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Voilà la série est lancée. La vitesse de croisière est prise. Si le scénariste met moins la part belle dans les surprises scénaristiques, il prend le temps à poser toutes ses situations et tous ses personnages. Et, encore une fois, ils sont intenses ses personnages.
Ce 3ème tome est toutefois moins violent, moins virulent mais les enjeux de chacun sont bien plus précis. De plus, le personnage principal de ce 3ème opus (que l’on entendu parler au 1er et second tome et qui apparait, iconique, à la toute dernière planche du second tome mais aussi sur la couverture de ce même second tome, prend tout l’espace. Il est d’un mystère fou, d’une humanité incroyable mais aussi d’une violence assassine droite et froide.
Question dessin, c’est toujours l’éclate pour celles et ceux qui aiment L’ambiance Peeters. L’artiste a une patte unique, un talent fou et singulier. Peeters ne ressemble qu’à du Peeters et à rien d’autres. Et perso j’adore son trait.
Ainsi donc la série continue à emballer, pas le moindre essoufflement même si dans ce tome, on prend plus son temps. Cela monte crescendo. On imagine une conclusion qui sera outrageuse.
3 histoires qui racontent Thorgal. 3 histoires que nous sommes donc obligés de lire pour comprendre d’où il vient et ou il va. Et 3 histoires, en plus, plutôt énergiques et de bons alois. Mais…
Mais, même si la 1ère histoire est superbe de dessin et intense d’actions, il faudra m’expliquer comment un type qui a voulu couper la tête à son chef…va devenir chef lui-même après la mort du type qu’il a voulu couper la tête. Perso, je suis chef, je fais tout pour le mettre de côté, voire de l’occire après un bon procès pour traitrise. Bref, Van Hamme, parce qu’il a voulu densifier et reconnaitre ses protagonistes futurs, propose une impossibilité politique. Ce simple problème de biais m’a laissé complétement à côté de la narration.
Les 2 autres histoires, elles, sont très bien foutus. Et, une histoire de space opéra dessinée par Rosinski, c’est plutôt assez génial.
Bref, 3 histoires qui vont bien mais qui raconte le plus important dans la légende. A ne pas louper pour suivre l’épopée.
« La peur et la cicatrice » : Des 5 histoires, la 1ère me restera à jamais en tête. J’ai dû cesser plusieurs fois ma lecture tant elle m’a angoissé à ne pouvoir respirer. C’est donc un témoignage bouleversant que voilà dont je ne suis pas sorti indemne. Pour toujours et à jamais.
« Tant qu’il y aura des étoiles » est également une histoire bouleversante du temps qui passe et des vies qui ont été riches, merveilleuses et qui, pourtant, s’oublient en EHPAD. Fabien Toulmé raconte cela avec tellement d’humanisme et de sincérité que cette histoire toute bleue fait chavirer le lecteur.
Evidemment « Ligne zéro » est aussi une narration qui secoue comme tous les témoignages de guerre qui parle de l’humain et de son intime plutôt que le patriote et son roman national.
Les 2 dernières histoires m’ont moins troublées. Je suis convaincu qu’ils le feront tout de même pour d’autres. Car, dans une narration visuelle minimaliste et des dessins qui vont à l’essentiel, l’auteur touche à chaque fois au cœur. Car on ressent l’admiration et l’affection que porte Toulmé à chacun de ses témoins. Et cette sincérité là est, dans chaque planche, palpable.
Simple, efficace et surtout sincère.
Album ou c’est une ville le personnage principal. Album qui pourrait coller à l’esprit Métal Hurlant tant la fin est jubilatoire autant que malveillante. Album qui va construire une saga mais qui n’était pas prévu pour ça. Album ou l’architecture est la matière première de toutes les émotions. Album curieux, unique, atypique.
J’ai beaucoup aimé cette lecture en apesanteur, ce mélodrame entre l’homme et le décorum, entre l’homme et la représentation d’une ville et d’une société. Il y a beaucoup de suspension dans la narration. Il y a aussi beaucoup de Steam punk dans les visuels que je trouve sublime.
Cet album est singulier. Vous ne lirez jamais rien d’autres de la sorte ailleurs. Et je me suis laissé emporter dans la lecture. J’ai adoré ce voyage et cette folie. J’ai adoré le final que je n’ai pas vraiment compris mais peu importe car il y avait autre chose dans l’air. J’étais comme ce héros largué, perdu, clochard et j’ai aimé être pris de la sorte, démuni de logique.
L’autre histoire est anecdotique et m’a laissé un gout très amer en bouche. Je n’en parle donc pas. Surtout que cela n’a rien à voir avec les cités obscures.
Et ça y est, ça se torgnolle entre le père et le fiston. Le combat est entamé dans une forêt de cristal entre Luke et Dark. Quand on pense qu’Archie Godwin et Carmine Infantino ne savaient pas encore le coup de « Je suis ton père » au moment de l’écriture de l’épisode, ça fait marrer. Sauf qu’il est vraiment chouette cet épisode là. Il y a tout : du suspens, de l’action et même de la psychologie. Ok parfois c’est capillotracté mais, tout de même, il a du sens et de la pertinence.
Et ça se torgnolle encore entre Hulk et Machine Man. Mais c’est Sal Buscema, qui est un génie , au dessin. Le meilleur de tous pour mettre en avant le géant vert. Et il y a étonnement aussi de vrais enjeux qui tiennent la route. La meilleure histoire de ce mois-ci dans Titans.
Et ça se torgnolle dans le couple de Mikros. Pas cool le virus. Pendant ce temps le méchant qui a des envies d’extermination et de maitre du monde (comme tous les méchants chez Mitton), tente son plan machiavélique. Mais par des hasards incroyablement heureux, tout part en cacahuète ! Tout est bien qui finit bien. Mitton fait nimportnawak et, moi, j’adore la lecture au douzième degré du bousin.
Dazzler se torgnolle (un peu) contre Klaw et ce n’est quand même pas rien. Sinon on découvre un peu plus ses pouvoirs dans un laboratoire très mal dessiné. Parce que la série est franchement très mal dessiné avec tout plein de dessinateurs très interchangeables. Question pouvoirs de Dazzler, on ne comprend pas mieux. J’avoue que je ne saisis toujours comment elle arrive à mettre des torgnoles (contre Hulk, Fatalis quand même) avec de la lumière.
Ne cherchez pas une enquête, un polar dans ces planches-là. Passez votre chemin si c’est le cas. Mais si vous cherchez une série noire, foncez !
Voici 90 planches d’un monologue poisseux et exsangue. Voici l’histoire d’un homme médiocre qui devient baltringue à la rencontre d’une dépouille d’une gosse. Voici l’histoire d’une spirale infernale dans un gouffre sans fin Voici l’histoire d’un flic que tout le monde dit rincé et qui l’est. Rien de plus. Rien de moins.
Daeninckx adapte Pagan pour une BD qui, méthodique, raconte tout cela, raconte la perte de repère jusqu’à que la seule valeur soit le « Je n’en ai rien à foutre de tout ». Et Daeninckx adapte merveilleusement Pagan. Tous les détails y sont qui ne font pas une suite logique narrative mais un faïençage d’émotions accablées, d’affaires sordides, d’ambiance mélancolique qui permettent de saisir le nihilisme, la perte de sens d’un type au bout du rouleau. Et que les choses soient claires, il n’y aura pas d’échappatoire. Les deux dernières planches promettent un happy end ? La dernière case rappelle que, non, ça n’arrivera pas et exprime pourquoi.
Mako rend une très belle copie dans les décors mornes, l’ambiance grise avec des pastels qui salissent tout. Mais, je regrette toujours chez ce dessinateur les personnages trop inexpressifs à mon gout. A part ce détail, Mako est parfait pour mettre en lumière mortifère un long râle, une descente aux enfers, une fin.
C’est dans une veine plutôt classique que se clôture ce nouveau dyptique. Classique ne voulant pas dire morne, bien au contraire.
Car, Runberg construit autour de cette trame habituelle des trames politiques (mensonges aux peuples, révoltes et faux semblant) une vraie intensité qui monte crescendo jusqu’à l’effroi le plus absolu en toute fin d’histoire. Oui, cela vire carrément à l’horreur. Car quelle rude bonne trouvaille que cet ennemi invisible.
Pellé magnifie cet antagoniste dans l’horreur le plus génialement dessiné. Il magnifie toujours aussi bien cet univers. Son trait raconte déjà tant. De plus, il met en avant de la plus iconique des manières l’ensemble des personnages. Si Mézoké et Caleb sont les personnages principaux, je vibre plus encore pour Angus et Nina. Un nouveau personnage, un chasseur Sulfur, apparait en fin de cet opus. J’espère qu’il prendra part d’avantage dans les prochains épisodes tant je le trouve incroyable de présence.
Enfin et, par devers l’histoire principale, la jeunesse de Caleb apparait et d’autres personnages pointent leurs bouts du nez tout comme Mézoké qui cache bien son jeu. Runberg distille d’autres enjeux de la meilleures des manières pour que le lecteur se précipite sur les épisodes futurs.
Mettons tout de suite de côté le dessin de Janry qui est proprement génial ! Même une simple Renault 5 qui appartient à notre tandem favori déchire sa race ! C’est un festival Janry dans la gestion des robots, de l’action, du village, des personnages. Le plaisir des yeux et du découpage est total. Dans cet opus, il prouve qu’après Franquin, c’est lui qui a tout compris.
Parce que du côté du scénar, c’est quand même n’importe quoi ! Comprenons-nous bien, j’adore les histoires qui partent dans tous les sens, ou le scénariste nous dit les yeux dans les yeux « Je n’en ai rien fiche et j’assume complément que je fasse n’importe quoi, maintenant, rigole bien, ne te prend pas la tête et profite ! ». J’adore la série Mikros de Jean Yves Mitton justement pour ça.
Mais la tête à queue n’est pas dans l’ADN de cette série alors je ne saisis pas ce que Tome fait. Car tout y est, ici. Une méchante qui est méchante parce qu’elle est méchante et un don de dingue avec l’électricité (pourquoi ? Parce que…), Un génie de la robotique qui construit quand même l’invention du millénaire (Voir Métropolis de Fritz Lang et ce n’est pas rien) dans une gare désaffectée parce que c’est un agent SNCF qui a une passion du dimanche pour les rouages, Une usine de robots high-techs qui, pile poil, (incroyable !) se situe dans le même petit village, une machine d’une technicité folle découverte par Spirou et par hasard dans un magasin de photographie. Et avec tout ça, Tome fait de l’action à foison, des situations croquignoles, des hasards heureux et deux ex machina comme s’il en pleuvait.
Alors forcément Tome l’a fait exprès. Si c’est le cas, je me suis bien marré à me foutre de sa trombine, à lire aux quatorzièmes degrés. Et c’était la régalade du nimportnawak.
Mais si ce n’est pas le cas…alors faut changer de métier…
Spip, Spirou et Fantasio sont désormais en Australie et l’album est tout aussi sympa que le précédent qui était dans le grand froid. Je le trouve même meilleur que le dernier opus car les hasards heureux, les Deus ex machina ne sont plus. La narration tient la route désormais avec, bien sûr, un peu de sorcellerie véritable comme si c’était bien normal tout ça dans la vie et qui fait de drôles de gags qui m’ont bien fait marrer. De l’action, il y en a à chaque planche. De l’énergie, tout autant mais du gag, peut-être un peu moins que le précédent même si ceux présents sont souvent très réussis.
J’adore les dessins de Janry ! Ils sont si atypiques et reconnaissables entre mille ! Du gros nez moderne qui ne cherchent pas à copier, singer ou à caricaturer mais, bien au contraire, essaye la patte unique, la touche singulière, la signature originale. Janry a beaucoup de talent. Et cet opus est meilleur que le précédent aussi dans le dessin.
Bref Un « Spirou » comme on les aime sans folie particulière mais avec toutes les qualités que l’on désire à la lecture.
Il faut bien le reconnaitre, cet épisode 3 foisonne d’idées. La méchante vraiment méchante mais qui a la classe à Dallas force 10 a construit un piège diabolique et perché du bulbe au possible. Sauf que ça marche et le début de l’opus qui n’était quand même pas terrible de trop de surenchère laisse la place à une excellente idée de bond dans le temps. Et, du coup, Le scénariste a les coudées franches pour faire ce qu’il veut.
Et, une nouvelle fois j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Entre les clans d’humains plus ridicules les uns que les autres (mention spéciale au clan Zemmour bien hilarant) et le combat entre deux IA, Super groom est toujours aussi attachant de ridicule. Vehlmann s’amuse comme un petit fou dans la boulimie d’incongruité et de folie narrative et nous nous amusons avec lui. C’est riche de ressorts et divertissant au possible.
Comme toujours, le style de dessin n’est pas ma tasse de thé (Affaire de goût tout ça tout ça) mais je dois reconnaitre un grand talent à Yoann pour sa représentation des deux IA. D’ailleurs, particulièrement celle de Gaïa que je trouve superbe et d’une grande noblesse.
Une vraie tuerie que cette suite.
Sylvain Repos sait y faire. La violence est partout. Les actions fulminent dans tous les sens et le final est dantesque, prenant même jusqu’au tripe avec tant d’emprise que le besoin de lire la suite nous taraude aussi sec.
Mais il n’y a pas que cette fébrilité d’énergie qui fait la réussite du bousin. Les personnages sont pour beaucoup dans la réussite de cette suite. Les robots surtout. Car dans leurs silences, il y a une humanité folle dans la simplicité des valeurs et de l’amour à son prochain. Le personnage de Sheru (qui est le robot du tout début) apporte plus encore. Il y a aussi de la jalousie, de l’inquiétude et, à la toute fin, comme un syndrome post traumatique. Si tous les robots sont bien écrits, Sheru, lui, est peaufiné à merveille. Les méchants, aussi, sont particulièrement inquiétant, bien écrit dans toute la violence possible de l’humanité.
Et puis il y a des scènes incroyablement iconiques qui donne des ressorts dramatiques au taquet ! Mais aussi des moments de tranquillité et d’échange qui permettent aussi de souffler. Bref, entre respiration et souffle coupé, Sylvain Repos orchestre parfaitement son affaire. Tous ont leurs moments de gloire !
Reste le dessin, mélange savant entre Manga et Franco-Belge qui me fait aimer les planches. C’est cool.
Vivement la suite
Sylvain Runberg est désormais dans une efficacité qui fait plaisir à lire. Mettant de côté l’action dans le 1er dyptique lorgnant du côté d’« Aliens », le voici désormais plus politique dans le complot. Et ce nouveau champ d’action lui va bien. Jamais il ne commet un hasard, un Deux ex machina inapproprié, Toute sa narration monte crescendo dans les émotions angoissées. On ressent tout de suite les erreurs commises qui vont être problématique dans le prochain opus. La tension monte petit à petit et la lecture est intense. Certes on a déjà lu beaucoup dans cette thématique là et dans cette manière-là. Runberg ne réinvente pas l’eau chaude mais il le fait bien, très bien même. Il a compris qu’il était inutile de complexifier la narration.
Hélas, le peuple de Terre est encore une fois les cons de la galaxie. C’est parce qu’ils font n’imp’ que ça part en sucette. Et ils font n’imp’ parce qu’ils sont des abrutis finis. Dommage, pour moi, que le moteur narratif soit que cela. Mais là encore Runberg rajoute une dimension nouvelle avec le peuple Sandjarr qui, eux aussi, sont plus compliqué qu’il n’y paraissait.
Question dessin, c’est beau et ça défonce. C’est même mieux que les opus précédents. C’est plus fin, plus précis et d’une patine toujours d’une multitude de gris qui donne une plus-value magnifique dans l’ambiance de ce monde nouveau. Les planches, certes classiques, se permettent de grandes cases de grands espaces. Et c’est magique. Un sans-faute visuel.
Nic et Cauvin, 3ème (et dernière).
La période n’est guère jolie, c’est vrai. On sent les efforts de bien faire mais ce n’est pas suffisant.
Par exemple, au début de l’histoire, Cauvin tente la multiplicité de gags dans un enchevêtrement d’énergie et d’action. Comme le faisait Franquin. Certes, on est dans le comique de répétition et sur toujours le même gag. Certes c’est drôle, parfois mais pas toujours. Puis, patatras, la situation part dans le grand guignol hélas pas drôle du tout. Cauvin essaye les techniques à Franquin question scénario mais n’ayant aucun droit des personnages secondaires, lieu et machines, ce grand vide rend difficile la réappropriation. Cauvin s’essouffle très vite. L’idée de la Fantabulle est plutôt cool mais il y a tellement d’hasards heureux avec les méchants qui sont tellement caricaturaux que la lecture est compliquée.
Sinon Nic tente de dessiner avec talent et il n’est pas mauvais. Mais la comparaison avec ses précédents le malmène gravement. Parce que, tout de même, ce n’est pas génial génial.
Et puis mettre Spirou et Fantasio dans une Visa Citroën…C’est terrible de médiocrité en comparaison d’avec la Turbotraction de l’époque à Franquin.
Je crains que, pour le coup, tout soit dit sur la période Nic et Cauvin dans cette exemple-là.
La série Valérian a fait, fait et fera date dans l’histoire du 9ème art ainsi que dans la culture pop de manière générale. Un grand nombre de visuels et d’histoire dans le 7ème art, vienne de cette série. « La guerre des étoiles », « Le 5ème élément » ou encore « Blade Runner » ne seraient pas tout à fait les mêmes sans Mézières et Christin. Valérian et Laureline ont été grande source d’inspiration pendant 22 albums.
Et les auteurs nous offrent un point final à cette série d’anthologie. C’est suffisamment rare qu’il y ait une conclusion dans une série légendaire pour ne pas l’exprimer.
Le scénario raconte une guerre galactique entre l’inerte et la vie, l’objet de l’humain, le nihilisme du sentiment. Le scénario raconte surtout la coalition de tous les copains de Valérian et Laureline contre Stanley Kubrick et son monolithe. Spolier alerte : Les monolithes vont se casser les dents et tout est bien qui finira bien. Vous l’aurez compris, tout ceci n’est qu’un prétexte.
Car, cet album veut être le bouquet final du feu d’artifice ou les artistes veulent retrouver tous les anciens personnages et tous les univers qui ont fait 22 albums. Et, oui, pour un lecteur de la 1ère heure, cette dose maximale de nostalgie fait grand plaisir dans le picotement de l’échine de la madeleine proustienne.
Mézière, lui, donne tout. C’est visuellement superbe dans les décors, les espaces, et les interconnexions entre personnages. L’artiste peint en direct, choisit l’ancrage aussi dans la couleur en aplat. C’est beau, tellement beau.
Alors voilà profitons de ce dernier tome qui n’est qu’un bouquet final un peu foutoir certes mais tellement sympathique. Quant aux destins de nos héros, il convient car l’enfance est certainement le plus beau des endroits à vivre….
C’est l’histoire d’un mec qui meurt connement, la tête tranchée. C’est l’histoire de sa nana qui lui tenait la main au moment où sa tête s’est séparée de son corps sur les trottoirs de Palavas.
Et on va suivre cette nana dont on ne saura rien ou pas grand-chose. Elle ne réagit à rien, ne décide de rien, s’échappe à tous les messages et appels des proches. Elle obéit au planning des vacances car l’homme sans tête prévoyait tout à l’heure prêt. Pendant une semaine, elle suit, telle un automate, le programme.
Au début on croit au choc qui l’enfonce dans la léthargie, dans cette manière de ne jamais sourire, de ne jamais prendre part. Puis, petit à petit, le doute s’installe. C’est autre chose. Peut-être est-ce une femme qui n’est jamais heureuse, ni malheureuse d’ailleurs. Elle est étrangère à la vie et suit comme un animal de compagnie celui qui l’a promené en vacances…Car elle élude toutes les questions, ne répond jamais, ne prend aucune décision, et, quand elle en prend, elles sont toujours beaucoup trop tardives.
La BD est magnifique d’un dessin chaud, ocre, vibrant de vie. Palavas est superbe sous la plume de Chevillard. La BD est silencieuse aussi et propose des moments de vie chaleureuse, joyeuse, amoureuse, enfantine. Elle regarde avec étrangeté toute cette foule sentimentale, qui profite pleinement des moments heureux des vacances. Puis, au travers d’un guide qui n’est en définitive que du faux semblant, découvre la vie et c’est, seule, qu’elle sourit enfin.
C’est une œuvre rare que celle-ci. Tout en finesse et en sublimation, elle raconte l’histoire d’une femme qui prend sa vie en main et devient femme grâce à une mort très con….
Le tout dernier de Franquin ? Lors de la période Fournier, fut publié plusieurs petites histoires autour de la période Franquin mais aussi avec du Roba et du Greg. L’histoire principale est sympathique mais, déjà vu dans un opus précédent. Sinon, forcément, l’humour visuel est partout et le trait de Franquin est génial. Puis il y a d’autres histoires moins sympathiques
Et puis il y a tout une série de gag sur une planche avec le Marsupilami et imaginé par Franquin et là c’est la poilade. Mon moment préféré de l’album. On sait tellement l’amour que porte le créateur pour sa créature. Le gag avec la baleine, par exemple, est superbe d’humanisme.
Au-delà de ce plaisir coupable, on sent bien la récupération. La preuve est sur le format des planches tout riquiqui sur page. Elles étaient prévues pour être publier dans un journal et ne conviennent pas à un album. Et ça fait mal aux yeux. On ne profite clairement pas du dessin. Et ça c’est bien dommage. Si je ne relis jamais cet album, c’est à cause de cela.
Mouais ….
D’une structure classique sur 2 tomes, je m’attendais peu à un virage à 360 degrés sur le dernier. Mais qu’au moins le final soit construit de logique, cela je l’espérais. Et, bien, non…Là c’est plutôt l’incompréhension qui s’en dégage.
Le héros devient donc le nouveau dirigeant de la secte ? Pourquoi faire ? Y a -t-il besoin de quelqu’un à cette place puisque tout est faux dans cet utopie-là ? Que va-t-il faire à la place de l’ancien ? Pour les mêmes discours, les mêmes ambitions, des appels enregistrés ne suffisent-ils pas ? Et l’héroïne…Comment devient-t-elle si bête désormais ? Le personnage qui était ce vent de liberté et de destin, la voici devenue amoureuse transie avec un qi de moule ? Bref, on ne comprend rien. Le final est un pétard mouillé. Rodolphe a loupé le coche. La conclusion sonne creux, pire sonne sans enjeu.
Dommage, les dessins de Griffo, eux, sont toujours aussi classique et réussis
J’aime cette période Fournier pour sa bonhommie, sa gourmandise des choses simples et volubiles mais aussi par son trait glouton et son appétence à construire de l’action. Dans les opus précédents mais aussi suivant, c’est sympa. Ça se lit avec un plaisir véritable mais cet opus-là est différent car il est plus personnel.
Fournier est Breton et construire une histoire dans sa région est gage de plus de truculence et de sincérité. Ici il nous peint des hommes en osmose avec ses traditions et ses légendes. Fournier est un indécrottable babacool à la soixante-huitarde déclarée. Il ose, ici, faire de la politique en exprimant bien le fait que le nucléaire, c’est caca. Fournier est un antimilitaire patenté. Les forces de l’ordres sont à hurler de rire de bêtises.
On peut être contre ces propos. On en a le droit. Je ne regarde personnellement pas ça. Que me propose Fournier ? Une histoire ou il ose personnifier son propos, il ose identifier son histoire. Et, on peut dire ce que l’on veut, ça fait une narration qui a plus de chien, plus d’épaisseur, plus d’identité.
Oui, cet opus est le plus réussi de sa période. Même la Renault 5 a tellement d’allure qu’elle peut faire la nique à la Turbotraction. C’est dire, combien il y a du Fournier dans toutes les planches. Et c’est drôle, tellement. Fournier m’a beaucoup fait rire sur son antimilitariste (les flics qui recherchent la voiture) et sur le personnage du directeur de la centrale. L’Ankou, lui, est irrésistible.
Bref un merveilleux bonbon tout doux qui, parce qu’un peu plus acidulé que d’habitude, est bien meilleur que les autres.
Daredevil se cogne avec Ultron dans le 1er épisode et le fils du diable dans le second. Ce n’est pas rien, tout de même. Il est en compagnie d’inhumains qui se cognent tout autant. Cela pourrait être vu comme du bourre-pif interchangeable entre épisodes de super héros ? Il n’en ait rien. C’est vachement bien.
Parce que le dessin de Romita Junior est iconique au plus possible. Superbe, mirifique, cabalistique. Il est en harmonie avec le texte quasi spirituel, mystique de Ann Nocenti. Tous les deux jouent la carte du mystique. Et à l’ancrage, Al Williamson fait un travail superbe.
Il y a une profondeur doctrinaire dans les 2 épisodes qui porte, à la lecture, une intensité plus importante que les simples scènes de mandales. Et par cette doctrine sur la perfection et le mal absolue, tous les personnages se positionnent avec leurs propres humanités (même les clones et les robots).
Le kif total
On ne peut dénier une vraie sincérité dans la démarche de Fabien Toulmé que je découvre par le biais de cet ouvrage. L’avant-propos, en cela, est déjà en soit une histoire vraie qui m’a fasciné. Comme toujours, sur 6 histoires, on va faire un classement des préférés au moins aimés.
Personnellement, « le cœur et la vocation » est mon histoire favorite. C’est la plus heureuse, la plus pugnace, celle qui a le plus résonné en moi. Une simple histoire d’amour si belle me convient parfaitement dans la thématique de l’inoubliable.
Les plus matures sont forcément la 1ere et la dernière. La maison d’édition a judicieusement positionné les histoires. Le restant est assez oubliable en fait.
Comprenons-nous bien. Que ces histoires soient inoubliables pour les protagonistes, c’est une évidence. Mais est-ce que cela fait une bonne histoire à raconter ? Pas forcément. De plus, cet opus propose plutôt des témoignages de vies entières. Des vies entières sur lesquels l’album va trop vite. La 1ère et dernière histoire méritent à elles seules deux albums entiers.
Question dessins c’est sympatoche. Ça fait le taf.
Tout comme l’album qui est très sympathique aussi.
Bon. Je n’ai pas ri. Rien de rien. Pas le brin d’un sourire. Que dalle.
Désolé, j’aurais dû prendre, pour quelques euros de plus, un Riad Sattouf. Je comprends qu’on ne fait pas rire les gens tout le temps, qu’il est difficile de se renouveler après 40 bouquins. D’habitude j’adore les histoires complétement connes de Fabcara, mais, là, rien, que dalle.
La faute à ce non-sens qui ne change pas d’un iota de thématique, à un non-sens qui n’est que cela ? Qui ne nous offre pas un peu de poésie absurde, un peu d’éclat stupide ? Un peu de philosophie sans y prêter gare ? Il n’y a aucune double, triple, quadruple lecture de cette histoire qui raconte la même chose pendant 46 planches. Le seul truc drôle est le titre.
Dommage, L’auteur avait fait un petit effort au dessin.
Le Marsupilami est une bête. Violente, agressive, frénétique et sauvage. Les 1ères planches sont d’ailleurs dignes d’un déroulé horrifique. Le Marsupilami est une bête dans un monde violent d’après-guerre ou des gosses tondent d’autres gosses, des femmes injurient d’autres femmes, ou il attaque et mord parce qu’on l’attaque et on le mord. Le monde de Franquin est très loin. Zidrou offre une réalité bien palpable d’une Bruxelles à l’agonie ou les forts méprisent les faibles.
Pé dessine incroyablement ce monde terne dans un ocre oxydant et pluvieux de boues. Le curieux format permet de mettre en avant l’incroyable travail de l’illustrateur. Mon dieu que c’est beau ce monde sale ! Et si l’histoire possède quelques lenteurs narratives et quelques ventres mous, c’est, je crois, pour permettre à Pé d’avoir de la place pour nous démontrer tout son génie du trait.
Cet opus est tranchant. Le contrepied est tel qu’il peut estomaquer. On est si loin de chez Franquin. Mais ces coups au ventre permettent une lecture qui étonne et qui est loin d’être confortable. Toute cette méchanceté est si difficile à lire, si injuste….
Pour le second tome, on espère évidemment que les gentils vont gagner et les méchants vont perdre. On espère surtout que notre marsupilami deviendra notre marsupilami à nous. Sans cela, cela risque d’être compliquer d’aimer le parti-pris. Zidrou ose. Il ose même beaucoup.
Un vrai conte à la Dickens dans le plat pays.
Ceci est l’histoire d’un fils avec son père dans un lieu clos (la cabine) et des paysages magnifiques (les routes) d’une partie de l’Europe. Ceci est l’histoire d’un môme qui va grandir d’un coup sans pour autant devenir adulte (et c’est très bien ainsi). Ceci est l’histoire d’un père qui croyait l’être et qui va le devenir vraiment. Ceci est l’histoire de routiers qui, ensemble, sont des machos pur jus ou encore homophobe à fond mais que, séparément, c’est forcément plus compliqué que ça. C’est l’histoire de gars qui se monte le bourrichon en groupe mais qui sont surtout des pères responsables, des maris aimants, des gars plus tout à fait jeunes. C’est aussi l’histoire de prostitués larguées sur le bas de la route, des révolutionnaires qui ont peur de retourner chez papa et maman….
C’est un magnifique road trip qui ne raconte pas grand-chose et tellement à la fois. La grâce de l’œuvre est dans tous ses personnages écrits si finement, si sensiblement avec un tel amour d’écriture. De vrais humains qui aiment d’autres vrais humains. Marzena Sowa construit une narration avec une telle délicatesse que chaque moment simple de vie sont des moments intenses de lecture. J’ai été touché par chaque personnalités, par chacun des destins.
Du côté dessin, la fausse naïveté de Delinte marche particulièrement bien. Sa finesse enfantine s’efface devant la finesse de l’histoire. On sent de l’amour, partout, et le dessin apporte cela aussi. Hélas, Delinte nous offre parfois des cases de superbes panoramas que l’on peut rencontrer sur la route et ce trait plutôt espiègle ne marche pas dans ces situations. Une superbe vue ne se résume pas si facilement.
A part cela, quel pied ce road trip !
La guerre des étoiles (35ème épisode) Georgio Infantino et Gene Day sont toujours à la plume. Les cadrages sont classiques et ça manque d’iconiques, de visuels qui dépotent. Les sabres lasers sont quand même très cheap et les vaisseaux spatiaux sortent d’une production italienne. Mais bon l’action est là et les couleurs sont flamboyantes. On attend le duel entre Luke et son papounet au prochain épisode.
Machine man (11ème épisode) est le meilleur arc narratif du périodique. Sal Buscema est un dessinateur mastoc et carnassier. Son Hulk est terrible. Et ça se castagne avec classe jusqu’à la destruction d’une ville ? Ici ça ne fait pas semblant, ça ne rigole pas, ça se met sur la tronche. Et les raisons de la baston sont, certes facile, mais plutôt bien foutu. Et les dessins sont iconiques.
Chez Mikros, ça dépote. Crabb a pris cher, Salterella est toute grise canon de colère et on a un vrai méchant qui a un vrai enjeu. Ça change et c’est tant mieux. Bref ça se bastonne dans le couple et les dessins sont super et Mitton s’amuse toujours autant et nous régale de simplicité toujours autant.
Dazzler, elle, pique les yeux. Les dessins sont tout pétés. C’est triste et, forcément, on suit l’histoire, avec difficulté. Dazzler, pour une fois, se débrouille toute seule pour tataner la gueule à des méchants et construit une indéfectible amitié avec son patron pour lui avoir sauvé la mise. Sympa.
1982, On a montré à Jeannot des document secrets ! Celui du projet d’un grand prix de F1 dans Paris. Jean en a plein les mirettes et rêve, comme beaucoup, que cette folie se fera. Peine perdue, ce ne sera pas le cas. Trop de variabilités en termes de sécurité, trop de coût financier prohibitif sur l’asphalte…etc.
Peu importe, Jean Graton le fera dans un album dont la course rêvée sera le personnage principal. Et c’est carrément chouette à la lecture pour celles et ceux qui aiment la série.
Et puis il y a forcément une intrigue sous-jacente. D’habitude, celle-ci n’est qu’un prétexte et le méchant est un méchant parce qu’il juste pas gentils. Dans cet épisode, l’intrigue est, un tantinet, plus intéressante puisqu’elle impacte le couple de Michou avec Françoise ce qui fait qu’on revoit Françoise (cela faisait longtemps !) et qu’on entraperçoit la vie intime voire sexuelle de Michel. Parce que Michel a couché avec sa secrétaire !!! Eh oui Messieurs-dames ! Bon c’était avant le mariage d’avec Françoise mais, tout de même, l’information est truculente !
Plus sérieusement, Jean Graton prend un peu de temps pour raconter les états d’âmes de chacun et chacune qui vivent ce chantage. Et ça, c’’est pas mal aussi de ressentir tous ces moments de doutes comme dans « Série noire ». Cela faisait longtemps et Françoise est plutôt traitée avec beaucoup d’humanité. C’est un beau personnage dans cet opus.
Hélas la conclusion de tout cela est très abrupte et très expéditive. Cela méritait plus d’attention narrative. Dommage.
Un drôle d’opus que celui-ci et qui m’a étonnement réjoui. Car, cet épisode est tout de même un hors-série d’une série « spin off » qui raconte Spirou et Fantasio vu par des auteurs qui possèdent des univers propres. Et cet hors-série offre une nouvelle fois un univers propre. Alors pourquoi n’intègre-t-il pas la numérotation normale ?
Bref :
J’ai adoré le dessin curieusement. Parce qu’il y a beaucoup de gags visuels en second plan, parce qu’il est bougrement moderne tout en singeant parfaitement l’ambiance des années 80, parce que c’est chouettos que ce dessin plein d’énergie et d’actions. Certes, ce genre d’ancrage épais et ces profils taillés à la serpe ne sont pas ma came d’habitude mais, là, ça fonctionne plutôt bien.
J’ai bien aimé le déroulement de l’histoire. Là encore plein de gags (pas toujours drôles et d’autres fois hilarantes, il y en a pour tout le monde) et d’actions avec des personnages savoureux même si assez caricatural. Rien d’extraordinaire mais sympa comme tout.
Sauf qu’il y a la fin et ça change tout. Car les auteurs assument l’uchronie jusqu’au bout et, là, c’est franchement épatant. Certes c’est une satire et certes les partis pris pourraient ne pas plaire. Mais moi j’ai adoré. L’idée du plan du méchant pour détruire (transformer) le monde et qui va jusqu’à son terme, avec juste une réadaptation des héros pour éviter le moins pire, est génial ! On voit donc enfin ce qui se produit quand le méchant gagne. Et ça part en cacahuètes, c’est sûr, dans tous les sens aussi et surtout c’est très détonnant à la lecture. Neidhart s’en donne à cœur joie et nous régale.
Je l’adore tout particulièrement celui-ci parce qu’il résonne tout particulièrement. Car, si je vous dis « James Bond¨ », vous ne voyez pas la référence ? Je rajoute « Goldfinger » ? Vous ne voyez toujours pas la référence ? Voilà, ça y est. Fort Knox et incognito ville, même combat, on est d’accord ? Et si je vous dis que la BD a été publié en 1958 (avec des épisodes dans le journal Spirou, l’année précédente) et que Goldfinger est sortie en 1964…Et que, donc, Brocoli ou Hamilton sont forcément des lecteurs de Spirou tellement que le Plagiat est flagrant. Personnellement, moi ça me fait rêver que 007 lise du Spirou.
Alors, oui, la BD est fun, drôle, sur les chapeaux de roues comme toujours et le scénario est inventif puisque on a repris l’idée, 4 ans, pour l’un des meilleurs de la saga 007. Alors, oui, le dessin est magique, superbe et se trouve être au service de l’histoire.
Et, oui, c’est un véritable festival Marsupilami. Il est le personnage principal. Il est de tous les ressorts de la narration, fait partie ou construit toutes les drôleries qui, moi, m’esclaffe toujours (la toute dernière planche, mais quel régal !). Quel merveilleux personnage ! Quelle trouvaille ! Quel foisonnement d’étonnement et de joyeuseté !
Un excellent opus.
Dans ce second opus, la truanderie le plus crade prend de la place. Lehman prend son temps pour mieux nous faire connaitre et comprendre chacun des personnages (ils sont nombreux). Et chacun, à la lecture, est palpable épidémiquement. On connait avec précision chacune des lignes directrices, chaque chemins pris par les uns et les autres. Ils sont rarement beau, presque toutes et tous cradingues. Et toutes et tous vivent dans une solitude abyssale de part leurs chemins pris. Seule, une jeune femme en vacances veut connaitre l’amour. Son père visiblement foutrement tout en l’air par le biais d’une sorcellerie. La seule et unique de tout le tome.
Lehman conforte son statut de grand narrateur. Saint Elme est désormais un purgatoire. La lecture est faite de constance et de construction méthodique avec des ressorts d’une grande violence, qui soulève le cœur. Il n’y a rien de confortable dans cette histoire. On ne lâche rien, on veut en savoir plus, on compulse les planches avec frénésie.
Pourtant, il ne faut pas. Ce serait dénigrer le travail fabuleux de Peeters. Jouant moins avec les couleurs criardes cette fois-ci, il utilise tout de même toutes les palettes possibles pour sublimer l’intimité des scènes barbares, des tensions psychologiques et des décors de l’île. Son travail privilégie l’oppression de l’intimité, les interactions entre personnages.
Car la qualité première de cet opus est justement cela : l’interconnexion des personnages bougrement bien écrit.
Certes Jean Van Hamme joue un peu trop la carte du « C’est magique » pour construire ses ressorts scénaristiques. Lorsque Jolan retrouve son père enfermé dans le labyrinthe, c’est pousser un peu le bouchon un peu trop loin question ésotérisme. C’est, comme lorsque Aaricia laisse son fils loin d’elle tout à la fin de l’histoire alors qu’elle est prête à assommer l’homme de sa vie pour aller le chercher…on a trouvé mieux comme ressort d’étonnement. C’est carrément capillotracté. Jean Van Hamme abuse un peu trop des twists un peu too much pour intensifier la lecture.
Il n’empêche :
Jean Van Hamme construit un antagonisme absolue incroyable dans le calcul, la bassesse, la logique pure et le raisonnement cartésien en la personne de Shardar. Il est d’ailleurs le protagoniste principal de l’histoire et toute la narration raconte tout le manichéisme et le machiavélisme de son plan. Et, là, les surprises sont totales car d’une logique crasse et indéniable. Tous les autres personnages ne sont que des pions qui racontent si bien son règne. Shardar est un digne représentant de la politique du roi soleil et de sa cour. Une cour en décrépitude, un royaume qui est allé au bout du bout de ce que peut être la tyrannie jusqu’à son inexorable déclin. Shardar, d’ailleurs, décapitera cette cour mortifère. Toute cette structure fait que cet album est génial de bout en bout.
Et, en plus, Rosinski, comme toujours, propose un visuel admirable, des couleurs magnifiques et un dessin qui sublime le propos dans chaque planche, dans chaque case.
1 des plus beaux opus de la série. Peut-être même le plus réussis, le plus allégorique et qui d’ailleurs a obtenu plusieurs prix en son temps.
L’œuvre de Van Hamme raconte la mort et toutes ses turpitudes, toutes ses vanités, toutes ses purulences. La quête de Thorgal et de Shaniah n’est qu’un long périple autour des péchés de l’humanité. Cette quête est d’une beauté visuelle véritable. Rosinski nous offre toutes les palettes de son talent au travers de cet autre monde où se décide la vie et la mort. Van Hamme nous propose sa vision de ce qu’est la mort et, après 40 planches d’une odyssée superbe, il s’amuse à jouer le hasard.
Et Van Hamme nous propose aussi un personnage secondaire qui restera dans les mémoires : Shaniah. Cette petite de 17 ans aura toute la complexité de la naïveté autant que la maturité. Elle sera le destin dans toute s splendeur. C’est par elle que tout a été détruit et c’est par elle que tout peut refleurir. De tous les personnages de la saga, c’est elle qui m’aura le plus marqués. Rosinski, d’ailleurs, la dessinera merveilleusement. Par sa plume, elle sera tout à la fois. Elle sera surtout, dans sa beauté jouvencelle, celle qui sait que tout est fini lorsqu’elle prend la décision que Thorgal n’aura pas su prendre.
Pour moi, l’un des plus beaux albums de la saga mais surtout de tout ce que j’ai pu lire.
Cet album est le second d’une trilogie. Le prochain tome sera le final de l’histoire.
Notre Super groom passe désormais pour un crétin pour l’ensemble de la communauté des super héros du monde. Malgré tout le voici dans un tournoi international après avoir été kidnappé. Seccotine devient…Super Glue (sérieux ???) et même Fantasio se nomme Fantastik (un autre super héros…) Et personne ne sait qui et qui. Fantasio d’ailleurs est une baltringue de première catégorie à ce sujet.
Ça va se bastonner grave. Ça va se faufiler sous la mer, dans les airs, dans les iles. Ça sort un pognon de dingue et impossible de savoir qui est à la tête de ce tournoi ? Sérieux ! Bref rien ne va dans cet opus question narration. Vehlmann veut mettre du sens dans son n’importe quoi ? C’est justement parce qu’il essaye d’en faire que cela ne marche pas. Mais comment Spip peut, en une seule case, aller d’une cave à Bruxelles à une station sous-marine, par exemple ? Et le problème, c’est que des incohérences, il y en a 13 à la douzaine.
Bref, autant j’avais aimé un superhéros dans Bruxelles, autant là, je ne comprends pas pourquoi on essaye de lui donner une notion internationale. Surtout que les autres super héros, je n’en connaissais pas la queue d’un bout d’un… ce qui ne facilite pas l’empathie dans ma lecture. Seul, l’épilogue peut me donner l’envie de lire le 3ème opus, car, lui, donne un enjeu qui donne envie.
Question dessin, faut aimer et ce n’est pas ma came…mais question action Yoann connait son affaire et ça déchire.
Après 3 tomes qui prouvaient le talent des auteurs mais remplient de facilités scénaristiques et de trames assez conventionnelles, voici la 1ère des histoires qui défonce sa race !
D’abord tout se tient avec une rare pertinence, chaque ressort narratif, chaque virage émotionnel font sens. Il n’y pas une ombre, un hasard heureux. Van Hamme tient sa trame avec un savoir-faire époustouflant. Il rajoute à cela des effets émotionnels qui bouleversent, des destructions qui submergent. Enfin Van Hamme brosse tous les personnages avec un talent fou. Iarl Ewing, le prince Veronar, Caleb…Tous racontent avec caractère un archétype parfait de seconds rôles. Et Van Hamme nous emporte dans les vents de la plaine comme dans le huis clos d’une galère avec un talent fou.
Et il y a bien sur Shaniah
Elle est le cœur même de la destruction et Rosinski la sublime dans un trait superbe. Cette jeune fille de 16 ans est tout à la fois sous le crayon de Rosinski : sublime, naïve, enfantine, succube et le mal incarné. Elle est tout cela dans les planches magnifiques du maitre génial. Car il sait tout dessiner : l’ambiance brulante des cales d’une galère, un village prospère et chaleureux, les vastes vallées et l’océan à perte de vue. Sublimissime.
Ceci, d’ailleurs, et le début d’une histoire en trilogie (« La galère noire », « Au-delà des ombres » et « La chute de Brek Zarith ».
Avec un 1er tome qui posait sagement et parfaitement les bases, voici un second qui construit une continuité tout aussi malaisante. Cet utopie-là pue et pas qu’un peu. Il suffit pour cela de suivre le reconditionnement du personnage principal pour le constater. Personnage principal qui se fait bringuebaler entre les autorités et les résistants et qui n’a pas le moindre engagement de sa part. Alors pourquoi lui ? Pour l’instant, on n’en sait rien.
Tout est affaire de pilule et de traceur et d’inhibiteur tout comme Matrix et tous les autres univers de ce type au cinéma et littérature. Bref, et malgré quelques surprises narratives qui donnent du corps à l’intrigue, il n’y a rien de neuf au soleil. Rodolphe maitrise son sujet, (ah, ça c’est sûr !) mais un peu d’éblouissements n’aurait pas fait de mal.
Griffo est lui aussi dans le classicisme le plus classique et remet une copie sans faute. Mais là encore, j’aurais préféré un peu plus d’âme et un peu plus d’ambiance qui nous immergerez dans cette utopie là.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cet opus n’est pas le tout 1er de Christin et Tardi. Valérian, la croisière des oubliés existent déjà et «la véritable histoire du soldat inconnu » aussi. Et déjà Christin et Tardi avaient déjà prouvé leurs savoir-faire et leurs talents. Et ce n’est pas avec cette histoire qu’ils le prouvent vraiment. Oh que non.
Christin construit une histoire sans enjeux, qui se veut drôle et qui ne l’est pas, avec un petit peuple de légende qui fait la nique au capitaliste en plein Aveyron. Et rien ne va. Le petit peuple est d’une totale immaturité, les capitalistes sont là pour ne prendre que des coups de pieds au cul. La construction narrative est d’un vrai amateurisme avec ce besoin toujours de mettre bien en avant le sens profond de la vie. Et on s’ennuie ferme dans ce mélo idéologique de soixante-huitard.
Tardi maitrise évidemment son noir et blanc à la perfection. Il y a des planches superbes mais aucun mouvement, pas de rythme dans les cases et parfois même des gribouillis qui font un fond de décor.
Bref, rien ne va. A lire uniquement pour les amoureux de Tardi et de Christin tel que moi.
Et si le sentiment d’insécurité, exprimé si souvent par nos médias d’aujourd’hui, existait dans notre société française depuis 1907 ? C’est en tout cas ce que nous raconte ce one-shot d’une efficacité redoutable.
Au travers de l’affaire Soleilland ou 1 homme a tué et violé une enfant nommé Marthe (et qui a eu droit à une chanson sur sa mort violente) Sylvain Venayre monte un scénario, historiquement exact et narrativement fort pertinent. Car l’auteur, par son travail minutieux, ne cesse de pointer les résonnances médiatiques incroyables entre cette période et la nôtre. Car il y a l’enquête évidemment qui n’en est vraiment pas une (les reporters suivent comme des bons toutous ce que la police veut bien leurs donner à manger dans leurs articles) et des discussions entre protagonistes qui racontent l’exactitude de l’époque dans son besoin de voyeurisme, de raconter le fait divers pour vendre beaucoup et faire oublier les vrais scandales car ces journaux appartiennent à de grands millionnaires.
Et c’est incroyable que rien n’est changé, incroyable que la nature humaine ait toujours autant besoin de sang. Cet œuvre qui va à cent à l’heure dans son narratif philosophique comme sociétal nous le raconte avec une grande maturité et sans être donneur de leçon. Elle ne fait que constater par les nombreuses preuves factuelles. Ils étaient presque 100 000 personnes à l’enterrement de la petite Marthe.
Le dessin d’Hugues Micol est une vraie réussite. Surtout dans sa couleur et le choix de faire souvent des doubles pages silencieuses pour que vivent en grand le Paris de 1907.
Voilà une petite pépite qui vous fera bien réfléchir sur notre société actuelle.
Voilà une sacrée bonne idée de départ : Un parc d’attraction obsolète, des robots samouraïs et un enfant qu’il faut sauver. Simple et efficace, Sylvain Repos traite son sujet avec une vraie pertinence en privilégiant la quête plutôt que l’univers. Car on ne sait rien ou presque de cette société, visiblement, dictatoriale. On ne sait pas pourquoi elle l’est, pourquoi le père a été assassiné (une scène d’une crudité et cruauté incroyable) et pourquoi on veut tuer l’enfant. Il y a en effet un autre personnage derrière tout cela mais tout est en hors champ et c’est très bien ainsi.
L’auteur suit l’enfant et les robots, leurs constitue une humanité ainsi que du ridicule comme de grandes techniques de combat. Cette équipe iconoclaste traverse un univers fait de trouvailles foisonnantes. Ce 1er tome est d’une inventivité folle ! Et il n’est pas volubile. Ce 1er tome est également prolixe en narration visuelle silencieuse qui raconte tant. On sent d’ailleurs les inspirations de l’auteur vers Leone et Kurosawa.
Et j’aurais pu être rebuter par le visuel manga (ce n’est pas ma tasse de thé) mais l’auteur rajoute du franco-belge même s’il utilise avec talent toutes les techniques du Manga dans les scènes d’actions.
Bref, ce 1er opus est une vraie réussite. On espère vite à lire la suite !
Gess, tout seul, construirais-t-il son chef d’œuvre dans cette série ? Ce n’est pas loin quand même. Et, d’ailleurs, Delcourt pense le croire en nous offrant un très bel objet.
Car, d’abord, c’est un bel objet de collection, avec cette tranche en tissus, la qualité des bordures et la taille du format. L’objet déjà raconte quelque chose comme un vieux livre qui propose un témoignage unique. Même les pages sont délavées, trempées de couleurs bleuâtres offrant un objet qui a vécu et prit l’eau au fond d’une cave.
Gess, lui, décide de ne pas utiliser de règle pour dessiner ses cadres ce qui donne des planches qui oscillent dans la folie, le rêve, l’a peu prés. Et c’est beau comme ces couleurs en aquarelles, ces images dont les traits vont à l’essentiel de l’icône, dans une ambiance parisienne tout en ocre et légende urbaine. Sublime.
La narration suit un personnage d’une grande profondeur et Gess prend le temps de nous le raconter assassin froid, amoureux de poésie, homme simple qui fait du bien autour de lui. Gess nous permet de longues scènes autant vives que contemplatives pour nous présenter tous les personnages avec raffinement.
La structure est, quant à elle, assez commune mais très efficace d’onirisme, de glauque et baroque et d’actions autour d’un personnage qui désire se découvrir. Et la lecture est particulièrement immersive autant dans les scènes réelles que celles allégoriques des rêves.
Je regrette juste que les explicatifs sur le passé de Babel soit, parfois, liés à des hasards heureux de rencontres de personnages qui, ça tombe bien, passe par là par hasard.
A part ce petit défaut, ce 1er tome est une réussite d’immersion, d’allégorie et d’actions.
Madeleine de Proust (encore!)
Il est rare que ce soit 2 femmes qui illustrent 2 comics sur 4 dans un périodique des années 80. Et c’est vraiment à signaler dans ce monde de mâle.
Chez Alpha Flight, c’est June Brigman qui débute sa carrière. C’est plutôt chouette mais peu iconique et assez plat. L’illustratrice démontre qu’elle a un grand talent mais est en phase d’apprentissage. L’histoire, elle, sort direct d’un nid de coucou. Le vol des protagonistes dans le schizophrène et le bi polaire rend un peu dingue. Ils sont tous pété du bulbe dans cette équipe et ça se bastonne entre eux. Le hic, c’est que je ne comprends pas les interconnections entre eux. Dommage. C’était une belle promesse émotionnelle que tant d’instabilité au cœur d’une équipe de super héros.
J’adore le début du nouvel arc narratif chez Spiderman. Un père violent et largué travaillant pour la pègre, des enfants qui tentent de sauver leurs peaux, une maman qui voit des ombres, protectrices et peut être folle vraiment…et un Spiderman hors de ses sentiers battus. Il y a le lugubre du propos, le glauque de la narration. Et cela change tellement des arcs narratifs habituels de ce super héros. Et j’adore aussi les dessins de Cindy Martin qui est, également, iconoclaste et différent de ce qu’on regarde d’habitude.
Ça se bastonne chez Iron Man, avec un wokiste bodybuildé (sisi, je vous jure !!) au début puis avec le fantôme ensuite (c’est la fin de l’arc narratif le concernant). Rien de bien neuf au soleil à part que c’est efficace et bien dessiné. Bright et Layton savent y faire.
John Buscema est au crayon et Tom Palmer à l’ancrage pour les Vengeurs. Et ce binôme fait un très bon travail à l’ancienne qui, perso, me plait beaucoup. Roger Stern, lui, nous raconte les super héros de l’équipe avec des petites histoires entre eux bien sympatoche aussi. Et, il change de base secrète…A part ça…rien de plus.
Journal d’Italie pas du tout en Italie. Puisque l’auteur raconte son Japon à lui (en 2005) par le biais une nouvelle fois de multiples petites histoires.
David B. est moins bon. Dans le 1er opus, le plaisir était vraiment dans la narration de petites histoires (vrais ou fausses…peu importe). Ici, il se perd dans l’explicatif des fantômes. Quelques histoires sont charmantes certes mais ce côté scolaire construit quelques ventres mous.
De plus, David B. est un merveilleux dessinateur. Faussement naïf, son trait est allégorique parfois même iconique, burlesque, tout en mouvement et baroque. Perso, j’adore. Sauf que là, j’ai l’impression qu’il se sert de son narratif pour pouvoir dessiner tous les fantômes qu’il a envie. La narration n’est plus alors qu’un prétexte au dessin. Ce qui, une nouvelle fois, fait perdre le plaisir de lecture bien que le plaisir visuel soit total. Mais une BD est d’abord un art pour raconter une histoire et non un dessin.
Dommage….
Nous sommes en 1945. Les personnages que nous avons tant aimés où détester dans leurs profondes humanités et leurs failles ont connu la guerre. Et les revoici après l’enfer, ou presque…Car beaucoup manque à l’appel et ce second tome raconte plus les absents que les présents, narre d’avantage le hors champ que la case. Et c’est, pour moi, ce qui fait toute la réussite de cette conclusion. Raconter les absents sans savoir vraiment qui ils étaient et ce qu’ils sont devenus. Ce tome raconte l’absence mais aussi la lâcheté, les faux semblants, les perceptions des uns et des autres toujours fausses. Car la guerre est passée par là. Car la guerre a révélé les femmes et les hommes de ce récit dans tout ce qu’ils avaient de meilleurs ou de pire.
Warnauts et Raives racontent avec brio l’humanité, les petites histoires qui font la grande. Le personnage principal est le seul qui n’a eu aucune révélation sauf celle peut être de sa profonde lâcheté alors qu’il avait tant été véhément dans le 1er tome. Et on suit, au travers de son regard fuyant, la destinée de tous les autres (présents comme absents). La narration est d’une grande pertinence.
Même le graphisme me plait. Peut-être justement le temps de planches silencieuses qui racontent tant. Ce blanc maculé qui illumine des paysages magnifiques. Et même si j’ai toujours quelques difficultés avec cet ancrage presque inexistant, je trouve les planches très belles.
J’adore Warnauts et Raives. Lou Cale et le Congo ainsi que des one shot dans « à suivre » ? La régalade.
Ici, nous sommes en 1938 dans un endroit paumé de Belgique ou un frérot rentre au pays de la colonie. Bien sûr il y a un triangle amoureux lié au passé, une Madone superbe qui a quitté la guerre civile d’Espagne, un curé qui n’en à cure et se donne le rôle de témoin. Et forcément, il y a le fascisme ambiant qui s’imprègne partout jusque dans les moindres recoins.
Les auteurs construisent un 1er épisode solide avec de beaux personnages. Et, dans ce trou paumé, on peut ressentir avec délectation narrative l’histoire de le Belgique tout entière. C’est justement parce que c’est un trou paumé que les interactions entre personnages sont bougrement efficaces avec, en toile de fond, la folie furieuse de l’avenir.
Du côté du dessin, je préfère nos auteurs avec des couleurs en aplat. Ici, cette tentative de couleur directe n’est pas à mon gout. Trop blanc, trop d’ancrage effacé, trop d’ombres colorés…Parce que sinon, comme toujours, les planches sont pertinentes à la narration.
Un bon 1er tome qui donne bon espoir pour le second.
Runberg maitrise son scénario. Il n’y a aucun doute là-dessus. De facture certes classique, il est haletant. Chaque scène fait évoluer la narration mais aussi l’ambiance. Il n’y a pas un élément qui ne sert à rien, pas un dialogue inutile. On ne traine pas et ça file à tout berzingue. Bien sûr, les enjeux sont assez communs mais ils s’emmêlent parfaitement les uns aux autres. Et il y a du polar là-dessous.
Pelé dessine merveilleusement. La série Orbital est unique dans l’identification visuelle. Et c’est un visuel immersif qui fera, sans aucun doute, la force de la série.
Reste que les personnages principaux sont bien brossés. Mézoké tout d’abord qui donne tellement envie d’en savoir plus. Et si Caleb est encore un peu inconsistant (il est surtout le regard du lecteur qui découvre encore l’univers), il y a Angus qui, elle ou lui, intrigue incroyablement.
J’ai hâte de connaitre la suite.
Voici un 1er tome de très bon augure !
Car, du côté des dessins déjà, c’est franchement de la bombé bébé. L’univers est immersif dès les premières planches, la couleur grise de notes grisées dans une texture si vaporeuse offre toutes les caractéristiques d’un monde à part et unique. Pellé a un talent fou sur le détail et les peuples extraterrestres. C’est plus que du plaisir visuel, c’est un plongeon dans un ailleurs. Même les visages des humains (bien plus naïf dans leurs physionomie) racontent quelque chose d’autres. Orbital est déjà différente, en cela, des sagas souvent interchangeables dans le 9ème art. Tant mieux.
Runberg pose les bases de sa série dans ce 1er tome. La charpente est solide. Elle n’est pas exceptionnelle dans sa structure. Bien au contraire. Runberg utilise plusieurs thématiques de scénarios maintes fois déjà usés. Mais il le fait bien et c’est déjà ça. Petit désappointement tout de même: que les êtres humains soient les seules sales cons de la galaxie m’a un peu houspillé. Certes les autres races en ont quelques-uns aussi de défauts Mais ça n’a aucune commune mesure avec la race humaine. Pour moi, ce parti pris est un peu trop.
Mais, à part cela, le plaisir est là. Du bel ouvrage donc. Peu d’étonnements certes mais un vrai désir d’en savoir d’avantage et vite. Et ça c’est très bon signe.
Deux aventures encore et curieusement la seconde est meilleure que la 1ère (qui est pourtant le titre de l’album)
La 1ère aventure, c’est « Gorille dans la brume » à la sauce colonialisme 1959. Tout de suite mettons de côté notre œil d’aujourd’hui sur un album de 1959, belge de surcroit avec sa fierté de Congo Belge. Oui, ça sent le suprématiste blanc et, oui, les « p’tits nafricains » parlent en « Nafricains » avec des lèvres bien grosses et roses. Certes Spirou et Fantasio restent profondément humanistes mais ne s’inquiètent que modérément de la disparition d’un des porteurs. Toutefois, ne taxons pas Franquin de quoi que ce soit. Il suffit de relire « les Idées noires » pour se rendre compte de l’incroyable humaniste qu’il était… Il n’empêche l’histoire est de bonne facture. Sans être haletant, il se lit sans déplaisir. Même si les passages avec le Marsupilami sont, eux, parfaitement sublimes de drôleries. Question dessin, c’est superbe avec mention spéciale pour les premières planches dans la ville de Belgique.
La seconde, elle, est irrésistible. On pourrait l’appeler « Spirou et les voitures ». Franquin s’en donne à cœur joie dans l’urbanisme des villes mais aussi les bagnoles rutilantes. Franquin aime les voitures et nous en mets plein de mirette de carlingue. De plus, il y a une vraie drôlerie dans cette palanquée de personnages tous plus croquignoles les uns que les autres. L’histoire est simple mais les ressorts sont tellement drôles et tellement vrombissant d’énergie ! En plus, il y a Gaston qui passe deux fois sa tête pour faire des siennes…Perso, je n’en demande pas mieux !
Le travail de Lehman et Peeters m’a toujours subjugué.
Et ce 1er tome de leur nouvelle série ne fait pas exception à la règle. Parce que Peeters ose toujours dans son visuel. Ici, et au-delà de sa force de crayon qui est toujours sublime, il propose une saturation dans les couleurs. Et c’est bougrement efficace pour construire une ambiance spectrale au-delà de la légende. Ces saturations permettent d’aller au-delà de l’âme humaine, leurs déchirures, leurs failles mais aussi leurs nihilismes, leurs abyssales désirs à détruire. Des lieux entiers de cette île enclenche ce désir de destruction, de fin du monde. Dès le départ, on ressent l’idée que cela finira mal et que ce mal absolue va vampiriser tous les personnages si bien écrits par Lehman.
Et c’est la seconde force de ce 1er tome : des personnages qui, avec peu, sont identifiables, parfois même iconiques. Les scènes entre eux sont toujours d’une grande violence, les interactions entre eux présument aussi d’une dislocation intégrale dans cette île, si bretonne dans ses somptueux décors et si Bâton Rouge dans sa tradition mythique : L’antre du mal.
D’habitude les 1er tomes de minisérie posent le décor et les personnages seulement. Ici et dès le départ, tout est dynamité…
Quelle claque en préambule.
C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai acheté cette BD. Luz peut être parfois moralisateur et juge. L’homme ayant connu l’attentat de Charlie Hebdo a d’excellente raison de l’être et il a d’ailleurs toute légitimité à l’être. Mais cela ne fait pas forcément de bonnes BD.
Sauf qu’ici, tout est parfait.
D’abord l’art du cadre. C’est au travers d’une peinture que Luz décline son histoire. Et il y a des cadres au-delà du cadre, des jeux multiples dans le gaufrier, des petites histoires qui se racontent au travers de la grande. Une multiplicité de lecture, une richesse qui résonne merveilleusement. L’ambiance des multiples périodes que traversent ces « 2 filles nues ». Il y a des tableaux qui seront brulés et que Luz ramène en souvenir triste. Il y a des hommages qui, comme si de rien n’était, raconte tant. Luz privilégie une narration visuelle à s’y perdre dans les couloirs, dans le noir obscur des chemises, dans les méandres d’un wagon, dans une salle…partout.
Luz choisit aussi la lenteur narrative. Il a raison. Son tableau est un miroir des âmes qui s’ébrouent, gesticulent, se détruisent. On voit passer les gens avec leurs folies, leurs injustices, leurs morts certaines devant ce miroir. Nous sommes alors voyeurs de plusieurs époques qui se déclinent, confortablement installé derrière l’œuvre sur notre canapé. Le lecteur est presque dégagé intellectuellement de tout l’innommable qui se construit face à lui.
Et bien sûr que Luz est juge et moraliste dans cette œuvre. Il a raison encore. Car il a un tel génie à nous avoir mis pépère en voyeur qu’il peut asséner sa pensée avec des symboles rentre-dedans efficace. Et puis il nous prouve que c’est un grand de la BD, qu’il connait les codes de cet art et sait en jouer.
Et puis ça finit bien. Ou plutôt ça fini moins pire que cela aurait dû l’être. Et Luz nous propose enfin une respiration heureuse tout à la fin. Avec cet homme qui regarde l’œuvre durant plusieurs planches avec une multiplicité d’émotion sur le visage, Luz nous ramène à l’œuvre que nous avons suivi tout le long. Une œuvre qui, au départ, n’a été créé que pour susciter de l’émotion….
Voilà t’y pas Dark Vador ? Le méchant pas gentil est tout rabougri car plutôt mal dessiné. Sauf qu’il est bien méchant, tel qu’on le voit dans l’épisode 4 (le 1er pour ceux né en 1975) et, clairement, il nous prépare un plan machiavélique pas gentil non plus…et ça marche plutôt carrément bien ! Etonnant non ?
Sinon Hulk est partout. Chez Machine Man et dessiné par Sal Buscema. Et cet Hulk-là, il déchire visuellement sa mère ! Sal est un génie et peut être celui qui a le mieux illustré notre bonhomme tout vert colère (à l’époque). Et, sincèrement, je me régale de madeleine ! Surtout qu’il désosse littéralement notre Machine Man. Il est aussi chez Dazzler avec qui il se cogne aussi…Bon ce n’est pas hyper bien dessiné. Mais deux Hulk pour le prix d’un à une époque où il pète tout dès que Bruce est stressé…ça me rappelle le bon vieux temps !
Sinon, Mikros démarre une nouvelle aventure. Dès le départ ça file vite. Une question de vengeance, une balle mutante et quelques sous pour revivre dans l’Empire State Building ! Dès le départ Jean Yves nous le fait dans le croquignolesque. Savoureux d’absurdité et de l’énergie à déborder !
Nic et Cauvin, Deuxième La période est bien décriée pour les aficionados de la série. Et malheureusement avec raison.
Explication :
D’abord nos deux auteurs n’ont pas le droit d’utiliser les personnages secondaires, les engins et les zones géographiques et les bestioles de l’univers Spirou. Voilà pourquoi ils tentent un nouvel univers avec de nouveaux personnages. Voilà pourquoi ils doivent reconstruire tout à zéro un univers qui était foisonnant.
Hélas Cauvin s’y prend mal. Ces personnages secondaires sont des placébos plutôt mal goupillés de ce qui fut avant. Assez grossier, plutôt caricaturaux, ils pâtissent de la comparaison.
Ensuite Cauvin construit des ressorts scénaristiques qui ne sont pas piqués de hannetons. Imaginez donc : Voilà une communication visuelle entre deux planètes pour causer à des personnages de tout et de rien. Imaginez un méchant qui picole son café au troquet et qui, par hasard, découvre que nos héros sont vivants alors qu’il ne les avait jamais vu. Et ça continue comme ça tout le long.
Hélas Nic n’est pas un dessinateur et ça se voit carrément. Et Nic pâtit, lui aussi, de la comparaison avec outrance du côté de chez Franquin mais aussi du côté de Fournier.
Ce n’est clairement pas mauvais et c’est même parfois rigolo. Mais on ressent bien que les éditions Spirou ont filé la patate chaude à des auteurs qui ne savaient pas quoi en faire. Et le résultat n’est évidemment pas à la hauteur de l’enjeu.
Construire une uchronie n’est pas chose simple. Cela a tant été fait déjà et souvent avec maestria. Le « Metropolis » de Fritz Lang étant le "Number one" chef d’œuvre de tous pour moi. Dans cette 1ère partie, il y a beaucoup de Métropolis "formule édulcorée sévère". Rodolphe pose les bases de sa narration. Ici nous vivons dans un monde post communisme ou la norme est l’unicité du propos. Rodolphe y intègre d’ailleurs la machine, l’androïde qui est les yeux et les oreilles de cette unicité. Ici, ceux d’en haut sont heureux, naïfs, réglementés et vivent dans une harmonie absolue. Un petit paradis uniforme et aseptisé. Pour ceux d’en bas, bien sûr, ce n’est pas la même.
Et, forcément c’est l’un d’en haut qui deviendra le rouage qui va gripper et c’est, pour sûr, par le biais d’un livre mais aussi une histoire d’amour et de sexe que le rouage va faire couac. Bref, rien de neuf au soleil, mais Rodolphe, en vétéran de la narration, construit son histoire avec efficacité.
Griffo, lui aussi, sait dessiner. Là encore rien de neuf mais le visuel est joli, académique mais joli. Le plaisir de lecture, est bien présent, confortable mais sympathique.
Bref, tout est posé avec pertinence mais sans grande nouveauté. Et j’espère sincèrement que les prochains tomes permettront l’étonnement.
Madeleine de Proust (encore!)
Du côté de la division Alfa de June Brigman c'est sympa sans plus. Le scénario de Bill Mantlo est toujours incompréhensible (trop de références dans trop d’épisodes précédents) mais ça commence à raccrocher les wagons en toute fin de l’épisode. Oh ! Ce ne sont pas les débuts de Whilce Portaccio à l’ancrage ? Cool le début!
Du côté de Spidey, c’est chouette. Le dessin me plait beaucoup. Car Alex Savilik (que je ne connaissais pas) a certes un dessin peu iconique avec des cadrages assez conventionnels mais son trait est fin, précieux. Nous sommes dans la période du costume noir. Et David Micheline nous raconte une belle histoire d’amour et de confiance entre nos deux tourtereaux.
Du côté d’Iron Man, Bob Layton est à la barre. Malgré quelques situations ubuesques, il y a un mort violent, des méchants qui se cognent entre eux et 2 armures. Et c’est un vrai plaisir de revoir l’ancienne armure, celle qui a fait les beaux jours de la série. Une régalade avec de beaux dessins et de beaux cadrages.
Chez les Vengeurs, on est plutôt dans l’introspection, les conversations qui n’en finissent pas avec des réflexions humaines qui font sens. Perso j’aime bien ce genre d’épisodes. Sal Buscema est au dessin. Et Sal est un grand du comics.
Cet album a peut-être déjà l’une des plus belles couvertures de la série. Parce que, dès le 3ème opus de la série, Rosinski rend une copie de toute beauté, bourré de détails et d’ambiance sublime. L’immersion est totale dans ce pays d’Aran. Et si l’on croit si facilement une histoire tant abracadabrantesque, c’est aussi que l’illustrateur est un génie.
Car, du côté de la narration, on se régale quand même à partir du moment où l’on est bon public. Car Jean Van Hamme sait écrire une histoire pleine de punch, de mystères avec des allers retour temporales qui semblent possible. L’aventure est intense sans le moindre temps mort avec un vrai plaisir juvénile à lire de l’héroïque fantaisies sans prétention mais ardant et endiablée.
Parce que tout de même, si on se pose trois petites minutes, on se rend compte vite des facilités scénaristiques. Les 3 clefs qui faut avoir et les protagonistes qui doivent s'attendre. Les concurrents qui sont tous pas gentils du tout. Les 3 portes prises aux hasards et notre héros qui a une chance de cocu pour ne pas mourir aussi sec.
Et Aaricia…Dans cet épisode, elle est conne ou elle est conne ? Malgré un moment de pure intelligence, elle se comporte comme une crétine de 1ère catégorie. Tous les soucis que rencontrent Thorgal sont liés à son comportement de jouvencelle.
Sinon, il y a aussi Volfsung de Nichor qui est un salop absolument extraordinaire et la gardienne des clefs qui, en plus d’être superbe, raconte à elle toute seule dans cet épisode ce que deviendra la série plus tard : Un enchantement.
De bien belles gammes mais pas encore un merveilleux concerto.
Second tome et final du dyptique avec le précédent ? Pas certain.
Car, si dans le 1er tome on ressent l’envie de bien faire dans un one shot sans prétention, ici on ressent plus le désir de construire une saga avec des personnages qui ont un passé extraordinaire comme devraient être leurs avenirs. Et, pour cela, Van Hamme essaye de bourrer, avec un chausse pied, toute sa boulimie narrative en un final très verbeux et avec une ambition de la « méchante » un peu casse gueule quand même.
Parce ce que tout ça pour que sa fille ait un enfant de l’enfant des étoiles en définitive ? Et pourquoi donc ? Pour quelle finalité, quel enjeu autre que faire un bébé ?
Mais ce n’est pas grave si le final est un peu aux fraises. Car on ressent une vraie ambition de la part du scénariste. On sent qu’il l’aime bougrement son personnage, qu’il a mille envies pour lui et que ses envies là sont débridées d’imaginaire ! De plus, l’opus, tout comme le premier, fonctionne à merveille dans l’action, l’énergie, les ressorts qui fonctionnent presque tous (oui, parce que les méchants comme le fiston qui ne sont que des méchants ayant tous les défauts du monde, bof) donnent une intensité folle à la lecture.
Du côté du dessin, Rosinski est déjà un génie. La mer démontée, cette île gelée, ce froid glacial jusqu’à l’âtre chaude et les visages de ces personnages burinés par la vie. Déjà du grand art.
Soyons clair. J’adore Christin. Illustré par Bilal, Julliard, Goetzinger, Vern et bien sûr Mézière, j’apprécie énormément sa narration. Chez Valérian, jusqu’au Foudres d’Hypsis, j’ai adoré. Puis, petit à petit, les histoires furent plus anecdotiques.
Et voici le second tome de la trilogie qui clôture la série culte.
Et c’est le bordel.
Dans ce grand rien, il y a tellement de personnages ! Et tous ont des enjeux tellement différents et tellement incompréhensibles ! Le foutraque est total. Les interconnexions entre eux tellement insondables. Même que leurs enjeux changent suivant le besoin de la narration. Le problème c’est que tous ne savent pas vraiment ce qu’ils cherchent vraiment. Un idéal ? Un paradis ? Ce n’est pas clair. Et par-dessus tout ça, Pierrot rajoute des enjeux économiques, politiques, mafieux. Et le bordel est plus insondable encore.
Mais je crois que la fragilité véritable se trouve chez nos héros. Même eux vont à l’aventure, suivant des aventuriers, pour tâtonner à l’aveugle. Ils cherchent leur terre mais ils ne savent pas comment, n’ont aucun indice et vont au petit bonheur la chance.
Et puis Christin ramène d’anciens personnages qui sont justes inquiets. Et c’est peut-être la seule chose compréhensible. Et puis Il y a même des méchants tous droits sortis de « 2001, l’Odyssée de l’espace ». Des monolithes, pas gentils, qui sont la personnification du mal absolue et qui n’ont forcément aucunes âmes, ni aucuns enjeux. Juste être méchants.
Bref, Christin veut beaucoup trop raconter en 47 planches. Il y a des morts de personnages auxquels on n’est pas attaché. Il y a un peuple nouveau qui se pointe aussi vite qu’il repart. La force de Christin à raconter des civilisations entières n’est même plus présente.
Même Mézières est moins bon. Ce génie est désormais assez agé. Alors forcément le trait est moins illustratif, moins réussi. Toutefois il nous régale quand même avec des décors sublimes en couleurs directes, des illustrations allégoriques splendides. Il reste et restera un grand monsieur de la bande dessiné.
Deux épisodes extraordinaires ou se télescopent des inhumains, un clone, un père et sa fille qui e déchirent et …Ultron qui veut tataner sévère Daredevil à cause du Docteur Fatalis. Tout un programme qui part en sucette. Sauf que non. Il n’y a pas de n’importe quoi dans la narration. Et si, parfois elle tient avec de grosses faciles, l’histoire se déroule avec des personnages d’un richesse inouïe.
Ultron par exemple est d’une multitude de personnalité. Son errance est si palpable. Son incompréhension à être nombreux dans un seule corps mécanique le rend autant inquiétant que touchant, autant violent que seul. Sa quête de compréhension au monde le rend gosse. Sa force de frappe d’une puissance colossale le rend tyran. Et, puis il y a numéro 9, qui se cherche entre programme et réalité, soumission et indépendance. Quant aux inhumains, ils cherchent un enfant qui, visiblement, serait l’antéchrist. Il le cherche uniquement parce qu'un enfant doit être dans les bras de sa mère (Médusa). Restent un papa et sa fille qui se crêpent le chignon pour des notions d’humanité majeures.
Quelle densité dans les dialogues ! Quelles quêtes de soi si incompréhensibles ! Rarement un comics des années 90 fut aussi mature dans le dilemme humain, la science maudite, les destins à tordre.
En plus de cette intensité, vous rajoutez un dessin absolument sublime et iconique d’un Romita junior qui aère ses cases, les transcendent dans le trait qui raconte tout simplement mais avec un tel brio. Et vous rajoutez l’ancrage de Williamson qui sublime le tout.
Et voila un arc narratif majeur chez Daredevil.
Enfin, Jeannot est libre !!!!!Le voici quittant Novedi pour tenter l’édition familiale avec l’un de ses fils (Philippe) qui travaille déjà avec lui pour, essentiellement, les repérages. Il aura désormais plus de temps pour construire des histoires plus solides ? Nous verrons bien…
Ici, l’album est un génial documentaire sur le « Paris Dakar » à la Thierry Sabine. Il mourra 4 ans plus tard avec Balavoine dans le fameux Hélicoptère. Michel Vaillant ne fait quasiment que de la figuration car la part sera belle à Julie Wood.
En effet, pour des raisons commerciales, Graton doit cesser la série « Julie Wood » mais il veut garder son héroïne principale et l’intègre dans la saga familiale. Il a bien raison. Elle a du tempérament. Elle sera le personnage principal de ce tome. On la suivra sur sa moto tout le long de la course. Bon, Jeannot intègre aussi un méchant pas gentil qui veut lui faire du mal juste parce que c’est un méchant pas gentil et pis c’est tout. De ce ressort scénaristique tout pété, il en ressortira tout de même une scène de baston jovial et qui renoue les liens amicaux. Il y a même Claude Brasseur et Jacky Ickx hilares.
Et puis il y a Steeve qui revient. Il revient en une case en disant un « Salut tout le monde ! » et tout est oublié. On aura pu espérer une narration plus fouillée pour les retrouvailles comme dans « le retour de Steeve Warson » mais Jean Graton fait un autre choix.
Et je trouve qu’il a raison de faire ce choix là. Avec les vrais amis, on oublie vite. Il suffit juste d’un large sourire, un « Salut tout le monde » et tout repart comme avant. La vraie amitié, c’est ça. Et, puis Steeve n’est pas partie en salop. Il a juste fui une histoire d’amour qui l’a dévasté. D’ailleurs, une autre semble venir à l’horizon….
Rien d’extraordinaire donc mais pour tous ceux, comme moi, qui aime la série pour sa saga et ses personnages, cet album nous permet d’être chez soi. Confortable et en famille.
Et Voici notre Spirou en superhéros…Et en même temps pas tant que ça.
Vehlmann nous le présente au tout début de l’opus comme un personnage largué, un peu has been. Et, pour redorer le blason de son journal qui porte son nom, le voici désirant faire de la pub sur le thème du moment : Les super héros. Et, avec un copain comme Champignac (le Géo Trouvetout de la saga), on ne peut qu’avoir une panoplie idéale !
Sauf que Spirou se prend les pieds dans le tapis durant ses exploits et cesse aussi sec la campagne publicitaire. Sauf que les exploits en question font des émules du côté des gentils (mais n’ayant pas la même idéologie que lui) comme des méchants. Et Vehlmann utilise à la perfection tous les ressorts classiques des comics, et les transposent avec talent sur la terre de Bruxelles.
Alors que j’ai démarré la lecture avec ce gout mercantile (et donc très désagréable) en bouche, je me suis surpris à aimer l’énergie du bousin, mais aussi sa narration pétée de ressorts intelligents. Les personnages sont particulièrement bien écrits : Spirou voulant faire un peu de promo, construit, par devers lui, tout un univers. Et c’est réjouissant de le voir patiner dans la semoule à vouloir réparer ses fautes.
Du côté du dessin, j’avoue qu’apprécier modérément le trait de Yoan qui lorgne du côté du manga. Beaucoup de trait mouvementé, des sentiments faciaux à la limite de la caricature et des décors à leurs plus simples expressions…Mais ça c’est une histoire de gout. Car sinon ces planches là fonctionnent parfaitement quand il s’agit de coller à l’histoire.
Voici le 1er tome d’une série qui, à la fois, fera date et sera aussi bougrement rémunératrice.
Sorti en 1980 mais publié par épisodes dans le journal Tintin en 1977, rien ne prévoyait un tel engouement. Van Hamme construit une histoire percutante et sans temps mort mais avec un certain nombre de hasard heureux.
Dès la 1ère planche, on est dans le dur, l’aventure, l’action et jamais cela ne cesse jusqu’au final. Dans cet opus, si l’univers Thorgalien est encore à ses prémisses, Van Hamme raconte bien une narration imbibée déjà de magie et patinée également d’humanité morbide, mortifère en la personne de Gandalf le fou mais aussi de Slide, la fameuse magicienne trahie.
Du côté du dessin, Rosinski fait ses gammes. Maitrisé mais pas encore sublime, son trait est en devenir.
La preuve en est sur la seconde histoire ou l’illustration est superbe. Rosinski est un orfèvre de l’ambiance, de l’action et du décor comme des personnages. D’ailleurs cette seconde histoire est bien meilleure en termes de narration. Van Hamme nous propose une courte histoire d’une grande qualité jusqu’au final qui raconte parfaitement ce que deviendra la série.
Mais, ne boudons pas notre plaisir. Les grandes séries, parfois, débutent avec amateurisme durant cette époque. Ce n’est pas le cas ici. Si Rosinski est encore en dessous de son savoir-faire, Van Hamme sait déjà raconter même s’il utilise parfois des raccourcis pour que l’action soit sans temps mort.
Voici deux histoires sous cocaïne.
Tardi nous raconte un rêve dans le 1er récit et une certaine vision des choses dans le second. Faussement décousus, les narrations racontent la folie, les cauchemars de deux protagonistes. Ecrivain raté pour le 1er qui sera hanté par les décors et les personnages, tous plus cradingues les uns que les autres, de son imaginaire, il deviendra le symbole le plus absolu du patriotisme. Assassin morbide pour le second, on suivra sa vision du monde jusqu’à la bascule. Et personnellement j’aime ces BD qui racontent des trucs sous expédient, mais qui, malgré tout, se clôture de manière logique et sensée. Et c’est le cas par deux fois ici. On dirait deux pulps à la Métal Hurlant ou le déroulement est d’une totale poésie débridée autant que cauchemardesque en diable et le final, dans les dernières cases, hausse la surprise. C’est le cas ici.
Et Tardi nous régale d’un dessin superbe en noir et blanc ! Car, il s’amuse avec tous les décors et les personnages. Il y a du Lovecraft, de l’ésotérique, du Lynch et beaucoup d’érotisme cradingue. C’est d’ailleurs l’album ou il y a le plus de cul chez Tardi.
Edité dans les années 70, ces 2 œuvres racontent aussi une période de la BD Franco-Belge ou on ne croit plus en rien. Mais moi, cette période, je l’aime beaucoup.
Ce n’est peut-être pas un classique chez Tardi mais cela reste une vraie pépite de savoir-faire. Surtout à la plume, c’est sûr Mais au scénario aussi, si on fume des cigarettes qui font rire et pleurer...
Autour des affaires méconnus du docteur Cotton et de Johann Otto Hoch, Grafin et Ropert construise, à nouveau, une histoire autour du quartier de Hells Kitchen qui vit sous la canicule. Après la pluie, voici le soleil et notre héros est toujours aussi Baudelairien dans son comportement même s'il est en plus un don juan véritable envers les femmes.
Comme toujours la narration est solide, les ressorts sont bien huilés et nous avons notre lot de violence et de nihilisme. Il y a dans la lecture de vraies surprises qui émeuvent sèchement. Les auteurs font, de la brutalité, une énergie narrative qui scotche.
Et puis moi j’aime ces œuvres qui nous permettent de nous souvenir des œuvres oubliés : Le New York World tour qui fut la plus grande tour en son temps, La Mano negra et ses débuts dans une ville qui vibrait d’immigration, la grande chaleur et ses milliers de morts. J’aime redécouvrir, par le biais d’une œuvre, les détails de l’humanité, ce qui donne une très belle charpente à la BD que je lis.
Les dessins sont superbes. Bleus au 1er opus, les voici ocre. Ce trait semi réaliste m’a emporté comme la toute 1ère fois.
Voici un polaroid d’une prodigieuse précision.
Grafin et Ropert raconte merveilleusement un Paris sous les eaux. Ils nous racontent le ciel et l’enfer, L’église de la Trinité, Le parc monceau et le pont Alexandre 3. Ils nous racontent une époque où l’on pouvait tuer, couper et éviscérer plus de 800 corps de femmes sans être ennuyer par la justice. Le final raconte d’ailleurs admirablement cela : L’impunité totale des assassins en 1910. Et celles et ceux qui, à la lecture, n’ont pas compris cette conclusion, n’ont pas lu les documents après la narration. Voilà ce que cherchaient nos auteurs : ressentir tout le désarroi de l’enquêteur qui sait et ne peut le prouver. Car l’oligarchie est déjà bien ancrée.
Et puis il y a Marie François Goron et Geneviève Lantelme qui sortent de l’anonymat. Car le trio amoureux sur lequel se construit l’énigme découle de la vraie histoire Lantelme.
Notre héros, Baudelairien jusqu’au bout des doigts, est certes pugnace et âpre mais il ne pourra rien prouvé. L’histoire est solidement rédigée. Sa narration rythmée et ses ressorts bien huilés. Oui c’est de la bonne mécanique dessinée dans un semi réel plutôt plaisant avec des couleurs délavées qui donnent une ambiance intéressante. Il y a aussi des surprises narratives qui vous projettent encore plus dans ce Paris des années folles retrouvé dans 46 planches.
Une superbe lecture qui ramène aux années folles avec une précision chirurgicale.
Après Franquin (The Master !) puis Fournier (Trop bien !) voici Nic Broca et Raoul Cauvin.
Et, ils en ont gros. Très gros. D’abord, ils ne peuvent pas réutiliser les personnages secondaires, ni aucun lieu déjà connu. Pas encore d’accord avec les ayants droits. Alors cela réduit les champs du possible scénaristiques. Cela simplifie l’histoire jusqu’à son plus simple appareil. On revient à la base : Spirou, Fantasio et Spip. Et ce n’est pas folichon tout ça.
Raoul Cauvin doit donc reconstruire un univers autour des héros ? Il ne fera pas ce choix dans cet opus. Ici, les gentils (aux personnalités interchangeables) n’ont aucun passé et n’auront aucun avenir dans la série (puisqu’ils partent dans l’espace). Ici les méchants (plus débiles que méchants d’ailleurs) n’ont également aucun passé et coulent à la fin. Même les lieux sur lequel nous allons vivre l’aventure exploseront tout comme le bateau de nos héros. Bref, le vide abyssal de l’univers Spirounien.
Au début, Spirou et Fantasio n’avaient pas grand-chose. A la fin, ils n’ont pas d’avantage. Dans les 2 cas, ils sont à la plage. A peine, donc, un maillot de bain chacun.
Et forcément, l’histoire n’est pas folichonne. A base de comique de situation, ça tourne en rond. Il y a quelques gags drôles certes et une ou deux jolies trouvailles (Les chaussures et le vaisseau spatial qui lorgne du côté des petits hommes, sympa comme tout) mais tout le reste n’offre rien de bien nouveau.
De plus, le dessinateur ne se foule pas le crayon. Après la richesse d’un trait foisonnant chez Franquin et de la générosité volubile chez Fournier, Nic Broca fait le strict minimum. Il rend sa copie en bon Yes-man des années 70.
A 50 ans, j’adore le western spaghetti. Leone, Corbucci…mamamia que c’était bon ! Et puis après il y a eu un autre cinéma italien du genre Western que l’on nommait Western flageolet et ou Bud Spencer et Terence Hill furent les stars incontestables. Les Trinita et autres Plata. C’était savoureux de bêtises idiotes, de gentilles bastons, de rigolotes relations. Il y a eu beaucoup de nanard, c’est sûr. Mais c’était des nanards de famille. Et, moi, j’aimais bien ces nanards là comme J’aimais bien le couple Bud et Terence.
Et je les ai retrouvés dans cette BD. Comme s’ils n’étaient jamais partis.
Et j’ai beaucoup ri. Vraiment aux éclats. Les blagues de caca et leurs comiques de répétitions m’ont esclaffé. Même que j’espérais ces vannes caca-prout quand apparaissait la blonde et pulpeuse Fräulein. La tribu des canadiens est hilarante. Le capitaine amoureux est attendrissant. Les méchants sont de vrais méchants pas beau vilain. Comme dans les films. Et il y a les 6 gosses qui m’ont ravi de fraicheur et de joie.
Et il y a évidemment ce duo magnifique Junior et Sénior qui marche à merveille. Et quand Bud et Terrence sont avec les mioches, c’est encore mieux que bien ! Les dialogues sont truculents, pertinents, justes de drôleries. Les comiques de situations fonctionnent à merveille.
Et puis il y a la fin. Une fin qui donne de l’euphorie comme un feel good BD qui fait du bien. La fin est abusée tellement que tout est merveilleux ? C’est vrai. Mais, perso, je m’en fous. C’est bien, parfois, quand tout est merveilleux.
Et puis il y a ce dessin qui fonctionne à merveille. Ces planches silencieuses qui racontent les grands espaces, le ciel bleu et la terre verte. Il y a de grands moments de béatitude et de contemplation qui offrent un rythme parfait dans la lecture. Entre moment de suspension, d’extase et de folie comique pleine d’énergie.
Et, puis il y a ces courts moments ou le drame apparait. Ces courts moments qui racontent la mort du père, l’esclavage et le cynisme de l’être humain. C’est rapide mais suffisant. Cela donne du corps. Cela rappelle la vraie vie. Et puis, hop, on repart dans la drôlerie. Parce que le but du livre est de nous donner de la foi en l’humanité.
Et puis j’ai vu aussi un Ellie Wallach qui prend cher, un Lucky Lucke ventripotent et versatile, un pont qui explose comme Ellie et Clint le font aussi quand ils sont brute et bon....et la bêtise de la guerre comme si c'était Sergio qui en parlait.
Et j’ai vu surtout du Miyazaki aussi, période Sherlock Holmes. Les visuels, là encore, sont géniaux avec tous ces personnages qui tentent de rester sur le chariot.
On dirait une œuvre joviale et optimiste ? C’est plus que ça. Juste, sensible autant que grossier et fou, les auteurs savent doser tous les ingrédients à la perfection. On ne le dirait pas tout de suite à lecteur et pourtant, pour moi, c’est du grand art.
Manchette est l’un de nos plus grands auteurs de roman policier. Tardi est l’un de nos plus grands de la BD tout court. Forcément, cela fait des étincelles lorsque les deux s’unissent. Un plaisir véritable de roman visuel bien noir et bien cracra.
Aucun personnage n’est bon. Ici, nous assistons à tout ce que peut être la lie de l’humanité. Narrativement, tous les ressorts fonctionnent incroyablement. Et l’ambiance est d’un glauque absolu. Manchette sait trifouiller là ou l’humain est le plus moche. Tardi sait peinturlurer de noirs et de blanc là où c’est laid.
Ce Paris ci, personne n’en voudrait.
Sauf que les auteurs vont au plus profond du roman noir. Cette BD en est une quintessence parfaite. Tout y est dans le rythme, les personnages, les atmosphères, les rebondissements jusqu’au final dans les poubelles. Manchette n’aimait guère l’humain (et il avait bien raison…)
Reste un détail, une pensée. Ce Griffu là n’est-il pas un prologue à la série des Nestor Burma du côté de Tardi ? Car, tout y est aussi. Un Paris détaillé au millimètre (mais pas la même époque), des rues qui puent le noir et blanc viscéral, Une secrétaire, Un détective qui porte sur lui, comme un manteau, le nihilisme le plus abscons, des déambulations dans les rues avec des affiches du temps qui passent, des voitures et des troquets…Tout y est, avant l’heure du 1er épisode chez Nestor vu par Tardi.
Sauf qu’ici tout fini mal comme un bon vieux polar de la série « Série noire » de chez Gallimard.
Compliqué que celui-ci.
Visiblement il y a eu du buzz autour de cet opus. Visiblement il y a suspicion de racisme. Il y a des jeunes dans des réseaux sociaux qui, montrant quelques planches, ont accusés les auteurs de racisme.
Alors…Est-ce vrai ? Non.
Danny et Yann ne le sont pas. Ils utilisent les poncifs visuels des années 60 pour caricaturer à outrance le propos saignant de Yann sur le communautarisme (notamment africain).
Par contre, est-ce malin ? Ben non. Pourquoi vouloir réutiliser les caricatures à grosses bouches des années 60 ? Franchement…
Parce que Yann, à force de vouloir dézinguer tout et tout le monde par une hystérie criarde et sans aucune sensibilité, se veut déjanté et ironique. Les Wokistes ? Des trous du cul. Les végétariens ? Des abrutis. Les capitalistes ? Des connards. Les féministes ? Des connasses. L’armée ? Des teubés. Les journalistes ? Des couillons. Les écolos ? Des tocards. Les jeunes ? Des arrivistes. Et, forcément, les communautés (africaine par exemple) ? Des empaffés. Et tout le monde prend cher dans le scénario comme dans le visuel.
Et, malgré un constat glacial que Yann dresse avec justesse sur l’état de notre monde, il joue à dégommer tout le toutim sans aucune forme de procès. Yann est donc un moraliste aigri qui nous explique qu’il n’en a rien à foutre de rien ? Pas loin quand même. Et tout ce gloubi-boulga de méchanceté gratuite m’a donné la nausée. Car Spirou ce n’est pas ça. Car Franquin, Greg, Fournier, Tome, Janry, ce n’est pas ça.
Sauf que…
Les personnages féminins sont des personnages hyper sexués, connes et stupides et particulièrement hystériques. Toutes (sauf Seccotine et la nana de la CIA heureusement) sans exception. Même la nana (la seule moche de l’histoire) qui réagit de manière sérieuse et professionnelle (et se fait virer pour ça), devient la pire des connasses dès qu’elle a un peu de pouvoir.
Sexiste le bousin ? Ben oui.
Voilà le problème. Les petits jeunes sur les réseaux sociaux ont pris trois planches et ont fait leurs buzz. Il y avait des filles dans ces réseaux sociaux. Et ces jeunettes n’ont pas vu le sexisme grave de l’histoire ? Sérieux !!!! Alors, ça veut dire qu’elles n’ont pas pris la peine de lire. Elles ont pris 3 planches et ont hystérisé le propos. …
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Alors peut être que Yann a raison. Peut-être que plus personne n’est foutue de construire un raisonnement qui dure plus de 2 minutes. Et pour le coup, Yann a peut-être raison de se foutre de la gueule de toutes ces communautés là et que le monde est bel et bien foutu.
Sauf que le scénariste s’y est pris mal. Un pamphlet si important ne peut se faire par-dessus la jambe comme une pochade, comme une blague de Beauf à la Cabu.
Dommage, les dessins de Danny sont trop bien.
Dommage aussi car depuis 2023, plus rien n’est paru dans cette série
Voici une lecture qui se promène avec les jolis dessins faussement naïfs d’un auteur qui compte et qui conte.
David B. nous promène en Italie et, avec sa compagne, raconte en bande dessinés ce qui lui passe par la tête. De toutes petites histoires familiales, d’autres plutôt légendes de village et d’autres encore qui puisent dans son propre imaginaire. On préférera l’un plutôt que l’autre évidemment. Je les ai toutes appréciés personnellement.
Et toutes m’ont fait voyager à l’intérieur de moi.
Certes, il n’y a aucun enjeu, ni ressort scénaristique mais, de l’énergie, il y en a beaucoup. Une énergie paisible, apaisée et bienveillante.
De plus, les très beaux dessins de l’auteur nous immergent plus encore dans cette simplicité qui n’en a que l’apparence de la simplicité. Au contraire, les illustrations de David B. sont psychédéliques, fouillé pour un esprit pur de narration visuelle.
Un vrai plaisir !
Beaucoup de BD tente l’autobiographie directe d’une illustre personne. Beaucoup s’y casse les dents. Certains tentent de parler d’une personnalité par le biais d’une thématique précise. Je préfère, à n’en pas douter, cette méthode là car je crois que l’art de la BD est fait pour ça : raconter la petite histoire dans la grande.
Ici, On raconte Primo Levi et Auschwitz durant un moment (précieux) que l’auteur de « Si c’est un homme » affectionnait particulièrement : son témoignage dans les salles de classe. Et, s’il y a deux ou trois moments trop appuyés à mon gout, le reste est superbe. Les dessins sont d’une ambiance âpre. L’auteur maitrise le noir et blanc et dévoile l’innommable avec brio.
L’histoire raconte les camps de concentration avec terreur. Il raconte surtout un écrivain qui, malgré l’enfer, est demeuré un humaniste avec ses doutes et ses combats. D’ailleurs, on ressent à la lecture la résonnance quasi symbiotique du scénaristique pour l’auteur de « La trêve ».
Bien sûr que cette BD doit lu et relu par notre génération et celle qui vient. Pour toujours se souvenir, pour toujours avoir la certitude que l’humanité peut être le pire de l’horreur.
Ok, la série a toujours été pour moi une curiosité nanardesque. A chacune de mes lectures (la série est dans ma collection), je ris beaucoup au détriment de la série. C’est ça le concept du Nanard.
Construire une série de BD pour surfer sur la vague mercantile des bouquins cela peut être bien. Mais pour cela, il faut avoir une idée. Ici on suit le tournage d’un film qui retrace l’histoire de France. Et à chaque épisode de notre roman français retracé dans le fameux film est découpé toujours de la même manière : On raconte ladite période avec des calembours vraiment mais alors vraiment pas drôle (et tellement usés questions ficelles), Puis il y une tentative de meurtre qui ne marche pas puis une publicité.
San Antonio fait de la figuration comme Berrurier et Marie-Marie. Il y a même un escargot qui parle et qui solutionne des tentatives de meurtre et que l’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam.
Question dessin. Il y a un dessinateur par visage, 1 autre par corps. La Tour Eiffel est à la campagne parce que, des décors, il n’y en a pas. Pas une chaise, pas un nuage, pas la moindre queue du plus petit trait de décors….
Ce n’est pas un nanard, c’est un navet. Le pire de la production de la BD franco-belge. Le pire en tout cas de toute ma collection.
Pourquoi j’aime tant ces vieux périodiques édités chez LUG :
La guerre des étoiles : Parce qu’à l’époque la bible narrative Star Wars n’est pas encore construite, que tous ces épisodes osent tout pour faire des aventures haletantes. Yan Solo (Oui il se nomme Yan dans ces histoires là) est le guide des vaisseaux de la résistance (qui ressemblent plus à des salières et des poivrières qu’à des vaisseaux spatiaux). Et que Luke va faire du turbo vivant dans les étoiles, détruire un complexe militaire avec un coup de sabre laser…Ce n’est pas la classe tout ça ? Vous saviez aussi que dans les chasseurs de l’empire, il y avait des sièges éjectables ? Voilà pourquoi j’aime tant. C’est frais. C’est libre. La lecture est affranchie de règles et c’est ça qui est bon. Jouissif de n’importe quoi, une régalade de liberté narrative.
Machine Man : Parce que Jack Kirby. Le maitre incontesté. Parce que son dessin massif et intemporel. Parce que son narratif autant conservateur qu’anarchiste. Le super héros est charismatique malgré ses ressorts dans les talons.
La conclusion Vénitienne des aventures de Mikros à Venise justement se clôture dans le plus merveilleux des n’importe quoi ! Le gondolier noir (une sorte de surfeur d’argent mais en gondole) n’est qu’un robot. Tout n’est que carton-pâte de cinéma. Même que Salty est devenue juge et bourreau. La super héroïne deviendrait elle autre chose qu’une jolie silhouette et le love interest de tous ? J’aime le dessin du Lyonnais, j’aime le baroque stupide de cette série qui ne se prend pas aux sérieux. J’aime tout.
Dazzler monte en gamme. Un peu. Le dessin, un peu aussi et la narration un tantinet plus également. Les personnages prennent un chouia d’épaisseur. Pas de bol, Bruce Banner se pointe infoutu qu’il est de garder son calme…Baston !
L’ère compliquée de Nic et Cauvin cesse. Deux nouveaux auteurs prennent la série. Est-ce que l’époque Tome et Janry est mieux que celle de Franquin ? Certes non. Est-elle meilleure que celle de Fournier ? Perso, je trouve que c’est à réfléchir…
Explication
Dans ce 1er opus, tout de suite j’ai aimé le travail graphique. Du gros nez avec des ambiances à la Tillieux. De la planche certes très classique mais qui raconte toujours de l’énergie, de l’action. Du mouvement qui ne cherche pas à plagier le Manga mais qui suit avec grand talent la ligne Franco-Belge. Dès le 1er opus, il y a un plaisir visuel évident.
Du côté du scénario, il y a encore de l’impulsion, un sens du rythme évident, une bonhommie drolatique qui joue autant des jeux de mots rigolos, comme des comiques de situations. C’est un vrai plaisir de jouvenceaux à suivre l’histoire.
Sauf que c’est pété de deus ex machina, d’hasards heureux, de rencontres totalement improbables qui tombent pile poil aux bons moments. Comme si le scénariste était incapable de trouver des ressorts scénaristiques qui fassent sens, qui soient logiques, évidentes. Comme s’il ne savait pas harmoniser le mouvement, le dynamisme des actions avec une vrai pertinence scénaristique.
J’avoue que, souvent, je me suis dit dans ma lecture « - Et ben, il tombe bien celui-là ! » ou bien « - Que Champignac ai trouvé le remède quelques jours avant alors qu’il ne connaissait même pas la maladie, c’est quand même de la veine ! »
Bref…Si Spirou et Fantasio (et Champignac) jouent au loto : ils gagneraient….
Mention spéciale à Spip qui est irrésistible.
Colette est une grande personnalité irrévérencieuse et de grand talent. Choisir un temps de sa vie pour la raconter est particulièrement pertinent. Ici c’est une Colette qui a aimé la Bretagne et que l’on raconte autour de la Bretagne. Même si cette région de France est plus un prétexte de narration qu’autre chose, cela permet une belle ambiance et un temps apaisé dans la lecture. D’ailleurs cette BD est un vrai « feel good movie ». Tout ce qui est grave ne l’est pas, tout ce qui est irrespectueux est drôle, tout ce qui est immoral est baliverne. On lit l’œuvre avec un vraie sourire. Car les dialogues sont incisifs, drôles et débonnaires. Il y a une vraie poésie joyeuse dans le texte.
Sauf que le dessin m’a rebuté. Pas ou peu de décors, des personnages dessinés à la hache, et de l’érotisme tout carré. Choisir un dessinateur qui va à l’essentiel est pour le coup peu pertinent du tout quand on raconte une personnalité qui a tant été dans l’émotionnel et l’érotisme. Cette œuvre aurait eu besoin de plus de littéralité visuelle. La narration n’étant pas en mouvement, le dessin aurait dû être plus atmosphérique.
Une BD qui nous vient d’Argentine qui a du chien et de la flamboyance ? Nous voici dans une future poubelle ou les catégories sociales sont parfaitement classées. Les pauvres restent sur une terre détritus, détruits et pollués…les riches (les élus) peuvent partir à Luna Europa qui est un satellite paradis. On ne verra jamais ce paradis mais on vit les rêves de presque tous les protagonistes pour atteindre le Graal.
Ce postulat de départ est une réussite. Dommage que l’auteur se perde dans des sous intrigues qui se perdent en lisibilité. Toutes les magouilles, les petits arrangements de margoulins et la corruption partout sont racontés avec de la pertinence mais avec trop de hasards heureux (Le final particulièrement) ce qui est bien dommage. Sans cela, la narration aurait été incroyable de bassesse, de petitesse, de bas instincts. Ici les protagonistes sont tous des loosers qui essayent de de s’en sortir parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.
Les dessins sont flamboyants ! Ils collent à l’ambiance mortifère avec des couleurs vives, des horizons lointains. J’ai adoré les planches, certes classiques, qui offrent de l’espace. L’univers est dès la première case, sous nos yeux, offert.
4 comics :
Le Spiderman de John Romita Junior et David Micheline : Tellement bien ! Car John, dans cet épisode, commence à avoir son style. Il apprend à être percutant, à aller à l’essentiel et à être iconique. Et, vraiment c’est du bon. Le robot du méchant a de la gueule, New York est comme Mary Jane : Canon et Le Spiderman noir a la classe à Dallas. Micheline dresse un scénario sans prétention mais clair…
Ironman est dans l’entre deux actions dans cet épisode. Le dessin de Bob Layton (qui fut le patron tellement d’années durant pour ce super héros là) est très bon et le scénario de Micheline (encore lui) a la prétention de faire du dilemme pour Stark mais il est clair. C’est la période rouge d’Iron Man.
Les vengeurs sont dans l’espace, en plein bataille cosmique contre des ET pas beaux. On ne comprend pas grand-chose (il faut avoir lu les épisodes précédents pour saisir le tout) mais les dessins de Buscema sont pas mal du tout (L’artiste fait le minimum mais quand c’est Buscema qui fait le minimum, c’est déjà chouette) C’est la période ou Captain Marvel est leadeur des Vengeurs. Une très belle période.
On comprend que dalle chez les Alphans. Ok, il aurait fallu lire les opus précédents mais quand même Bill Mantlo, le scénariste, construit un blougi boulga d’enjeux qui rend complétement indigeste le final. Et le dessin pique les yeux tellement c’est moche. Dave Ross débute et ça se voit….
Sunny Moon est la fille du roi de Donaldville. Ce sera la seule information certaine du bousin.
Le reste est une histoire à épisodes publié dans Fluide Glacial. Et l’œuvre a le défaut élémentaire de la périodicité mensuelle. Les 1ers épisodes n’ont aucun lien entre eux, n’ont aucun sens et l’humour tombe à l’eau. Et si l’absurdité peut fonctionner par épisode une fois par mois, elle tombe à plat dans une intégrale. On ne comprend pas grand-chose même si on sait qu’il n’y a pas grand-chose à comprendre puisque le but est le non-sens. Mais là c’est quand même un peu trop.
Puis, il commence à y avoir du lien entre les épisodes et, petit à petit, le plaisir de l’ubuesque prend forme pour devenir total dans les tous derniers épisodes. Hélas c’est un tantinet trop tard pour en profiter pleinement.
Les dessins de Blutch sont superbes comme toujours. Il utilise tous les champs du possible du noir et du blanc et mélange le réalisme outrancier aux caricatures les plus foutraques. Un régal visuel qui narre magnifiquement les aberrations nihilistes du propos.
D’habitude j’aime beaucoup J-C Denis. Il est l’auteur des Bobos par excellence et j’ai aussi un côté Bourgeois Bohème qui ne mange pas de pain.
Sauf que là, comment dire…
.
… il ne se passe rien. Ici l’auteur parle d’odeur. Et ce n’est pas simple de le faire en BD. Ici nos héros vont de régions en régions (avec quand même du bon gros parisien qui tache et de la Lande et du Saint Trop Pèze) et d’odeurs en odeurs. Alors les passés resurgissent et l’auteur nous raconte des brèves de vie plutôt jolies, surannés et délicatement gourmandes d’insipide. Et une brève tamponne une autre qui tamponne une autre…
C’est sympa sans plus. Le lecteur que je suis ne se sent pas concerné pour un sou. Pas une fois il y a de la résonnance.
La faute peut être à ce héros qui ne cesse de se gausser d’avoir un gros pif, ne cesse de parler de lui. Un narrateur d’une telle suffisance qu’il se croit humble. Même que sa petite amie essaye d’entrer en communication avec lui, voir même juste d'avoir une opinion contraire mais il s’en bat les steaks car il raconte avant tout son égocentrisme cultivé. Bref le Bobo par excellence.
Les dessins sont sympatoches. La narration aussi. Sinon rien de plus
Passons de côté les planches exceptionnelles de Romita junior qui sont, dans ces 2 nouveaux épisodes, moins insolites et moins singulières mais toujours aussi iconiques, et restons du côté de Nocenti qui continue son choix scénaristique si inhabituel. Car, oui, ce tome narre la filiation autour de la génétique, de la maternité mais aussi la famille.
Nocenti raconte une histoire si rare dans le monde du comics et prend tellement son temps pour le faire que le plaisir est véritable. Il y a aussi un duel entre un méchant et un gentil qui est parfaitement raconté dans les visuels et les planches incisives de Romita Junior.
Il y a donc une rareté de narration qui donne le ton. Et ce ton est dense, intense et violent. Certes, la narration n’est guère tonitruante mais cela augure de futurs épisodes qui sortiront du droit chemin : (celle du super gentil qui met des tatanes à un super méchant qui veut se venger du super gentil)
Et cela fait du) bien à lire quand on lit autant de comics (des années 70 à 2000) que moi.
J’avoue.
Depuis « Sur les frontières » (extra au début et pété du bulbe à la fin du bousin), je ne prenais que peu de plaisir à la lecture des opus suivant. C’était sympa sans plus. Et je me disais que Christin n’avait plus grand-chose à nous raconter. Pourtant, il y aurait tant à faire avec deux héros en errance. Bref….
Ici, et on le sait, Christin prépare le final de sa saga par une trilogie. « Au bord du grand rien » est le début de ce final. Et Christin narre avec tendresse notre couple de héros dans diverses situations qui les préparent à aller en enfer pour retrouver leur terre natale qui est la nôtre aussi. Christin est doué dans la construction d’un univers. Ici Valérian et Laureline sont des marchands itinérants ce qui nous permet de découvrir une palanquée de personnages attachants, un bestiaire d’un imaginaire dingue, d’univers qui fleure bon toutes les thématiques du notre dans la critique du capital, du pot de vin, de la pauvreté et du profit. Et le tout est patiné d’un humour fin et de bon aloi. On suit nos héros dans leurs vies de tous les jours (bien qu’ils soient en préparation d’une quête) Et moi j’adore les BD qui racontent des tranches de vie. Le calme avant la tempête. Car le prochain tome doit construire les véritables enjeux.
Mézières se régalent aux crayons et nous régalent Il peut laisser libre court à son génie dans les atmosphères, les univers, les mouvements. Il se permet même à pasticher Bilal avec maestria.
Et, en plus de toute cela, Laureline est toujours aussi belle…Alors que peut-on demander de plus ?
Bon…C’est 5 albums en 1 ans que nous a pondu le Jeannot. Alors forcément la qualité y est plus. Pire encore, des idées il y en a plus non plus. Nous sommes en 1981. La maison d’édition de Jean Graton se nomme Novedi et doit publier et publier toujours plus. Et Jean envoie de la planche. Beaucoup de planches. Mais il faut trouver une idée de scénario….
Ici, L’auteur prend prétexte d’un crépage de chignon entre deux gros de la F1 (pour une histoire de jupe). Dans la vraie vie, c’est resté dans les couloirs en faisant, juste, les choux gras de la presse. Dans la BD, Jean va au bout du chafouinage et construit deux saisons de F1 Et, puis il y a aussi des soucis du côté de l’entreprise Vaillante. Et, puis il y a aussi, les retrouvailles de Michel et Steve. Sauf que non c’est une fiction dans la fiction. Tout est faux. C’est comme la saison 9 de Dallas ou tout n’est que rêve de Pamela et que Bobby est sous la douche. Et c’est ridicule.
Et pourtant il y aurait pu avoir un véritable enjeu. Non pas la guéguerre entre les 2 pontes de la F1. Bof. Non pas les retrouvailles de Mich Mich et Steevou. Ça viendra. Mais bel et bien la vie dans l’entreprise ou les ouvriers sont inquiets d’un possible rachat. C’est par là, qu’il y avait une chouette histoire à raconter. Mais, là encore, non. La fin de cet enjeu fini en eau de boudin puisqu’il n’y a même pas de fin.
Les dessins sont sympas. Mais l’opus est d’une inutilité absolue dans la saga.
D’abord j’adore Schwartz. Il y a du Chaland en lui avec une personnalité illustrative plus débridée. Ici, le choix de la seconde guerre mondiale dans le monde de Spirou convient merveilleusement bien aux traits et à la plume de l’artiste. Le plaisir est total. Il y a du joyeux dans cet illustration malgré le sujet grave.
Ensuite il y a Yann. Et de lui, je me méfie. Il y a tellement à boire et à manger dans ses histoires, le pire comme le meilleur. Car Yann est gourmand, vorace. Ces scénarios sont toujours trop pleins de trop. Yann est excessif. Il abuse de tout jusqu’à parfois l’écœurement.
Mais dans cet histoire ci, il n’écœure pas même s’il exagère sur tout. D’abord il rend à Bruxelles, sa légitimité de ville de la BD avec des clins d’œil partout et tout le temps. Et dans ce thème là, j’en ai jamais assez. De plus, il a réintégré Fantasio en inventeur (comme à l’origine). Yann abuse d'inventions mais ça fonctionne très bien pour moi. Ici, Spirou rate tout. Pire, il est la cause d’une tuerie. Fallait oser et Yann l’a fait. Et j’ai trouvé cela très intéressant un Spirou en prison, injustement condamné mais sans possibilité de prouver quoi que ce soit. Yann raconte la guerre sans choisir ses méchants et ses gentils et ça c’est bien. Il y a des femmes aussi et de l’érotisme et du sexe. Et ça c’est parfait.
Alors oui ça va vite. Trop vite parfois comme toujours chez Yann. Mais cette énergie fonctionne bougrement avec le dessin de Schwartz qui nous en met plein les mirettes. Et on ne s’ennuie pas. Mieux encore, on vibre, on ressent. Le lecteur a de la peine comme de la joie. La lecture resonne.
Un moment parfait de lecture. Et une parfaite représentation de ce que doit être, pour moi, un épisode de cette série
2 petites aventures qui vont bien. L’une étant meilleure que l’autre. La 1ère raconte une suite du « Repaire de la Murène » Sympathique et divertissante, on ressent toutefois les premiers élans d’une lassitude chez Franquin autour de cette série. Certes il y a toujours du mouvement et de l’énergie mais l’inspiration est moins là. J’apprécie toutefois la fin. Le méchant n’est pas méchant mais utopiste. Il rêve d’un monde de silence, un havre de paix. Et je ne peux m’empêcher d’y voir le besoin vital pour Franquin d’un monde de silence, ou il serait en paix, enfin. En plus, les raisons du « méchant pas méchant du tout » à empêcher les héros à trouver le pot aux roses sont carrément pertinentes.
La seconde, moins bonne, rappelle combien Franquin aime les têtes de Jivaros qui rétrécissent. Cela fera les beaux jours de pleins de blagues chez Gaston Lagaffe. Fort sympathique avec des personnages attachants et, encore une fois, tous bienveillants, l’histoire manque quand même d’énergie et d’humour pertinent.
Mais même quand Franquin est en dessous, il reste en dessus de bien d’autres….
Comme toujours, Franquin est une d’une inventivité folle. Comme toujours la narration est énergique, audacieuse. Jamais on ne s’ennuie. La trame est certes classique (Greg manque un peu à construire un récit plus adulte et moins linéaire) mais ça file vite et bien avec beaucoup d’humour. Il y a aussi du temps suspendu un peu partout. Du polar par ci (et on retrouve la patte graphique de Tillieux) et du silence aquatique (et Franquin n’a besoin d’aucune référence pour nous faire ressentir l’angoisse des profondeurs).
Tous les personnages sont bien brossés. Spirou est un détective intrépide talentueux, Fantasio un Side kick qui a de l’émotion, Champignac un savant pas fou mais gentil (les scènes avec la poule sont à mourir de rire), et les méchants sortent tout droits également de Tillieux.
Et puis il y a le Marsupilami. L’album est fait pour lui. Irrésistible, étonnant, extraordinaire, il est d’une drôlerie absolue et d’une grande fidélité. C’est le personnage principal de l’opus.
Ok. Je n’accroche pas aux dessins de Yoann. Question de goût, c’est sûr. Trop anguleux, trop épais, trop mouvementé, trop caricatural dans les expressions. Certes, Yoann apporte un vrai dynamisme frénétique de bon aloi dans la narration visuelle. Je comprends cela mais je n’arrive pas à adhérer (Et je le regrette bien sincèrement) Peut être que ce mélange entre Franco-Belge-Mangaka me laisse circonspect. Désolé.
Ici, il y a 5 histoires. Bien trop inégales les unes des autres. J’ai adoré la 1ère (le côté ventre maternel/courrier en retard de chez Gaston). Les références sont excellentes et les clins d’œil savoureux. Les autres fonctionnent moins bien. Certes Vehlmann gère bien l’histoire courte. Il sait faire les conclusions qui surprennent comme dans les pulps de Métal Hurlant. Certes j’ai adoré la désillusion Batmanesque, apprécié certaines uchronies et moins d’autres. Sauf que, comme toutes histoires courtes, ça va trop vite, ne prend jamais le temps. Et ça se digère aussi vite que ça s’est ingéré. Du pur produit marketing avec du beau fan service. Le problème avec les albums à histoires courtes, c’est qu’on les compare les uns aux autres et forcément la critique est plus rude. Ces histoires ont été publiées dans le journal Spirou, semaine après semaine. La lecture est différente. On prend plus de plaisir à savourer les unes aux autres séparées par le temps des publications.
Reste que c’est ici que nait Super Groom. Il y aura une série dédiée. Evidemment que je vais la lire.
Vous vous souvenez du cycle de l’eau ? L’évaporation, les nuages, les rivières et les fleuves puis la mer, puis l’évaporation…etc…Sauf que de nos jours, nous pouvons rajouter les inondations et catastrophes naturelles.
Avant la politique de remembrement (1950/60), il y avait des paysans qui vivaient la terre et l’eau. Et il y avait des talus, des méandres, des bocages et des arbres enracinés qui fixaient tout. Il suffit d’admirer les paysages de nos campagnes pour comprendre le bouleversement : Vaste terre longiligne à perte de vue ; horizon sans le moindre arbrissot ; parcelle large, immense, carré sans le moindre oiseau.
Commencer durant l’état français, poursuivi durant la 4ème république et le général De Gaulle, la politique voulait que notre pays devienne le grenier de l’Europe. Et tout a été détruit pour que les tracteurs (de plus en plus gargantuesque) engendrent le profit maximal. Ce plan politique, administratif et destructeur construit le plus grand plan social en France (7 millions de paysans en 46 puis 3.8 millions en 62). Les suicides d’agriculteurs se déclenchent (1 par jours déjà) et ceux qui restent s’endettent pour vivre moins bien. Tous ne profiteront pas de la politique du remembrement.
Il y a eu des grèves, des manifestations violentes, des jugements injustes et même des morts. Mais rien n’y a fait. La politique du remembrement fut méprisant auprès de l’humain et du vivant.
Après « les algues vertes, l’histoire interdite » Ines Léraud et Pierre Van Dove livre une nouvelle enquête sans concession et essentielle. Celle-ci est âpre, brutale mais fortement étayée de preuves et de témoignages qui racontent tous les points de vue. Elle raconte surtout une histoire politique totalement oublié dans notre mémoire collective.
Les auteurs racontent un choc de civilisation brutal entre profit et humain, entre mode de vie et vivant. Un choc totalement oublié, dûment oublié, systémiquement oublié. Ne dites plus « Exode rural » (on dirait que ce n’est pas de chance…), dites plutôt « Politique de Remembrement » (sciemment planifié) ….
A lire absolument pour comprendre tout, pour comprendre pourquoi nos paysages sont si mornes, si monotones, à perte de vue sans le moindre vivant autre que la productivité.
Les dessins de rom Lim sont superbes. Des pleines pages entières de couleurs et d’actions. La bataille cosmique comme si vous étiez. Toute la quadrichromie au service du grand et du beau. Mon dieu que cela claque. Mon dieu que les personnages sont tous iconiques. Mon dieu que les planches, elle mêmes, malgré leurs grands classicismes s’essayent modernes dans le baroque, le mouvement et y arrivent merveilleusement.
Par contre Starlin se prends les pieds dans le tapis. Comment clôturer une trilogie qui ressemble traits pour traits à la précédente et qui fut un succès commercial (mérité) partout dans le monde ? Et bien on n’y arrive pas. On multiplie les sous intrigues et les plans secrets pour tenter la différence et tout cela devient incompréhensible voir indigeste. Pire tout cela est un non-évènement. Dans la première trilogie (extraordinaire) beaucoup de super héros mouraient mais ont ressuscité en 24 h et Thanos fut dieu que quelques semaines sauf que personne ne s’en souvient. Ici, c’est tout pareil ou presque car Le méchant qui se nomme le mage fut dieu quelques minutes seulement. Alors les héros s’en souviennent certes mais le reste de l’univers n’en a rien su. Alors ça a fonctionné chez moi la 1ère fois mais à la seconde, ça fait redondant…
Heureusement que ça se termine….
Quoi ? Il y a une suite ? Encore ?
L’inventivité est toujours la même. Il y a un plaisir véritable de lecture dans ses visuels, ses planches et ses cases. Follement Baroque. Follement créative. Les auteurs nous en mettent plein la vue. Si du côté du dessin, c’est le plaisir total, du côté de la narration, c’est trop.
Trop d’indices, trop de pistes. Ce qui oblige le lecteur a ne plus que suivre le fil rouge et de n’être plus acteur de sa propre lecture. Il n’y a que très peu d’émotions dans ce narratif puisque tout n’est plus que logique. Et le trop grand nombre d’indices nous fait perdre le fil de tout. Je me suis perdu et j’ai laissé filer. Et la conclusion m’a laissé pantois. Parce que trop d’indices à imbriquer les unes aux autres, le final est clairement n’importewakesque. Sir Arthur l’aurait trouvé bien incroyablement inaudible. Je l’ai trouvé particulièrement trop compliqué et particulièrement impossible dans les faits.
Ce qui fait que j’ai quitté l’œuvre quelques pages avant le final. Ce qui fait que je n’y croyais plus du tout dès la moitié du parcours narratif.
Dommage et bien tristounet.
Certes il y a une grande inventivité dans cet opus. Certes aussi l’album est gourmand de fantaisie et d’imagination. Il suffit pour cela de voir les planches superbes de Benoit Dahan. Leurs cadres et leurs hors champs, leurs zones blanches et leurs cases racontent chaque fois quelque chose qui va du baroque à l’insolite. La lecture de l’opus uniquement par l’image est déjà en soi un beau voyage. C’est rare en BD de tenter des trucs pas communs. C’est le cas ici et c’est chouette de fraicheur.
Et puis il y a ce fil rouge qui nous mène par le bout du nez. Le titre est une promesse qui est parfaitement tenue. Par ce fil rouge, on y est dans cette mansarde ou est stockée tout le génie du détective.
Sauf que la lecture est en mode automatique, robotique et, sans émotion particulière, on suit le fil conducteur. Et c’est malin je trouve cette manière de narrer avec tant de froideur émotionnelle. Car Sherlock est un personnage qui déteste l’affect, le sensible, le passionnel pour n’aller que dans la logique. Et donc, le tour est gagné, nous sommes bel et bien dans la tête du détective anglais.
Sauf que la lecture n’est justement guère passionnelle et l’on s’ennuie un tantinet à tant de logique (qui parfois s’approche de l’auguste divination). Car, à retirer le prestige des étonnements de tant de maestria intellectuelle, on perd l’affectif. Il y a ici trop de rationnel et plus assez de mystère.
La suite pourra peut-être enfin surprendre ?
Tronchet, on s’en doutait, est avant tout un sensible. Il le prouve dans cette autobiographie qui n’en est pas une mais qui fait tout pour faire croire que s’en est une. Voilà l’histoire d’un type qui a la tête de Tronchet avec le métier de Tronchet et qui semble être un idiot gentil.
En fait ce type n’existe pas. Il vit une vie de silence et de transparence. Et malgré le feu de la vie et peut être un amour naissant, il tente d’abord de tout oublier. Oublier, un type qui est déjà honnis par tous, ce n’est pas simple. Alors, il part à la recherche de quelque chose. Mais de quoi exactement ? Il n’en sait rien. Et au travers d’énigmes qui n’en sont pas et que le personnage principal aime à croire que s’en est, il retourne évidemment au père. Un père absent, qui n’existe plus et qui a fait croire, peut-être, que son fils n’existait pas d’avantage….
L’auteur n’explique que très peu et ne cherche pas à prendre les sentiers déjà maintes fois pris quand le thème est celui de la recherche du père. L’artiste est d’une sensibilité folle. Il utilise toutes les palettes des émotions avec délicatesse. La narration est un jeu de hasard qui n’en ai pas un vraiment et on se laisse aller au plaisir fou de suivre la quête tout en légèreté d’un homme pas si idiot bête que ça. C’est l’histoire d’un remplaçant dans tous les domaines et qui se rend compte qu’il est à l’image du père photographié un peu avant la vraie photo.
Est-ce que sa vie va changer ? On ne sait pas. Est-ce qu’il va être différent après tout cela ? Aucune idée. Comprend-il ce qui lui arrive ? Pas forcément. Mais, à la fin, il devient plus palpable, plus dense. Il ose un peu. Il sait qu’il est le fils du Yéti et que celui-ci le regarde toujours derrière un rocher comme une très fameuse case finale d’une très fameuse BD.
Tronchet ne fait pas de tralala dans son dessin. Il va à l’essentiel, simple, rapide et efficace dans un gaufrier très standard.
Une réussite
Franquin passe la main à Fournier bien qu’il continue à dessiner le Marsu dans cet album ci.
Et ce n’est pas bien évidemment puisque Greg, lui, n’est pas là. Et le scénario est aux roses, forcément. Rien n’est structuré. Il y a beaucoup de moment qui ne servent à rien, beaucoup de centre mou avachie et surtout tellement de ressorts scénaristiques stupides ! Et on ne rit pas beaucoup. Peut-être la dernière case et, encore, la vanne finale est tellement mal amenée qu’on sourit à peine. Certes Fournier s’amuse avec les personnages et ça il le fait bien. Ils ont de la couleur, de la densité et même s’ils sont tous caricaturaux en diable, ils le sont avec talent !
Question dessin, ce 1er album dessiné par un autre que le maitre est une très belle promesse. Fournier saura remplacer Franquin. Décos, actions, personnages tout y est déjà avec précisions et réussites. Je trouve d’ailleurs que Fournier sait diablement bien dessiner les voitures ! Peut-être que les planches sont trop encaissées, peut-être que les cases sont trop petites. Il semblerait que, déjà, le trait a tellement de chose à dire qu’il me semble étriqué dans ces cases trop rectangulaires, trop linéaires.
Ce 1er tome raconte une belle promesse d’avenir tout de même. Les albums suivants prouveront que la période Fournier était aussi une belle période.
Que les choses soient claires, le Mage est un sale con prétentieux. C’est peut-être d’ailleurs la seule raison de l'enjeu et de tant de bordel, de tant de super héros qui se mettent sur la gueule et que tant de personnages éternels et omnipotents pointent leurs bouts du nez.
Jim Starlin reprend tous les codes de la 1ère trilogie, pose le même déroulé avec plein de surprises. Et ça marche toujours. Les 3èmes et 4èmes épisodes de cette saga qui en compte six, devraient être plutôt ventre mou puisqu’au centre. Ce n’est pas le cas. Starlin nous surprend toujours, nous amuse beaucoup et crée de l’émotion.
Rom Lim est un orfèvre. Ses planches ne sont qu’exaltation et vitalité, ses découpages ne sont que violence vive, lecture incisive, gestion de la case âpre. Un pur bonheur visuel. Un grand talent.
Du pur comics des années 90 qui ont servis d’inspiration pour les meilleurs films du MCU.
Voici l’histoire d’une fuite en avant, d’un inéluctable que l’on ne veut pas. Et partir loin ne suffira pas car ce qui doit être sera.
Cyril Pedrosa est un orfèvre. Je l’ai découvert avec trois ombres et j’ai été vampirisé aussitôt par son génie. Ici, il raconte avec des allégories, superbes dans le dessin, le refus d’un père au destin de son fils.
Les dessins sont ronds et brumeux, tout en hémistiches et silences, suspensives et en circonférences. Ils sont surtout uniques de poésie. C’est un noir et blanc qui abuse dans les noirs puis dans les blancs pour mieux raconter encore les sentiments.
L’histoire raconte une multitude de scènes qui chamboulent tout et tout le temps. Les personnages sont tous attachants. Même les 3 ombres (on sait assez vite ce qu’elles veulent) qui ont leurs scènes et qui sauvent d’une manière romanesque l’un des personnages principaux. Car l’histoire est aussi très romanesque malgré l’intimité des destins. Il y a un naufrage, et du Robinson, du Far West et de l’itinérance silencieuse, Du pirate et des parties de cartes, de l’esclavage et de l’assassinat …
…Et de la mort. Toujours. Car ce roman graphique raconte avant ce qu’est la mort.
D’ailleurs, je trouve que la fin fait du bien. Elles sont rares ces fins-là pour des romans qui racontent cela. Et Pedrosa a eu raison de clôturer son histoire ainsi. Elle donne envie de la lire et la relire encore. Et c’est bel et bien ce que je fais.
Vous reprendrez un peu de madeleines?
A chaque planche de Machine Man, il y a le vrai plaisir de regarder du Kirby. Que c’est beau, abondant et poupin. La quadrichromie est faite pour lui ! Et le scénario, conservateur en diable avec une pointe d’anarchie sur les côtés, c’est du Kirby à tout berzingue ! Machine Man est une création Kirby. Stan Lee n’a pas essayé de piquer quoi que ce soit, de tirer la couverture. Et ça se voit ! Et ça se sent ! La lecture de Machine Man est l’idéal pour savoir qui était cet artiste de génie ! Et bien sûr que cette série est celle qui est maitresse dans ce mensuel jauni par le temps.
Car Mikros est toujours à Venise et Mitton se perd à essayer de faire de l’énigme, du mystère voir même du miracle. On comprend plus grand-chose aux actions du méchant pas beau. Et même si le final repart dans un nimportnawak salutaire et compréhensif (Le retour de Crabby !!!) qui relance l’envie d’en savoir plus au prochain épisode, j’ai bien peur que l’auteur ne nous explique pas tous ces prodiges. Le dessin est en dessous en qualité que d’habitude.
Sinon, dans la guerre des étoiles, on apprécie un combat de Djédaïs (avé l’accent) et non de Jedi. Alors forcément, ce n’est pas pareil. Au 3ème degré, la lecture est savoureuse
Et Dazzler combat avec un nouveau super héros « L’aura bleue », qui va disparaitre de l’univers Marvel aussi vite qu’il a apparu, contre des gangsters. Il y a aussi une veille maman éplorée dans l’histoire et Johnny Storm en Guest. Le dessin pique moins les yeux.
C’est quoi ce boubliboulga de narration ? Comment autant d’inventivité dans un univers à la Hard Boiled puisse faire autant pschiiiit dans une narration autant bourré de deus ex machina, de fusil de Tchekhov ne servant à rien, de créativité réelle dont les scénaristes n’en ont rien à fiche ? C’est tellement dommage d’avoir autant d’imagination fertile et d’en faire une histoire si incompréhensible qu’elle en devient banale dans son final.
Il y a un regret véritable au fur et à mesure de la lecture. Ce qu’on lit est d’une originalité folle et plus tu avances, plus le n’importe quoi apparait pour n’être plus que du total n’importe quoi à la fin. Le fiasco est total au fur et à mesure.
Le dessin, lui, très proche de l’univers de Hard Boiled mais aussi lorgnant du côté de Kirby et des comics cosmiques de Rom Lim et Jim Starlin est un régal d’action, de force et d’ingéniosité en narration visuelle.
Dommage, vraiment dommage que les scénaristes aient crée un scénario sous acide ou complétement bourrés.
Fin d’une série qui est exceptionnelle.
5 tomes plus inventifs les uns que les autres utilisant absolument tous les codes du polar, de l’enquête, de l’espionnage avec un brio à chaque fois plus maitrisé au fur et à mesure. 5 tomes qui racontent une uchronie autant ébouriffante que palpable, pertinente et incroyablement possible. 5 tomes d’une violence inouïe, d’une tendresse folle, ou toutes les valeurs morales humaines (les pires comme les plus belles) sont à leurs paroxysmes. 5 tomes à la narration qui sait aller vite en rebondissement comme qui sait prendre son temps pour que chaque personnage soit épais de caractère. 5 tomes aux dessins d’une précision chirurgicale, qui sait allier l’iconique à l’intime.
L’auteur use et abuse avec savoir faire de toutes les narrations littéraires (Conan Doyle, Christie, Flemming, Hammett, Chandler) pour les adapter en BD. Et l’auteur ose le Happy end après 5 tomes (J’ai beaucoup aimé) ou les fusils de Tchekhov se sont multipliés, les raisonnements d’enquêteurs se sont distingués par leurs innovations, ou les bagarres ont été stylisées.
L’auteur use et abuse des Easter Egg réjouissants et dessine bougrement bien. Certes, au début, la couleur fut déstabilisante mais très vite elle sied à merveille cet univers totalement barrée.
Vite. Il faut que vous y fonciez. Et, en plus, vous aiderez une petite maison d’édition qui ose des séries extraordinaires mais tellement atypiques (Den, Next Men, Nexus) …
Vite. Il faut que vous fonciez
Malgré un dessin magnifique comme toujours dans cet arc narratif, Nocenti essaye des trucs :
Durant le 1er épisode, elle tente l’horreur et la malédiction, les 1ères planches sont d’une ambiance suintante et ténébreuse (trop bien !). Sauf que juste après le méchant (magnifiquement dessiné) se retrouve comme par hasard face à Daredevil et…Spider Man qui passait par là aussi. Le moment de torgnole entre les 3 est assez génial et le décor franchement délire de noirceur (Romita connait son affaire). Et ça se frite donc pour se clôturer par la disparition du fils de Méphisto dans un claquement de doigts. Question découpage, ce n’est franchement pas compréhensible. Peut-être que l’éditeur SEMIC de l’époque a fait des coupes franches. A l'époque il y avait de l'autocensure et pas qu'un peu.
Le second est pire encore. Nocenti fait de longues pages sur l’horreur des fermes en surproduction. Les cochons et les poules qui sont dans des casiers tout petits, ou l’on arrache les becs pour pas qu’elles s’entretuent pas, ou on essaye de couper les pattes des cochons pour que la place soit plus optimale.
La BD est de 81. Rien de neuf au soleil en 2025. Et, en effet, ces questions de maltraitance animale doivent être un sujet. Mais que vient faire un super héros là-dedans ? Daredevil n’est plus qu’un spectateur. Il y de nombreux dialogues philosophiques. Mais, je ne crois pas qu’un comics de super héros soit le lieu pour cela. Même si je comprends la scénariste de raconter à son public (plutôt jeunes) la réalité de l’industrie agroalimentaire.
Reste les dernières planches qui relancent l’action. Une blonde apparait. Un clone…Et si l’on croit les postures éthiques légitimes de Nocenti au travers de cet épisode là, les prochains épisodes peuvent me plaire énormément.
Franquin est un margoulin. Il nous fait croire que dessiner, c’est facile. Que le gag visuel, le mouvement et les détails qui racontent autre chose que le propos principal, c’est les doigts dans le nez. On achète un crayon HB et il y a plus qu’à. Quel talent ! Quel génie ! Franquin est le maitre de tous ! Il n’y a pas débat !
Ceci étant dit parlons de Gaston
Car l’album est constitué de deux histoires. La seconde (plutôt de bonne facture) a en Guest Gaston Lagaffe. C’est lui qui amène une plus-value en apportant une note burlesque et absurde de bon aloi. Sans ce mouvement secondaire inattendue, cela aurait été très commun.
La 1ère, elle, est un documentaire sur le marsupilami. Le lecteur est assis à côté de Spirou et Fantasio pour découvrir comment vit une tribu de Marsupilami. Racontée par Seccotine qui a fait un reportage dans la pampa (Franquin est un humaniste qui a toujours souhaitait l’égalité entre les sexes même si Seccotine est quand même très chipie en tout début de l’aventure), on y voit une femelle, un male et 3 bébés marsupiaux.
Et c’est réjouissant ! Drôle, si drôle avec des comiques de répétitions et visuels à se tordre de rire ! Et c’est inventif, malin et même subtil parfois. !
Sauf que, veuillez me pardonner, mais je ne peux m’empêcher de voir Mademoiselle Jeanne dans la femelle de la tribu. Elle a tous les attributs physiques, les courbes et l’allure. Elle déambule comme Mademoiselle Jeanne. Et elle a même le comportement psychologique. Et, pour moi, qui suis toujours amoureux de Mademoiselle Jeanne, ça me ravit. Et je ne peux m’empêcher de croire que si Gaston n’était pas si gaffeur et paresseux, il aurait été ce male marsupiaux là. Et, je crois sincèrement que l’univers Spirou commence petit à petit à être vampiriser par l’univers de Gaston avec cet album là.
On ne saura rien sur la sexualité des Marsupilamis dans le reportage. Mais moi j’ai ma petite idée : Ce sont des maitres shibari alors pensez donc comment ils s’amusent tous les deux…
Il y a d’abord et toujours la qualité du dessin. Gaspard gère le classicisme du propos et l’ambiance est parfaitement travaillée (surtout les retours en arrière).
Il y a ensuite la qualité du scénario qui ne fait pas semblant dans toutes les bassesses de l’humanité et ne protège pas plus les enfants. Alors, oui, la lecture est faite d’émotions fortes, de troubles légitimes. Filippi joue à bouleverser ses lecteurs et il y arrive. Le personnage de Gregor est, pour, moi le plus fort, le plus troublant. Il est d’ailleurs la dernière ombre. Je regrette même que son histoire ne soit pas la principale.
Si le final est plutôt convenu (mais salutaire tout de même) avec un happy end qui désappointe de rapidité tant ce second tome est trouble, offensif, l’histoire en 2 tomes est de fort bonne facture. Le milieu et la quasi fin du second tome étant le meilleur.
Grégoire est un sale con. Il l’était déjà, il l’est et le restera. Et autour de lui gravite des personnages qui portent tous des ombres. Chloé, par exemple, sait que Grégoire est le pire des cons mais ne veut pas y croire (car son existence de femme aurait débuté par un mensonge et, de cela, elle ne peut s’y résoudre). Pierre accepte un marché par lâcheté (il ne sait pas dire non) Et d’autres personnages tournent autour de lui qui savent vexer, voire même humilier. Reste une rouquine qui, elle, sera la probité à tout épreuve (la valeur étalon de toutes ces sinuosités de vie malodorantes)
Et l’histoire se clôturera par une tragédie.
Blaise Guinin nous offre une narration qui semble linéaire mais qui ne l’est pas, qui semble conceptuel (dessiner tout l’album avec un stylo 4 couleurs) et qui l’est certes mais qui est surtout d’une humanité de tous les jours, d’un entremêlement humain des sentiments quotidiens.
Il structure son propos par des objets des couleurs mais tout cela n’est que prétexte. Il y a beaucoup de force dans la narration, il y a beaucoup de tension. Que le titre soit à la fois la manière de dessiner et de colorier ainsi que le fusil de Tchekhov essentiel au dénouement est déjà très fort. Mais que les rapports humains entre les personnages soient si palpables est une réussite.
Surtout que la colonne vertébrale de la narration est un sale con. On est dans sa tête, dans ses fantasmes (et les planches de nues sont d’un érotisme superbe et pervers), et dans ce « je-m’en-foutisme » sidéral et agressif.
Les dessins racontent l’histoire sans chichi ni tralala. Ils sont maitrisés et inventifs.
J’ai adoré
Alors que le 1er et second tome prouvait combien Marc Bougne excelle dans l’adaptation d’une époque avec un personnage important d’une saga, le voici, désormais, plus menotté.
Car Avant « Le grand défi » il y eut quatre courtes histoires qui racontait un Michel Vaillant tout minot et insupportable aux yeux de son père. Ces 4 histoires là sont assez bancales question narration mais apporte toute l’ambiance qui fera le succès colossal de la série dans le journal de Tintin.
Marc Bougne reprend ces 4 histoires pour ce troisième tome. Il densifie la narration grâce aux personnages et leurs interactions. Il apporte un point de vue différent. Malgré tout, cela restent un tantinet boiteux. Marc ne peut rendre meilleur des histoires faites à l’époque à la va-vite, pour un public d’adolescent, et qui essayent d’apporter une ambiance plus qu’une histoire.
Et ces 4 histoires là en plus, je les connais et même par cœur. Et cette Fan box est spécialement dédiée à des types comme moi qui connaissent par cœur ce genre de trucs vieux comme Hérode.
Alors, oui, c’est toujours agréable de lire de la nostalgie. J’avoue que j’ai adoré la toute dernière planche ! Mais la seule nostalgie (même plus dense, mieux foutue et vu autrement par d’autres point de vue) ne suffit pas à l’éclate totale.
J’ai donc souri. Beaucoup. Je me suis senti vieux aussi. J’ai lu et j’ai relu en sachant parfaitement que ma madeleine est délicieuse à souhait mais ce n’est qu’une madeleine.
Les dessins sont toujours bons mais sans prodige. Parfois les voitures Vaillante ne sont pas très jolies. Ils ne rendent pas grâce à la Vaillante Marathon. Elle fut pourtant la toute première dans le grand défi à faire une belle carrière. Et dans cet opus, elle est toute rabougrie.
D’abord de très beaux dessins de Gaspard Yvan. De factures certes classiques, on ne peut bouder notre plaisir sur l’ambiance hivernale au fond d’une forêt et les méandres d’un château. Même si les planches, les cadres et la narration visuelle est ordinaire à l’ensemble de la production d’aujourd’hui, cela reste fait avec talent.
Du côté du scénario, Filippi lorgne du côté de Del Torro sans les fulgurances visuelles du réalisateur. C’est clairement du labyrinthe de Pan dans la narration. Mais cette BD souffre de la comparaison. Ici, la violence est certes palpable mais les allégories sont faibles et les personnages trop caricaturaux.
La lecture de l’opus est de très bonne qualité. Mais cela ne suffit pas car la couverture, absolument superbe, est un mensonge. L’histoire n’est pas du tout celle que nous raconte la couverture.
Dommage donc…Car, personnellement, c’était plutôt cette histoire promise qui me donnait envie.
Un porto folio qui n’est ni une vraie histoire, ni un opus ; juste une balade en vélo transformé avec Michel et Soso. C’est mignon. On aimerait bien savoir ce que devient Soso mais on n’en saura rien. Cette aventure d’un bisou dans de la paille n’est pas canon. Pire il faut le mettre en format soi-même…Rien à faire ici, dans l’énoncé de la série
Vraiment un produit confectionné pour des aficionados tel que moi. Même que les posters proposés sont déjà sur mes murs tellement que je les trouve chouette. Bref, j’ai quand même acheté malgré le prix extra crapuleux et, en ce qui concerne l’histoire, j’ai vraiment bien fait.
Car dans les séries spin off de « Michel Vaillant », celle-ci est certainement la plus aboutie, la plus réussis, la plus jubilatoire de toutes celles publiées ces dernières années.
Car, Henri Vaillant est le personnage tel que je l’imaginais. Certes, les auteurs en ont fait un résistant (avec Joseph Renier et Jean Moulin) mais celui-ci l’est, non pas pour la mère patrie, mais par simple promesse d’amitié et juste pour conduire vite et dans les conditions de la compétition. Tous les personnages sont épais, à la psyché détaillée. Et ce melting-pot de caractères transforme cette aventure industrielle en aventure humaine exaltante. Pierre Levegh en tête que Marc Bougne nous permet d’apprécier avant l’accident du Man 1955, final apocalyptique de ce tome. On découvre également la course emblématique des Mille Miglia.
Et puis il y a surtout ce que j’aimais dans les Michel Vaillant de 1960 : L’aventure d’une famille et d’une marque. Et tout y est. Marc Bougne densifie avec talent le personnage de Gilles Mansart qui fut l’un des personnages secondaires des 4 histoires courtes avant « Le grand Défi ». Et, ainsi, la narration raconte parfaitement l’essor du garage Marseillais jusqu’à la 1ère usine. Et Puis il y a Jean Pierre et Michel qui sont exaltant dans leurs relations ambiguës de deux frères qui s’aiment à leurs manières. D’ailleurs Bougne reprend l’histoire courte « La première course de Michel Vaillant » pour l’intégrer dans son histoire et en faire un vrai ressort scénaristique sur les relations entre lui et son père.
Le dessin n’est pas celui de Graton années 60, c’est sûr. Mais Claudio Stassi fait un joli travail. Classique, avec une âme propre et sans défaut outre mesure. C’est un beau noir et blanc délavé qu’utilise l’illustrateur. Et ça fait sens et c’est joli. Le taf est fait.