Il suffit d'être clair : Tezuka est l'un des vrais génies de la BD et du dessin animé à la fois, au niveau des Disney, Miyazaki ou Hergé, et Astro Boy est son grand oeuvre. Il est aussi l'un des inventeurs du manga moderne, soit quand même l'une des formes de littérature dominantes en ce début de XXIè siècle. Tout cela est bien connu désormais, presque "institutionalisé", mais ne garantit pas pour autant notre plaisir à la découverte d'une oeuvre datant du début des années 50. Or, Astro Boy est tout simplement soufflant, entre le graphisme au dynamisme enthousiasmant - on remarque même ça et là un désir de transcender la rigidité de la case - et scénarios délirants, mêlant violence réaliste (oui, on meurt dans Astro Boy !) et surréalisme poétique. Ces 200 pages nous emmènent jusqu'au Cap - déchiré par les préjugés "raciaux" - et au Pôle Sud, nous font découvrir les beautés d'une promenade poétique dans les sous-bois tokyoïtes, nous expliquent que les robots souffrent aussi, nous rappellent que le meilleur endroit du monde, c'est les genoux d'une mère, sont tout simplement parfaites, et confirment ce qui n'avait pas besoin de l'être, que le génie transcende les époques.
Dans les 3 aventures, dont deux longues d'une centaine de pages, rassemblées dans le second tome de cette belle anthologie, Astro Boy rencontrera la superbe Cléopâtre, reine d'Egypte, qui n'est bien entendu qu'un robot aux mains de vils manipulateurs qui convoitent le pouvoir. Il retrouvera - sans le reconnaître - son père, le professeur Tenma, dont le comportement pour le moins ambigu (sans parler du fameux chapeau / masque) ne nous est pas très sympathique. Il ira sur la Lune se frotter à un grand robot ridicule (portant un casque à cornes !) parfaitement crétin, mais tellement maternel. Et il se battra, pour finir, contre de dangereux évadés qui veulent s'emparer des réserves d'uranium du Japon, mais dont l'un est surtout obsédé par le rêve de terminer l'œuvre de sa vie : son fils-robot auquel il veut conférer des pouvoirs qui le distingueront de la masse des autres robots. On aura compris que rien ne freine l'imagination délirante d'Osamu Tezuka, mais aussi que, dans le fond, tout cela n'est guère que l'histoire du manque d'amour entre un père et son fils, et de la triste terreur qui saisit tous les enfants abandonnés et obligés de se frotter seuls à toute la méchanceté du monde…
Ces trois volumes sont composés d'histoires bien sympathique où on retrouve la nostalgie du dessin animé. Globalement bien que cette petite série soit sympathique à lire je la conseille surtout à ceux qui avaient aimés le dessin animé et veulent retrouver cette ambiance. Pour les autres c'est largement dispensable.