Il faut avouer que la lecture de "Locas" désoriente d'abord : multiplicité des personnages, succession d'aventures ou de chroniques à la longueur et au rythme disparates, oscillation permanente entre la réalité de la jeunesse latino de Los Angeles, et un univers vaguement futuriste paradoxalement traité avec autant de réalisme... Jaime Hernandez frappe fort, et l'on comprend peu à peu pourquoi ces excitantes "Locas" sont aujourd'hui considérées comme un modèle du genre, voire l'exemple ultime de ce que la BD peut faire lorsqu'elle s'attèle à nous parler de nous, de nos désirs (même bisexuels, comme ici...) et de notre résistance à un monde absurde et pourtant enivrant. Au bout des 350 pages, Hope et Maggie sont devenues nos sœurs, nos amies, nos amantes. Vivement le deuxième tome...
Il faut avouer que la lecture de "Locas" désoriente d'abord : multiplicité des personnages, succession d'aventures ou de chroniques à la longueur et au rythme disparates, oscillation permanente entre la réalité de la jeunesse latino de Los Angeles, et un univers vaguement futuriste paradoxalement traité avec autant de réalisme... Jaime Hernandez frappe fort, et l'on comprend peu à peu pourquoi ces excitantes "Locas" sont aujourd'hui considérées comme un modèle du genre, voire l'exemple ultime de ce que la BD peut faire lorsqu'elle s'attèle à nous parler de nous, de nos désirs (même bisexuels, comme ici...) et de notre résistance à un monde absurde et pourtant enivrant. Au bout des 350 pages, Hope et Maggie sont devenues nos sœurs, nos amies, nos amantes. Vivement le deuxième tome...
A Palomar City, toutes les femmes sont superbes, et aussi complètement folles, mais de cette folie qui confine à une infinie sagesse. A Palomar City, tous les hommes ne sont guère que de misérables créatures condamnées à ramper aux pieds de ces femmes magnifiques. C'est dire combien Palomar City est la métaphore absolue d'une humanité aussi ballotée par ses désirs sexuels torrides que dévastée par son incapacité essentielle à aimer. Palomar City, au cœur d'un Mexique aussi primitif et miséreux qu'éternel, ressemble beaucoup à la Colombie magique et brûlante des "100 Ans de solitude" de Garcia Marquez (une référence explicitement citée, qui, assez incroyablement, n'écrase jamais l'inspiration de Hernandez, c'est dire à quelles hauteurs on se trouve ici). "Palomar City" a été écrit, dessiné en 1985, au sein de l'équipe "Love and Rockets", et la seule chose qui vienne à l'esprit en ressortant de cette épopée chorale aussi dérisoire que magnifique, aussi drôle que déchirante, c'est : "Comment a-t-on pu ignorer aussi longtemps un tel chef d'œuvre ?".
Comme pour le tome 2 de "Palomar City", j'ai trouvé assez "ardu" de se replonger dans l'univers riche et complexe de "Locas", la multiplication de personnages (pas toujours reconnaissables d'ailleurs, le trait élégant de Jaime Hernandez ayant tendance à "uniformiser" quelque peu la beauté de ses héroïnes) et d'intrigues. Mais, même en n'étant pas sûr d'y comprendre grand chose, entre histoires de familles déchirées et de cœur pas en meilleur état, le charme a opéré quand même, peu à peu. Finalement, il s'agit plus ici de pénétrer un univers, d'y trouver peu à peu ses marques, (presque) de construire une relation avec des personnages qui nous deviennent infiniment proches et chers, au fil des trois ent pages et quelques de ce deuxième volume des "aventures" de Maggie (qui devient ici Perla) et de Hopey... qui sont cette fois séparées et galèrent rudement chacun ed leur côté... Jusqu'à ces retrouvailles romantiques et foudroyantes, dans les dernières pages, qui mettront les larmes aux yeux des plus radicalement punks d'entre nous.
Pour cette deuxième "saison" passée à Palomar, il me semble que Gilbert Hernandez a encore augmenté son niveau d'attente envers son lecteur : une bonne vingtaine de personnages centraux à une multitude de récits enchevêtrés, dont nous ne comprenons les tenants et aboutissants (ou pas) que a postériori, sans parler de l'implacable écoulement du temps, figuré par des ellipses saisissantes, qui nous obligent à régulièrement reconsidérer ce que nous savons de nos ami(e)s de Palomar et de leurs rapports. Le résultat est que, si on a souvent l'impression (qui peut être frustrante) d'être un témoin un peu dépassé de cette odyssée immobile mais baroque, articulant des micro-drames de la vie amoureuse, sexuelle et sociale des habitants (habitantes surtout) autour d'évènements littéralement extraordinaires (l'invasion des singes, l'apparition d'un serial killer, le tremblement de terre, etc.), on est aussi soufflé par la richesse thématique d'une telle œuvre : essentiel, "Palomar" est tout simplement essentiel !
Mais qu'est-il arrivé à Gilbert Hernandez ? Comment a-t-il pu concevoir ces 120 pages d'horreurs, de désespoir, cette peinture nihiliste d'une sous-humanité à jamais perdue : pédophilie dans une décharge, sadomasochisme fatal, sables mouvants engloutissant une mère serrant son enfant dans ses bras, et surtout, surtout une dévorante haine de soi consumant Empress, la pauvre héroïne de cette triste descente aux enfers en 3 étapes. Loin, bien loin de l'humanité chaude et bouleversante de Palomar City, bien plus près oui des cauchemars vaguement obscènes d'une sorte de cinéma déjanté. Alors, oui "L'enfer est pavé de bonnes intentions" est un récit radical qui empoigne son lecteur... c'est un livre marquant, et ce d'autant qu'il a l'intelligence de se refermer sur le silence et le lent engourdissement d'une vie condamnée dès le départ. Mais c'est quand même à mon avis, de par sa démonstrativité un peu racoleuse, une œuvre mineure au sein de l'univers majestueux de "Love and Rockets"...