Résumé de l'album : Un jeune journaliste inconscient dénommé Fantasio déclenche l'apocalypse !
Et pourtant cette guerre aurait pu être évitée ! Des pourparlers entre émissaires polonais et Karl Von Glaubitz, premier secrétaire du ministre allemand des affaires étrangères Von Ribbentrop,, à Bruxelles, étaient dans une impasse lorsqu'un jeune groom du Moustic Hôtel, prénommé Spirou, a proposé une solution tout à fait originale au problème délicat de Dantzig qui semblait convenir à toutes les parties en présence. C'est à ce moment-là que le jeune Fantasio, un de nos collaborateurs à la rubrique des chiens écrasés, a surgi et tenté d'obtenir des informations auprès du délégué allemand. Devant le refus de celui-ci, une rixe éclata au cours de laquelle le jeune inconscient aurait flanqué son poing dans la figure du dignitaire nazi qui l'aurait assez mal pris. On s'attend à des représailles imminentes de la part de l'Allemagne. Des bombardiers de la Luftwaffe auraient décollé à l'aube en direction de la frontière polonaise...
Quel plaisir de repartir à l'aventure avec un personnage que l'on pensait cerné et catalogué. Dans "le journal d'un ingénu", Emile Bravo nous fait entrer dans la vie de Spirou juste avant l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie. L'auteur s'amuse à faire de son héros, le groom candide et débrouillard que l'on connait, le digne héritier de Tintin. La petite soubrette dont il tombe amoureux sans connaître le prénom va le plonger dans les affres du premier amour et peut-être d'un début de conscience politique. Amour, amitié, enfance sur fond de guerre, tous ces ingrédients sont au rendez-vous dans ce one shot épatant servi par des planches abouties qui sans plagiat, sont parfaitement dans l'esprit Franquin. Un épisode fort réussi dont l'épilogue surprenant appelle une suite !
"Le Journal d'un Ingénu" est tout simplement un livre passionnant, loin, mais loin devant les 3 essais précédents de réactualisation du "mythe" Spirou. Tellement loin qu'on a du mal à le "ranger" dans la même collection. Ce qu'Emile Bravo nous propose ici, c'est à la fois un hommage très humble à la genèse d'un personnage essentiel de l'histoire de la BD belge (et donc française), sans doute autant que Tintin - auquel il est d'ailleurs magnifiquement fait allusion dans ces pages -, et une remise en perspective (im)pertinente de tout ce qui a été occulté par la fiction (infantilisante ?) de la série : les antagonismes politiques entre fascistes et communistes, la seconde guerre mondiale qui déferle sur l'Europe, la complexité mais aussi l'extrême puérilité des jeux de pouvoir... Et, plus près de notre héros chéri, la découverte de l'amour, de l'amitié, et en même temps de la cruauté du mensonge et de la trahison. On s'amusera bien sûr avec Bravo d'avoir trouvé ici une justification maligne à l'uniforme de groom et à l'intelligence de Spip, mais la tonalité générale est celle de la tragédie - toute en légèreté, rassurez-vous : les titres des 2 chapitres "Comment la Raison Vient aux Enfants" et "Comment la Raison Quitte les Hommes" disent tout ce qu'il y a savoir sur ce livre tout simplement indispensable, et par ailleurs graphiquement splendide (ce qui ne gâche rien !).
Spirou, j'en étais resté à ceux de Franquin, ayant toujours été déçu par les essais de reprise.
Et puis le buzz autour de celui de Bravo m'a fait franchir le pas et je ne le regrette pas.
Certes, c'est un hommage, mais un hommage réussi. Et je préfère car pour moi il n'y a pas beaucoup d'exemples de bonne reprise.
Et en plus ça a plu à toute la famille, ce qui n'est pas toujours le cas. Mais contrairement à d'habitude, j'étais le seul à ne pas connaître Bravo, mes enfants l'appréciaient déjà beaucoup.
Bref, ce n'est pas du Franquin, mais c'est digne de Franquin, et c'est indispensable.
Les débuts de Spirou à la veille de la seconde guerre mondiale. Voilà un décor original pour une aventure des deux compères.
Bravo signe là un très bel opus, une aventure plus dramatique que d'ordinaire, aux dessins soignés et couleurs agréables.
Tous les ingrédients sont là pour en faire un incontournable, que ce soit pour les amateurs de la série originale ou pour découvrir le personnage, sous un aspect inhabituel et audacieux.
Bruxelles, 1939. Spirou est un jeune graçon orphelin, travaillant au Moustic Hotel en tant que groom. Cet hotel accueille une conférence secrete entre polonais et allemand, afin d'éviter la guerre.
Spirou, pauvre, n'a qu'un écureuil, des amis, et sa bonne humeur pour s'en sortir, mais c'est compter sans le contexte historique, les guests de l'hotel, un journaliste peu scrupuleux, et une jeune fille en phase avec son epoque, et qui ne laisse pas le (futur) héros insensible...
Un bel album joliment retro, tout en restant moderne (notamment dans la mise en page sans narratif et les dialogues) qui nous donne les clefs sur la genese du Spirou aventurier. On y apprend pourquoi il est resté habillé en groom, comment il a rencontré Fantasio, et comment il est devenu "adulte". Un bel album, cependant assez loin du vrai univers de Spirou (aventures exotiques, science, humour...) sans toutefois trahir la serie. Un album à lire.
Certes ce Spirou vaut le détour et il a des qualités, c'est indéniable. Mais de là à crier au "chef-d'oeuvre", il ne faut peut-être pas exagérer. Spirou a toujours été un personnage vivant dans un monde imaginaire très ressemblant au notre, justement pour mieux dénoncer les travers de notre société et de son évolution, comme cela se fait en science-fiction. Franquin en son temps avait déjà inventé la Palombie (SPIROU ET LES HERITIERS) où il dénoncait le totalitarisme (LE DICTATEUR ET LE CHAMPIGNON). Sans oublier Zorglub et QRN SUR BRETZELBURG. Bref, l'univers de Spirou permet de critiquer les horreurs du monde par un aspect faussement naïf, sans toutefois manquer de poésie. C'était là tout le talent du grand Franquin.
Dans LE JOURNAL D'UN INGENU, Emile Bravo fait évoluer ses personnages dans le monde réel et le propos est ouvertement et concrètement politique. Et franchement, entendre encore parler de la seconde guerre mondiale, de ses atrocités, des exactions barbares, etc... j'en ai ras le bol. Je ne lis pas Spirou pour ça. On ressasse tellement le sujet à longueur d'années sur tous les supports médiatiques depuis des décennies que je sature. Certes, ce fût atroce, et il ne faut jamais oublier. Mais il serait bon maintenant (65 ans après) qu'on passe enfin à autre chose - l'avenir par exemple - au lieu de toujours se complaire dans ce sinistre passé-là.
Pour en finir avec les défauts de ce livre, je suis aussi dérangé par le fait que ce soit Fantasio qui déclenche le conflit mondial. Lui qui a toujours été farfelu et parfois crétin, restait toujours attachant. En faisant de lui le déclencheur du cataclysme, Emile Bravo lui a ôté la sympathie qu'on éprouve d'habitude pour lui, car on ne peut pas passer sur le fait que quelqu'un - même un loufoque - provoque une telle catastrophe (genre : "Il a provoqué la guerre ? Mais c'est pas grave, c'est Fantasio !"). Ce genre de chose aurait pu passer si l'histoire avait été située dans un monde fictif, mais dans le contexte d'une guerre réelle, il n'y absolument pas de quoi rire. Si Fantasio avait réellement existé et qu'il ait fait ce que décrit Emile Bravo, je ne pense pas qu'il y aurait beaucoup de monde pour le trouver rigolo. D'autant plus que ce n'est rien de moins qu'un vulgaire paparazzi.
Donc : Bon livre, bons dessins, des scènes attachantes. Mais pas le chef-d'oeuvre dont tout le monde parle.
Info édition : Des pages en couleurs, des planches encrées et des crayonnés. Tel se présente, étape par étape, cet album d'Emile Bravo. Véritable collector au tirage limité à 2000 exemplaires, cet ouvrage hors commerce est exclusivement réservé aux libraires, aux journalistes et aux membres du personnel des Editions Dupuis.
Info édition : 440 ex. n° et signés par Emile Bravo (270 ex. pour Boulevard des Bulles + 170 ex. pour Multi BD) + 50 ex. HC.
Avec une sérigraphie n° et signée, 11 dessins en hommage à Spirou, 6 pages de croquis et 5 planches parues dans le Journal de Spirou ''70 ans''.