C'est vrai que Amours Fragiles peut être considérée comme de la bd historique. Personnellement, cela me gène un peu car même si on ne peut pas nier les faits, un des points marquants reste avant tout la relation humaine et amoureuse qui unit les deux héros principaux.
Le scénario de Philippe Richelle est vraiment très réussi. Le ton est juste et la narration très efficace.
En résumé, dans une Allemagne aux portes du nazisme, on nous fait partager la rencontre amicale puis amoureuse d'un garçon timide et une jeune fille fraîchement installée en face de chez lui. Vous allez me dire que cela n'a rien d'extraordinaire. Et pourtant, j'ai trouvé cette histoire terriblement passionnante car à travers cette liaison, nous sommes témoins de la montée du parti national-socialiste, ce fléau qui sera à la base de plusieurs complots, accusations injustifiées et discours antisémites malheureusement déjà bien présents à cette époque. Tout cela nous aide à mieux comprendre les doutes et les incertitudes du peuple allemand.
Bien sûr, vivre cet amour au grand jour ne va pas être chose facile pour nos deux tourtereaux surtout que la conjoncture de ce pays en cette période agitée n'est pas là pour arranger les choses.
Les personnages sont décrits avec beaucoup de pudeur et l'ambiance morose du moment est affichée sans ménagement. Le scénariste s'est sûrement bien documenté pour élaborer son récit et pour cela, son travail mérite franchement que l'on s'y attarde.
Le dessin de Jean-Michel Beuriot est assez original. Son trait est relativement classique mais il a sû y intégrer une touche personnelle qui lui donne beaucoup de charme. Les personnages sont dessinés avec finesse et les ambiances de rues sont plutôt bien rendues. Les couleurs sont, elles, dans les tons pastels, ce qui donne à l'album un aspect plutôt terne mais qui colle très bien avec l'histoire.
Amours fragiles est une bd très réussie sur une période très sombre de notre passé. Intelligemment écrit, il s'y dégage amour, pudeur et engagement. A conseiller, d'urgence !!!
Chronique de la vie en Allemagne juste avant la 2ème guerre mondiale, l'ambiance est très bien rendu. Les amours contrariés du personnage principal nous touche même si on aimerait que l'histoire avance un peu plus vite.
Les dessins se Beuriot sont intéressants et illustrent bien l'histoire une fois qu'on est habitué.
Ce premier album d'une série fut en fait pendant longtemps un one shot.
Il décrit à travers une famille typique (?) d'Allemands et d'amis du héros, la lente et inexorable montée du nazisme.
Les sentiments de Martin vis à vis de Katarina apporte une dimension amoureuse (cachée) à l'histoire. Mais l'essentiel, à mes yeux en tout cas, est ailleurs. Nous sommes dans une version rationnelle du Rhinocéros de Ionesco qui, lui, avait préféré l'absurde.
Quoiqu'il en soit une chose est bien sure, Philippe Richelle est déjà un scénariste qui compte et ce n'est sans pas fini.
Amours fragiles situe l'action pendant la montée du nazisme en allemagne. Le quotidien des allemands qui se dégrade est parfaitement décrit. Hitler pose ses pions de façon méthodique, efficace et inodore. La haine du juif sert d'exutoire et entraine progressivement une grande majorité d'allemands "contraints" de se montrer civiques sous peine de représailles. C'est dans ce contexte délétère que Martin promène ses 20 ans et ses amours contrariés. Après un démarrage que j'ai trouvé poussif, le scénario donne libre court à un récit qui s'anime et finit par nous captiver. Le deuxième volume devra capitaliser sur cette dynamique...
Martin est partie à Paris sous prétexte de ses études et vit au milieu des réfugiés allemands, il a retrouvé Katarina mais n'arrive toujours pas avancer dans sa relation avec elle.
Toujours cette ambiance aigre douce d'avant guerre en arrière plan des soucis de la vie quotidienne, on est toujours pris par cette histoire qui n'est pas très gai mais qu'on imagine être représentative de la vie de l'époque. En tout cas on a envie de lire la suite.
Prétextant ses études, Martin quitte l'Allemagne nazie pour la France.
A Paris, il retrouve tous ceux qui ont préféré fuir le régime. Ses relations avec Katarina, devenue depuis Catherine, s'espacent.
Il est le témoin attentif de la lente destruction du couple que forment Maria et Henry pour finir par devenir le compagnon de la même Maria.
Cet album, moins vigoureux que le premier, met l'accent sur cette période de débine dans des milieux étrangers qui n'ont pas le droit de travailler, qui ne sont pas vraiment appréciés des Français, qui n'ont d'autres ressources que de compter chaque sous.
Arrive la guerre et donc après quelques drames le retour de Martin dans la mère patrie.
Cette chronique qui décrit la montée du nazisme est subtilement construite. Après la vision à l'intérieur de l'Allemagne dans le tome 1, nous visitons Paris en 1938 pour y rejoindre Martin venu en France pour passer entre autre une thèse de doctorat. Les pages décrivent de façon passionnante la vie à cette époque à travers la vision qu'en avaient les émigrés allemands. Martin y fait la connaissance de Henry et de Maria un couple, un couple de compatriotes qui se désagrège au fil des pages. La plume est acérée et dépeint sans complaisance l'administration française n'hésitant pas pas à recourir au chantage pour arrêter... Quelques trotskistes !
On peut dire que ce troisième tome tient toutes ses promesses, même si on s'éloigne ici du personnage principal (Martin) pour s'intéresser à Maria, retournée comme lui en Allemagne. L'histoire aborde un thème rarement évoqué en BD : la résistance durant la seconde guerre mondiale, non pas en France mais bien en Allemagne ; ces résistants impitoyablement poursuivis par le régime nazi... "Amours fragiles", c'est un scénario remarquablement construit, des dialogues qui sonnent juste, un dessin réaliste et élégant et, surtout, une histoire touchante, voire émouvante par moments. Du grand art.
On retourne en Allemagne qui a envahie la Russie, la population commence à se poser des questions sur le régime, et une résistance timide s'organise. Mais la répression est féroce.
On suit Maria, secrétaire d'un médecin, dans sa vie quotidienne, toujours avec cette ambiance faussement tranquille qui reflète la réalité de l'époque en Allemagne qu'on connait peu en France.
Fin poignante qui donne tout son sens au récit très bien raconté et mis en dessin.
L'album quitte momentanément Martin pour se focaliser sur son ancienne compagne, Maria.
C'est toute la vie civile de l'Allemagne durant la guerre qui est synthétisée ici.
Avec ses lachetés, ses compromissions mis aussi et surtout sa résistance à l'oppression. Nous découvrons ainsi le quotidien de ceux qui risquaient leur vie pour réveiller la conscience allemande.
Au delà de cet aspect, l'album est aussi l'occasion de poursuivre -sur un tempo différent- ces "Amours Fragiles". Nous avons droit aussi à notre dose de suspens (seront-ils pris ou pas ?) et à la cruauté de ces tranches de vies où tout peut basculer à partir d'un rien.
L'approche de l'Histoire à travers les yeux d'hommes et femmes l'ayant vécu avec en toile de fond l'amour, tel est le pari.. réussi de cette série et de ce tome. Martin et Maria sont repartis en allemagne et malgré une relation amoureuse à Paris ne se sont pas revus. Mais la période n'est pas facile, la délation règne flattant les bas instincts et chacun peut se venger de son voisin. En 1943, le système allemand est aux abois et actionne ses relais de délateurs pour renforcer sa répression. La résistance n'est pas l'apanage des pays occupés et nos héros en feront les frais, pour certains ! Les planches sont toujours aussi réussies et restent très agréables à lire malgré la difficulté du sujet...
Katarina vit à Paris où elle cache sa judéité, ce qui contrarie son oncle qui fier de son passé d'ancien combattant, joue le jeu des autorités jusqu'à se faire spolier.
Et plus le temps passe et plus en ce début de guerre la pression monte.
En s'attachant à la vie quotidienne de Catherine et ses proches, on est plus dans la chronique historique que dans le roman que laisse imaginer le titre et les tomes précédents. Et le tragique de l'époque prend le pas, ce qui fait qu'on ne retrouve pas tout à fait l'ambiance qui faisait le charme de cette série.
A suivre pour voir si on le retrouvera au tome suivant.