Relu quinze ans plus tard, la poésie demeure mais les manques de l'histoire sont plus flagrants. Le récit de Luna ne manque pas de finesse et de poésie, en effet, et cela donne un grand charme à ces historiettes de gentil looser qui s'habille comme Bogart, prétend vivre de ses enquêtes de détective privé mais cède souvent (et naïvement) devant des personnes qui lui expliquent simplement la difficulté de leur situation. Mais il manque plusieurs histoires pour compléter ce qui apparaît un peu trop court. On comprend bien que la "source de la nuit", qui ouvre le récit, est surtout un fantasme d'enquête, mais l'ensemble laisse un goût d'inachevé.
Le dessin de Prado fait merveille, il campe un monde un peu tordu (à l'image des immeubles façon tour de Pise) et poétique, loin de l'acidité qui caractérise la série des Chroniques absurdes. On se plaît à rêver d'un Prado ayant collaboré plus longuement avec Luna...