A l'image d'une société contrastée entre l'horreur d'un pouvoir totalitaire et les
joies simples, mais précieuses, du quotidien, G. Delisle raconte en noir et blanc.
Plusieures années après "Birmanie, la peur est une habitude" (Khiasma édition),
Ce carnet de voyage vient rafraîchir nos mémoires ensablées et donner un ton
très concret à une réalité du bout du monde. C'était peu avant que le pays ne
bascule dans l'affrontement civil, avant que le rideau ne tombe à nouveau sur
nos mémoires ? Un très bel ouvrage, sensible, humain et humble.
Bienvenue en Birmanie - pardon - dans l'union du Myanmar, puisque c'est ainsi que la junte au pouvoir a rebaptisé le pays en 1989.
Ayant dévoré les deux épisodes précédents. j'attendais avec une certaine impatience le troisième opus des aventures de notre sympathique québécois dans les pires endroits de la planète dont l'un au moins a été qualifié de "membre de l'axe du mal" par un dirigeant éclairé du monde libre.
Rien à dire au sujet du dessin : nous sommes en terre connue. Aucune surprise de ce côté-là !
Guy Delisle s'intéresse à un pays qui est sans doute l'un des plus isolé de la planète : ses déboires avec internet sont largement révélateurs de l'ambiance kafkaïenne et de suspicion qui règne dans le pays. Junte au pouvoir, généraux interchangeables aux chemisettes retaillées (je vous laisse découvrir pourquoi), problématique des ONG dans ces pays, décalage vertigineux entre le petit monde des expat' et la réalité du pays, électricité, système bancaire démentiel et archaïque, importation, rôle ambigu des multinationales étrangères, presse et censure, opposition politique : tout est décortiqué avec à chaque fois cette pointe d'humour irrésistible.
Alors ? Où est la surprise ? Guy Delisle n'est cette fois qu'un spectateur, il accompagne sa femme, en mission pour MSF. Coincé en ville sans autorisation de circuler, plus ou moins déconnecté du monde des ONG comme il le reconnaît lui-même, il s'occupe principalement de son fils Louis, en plus de donner quelques cours d'anim' et de finir sous les tropiques la BD [u]Louis au ski[/u] ....Son approche birmane est donc moins journalistique et plus centrée sur son expérience de "père au foyer". De nombreux épisodes sont plus "légers" que dans [u]Pyongyang[/u] ou [u]Shenzhen[/u]. Son expérience de la mousson par exemple, ou son contact avec les birmans - facilité par son ambassadeur de charme : Louis ... Preuve que la vie et le bonheur ne sont pas complètement étouffés en Birmanie.
C'est sans doute ce qui m'a déconcerté dans cet album.
Après lecture... un seul mot me vient à l'esprit : l'ennui !
Pas trop marrant, pas très intéressant, on apprend pas grand chose, on découvre pas grand chose.
L'ennui total... dommage.
Après Pyongyang et Shenzhen, Delisle nous décrit avec humour et finesse la vie quotidienne sous un régime dictatorial. Régime corrompu et absurde, mais dont les habitants se révèlent attachants.
Le style narratif de l'auteur commence à être bien rôdé, mais il réussit une fois de plus à nous captiver par un récit qui pourrait somme toute être assez banal.
Je ne connaissais pas Delisle. Pire, "Chroniques Birmanes" dans les mains je n'osais le feuilleter : pas la peine, pensais-je, j'aime pas le dessin je ne rentrerai jamais dans l'histoire. Hé puis bon, zut, les gens en disent du bien quand même.De plus je sortais de "Rural" de Davodeau, j'étais dans ma période "BD documentaire", alors zou je me suis lancé dans l'aventure.
Et quel voyage ! J'étais là bas, parmi ces gens si loin de chez nous par la distance et par leur encloisonnement. Par des petites anecdotes cocasses , des passages de vie brefs mais pour autant extraordinaires ou plutôt extra-"notre"-ordinaire, j'ai plus appris de ce pays, de ces gens, des ONG que par n'importe quel autre vecteur d'information.
J'ai eu de la peine à la fin de cette BD, comme quand on reviens d'un long voyage, je quittai ce pays comme Delisle le quittai.