Les avis postés par pm


Anna
Par pm le 14/10/2004  
Coauteur de la série à succès Sanctuaire, Christophe Bec sort cet album chez le jeune éditeur indépendant « La Boîte à bulles ».
Cet album a une histoire puisque c’est l’édition remaniée et augmentée d’un album paru chez Soleil il y a quatre ans, « Hôtel particulier ».
Le dessin très réaliste de Christophe Bec est intéressant, en particulier son noir et blanc tout en ombre et lumière. Il passe cependant difficilement le cap de l’impression qui en écrasant les noirs a tendance à rendre certaines planches assez peu lisibles.
Les scènes du livre ont été tournées au préalable en vidéo, la retranscription en dessin et le découpage ont pour effet de donner un graphisme de roman photo dessiné plutôt sophistiqué.

On s’attend bien à des rapports psychologiques tendus entre les protagonistes mais peut-être pas à la description de jeunes adultes sans aucune envergure, évoluant pour la plupart dans un milieu pseudo artistique sans âme. Ils se donnent l’air de vivre à travers la perversité afin de tendre à l’extrême les rapports entre les êtres. L’entreprise est risquée puisque aucune empathie n’est alors possible avec les personnages. Et tout y passe, du voyeurisme/exhibitionnisme aux rapports de force sado-masochistes d’une relation homme femme, qui malgré leurs travers, n’ont, malheureusement, aucune épaisseur psychologique. Dans le fond, nous ne savons quasiment rien d’eux ni de leur histoire. Ils deviennent alors très vite des pantins désincarnés.
Mais surtout, sous prétexte de ne pas juger, les auteurs se complaisent dans leur narration sans jamais prendre le moindre recul, et adoptent finalement sans la moindre gêne, les mêmes travers que leurs personnages. On ne nous épargne pas grand-chose. Un sentiment de malaise et de dégoût finit par s’installer chez le lecteur qui se sent pris en otage.
Aucune branche à laquelle se raccrocher, on ne trouve aucune générosité dans le propos, mais une extrême complaisance dans les descriptions qui rend l’album très ambigu. Il se termine sur une simple inversion des rapports de force et sur la défaite du plus extrême des personnages. Nauséabond.


Minuscule mousquetaire (Le) 2. La Philosophie dans la baignoire
Par pm le 03/10/2004  
Trois ans après un premier tome, délai inhabituel pour cet auteur prolifique, parait « La philosophie dans la baignoire » dont la forme et le fond ont considérablement évolué. Du gaufrier à peu près systématique du premier album on passe à une mise en page beaucoup plus éclatée et du trois bandes par page à une quasi généralisation du quatre bandes qui donne une certaine densité au récit. L’encrage plutôt sobre et gras du premier fait également place à des traits beaucoup plus fins, à une surabondance de hachures et à des cases relativement chargées (toujours ce sentiment de densité). Ce qui frappe également dans ce tome c’est le manque apparent d’unité de style graphique tout au long de l’album. On passe allègrement de cases très finement détaillées à d’autres où le pinceau trace juste un vague décor, de hachures nerveuses et rapides à des drapés esquissés en quelques coups de pinceaux bien larges, d’un lettrage scripte à un autre en cursives dans la même planche voir dans la même case.
Et cette « irrégularité » de forme se couple avec un récit qui semble également partir dans tous les sens, partant de pseudos récits mythologiques vers une faune sous marine et féminine, passant de l’antiquité grecque au 18ème siècle libertin, de la philosophie aux récits épiques, le tout emmené dans un joyeux bordel…dans lequel on ne se perd pourtant jamais.
Ce récit fonctionne bien sûr comme une pure fantaisie où de nombreux thèmes sfariens sont abordés, en particulier ses rapports aux femmes et à la philosophie (pas de religion dans le minuscule mousquetaire). Mais l’imagination débridée de l’auteur est toujours tendue vers une direction précise et malgré toutes ses digressions Sfar nous conduit bien à bon port, vers un débordement de vie au sens littéral du terme, où ça déborde tellement qu’on ne peut le garder pour soi. La fantaisie vitale débridée est ainsi le propos même de ce livre et ce serait un malentendu de le prendre autrement. On sent ici le vrai respect du jouisseur de la vie ( le sexe, le vin, les histoires, l’humour, le plaisir) jamais la profonde déprime du libertin aquoiboniste .
On notera également les nombreux hommages à l’amitié et à l’amour, à ses proches, généralement en forme de clin d’œil, avec des personnages qui prennent les traits de Christophe Blain, de Riad Sattouf, peut-être même de Marjane Satrapi et sans doute de sa compagne Sandrine Jardel, ainsi qu’une ironie sur lui-même en se croquant en mari cocufié qui cherche une solution à son problème. Et bien sûr un hommage appuyé à ses maîtres Pierre Dubois/Petrus Barbygère/Le Borgne Gauchet/Le minucule Mousquetaire et plus particulièrement dans cet album au grand Fred et à sa formidable inventivité (cf en bas à droite de la page 35).
Bref un grand cru qui sous ses faux airs de bordel pornographique creuse le sillon de cet auteur qui continue à nous raconter et à nous livrer ce qu’il croit et ce qui l’intéresse.
Un livre qui ne sacrifie pas à l’esbroufe et dont la ligne directrice pleinement assumée est un savoureux hymne à la vie.
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