Résumé de la série : « Bouche du diable » : le surnom moqueur que vaut au jeune Youri, orphelin miraculeusement recueilli en Ukraine à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le bec-de-lièvre qui lui déforme la lèvre... Mais qu'importe, puisque la nation soviétique, qui s'est généreusement substituée à ses parents absents, a rêvé un exaltant destin d'exception pour cet enfant perdu : devenir l'un de ses envoyés les plus secrets de l'autre côté du monde, dans l'enfer capitaliste de ses ennemis américains... Et voilà comment Youri, alias Billy, débarassé de son bec-de-lièvre mais la tête farcie de l'endoctrinement communiste, se retrouve en plein New York quelque part dans les années 70, acteur d'une guerre secrète qui fait aussi rage dans son propre esprit... Magnifiée par le trait flamboyant de Boucq et l'humanité à fleur de peau de Charyn, une somptueuse histoire d'espionnage et de destinée qui transcende avec grâce toutes les règles du genre.
Un bel album. Le scénario d'espionnage n'est pas vraiment super compliqué, mais la Bd s'avère envoutante surtout grâce à la magnifique mise en image de Boucq. Résultat, on ne décroche pas du début à la fin.
Beaucoup de thèmes forts abordés au cours de ces 120 pages qui retracent le parcours d'un homme depuis sa naissance jusqu'à l'âge adulte: solitude, amitié, spiritualité...
Le contexte est celui de la guerre froide, mais ce n'est qu'un prétexte (l'intrigue d'espionnage importe finalement assez peu, et se trouve même être le petit point faible de Bouche du Diable) pour mieux faire exister un personnage pas franchement gâté par le destin; celui-ci lui ayant réservé tares physiques, et manipulations en tous genres...
Au final, il s'agit d'une belle histoire triste, pleine de vie, où le récit prend son temps pour dresser une belle galerie de personnages élaborés et touchants. Le tout dans une atmosphère d'Amérique déjà rattrapée par la misère sociale, somptueusement mise en scène par Boucq (à ce titre la séquence dans les égouts est tout simplement géniale)...
Une réussite indéniable.