
2021, la TV est devenu, comme on pourrait s'y attendre, une monstruosité sans nom, au service des intérêts politiques et économiques et pour l'assouvissement d'une population viscéralement droguée aux reality shows et en perte totale de repères.
Le must traduisant cet état de fait est une toute nouvelle émission au concept révolutionnaire : 24h de direct durant lequel un quidam pourra jouer au héros sous prétexte d'une opération militaire conseillée par l'ONU sous l'œil toujours présent des caméras. Seulement, derrière la bonne conscience humanitaire, derrière la politique spectacle se profile, comme toujours, l'ombre de l'argent...
Premier album commis par un tout nouveau duo de la BD cet opus annonce une collaboration prometteuse entre les deux compères qui viennent de signer chez Soleil toujours "Servitude" (05/2006).
Fabrice David déploie ici des talents d'auteur d'anticipation. Le monde qu'il nous décrit ne nous surprend nullement malgré ses évolutions. Qu'il esquisse l'univers du show-biz à travers la TV reality ou celui de la politique international (du business international serait-il plus juste de dire !) il nous présente une vision plus que cohérente d’un futur tout proche dont les dérives semblent conduire directement à cette théâtralisation de la guerre ici racontée.
Vif et précis le dessin du jeune Eric Bourgier (il est né en 1975) sert parfaitement l’histoire. Suffisamment précis sans nuire à la fluidité du propos il fait preuve d’une grande maîtrise de l’illustration, ce qui semble normal chez un garçon dont cela a été le métier quelques années. S’il semble maîtrise davantage les plans larges on sent néanmoins un travail de fond sur les portraits et, au final, l’ensemble se lit très facilement grâce à un découpage parfaitement efficace et sans artifices. Ce scénario l’a manifestement inspiré, pas étonnant d’ailleurs qu’un amateur de jeu de rôles s’intéresse à un sujet dans lequel il est fortement question de figuration.
Il faut dire un mot enfin sur les couleurs : Bourgier travaille en couleur directes et s’il reconnaît lui-même que cela peut-être une contrainte il faut bien avouer que le résultat est plus que satisfaisant. La ponctuation dans le récit créée par le passage entre le monochrome et la couleur apporte une respiration naturelle et du meilleur effet.
Pour conclure LIVE WAR HEROES est un album à découvrir. Certes il aurait peut-être fallu un diptyque pour que le lecteur s’immerge totalement dans le futur proche (et plausible) de l’histoire et le dessinateur aurait sans doute apprécié de faire mieux connaissance avec des personnages dont il ne parvient pas toujours à nous restituer la psychologie mais, in fine, ce titre constitue une bonne surprise.