Résumé de la série : Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien. J'avais l'impression qu'on me gonflait le cerveau avec une pompe à vélo. J'avais l'impression qu'il grandissait sous ma tête et qu'il allait bientôt exploser. Et j'avais envie que mon cerveau se répande dans la campagne.
Une tête de mouche sur fond orange, un nom étrange – Hallorave – et comme seul repère, un titre : Le roi des mouches. Une couverture mystérieuse et par la même attractive pour les amateurs du style incomparable du plus américain des duos dessinateur / scénariste : Mezzo et Pirus.
Si le titre évoque aux amateurs le roman Sa majesté des mouches, ce n’est pas d’enfants ni d’insectes que nous proposent de suivre les deux auteurs. Encore que leur démarche pourrait s’apparenter à des scientifiques analysant au microscope une série de personnages évoluant dans le cadre d’une ville occidentale quelconque.
C’est dans cette ville que Mezzo et Pirus vont nous entraîner et laisser croître notre malaise au fur et à mesure de nos rencontres avec quelques-uns de ses habitants les plus étranges et paradoxalement les plus anonymes.
Le lieu même du récit ne nous permet pas de nous repérer géographiquement tant cette ville emprunte à la fois aux banlieues américaines et aux nouvelles villes européennes.
Par la suite, le récit de par sa construction continue de nous malmener, nous entraînant au gré des rencontres à la suite de personnages différents. Empruntant ici le schéma propre aux films chorales ( Magnolia, 21 grammes ) Pirus s’amuse à relier tous ses héros les uns aux autres par des liens physiques ( un robot, un masque, des gélules, une carte de visite, des coups ) ou sentimentaux ( envie, amour, désir, colère, dégoût, pitié) tissant ainsi une toile dans laquelle ils viennent se perdre.
Comme on le voit, on ne nage pas spécialement dans la joie et le bonheur et le malaise s’accroît. Et pourtant le lecteur prend un réel plaisir ( celui d’un voyeur ? ) à observer la vie intime de ces quelques protagonistes : Sal, Marie, Denis, Becker, Ringo, Eric. Tous ont en commun un mal-être qu’ils cachent derrière la vitrine superficielle de leur ville , ils sont tous à la recherche d’autre chose et ne semblent trouver ce qu’ils désirent ni dans la drogue, ni dans l’amour ni dans la violence.
La structure narrative s’apparente à celle des derniers films de Tarentino : une intrigue linéaire découpée en séquences mélangées les unes aux autres. Ici ce sont les chapitres qui forment autant de nouvelles pouvant se lire quasiment indépendamment les unes des autres voire ( à essayer ) dans n’importe quel sens. Chacune d’elle suit un des personnages à un moment de sa journée où sa vie bascule, que ce soit par un accident, une rencontre ou une vision. A cet instant et avec eux, le lecteur entrevoit la face cachée, les coulisses plutôt sombres de cette ville à l’aspect tranquille. Pirus rejoint ici David Lynch et ses ambiances à la fois menaçante, poisseuse et glauques telles qu’on les retrouve dans des films comme Mulhoand Drive ou Blue velvet. La dernière case de l’album renvoie d’ailleurs aux premières images de celui-ci..
Mais le scénario ne pourrait à lui seul exprimer cette noirceur, cette menace suintant sous l’apparente tranquillité sans le dessin magnifique de Mezzo. Suivant les traces de C. Burns et de son Amérique tourmentée, il utilise à merveille sa « ligne sombre » pour envelopper ses protagonistes et nous donner l’impression d’un poids qui les écrase. Son trait a évolué depuis Les enchaînés et ses personnages sont moins caricaturaux, pourtant ils ont toujours l’air irréel, comme figés dans le temps. Enfin, il sait parfaitement jouer sur le découpage et la mise en scène pour instaurer un climat oppressant ou mystérieux à une séquence. Le premier chapitre – qui explique le titre de l’album- est en soit une petite merveille avec ses trois héros évoluant avec d’étranges masques dans la campagne puis dans une rave. Les éclairages, la végétation, et le cadrage composent autant de petits tableaux beaux et inquiétant tout droit sortis de l’esprit enfumé d’un de ses personnages.
Bref, le dessin de Mezzo ne fait qu’ajouter à la fois à notre plaisir mais aussi à notre angoisse devant ces individus s’efforçant telles des mouches de s’échapper de leur ville pour finir par s’écraser sur les vitres.
Il reste qu’une fois débuté, cet album se lit d’une traite et donne tout particulièrement envie d’avoir sous la main la seconde fournée de cette foire aux insectes.
Une narration hallucinante, sur le mode de la "BD chorale", des personnages complexes, mal dans leur peau, un réalisme poisseux... Le Roi des Mouches parle de l'éveil dans la douleur à l'âge adulte. On sent que tout cela va nous mener à la catastrophe, sans que l'on puisse encore saisir comment. Du côté graphique, ça regorge de plans somptueux, entre onirisme et réalisme cru.
Très prenant ! Bizarre aussi. L'histoire racontée n'a au fond rien de complètement extraordinaire mais on a l'impression d'être dans un autre monde. Le chassé croisé de tous ces personnages inquiétants peut faire pensé à un film comme Short Cuts de Altman. D'ailleur le découpage de la BD est fait de "short cuts". Le dessin assez comics est très bon, les couleurs très dense aussi. Au final j'ai vraiment beaucoup aimé et je conseille.
Derrière cette couverture assez sobre et intrigante se cache une véritable bombe au niveau scénario et graphisme. Si la couverture est orange, le contenu est bien noir: noir, dérangeant, glauque, malsain, envoûtant et parfois morbide.
Après « Lola Cordova », « Le roi des Mouches » est mon deuxième trip sur papier de l’année 2005 : sexe, drogues et rock’n’roll. Mais à l’instar de « Lola Cordova », dont le trip interplanétaire se situe en pleine fiction, ce trip se situe dans la réalité de notre monde et cela, même si on a du mal à localiser l’endroit. Les maisons, les vêtements, le style de la BD et le culte du déguisement font penser aux Etats-Unis, alors que les voitures et la monnaie utilisée font penser à l’Europe.
Sélectionné pour le prix du scénario à Angoulême 2006, cet album est composé de petites histoires qui peuvent se lire séparément. Les différents personnages se croisent au fil des histoires afin de former un tout très cohérent et abouti. On suit les délires quotidiens de jeunes paumés, bordés par l’ennui, les plaisirs artificiels, le sexe et l’alcool. Coincés dans la banalité de leurs existences, ils cherchent à s’enfuir via l’alcool, la drogue, les anti-dépresseurs et le sexe.
La narration à l’humour très noir tranche comme une lame de rasoir. Le cadrage (face caméra) ajoute un côté malsain et dérangeant à l’histoire. Le dessin fait fort penser à la série « Black Hole », les traits sombres et beaucoup de couleurs, mais sans tomber dans le criard. Le tout crée une osmose envoûtante qui se dégage de ce microcosme de personnages désoeuvrés et dépourvus de toute morale.