Les avis postés par mallory
Par mallory le 22/12/2007 La série doit parcourir trois différentes périodes de la vie de Marzena Sowa : l'enfance, l'adolescence et les débuts dans l'âge adulte. Ce premier tome, Petite Carpe, est dédié à l'enfance. Le récit est autobiographique, basé sur le témoignage et, dans sa démarche, fait beaucoup penser à Persépolis de Marjane Satrapi. Marzi, une petite fille de 7 ans, regarde le monde normalisé par le stalinisme avec ses yeux d'enfant. Elle vit dans une HLM de la ville industrielle de Stalowa Wola, et aime par dessus tout l'aventure et le mystère. Intégralement raconté sous forme de voix off, ce quotidien polonais vu par les yeux d’une enfant ne cherche à véhiculer aucune idéologie politique. Toutefois, on ne peut s’empêcher de constater le fossé entre le système de pénurie permanente de l’époque (c’était il y a à peine 20 ans…) et notre économie de marché « européenne » d’aujourd’hui. Le rythme n'est certes pas rapide, mais l'histoire se déroule tendrement comme la vie de Marzi et on se prend au jeu de ce regard d'enfant, plein de douce naïveté, sur un monde dont on sait ce qu'il a été.
Par mallory le 22/12/2007 Nous voilà tranportés vers l'Ukraine et les cultures slaves, tziganes, cosaques et juives bien sûr. Klezmer, c'est avant tout un style musical d'Europe de l'Est joué par les musiciens itinérants juifs ashkénazes, un voyage entre musique manouche et jazz... enfin pour se faire une idée, vaut mieux se mettre un bon disque et commencer la lecture. Je connais et apprécie la musique de David Krakauer dont le site est ici, mais vous pouvez aussi allez vous renseigner auprès de ces deux groupes : The Klezmatics et Amsterdam Klezmer. Nous allons suivre plusieurs personnages : Yaacov le jeune homme, Hava, la jolie jeune femme, Le Baron taciturne au passé trouble, Vicenzo plutôt naïf et faire valoir et le gitan Tchokola formidable conteur d'histoires. Tous ont en commun la musique et vont se rencontrer. Ils traversent un monde où la violence domine et où les sentiments ont parfois du mal à se frayer un chemin, mais prendront une importance grandissante au fil du temps. Le premier tome permet de camper les personnages à la façon d'une randonnée contée. Dans le second ils se retrouvent à Odessa dans la maison d'une vieille dame qui fête son prochain départ pour Israël : les amitiés se nouent, les histoires se délient, l'alcool ,coule à flot et les notes de musiques accompagnent tout ce petit monde... Les dessins (en couleurs directes - aquarellées - ) et l'écriture sont extraordinaires : rythmées, saccadées, colorées, spontanées elle confirme le talent de leur auteur Joan Sfar. C'est riche, passionnant, culturel, drôle, émouvant et même fichtrement documenté... car en fin d'ouvrage Joan Sfar partage ses impressions sur son travail de dessin et de recherche. Il nous parle de ses influences : Hugo Pratt, Quentin Blake, Sempé... et décrit sa découverte de l'aquarelle et son rapport à la bande dessinée.
Par mallory le 22/12/2007 Lorsque François Bourgeon explore un univers littéraire, il n'y va pas avec le dos de la cueiller : tous les poncifs du genre se trouvent ici déclinés. De plus, nous étions déjà habitués à des galeries de personnages exubérantes, nous sommes servis. Ce dernier épisode amène Cyann sur une nouvelle planète, Marcade. Fidèle à son habitude, François Bourgeon ne fait pas l'économie de nous décrire cette planète et sa société où règne un ultra-libéralisme, où les échanges sont poussés à leur paroxysme puisque même parler coûte de l'argent. Poser une question peut vous ruiner. C'est aussi une société qui ne connait pas de limite à l'intrusion dans la sphère privée et la belle Cyann en fait les frais à ses dépens. Mais elle réussit à retourner sur Ohl, seulement un petit problème s'est glissé lorsqu'elle a franchi la Porte lui permettant de se jouer de l'espace et du temps, et la voici sur Ohl mais 40 ans plus tard... Les dessins sont toujours aussi somptueux, les couleurs éclatantes. Chaque case se rapproche du tableau de maître. Profitez-en pour relire la série ou attendez le prochain opus sinon vous risquez de rester sur votre faim...
Par mallory le 22/12/2007 Lorsque François Bourgeon explore un univers littéraire, il n'y va pas avec le dos de la cueiller : tous les poncifs du genre se trouvent ici déclinés. De plus, nous étions déjà habitués à des galeries de personnages exubérantes, nous sommes servis. Ce dernier épisode amène Cyann sur une nouvelle planète, Marcade. Fidèle à son habitude, François Bourgeon ne fait pas l'économie de nous décrire cette planète et sa société où règne un ultra-libéralisme, où les échanges sont poussés à leur paroxysme puisque même parler coûte de l'argent. Poser une question peut vous ruiner. C'est aussi une société qui ne connait pas de limite à l'intrusion dans la sphère privée et la belle Cyann en fait les frais à ses dépens. Mais elle réussit à retourner sur Ohl, seulement un petit problème s'est glissé lorsqu'elle a franchi la Porte lui permettant de se jouer de l'espace et du temps, et la voici sur Ohl mais 40 ans plus tard... Les dessins sont toujours aussi somptueux, les couleurs éclatantes. Chaque case se rapproche du tableau de maître. Profitez-en pour relire la série ou attendez le prochain opus sinon vous risquez de rester sur votre faim...
Par mallory le 21/12/2007 Pour commencer, il y a un parti pris graphique et littéraire : raconter une histoire sans texte et pourtant pleine de bruits et de mots, avec des images qui oscillent entre réalisme et fantastique. Le ton employé, souligné par la teinte ocre et brune du dessin, place le récit sur un pont reliant deux mondes : les mondes réels et imaginaires, l'ancien monde et le nouveau monde, la fin agonisante du XIX° siècle et le XX° siècle naissant. C'est un travail de longue haleine qu'a accompli Shaun Tan : plus de quatre années pour accoucher de cette bande dessinée. Ce récit est en partie autobiographique puisqu'il est basé sur le témoignage de son père, Malaisien d'origine, migrant en Australie. Mais c'est aussi un travail d'enquête auprès de nombreux migrants de nombreux pays et de différentes époques. Les portraits, si poignants qui sont sur les pages intérieures de couvertures sont inspirés de photos de passeports et de migrants prises à Ellis Island entre 1892 et 1954. Vous l'aurez compris, nous voici plongé, dès les premières pages dans une aventure hors du commun et intemporelle, celle d'un homme prêt à quitter sa famille (femme et enfant) pour tenter de trouver une vie meilleure ailleurs. Avec cette question qui taraude tant d'hommes : "Existe-t-il une chance pour moi là-bas ?" et cette autre qui en inquiète tant d'autres : "Pourquoi ne restent-ils pas chez eux ?". Mais Shaun Tan nous montre aussi qu'il existe non seulement une solidarité active entre migrants, et que leur accueil pourrait être différent. Si sa vision est utopique (et là Shaun Tan nous entraine dans un univers fantastique pour bien montrer la césure qui s'opère avec la réalité) elle n'en est pas moins plausible. Les trouvailles graphiques nous offrent cette liberté d'imaginer, une nouvelle fois, ces ponts entre notre monde et sa vision. Lorsque le paquebot, chargé de migrants entre dans le port du nouveau monde, on reconnait la mégapole de New-York grâce sa statue monumentale. Mais à la place où doit se trouver la fameuse statue de la Liberté, nous découvrons deux statues gigantesques qui se saluent en se serrant la main et en se prosternant un peu. L'arrogance de la statue de la Liberté, symbolique à souhait (l'Amérique moderne n'est-elle pas arrogante ?), et qui a dû offrir à tant de migrants un espoir de liberté enfin acquise et revendiquée, laisse place à une statuaire qui donne l'image rassurante d'un pays qui sera à vos côtés et ne vous laissera pas tomber. A partir de là, tout s'enchaine : l'enregistrement administratif, la recherche d'un toit, de nouriture, de travail, les rencontres, l'apprentissage de la langue... et enfin l'amitié, le partage et le regroupement familial, happy-end synonyme de réussite et d'un nouveau commencement. Voilà une bande dessinée essentielle pour nous amener à réfléchir sur cette épineuse question des migrations internationales, sur les notions d'accueil et d'intégration des migrants. Shaun Tan donne le point de vue des migrants et n'hésite pas à nous questionner sur ces sujets de société. C'est une oeuvre magistrale, d'une immense qualité !
Par mallory le 21/03/2007 Attention chef d'oeuvre !!!
Le premier manga traduit en France de Kyoko Okazaki (岡崎 京子). Le genre de celui-ci est une chronique de la vie quotidienne. Nous suivons Yumi, une jeune femme, employée de bureau, qui se prostitue pour arrondir ses fins de mois et nourrir son crocodile. Comme animal de compagnie, on ne peut pas faire plus original. "Si tu n'es pas heureuse, il vaut mieux mourir" lui disait sa mère. Et cette dernière est morte, laissant sa fille seule, avec un père riche mais trop souvent absent. Yumi choisi de vivre et même de mordre la vie à pleine dents. Alors tout paraît simple pour elle. Mais son père s'est remarié et elle déteste sa belle-mère - des sentiments d'ailleurs amplement partagés. Keiko, sa petite soeur, tente de faire le lien entre tous ces éléments : Yumi, le crocodile, la belle-mère et... Haruo. Ce dernier est l'amant de sa mère. Un jeune homme qui tente vainement de devenir écrivain. Tout semble se dérouler comme Yumi l'entend : une vie plus ou moins bien réglée, presque ordinaire... jusqu'au jour où elle surprend les deux amants et décide de suivre le jeune homme. Elle s'immisce dans sa vie sans lui laisser le choix. Haruo tombe progressivement amoureux de sa nouvelle colocataire... Mais la mère de Keiko, en horrible marâtre - elle a lu les contes de notre enfance - décide de se venger de tout ce petit monde... C'est frais, dynamique, plein d'humour, c'est bigrement bien raconté et largement bien dessiné. La technique de tramage est originale : les trames figurants les ombres semblent être posées maladroitement sur les personnages, les objets, les décors ; on a parfois l'impression de se retrouver avec ces vieilles BD, lorsque la couleur dépassait des contours des personnages, procurant une vision double. Ici, rien de tel, ni de désagréable, simplement une impression surannée qui colle bien au propos en s'en démarquant. Kyoko Okazaki décrit admirablement bien une certaine réalité des familles urbaines modernes au Japon. Qui est Kyoko Okazaki ? Une jeune femme, née en 1963 à Tokyo. Elle fait ses débuts à 17 ans et se distingue de ses consoeurs en accordant une large place à la sexualité dans ses récits. L'humour le dispute souvent au tragi-comique de situations parfois rocambolesque. Elle dépeint une société japonaise moderne avec des valeurs très proches de ce que nous connaissons, ce qui en fait une œuvre qui facilite l'identification des lecteurs occidentaux. C'est avec impatience que j'attendrai la traduction d'ouvrages comme Happy House (1992) et River’s Edge (1994). Pink date de 1989. Malheureusement Kyoko Okazaki a eu un accident de voiture, en 1996, qui l'a contrainte à arrêter sa carrière. |
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