Résumé de l'album : 1942. Bruxelles est occupé. Spirou, groom au Moustic Hôtel qui a été réquisitionné par les Allemands, et Fantasio, journaliste au quotidien LE SOIR "volé", se reprochent mutuellement leur trop grande proximité avec l'Occupant.
Mais ce que Fantasio ignore, c'est que Spirou, sous le nom de code d'écureuil wallon, est en fait un membre très actif de la Résistance.
Le colonel Von Knochen, principal locataire du Moustic Hôtel, s'apprête justement à piéger un des plus importants réseaux de la résistance belge.
Spirou parviendra-t-il à empêcher ce diabolique coup de filet ? Et réussira-t-il à échapper aux soupçons du colonel et aux griffes des Nazis ?
Nouveau one shot des aventures de Spirou et Fantasio mis en scène cette fois ci par SCWARTZ et YANN. On sent que les auteurs s'amusent avec nos héros et nos souvenirs de gosses en les faisant évoluer dans une période trouble, l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale. L'ambiance décalée de YANN est bien servie par les dessins et tout cela nous donnent des planches qui alternent humour et cruauté. Cet humour et les multiples références à oa BD belge nous permettent de prendre du recul par rapport au sujet traité. Un épisode très réussi bien que moins intense, à mon avis, que celui d'Emile BRAVO...
Yann et Schwartz semblent avoir repris avec talent "le journal d'un ingénu" d'Emile Bravo. Dans le Bruxelles occupé des années 40-44, nous suivons le petit groom vert-de-gris-malgré-lui travailler aux côtés de la résistance. Spirou & Fantasio, chacun de leur côté, tâchent de déjouer les plans des allemands. L'histoire pourrait être banale : les gentils contre les méchants, mais la plume des auteurs a su dépasser ce clivage et apporter à l'intrigue suspens et humour.
Un album qui se fait aussi hommage à la BD et spécialement à Hergé : je crois n'avoir pas encore repéré tous les personnages et les allusions faite à Tintin, quick et flupke, Jo Zette & Jocko... Si bien qu'on a plaisir à lire et regarder chaque vignette.
Nous voilà plongé à la fois dans le monde trouble de l'occupation, de la collaboration et de la résistance, et en même temps dans l'univers de ce petit groom tout droit sorti des 'coeurs vaillants' de la jeunesse catholique des années 40.
"Beurp" : c'est l'effet que l'on a après avoir mangé un bon repas bien consistant, la bonne recette après laquelle vous êtes bien repus. A la lecture de cet album le mot qui me vient à l'esprit ressemble plus à un "Boarp"; Une sorte de trop plein qui ne me laisse plus repus mais gavé !
L'histoire est pourtant sympathique, un peu comme une sorte de "Grande vadrouille". Il y d'ailleurs une référence à la "Traversée de Paris" qui m'a bien fait marrer.
Cependant, l'histoire principale qui voit Spirou, résistant, essayant de percer le mystère de l'arme secrète alliée est noyée par une multitude de clins d'oeil. Hé oui, le clin d'oeil est normalement censé être léger, à peine perceptible, juste repérable pour un oeil autrement novice. Ici, on parlera de flashs voire d'appels de phare. Les références à Hergé, Franquin mais aussi Buck Danny, Black et Mortimer, sont légion. Même le Brusselère est utilisé à outrance et finit par devenir un peu "casse-couille".
En gros, trop, c'est trop !
Et pourtant, l'histoire n'était pas mal, je le répète. Certaines réflexions de Fantasio sont très drôles et le coup de force des résistants est bien foutu. Mais bon, Il y avait sûrement moyen de rendre hommage à la bd belgo-belge sans pour autant faire un étalage culturel.
Pour rester dans le culinaire, le plat de départ est bon mais beaucoup trop assaisonné à mon goût !
Il y a donc, de toute évidence, derrière "Le groom Vert-de-Gris", l'idée (une fausse bonne idée, à mon avis) de capitaliser sur le coup de génie d'Emile Bravo, et de prolonger les aventures de Spirou et Fantasio "dans le monde réel", en tout cas dans un monde synchrone avec celui de leurs créateurs originels. Sauf qu'ici, Yann et Schwartz ont tout faux, et que le résultat, loin d'être stimulant et enchanteur comme "Le Journal d'un Ingénu" n'est pas loin d'être répugnant. C'est que nos "amis" sont visiblement passés à côté de l'approche conceptuelle, abstraite, nécessaire à la coexistence de personnages certes imaginaires mais au passé chargé et à la charge symbolique forte, et d'une réalité étouffante comme le nazisme et la seconde guerre mondiale. Il y a ici une erreur grave, qui est d'introduire dans la fantaisie, qui est l'essence du monde de Spirou, la cruauté et la laideur du monde de manière frontale, irréfléchie : ici on torture les résistants, on déporte les juifs, on mitraille les soldats, on baise avec les allemandes, on tond les femmes qui ont couché avec les boches, en même temps qu'on fait des blagues (vaseuses) et qu'on décline des gags (éculés). Il y a forcément un malaise dans un tel amalgame, qui manque terriblement, soit d'un vrai recul "théorique" - qui faisait la force étonnante du beau livre de Bravo -, soit au contraire d'un second degré brutal et potache (je pense au travail audacieux que fit un humoriste radical comme Vuillemin avec son "Hitler = SS"). Du coup, peu importent au final le dessin réussi de Schwartz, les références malignes à Hergé ou aux premiers albums de Spirou, toutes ces bonnes idées sombrent au milieu d'un océan de mauvais goût et d'irresponsabilité.
Malgré ma réticence au vu de la couverture et du résumé de l'histoire, j'ai commencé à lire cet album, mais je n'ai pas réussi à arriver au bout tellement c'est "enflé". Le dessin est bon, certains clins d'oeils sympathiques, mais c'est tout. Les travers que je reprochais au JOURNAL D'UN INGENU se trouvent encore là (Spirou dans le monde réel, qui plus est dans le contexte de la seconde guerre mondiale). Hitler et ses copains sont de retour ! Quand y en n'a plus, y en a encore ! Et forcément Spirou est un gentil résistant qui pleure de joie en voyant les nazis se faire bombarder ("c'est le plus beau jour de sa vie", nous dit-il). C'est dégoulinant de bons sentiments simplistes.
Adolf et ses potes ont tué des millions de gens, mais qu'est-ce qu'ils peuvent en faire vivre aujourd'hui ! Au nom du témoignage sur un passé qu'il ne faut - certes - pas oublier, on nous gave de nazis à longueur d'années (films, docus, expos, tvfilms, BDs, romans, pièces de théâtre) et ça en devient franchement malsain, comme s'il y avait une fascination pour la croix gammée - qui d'ailleurs est en couverture - dont on déteste ce qu'elle représente mais qu'on aime visiblement exhiber à tout bout de champ. A force de bourrage de crâne sur la question, Hitler a été complètement banalisé. Et c'est ça qui est terrible. C'est devenu un simple méchant parmi tant d'autres. A tel point qu'on vient nous le coller dans Spirou (et deux fois en plus) parce que ça fait vendre.
Au départ Spirou & Fantasio sont des personnages de BD tombant sous le coup de la loi sur les publications pour la jeunesse. Ils évoluent dans un monde imaginaire qui ressemble au notre, mais teinté de fantastique, d'inventions à la Jules Verne, de poésie et d'un marsupilami. Ce qui n'a jamais empêché les propos ou les sous-entendus sérieux (QRN, ZORGLUB, LE DICTATEUR). Après le départ de Franquin, ses successeurs ont tenté avec plus (Tome & Janry) ou moins (tous les autres) de bonheur de prolonger les aventures du groom et de son acolyte dans cet univers très balisé. Le propos des "Une aventure de Spirou par" était de laisser différents auteurs montrer Spirou sous un angle qui leur est propre le temps d'un album, mais sans toutefois dénaturer le personnage (c'est à dire en conservant ce qui le caractérise : le personnage + cet univers fantastico-réaliste précisément). Le problème concernant LE JOURNAL D'UN INGENU et LE GROOM VERT-DE-GRIS est que le personnage principal s'appelle bien Spirou, mais qu'il n'est pas dans son monde. Ce n'est donc pas vraiment lui. Il aurait pu s'appeler autrement, ça aurait peut-être été même mieux... mais sans doute moins vendeur.
A quand Hitler chez les Schtroupfs ? Ou Hitler fait du ski ?
Info édition : Tirage de tête 550 ex. numérotés dont 350 ex. pour la librairie Boulevard des Bulles, 150 ex. pour la librairie Multi BD et 50 ex. HC.
Avec 2 sérigraphies n° et signées, l'une par Olivier Schwartz et l'autre par Antonio Lapone.
12 pages supplémentaires de croquis.