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    bd.otaku Le 26/05/2020 à 16:54:58

    « Les bijoux de la Kardashian »

    Toute ressemblance avec des personnages ayant existé n’est … absolument pas fortuite ! Joann Sfar s’est librement inspiré pour son personnage haut en couleur, Jacques Merenda, du politicien Jacques Médecin (qui fut maire de Nice de 1966 à 1990 et dut quitter ses fonctions et partir en Amérique du Sud pour échapper à la prison pour corruptions) dans deux de ses romans : « Le Niçois » et « Farniente ». Il en fait pour la première fois un héros de bande dessinée. Ce premier album a pour cadre la Fashion Week et brode autour du fait divers qui défraya la chronique à l’automne 2016 : la séquestration de Kim Kardashian – baptisée ici Kim Kestechian –dans un hôtel de luxe parisien et le vol de ses bijoux pour un montant de 9 millions d’euros par un gang de papys braqueurs dont font ici partie Le Niçois et son amoureuse Loulou Crystal.

    Ce n’est pas la première fois que Joann Sfar prend appui sur la réalité y compris pour le tome 2 du Niçois « Farniente » qui avait pour contexte le 14 juillet et les attentats de Nice ou qu’il s’intéresse à la célébrité puisqu’il s’agissait du sujet principal du biopic qu’il consacra à Gainsbourg dans « Gainsbourg vie héroïque». Le rocambolesque cambriolage avait en outre déjà donné lieu à une adaptation en bande dessinée : « Les bijoux de la Kardashian » en 2019 écrite par deux journalistes d’investigation François Vignolle et Julien Dumond et dessinée par Grégory Mardon. Ces trois auteurs avaient pris le parti d’effectuer une reconstitution presque naturaliste et très détaillée du braquage car ils avaient eu accès aux différents PV d’audition et de surveillance et reconstitué au plus près la chronologie et le rôle de chacun dans l’affaire. Ils avaient aussi choisi de mettre en scène, sans misérabilisme, le décalage existant entre le monde pailleté de la starlette de la téléréalité et la banlieue grise des braqueurs. Enfin, ils s’intéressaient surtout à l’enquête de la BRB (brigade de répression du banditisme) dans une écriture documentaire et presque clinique accompagnée d’un dessin sans fioritures.

    Ce n’est pas ce que retient Sfar dans sa « Fashion Week ».Il déclare dans « Paris Match » qu’au moment du casse , il trouvait que « les gens riaient de choses pas drôles du tout : la fragilité de cette femme braquée par un flingue. Elle a sans doute vécu la pire nuit de sa vie. Mais par contre, tout ce qu’il y avait autour (l’)a fait marrer. Le fait que les gars soient partis en vélib, qu’ils aient fait tomber des bijoux, que l’un d’eux a frôlé la crise cardiaque en faisant du vélo à 60 ans ». Il apprécie donc le côté « bigger than life » de l’anecdote et va s’en donner à cœur joie dans un style à la Audiard.

    Les papys flingueurs

    On connaissait l’écriture truculente de l’auteur du « Chat du rabbin ». Ici , il va donner libre cours à sa verve comique et se mettre sous l’égide à la fois d’Audiard et de San Antonio . Ceci est perceptible dès la publicité de lancement de l’album qui parodie une Une de « Closer » ou de « Gala » et surtout dans la 4e de couverture qui présente les protagonistes dans des bandeaux à la manière du générique des « Barbouzes » avec leur surnom accompagné de quelques lignes savoureuses.

    Ses personnages sont haut en couleur. Il y a vraiment des textes parfois bien sentis et émaillés de punchlines à commencer par le monologue d’ouverture de Loulou Crystal qui fait preuve de beaucoup de gouaille. Chacun est doté d’une « parlure » qui lui est propre : qu’il s’agisse de Mamy Driver qui téléphone sans cesse à sa sœur au village, de Formidable Bouchacha qui est doté d’une politesse surannée, de Kabour le mac de l’hôtel qui parle comme un rappeur ou du Niçois qui manie un langage phallocrate qui fleure bon le Bébel des années 60.

    Ces caractéristiques de la voix off du journal de Loulou Crystal et des dialogues imagés des phylactères sont également mis en valeur de façon paradoxale par une technique traditionnellement sage : l’aquarelle. Ici ces dessins « lâchés » aux couleurs acidulées donnent à la fois une impression de rapidité , comme les croquis des carnettistes, et également de liberté .

    Enfin, on remarquera comme chez Audiard et Frédéric Dard, une tendance à la satire. Sfar n’épargne rien – à commencer par les chaînes d’info continu ou le service de sécurité parallèle de l’Elysée -- ni personne : les fashionistas comme Soko ,Cara Delavigne ou Beyoncé sont rebaptisées Koko (comme un perroquet aux formules creuses) ou deviennent Cracra Delapigne et Bifoncé. Il se livre même à l’autodérision et se met en scène comme l’un des bras cassés, chauffeur de VTC de luxe parce qu’il n’arrive pas à percer dans la bd , doté d’une coupe mulet que même Mel Gibson n’aurait osé abordé dans ses films des années 80.

    Sfar semble alors rimer avec jubilatoire… Cependant l’album ne tient pas ses promesses car si tous les ingrédients sont là, la mayonnaise ne prend pas et l’ensemble se transforme en une salade niçoise.

    Salade niçoise

    Ce gros album (160p), reste avant tout un objet littéraire hybride. Un peu comme « Gainsbourg hors champ » ce condensé de quarante carnets composés aussi bien de dessins réalisés au cours de la phase préparatoire du film que d’après nature, sur le plateau qui n’était ni véritablement le script, ni le story-board, ni même un résumé détaillé de la vie de Gainsbourg. Ici, on hésite en permanence entre roman illustré et bande dessinée avec une voix off omniprésente et envahissante : les cases sont littéralement mangées par le texte qui l’envahit et gêne la lisibilité.

    L’ensemble est beaucoup trop bavard et multiplie des intrigues inutiles : l’insuccès du chauffeur Sfar comme auteur de bande dessinée s’étire de façon lassante et répétitive, les amours saphiques de loulou Crystal n’apportent rien sauf un peu de voyeurisme bon marché. L’humour lui-même devient très lourd en se fondant sur le scatologique - ça ne pétarade pas mais ça pète allégrement, Loulou travaille pour la compagnie Tushipassankafé …- et digne des cours de récrés (on a même une référence au succès inter-préaux « un dimanche matin avec ma putain » !)

    Finalement tout cela aboutit à une pochade brouillonne alors qu’il y avait du potentiel dans l’anecdote, dans les portraits mais également dans l’histoire du poilu et des autres fâcheux qui rappelle la mécanique des films d’Audiard mais aussi les ressorts comiques de « Jo » avec de Funès. L’ensemble est desservi par un travail trop paresseux : les dessins fonctionnent en redondance et se contentent d’illustrer les propos. On aurait aimé davantage d’innovations dans le cadrage et dans le découpage .

    Paradoxalement, les premiers mots du texte en soulignent les défauts : Sfar joue sur l’homophonie et écrit à la place de « Loulou Crystal’s Diary » ( le journal de Loulou Crystal) « Loulou Crystal’s diarrhea » : (la diarrhée de Loulou Crystal). Et c’est vrai que malheureusement l’ensemble se transforme parfois en logorrhée verbale ! Il faudrait sabrer la voix off pour en garder l’essentiel et les bons mots ; resserrer les intrigues pour donner davantage de rythme ; varier les cadrages pour que ce soit inventif et déjanté.

    Sfar travaille déjà avec Marion Festraëts sur l’adaptation cinématographique de cet album. On est impatient de découvrir sa gestion du découpage et de l’ellipse, son dosage entre volubilité et place laissée à l’ambiance sonore ; ses choix de lumière et ses cadrages….bref, finalement « Fashion Week », la bande dessinée, constitue un beau brouillon pour le film qui va en être tiré.