
Une oeuvre qui se mérite. Le style de Druillet est fascinant. C'est bien le mot, car je ne peux pas dire que j'aime ou que je n'aime pas. En fait, j'adore autant que je déteste, et c'est cela qui crée cette fascination chez moi. DELIRIUS est à mon goût le meilleur Lone Sloane que j'ai lu car il bénéficie d'un très bon scénario de Lob. On pourrait présenter cette histoire comme étant une sorte de péplum spatial baroque avec toutefois une trame plus proche du western ou du film de gangsters.
On lit constamment à droite et à gauche que tel ou tel dessinateur est génial, juste parce qu'on aime son travail, et les gens sont ourageusement dityrambiques mettant du génie là où il n'y en a pas en galvaudant ce terme. Pour ce qui est de Druillet, il est évident qu'il y a un avant et un après Druillet. Ce gars-là a créé quelque chose de fondamentalement nouveau (contrairement à un Gillon par exemple qui à la même époque était incapable de se dépétrer d'un style passéiste en s'engluant dans des NAUFRAGES DU TEMPS fifties et dépassés) même si le style du dessin est très daté, très ancré dans son époque - le début des années 1970. C'est le genre d'album qu'on lit en écoutant Frank Zappa ou Pink Floyd.
DELIRIUS ainsi que LES 6 VOYAGES DE LONE SLOANE (avec sa magnifique couverture originale) sont les deux indispensables Sloane. A ne pas manquer non plus les deux excellentissimes parodies de Gotlib (avec ou sans Druillet himself - car il a de l'humour) dans la RUBRIQUE-A-BRAC Tome 5 ("L'Allée aux cent collines" et "Terra me voilà"). GAIL est en revanche bien moins inspiré.