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Les avis de - Halnawulf

Visualiser les 31 avis postés dans la bedetheque
    Halnawulf Le 11/08/2015 à 17:06:49
    Château l'Attente - Tome 1 - Volume I

    Que ce passe t'il dans le château de la belle aux bois dormant après la fin de la malédiction et son départ pour se marier avec son prince?

    Les chapitres racontent la vie quotidienne du château, devenu un refuge pour marginaux de contes de fées. Cigogne intendante, chevalier à tête de cheval, princesse fugueuse enceinte ou encore femme à barbe entrée dans les ordres... Les tracas et petits bonheurs quotidiens de cette communauté se lisent avec plaisir et certains mystères donnent envie d'en savoir plus... et soudain?

    A la moitié du livre, l'auteur se perd dans une INTERMINABLE histoire, l'ordre des Sollicitines, qui étire mollement sur 200 pages l'histoire des nones à barbe!

    Vraiment dommage, un soufflet au fromage qui s'effondre tristement! Pas sûr de me lancer dans le tome 2

    Halnawulf Le 18/08/2014 à 14:50:14
    Blast - Tome 4 - Pourvu que les bouddhistes se trompent

    C'est rude! Mais fascinant. Glauque et oppressant. Riche de sens et de sentiments ambivalents. Graphiquement audacieux.

    Pas une once d'humour pour alléger le propos jusqu'au strips de Ferri sur "Jasper, l'ours bipolaire" dans le tome 4 qui sont une respiration bienvenue.

    Après "le combat ordinaire", "l'horreur extraordinaire". Plongée dans la folie sous le regard désemparé d'une humanité qui détourne les yeux pour retourner fabriquer les instruments de sa destruction.

    Une larme pour Polza Mancini. Parce que, quand même.

    Une lecture qui marque.

    Halnawulf Le 12/08/2014 à 11:44:18

    Bon, je l'ai lu une fois entier, c'est un bel effort.

    Pour ne pas partir sur une mauvaise impression, je tente une seconde lecture, soir après soir...

    Ça fait 3 fois que je relis l'épisode 1... c'est glacial, rigide, statique et profondément ennuyeux. Pas sûr de pouvoir aller plus loin.

    Une seule scène m'a fait lever une paupière, et j'ai pensé que le récit allait enfin décoller! Entrée en scène du Comédien qui va dynamiter le monde parfait de Veid!

    Et non, en fait.

    Halnawulf Le 12/08/2014 à 11:43:10

    Je vous ai dit à quel point j'adore Darwyn Cooke et Amanda Conner? (Achetez Power Girl, au fait!).

    Nous suivons la crise d'adolescence de Laurie Jupiter essayant de fuir une mère envahissante qui la forme à prendre sa succession et à fuir les hommes. La fugue en quête de liberté au pays du flower power va bientôt se transformer en descente aux enfer des jeunes hippies naïfs.

    Donc, c'est très beau et charmant. C'est un pu là le problème. Le style Bubble Gum d'Amanda échoue dans la noirceur, et ce que Cooke réussit sur Minute Men, il le rate sur Silke Spectre. Pas un moment d'inquiétude réelle pour la donzelle, même dans les moments les plus sordides où le pire pouvait lui arriver! Non que craindre sa mort soit l'enjeu du récit, mais un minimum de frisson ou une autre émotion quelconque pour le personnage n'aurait, pour moi, pas été de trop. Là, c'est électro-cardiogramme plat.

    Une erreur de casting, donc, car je pense qu'avec un autre dessinateur, ça aurait pu être plus palpitant. Berjemo, par exemple. Je vous ai dit à quel point je n'aime pas Berjemo, normalement?

    Dommage...

    Halnawulf Le 12/08/2014 à 11:42:30

    Je me lançais assez méfiant dans la lecture du tome 3 de "Before Watchmen". Azzarello m'avait convaincu de son talent grâce à "100 bullets" mais j'avais aussi développé une forme d'allergie au dessin de Lee Bermejo. Ce tome 3 contient donc un de ces récits qui vous retournent.

    En effet, malgré mes réticences, j'ai trouvé de vraies qualités au dessin de Bermejo, prenant même un véritable plaisir esthétique de page en page, et j'ai été convaincu de l'adéquation totale entre l'artiste et le personnage majeur qu'est Rorschach.

    Pris dans cette dynamique, j'ai hélas aussi été très déçu du travail de Brian Azzarello! On retrouve Rorschach tel qu'en lui-même, copie conforme et intégrale de ce qu'il est dans "Watchmen". Et c'est là qu'est le problème : à force de fidélité, Azzarello sombre dans la répétition et la caricature au fur et à mesure des 4 épisodes qui en paraissent 8, se raccrochant de son mieux à une surenchère de crasse psychologique et physique glauque. L'histoire se termine alors que j'attendais qu'elle commence, prêt à pardonner les ridicules démonstrations de Disco du vilain de service. La convocation de De Niro au casting ne sauve pas l'entreprise du naufrage.

    Enfin, je m'interroge sur la temporalité du récit dans l'histoire de Rorschach : en effet, Alan Moore avait bien dépeint le glissement de Rorschach à partir de l'affaire des enfants disparus et de la tête de chien, passant du justicier urbain rude mais dévoué à sa cause à celle de l'obsessionnelle brute traumatisée, reprise dans ce rendez-vous manqué de ce tome 3 de "Before Watchmen". Je ne suis pas sûr que cette dimension ait été bien perçue par les auteurs...

    Halnawulf Le 12/08/2014 à 11:41:42

    Entre Rude, Straczynski et Risso, le volume 2 de la collection s'annonçait sous les meilleurs auspices et offrait, avec 3 récits, 3 raisons de se régaler.

    D'entrée de jeu, Len Wein et Steve Rude assurent une très honnête farce tragique, efficacement illustrée, qui donne bien le ton de l'univers des Watchmen, un monde dans lequel de naïfs opportunistes en mal de reconnaissance comme Bill Dollar s'agitent vainement avant de finir brulés sur le bûcher des illusions perdues au profit de cyniques mercantiles. Là aussi, c'est en évoquant un simple figurant de l'histoire originale que les auteurs réussissent le pari de ce préquel tant décrié. Elégance ultime, une seconde lecture vous dévoilera l'ironie suprême du récit : Bill Dollar n'est autre que l'incarnation d'Alan Moore au pays de DC comics!

    C'est ensuite J.M. Straczynski et Eduardo Risso, des artistes qui ont mes faveurs, qui se lancent dans la biographie de Moloch, la Némésis des Minutemen qui joue un rôle indirect mais central dans l'histoire des Watchmen. Si l'enfance pénible du vilain de service et son ascension dans le milieu criminel sont efficacement contés, le récit se perd hélas à vouloir expliquer par le détail sa place dans la mécanique complotiste d'Ozymandias. Dès lors, des cases et des situations aussi vides que le bureau dans lequel travaille Moloch s'enchainent mollement jusqu'à la conclusion de cette histoire en demi-teinte, pas totalement raté mais loin d'être réussie au regard du talent habituel de ses auteurs. Les premiers doutes se font jour sur la pertinence du projet "Before Watchmen".

    Loin d'être un esthète, je peux aisément avouer m'être longtemps demandé à quoi servait le récit horrifique de pirates de "Watchmen". Je l'ai appris depuis, mais là, j'ai un peu oublié à quel point c'est important. Ce volume 2 de "Before Watchmen" se conclue avec ce troisième récit qui raconte la malédiction du pirate Gordon McLachlan. John Higgins, qui était le coloriste de "Watchmen", livre en tant que dessinateur de sublimes planches tout à fait monstrueuses. Ce régal graphique réussit presque l'exploit de dissimuler le manque total d'intérêt de cette histoire dont j'ai déjà oublié de quoi c'est donc qu'elle cause. Si ça se trouve, j'ai oublié de lire les dernières pages…

    Ce tome 2 de "Before Watchmen" laisse déjà paraître les faiblesses et les limites du concept et préfigure probablement le bilan final de l'ensemble du projet : de belles surprises mais aussi des auteurs peut être paralysés par l'ombre tutélaire et incapables de s'en affranchir.

    Halnawulf Le 12/08/2014 à 11:40:17

    Je me suis lancé sans a priori dans cette série polémique de "Before Watchmen", surtout appâté par un casting d'auteurs et d'artistes de premier plan. Au premier plan du premier plan : Darwyn Cooke!

    Graphiquement, Cooke est au top, scénaristiquement, il ouvre de belle manière la collection et nous plonge dans les dessous publicitaires miteux, les préjugés d'une époque, les faiblesses et les lâchetés intimes d'une bande de bras cassés et de psychés chancelantes. Avec les souvenirs du premier Hibou comme fil conducteur, il montre comment les plus droits et les plus sincères des personnages ne réussissent pas à se préserver de la médiocrité nauséabonde ambiante et payent leur illusion de justice au prix de leur innocence. Darwyn Cooke s'attache surtout au destin de la Silhouette, personnage honteux à peine évoqué dans la série originale, et c'est là toute sa réussite dans l'évitement d'un écueil de taille sur lequel ne manquent pas de s'échouer certaines autres histoires du projet "Before Watchmen".

    Darwyn Cooke nous offre donc un récit complexe, prenant et émouvant même s'il n'est pas exempt de certaines longueurs aisément pardonnées.

    Halnawulf Le 12/08/2014 à 11:32:07
    Rachel Rising - Tome 1 - L'Ombre de la mort

    Après la romance de "Strangers in Paradise" et la Science-Fiction de "Echo", Terry Moore se lance dans le récit horrifique, non pas zombiesque mais de sorcellerie.

    Dans une forêt à proximité de la petite ville de Manson, réputée pour ses nombreux bûchers de sorcières au siècle passée, Rachel s'extirpe péniblement d'une tombe improvisée, sans autres souvenirs des derniers jours que la trace de corde autour de son cou et ses yeux injectés de sang...

    Avec l'aide de son amie Jet et sa tante Johnny, elle essaye de découvrir ce qui lui est arrivé, croisant un nombre inquiétant de meurtriers et de dingues plus ou moins pacifiques sous le regard d'une mystérieuse femme qui apparaît et disparaît au hasard des morts violentes qui agitent la ville, dans un récit où la frontière entre les morts et les vivants ne semble pas si évidente...

    C'est flippant à souhait, surtout quand on déteste les serpents et les morgues, superbement illustré sans esbroufe ni effets pyrotechniques hollywoodiens, et les personnages sont excellemment écrits, comme toujours avec Terry Moore.

    Halnawulf Le 11/08/2014 à 16:09:00
    La geste de Gilles de Chin - Tome 1 - La mémoire et la boue

    "On croit qu'un être souffre parce que l'être qu'il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile : c'est de s'apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. Même la douleur est privée de sens".

    Albert CAMUS - CALIGULA

    Loin des sunlights de la réussite éditoriale, des auteurs de bédé à succés cachent dans leurs placards quelques oeuvres méconnues mais précieuses, sorte de récréations salutaires lorsque l'auteur se sent trop prisonnier de personnages à succés que son éditeur et ses lecteurs réclament à grands cris.

    PtiLuc est le papa des rats atteints de "Pacush blues" qui donnent depuis quelques années déjà une vision à peine déformée de notre société occidentale contemporaine à deux pas de l'autoroute, dans les dunes d'une décharge sauvage que d'inconscients rongeurs cherchent parfois désesperement à fuir.

    L'obsession de l'évasion qu'on retrouvera plus tard dans "Les mémoires d'un motard" trouve un nouvel éclairage dans "La geste de Gilles de Chin et du dragon de Mons", sorti en 1990.

    Comme touché par un syndrôme de Stockholm médieval, le chevalier Gilles de Chin revient à Mons, hanté par les souvenirs de ce qu'il voulait fuir 10 ans auparavant... La vocation religieuse avait alors été le prétexte idéal pour partir en terre sainte massacrer de l'infidèle et laisser libre cour à sa propre barbarie au nom du tombeau du Christ. Parti pour un tombeau, il retrouve un tombeau... et une quête qui mettra à bas ses convictions étroites et rigides dans un périple initiatique jonché de cadavres, de deuils innavoués et hanté par l'humanité qui grouille dans sa fange en se revendiquant création parfaite à l'image de son Dieu créateur.

    Fuyant le souvenir de Chloris de Duras qui n'aura pas survécu à son départ, Gilles se retrouve en charge d'une nouvelle croisade qui fera de lui le bras armé de l'obscurantisme religieux enraciné dans l'ignorance du peuple. Pour protéger son pouvoir, l'Église cherche à se débarasser de l'étrange reptile féru de science qui redonne la vue aux malvoyants gràce à d'ingénieuses lentilles de verre, fruits de ses expériences menées en secret dans les brouillards des marais. Lorsque le seul signe que Dieu semble envoyer à Gilles est la compagnie d'un cavalier Maure massacrant allégrement des villages entiers d'humains ne valant guère mieux que de la viande animée d'instincts, Gilles semble enfin sur le chemin de la paix avec lui-même.

    Tout le talent de Ptiluc est de soutenir son propos désabusé et morbide en mélant un graphisme plus fouillé qu'à l'ordinaire, une réelle athmosphère mélancolique et de savoureux dialogues anachroniques qui sont autant de bouffées d'oxygène : "Ah, il suffit!! Ce max de railleries commence à sérieusement me gonfler! Que tu te cassâs serait même chose idéale."

    Halnawulf Le 11/08/2014 à 12:51:32
    Gaston - Tome 14 - La saga des gaffes

    Février 1957 est un mois à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de l'humanité qui accueillit en son sein un anarchiste révolutionnaire qui ne cessa au cours de ses 40 ans de carrière de dynamiter les moyens de production de son entreprise, fit exploser en toute impunité son lieu de travail, envoya à de nombreuses reprises à l'hôpital les représentants du patronat, empêcha la signatures d'innombrables contrats qui auraient renforcé le pouvoir libéral, dirigea nombres d'attentats contre la maréchaussée, s'associa à Greenpeace pour saboter la chasse à la baleine, perturba le fonctionnement d'un satellite et fit s'écraser un avion de chasse de l'armée.

    Ce dangereux activiste répondait au nom de Gaston Lagaffe et exerçait la profession de garçon de bureau aux éditions Dupuis où il était entré grâce aux recommandations de son père, André Franquin, pourtant pacifiste convaincu quoi qu'un peu pessimiste. Gaston ne survécu pas à celui-ci, disparu en janvier 1997. Le dossier de l'instruction fait plus de 1000 pages et tient en 16 volumes. Les jeunes désœuvrés de notre époque, avides de révolution, auront à cœur de s'inspirer de cet illustre précurseur qui fit de la chimie amusante une arme de destruction massive et de la musique expérimentale un outil de déstabilisation des meilleurs conditionnements mentaux.

    Dans le monde de plus en plus formaté de l'édition, et notamment du 9° art, où la liberté d'expression est de plus en plus mise à mal par les recettes miracles de production de best-sellers auxquels sont condamnés à perpétuité des artistes pourtant valeureux et indépendants en leur temps, l'évident message politique et sociétal de Lagaffe et de son âme damnée Franquin fait école en matière de message idéologique transgressif alliant la rigueur du discours critique à l'absolue maîtrise d'un art officiel mis au pas et transcendé par le génie de la dynamique picturale d'un maître humble et détaché qui vous invite à chaque page à la méditation sur votre devenir et celui de votre environnement.

    Halnawulf Le 11/08/2014 à 12:48:52
    Soda - Tome 12 - Code Apocalypse

    Crée en 1987 par Philippe Tome et Luc Warnant, remplacé après 2 albums par Bruno Gazzotti avec un dessin plus rond, plus cartoon, un trait moins sec, Soda est revenu en 2005 avec un 12° album accouché dans la douleur puisque le dessinateur a du réclamer les dernières pages du scénario en assignant Tome en justice avant qu'une solution à l'amiable soit trouvée in extremis.

    "Code Apocalypse" confirme la veine de plus en plus noire prise par la série depuis le volume précédent où déjà Soda flirtait avec le ras le bol et la tentation de se retirer avec un joli magot. Son dégoût s'accentue encore alors même que les services secrets tente de le manipuler pour faire de lui un tueur. Cette tournure ne ternit qu'à peine le plaisir de retrouver David Solomon.

    Depuis déjà presque 20 ans, Tome, quand il veut bien abandonner la lucrative et ronronnante franchise du Petit Spirou, revisite ses classiques cinématographiques en transposant les intrigues de films comme "Sister Act", "Lone star" ou encore "Magnum force" dans l'univers de Soda avec l'appui du des dessins souples, efficaces et dynamiques de Gazzotti.

    A titre personnel, mes 3 albums préférés sont "Délivre-nous du mal" (n°9) qui nous entraînent dans le passé du père de David, Shérif d'une petite ville, mort dans l'exercice de ses fonctions, "Lève-toi et meurs" (n°7) qui met en scène un policier psychopathe prêt à tout exercer une vengeance et "Lettres à Satan" (n°2) qui nous raconte les premières années de Soda à New York, avant son entrée dans la police, au prise avec une série de meurtres mystérieux liés à un écrivain.

    En vous plongeant dans le quotidien du 13° precinct, vous retrouverez une atmosphère digne de NYPD Blues et une galerie de personnages attachants et complexes dans un univers qui explore les codes du polar urbain, entre action, violence, humour et introspection, loin de tout manichéisme.

    Halnawulf Le 11/08/2014 à 12:46:20
    Le combat ordinaire - Tome 2 - Les quantités négligeables

    "C'est l'histoire d'un photographe convalescent, d'un génie médiocre, d'un cargo qui sombre et du cheval de Zorro".

    "Tout est mieux avec toi que sans". C'est une première victoire mais le combat continue, évidemment quotidien, forcément ordinaire, pour certains négligeable… Marco poursuit son chemin avec les mêmes incertitudes mais moins d'illusions encore… il apprend à faire avec la réalité, le temps qui passe et les souvenirs qui doivent perdurer. Pour savoir où on va, il convent de savoir d'où on vient. "Vivons heureux en attendant la mort" comme disait l'autre. Emilie à ses cotés, Marco va de nouveau éprouver la peur de l'avenir mais tenter de faire face en se faisant le témoin militant du passé. L'ombre du deuil se profile inexorablement quand l'enfant devient le père.

    Il paye son tribu en rendant aux collègues du sien, ouvriers du chantier naval, la dignité et la reconnaissance d'une vie de forçat qu'on leur arrache aussi. Par la postérité des photos, Marco interroge une culture ouvrière agonisante sur l'hôtel du libéralisme qui laisse ses représentants désemparés, faisant d'eux des proies faciles mues par la peur pour les pires démagogues avides de pouvoir et prônant la haine de l'autre : l'intello, la parisien, l'étranger…

    Larcenet livre en parallèle une réflexion sur l'art qui s'émancipe de son auteur tandis que Marco apprends, en voulant donner à voir les clichés quasi-funèbres de l'Atelier 22, qu'"on peut être un grand artiste et un sale con …/… saisir toute la beauté du monde sur du papier mais n'en jamais faire partie". C'est à travers les aléas du quotidien, une série de portraits nuancés et une gamme d'émotions variée du rire au larme, que Larcenet touche du doigt de grandes vérités existentielles ainsi que nos peurs, nos lâchetés et notre capacité à nous émouvoir et à nous révolter, sursauts trop souvent anesthésiés par nos attitudes aquabonistes.

    Halnawulf Le 11/08/2014 à 12:45:44
    Le combat ordinaire - Tome 1 - Le combat ordinaire

    "C'est l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales, et d'un chat pénible".

    "Le combat ordinaire" se contente de faire monter mes larmes dés que je feuillette 3 pages pour mieux m'en imprégner avec l'espoir démesuré de trouver les mots justes pour partager l'indicible avec qui voudra.

    Le terme de chef d'œuvre paraîtra galvaudé aux intégristes de la littérature qui se sont arrêtés au "journal de Mickey" en terme de B.D. Si je voulais à leur instar prendre une posture, j'endormirai vos préjugés en parlant d'art séquentiel ou de 9° art. Mais "Le combat ordinaire" fait partie de ces lectures qui vous rendent meilleurs, plus tolérants. En guise d'explication sur l'émotion qui m'étreint aussi systématiquement à la lecture des pages de Larcenet, je me bornerai à avouer quelques bribes d'identification au personnage principal qui devrait parler à toute une génération de trentenaires s'interrogeant sur le sens de vie et la direction à donner à la leur. La comédie douce-amère de la vie de Marco, photographe de presse en pleine introspection, mets en scène rien moins que le difficile passage à l'age adulte qui fini par vous rattraper et "l'amour" qui reste à ce jour le meilleur des antidépresseurs malgré les effets secondaires ravageurs en cas de crise de manque ou de sevrage trop brutal.

    Chronique intimiste, "Le combat ordinaire" n'est pas que le portrait d'une certaine frange d'une génération. Il s'inscrit aussi dans son époque quand les recoins les plus inavouables de l'histoire de l'humanité, la guerre d'Algérie en l'occurrence, croise la petite histoire de Marco pour mieux s'affranchir de tout manichéisme et laisser espérer que nous ne sommes pas figés sur nos erreurs passés et qu'il est donc possible d'évoluer.

    Halnawulf Le 11/08/2014 à 12:41:45
    Blacksad - Tome 1 - Quelque part entre les ombres

    Il est des thèmes éternels 100 fois traités sous les formes les plus classiques avec un éclairage sans originalité outrancière. Présenté de la sorte, je ne doute pas que vous vous détourniez de propos qui vont suivre ou vous y plongiez avec la fascination malsaine des témoins avides de mise à mort. Vous en serez pour vos vos frais car j'ai encore une fois l'intention d'encenser une œuvre scénaristique et graphique due à l'extraordinaire talent de Juan DIAZ CANALES et Juanjo GUARNIDO.

    Conter les mésaventures d'un détective privé dans l'Amérique des années 50 n'est certes pas une innovation mais pourrait passer pour un lieu commun. Avec le personnage de John Blacksad, les auteurs choisissent d'explorer un univers marqué de l'empreinte indélébile de Chandler, Bogart, Ellroy et tant d'autres. La forme choisie, quoi que plus originale n'est pas pour autant nouvelle : à la façon d'un La Fontaine, de Sokal avec son inspecteur Canardo ou encore de Art Spiegelman avec Maus, Diaz Canales et Guarnido utilisent des animaux pour incarner leurs personnages. Ainsi, Blacksad est un chat, le faire-valoir humoristique de service est un furet et le flic conciliant et un berger allemand. Avec ces personnages et ce contexte scénaristique, la série plonge dans des intrigues sur fond d'amours malheureuses, de trahisons, de vengeance, de rédemption mais aussi de racisme, d'espionnage, de chasse aux sorcières… alliant donc des thèmes classiques à des interrogations contemporaines que seul le recul de l'histoire peut faire naître.

    Tout le talent de Diaz Canales et Guarnido dans la mise en scène de leur détective félin, cynique, désabusé, éternellement fauché et voué à la solitude et aux histoires d'amour ratées tient dans l'hommage revendiqué au travail de leurs glorieux aînés à travers un découpage moderne, dynamique et fluide, et un ton engagé mais non dénué d'humour. Le graphisme de Guarnido, formé à l'école Disney, est envoûtant par sa maîtrise et sa mise en couleur à la fois discrète et judicieuse, les caractéristiques des animaux incarnant les protagonistes rejoignant la personnalité de chacun et définissant sa gestuelle admirablement rendue.

    Quoi qu'archétypaux, les personnages de Blacksad se montrent moins manichéens qu'une lecture superficielle pourrait le laisser croire, et au delà de la nostalgie et de l'hommage, le traitement des intrigues fait écho à des évènements et des phénomènes très actuels qui débordent du contexte américain pour interpeller chaque citoyen du monde. La racisme, la dictature, l'abus de pouvoir, le muselage de la presse, les accointances du politique et de l'économique, la manipulation des masses en exacerbant la peur de l'autre n'étant l'apanage ni d'un pays ni d'une époque.

    Blacksad n'en reste pas moins une œuvre de fiction et de divertissement qui ne se veut pas traité de sociologie politique. On ne peut cependant que se réjouir quand des artistes ont à cœur de distraire leur public avec intelligence et talent.

    Halnawulf Le 11/08/2014 à 12:39:49
    Peter Pan (Loisel) - Tome 1 - Londres

    Pour l'essentiel de la population mondiale connaissant Peter Pan, la 1° référence reste celle de Disney qui, comme pour beaucoup d'autres mythes, a opportunément récupéré et affadis l'œuvre originale. De temps à autre, il peut paraître sain de secouer les idoles, tout dépendant du maître d'œuvre du dépoussiérage salvateur. Régis Loisel se lance donc à l'assaut de l'œuvre de Sir James M. Barrie et nous conte une genèse dérangeante et polémique de Peter Pan.

    Empruntant tour à tour à Barrie, Disney, Dickens et au mystère très réel de Jack l'Eventreur, Loisel débute son récit à la fin du XIXe siècle. Un gamin prénommé Peter se débat pour survivre dans les rues les plus sordides de Londres hantées par un tueur sadique, entre sa mère prostitué et alcoolique et la planche de salut que lui offre son imagination débordante et les histoires du vieux M. Kundall, patron de la taverne de son quartier. Un soir où le désespoir se fait plus profond encore, il fait la connaissance inattendue d'une fée égarée, Clochette, qui va l'entraîner au pays imaginaire où il rencontrera notamment un faune nommé Pan et une bande de pirates commandés par un capitaine sans nom qui gardera un surnom cuisant de sa rencontre avec Peter.

    Le parti pris de l'auteur quant au destin du futur Peter Pan est de nous faire suivre l'évolution d'un enfant perdu dans un monde d'adultes dépravés et cruels et qui soigne un manque d'amour chronique derrière un égoïsme chevillé au corps. Loisel introduit le drame et l'horreur du réel dans le monde imaginaire qui était jusque-là la seule échappatoire d'un enfant torturé. Traînant dans sa course nombre de blessures, Peter ère, hésitant et perdu, entre la monstrueuse réalité Londonienne et l'aventureux pays imaginaire, à la recherche du salut et de l'affection d'une mère qui le rejette. Tout au long des 6 volumes de l'histoire, il oscille entre le bien et le mal, l'égocentrisme et l'altruisme, la folie et la raison qui se disputent son esprit fatigué et sous l'influence d'une créature possessive et manipulatrice.

    Dans son appropriation du mythe de Peter Pan, Loisel tente d'aller au cœur de l'enfance traumatisée pour trouver la revanche de l'innocence prête à tout pour préserver un rêve sans conscience ni mémoire. Au delà des thèmes de James Barrie, on peut trouver dans cette œuvre des interrogations essentielles sur ce que l'humanité fait de ses enfants, la façon dont ils lui rendent bien et l'héritage qui leur est laissé.

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:43:50
    Astro City - Tome 4 - Des ailes de plomb

    Heureux possesseur des 3 volumes sortis en souscription chez SEMIC en 1997, 1999 et 2000, j’attendais désespérément la suite d’ASTRO CITY. Pour mémoire, les 3 premiers volumes contenaient :

    ASTRO CITY (vol 1) 1 à 6
    ASTRO CITY (vol 2) 4 à 9
    ASTRO CITY (vol 2) 1 à 3 et 10 à 12

    7 ans plus tard, Le nouveau volume, contient ASTRO CITY (vol 2) 14 à 20 : "DES AILES DE PLOMB".
    Aurons-nous un jour le n° 13, peut-être écarté par superstition ? Oui, je suis un immonde complétiste…

    Astro city est le jouet que Kurt Busiek s’est crée pour pouvoir s’amuser à sa guise avec les personnages iconiques de la culture américaine, qu’ils soient de chez Marvel, DC et autres maisons d’édition, et sans avoir de comptes à rendre à personne. Brent Anderson prête aux histoires de Busiek la classe et le classicisme qui fleurent bon l’age d’or des comics, souligné par les superbes couvertures d'Alex Ross. Chaque histoire étant indépendante, ne craignez pas d’être perdus dans les méandres de cette ville, même si vous pourrez y entendre parler de surhommes venus de planètes lointaines, de femmes héroïnes venant d’autres civilisations, de vigilants de l’ombre, d’acrobates justiciers ou de familles de super-héros…

    « Il n’est pas malin. Il n’est pas courageux. Et il ne veut pas du job. Mais il a quelque chose dont ont désespérément besoin les gens de Kiefer Square.
    Il est dur à tuer.
    Il lui faudra bien çà ».

    Carl « Steeljack » Donewicz est de retour à Kiefer Square après une longue peine de prison. Dans ce quartier oublié des « anges » qui protègent les autres quartier d’Astro City, les « masques noirs » sont mystérieusement assassinés. Cette communauté marginale qui ne peut pas non plus compter sur la Police a besoin que quelqu’un enquête…

    Kurt Busiek joue avec les codes du polar et rend hommage aux Pulp magazines des 50’s. Quelque part entre « Jackie Brown » et « Carlito’s way »,son personnage cherche sa place entre sa gloire passée et oubliée par une jeune génération de truands avides et sans honneur et la volonté de se ranger, coincé entre son agent de probation et des petits boulots qu’il n’arrive pas à garder. Les seules personnes qui l’acceptent et ont besoin de lui sont ceux qu’il doit justement éviter de fréquenter…

    L’histoire de Steeljack, c’est une réflexion sur le temps qui passe, la bonne conscience des représentants de la justice qui affichent un manichéisme rassurant, niant soigneusement la frontière ambiguë qui fait de vous un héros ou un criminel. C’est l’histoire de paumés avides de reconnaissance et du prix qu’ils sont prêts à payer pour l’obtenir. C’est aussi une visite dans une communauté avec ses codes et ses solidarités, ses hiérarchies et ses coulisses. C’est un récit captivant et émouvant sur un homme qui arrive à la fin de sa vie et qui espère avoir le courage de se retourner sans avoir à rougir. « Les ailes de plomb », c’est l’histoire d’une rédemption.

    Panini offre un bel écrin à ce récit d’exception traduit avec talent par Jérémy Manesse. Loin d’un modernisme tapageur et m’as-tu-vu qui alignerait les Splash-pages pour faire traîner une intrigue embryonnaire sur 10 épisodes, Busiek et Anderson nous livrent un récit dense et profondément humain. Refusant la facilité d’une noirceur et d’une violence gratuite et démagogique, les auteurs prennent le temps de nous présenter chacun des protagonistes en lutte contre la fatalité pour conclure impeccablement leur intrigue sur un affrontement désespéré rythmé d’onomatopées guerrières !

    Prenez la prochaine sortie pour Astro city et roulez doucement!

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:42:11

    Les miracles existent, ULTRA en est la preuve! Au pays des amateurs de surhommes en collants qui portent leurs caleçons par dessus, les filles sont rares, les personnages féminins étant le plus souvent cantonnés aux rôles de demoiselles perpétuellement en danger ou de faire-valoir, savamment dévêtues par le hasard pour le plus grand plaisir des geeks dont c'est souvent la seule présence féminine. Seules quelques Geekophiles peuvent parfois s'enthousiasmer pour les formes les plus évoluées de cette expression anglo-saxonne de l'art séquentiel plus communément dénommée "Comics". Le partage et la communication de ce type de passion tient souvent du sacerdoce, et les plus prosélytes tenteront même l'insensée quête de l'approbation féminine d'une allergique à la bande dessinée dans sa globalité.

    Les débordements de testostérone s'effacent cependant devant la sensibilité typiquement féminine qui se dégage des pages des frères Luna dans leur récit des aventures de Pearl Penalosa alias Ultra. Dans la ville de Spring City, les super-héros sont sous contrat avec diverses agences chargées de gérer leur carrière contre espèces sonnantes et trébuchantes. S'efforçant de concilier son désir d’aider les forces de l’ordre et les impératifs publicitaires et mondains d'une image publique, Ultra est devenue la plus célèbre super-héroïne de la ville et la plus appréciée des protégées de l'agence Héros inc. Employée dévouée, amie fidèle, fille modèle, Pearl Pelanosa mène une existence idéale aux yeux de son entourage tout entier.

    En 197 pages, Jonathan et Joshua Luna donnent naissance à un nouveau genre de super-héros, plus adulte et nuancé mais qui, contrairement à ses ainés des "Watchmen" d'Alan Moore au "Dark knight" de Frank Miller ne nécessite pas de maitriser outre mesure les codes du comics mainstream et de ses 60 ans de continuité. Au delà des acrobaties aériennes, du broyage de métal, du renvoi de balles de révolver et du passage à tabac de "bad boys" enflammés (au sens propre), Pearl doit en fait lutter contre l'envahissante Ultra qui attire sur elle les attentions de princes peu charmants, les regards des paparazzi et les quolibets cruels d'admirateurs prompts à bruler leurs idoles d'hier. Le pire ennemi de Pearl n'est finalement que son effroyable solitude qu'un tissu d'amis et de connaissances hétéroclites et bigarrés ne parvient plus à combler.

    Ce traitement de l'héroïsme, du pouvoir et de l'esclavage médiatique amène un nouveau lectorat à s'émouvoir sur le destin solitaire de Pearl, femme trop puissante pour ne pas faire peur à des hommes aux abois sans plus de repères virils. La limpidité du propos associée à une sobriété graphique proche de la "ligne claire" et une mise en couleurs qui privilégie les tons pastels finit de séduire la lectrice la plus rebelle aux extravagances chromatiques et aux anatomies hypertrophiées habituellement associées au genre super-héroïque. Il ne reste alors plus au fan-boy de base qu'à laisser parler la femme qui est en lui et à attendre de concert avec sa mie enfin conquise l'achat de "Girls" en piaffant d'impatience!

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:40:55
    Y le dernier homme - Tome 4 - Stop / Encore

    Dans ce tome 4 des mésaventures de Yorick Brown, dernier homme sur terre, Brian K. Vaughan et Pia Guerra mettent ce dernier face à son plus terrible ennemi : lui-même. Laissé aux bons soins experts d’une collègue de 355, Yorick va devoir finalement choisir entre vivre et mourir. Entre traumatismes et traitement de choc, ces 3 épisodes diffusent une étrange sensation de malaise dans une atmosphère relativement malsaine qui détonne avec les récits précédents, peu enclins à jouer de cette surenchère. Au-delà de ce sentiment, Brian K. Vaughan a au moins le mérite de secouer son lecteur en anticipant une éventuelle routine et quitte les interrogations sociologiques pour les investigations psychanalytiques. C’est donc sur les chemins du psychisme du dernier homme sur terre que le « road-comics » fait une pause et explore les événements passés depuis le fléau, éclairant d’un jour nouveau les motivations de Yorick.

    Goran Parlov prend ensuite le relais de Pia Guerra aux dessins pour un récit plus classique. La longue route de Yorick et ses acolytes est bloquée par des barrages aux mains de milices sudistes paranoïaques. L’affrontement qui s’en suit met en avant la naïveté du Dr Mann dans un monde peuplé de femmes dont elle connait les gênes sur le bout des doigts sans comprendre le fonctionnement d’une société en plein chaos et en perte de repères. Confrontée à l’héritage des hommes, le Dr Mann va devoir descendre de son piédestal, faire l’apprentissage brutal de la vie et murir dans la douleur. En arrière-plan de l’histoire de ces veuves miliciennes, Brian K. Vaughan sème de nouvelles graines de violence qui fleuriront dans les prochaines étapes du voyage de Yorick, alourdissant encore son fardeau et posant au lecteur une question lancinante : qu’y a-t-il à sauver de cette humanité ?

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:39:39
    Y le dernier homme - Tome 3 - Un petit pas

    Un petit pas pour l'homme... un grand pas pour l'Humanité? Pas si sûr! La menace des amazones écartée, Yorick se retrouve face à l'armée israélienne qui a toujours considéré comme un progrès social le fait d'être précurseur dans l'art de transformer les femmes en soldats, et qui veut s'assurer la maitrise d'une arme stratégique de premier plan : le dernier homme sur Terre! Miné par la déprime et peu flatté d'être désormais l'homme le plus fort du monde, Yorick, lui, a adopté pour devise "à peu de pouvoirs, peu de responsabilités"! Sur Terre, c'est donc dans une ambiance de fin du monde que se poursuit malgré tout son périple, mais c'est peut être sous terre et dans l'espace que sera ravivé l'espoir.

    Complots, trahisons, peur, haine, fanatisme et racisme sont le terreau dans lequel une terre peuplée de femmes veut faire fleurir une nouvelle humanité. Brian K. Vaughan donne de l’égalité homme-femme une illustration que chacun choisira de trouver pessimiste ou lucide. L’auteur fait évoluer la psychologie de ses personnages au fur et à mesure qu’avance son intrigue, fait disparaitre des protagonistes et en introduit de nouveaux, faisant du dernier espoir de l’Humanité un chemin de croix. Au milieu de toute cette pesanteur, Vaughan, toujours très bien servi par le trait réaliste de Pia Guerra, parsème son récit de scènes d’actions et de touches d’humour qui aèrent son propos, allègent la démonstration sociologique et rendent l’ensemble palpitant ! Entre les combats sur le toit des trains, les fusillades, les crashs d’engins spatiaux et les assauts sur des laboratoires secrets, le lecteur de comics averti trouvera un vrai plaisir à reconnaitre les références de Yorick, le dernier Geek sur Terre.

    Pia Guerra, Yorick, le Dr Mann et 355 s’octroient une petite pause de 2 épisodes et Vaughan un intérimaire de prestige en la personne de Paul Chadwick, créateur de « Concrete », série publiée chez Dark Horse et dont 2 volumes sont parus en France chez Semic il y a quelques années. Le style de Chadwick prend la suite de Pia Guerra de façon presque imperceptible. Vaughan concentre son histoire en 2 parties sur une compagnie itinérante de théâtre. Après des siècles durant lesquels les femmes étaient interdites sur scène et leurs rôles joués par les hommes, celles-ci se trouvent maintenant forcées de jouer les rôles masculins. Dans un monde sans télévision, des femmes moralistes mais privées de leur Soap préféré vont finalement se retrouver spectatrices choquées d’une pièce avant-gardiste sur… «Le dernier homme sur terre » ! Cette pause dans le récit principal s’offre en guest-stars Esperluette, le capucin de Yorick, et une ninja dont la présence annonce des bouleversements d’envergure dans la suite de l’histoire. Malgré ce ralentissement, un nouvel élan se prépare donc dans la dynamique feuilletonesque de « Y, le dernier homme » et on se précipite sans attendre sur le volume 4 !

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:39:05
    Y le dernier homme - Tome 2 - Un petit coin de Paradis

    L’improbable quatuor de Brian K. Vaughan composé d’un magicien amateur, d’une agent secret, d’une généticienne et d’un capucin capricieux continue son périple à travers les Etats-Unis, direction la Californie et le laboratoire du Dr Mann, dans une ultime tentative de sauver l’humanité privée de mâles.

    En utilisant les moyens du bord dans un pays en proie au chaos, dans lequel les postes les plus importants étaient tenus par des hommes, Yorick et ses compagnons, toujours poursuivis par « les filles des Amazones », se heurtent aux pilleurs et échouent dans une petite ville paradisiaque gérée de main de maitresse par des femmes d’une autonomie exemplaire.

    Yorick sera-t-il le serpent biblique qui entrainera la destruction du paradis ? Sur quelles fondations ce dernier s’est-il édifié ? L’espoir tombera t-il du ciel ? Brian K. Vaughan continue de tisser la toile du destin de l’humanité en tapissant son récit d'interrogations sociologiques, interrogeant les relations hommes/femmes aussi bien que le système carcéral ou les méthodes d'endoctrinement par les sectes, parfois de façon un peu caricaturale il est vrai.

    On sent d'ailleurs dans sa volonté de conclure certaines intrigues simplistes pour en développer d'autres plus complexes son désir de faire évoluer son propos. Cette étape du périple de Yorick est aussi l'occasion de mieux connaitre les failles de chacun des protagonistes, leurs maladresses et leurs lâchetés, bref : leur humanité. En parfaite harmonie avec Pia Guerra, il nous propose de beau portraits de femmes loin des stéréotype véhiculés couramment par les comics lambda.

    "Y, the last man" est donc aussi une invitation à mieux connaitre notre société, doublée d'un récit palpitant dans lequel tous les rebondissements sont permis et dont il est difficile de descendre en cour de route! En route, donc, vers les 8 volumes qui suivent!

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:38:26

    Jean Ferrat déclare avec Aragon que « la Femme est l’avenir de l’Homme » et Renaud rétorque que « la femme est l’avenir des cons et l’homme n’est l’avenir de rien ».

    Brian K. Vaughan renvoie dos à dos les penseurs du féminisme et du cynisme tout au long du récit des aventures de Yorick Brown, le dernier homme sur Terre, jeune apprenti magicien affublé d’un capucin mâle acariâtre.

    En quelques secondes, tous les mâles de la planète, humains ou animaux, ont succombé à une mystérieuse hémorragie. Seul Yorick et son singe ont, semble-t-il, été épargnés. Dans un monde en plein chaos, ils errent à travers les États-Unis, Yorick tachant de cacher son identité derrière un masque à gaz en attendant de pouvoir rejoindre l’Australie où se trouve sa fiancée.

    Ce premier volume retrace la disparition des hommes, le chaos qui s’en suit, et les luttes plus ou moins larvées qui opposent les différents personnages gravitant autour de Yorick, devenu un enjeu prioritaire de pouvoir entre celles qui souhaitent sa mort et celles qui comptent sur lui pour repeupler la planète. Croisant une énigmatique agent secret et une présomptueuse généticienne, Yorick est le témoin maladroit de la naissance difficile d’une société exclusivement féminine qui n’a pas renoncé aux travers que l’on qualifiait en d’autres temps de typiquement masculins.

    Le dernier porteur du chromosome Y doit découvrir la cause de l’extinction et le moyen d’y remédier tout en restant en vie dans un monde dévasté et dont les dégâts sont à la mesure de la faible place laissée aux femmes par les hommes.

    Brian K Vaughan embarque donc le lecteur dans une histoire qui mêle l’intime à la sociologie, l’humour au drame et l’action à la réflexion, histoire servie avec sobriété et talent par Pia Guerra. Loin des canons du comics super-héroique ou grim'n'gritty, elle illustre ce drame de l'Humanité dans un style pudique et limpide, sans effets "tape à l'oeil", ancrant un peu plus dans le quotidien des individus le crépuscule d'une race ne tenant plus qu'à un fil ténu nommé Yorick.

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:36:21
    Ex Machina (Editions USA & Panini) - Tome 3 - Réalité et fiction

    Ce 3° volume des aventures du Maire Mitchell Hundred est placé sous le signe de l'opposition entre réalité et fiction. Escroquerie, surnaturel, mensonge, mythomanie, idéal et rêve s'opposent à la vérité, la science, la réalité, les concessions et le pragmatisme. Le premier récit retrace le conflit entre la Mairie de New-York et les bonimenteurs et autres charlatans de la voyance. A travers l'incrédulité d'un homme qui parle aux machines sur les dons d'une femme qui prétend voir l'avenir, Mitchell Hundred est confronté à ses propres préjugés. C'est l'occasion pour Vaughan de nous en apprendre un peu plus sur la mentalité et la personnalité de son personnage, traumatisé par le "11 septembre" et prêt à faire des choix politiques fermes et difficiles. Le scénariste nous montre aussi qu'au-delà de son refus des normes et des conventions, Hundred possède un coté sombre aux réactions imprévisibles. Cet approfondissement de la personnalité de l'Illustre Machine donne tout son sel à ce Stand Alone.

    Les 3 épisodes suivants confrontent l'Illustre Machine à la retraite à un usurpateur qui se dit la création de l'ancien héros devenu Maire. Retenu par une prise d'otage et un forcené mythomane dans une cour de justice, Mitchell doit compter sur ses amis, dont Ray, dont nous faisons la connaissance. Cet avocat, auquel Vaughan et Harris donnent l'apparence d'un journaliste du Daily Planet bien connu, partage avec son ami d'enfance la passion d'un mythe et d'un idéal qui a fait naitre la vocation de l'Illustre Machine. Galvaudés par des méthodes expéditives, les rêves et les héros de l'enfance sont ainsi trahis, tout autant que les idéaux qui s'effritent au contact de la dure réalité du monde adulte.

    Perdu entre les mensonges et les compromissions, Mitchell décide de quitter New-York pour retrouver celle qui a fait de lui ce qu'il est : sa mère. Cette confrontation douloureuse lui donnera une nouvelle leçon sur le mensonge. Trahi par les machines elles-mêmes, Mitchell en tirera une nouvelle maturité et une vision plus acérée de la complexité des relations humaines.

    Au delà de l'illustration de ces principes, Ce volume d'Ex Machina est aussi l'occasion de retrouver les péripéties, l'humour et la galerie de personnages qui gravitent autour de Mitchell Hundred. Le Maire de la Grosse Pomme porte le lourd fardeau de son alter-ego victime d'un idéal simpliste. En ne confondant plus la fiction d'un comics avec la réalité sociale et individuelle de l'homme qui ne se répare pas ni ne se commande aussi bien qu'un mécanisme quelconque, Mitchell devient en quelque sorte une ex-machine qui accepte enfin l'irrationalité courante de l'être humain.

    Ex Machina est une série qui ne séduit pas forcément à la première lecture mais gagne à être relue à tête reposée pour en goûter la saveur. La version française reste, hélas, bien pauvre dans ses médiocres choix de langages.

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:31:29

    Bien que L. BELINGARD soit toujours fâchée avec les négations, donnant parfois l'impression de lire des dialogues de demeurés, j'ai craqué pour ce volume 2 des aventures du maire Mitchell Hundred qui se débat cette fois avec le système scolaire, l'homosexualité et les rapports entre presse et politique. Accessoirement, d'étranges inscriptions en lien avec l'origine de ses pouvoirs fleurissent sur les murs de la ville qu'un sérial-killer transforme en boucherie.
    Vaughan continue de naviguer entre le présent et le passé, nous dévoilant les origines et les exploits du héros tout autant que la parcours politique de l'élu. L'atmosphère de l'histoire, entre Spin City et X Files, est toujours très bien rendue mais, nonobstant un nombre certain de planches hard-gores et certaines considérations sur l'urophilie, l'éjac faciale et l'amour des animaux et des jet-packs, je suis resté étonnamment sur ma faim, mais avec l'envie d'avancer dans le récit. Si le but est de faire naître l'impatience du lecteur, Vaughan atteint bien son objectif. La vie privée du héros prend un nouveau tournant et les thèmes politiques abordés ne peuvent qu'encourager la réflexion. Ne reste plus qu'à attendre le volume 3!
    Une curiosité pour finir : un étrange duo de demoiselles dans le métro m'a fait penser à Sophie Bangs et son ami Stacia, dans Prométhéa d'Alan Moore et J.H. Williams III... hommage des auteurs ou simple obsession de ma part?

    Halnawulf Le 01/08/2014 à 12:30:23
    Ex Machina (Editions USA & Panini) - Tome 1 - Les Cent Premiers Jours

    Brian K. Vaughan, déjà auteur des "Fugitifs", de "Y, le dernier homme" et de "Pride of Baghdad" fait encore une fois montre de tout son talent en nous entraînant dans un monde uchronique dans lequel une des Twin Towers est restée debout après le 11 septembre 2001.

    Mitchell Hundred, son sauveur, ancien super-héros sous le nom de Ex Machina, est devenu Maire de New-York grâce à cet exploit. La série nous entraîne dans les méandres de son mandat de 4 ans, entre arcanes de la politique et flashbacks sur la vie et les hauts faits trépidants de la carrière de super-héros d'Ex Machina, l’homme qui commande aux machines.

    Ces cents premiers jours en 5 épisodes nous permettent de découvrir les origines du super-héros et l’entourage du maire confronté à un scandale artistique et une série d’attentats. Vaughan nous entraîne dans le sillage d’un homme politique hors normes, au franc parler rare en ce milieu, qui lutte avec autant d’âpreté pour garder son indépendance face au chantage et à la corruption qu’en affrontant le crime sous la combinaison du super-héros. Loin de glorifier l’initiative individuelle et irresponsable du vigilant, Vaughan tend à nous montrer toute la complexité du monde et la valeureuse ténacité de l’humain parfois impuissant qui s’implique en politique comme on passe à l’âge adulte en quittant dans la douleur l’univers manichéen de l’enfance. Ex Machina nous parle de çà et de beaucoup d’autres choses : de l’art, de l’idéal, de la vieillesse, de la responsabilité, de l’indépendance, du libre choix, du destin et de l’échec... un régal de maturité et d'intelligence mâtiné d'humour et d'action.

    En bonus, l’édition Panini nous permet de découvrir la technique de travail de Tony Harris, le dessinateur, qui se base sur des photos de ses proches pour donner à la série un style réaliste très éloigné des surhommes colorés et bodybuildés, et parfaitement en phase avec le scénario de Vaughan.

    La première et onéreuse édition en français chez Editions USA avait soulevé une vague de reproches concernant la traduction de Teshi Bharucha, édition qui se permettait même de se tromper en couverture dans le nom du scénariste !!! Cette fois, Laurence Bélingard, qui avait déjà exécuté sommairement "Pride of Bagdhad", est à la traduction pour le compte de Panini. Il n’y a vraiment pas de quoi se vanter. Fautes de syntaxe contre fautes d’orthographe, le choix vous appartient...

    Halnawulf Le 31/07/2014 à 22:46:42
    Spider-Man (100% Marvel) - Tome 7 - L'Empire

    La preview enthousiasmante que j'avais lue se concrétisait dans la collection 100% de Panini en VF, ou quelque chose d’approchant écrit par L. Bélingard, toujours fâchée avec les « ne »… Kaare Andrews apporte sa pierre à l’édifice du temple que les jeunes artistes ont élevé à la gloire de l’artiste moribond Frank Miller.

    Dans un futur désespéré, un héros a baissé les bras, seul avec ses souvenirs. Errant dans une métropole grise et pluvieuse sous un régime para-militaire liberticide relayé par des médias complaisants dont la figure la plus emblématique s’appelle Miller Janson, le vieillard rumine ses échecs sans prêter attention à la jeunesse rebelle qui refuse de vendre sa liberté contre la sécurité et le confort. Une altercation musclée dans la rue et un symbole du passé soudain ressurgi vont le pousser à réagir. Tout au long d’un chemin de croix qui le mènera à la rédemption et permettra à la ville de se libérer, le héros sur le retour endurci par l’amertume croise les fantômes morts et vivants de sa vie passée et se prépare à mener son dernier combat contre sa Némésis... Oui, c’est le scénario standard livré en Kit pour faire entrer un héros dans l’age adulte du Grim’n’gritty.

    Tout le problème de Kaare Andrews est là. Plus qu’un hommage, son Reign est un copié-collé du scénario de Miller. Il y a repris tous les lieux-communs : la télé corrompue et abrutissante avec ses sourires figés, les cieux zébrés d’éclairs apocalyptiques, les vilains sous contrôle resurgit du passé, l’énergie du désespoir qui anime un le corps usé par les années d’un héros brutal, les jeunes paumés des rues qui représentent l’espoir, la gamine qui veut reprendre le flambeau de l’âge des héros….

    Andrews assume le moindre trait tremblotant Millerien pour justifier la filiation de sa « Dark knightisation » de Spider-Man. Quelques expressions faciales peu réussies et un usage immodéré de Photoshop en matière de décors finissent de décrédibiliser l’ensemble

    Enfin, cerise sur le gâteau, il m’a semblé plus que douteux que M.J ait succombé à une super MST attrapé en folâtrant avec un Peter Parker dont le sang, au fil des années est passé dans presque tous les labos de New-york sans que des amateurs comme Reed Richards ou Curt Connors ne détectent le moindre problème !

    Après l’attente fiévreuse née des quelques pages lues sur le Net, la déception était au rendez-vous. Kaare Andrews échoue à donner une personnalité propre à son travail et, à l’issue d’un pari effectivement risqué, reste dans l’ombre de son modèle par excès de respect pour l’œuvre originale.

    Halnawulf Le 31/07/2014 à 22:41:44
    WE3

    Grant Morrison et Frank Quitely nous entraînent à nouveau du coté des rebelles et des persécutés en suivant la fuite désespérée de 1 le chien, 2 le chat et 3 le lapin, cobayes d’expériences militaires qui en ont fait des cyborgs surarmés. Hélas, dans un soucis de ménager la sensibilité de l’opinion publique face à de mignons petits animaux de compagnie bardés d’électrodes cérébrales, les 3 prototypes du projet Animal Weapon 3 -WE3- sont déclarés obsolètes. Ils ne doivent leur salut qu’à l’évasion. La traque commence.

    Morrison met face à face l’humain et l’inhumain. Sous prétexte d’épargner des vies humaines, des hommes ont renoncé à tout sentiment pour martyriser d’autres êtres vivants et continuer leurs guerres. Dissimulées un temps derrière des prothèses de métal, la sensibilité et la souffrance des animaux trouvent à s’exprimer à travers les mots simples qu’un excès de zèle maladroit leur a donné la capacité de prononcer. C’est d’ailleurs ce que craignent et répriment le plus les autorités militaires : des êtres qui s’expriment et donc qui pensent. Le langage est bien la clé de la liberté.

    Frank Quitely n’est jamais aussi bon que quand on lui laisse le temps d’exprimer tout son talent. Libéré des contraintes de temps imposés par les séries mensuelles, il excelle dans la représentation de la douleur et du chagrin, de la violence et de la peur. Il alterne des pages découpées en une multiplicité de cases qui renforcent le sentiment d’enfermement et de paranoïa et les pleines pages qui nous étourdissent du vertige de la liberté et de l’espace sans limite. Il mêle les deux mises en pages pour mieux nous éclabousser de la férocité des combats provoqués en notre nom tout en nous renvoyant à notre voyeurisme et à notre responsabilité face aux luttes menées par des innocents à notre place. Enfin, en utilisant des cadrages subjectifs qui montrent certaines scènes à hauteur d’animal, il nous remet à notre place en nous faisant prendre celles des cobayes rebelles que l’armée veut museler.
    En évitant de trop humaniser les animaux au centre de ce récit et en leur laissant les instincts qui les poussent à fuir, à se défendre, et à se nourrir, les auteurs évitent de sombrer dans le sentimentalisme dégoulinant tout autant que dans le désespoir le plus profond quand des sursauts de conscience daignent toucher certains humains. C’est donc avec une œuvre émouvante, complexe et esthétique que Grant Morrison et Frank Quitely nous ensorcellent une nouvelle fois!

    Halnawulf Le 31/07/2014 à 22:37:57
    Usagi Yojimbo - Tome 1 - Volume 1

    Parfois considéré à tort comme un Manga, Usagi Yojimbo est un comics édité aux USA par Dark Horse et en France par Paquet. Le format choisi par ce dernier éditeur entretient peut être la confusion. Le parcours atypique de l'auteur, Stan Sakai, y contribue probablement aussi. Né au Japon d'un père militaire américain, Stan Sakai grandit à Hawaï avant de s'installer en Californie pour y poursuivre ses études artistiques. Lettreur pour Sergio Aragones sur la série «Groo», barbare souvent croisé ou évoqué dans Usagi Yojimbo, Stan Sakai crée son "lapin garde du corps" en 1984.

    Dans le Japon du XVII ième siècle, la rivalité entre la noblesse d'épée et la noblesse de sang a culminé jusqu'au renversement de l'empereur et la prise du pouvoir par le Shogun, le général en chef. Bien que sous son autorité, les Daimyo, les seigneurs féodaux, ne cessent de se livrer bataille au nom du pouvoir. Au service de ces seigneurs, les Samouraïs suivent la voix stricte du Bushido et sont dévoués à leur seigneur jusqu'à devoir normalement le suivre dans la mort.

    Samouraï ayant perdu son seigneur lors d'une bataille mais ayant dû lui survivre pour éviter la profanation de sa dépouille, Miyamoto Usagi est devenu un Ronin. Il ère donc dans le Japon féodal, fidèle au Bushido, rétablissant le droit et la justice au fil de ses 2 épées, louant parfois ses services comme garde du corps.

    Dans la tradition des bêtes porteuses de messages qui va de La Fontaine à Carl Barks, Stan Sakai choisit de donner la parole à des animaux anthropomorphiques et truffe ses pages de Tokagés, d'étranges lézards sympathiques qui remplacent avantageusement la faune habituelle, domestique ou sauvage. A ce titre, l'incarnation hors norme du seigneur Higiki, ennemi fondamental d'Usagi, est une piste intéressante sur la lecture à faire des aventures de Usagi Yojimbo.

    L'univers de ce premier tome est peuplé de monstres et démons issus de la mythologie japonaise, de jeunes seigneurs faisant l'apprentissage de la vie, de femmes samouraïs fidèles, de chasseurs de prime roublards, d'auberges animés, de félons à punir, de Ninjas, de références au cinéma de hong-kong rendant hommage à Zaitoichi... Tout cet univers pittoresque se débat dans les amours d'enfance, les rivalités, les rancunes, les dettes d'honneur, les passions contrariées par le devoir et les farces et mauvais tours que peuvent se livrer 2 compagnons de route.

    Avec une infinie grâce dans son dessin, Stan Sakai nous invite à une épopée extrêmement bien documentée dans le japon féodal, que ce soit concernant les mœurs, les coutumes, la politique ou bien les costumes et accessoires. La délicatesse des principes cohabite avec la violence des combats, pleins de bruits et de fureurs dans une époque troublée par les complots et les luttes de pouvoir.

    La profondeur de la psychologie des personnages et la diversité de leurs sentiments, les drames poignants côtoyant les farces pittoresques dignes des meilleurs westerns spaghetti finissent de faire des aventures de Usagi Yojimbo un comics incontournable et loin de sentiers battus qui ne cesse de surprendre alors que le 15 ième volume est annoncé pour 2009 en VF. S'il ne devait y avoir qu'un bémol, il porterait encore une fois sur les maladresses de langage d'une traduction parfois peu inspiré.

    Halnawulf Le 31/07/2014 à 22:34:45
    Y le dernier homme (Urban Comics) - Tome 1 - Volume I

    Jean Ferrat déclare avec Aragon que « la femme est l’avenir de l’homme » et Renaud rétorque que « la femme est l’avenir des cons et l’homme n’est l’avenir de rien ».

    Brian K Vaughan renvoie dos à dos les penseurs du féminisme et du cynisme tout au long du récit des aventures de Yorick Brown, le dernier homme sur terre, jeune apprenti magicien affublé d’un capucin mâle acariâtre.

    En quelques secondes, tous les mâles de la planète, humains ou animaux, ont succombé à une mystérieuse hémorragie. Seul Yorick et son singe ont semble t’il été épargnés. Dans un monde en plein chaos, ils errent à travers les Etats-Unis, Yorick tachant de cacher son identité derrière un masque à gaz en attendant de pouvoir rejoindre l’Australie où se trouve sa fiancée.

    Ce premier volume retrace la disparition des hommes, le chaos qui s’en suit, et les luttes plus ou moins larvées qui opposent les différents personnages gravitant autour de Yorick, devenu un enjeu prioritaire de pouvoir entre celles qui souhaitent sa mort et celles qui comptent sur lui pour repeupler la planète. Croisant une énigmatique agent secret et une présomptueuse généticienne, Yorick est le témoin maladroit de la naissance difficile d’une société exclusivement féminine qui n’a pas renoncé aux travers que l’on qualifiait en d’autres temps de typiquement masculins.

    Le dernier porteur du chromosome Y doit découvrir la cause de l’extinction et le moyen d’y remédier tout en restant en vie dans un monde dévasté et dont les dégâts sont à la mesure de la faible place laissée aux femmes par les hommes.

    Brian K Vaughan embarque donc le lecteur dans une histoire qui mêle l’intime à la sociologie, l’humour au drame et l’action à la réflexion, histoire servie avec sobriété et talent par Pia Guerra. Loin des canons du comics super-héroique ou grim'n'gritty, elle illustre ce drame de l'humanité dans un style pudique et limpide, sans effets "tape à l'oeil", ancrant un peu plus dans le quotidien des individus le crépuscule d'une race ne tenant plus qu'à un fil tenu nommé Yorick.

    Halnawulf Le 31/07/2014 à 21:52:34

    Bill Willingham au scénario et Mark Buckingham, aidé par Bryan Talbot, Ian Médina, Linda Medley font mentir la formule consacrée selon laquelle « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

    Après une mise en bouche sur les talents d’arnaqueurs de Jack, descendu de son haricot magique pour copuler avec une riche jeune fille sudiste moribonde bientôt entourée de vaches, porc et poules zombies, puis une savante mais scabreuse manipulation destinée à calmer les ardeurs d’un journaliste trop curieux obsédé par les vampires, ce troisième tome nous convie à une superbe histoire d’amour bucolique en 4 parties nous présentant les joies du camping sous leur meilleur jour, tant que la rancune et un fusil à lunette ne s’en mêlent pas.

    Difficile d’en dire plus sans vous gâcher le plaisir de la lecture. Le décalage est de rigueur, et, entre humour noir et véritable histoire d’amour forcément contrariée, les prestigieux protagonistes de cette série et les sombres péripéties qu’ils doivent surmonter sur fond de rivalité politique et de guerre de pouvoir sont des plus fascinants. Le tandem Bigby et Blanche-Neige est un couple à la Bonnie and Clyde des plus charismatiques et romantiques qu’il m’ait été donné de voir… le loup qui est en moi ne peut que s’émouvoir de tant de tendresse animale !

    Les artistes associés à cette iconoclaste projet livrent, chacun dans leur style, de superbes planches classiques et élégantes qui ne répugnent cependant pas à faire couler l’hémoglobine, et renforcent encore le plaisir d’explorer ces contes pour adultes à la rencontre d’un peuple en exil en perte de repère. Notre triste monde a t’il perverti ces êtres féeriques ou n’ont-ils été de tout temps que le reflet édulcoré de nos perversions et mesquineries animales ? Cette romance est en tout cas une once d’espoir dans un monde de brute.

    Halnawulf Le 31/07/2014 à 21:13:22
    Fables (avec couverture cartonnée) - Tome 2 - La Ferme des animaux

    Condamnée à des travaux d'intérêt général suite à une arnaque qui a mal tournée, la très urbaine Rose-Rouge est emmenée par sa sœur Blanche-Neige à "la ferme" où vivent les Fables non-humanoïdes et se retrouve au milieu d'une révolution.

    Bill Willingham rends à César ce qui lui appartient, en l'occurrence un hommage appuyé à ses glorieux prédécesseur que sont La Fontaine et, dans "La ferme des animaux", à Georges Orwell, auteur de "1984" et de "La ferme des animaux" justement. Les animaux ont permis à ces auteurs de pointer les travers de leurs contemporains. Georges Orwell dénonçait ainsi en 1945 les dérives de la révolution russe, Staline, Lénine et Trotsky étant incarnés par 3 cochons, Orwell se réservant le rôle de l'âne!

    Après l'ambiance polar du premier arc, Bill Willingham nous plonge en pleine lutte des classes et les damnés de la terre ont bien retenus les leçons de leurs prédécesseurs : procès expéditifs et exécution sommaires, traitres à la cause, chasse aux sorcières, manipulations des masses... la panoplie complète du petit dictateur est de sortie. Après les avoir illustrés pendant des siècles, ces animaux fabuleux ont fait leurs les appétits mesquins des humains, guidés par une opportuniste qui n'est pas des leurs. S'appuyant sur les frustrations et les sacrifices des Fables cantonnées au fond de la campagne par la force des choses, la soif de pouvoir se rassasie dans le sang. Chacun doit choisir son camp et en assumer les conséquences.

    Bill Willingham manie avec adresse et un plaisir évident l'humour et le drame, la salacité et les rebondissements, cite Shakespeare tandis que Mark Buckingham illustre avec élégance la foison de Fables issus des récits de Lewis Carol, Kipling, Andersen et autres traditions séculaires plus obscures sans oublier de citer graphiquement The Avengers de Kirby!

    Ce second tome de Fables est encore une invitation à explorer un monde magique décalé et pittoresque peuplé de personnages attachants et très humains bien loin des icônes populaires jusque-là empêtrées dans un classicisme rigide.

    Halnawulf Le 31/07/2014 à 21:05:52
    Fables (avec couverture cartonnée) - Tome 1 - Légendes en exil

    Bienvenue au royaume de Fables ! Arnaques, crises de couple, divorces sordides, obsessions sexuelles, meurtres divers et en série, zoophilie, chantage, corruption politique, prostitution y ont pour acteurs le Grand Méchant Loup, Blanche-Neige, les 3 petits cochons, le Prince Charmant, la Belle et la Bête, Barbe Bleue, Pinocchio et tous les être fabuleux qui ont illuminé notre enfance !

    Après Semic puis Panini, Urban nous présente "Fables", la nouvelle série de Bill Willingham et Lan Médina pour le label VERTIGO de DC. Depuis que le royaumes des Fables est tombé aux mains de l’Adversaire, les survivants ont trouvé refuge dans notre monde, se mêlant aux humains pour ceux qui en avaient l’apparence ou se cantonnant à « la Ferme » pour les non-anthropomorphes. Afin de mieux faire connaissance avec les protagonistes de ces contes pour adultes avertis, nous suivons l’enquête de Bigby (Big B… ad Wulf) sur le supposé meurtre de Rose Rouge, la sœur de Blanche-Neige.

    Les investigations et interrogatoires du défenseur de l'ordre de Fableville sont un excellent prétexte à un tour d'horizon des Fables qui comptent, tenants du pouvoir politique et financier, et des canailles opportunistes qui ne rêvent que de les flouer ou les remplacer. Ce sont tous les rouages d'une communauté en exil autant que les pensées et penchants intimes de ses membres qui se révèlent grâce au flair et à la fausse nonchalance d'un loup repenti dont les instincts ne sont qu'assoupis.

    Toutes les graines d'une excellente série humoristique, dramatique, romantique et cynique sont ici plantées pour captiver les lecteurs tout en sachant que le meilleur est à venir!