
wow! Dur, sans concessions, sont les deux premiers qualificatifs qui me viennent à l'esprit concernant Déogratias de Stassen. Déogratias est le nom d'un jeune Hutu. Stassen nous fait vivre son histoire avant et aprés les grands massacres. Et le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas tendre.
L'histoire commence avec Déogratias qui erre dans le village après le conflit. Il a l'air d'un clochard, complètement perdu et alcoolique. Stassen nous fait vivre plusieurs jours de sa vie, passés au même rythme, où il fait inlassablement le même parcours et rencontre les mêmes gens. Paralèllement on a droit à des flash-back sur une période de la vie de Déogratias avant le conflit, sur sa vie simple, son amour frustré d'Appolinaire qu'il reporte sur sa soeur Bénigne, Tutsis toutes les deux, sur son caractère... Déogratias n'est définitivement pas quelqu'un auquel j'ai pu m'identifier, parce que Stassen le décrit médiocre, sans beaucoup d'aambition, qui se laisse entraîner facilement... jusqu'à sa descente aux enfers.
Déogratias après les massacres est littéralement devenu une bête, et Stassen le représente ainsi, comme un chien. Il fonctionne a l'instinct, un instinct primaire et très fort qui découle de ce qu'il a vécu. On ne s'identifie pas à Déogratias, on ne l'aime même pas, mais on a pitié de lui, on comprend le mécanisme de déshumanisation à l'oeuvre sur lui et c'est cela qui fait peur.
Paradoxalement le dessin de Stassen est haut en couleurs, lumineux, un dessin fait pour exprimer des choses joyeuses, et c'est ce qui fait passer la pilule, et en même temps choque un peu. Déogratias avec un dessin noir et pessimiste aurait donné un album inregardable, là on lit et ça marque, ce contraste entre la gravité des événements et le dessin...
Bref, une grande réussite, qui reste dans les esprits longtemps après la lecture.