« Le médecin m’a dit ce que j’avais tellement peur d’entendre.
Ce n’était pas fini, il y a huit ans. Juste une rémission. La leucémie a repris possession de mon sang, de ma vie. Je n’en ai plus que pour trois semaines, un mois maximum.
Je vais mourir et je n’arrive pas à y croire. Je suis encore vivant, plein d’énergie.
Je n’ai jamais dit à Babette que j’avais eu le cancer. Quand on s’est rencontré, je n’allais pas lui annoncer qu’elle commençait une histoire avec un ex-cancéreux ! Puis, les jours ont passé, et je n’ai jamais trouvé le bon moment. Ensuite, ça n’a plus eu d’importance. On s’aimait et j’étais guéri. On a acheté la maison, on s’est installé et on s’est dit qu’on attendrait un peu avant de faire des enfants. Un ou deux, on verrait. Notre bonheur, c’était de vivre ensemble tous les jours.
Ce matin, j’ai pris la voiture pour un dernier voyage. »
Huit ans durant lesquels il s'est remis à y croire, à aimer, à faire de nouveaux projets, et un diagnostic aux allures de sentence tombe : espérance de vie de trois semaines à un mois. C’était une rémission, pas une guérison. Comment admettre que c’est bientôt fini, quand ce que l’on ressent nous rattache au vivant ? Que faire du temps qu’il reste ? Un voyage, il optera pour un dernier voyage.