1. Le rayon U 
par
jblanc le 09/09/2007

Il s’agit presque d’un manifeste. Il a en la caricature. Il donne l’impression d’être le résumé d’une histoire, et non l’histoire elle-même ; en ce sens il condense et transcende tous les poncifs du genre - héroïc-fantasy juste né à l’époque, mais récit d’aventure en général, tant un récit de Bob Morane pourrait s’en approcher. Côté graphisme, Jacobs est déjà très maître de lui, malgré quelques imprécisions ; son art des couleurs est fort étonnant pour un premier album. En ce sens aussi il est un manifeste, celui d’une bande dessinée aux dessins recherchés et léchés, d’un académisme rigoureux mais pleinement assimilé. Un académisme si achevé qu’on peut s’interroger sur sa succession : a-t-on trouvé, dans le cadre de cette “école”, un auteur qui dépasse l’art de Jacobs ?
C’est aussi un manifeste en ce que le rayon “U” contient en germe des inspirations qui serviront au moins à Jacobs et Hergé dans leur carrière ultérieure : le secret de l’Espadon, l’énigme de l’Atlantide, le piège diabolique, et trois ou quatre personnages de la série de Jacobs se laissent déjà deviner (Jacques Laudy apparaît déjà, sous les traits du valeureux Lord Calder, centre de l’histoire, avant de devenir un capitaine Blake un peu plus effacé ; et il existe déjà un professeur barbu, le Pr. Marduk) ; de même, chez Hergé, on sens que le Temple du Soleil s’en inspirera partiellement.
Coup d’essai, coup de maître, donc, malgré les défauts du genre qui se révèlent ici être une qualité de second degré, pour quelqu’un qui n’a jamais considéré ce métier comme le sien, et encore moins comme un art.
NB : l’allusion très claire à la recherche d’un uranium (l’uradium) qui changera les relations guerrières, dans un cadre géopolitique à peine esquissé - Mcguffin dérisoire.