
Je ne connaissais pas Yslaire (et pour cause, ça n'a pas l'air d'être un auteur prolifique) et j'ai donc acheté cet album un peu au petit bonheur la chance. J'avais quand même vérifié les critiques sur ce site, c'est vrai :o)
J'ai été bien inspiré car cela m'a permis de découvrir une superbe BD !
Le scénario est perturbant à souhaits et enrobé d'un bien épais mystère. On s'identifie sans mal à l'héroïne qui essaie de décrypter les messages qu'elle reçoit. Bien sûr, elle possède des clés que nous n'avons pas et ne nous les révèle qu'au fur et à mesure. Mais cette rétention d'information n'est pas ressenti par le lecteur comme un "truc" facile pour faire durer le suspense. En effet, on sent une vraie douleur derrière ce silence, de réels sentiments refoulés. Tout un paradoxe pour une "héroïne" psychanaliste !
Bref, le rythme est bon, les évocations du siècle écoulés sont propices à la réflexion et l'histoire (dans tous les sens du terme) accroche.
Ce scénario de qualité est servi par un dessin et une forme superbes, ce qui ne gâche évidemment rien.
Je parle de forme parce que celle-ci est atypique. En effet, la BD se parcourt presqu'exclusivement verticalement, les cases occupant toute la largeur de la page. Est-ce là une évocation de la "plongée" dans l'histoire et dans le subconscient ou ais-je une trop grande tendance à voir des métaphores partout ? La forme étonne également car il s'agit souvent d'une succession d'images anciennes dont on ne comprend pas (encore) le sens. Cela pourrait être lassant à la longue, mais sur un seul album, ça passe très bien (et on dévie heureusement un peu de ce style novateur mais figé dans l'album suivant)
Au niveau du dessin, la BD alterne entre la représentation de l'environnement de l'héroïne (luminosité blafarde, c'est la vision d'une presque centenaire quand même !) et les images historiques contenues dans les emails reçus par l'héroïne.
Le style utilisé pour ces dernières est non seulement superbe, mais aussi crédible : il est facile de s'y plonger comme dans une photo, non que le style graphique soit particulièrement réaliste, mais il retranscrit une atmosphère authentique.
Un dernier mot, comme toujours, sur la couverture : celle-ci est également une réussite. Elle retranscrit bien le contraste ancien/moderne avec la combinaison d'un trait de crayon "nostalgique" et d'un layout résolument contemporain.
Au final, nous avons là une BD indispensable qui pousse imédiatement à l'acquisition du deuxième volume.