
Coauteur de la série à succès Sanctuaire, Christophe Bec sort cet album chez le jeune éditeur indépendant « La Boîte à bulles ».
Cet album a une histoire puisque c’est l’édition remaniée et augmentée d’un album paru chez Soleil il y a quatre ans, « Hôtel particulier ».
Le dessin très réaliste de Christophe Bec est intéressant, en particulier son noir et blanc tout en ombre et lumière. Il passe cependant difficilement le cap de l’impression qui en écrasant les noirs a tendance à rendre certaines planches assez peu lisibles.
Les scènes du livre ont été tournées au préalable en vidéo, la retranscription en dessin et le découpage ont pour effet de donner un graphisme de roman photo dessiné plutôt sophistiqué.
On s’attend bien à des rapports psychologiques tendus entre les protagonistes mais peut-être pas à la description de jeunes adultes sans aucune envergure, évoluant pour la plupart dans un milieu pseudo artistique sans âme. Ils se donnent l’air de vivre à travers la perversité afin de tendre à l’extrême les rapports entre les êtres. L’entreprise est risquée puisque aucune empathie n’est alors possible avec les personnages. Et tout y passe, du voyeurisme/exhibitionnisme aux rapports de force sado-masochistes d’une relation homme femme, qui malgré leurs travers, n’ont, malheureusement, aucune épaisseur psychologique. Dans le fond, nous ne savons quasiment rien d’eux ni de leur histoire. Ils deviennent alors très vite des pantins désincarnés.
Mais surtout, sous prétexte de ne pas juger, les auteurs se complaisent dans leur narration sans jamais prendre le moindre recul, et adoptent finalement sans la moindre gêne, les mêmes travers que leurs personnages. On ne nous épargne pas grand-chose. Un sentiment de malaise et de dégoût finit par s’installer chez le lecteur qui se sent pris en otage.
Aucune branche à laquelle se raccrocher, on ne trouve aucune générosité dans le propos, mais une extrême complaisance dans les descriptions qui rend l’album très ambigu. Il se termine sur une simple inversion des rapports de force et sur la défaite du plus extrême des personnages. Nauséabond.