'événement a lieu dans un quartier résidentiel américain assez spécial, car y habite des délinquants sexuels...

    De mon point de vue, le principal intérêt de cette BD c'est ses sujets forts : pédophilie, cyberharcèlement, justice... mais aussi famille, ghettoïsation, investigation, stéréotypes, religion.

    Le scénario, de Carlos Portela, assez bien mené, traite de ces thématiques avec justesse et ingénuité. Néanmoins, c'est un peu lent à se mettre en place et il n'y a pratiquement aucune scène d'action ni de grand coup de théâtre.

    Côté graphisme, si les personnages sont représentés dans le style BD le plus pur, les décors eux sont calqués sur des photographies. Tout est en noir et blanc, avec des aplats noirs, mais aussi des hachures, des pointillés et autres textures particulières. C'est assez stupéfiant...

    Cependant, je ne sais pas si c'est le flou des images ou à cause d'un effet moiré, mais j'ai eu une migraine au bout de 10 minutes de lecture. Cela étant dit, le thème n'est pas des plus léger non plus....

    Au final, que ce soit le scénario ou bien les graphismes, cette BD est assez peu divertissante. Par contre, elle a su me bousculer un peu, m'apprendre deux ou trois choses, me faire réfléchir.

    Au fond, comme pour l'effet de chiasme de la couverture, sa lecture est assez...

    Incommodante.

    Zablo Le 08/01/2024 à 08:13:25

    Un autre bouquin sensible et intéressant du Cil Vert, dans la veine des BD autobiographiques.

    L'auteur y aborde la vie de famille, l'amour... la mort aussi, ainsi que son rapport à la BD.

    Beaucoup de choses intéressantes, quoique j'ai préféré un " faux boulot " du même auteur, plus touchant je trouve.

    Dans tous les cas, cet album apporte sa pierre à l'édifice... celui du Cil Vert et de la BD de non fiction.

    Zablo Le 08/01/2024 à 08:08:08

    Mon bibliothécaire a des goûts atypiques...

    C'est la première chose que je me suis dit, en découvrant une rangée de BD du Cil vert, sur l'étagère "nouveautés" de la médiathèque.

    J'ai été intrigué : une BD simple, expressive, immédiate... avec un sujet intéressant : l'accompagnement de personnes handicapées. Et je n'ai pas été déçu.

    La narration donne à ce bouquin l'inclination du témoignage. Car, plus que le handicap, ce sont les accompagnateurs eux mêmes qui sont scrutés dans cet ouvrage. Loin de l'héroïsme des BD classiques, ceux-ci ont leurs difficultés, leurs états d'âme... C'est même un « faux boulot » dit sa mère...

    Au final, je n'ai pas été déçu par cette découverte. Les graphismes ont le mérite de mettre en valeur une histoire sensible, presque sociologique, qui procure de profondes émotions.

    Une BD qui vaut le détour...

    Zablo Le 07/01/2024 à 20:06:05

    Une Carmen Cru sauce anglaise...

    ...Solitaire, teigneuse et rude en affaires. La vie terne de Cassandra DARKe est finalement bousculée par plusieurs événements, dont l'arrivée de sa belle-fille à ses côtés...

    Un thriller rondement mené, avec du suspens, de l'action, des histoires d'amour... ou pas.

    Posy Simmonds ne sait pas qu'écrire... elle a aussi un bon coup de crayon.

    Ancienne dessinatrice de presse, ses personnages sont expressifs, quoiqu'on puisse parfois les confondre (je pense à Deano et Billy surtout). Elle sait aussi varier son style, avec des tailles de cases, des couleurs, des rendus différents, selon les émotions qu'elle veut nous faire traverser.

    Tel un roman illustré, le texte prend beaucoup de place. L'autrice avait illustré des livres pour enfants pendant un temps. Sauf qu'ici le propos est adulte, qu'il y a une succession de cases, des bulles...

    En résulte une BD à la forme particulière (c'est vrai aussi pour Gemma Bovary et Tamara Drew), pas facile aux premiers abords, mais qui se révèle terriblement efficace, d'une beauté vraie.

    Et cette Cassandra Darke, est-elle si pourrie que ça finalement ?

    Zablo Le 07/01/2024 à 12:43:22

    Un autre coup de génie de Jason Shiga...

    Dans ce huit clos, le personnage principal se retrouve coincé dans une cabine téléphonique, ensevelie. Il va devoir faire preuve d'intelligence et de créativité pour s'en sortir.

    Le scénario de Jason Shiga est efficace, assez mathématique au départ puis ça s'accélère sur la fin, avec des bouleversements et une fin émouvante.

    On retrouve son trait caractéristique, simple mais expressif.

    A lire.

    Zablo Le 07/01/2024 à 12:03:15

    BD érotique et autobiographique, qui met en scène les amours des auteurs, Mimi et Toto, blogueurs.

    Tout comme les historiettes, les graphismes sont hétéroclites, puisque c'est un ouvrage réalisé à quatre mains. Mais ça rend bien et c'est assez excitant.

    Le sujet n'est pas très profond (quoique...), mais c'est divertissant et on rigole un peu.

    Une expérience intéressante.

    Zablo Le 07/01/2024 à 11:55:26
    Fante Bukowski - Tome 3 - L'Échec était parfait

    Fante Bukowski est un personnage haut en couleur...

    Poète assez lose et à la vie misérable, Fante passe par toutes les émotions. Mais il ne se laisse pas abattre pour autant et on finit par faire appel à lui pour écrire la vie d'une starlette américaine...

    L'ambiance un peu crade de cette BD, est bien rendue par le trait gras et relâché de Noah Van Sciver.

    Ainsi, Fante Bukowski ne laisse pas indifférent. On se marre, on est triste aussi parfois et puis on cogite, sur ce qui lui arrive, sur la bohème.

    A la fois une plongée dans l'Amérique profonde, l'insuccès dans l'art et l'absurdité de la vie.

    A lire.

    Zablo Le 07/01/2024 à 11:21:44

    Surpris d'entrée...

    par la couverture psychédélique, qui attire l’œil comme un flash, mais aussi par le format à l'italienne, ses cartes et dépliants, son titre intriguant, son lettrage peu commun, son découpage en gaufrier alternatif, son sens de lecture, ses thématiques (drogues, rapport à l'autre), son univers dystopique, ses couleurs chaudes et vives... En résulte un OBDNI (Objet BD Non Identifié), propre aux Comcis Indé.

    La stupéfaction passée, le récit de Shaw n'en reste pas moins assez clair et facile à lire : un botaniste excentrique cherche de nouvelles plantes à fumer... L'une d'entre elles a des effets vraiment spéciaux et permet de transcender sa personnalité avec celles des autres.

    L'histoire est dynamique, avec des surprises et plusieurs sous-intrigues, impliquant trois autres personnages, qui se rejoignent dans un final un peu déroutant.

    Il y a beaucoup de scènes de discussion, mais aussi de l'action, de l'humour... On rentre en PROFONDEUR dans le village de Boney Borough, découvrant les fantasmes des habitants, leurs états d'esprit... et on ne s'ennuie pas. Si les fantaisies de l'auteur sont justifiées par l'intrigue, ça reste souvent assez absurde.

    Le scénario a plusieurs sens de lecture : on pourrait penser à une forme d'apologie de la fumette, avec son effet calumet de la paix, mais la nouvelle drogue a aussi des effets secondaires...

    Les graphismes, expressifs, variés et tout en maîtrise, tournent souvent autour de la perception des sens (vue, toucher, goût, odorat, ouïe), déformés. Ces détails sensoriels participent à la suspension d'incrédulité, un peu comme dans un rêve éveillé, un trip...

    Pour moi, c'est un chef-d’œuvre, plus savoureux encore que Bottomless Belly Button. Au delà de me surprendre, Dash Shaw (drôle de nom...) a su m'immerger dans un monde décalé, où personne ne nous est étranger, puisque l'on ressent ses émotions, ce qu'il pense...

    Époustouflant !

    Zablo Le 07/01/2024 à 00:59:22

    Surpris d'entrée...

    par la couverture psychédélique, qui attire l’œil comme un flash, mais aussi par le format à l'italienne, ses cartes et dépliants, son titre intriguant, son lettrage peu commun, son découpage en gaufrier alternatif, son sens de lecture, ses thématiques (drogues, rapport à l'autre), son univers dystopique, ses couleurs chaudes et vives... En résulte un OBDNI (Objet BD Non Identifié), propre aux Comcis Indé.

    La stupéfaction passée, le récit de Shaw n'en reste pas moins assez clair et facile à lire : un botaniste excentrique cherche de nouvelles plantes à fumer... L'une d'entre elles a des effets vraiment spéciaux et permet de transcender sa personnalité avec celles des autres.

    L'histoire est dynamique, avec des surprises et plusieurs sous-intrigues, impliquant trois autres personnages, qui se rejoignent dans un final un peu déroutant.

    Il y a beaucoup de scènes de discussion, mais aussi de l'action, de l'humour... On rentre en PROFONDEUR dans le village de Boney Borough, découvrant les fantasmes des habitants, leurs états d'esprit... et on ne s'ennuie pas. Si les fantaisies de l'auteur sont justifiées par l'intrigue, ça reste souvent assez absurde.

    Le scénario a plusieurs sens de lecture : on pourrait penser à une forme d'apologie de la fumette, avec son effet calumet de la paix, mais la nouvelle drogue a aussi des effets secondaires...

    Les graphismes, expressifs, variés et tout en maîtrise, tournent souvent autour de la perception des sens (vue, toucher, goût, odorat, ouïe), déformés. Ces détails sensoriels participent à la suspension d'incrédulité, un peu comme dans un rêve éveillé, un trip... Pour moi, c'est un chef-d’œuvre, plus savoureux encore que Bottomless Belly Button.

    Au delà de me surprendre, Dash Shaw (drôle de nom...) a su m'immerger dans un monde autre, où l'étranger n'a plus lieu d'être puisque l'on ressent ses émotions, ce qu'il pense...

    Époustouflant !

    Zablo Le 06/01/2024 à 12:21:11
    Dalí (Birmant/Oubrerie) - Tome 1 - Avant Gala

    Avant Gala...

    Premier tome d'une trilogie sur Dali, avec Julie Birmant (scénariste de Pablo...) et Clément Oubrerie (dessinateur de Pablo également, mais aussi d'Aya de Yopougon...).

    Une conversation entre Picasso et Paul Eluard, au sujet des ambitions du jeune artiste espagnol, sert d'introduction à l'album. C'est une transition parfaite, entre la série précédente des auteurs, Pablo, et celle-ci sur Dali.

    Sans surprise, la lumière est mise sur la jeunesse de Salvador Dali, entre la Catalogne, Madrid puis Paris. On y représente sa relation avec ses amis et camarades des Beaux Arts (Luis Bunuel, Frederico Lorca...), surréalistes également. La sexualité de Dali, ou encore ses bizarreries, sont abordées.

    Le trait sensible et tout en décontraction du dessinateur, s'accorde plutôt bien avec ce récit de bohème. Clément Oubrerie a d'ailleurs su adapter son découpage, un peu plus excentrique que d'habitude.

    En résulte une BD divertissante, accessible... mais qui ne m'a pas pleinement satisfait.

    Indubitablement, les auteurs sont documentés (j'aurais aimé avoir des notes bibliographiques d'ailleurs) et leur récit est immersif, donnant vie au milieu artistique de l'entre-deux-guerres avec force de détails.

    Il n'en demeure pas moins que j'ai le sentiment d'être resté un peu en surface. Il manque quelque chose. Peut-être est-ce une faiblesse du genre biographique en BD, qui verse naturellement vers une interprétation fermée et empathique du personnage, trop complexe à comprendre autrement ?

    La difficulté était ici de donner du sens à cette première partie sur la jeunesse de Dali, sans en donner une vision anecdotique ou même téléologique. Car il s'agit d'un artiste controversé, dont la vision artistique, tout comme sa vie et ses positions politiques, sont sujets à débats. On serait tenté de voir dans sa jeunesse les causes de son exubérance future.

    Or, je n'ai pas totalement compris les raisons de la loufoquerie de Dali, pas assez explicites (peut-être que la mort de son frère sera évoquée dans les prochains tomes ?), ni été convaincu par les évocations de son rapport à l'argent, ou des liens avec son père, sujets traités trop rapidement.

    Au final, ce n'était peut-être pas l'intention des auteurs, mais j'ai trouvé ce portrait de Dali un peu trop candide, gentillet. A voir comment la série évolue par la suite...

    Ne serait-ce pas une naïveté de façade, qui cache en réalité un appétit insatiable de Dali pour la grandeur, quitte à bousculer le Paris de Notre-Dame ?

    Zablo Le 03/01/2024 à 11:44:52
    Blueberry - Tome 12 - Le spectre aux balles d'or

    Un opus qui prend la forme d'un thriller...

    Le lieutenant Blueberry, accompagné de Jimmy Mac Clure et du tueur rescapé, se laisse finalement entraîner à la poursuite de Luckner et de son hypothétique mine. Dans un environnement hostile, les protagonistes doivent aussi faire face à un adversaire invisible : le spectre aux balles d'or.

    Jean Giraud a achevé sa mue graphique : il y a dorénavant des hachures partout, soulignant l'intensité des visages mais aussi des décors. Au pinceau, son trait n'en demeure pas moins précis, fouillé, sinueux.

    Le découpage est également plus osé : utilisation des cases en « L » de façons variées, incrustation d'un visage ou d'une case par-dessus une autre case, succession de gros plans pour montrer une action précise, fusil qui passe à travers une onomatopée...

    Beaucoup plus sombre que le volume précédent, Giraud multiplie également les aplats de noir, pour les ambiances nocturnes ou les ombres. Cela renforce la sensation d'isolement, d'insécurité, de froid... et d'opacité. En contraste avec la nuit, les couleurs chaudes du désert ou de la sierra le jour, parfois à saturation, sont quasi aveuglantes.

    Le récit de Charlier est une réussite, encore une fois. La particularité de cet album étant qu'il parvient à nous faire peur : dangers (manque d'eau, Apaches, éboulements, espèces venimeuses...), personnages imprévisibles, adversaire invisible (au départ on voit uniquement ses actions)... et d'aspect physique hors norme, ricanements...

    Effrayant.

    Zablo Le 03/01/2024 à 11:02:55
    Blueberry - Tome 11 - La mine de l'Allemand perdu

    La chaleur suffocante du désert de Chihuahua...

    Ainsi commence ce diptyque. Le lieutenant a été muté à la frontière mexicaine et, en tant que shérif, il doit gérer les troubles causés par un certain Luckner, dans son petit village.

    Pour sauver ses miches, Luckner, un « géologue » à l'accent allemand, fait miroiter à Mac Clure le partage d'une mine d'or.

    Cette histoire de bonimenteurs est un peu lente à se mettre en place, mais s'accélère au milieu de l'album et reste finalement très plaisante à lire.

    Giraud entame également une mue graphique, représentant à merveille le désert et ses désagréments, dans un style plus relâché parfois (planches 30 et 31 notamment).

    C'est avec envie qu'on lira la suite...

    Zablo Le 02/01/2024 à 19:13:55
    Blueberry - Tome 10 - Général "Tête Jaune"

    Quand la folie d'Allister fait rougir, par le feu et par le sang, les collines enneigées du Wyoming...

    Dès sa couverture, cette BD a su me happer.

    Mémorable, l'album est divisé en deux temps forts : la première partie où l'armée d'Allister traque puis exécute les civils cheyennes, sans ménagement, suivi du retour de flamme, avec la riposte des Cheyennes, alliés aux Sioux et aux Arapahoes.

    Le scénario est au moins aussi convaincant que les précédents. En plus des ingrédients habituels (répartie des personnages, embûches...), Charlier nous sert son récit avec une dimension tactique (carte pl. 30), basée sur sa connaissance de l'art de la guerre.

    Ici, les tuniques bleues peuvent s'appuyer notamment sur leur force de feu (artillerie), tandis que les « Indiens » les harcèlent par des attaques rapides et répétées. Au cours de l'aventure, chaque camp doit s'adapter à sa situation numérique, favorable ou non.

    Malgré les événements graves qui sont relatés ici, Blueberry et ses amis ne manquent pas d'humour, une façon pour eux de survivre dans cette guerre absurde. Mc Clure et Red Neck, complètement saouls au début de l'album, forment un duo sympathique et quasi clownesque. Ce sont de vrais éléments perturbateurs, dans tous les sens du terme.

    Blueberry donne également le change, contestant régulièrement les décisions excessives de son supérieur. Face au général « tête jaune », il s'affranchit des règles élémentaires de la discipline militaire. Car Blueberry est un héros rebelle, dont les valeurs humanistes entrent en conflit avec celles de l'armée.

    Les graphismes sont toujours aussi efficaces (avec de plus en plus de hachures pour les visages), représentant les différents événements de la guerre avec expressivité. Les nombreuses scènes de bataille dessinées, en font ressentir toute la tension. C'est sûrement l'un des albums les plus crus, depuis le début de la série. La violence y est d'ailleurs de moins en moins suggérée, avec plusieurs scènes de charnier et des tueries en direct.

    Dans ce volume tout en contraste, les auteurs confrontent les peaux-rouges aux tuniques bleues, le froid au chaud, la solitude à la multitude, le burlesque au tragique... mais aussi ce qui est juste avec ce qui est inacceptable.

    Intense.

    Zablo Le 02/01/2024 à 11:05:15
    Blueberry - Tome 9 - La piste des Sioux

    La couverture n'évoque rien de précis...

    on y voit simplement Blueberry, habillé d'une veste en cuir à franges et brandissant un fusil, une forêt en arrière plan...

    La piste des sioux est un album de transition, entre Steelfingers et Général tête jaune, du même cycle. Encore une fois, Blueberry cherche à mettre une fin aux guerres indiennes, alors que les colons le soupçonnent d'avoir volé l'argent de l'Union Pacific.

    Ce volume est pauvre en scènes d'action et ce sont essentiellement les discussions entre les personnages qui sont mises en scène. Mais le scénario reste attrayant et l'intrigue assez complexe, presque sociologique, avec quelques coups de théâtre...

    Hormis Steelfingers puis Allister, archétype du général ambitieux et cynique, la moralité des personnages est contrastée. D'ailleurs, même les civils peuvent nourrir de sombres desseins... Au contraire, Sitting Bull a un rôle salvateur dans ce tome.

    Les diverses ramifications et la profondeur de l'intrigue, donnent du souffle à l'histoire.

    La vigueur des dessins et l'audace du cadrage (les plongées/contre-plongées remplaçant peu à peu les plans fixes pour les scènes de dialogues) accentuent également ce dynamisme.

    Au final, si La piste des sioux n'est pas particulièrement marquant, il reste intéressant pour sa narration, progressiste, et indispensable pour comprendre l'ensemble du cycle.

    Un point tournant dans les scénarios de Blueberry.

    Zablo Le 01/01/2024 à 15:53:43
    Blueberry - Tome 8 - L'homme au poing d'acier

    Encore un album de grande classe...

    Dans L'homme au poing d'acier, Blueberry est chargé de ramener puis d'escorter un train de secours, au camp avancé de l'Union Pacific. Il contient les armes pour se défendre contre les Sioux, ainsi que que les salaires des ouvriers en colère.

    Le lieutenant y est confronté à Steelfingers, dans une alliance intéressée avec les Amérindiens de Sitting Bulls. En effet, en bon archétype du brigand de grand chemin, Jethro Diamond nourri le plan de récupérer les 300 000 dollars, convoyés dans le train. Mais rien ne se passera comme prévu...

    Encore une fois, le scénario de Charlier tient la route, avec de nombreuses surprises et autres retournements de situation. Il introduit quelques personnages supplémentaires : en particulier la tumultueuse Guffie Palmer.

    Les « Indiens » sont mieux mis en avant, notamment lors de leurs tractations avec le crapuleux Steelfingers. Mais ils restent rattachés au camp des méchants.

    Dans ce cycle, si ces braves guerriers ne sont pas responsables de la guerre, leur fierté les poussent tout de même à l'entreprendre avec brutalité. Influencés par Jethro, leur côté naïf et primitif contraste avec la crasse modernité des colons blancs. Ainsi, Chalier développe une atmosphère hétéroclite, propre aux western des années 1960.

    Les grandes étendues de l'Ouest sont également réalisées avec de plus en plus de finesse. Dans ce cycle, Giraud pousse son art vers l'avant, pour encore plus de réalisme. Ses décors gagnent en profondeur, avec une succession de plans dans la plupart des cases. Les dernières planches sont justes magnifiques et Giraud, en accumulant des cadrages impossibles au cinéma, apporte avec la BD une dimension nouvelle au western.

    La narration graphique prend d'ailleurs le pas sur l'écriture. Si les dialogues restent fondamentaux pour l'intrigue et l'ambiance de la série, les vignettes explicatives paraissent parfois désuètes. En effet, le dessin et la mise en page de Giraud sont devenus suffisamment éloquents.

    Ainsi, dans la scène finale de l'attaque du train, on passe par tous les états : inquiétude quant au sort des protagonistes, tristesse pour ces hommes tués, surprise, rire et finalement bonheur de voir nos héros s'en sortir.

    Une petite pensée pour cette vieille carcasse de Mc Clure, au plongeon désopilant...

    Zablo Le 30/12/2023 à 18:26:58
    Blueberry - Tome 7 - Le cheval de fer

    Avec Le Cheval de fer, la série ne déraille pas...

    ...Blueberry reprend son train-train quotidien : deux compagnies de chemin de fer, l'Union Pacific et la Central Pacific, sont en concurrence pour le monopole de la ligne entre l'Atlantique et le Pacifique. Blueberry est appelé par l'Union Pacific, pour les aider face aux Cheyennes et aux perfides transfuges de la Central.

    Première impression, on nous ressert la dichotomie classique du mythe américain : les pionniers blancs sont attaqués par les Amérindiens, qui sont en réalité les dindons de la farce. Encore une fois, Blueberry aura bien du mal à faire renverser la vapeur...

    Ce constat fait, les dessins et le cadrage restent exceptionnels. Giraud parvient à nous faire ressentir toute la crasse, le tohu-bohu, l'excès de la conquête de l'Ouest.

    Les nouveaux personnages introduits par le scénario de Charlier vont dans ce sens : Red Neck, qui guide le lieutenant dans les plaines du Colorado, ou encore Steelfingers, au nom évocateur...

    Ainsi, malgré un thème traité de manière un peu archaïque (la vision des colons plutôt que celles des Indiens, pourtant spoliés de leurs terres) et des répétitions par rapport au cycle précédent, le récit reste percutant et les dialogues amusants.

    Lu sur le tard...

    ...cet album reste très sympathique.

    Zablo Le 29/12/2023 à 08:58:14
    Blueberry - Tome 5 - La piste des Navajos

    La Piste des Navajos conclut le premier cycle de Blueberry.

    Notre héros cherche à arrêter par tous les moyens un convoi d'armes, destiné aux Apaches, afin de mettre un terme à la guerre.

    On retrouve ici les dessins riches et sublimes de Giraud, qui ne font que s'améliorer, gagnent en assurance et en précision : les visages sont réalisés avec constance, les décors encore plus vivants...

    La narration reste claire, avec une colorisation adaptée : les décors de jour sont chaleureux et les scènes de nuit, en bleu, rendent très bien.

    Plusieurs scènes ont marqué ma jeunesse : le départ de Crowe poursuivi par Aigle Solitaire, l'escalade de la falaise, la mine, le combat final au tomahawk...

    Ainsi, Giraud parvient à transcrire avec brio le scénario de Charlier, bourré d'humour et d'énergie.

    Un album d'anthologie.

    Zablo Le 29/12/2023 à 08:37:06
    Blueberry - Tome 4 - Le cavalier perdu

    Première fois que je lis cet album...

    ...où Blueberry va à la recherche de Graig puis continue sa quête pour faire cesser la guerre.

    Mais ce volume accumule les lacunes je trouve.

    Il est moins beau que le tome précédent, avec une partie dessinée par Jijé, Giraud étant reparti en Amérique pendant un temps.

    Il n'y a pas de grande surprise non plus dans le scénario. Les scènes sont assez classiques : poteaux de torture, pendaison à cheval, Rio Grande, Mexique, sudistes... De plus, mais c'est vrai pour l'ensemble de ce cycle, les Apaches font un peu trop l'effet de sauvages.

    C'est assez verbeux. Si c'est une caractéristique des Blueberry et des albums de cette époque, certains dialogues ne sont pas nécessaires : je pense notamment à la planche 11 où l'on nous indique toutes les réflexions de Blueberry... ça casse l'action.

    Le point positif, c'est l'arrivée de nouveaux personnages, en particulier Mc Clure, prospecteur et alcoolique notoire (encore un...), impayable sur toute la série. Miss Dickson est aussi la première femme à avoir un peu d'impact dans Blueberry... mais on reste entre hommes globalement.

    En résumé, j'ai trouvé plus de défauts, d'archaïsmes, à cette BD que de qualités. Quoiqu'elle reste moderne pour l'époque, il y a des répétitions, un faux rythme et elle est moins crédible que les tomes précédents.

    Enfant, j'avais apprécié le cycle sans la lire.

    Pas indispensable.

    Zablo Le 28/12/2023 à 10:41:02
    Blueberry - Tome 3 - L'aigle solitaire

    Avec L'Aigle solitaire, l'art de Giraud gagne en maturité.

    Des cavaliers remontent la piste du lieutenant et du jeune Stanton. Le garçon sauvé, Blueberry est chargé de mener un convoi à camp-Bowie. La mission est dangereuse, ils vont devoir traverser une zone contrôlée par les Apaches...

    Pour la première fois de la série, Blueberry prend les commandes d'un détachement. Il doit faire face aux difficultés d'être à la barre et d'avoir des subordonnés inconstants. Ce nouveau rôle lui donne une nouvelle ampleur, d'autant plus qu'il fait face à un adversaire de grande qualité...

    En effet, les personnages secondaires ont beaucoup de profondeur et enrichissent l’œuvre de Giraud et de Charlier. Dans ce volume, on découvre O' Reilly, dans le stéréotype du soiffard irlandais, ou encore le mystérieux Quanah-n'à-qu'un-oeil.

    Pour le scénario, on se rapproche de la dichotomie classique : les méchants sont les guerriers Apaches et les gentils les tuniques bleues. Cependant, les choses sont plus complexes. Si les albums précédents nous ont appris que l'armée US est à l'origine de la guerre, Blueberry doit faire son boulot de soldat malgré tout.

    Dans la même veine que les tomes précédents, Charlier nous offre un récit plein d'action et de rebondissements, non dénué d'humour. Le milieu de l'album prend l'allure d'une enquête, où Blueberry cherche à comprendre qui sabote ses plans...

    Par contre, les graphismes de Giraud sont beaucoup plus aboutis que les deux premiers tomes. Les traits des visages sont plus réguliers, les chapeaux dessinés avec plus de précision... et les décors représentant l'Arizona sont splendides.

    Blueberry a pris sa forme définitive : un grand costaud à l'allure désinvolte, souvent mal rasé et coiffé d'une tignasse brune. Il a un nez un peu cassé, une mâchoire carrée et des lèvres plutôt charnues. Le visage d'un gars "qui en a pris plein la gueule" (Moebius).

    Surtout, L'Aigle solitaire nous offre des scènes d'anthologie, avec des batailles incroyables. Celles dans le canyon...

    Épique.

    Zablo Le 28/12/2023 à 10:25:50
    Blueberry - Tome 2 - Tonnerre à l'ouest

    La couverture signée Gir est pleine de promesses.

    Après le coup fourré du major Bascom (authentique), Cochise continue de rassembler les Apaches, pour encercler Fort Navajo et récupérer les autres chefs amérindiens, faits prisonniers.

    Cet album donne aussi plus d'ampleur au personnage de Crowe, un sang-mêlé qui finit par changer de bord, après avoir été humilié par Bascom.

    Dans ce tome 2, on retrouve l'influence des western classiques, Blueberry devant se battre à plusieurs reprises contre les Amérindiens.

    Les graphismes de Jean Giraud, épaulé par Jijé sur ce tome, sont dans la continuité du premier volume et manquent toujours de régularité. Par exemple, le visage de Blueberry prend des formes multiples : parfois hideux (dernière case de la pl. 8) ou copie conforme de Belmondo (milieu pl. 15), il devient même un peu distordu ou longiforme sous le pinceau de Jijé.

    Enfant, si j'avais eu du mal à distinguer Blueberry de Crowe (pl. 9) et que j'avais remarqué certaines bizarreries. J’avais tout de même pris du plaisir à lire l'album. Je ne m'étais pas rendu compte non plus que le passage dans la ville fantôme avait été réalisé par un autre dessinateur (Giraud étant parti au Mexique à ce moment là), ce qui témoigne de la proximité de style avec Jijé à cette époque.

    Car, le récit reste toujours aussi prenant, avec des moments de suspens, des surprises et plus d'action encore que dans le premier tome. Néanmoins, le récit prend une tournure plus grave, il y a moins d'humour. On peut parfois questionner l'héroïsme de Blueberry, dont le rôle m'a moins marqué dans cet album que celui de Crowe, qui doit faire face à des choix difficiles.

    Cependant, Blueberry reste l'homme fort de la série, usant de stratagèmes pour affronter seul, ou avec l'aide d'un grand-père, les Amérindiens. La scène à Tucson est particulièrement marquante (celle de la couverture) et illustre parfaitement l'adage « le calme avant la tempête ».

    Ainsi, malgré ses défauts, Tonnerre à l'ouest reste un album marquant de la série.